R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
C AVÉ
Exemple d’application des méthodes statistiques de contrôle de fabrication
Revue de statistique appliquée, tome 2, n
o2 (1954), p. 23-27
<
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EXEMPLE D’APPLICATION DES MÉTHODES
STATISTIQUES DE CONTROLE DE FABRICATION
par
M. CAVÉ
Ingénieur
MilitairePrincipal
de l’ArmementLe
problème
de laqualité
d’uneProduction
seprésente toujottrs
SOltSun double
aspect : qualité technique (niveau
dequalité)
etqualité statistique (stabilité de la qualité).
Ces
deux aspects
interviennent évidemment dans lasatisfaction
duclient et la mise en route d’une
fabrication exige
que l’on tiennecompte des
deux.
L’exemple
décritci-après par
M. Cavé montre comment la méthodestatistique
dans une étudepréalable
d’unefabrication,
auraitpermis
d’éviterde nombreuses livraisons
refusées.
1. -
DONNÉES
DUPROBLÈME.
Dans un établissement utilisant essentiellement des machines
automatiques
ou semi-auto-matiques,
on utilisait en cours de fabrication un contrôle d’efficacité trèsfaible, qui
consistait àpréle-
ver une
pièce
ouquelques pièces,
à les mesurer et à conserver leréglage
tant que la cote dechaque pièce
ne sortait pas des limites de tolérance.On avait dit au contrôle que le client
accepterait jusqu’à
3%
depièces
mauvaises et le rai- sonnementsimpliste
suivant(et faux)
avait été fait : 3%
depièces,
cela fait environ 1pièce
sur 30et il suffira donc de
prélever
dans les lots que l’on allaitprésenter
auclient,
30pièces
etd’accepter
pour
l’envoi,
les lots dont leprélèvement
de 30pièces
contient auplus
1pièce
mauvaise.Les
premières
livraisonsayant
été refusées engrande partie
par leclient,
on a décidé dansun deuxième stade de
prélever
30pièces
par lot etd’accepter
si aucunepièce
mauvaise n’étaittrouvée
parmi
ces 30. Les contrôles 100%
des lots défectueux ont d’autrepart
montré que la pro-portion
despièces
mauvaises était de l’ordre de 3%
à 8%,
on a demandé au contrôle en coursde fabrication d’effectuer un contrôle
plus
strict.Mais ce
contrôle, beaucoup plus
strict, s’est ramené à effectuer des contrôles deplus
enplus fréquents
deprélèvements
d’unepièce
et lesrégleurs
étaient constamment en train derégler
lesmachines,
la cadence deproduction
était considérablement réduite.C’est alors
qu’en
«désespoir
de cause » on a demandé à desspécialistes
de contrôle statis-tique
’ de « redresser la situation ». Nous nous contenterons de donnerci-après
le contrôle effectué+ ’50 ’
sur une cote 40 mm+O , c’est-à-dire dont les limites de tolérance étaient
40,000
et40,150
mm.2. -
ÉTUDE CRITIQUE PRÉLIMINAIRE
DES CONDITIONS DERÉCEPTION
DU CLIENT ET DU FABRICANT.2-1. - Si le client avait
indiqué
dans son marchéqu’il
« ne voulait pas »accepter
de lotscontenant
plus
de 3%
depièces
mauvaises, il avaitprécisé
que, pour obtenir cerésultat,
ilprélè-
verait dans
chaque
lot un échantillon de 100pièces
etaccepterait
le lot s’il trouvait auplus
unepièce
défectueuse dans cet échantillon.On
peut
calculer la courbe d’efficacité de ce test deréception,
donnant laprobabilité
Pd’accep-
ter un lot
(ordonnée)
contenant uneproportion
p(en abscisse)
depièces
mauvaises.L’équation
de cette courbe est :
Elle est
représentée
par la courbe 1 de lafigure
1. On voit que le clientqui
« ne voulaitpas »
accepter
de lots contenantplus
de 3%
depièces
mauvaises court en fait lerisque d’accepter
environ une fois sur
cinq
des lots contenant 3%
depièces
mauvaises : il est normalqu’il
courreun
risque d’accepter
un lot de cettequalité puisqu’il
effectue unprélèvement, mais eut-être
que cerisque
est un peutrop élevé,
si effectivement sonexigence
est nécessaire enpratique.
2-2. - Les contrôles des lots par le
fabricant,
en vue del’expédition,
donnent les courbesd’efficacité Il et III de la
figure
1.Fig. 1. - Courbes d’efficacité.
On voit que ces courbes sont nettement au-dessus de la courbe d’efficacité du test du
client (pour
la courbe Il seulement pour p > 1%).
On voit parexemple
que 83%
des lots contenant 3%
de
pièces
mauvaises serontacceptés
pour lepremier type
de contrôle(courbe Il)
et 46%
pour le deuxièmetype (courbe III).
Il serait donc nécessaire d’effectuer un contrôle au moins aussi efficace que celui
qui
seraeffectué par le client. On
pourrait
parexemple prélever
200pièces
etaccepter
si on trouve auplus
une
pièce
mauvaise(courbe IV) :
on a, dans ce cas, une chance sur centd’envoyer
au client un lotcontenant 3
%
depièces
mauvaises.3. - CONTROLE EN COURS DE FABRICATION.
3-1. - On a demandé au
régleur
derégler
la machine comme il le faisait normalement et l’on a effectué toutes les 20 minutes unprélèvement
de 5pièces
que l’on mesurait. Les 20 pre- miersprélèvements
sont donnés par la fiche de contrôle surlesquelles
on aindiqué
les moyennes et lesamplitudes
dechaque prélèvement
enprenant
commeorigine
la cote40,00,
les mesures étantdonnées en centièmes. On a ensuite
appliqué
les méthodesclassiques
de contrôlestatistique.
On atrouvé pour la moyenne
générale
et la moyenne desamplitudes :
Les limites de contrôle et de surveillance de la moyenne sont
1 Les limites de contrôle et de surveillance de
l’amplitude
sont :On a
reporté
les moyennes, lesamplitudes,
leurs droites de contrôle et desurveillance,
les limites de tolérance sur la carte de contrôle.3-2. - L’examen de la carte de contrôle montre que tous les
points
sont à l’intérieur des limites de contrôle etqu’une
seule moyenne survingt
est extérieure aux limites de surveillance : la machine est donc souscontrôle,
onpeut
effectuer une fabrication en utilisant avec succès le contrôle statis-tique qui
décèlera convenablement undéréglage.
3-3. - Il semble
(1) cependant
que les moyennes aient tendance à diminuer du début à la fin duprélèvement (7
heures demarche),
cequi
doitprovenir
de l’usure del’outil,
effet normalpuisque
la cote considérée est une cote intérieure. C’est pour cette raison que le
reateur réglait
la machinesur une cote
supérieure
au milieu de l’intervalle de tolérance(on
a trouvé x ==9,93
au lieu de7,5).
3-4. - Il est
possible
de comparer ladispersion
de la machine à l’intervalle de tolérance.De la moyenne des
amplitudes
onpeut
déduire une estimation sans biais del’écart-type
D’où l’intervalle de tolérance
exprimé
enécarts-types
alors
qu’il
faudrait normalement au moins 6écarts-types
pourpouvoir fabriquer
sanstrop
d’aléas.On
peut
mêmecalculer,
ensupposant
la variabilité de la machineparfaitement normale,
que la pro-portion
depièces
mauvaises.fabriquées lorsque
la machine estparfaitement réglée
sur la cote7,5 est égale à 2 x !,56%==3,!2%(Queues
de courbes extérieures à l’intervalle ±4ti75
= +2,186)
Il en résulte
qu’un réglage parfait, lorsqu’on
considère individuellement les mesures, sera refusé(1) Le calcul exact montre qu’on ne peut l’affirmer sans courir de gros risques.
Fig. 2. - Carte de contrôle.
3,1
fois sur100,
d’où uneaugmentation
desréglages
inutiles et une diminution de lacadence,
si onaugmente
lesprélèvements.
Cetteproportion
est laproportion
minimumpossible :
il est donc normalde trouver des
proportions
de l’ordre de4,5,
6 ou 7% puisqu’on
n’effectue pas ensuite un contrôle 100%
à laréception.
Leréglage
actuel montrequ’il
doit y avoir 7%
depièces
mauvaises et, enréalité,
on en a trouvé 6 sur les 100 mesurées.FICHE DE
CONTRÔLE
4. - CONCLUSIONS.
La machine utilisée n’est pas
adaptée
à son travail :puisqu’elle
nepeut produire
mieuxque 3
%
depièces
mauvaises,proportion
que le clientrefuse,
il faut :- Soit
changer
de machine etprendre
par suite une machined’écart-type plus
faible et auplus
a= 2,5 :
dans ce cas, l’intervalle de tolérance estégal
à-L5- =
2,5 6écarts-types ;
- Soit
augmenter
la tolérance : avec 20centièmes,
l’intervalle de tolérancevaut -~2013== 5,83
écarts-types.
,
Dans de telles