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Remarques sur la constitution des noyaux atomiques - I.
K. Guggenheimer
To cite this version:
REMARQUES
SUR LA CONSTITUTION DESNOYAUX
ATOMIQUES.
I.Par K. GUGGENHEIMER.
Sommaire. 2014 Limites de stabilité des diverses catégories d’atomes. Existence probable à l’intérieur des noyaux de couches indépendantes de neutrons et de protons.
Chaque
catégorie
d’atomes est caractérisée par sacharge
nucléaire Z et sa masse M. Selon touteprobaT
bilité lasynthèse
progressive
des atomes deplus
enplus
lourds se fait essentiellement par deux processusdistincts. Le
premier
est la liaison successive desneu-trons aux noyaux, le
second,
quand
il y alieu,
la trans-formation d’un neutron enproton,
soit par émissiond’un
électron,
soit par addition d’unpositron
(’).
Parconséquent,
onpeut
encore caractériser un atome par le nombre P desprotons
et le nombre AT des neutronscontenus dans son noyau
(2).
Certains auteurs
pensent
(3)
quechaque
groupe de deuxprotons
s’unittoujours
par une liaisonparticu-lièrement forte avec un groupe de deux neutrons, de
manière à former une
particule
a. Cesparticules, qui
jouent
un rôle essentiel dans les transformationsradio-actives,
apparaîtraient
ainsi comme des unitésconsti-tuantes des éléments stables non radioactifs.
Cependant,
d’après
unehypothèse
due à Bartlett(1)
etdéveloppée
par Elsasser
(5),
il seraitpossible
que les interactionsentre neutrons et
protons
soient de telle naturequ’au
lieu desparticules
oc, ce soient lesprotons
qu’il
failleconsidérer comme constituants
primordiaux
des noyaux et que leur liaison se fasse par couchessucces-sives. Il serait alors
possible,
ou mêmenécessaire,
d’attribuer àchaque proton
des nombresquantiques
déterminés.’
Dans ces conditions il semble
particulièrement
inté-ressant de classer tous les noyaux connus en fonction de leurs nombres iV de neutrons et de leurs nombres 13 deprotons.
On obtient ainsi le schéma de lafigure
1,
où les nombres N et l’ sont
portés respectivement
en abscisses et en ordonnées. Lesisotopes
se trouvent ainsi sur une mêmehorizontale,
P =CI’,
les atomes contenant un même nombre de neutrons sur une mêmeverticale,
.N = Cte. Ce dernier mode degroupement
jouera
dans ce travail et dans ceuxqui
suivront un rôleimportant.
C’estpourquoi je
me suispermis
de proposer (1) La conservation du moment d’impulsion exige l’existence du neutrino et sa participation à cette réaction (W. Pauli)(2) BV. HEtSENBERc, Z.
Physik,
1932, 77, p. 1; 1932, 78, p 156;1933, 80, p. 587; E. ibid., 1933, 82, p. 137.
(3) L. LANDE, Phys. Rev. 1933,43, p. 620 et 624; GAMOW, Consl1-tution of Atonzic Nucléi and
Radioaclivily,
Oxford, 1931.(4) J.-Il. BART1.ETT, Nctture, 1932, 130, p. 130; Phys. 1931, 4’1, p. 310 ; 1932, 42, p. §15.
’
(5) W. ELSASSER, J.
Phys.,
1933, 4, p. 549.un nom nouveau : comme ces atomes de même nombre N sont en
quelques
sorteisotopes
parrapport
au nombre deneutrons,
nous lesappellerons,
pourabréger
lelangage,
des isotopes. Nous pourrons alorsdésigner
chaque espèce
de noyau par unsymbole
à deux indices(/~,
iV).
Lafigure
présente
encorequelques
lacunes,
car les
expériences
ontpOrté
presqueuniquement
sur les élémentsqui
ont pu êtreanalysés
auspectrographie
de masses.Dans la
ligmre
(1)
se trouventquelques
droitesauxi-liaires : Elles relient les noyaux pour
lesquels
un nombre maximum deprotons
est atteint pour lapremière
foispar les séries successives et ceux pour
les-quels
le mêmephénomène
seproduit
pour
les neutrons et les séries successivesd’isotopes.
Ces droites limitent donc le domaine à l’intérieurduquel
existent des noyaux stables enquantités
mesurables. C’estpourquoi
nousappellerons
ceslignes
les litnites extérieures destabilité.
Si l’on compare les limites due stabilité
respectives
des noyaux de nombreprotonique
Ppairs
etimpairs,
on trouve que le domaine de stabilité estbeaucoup
plus
étroit pour ces
derniers,
la distance entre leurs deux-limites nedépassent
pas c~ l’ == 2e)
ou AN - 2.On constate en
outre,
que ces limites de stabilité ne s’inclinent versl’arrière,
ccqui
signifie qu’à
condition de comparertoujours
entre eux des noyaux de mêmeparité,
les nombres maximuln et minimum de neutrons des noyaux ne diminuentjamais quand
Paugmente;
réciproquement,
les nombres minimum eL maximum deprotons
ne diminuentjamais quand
Naugmente.
(Dans
le schéma deLande,
où les noyaux sont ordonnés suivant les nombrespossibles
departi-cules oc et de neutrons en
excédent,
cesrègles
ne sont nullementvalables).
Signalons
encorequ’il
y a des endroits, surtoutprès
de(29,~J4)
(47,60)
(6~,88),
où les limites destabilité,
d’abord trèsvoisines,
divergent
ensuite.La
figure
1 montre immédiatement lesrégularités
simples
qui
valent pour les noyauxlégers.
Onrecon-nait les successions
régulières
entre(B,3)
et(8,8)
entre(8,8)
et(16,~1 C~).
Dans ces deuxrégions,
les limites de stabilité sontparallèles
entre elles et ont la direction ~le ladiagonale
- Il =const.)
Entre(17,17)
et(1) W. D. HAPKINS, PAys. Rev., 1931, 38,
254
(62,92)
l’apparence
estbeaucoup plus complexe,
avecdes séries
d’isotopes
et d’isolonesparallèles
entreelles,
etbeaucoup
cl’isobares(ceux-ci
sont situés sur une droiteparallèle
à ladiagonale ~V-~-
P ~Cl@@). L’aspect
devient ensuiteplus simple,
avec peu d’isobares.Cependant,
on remarquera aussi dans le domainecompris
entre P ce 17 et P -- 62plusieurs régions
où les limites de stabilité sont
rectilignes, parexemple :
(22,24)-(24,26)-(26,28)-(28,30)
parallèle
à(22,28)-(24,30).
(30,36)-(32,38)-(34,40)
-;36,42)
et(30,40)-(32,44)-(34,48) ;
’ ou encore(42,50) - (44,52)
parallèle
à(40,56)-(42,58)-(44,HO) ;
(fi8,70)-(50,7i)
(52,78)-(54,82)
est de nouveau moinsincliné et
parallèle
à(~0,6~)~~~, ï0).
Fig 1.
Abscisses : nombre de neutrons
constituant
le noyau.., , ,
. constituant le noyau. Ordonnées : nombre de
protons
constitaant le noyau,e Noyaux obtenus au spectrographe de masses.
o Noyaux observés spectroscopiquement et extrêmement rares. x Noyaux naturellement radioactifs.
On n’a pas tenu compte ici des noyaux à radioactivité artificielle.
L’allure
rectiligne
des limites de stabilité nousmontre, quand
elle semanifeste,
que ces limites sontdéterminées non par le
rapport
N/P
des nombres de neutrons et deprotons,
mais par lerapport
des nombres de neutrons et deprotons
additionnelsqui
peuvent
s’intégrer
aux noyaux.Dans les
exemples
cités lerapport ONI,I’varie
entre1 : 1 est 2 :
1,
mais il arrive des cas où ilprend
desva-leurs sensiblement
plus
grandes
ouplus
petites.
Ces derniers casprésentent
un intérêtparticulier
et nous y reviendrons.L’inclinaison des limites de stabilité fournit une me-sure
qualitative
elpeu[-être grossière,
durapport
desénergies
de liaison d’un nouveauproton
et d’un nou-veau neutron.Quand
l’inclinaison estfaible,
la liaison des neutrons estfavorisée, quand
elle estplus
forte,
le
rapport
desénergies
varie en faveur de la liaisondes
protons.
Etant donnéel’importance
durapport
à1V/3P
onpeut
définir defaçon
plus
étroite des limites intérieures de stabilité :La limite
supérieure exprime
le nombre minimum de neutronsqui
doivent être rés avantqu’un
nouveauproton
puisse
s’attacher au noyau; la limite inférieure est le nombre minimum deprotons
qui
doivent être liés avant que de nouveaux neutronspuissent s’ajouter
à l’édifice nucléaire.
Une seconde mesure
grossière
durapport
deséner-gies
de liaison s’obtient encomparant
les différences entre les nombres maximum et minimum de neutronspouvant
être liés pour un ~’ donné. Nousappellerons
cettegrandeur
la «largeur isotopique
». Demême,
ilnombres maximum et minimum de
protons
compati-bles avec un certain nombre N de neutrons.
Sur les
figures
de 2a et sontportées
en fonctiondes nombre IV et P les
largeurs isotoniques
etisotopi-ques. Les
figures 2 6 et
3 à ;
qui représentent l’une,
l’in-clinaison
3Nmax
/3P
des limites intérieures en fonctionde
P,
l’autreAP.,,..IAN
en fonction de ,V montrent avec lespremières
unparallélisme
remarquable.
Fig. 2 a. - Largeur isotopique
Fig.
2 b. - Limiteinférieure 20132013±’
en fonction de P. Fig. 3 a. - Largeur isotoniqueFig. 3 6. - Limite
supérieur- à
en fonction de A. à IVUn trait
particulièrement caractéristique
des limites de stabilités et de leurs distances c’estqu’elles
ne sont pasgénéralement
constantes etqu’elles
ne varient même pas de manièremonotone,
comme il faudraits’y
attendre si les lois d’interaction étaient elles-mêmesreprésentées uniquement
par des fonctions monotones.L’expérience
montre unaspect
différent : des sections à alluremonotone,
interrompues
detemps
entemps
par des chutesbrusques.
Les discontinuités deséner-gies
de liaison mettentgénéralement
en évidence des effets dequanta.
Enparticulier,
l’allure des courbessuggère
l’idée que lesgrands
sauts desénergies
de liaisoncorrespondent
t à l’achèvement d’une couche close età la naissance d’une nouvelle
enveloppe.
La courbe deslargeurs isotopiques (fig.
2a)
présente
parexemple
plu-sieurs maxima très
nets,
encore accentués par une chutebrusque qui
les suit t immédiatement. Tandis que laliai-son d’un nouveau neutron est en
général
deplus
enplus
favorisée par
rapport
à celle desprotons,
au fur et àmesure que la
charge
des noyauxaugmente,
il sepro-duit des renversement subits en faveur des
protons :
ainsipour P =
20, 36,
54,
84.Il est
remarquable
que ces renversements sont situés depréférence
auvoisinage
des gaz nobles. Il semble parconséquent qu’il
existe certainesanalogies
entre lesenveloppes
successives deprotons
et les couchesélec-troniques
extérieures au noyau. Maisl’interprétation
desphénomènes
secomplique
du fait que les variationsbrusques
durapport
desénergies
de liaisonpeuvent
signifier
aussi bien unchangement
del’énergie
deliai-son des neutrons que des
protons
ou des deux simulta-nément. Seules uneanalyse
et une discussionprécises
permettront
dedistinguer
l’influence des neutrons de celle desprotons
danschaque
casparticulier.
plu-256
sieurs groupes nets. Les discontinuités les
pluc
accen-tuées se trouvent auxpoints
ii° =50 et 1V = 82. Lalargeur
isotopique
y atteint ses valeursmaxima (6
et8).
(On
observe aussi unelargeur égale
à 6 pour iV =70,
mais en ce
point
les isotones extrèmes sont d’une raretéexceptionnelle).
Aux nombres 50 et 82correspondent
aussi des maxima nets dans la courbe deslargeurs
isoto-piques. Le sens
de cette coïncidence sera encore à discuter. Les isotones lV = 50 et N = 82 sont en outre les seuls où il existe deux noyaux distincts decharge
im-paire.
Dans les deux cas, les limites de stabilitésupé-rieures et inférieures sont verticales au même
endroit,
(cf.
fig.
1a etlb),
encadrant une série d’isotones : entre{36,~0)et
(40,50)
d’unepart,
entre(38,50)
et(£2;50)
de l’autre et de même entre(54,82)
et(58,-s2)
d’unepart,
entre(5fi,8?)
et(o2,82)
de l’autre. Elles coïncident donc entre(38,50)
et(fi0,50)
et entre(56,82)
et(58,82).
Il faut insister sur ce
fait,
que la limite inférieure de stabilitépeut
sediriger parallèlement
à une série d’iso-tones. Car il montre nettement que les neutrons et lesprotons
s’attachent aux noyaux - du moins à cesendroits - comme constituants
primordiaux
etindé-pendants
les uns des autres. Parexemple,
que lenoyau contienne 36
protons,
ou38, le
nombre maximum de neutrons attachés est le même. Si les deuxprotons
ajoutés
les derniers se liaient avec deux neutrons de manièreparticulièrement
forte pour former uneparti-cule a, ceci
signifierait
que 36protons peuvent
attacher 50neutrons,
soit 14 ensurplus,
tandis que pour 38 pro-tons il n’en reste que 12 ensurplus
au maximum. Lescirconstances sont
analogues
pour le 8~e neutron. Siles noyaux consistaient essentiellement en
particules
x etneutrons,
on devraitprévoir
que la limite de stabi-lité neprend
lamais
une inclinaisonplus
forte quecelle de la
diagonale,
car alors l’excédent maximum de neutrons libres diminueraitquand
le nombre departi-cules oc
augmente.
Le fait que les limites de stabilité sont verticales sur
une
longueur
notable montre que, dans cetterégion,
les nombres maximum et minimum de neutrons sont
indépendants
de P.La coïncidence des limites inférieures et
supérieures
parait s’expliquer
immédiatement en admettantqu’il
seproduit
pour une valeur déterminée du nombre ,V unediscontinuité de
l’énergie
de liaisondes neutrons,
abso-lumentindépendante
de la valeur du nombre P.C’est ce
qu’on
peut
prévoir
si l’on supposequ’une
nouvelle couche de neulrons
prend
naissanceindépen-demment de la
charge
nucléaire.Voici un nouvel
argumenl
en faveur de no trehypo-thèse : dans les
longues
sériesd’isotopes,
leur abon-danceaugmente
d’abord,
passe par unmaximum,
pour décroître ensuite. Aucontraire,
les séries P = 38 etP = 56 s’arrêtent
brusquement
àl’isotope
leplus
abon-dant dont le nombre iV estjustement
50 pour l’une et 82 pour l’autre.Signalons
que la différence entre ces deuxnom-bres,
trente-deux,
estégale
à lalongueur
de lapériode
àquatre
quanta
principaux
dusystème
pério-dique.
Dans un travail ultérieur nous discuterons de
façon
plus précise
et à l’aide d’autres méthodes les relations entre lesénergies
deliaison,
les limites et les divisionspossibles
en sous-groupes des couches successives de neutrons et deprotons.
Ce travail a été effectué au Laboratoire de
Physique
Expérimentale
duCollège
de France. Jeprie
M.Lange-vin de recevoir ici ma sincère
gratitude
pour les facili-tésqu’il
m’a accordées pour mener 1 bien cesrecher-ches Il m’est tout