D. E NCONTRE Première solution
Annales de Mathématiques pures et appliquées, tome 2 (1811-1812), p. 341-346
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Première solution ;
Par M. D. ENCONTRE , professeur, doyen de la faculté des sciences de l’académie
deMontpellier.
1.
LORSQUE
deuxjoueurs
sontprêts
à commencer lapartie ,
et ontdejà
formel’enjeu tutal,
ils en cèdent l’un et l’autre l’entière pro-priett
à celui des deuxqui
gagnera. Chaenn a d’ailleurs droit d attendrece que le hasard doit
probablement
lui donner ; et, s’ils se trouventcontraints d’abandonner la
partie
,l’enjeu
dcit êtrepsrtagé
entre eux,non d’une manière
égale,
mais de manière que lapart
de chacunsoit
proportionnée
à laprobabilité qu’il
aurait eu de gagner le tout si lapartie
eût été continuée.Très-généralement,
les droitsrespectifs
des deuxjoueurs
sur l’en-jeu total ,
au moment où lapartie
se trouveinterrompue ,
sonten raisun des
probabilités qui
leur sontrespectivement favorables y
ou , en d’autres termes , de leurs
espérances mathématiquement
cal-culées.
II.
Lorsque,
de deux chancesdonnées,
une doit nécessairementarriver;
que la
première promet
à unjoueur
une certaine somme ou uncertain
droit ,
que la secondepromet
au mêmejoueur
une autresomme ou un autre
droit,
etqu’elles
ne sont paségalement
pro-bables ;
la somme ou le droit que lejoueur
dont ils’agit
doitraisonnablement
attendre,
en vertu des deux chancesdonnées, équivaut
a la somme ou au droit
qu’apporterait
lapremière
chancemultipliée
par sa
probabilité , plus
la somme ou le droitqu’apporterait
laseconde, multipliée
aussi par saprobabilité.
Supposons
I.°qu’il
yait,
dans unebourse ,
deuxbillets,
l’unde 6 francs et l’autre de I2, et
qu’un joueur
ait actuellement le droit deprendre ,
auhasard ,
un de ces deuxbillets,
Lesprobabilités
Tom. Il.
47
342 QUESTIONS
étant
égales,
etexprimées,
l’une etl’autre, par I 2,
ledroit
réelde notre
joueur équivaut
àSupposons
2.°qu’il
yait ,
dans unebourse,
trois billets :savoir,
deux de 12 francs et un de
6 ;
etqu’un joueur
ait le droit deprendre,
au
hasard ,
un de ces trois billets. Laprobabilité qu’il
tirera un desdeux billets de 12 francs étant
exprimée par 2 3,
et laprobabilité qu’il
tirera celui de G francs étant
exprimée par I 3 ;
la somme àlaquelle
il doit
raisonnablement prétendre
seraSupposons
3.°qu’il y ait ,
dans unebourse, quatre billets,
dontun donne droit de
prendre,
auhasard,
un des billets de la bourse dupremier exemple,
et dont chacun des trois autres donne droit deprendre y
auhasard ,
un des billets de la bourse du secondexemple ; l’espérance
dujoueur qui
aura le droit deprendre,
auhasard ,
un de ccs quatre billets seraIII.
Ces
principes
étant admis par tous lesmathématiciens ,
nous nenous arrêterons ni à les démontrer ni à les
expliquer
par unplus grand
nombred’exemptes ,
et nous passerons de suite a leurappli-
cation à la
question proposée. Mais,
pour nous ouvrirplus
facilementla voie à la solution
générale ,
nous commencerons par unexemple particulier.
Soient A et B les deux
joueurs ,
et convenons , engénéral
de
designer
parA
etB
leurs étatsrespectifs , lorsque
lepremier
aura p
jetons
et le second 9.Supposons.,
parexemple,
que lepremier
ait deux fois
plus
d’adresse que lesecond ;
en sortequ’à chaque partie
il y ait deux aparler
contre un que ce sera luiqui
gagnera ; alors leursprobabilités respectives
de gagner unepartie quelconque seront 2 3
etI 3.
Donnons eniui unjeton
à A etquatre
àB,
ce quenous
exprimerons
ainsiAI , B4 .
RESOLUES.
Les conditions du
jeu
étant cellesqu’on
a vues dans l’énoncé duproblème ,
proposons-nous de trouver, dans ce casparticulier ,
ledroit des deux
joueurs
surl’enjeu
commun , ouquelles sont
leursespérances , mathématiquement
calcu1ées.Soient
désignées respectivement
par xI, x2, x x 4 lesproba-
bilites favorables au
joueur A,
dans leshypothèses
successivesAI , B4 ; A2 , B3 ; A3 , B2 ; A4 , BI ; d’après quoi
on aura, x0=0, xs=I.Il est évident que, solvant que A gagnera la
première partie
ouqu’il
laperdra ,
sonespérance
deviendra xz ou x0=0; que s’il la gagne , suivantqu’il
gagnera ouqu’il perdra
laseconde,
sonespérance
deviendra ur; 3 ou xI, et ainsi de
suite ; puis
donc que lesprobabilites qu’il
a de gagner ou deperdre chaque partie,
sontrespectivement 2 3 et I 3,
on aura
ces
équations
étant en même nombre que les inconnuesqu’elles
ren-ferment,
ces inconnuespourront
être déterminées ctconsequemment
on pourra
assigner ,
pourchaque
état dujeu, l’espérance
de chacundes
joueurs.
En faisant le
calcul , désignant
engénLral
pary l’espérance
deB
lorsqu’il
a qjetons,
et serappelant
que la somme desespérances
des deux
joueurs
doit êtrel’unité,
on obtiendra le tableau, suivantAinsi,
dansl’hypothèse proposée AI, B4 ,
lesespérances
desjoueurs
A et B sont
respectivement
etI5 3I.
Mais on voit que, pourparvenir-
à ce
l’ésultat ,
nous avons étéobligés
de calculer lesespérances
desQUESTIONS
dpux
joueurs,
dans d’autreshypothèses
que nous n’avions pas en vue; cequi,
à raison deslongueurs qui
enrésultent,
est un mcon- veient que neprésentera plus l’emploi
des formulesgénérales
quenous allons chercher à construire.
IV.
Soit s le nombre total des
jetons
des deuxjoueurs.
Considérons les états successifsAI , BS-I ; A2 , BS-2 ; A3 , BS-3 ;
;...AS-3 , B3 ; AS-2 , B2 ; AS-I , BI ;
etdésignons respectivement
par xI, x2, x3, ...xs-3, xs-2 , xs-I , les
espérances
de Aqui
leurrépondent.
Si m et nreprésentent
les adressesrespectives
des deuxjoueurs ,
laprobabilité
que A gagnera une
partie quelconque
seram m+n,
tandis que la pro- babilitéqu’il
laperdra
sera n m+n ; enraisonnant
donc comme ci-dessus ,
onobtiendra
cette suited’équations
lesquelles
seronttoujours
en même nombre que les inconnuescelles
renfermant.
Si maintenant on suppose successivement s=2,
,3,4,...,
cequi
réduira aussià 2, 3, 4, ....,
lc nombre deséquations;
on trouveraRÉSOLUES. 345
et ainsi de suite.
La loi de ces résultats est
manifeste,
et on en conclut facilementque,
xp
ety désignant respectivement
lescspérances
de A et Bqui répondent
à l’étatA. p Bq,
on doit avoirgénéralement,
à causede
xp+Yq= 1 ,
Il
faudra seulement avoirl’attention ,
dans le casparticulier
où l’onaura n=m, de délivrer ces formules du facteur m-n
qui
affecteleur numérateur et leur
dénominateur ,
avant d’en fairel’application.
Pour donner un
exemple
del’usage
de cesformules,
supposons que lejoueur
A ait 6jetons ,
et que lejoueur B
enait 4
seule-ment ; il faudra faire p = 6 et q=
4 ;
les formules deviendront doncSi nous supposons , en outre, que l’adresse de A soit double de celle de
B ,
cequi
donnera m=2, n = 1 , il viendrales
espérances respectives
de A et B serontdonc et 5 141; elles
seront donc dans
le rapport
de 336 à 5.346
V.
On
peut
faire diversesobservations
curieuses sur laquestion qui
nousoccupe. Nous nous bornerons aux deux suivantes
qui peuvent
être utiles.I.° En delivrant les valeurs de xp et
yq
du facteur m2013nqui
affecte teur numérateur et leur
dénominateur ,
etposant
ensuiten=tn , elles deviennent toutes réductions faites
ainsi, lorsque
les deuxjoueurs
sont d’adresseégale,
leursespérances respectives
sont dans le rapport du nombre de leursjetons ;
commeon
pouvait
bien leprévoir.
2.° Mais ce serait une erreur de croire
qu’à l’inverse, lorsque
les jetons
sontégalement repartis
entre les deuxjoueurs,
leursespérances
sont
proportionnelles
à leurs adressesrespectives.
Si en effet on faitq=p, on a
d’où l’on voit que leurs
espérances
sont dans lerapport
de me ànp ; lequel
ne devient celui de m à n que dans le casparticulier
où p=I.Deuxième solution ;
Par MM. LHUILIER , professeur de mathématiques ,
etPES-
CHIER,
professeur de philosophie
etinspecteur à l’académie
impériale
deGenève. (*)
Que
les deuxjoueurs
soientdésignés
par A et B(**) ; Que
leurs adressesrespectives
soient m et n ;(*)
Après
nous êtrecommuniqué
nos solutions, nous les avons trouvées si semblables l’une à l’autre , que nous avons cru. devoir les réuniv sous une rédactioncommune.
(**) Pour faciliter la
comparaison
des résultats, on a cru convenabled’employer
ici des notations
pareilles à
ceUes du mémoireprécédeut.
( Note 141es éditeurs. )