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Discours Ste Barbe 2019

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

M. le préfet,

M. le président du conseil départemental, président du conseil d’administration du SDIS, M. le député,

M. le député européen Mme la maire de Delle,

Mmes et Mrs les conseillers départementaux, Mmes et Mrs les maires,

Mme la sous-préfète, directrice de cabinet de la préfecture,

Mon colonel, commandant le groupement de gendarmerie départementale, M. le commissaire divisionnaire, directeur départemental de la sécurité publique, Mon colonel, représentant le délégué militaire départemental,

Mmes et Mrs les directeurs des services de l’Etat, des collectivités territoriales, et chefs d’établissement d’enseignement public,

Mmes et Mrs les représentants des associations agréées de sécurité civile, M. le chef de la protection de la population et de la sécurité du canton du Jura, M. l’inspecteur cantonal des services d’incendie et de secours du Jura,

M. le chef du centre de renfort d’incendie et de secours de Porrentruy, M. le vice-président de l’union départementale des sapeurs-pompiers,

Officiers, sous-officiers, caporaux et sapeurs, anciens et jeunes sapeurs-pompiers, Mesdames, messieurs.

Ce soir nous sacrifions à un rituel ancestral, celui de nous réunir autour d’une figure emblématique, symbole des valeurs qui rassemblent notre corporation. Cette figure est celle de Sainte-barbe. Dans une société qui se cherche et se tiraille autour de la définition de la laïcité, d’aucuns pourraient s’étonner qu’au cœur de notre service public, il soit encore fait honneur à une image dont l’origine religieuse n’échappe à personne. Et pourtant !

En réalité, pour les pompiers, Sainte-barbe symbolise avant tout et surtout la lutte contre l’incendie et l’espoir un peu secret, inconscient même, un peu superstitieux aussi, que le pompier est protégé de la force destructrice du feu. Qu’il peut donc s’en approcher sans crainte et le combattre dans un corps à corps victorieux. Voilà le vrai sens de la tradition.

Mais chacun sait que cela n’est pas vrai. Aucun miracle ne protège le pompier. Sa seule protection, sa vraie Sainte-barbe, le soldat du feu la tient de l’équipe, de la technique opérationnelle apprise et sans cesse répétée, de ses équipements et matériels s’il en prend le plus grand soin, des connaissances de tous et de l’expérience capitalisée qu’il partage, de sa condition physique et de son entraînement, de sa discipline qui lui permet aussi bien de commander que d’obéir, en résumé, sa protection, le pompier, sa sainte-barbe, il la tient de lui-même et de ses camarades.

Malheureusement, cela ne suffit pas toujours.

Il y a des traditions dont on voudrait se passer. Tous les ans, à la même époque, quand je prépare mon discours, je me demande si je pourrais un jour supprimer l’hommage à nos collègues morts au feu ou en service commandé sur les 12 derniers mois. Cela n’est encore jamais arrivé. Jamais une Sainte-barbe n’a été célébrée sans que ne soient cités les morts au feu de l’année écoulée. Moi ça m’interpelle.

Alors une fois encore, pour les 10 pompiers ou sauveteurs, morts en service opérationnel sur le territoire national, dont l’équipage de Dragon 30 tombé il y a 5 jours, pour eux, et tous les autres avant eux, pour leur famille et leurs proches, recueillons-nous et observons une minute de silence.

Je vous remercie.

(2)

Bien sûr le risque est et restera omniprésent, mais la fatalité n’explique pas tout. Les risques sur un incendie, on les connait : les phénomènes thermiques, la chute, l’effondrement, les pièges… Ne pas accepter la fatalité, c’est se préparer à faire face à tout cela, par l’équipement, par la formation et par l’entrainement. Entrainement qui vise à maintenir le niveau de connaissance, à conserver la condition physique et à travailler les qualités mentales. Ce dernier point mérite d’être davantage développé. Ce sera l’un des axes du programme de sauvetage de sauveteurs et d’auto-sauvetage que nous mettrons progressivement en place à compter de 2020, grâce à l’implication de nos deux formateurs, je cite, l’adjudant-chef Fauny et l’adjudant Demeusy que je remercie d’avance.

Les risques liés aux incendies sont une priorité du service. Nous avons avancé sur plusieurs points, notamment le soutien aux intervenants et je suis très fier de présenter ce soir le véhicule logistique armé par le CS Montreux. Il est ici et vous aurez tout loisir de le découvrir.

Bravo et merci à tous ceux qui y ont œuvré, en particulier le Ltn Raffier, l’adjudant Terzaghi et le Dr Idrissi. Dans le domaine de la protection face à la dangerosité des fumées d’incendie la priorité est de corriger nos pratiques, nos comportements et nos mauvaises habitudes.

Président, je sais que vous avez des choses à nous dire sur ce thème. Je ne développe donc pas davantage. Viendront ensuite d’autres sujets, j’ai confiance dans le groupe de travail départemental permanent pour continuer à me faire des propositions pertinentes.

M. le préfet, au nom de tous les sapeurs-pompiers, j’ai l’honneur de vous exprimer nos vœux de pleine réussite dans vos fonctions, ici dans le Territoire de Belfort, que vous avez rejoint encore récemment. Cette soirée était la première occasion pour vous de venir à la rencontre des sapeurs-pompiers terrifortains et je sais que vous y teniez. La République vous a chargé, entre autres, de veiller à la sécurité des personnes présentes sur notre département.

A ce titre, il vous appartient de garantir la bonne distribution des secours en toute circonstance, en tout temps et en tout lieu. Soyez assuré que le corps départemental de sapeurs-pompiers du Territoire de Belfort est totalement dévoué à cette mission. Chaque jour, en à peine plus de 10 minutes après qu’une personne ait appelé au secours en composant le 18 ou le 112, les pompiers se présentent au devant d’elle, prêts à prodiguer les gestes adaptés. Entre ces deux instants, en un peu plus d’1min30, un opérateur aura pris les renseignements nécessaires et donné les conseils adaptés. Les lumières d’une caserne se seront allumées. Des pompiers se seront habillés et auront rejoint leur engin. Les moteurs se seront mis à ronfler et aussi rapidement que possible mais toujours prudemment, après avoir franchi les portes de la remise, le camion rouge se sera faufilé dans la circulation. Chaque jour de l’année, ce scénario se répète entre 25 et 30 fois. Il se produira plus de 10 000 fois cette année.

Le plus souvent, dans 79% des cas, ce sera un secours à personne, suite à un malaise, une douleur thoracique inquiétante par exemple. De plus en plus fréquemment, il s’agira d’une personne âgée, seule chez elle, isolée et en précarité, tombée au sol et incapable de se relever seule, reliée à la vie par le bouton d’une téléalarme.

Trop souvent encore ce sera un accident de la circulation. Les routes du Territoire de Belfort ont connu trop de morts cette année. Année noire avec 6 décès et 9 personnes évacuées en urgence absolue. Je crois, M. le préfet, que vous allez devoir remobiliser nos concitoyens sur la sécurité routière.

Dans 6% des cas, environ 2 fois par jour, ce sera un départ de feu. Juillet 2019 aura été particulièrement intense sur le front des incendies. Certaines luttes ont été éprouvantes, pour preuve, les décorations que vous venez de remettre. Le feu tue toujours, deux fois cette année. La prévention reste l’arme la plus efficace pour sauver des vies et dans l’ombre nous nous y employons chaque jour. J’en profite pour rappeler qu’à la maison, le détecteur de fumées peut sauver des vies.

Pour le reste, félicitons nous que jusqu’à ce jour, aucun évènement météo important n’ait impacté le département. Pas de gros coup de vent, pas de tempête, pas vraiment d’inondation ni de grosses chutes de neige. Mais l’hiver approche aussi nous nous tenons prêts.

(3)

Prêts, nous le sommes. Même si les banderoles affichant la grève continuent de flotter aux façades des casernes de Belfort Sud et de Belfort nord, je sais nos pompiers soucieux de rester mobilisés et prêts à intervenir. Les fêtes de fin d’année approchent. Ils seront là le 25 décembre. Ils seront là le 31 aussi. Je sais pouvoir compter sur eux, professionnels mais aussi volontaires, pour faire passer la mission avant tout. Oui chez la très grande majorité des pompiers, le sens du service est plus fort que le reste. Mais, permettez-moi, cela n’autorise pas les hautes autorités à sous-estimer le vent de la colère. Il faut entendre les pompiers. Il faut respecter la profession dans son ensemble et se garder de toute réponse qui au final créerait des divisions au sein de la corporation. Je veux parler de la prime de feu.

La réponse doit être globale. Elle doit être donnée au niveau national et accompagnée de son financement. Elle ne peut pas être renvoyée aux seuls départements et SDIS, qui n’ont plus aucune marge de manœuvre financière. Gardons nous de solutions qui deviendraient de nouveaux problèmes. La tentation est très forte pour éteindre l’incendie à Paris de disperser le brasier aux 97 coins de France, mais ce serait au risque d’y développer autant de départs de feu et de ne pas pouvoir les maîtriser.

M. le préfet, M. le président, M. le député, faites savoir plus haut que oui il faut aider les pompiers et oui il faut aider les collectivités locales à aider les pompiers.

Nous avions pour 2019 une feuille de route bien chargée, inscrite dans la déclinaison du projet de notre établissement défini fin 2017 après l’évaluation du schéma départemental d’analyse et de couverture des risques. Le plan de charge a été largement impacté par le mouvement de grève. Président, vous avez su entendre, écouter, peser et répondre, en faisant confiance au dialogue social. En me faisant confiance, je vous en suis reconnaissant, et en faisant confiance à nos représentants syndicaux. Vous avez eu raison. Permettez moi, ici, en mon nom propre de les remercier et de les féliciter pour le sens du bien commun dont ils ont fait preuve. Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais nous avons su trouver les voies du compromis qui permettent d’avancer. Ce n’est pas facile de représenter ses collègues dans une négociation. Le rôle est ingrat. Merci à eux. Je les respecte beaucoup même s’ils savent qu’à leur prochain combat ils me trouveront face à eux, et je serai toujours aussi déterminé à privilégier l’intérêt du service et sa bonne organisation même si je resterais à leur écoute.

Nous avons quand même travaillé à nos objectifs de l’année. Ainsi, nous avons bien progressé sur le dossier du secours à personne. Nous avons dégagé un poste de sous- officier, dorénavant totalement consacré à suivre tout ce qui tourne autour. Les changements commencent à se voir dans le matériel, par exemple avec les nouveaux VSAV, un troisième nous est livré la semaine prochaine. Très bientôt nous disposerons de moniteurs multiparamétriques. La commande des 9 premiers appareils est en cours. Ces outils vont complètement modifier notre prise en charge des victimes. Il s’agit d’une véritable révolution dans notre manière de porter secours.

Les carences ont été réduites au tiers du niveau record de 2018. Nous avons retrouvé le niveau de 2016 et c’est tant mieux, car le rythme antérieur nous aurait conduits à la rupture de réponse opérationnelle. Ce résultat est le fruit du travail institutionnel auquel, président, vous participez personnellement.

Après les carences, nous devons désormais nous attaquer aux missions indues déclenchées par les sociétés de téléalarme. Elles sont nombreuses. Plus nombreuses que les carences.

Trop nombreuses. Non financées, usantes pour les pompiers et source de démotivation.

Elles sont en grande partie responsables d’une véritable perte de sens. Mesdames et messieurs les élus, nous devons être extrêmement vigilants sur le risque qu’il y a à perdre le sens de la mission. C’est l’une des sources de la colère des professionnels et parfois l’une des causes de rupture de l’engagement de certains volontaires.

Nous avons également bien avancé sur le retour et le partage d’expérience. C’est une démarche indispensable car, je crois que c’est de Saint-Exupéry, « le geste manqué sert le geste réussi ».

(4)

Au printemps dernier, nous avons adopté notre nouveau plan pour le volontariat qui cible trois priorités dont l’une d’elles a un peu fait parler dans les remises : la féminisation. Oui je nous ai fixé comme objectif d’atteindre 20% de femmes contre 13% aujourd’hui. Pour quand, je ne sais pas. 20% en 2020 ça sonne bien mais c’est peut-être un peu trop ambitieux. Ce qui compte, c’est la direction qu’on se donne et d’ores et déjà je peux affirmer que nous avançons. La nomination aujourd’hui de la première femme pompier volontaire du corps départemental au rang d’officier en est une preuve. Qu’on ne se trompe pas, l’adjudante Gorisse n’est pas devenue lieutenante parce qu’elle est une femme. Elle en a simplement toutes les qualités. Mais parce qu’elle est une femme, il se trouve qu’elle portera toujours cette étiquette de première femme officier volontaire. Elle doit en être fière. Fière de quoi ? Fière d’observer que pour la très grande majorité de ses collègues, c’est juste normal qu’elle ait été nommée. De la même manière, et je suis heureux de l’annoncer à tous ce soir, à partir du 1er janvier 2020, la capitaine Céline Poiret occupera les fonctions d’officier de permanence départemental, c'est-à-dire les plus hautes responsabilités opérationnelles de notre SDIS. Et là aussi, c’est juste normal. Félicitations à elles deux et à toutes celles qui en prenant de plus en plus de responsabilités dans notre structure ont valeur d’exemple pour toutes les autres, notamment les plus jeunes. J’attache beaucoup d’importance à ce que nos jeunes recrues féminines ait bien conscience qu’il est juste normal qu’une femme puisse être pompier et progresser jusqu’aux plus hautes fonctions.

Puisque j’évoque le plan volontariat, je voudrais saluer nos 5 jeunes engagés en service civique de sapeur-pompier. Ils nous ont rejoints le 1er novembre et sont présents ce soir.

Aucun n’était pompier avant et je ne doute pas, qu’à la fin de leur service civique, ils intègreront définitivement la grande famille des sapeurs-pompiers comme volontaires ou pourquoi pas en en faisant leur métier. Madame, messieurs, merci d’avoir choisi cette voie, poursuivez. Je sais que vous êtes un peu fatigués ce soir, après la nuit agitée que vous venez de passer. C’est pourquoi je vous adresse tous mes encouragements.

Nous avons également mis en application notre nouveau plan d’équipement. Le FPTSR Delle ici présent a été totalement rénové pour une somme de 70 000 €, lui redonnant au moins 10 ans de service devant lui. Le terrain de sport qui manquait à Belfort nord est construit et il ne reste plus qu’aux équipes de la Cne Poiret à me proposer une belle manifestation pour l’inaugurer officiellement.

Vous le voyez, nous avançons. Nous rencontrons des difficultés, par exemple dans le recrutement de cadres. Mais nous avançons, car les absences sont compensées par le redoublement d’énergie de toute l’équipe. Je veux remercier ce soir l’équipe de direction, l’équipe administrative des ressources humaines et tout particulièrement Véronique Lazarre.

Tous, par leur sens du devoir, ont largement compensé l’absence d’un adjoint au directeur et celle du chef du groupement des ressources humaines. Vous me pardonnerez d’avoir une attention spéciale à l’adresse de Véronique que je malmène trop souvent avec mes exigences qui suivent le rythme parfois un peu fou des dossiers qui s’enchainent. C’est toujours à tord. Je remercie également Sylvie Joly qui avec son équipe a fait un travail remarquable sur le renouvellement de nos visuels de communication, que vous découvrez ce soir. Je vous laisse apprécier. Ce panneau remplace celui qui n’a pas survécu aux caprices d’Eole lors de notre dernier congrès à Méziré.

Au nom des sapeurs-pompiers, je voudrais aussi exprimer notre profonde gratitude à l’adresse de tous les personnels administratifs et techniques, qui œuvrent sur les lignes arrières, visibles de personne, mais sans qui cette belle machine qu’est le SDIS ne fonctionnerait pas. Que ce soit sur le plan technique ou administratif, ils ont été mis à rudes épreuves ces derniers temps. Merci à eux.

Pour la suite, pour 2020, et sans être trop long, nous avons à poursuivre nos travaux sur les risques d’exposition aux fumées et surtout, je pense que nous allons devoir revoir totalement notre organisation en matière de formation. Je n’en dis pas plus, nous aurons l’occasion d’y revenir.

(5)

Je voudrais enfin conclure en soulignant le rôle primordial des élus municipaux. Maires, adjoints ou conseillers, ils incarnent la solidarité de proximité au profit de ceux à qui nous portons secours.

Mesdames et messieurs les maires, votre mandat touche à sa fin. Nous ne soulignerons jamais assez, l’importance de votre rôle. Vous êtes l’un des ciments de notre société. Tout comme le volontariat de sapeurs-pompiers, votre mandat est avant tout un engagement altruiste. Il demande le désintéressement du bénévolat mais en même temps la rigueur du professionnel. Etre disponible pour les autres est un trait que vous avez en commun avec les pompiers volontaires. Sur le terrain nous agissons en votre nom, je ne l’oublie jamais, et très souvent vous êtes à nos côtés. C’est sans doute parce que nous partageons les mêmes situations de détresse que vous êtes toujours en première ligne quand il s’agit de nous rendre hommage. Alors mesdames et messieurs les maires, permettez-moi ce soir d’inverser les rôles et avec tous les pompiers du Territoire de Belfort, à l’occasion de cette dernière sainte-barbe avant l’achèvement de votre mandat de vous rendre en retour, un hommage appuyé. (Applaudir avec tous les pompiers).

Voilà, j’en ai terminé, pardon d’avoir été trop long.

Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année à tous.

Vive les sapeurs-pompiers et vive Sainte-barbe.

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