418 Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 16 février 2011
actualité, info
Ethique, en médecine et ailleurs
Je reçois le Bulletin de l’Ordre national des médecins français. La corporation, chez nos voisins, avait une réputation de paternalisme marqué, qui souvent voit le praticien être con
vaincu qu’il sait mieux que le patient ce qui est bon pour lui. Les choses changent, en tout cas au niveau des écrits. Propos du président national de l’Ordre dans le Bulletin n° 14, de nov.déc. 2010 : «Notre pays s’est doté d’un arsenal législatif conséquent pour faire vivre les droits des patients [j’aime la formule]. Pour
tant, ces droits restent méconnus de nos con
citoyens, des plus vulnérables en particulier.
Mieux les informer constitue une donnée fon
damentale». On apprécie, alors qu’il n’y a pas longtemps encore des confrères estimaient que ce catalogue de droits avait pour effet principal de compliquer leur travail et que
c’était à eux de juger souverainement des qualité et quantité de l’information prodiguée au malade – alors que ladite information doit être systématique, spontanée et donnée sans délai.
Le même Bulletin consacre à fin 2010 un numéro spécial à la bioéthique. Extraits d’une interview du Pr Alain Grimfeld, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) :
«De plus en plus les activités de la bioméde
cine mettent en jeu les principes fondateurs de notre société. En bioéthique, nous savons que ce qui est techniquement réalisable n’est pas pour autant toujours digne d’être autorisé (…). L’important pour le CCNE est de faire dia
loguer les personnes, d’être ouvert à l’inter
disciplinarité et d’aboutir à une convergen ce sans pour autant sacrifier à la mode du con
sensus». A propos d’une proposition du CCNE (mal accueillie et qui n’a pas été retenue dans la révision de la loi de bioéthique) d’autoriser le dépistage de la trisomie 21 chaque fois qu’un diagnostic préimplantatoire (DPI) est mis en œuvre pour éviter une maladie génétique :
«Notre position a pu être interprétée comme de l’eugénisme alors qu’elle était motivée par l’humanité. En effet, la finalité du DPI est une grossesse, qui fera l’objet d’un suivi, éventuel
lement d’une amniocentèse. Or, si l’amnio
centèse détecte une trisomie 21, on pourrait aller vers une interruption [qui aurait pu être carte blanche
Dr Jean Martin La Ruelle 6 1026 Echandens [email protected]
évitée par un DPI antérieur]». NB : le DPI est admis en France mais pas en Suisse à ce stade.
C’est le genre de situations où certains, au nom du pragmatisme, proposeront des dé
marches que d’autres jugeront être des com
promissions liées à une tentation indûment eugénique. Large champ de débat, où des arbitrages doivent être faits. A mon sens, beau
coup de ces arbitrages seront aussi bien faits par les patients concernés en dialogue avec leur médecin assumant sa responsabilité pro
fessionnelle et éthique que par des lois poin
tillistes.
Deux sujets d’éthique planétaire : je suis allé récemment au Vietnam ; j’y ai été frappé par le rappel, au fil des lectures, des conversations et des visites, des conflits armés cons tants que ce pays a connu durant trois décennies (19451975). Il s’y est passé des choses ef
frayantes, avec l’emploi massif de moyens dé
vastateurs touchant la population civile autant (plus !) que l’ennemi militaire : usage d’agents chimiques dont le tristement célèbre Agent Orange (défoliant contenant de la dioxine – on a pu parler d’écocide), avec à la suite avor
tements, malformations, cancers et autres ma
ladies… Bombardements massifs (aussi au Cambodge, parce que les Vietcongs passaient chez le voisin). Aujourd’hui encore, plusieurs mines antipersonnelles exploseraient cha que
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Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 16 février 2011 419 jour sous les pieds des gens. J’aime bien
l’Amérique mais le fait est qu’il n’aurait pas été inapproprié d’envisager pour le Vietnam, après 1975, un Tribunal de type Nuremberg pour crimes de guerre. Mais, La Fontaine l’a dit, il y a longtemps, «selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir».
Ensuite : très intéressante émission «De quoi je me mêle» du 23 janvier 2011, avec un reportage sur le camp d’Auschwitz, centre du système nazi de «solution finale», cœur de la galaxie des lieux d’extermination des juifs et d’autres groupes. Elle met en évi
dence les enjeux majeurs en rapport avec ces pages funestes : primo, ne pas oublier ; secundo, comment passer le message aux nouvelles générations – en relevant que, pour un enfant, ce qu’ont vécu les grandsparents fait partie de son histoire, tandis que ce qu’ont vécu des aïeux plus lointains, c’est de l’his
toire. Tertio, encore et encore, il faut se de
mander comment cela a été possible : com
ment une population intelligente et cultivée comme celle de l’Allemagne a pu être «sé
duite» et permettre à un mouvement extré
miste de mettre sur pied une telle énorme machinerie de mort.
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