L'ENQUETE
LE CRÉDIT
LA CUlSi;
DK
lRfi3-(;4> -C''
1/ ENQUÊTE
LE CRÉDIT
LA CRISE DE 1863-6/i
VICTOR BONNET
EXTRAIT DE LA H EV(] DES IJ1-
l'X
MONDES
N"5 DES 15 NOVEMBKK F.T 1'' DÉCEMBRE [HG'j
PARIS
i;i ILl.Al
MIN ET
(:'"\LIBHAIKES-ÉDITEURS
11, RrK
RU
Hi;i,IKl, 14^::
.-A
<
\
JUÎ^ 261975
L'ENQUETE DE 1865
SUR LE CRÉDIT
LA CRLSE DE 1863 ET
ISG/iOn
ne s'occupe plus guère de l'enquête sur les questions de crédit annoncée avec tant de solen- nité auconnnencement
de cette année, et qui pa- raissait répondre alors à tant d'intérêts, j'ajoute à tant de passions. Cette enquête se poursuit ce- pendant, et la commission qui la dirige a déjà
pu
recueillir plus d'une révélation intéressante.
On
se souvient des circonstances qui l'ont déterminPendant deux
ans, l'intérêt de l'argent av fort élevé : il avait varié entre 5 et 8 pour 1 lamoyenne
avait été au moins de 6 à 7.2
l/KNQUKTK
demandait si c'était là une situation normale . si l'industrie et le
commerce
devaient continuerà
s'imposer des sacrifices aussi considérables.En
pareil cas,
comme
il est toujours pluscommode
de s'en prendi-o aux insiilniions et aux
hommes
qu'aux circoonstances, on accusait la
Banque
de France de tout le mal. C'était elle qui marquait l'élévationdu
tauxdel'escompte,donc
c'était elle qui faisait renchérir le prix de l'argent. Dieu sait ceque, pendant cesdeux années, nous avons vuse succéder de volumes affirmant plus oumoins
cette thèse et concluant presque tous qu'on pourrait trouverunremède
à la situation par une meilleure organisationdu
crédit! Grâceà toutes ces attaques, la Ban({ue de France était devenue en (quelque sorte le bouc émissaire de la situation, etil fallaitune certaine dose d'énergie et une conviction bien forte pour oser prendre sa défense.
Nous
l'avons essayé pourtant, et plusieurs fois, dans la Revue desDeux- Mondes
, nous avons cherché à montrerles choses sousleur vraijour; mais que peuvent des explications et des raisonnements lorsque les pas- sions sont excitées et les intérêts en jeu?
Or
il en estmalheureusement
toujours ainsiquand
l'argent est cher et que lecommerce
souffre. Cela ne veutSUR
LE CRÉDIT. Spas dire pourtant que la cherté de l'argent soit toujours
un
obstacle à la prospérité d'un pays; onla voit, au contraire, coïncider avec cette
même
prospérité: nous en avons la preuvela plus
mani-
feste dansce qui se passegénéralement
aux
États- Uniset dansce qui aeulieu en France et enAngle- terre il y a quelques années. Toujours est-il que,si la cherté de l'argent n'est pas
un
obstacle à la prospérité, elle n'est pasnon
plus la cause qui la favorise.Un
pays peut être prospère malgré la cherté de l'argent, lorsqu'il est sousl'influence de certaines conditions économiques; maisil prospé- reraitencorebeaucoup
plus, si l'argent étaitàbon marché
: cela diminuerait d'autant le prix de re- vient des choses, et la diminutiondu
prix de re- vient, c'est en réalitéun
nouvel essorimprimé
à l'activité industrielle et commerciale.On
s'estplaint d'autant plus chez nous pendantles
deux
dernières années de la cherté de l'ar- gent, qu'elle n'apas coïncidé, il faut le dire, avec ungrand
développement de la richesse publique.Le commerce
avait eu ses années brillantes de1854
à1862,
saufcependant l'année1858,
qui a été la liquidation de la crise de il857; mais en1863
et1864,
il avaitsubiévidemment un
certain4
L'KNQUKTE
ralentissement : on se demandait donc
comment
ilpouvait se faire qu'avec
un mouvement
d'affaires moindre on dût payer l'argent plus cher qu'on ne l'avait payé dans d'autres années plus brillantes.Celaparaissait inexplicable, et
comme
iln'y arien quirende l'espritplus docile aux suggestions qu'un mal qui dure et qu'on ne s'explique pas, on vit pleuvoir, je le répète, toute espèce d'écrits et de volumes qui attaquaient plus ou moins vivementla
Banque
de France. C'était laBanque
de France qui était la cause de tout le mal, c'était elle (|uidonnait au prix de l'argent une élévation factice
,
qui abusait de son
monopole,
et qui, au lieu de servir l'intérêt généralcomme
elle l'aurait dû, nefaisaitque l'entraver dans
un
intérêtpersonnel.On
venait dire à ces
commerçants
qui souffraient de l'élévationdu
taux de l'escompte, qui étaient ar- rêtés dans le développement de leursaffaires, ou qui avaient peine à renouveler leursengagements:
«
Le
mal dont voussouflrez n'est pas devotre fait, il est la conséquence d'unmonopole
qu'on a établi à côté pour vous protéger, pour vous favoriser, et qui, au lieu de cela, vous exploite; vous payez l'argent6
et8
pour 100, il serait facile de vousledonner à k pour
100
avec une meilleure organisa-SUR
LE CRL:DIT. 5 tiondu
crédit. » Il n'est pas étonnant que de pa-reillessuggestions aient trouvé de l'écho; elles en trouvaient d'autant plus qu'il n'y avait pour ainsi dire personne pour contredire, et que la
Banque
de France se laissait ainsi mettre auban
de l'opi- nion publique sans se défendre.Tant que la guerre qu'on lui faisait resta con- centrée dans quelques publications fugitives, dans quelques articles de journaux, elle put en etïet rester impassible et compter sur la forcede la vé- rité pour faire justice de tout ce qu'il y avait de
peu
fondé dans les accusations dont elle était l'ob- jet; mais il arrivaun
jour où il ne lui futplus pos- sible de rester en dehorsdu
débat.Un
écritsigné d'unnom
important dans la finance vint, aprèsun
réquisitoire des plus vifs, prononcer contre elle lemot
d'enquête. Il se pouvait sans doute, etbeaucoup
de personnes l'ontpensé, que cemot
nefût qu'un
argument
de plaidoirie et ne dûtpas être pris au sérieux; mais,comme
on vit presque aussitôt dans certains quartierscommerçants
de la capitale et àLyon
s'organiser une espèce d'agita- tion et des pétitions se signer contre laBanque
de France, il était difficile pour celle-ci de resterim- mobile.Son
honneur était en jeu, et puisqu'onL'ENQUÊTE
avait prononcé le
mot
d'enquête, qu'on se faisait fortde prouver les faits dont on l'accusait, c'étaità elle de relever le gant et de montrer qu'elle ne craignait pas la lumière. Elle le i-eleva en eiïet en adressant une pétition à l'Empereur, où, après avoir fait la réserve des droits qui étaient la pro- priété de ses actionnaires et qui ne pouvaient pas êtremis en discussion, tels
que
son privilège et le droit exclusif d'émettre des billets au porteur, elledemandait pour le reste que la lumièrese fît aussi éclatante que possible, afin qu'on vît où était la cause
du
mal et quelle était la responsabilité de chacun dans la crise qui avait lieu. Cette pétition fut insérée au Moniteur avec celle descommer-
çants quise plaignaient, etl'enquête fut annoncée.
Seulement dans le premier
moment
onne se rendit pas biencompte
de la nature de cette enquête, on crut qu'ils'agissait de porter l'investigation sur toutes lesinstitutions de crédit, et, chose bizarre, ce fut l'institutionmême
d'où était parti lepremiermot
d'enquête quieut le plus àsoulTrii- de ce pre- miermoment
de méprise. LeCrédit mobilier baissade 10
francs à la bourse qui suivit l'annonce de l'enquête, ce qui fit dire malicieusement à quel- ques personnesque c'étaituncommencement
d'en-\
SUR
LE CRÉDIT. 7quête.
On
comprit bien vite pourtant qu'il ne s'a- gissait pas d'un acte d'accusation à dresser contre telle ou telle institution de crédit, pas plus contre laBanque
de Franceque
contre une autre,que
personne n'était en cause, c{u'on voulait tout sim- plement, par lemoyen
le plus efTicace, chercher à éclairer une des questions les plus importantesdu
jour et sur laquelle les idéessontle plus erro- nées, celledu
crédit.Aussitôt l'enquête annoncée, ily eut
comme une
espèce detrêve entre les parties qui se disputaient.Personne n'espéra plus remporter la victoire de haute lutte, et on se
donna
rendez-vous devant l'enquête.Une
autre raison peut-être plus puis- sante contribua aussi à l'apaisement des esprits,
ce fut l'abaissement
du
taux de l'escompte.Au moment
où se prononçait pour la première fois lemot
d'enquête, l'escompte était à 7 pour100
: ilresta à
peu
près aumême
taux pendant tout letemps que
se produisit la petiteagitation contre laBanque;
mais, aumoment
où l'enquête fut annon- cée, il n'était déjà plus qu'à 5 pouriOO,
et peu detemps
après il descendait h li. 11sembla
alors qu'on n'avait plus d'intérêt à l'enquête ; chacun avait oublié lemal
dont il avait souffert, et avec8 L"i;\QT KTK
rimprévoyaiicc qui caraclérise la nalurehumaine,
comme
si on ne devait plus jamais se retrouver dans lamême
situation, on ne pensa plus au re-mède. Le
gouvernement cependant n'ouloiia pas son enquête, ilnomma
la commission qui devaitla diriger : ce fut le conseil supérieur de l'agri- culture et
du commerce,
sous la présidence deM.
Rouher. Aussitôtnommée,
la commission se mit en devoir de rédiger le questionnaire destiné aux personnes qu'elle se proposait d'entendre.Malheureusement, lorsque l'enquête aurait
pu com-
mencer, on fut obligé de l'ajourner pour diverses raisons.On
l'ajourna d'abord sur lademande
des négociants qui avaient accusé laBanque,
et qui.invités à venir formuler leurs griefs, déclarèrent qu'ils n'étaient ]^as prêts et
demandèrent
un sursis d'un mois, ce qui était assez étrange, car enfindu moment
qu'on accuse, on doit toujours être enmesure
de produire son accusation.Le
sursis d'un mois écoulé, on ajourna encore, parce qu'on se trouvait en pleine discussion de l'adresse, et queM.
Rouher. qui avait à diriger l'enquête, devait aussi, devant le Corps législatif, répondre pour le'
gouvernement aux orateurs de l'opposition. Après
la discussion de l'adresse vint celle
du
budget,SLR LE CREDIT.
qui entraîna les esprits vers d'autres préoccupa-
tions, et enfin, lorsque la session fut close, on était à la fin de juillet; tout le
monde
avait quittéParis ou aspirait à le quitter, il n'y aurait plus eu per- sonnepour
diriger l'enquête et poury
répondre.11 fallut encore ajourner, et d'ajournement en ajournement on n'a
pu commencer
sérieusement cette enquête qu'à la findu
mois dernier, c'est-à- dire plus de huit mois après qu'elle avait été annoncée.Cela veut-il dire
que
legouvernement
n'y tienne pas, et qu'il ne l'ait ordonnée que pour offrir une satisfaction apparente à l'opinion?Ce
n'est pas notre sentiment; nous croyons au contraire que legouvernement
y tientbeaucoup
, et qu'il est dis- posé à la poursuivre maintenant avec toute l'acti- vité possible. 11 ne faut pas croire, parce que nous venons de traverser une année presque en--tière oii l'argent a été abondant et à
bon
marché,que
nous ne le reverrons plusjamais rare etcher, et que noussommes
pour toujours à l'abri desmaux
dont nous avons souffert l'année dernière.L'argent a été abondant aussi après la crise de 1857,
comme
il l'a été cette année. L'encaisse, descendu à191
millions au mois denovembre
Il)
L'ENQUÊTE
JS57.
était remonté à538
millions an mois dejuillet 1858, ce qui ne l'empêcha pas (juelques années après, au mois de
novembre
1863, de re- descendre à205
millions, et d'être àU)9
millions au mois dejanvier 186^. Déjàmôme,
après avoir oscillé autour de500
millions pendant plusieurs mois cette année, le voilà redescendu à /|18 mil- lions'^, et1escompte, qui était à3
pour100
il y a un mois, est aujourd'hui à 5 pour100;
il est à 7 pour100
en Angleterre.x\près la crise de 1857, malgré la leçon sévère qu'elle nous avait infligée, nous n'avons pas cessé d'agir
comme
par le passé, sans nous préoccuper des enseignements qu'elle pouvait contenir. 11 ne faudraitpasfaii-e demême
cette année.Le
meilleurmoment
pour étudier les crises, c'est lorsqu'elles viennent d'avoir lieu; le souvenir en est encore assez présentpourque
chacun puisse déposer avec pertinence de faits qu'il a eus sous les yeux, etcomme
les intérêts ne sont plus en jeu, les déposi- tions sont empi-eintes de plus de calme et de plus de sincérité. Discuteraumoment
de la crise, lors-que les intérêtssont le plus engagés, c'est absolu-
I. Uilan(lu i iiovombre 1863.
SUIl LE CRÉDIT. Il
ment comme
si on voulait juger undrame
avant d'en connaître le dénoùment. Les Anglais n'y ont jamaismanqué
; c'est toujours au lendemain des crises qu'ils ont fait leursenquêtes, et il nes'en est pour ainsi dire pas passé une sans qu'on en aitrecherché les causes.
En 1810,
après la plus grande dépréciation qu'aient subie lesbillets de laBanque
d'Angleterre depuis la suspension des payements, on voulut savoirl'etTetproduitpar cette dépréciation, on fitune
enquête, et il en est résulté lefameux
l'apport dit bullion report, qui afixé les véritables principes sur la matière.
En
1820, l'Angleterre a voulu connaître l'influence exercée par la reprise despayements
qui avait eulieu l'année précédente.
Ce
sont de nouvelles en- quêtes qui ontamené
, après la crise de1825,
la suppression des billets de 1 livre sterling, etaprès celle de18o7
lemonopole
de laBanque
d'Ajiigle- terre dansun
certain rayon. Enfin les crises de 18/i7 et1857
ont déterminé chacune encore une enquête qui a eu pour résultat d'éclairer l'opinion sur les conséquences de l'acte dei^hh
relatif àla limitation de la circulation fiduciaire.On
répondra peut-êtreque
ces enquêtes simultipliées n'ont pas
empêché
l'Angleterre d'avoir12 L'ENQUKTF.
de nouvelles crises, et des crises de plus en plus iVéquenles, puisque celle de l'année dernière n'a été séparée de celle de
1857
que parun
laps de sept ans, landis ([u'il y avait unemoyenne
de dix années d'intervalle entre les précédentes. Cela est vrai, les Anglais n'ont pas évité les crises à la suite de leurs enquêtes, parce qu'il est difficile à un peuplequi estdoué
d'une telle expansion, qui a une telle activité industrielle et commerciale, de bien mesurer le degré de ses forces etdene jamais s'engager au delà; mais ils y ontgagné
de ne plus faire fausse route, et d'être bien fixéssur les principes qui président au développement de la richesse. Cesprincipes, ils les exagèrent quelque-fois, ils dépassent le but; mais, une fois la crise arrivée, ils ne discutentplussur les
moyens
àem-
ployer pour la combattre ; ils ne vont pas
deman-
der à dessystèmes cliimériques le
moyen
de sortird'embarras : ils subissent tranquillement l'éléva- tion
du
taux de l'escomptejusqu'au degré où cela est nécessaire pourramener
l'équilibre entrel'ofl're et lademande,
et personne ne s'avisede rendre laBanque
d'Angleterre responsable de cette éléva- tiondu
taux de l'escompte.On
lui fait plutôt lereproche contraire, celui de ne pas l'avoir élevé
SUR
LE CRÉDIT. 13assez vite. Voilà ce qu'ont produit les enquêtes faites au lendemain des crises en Angleterre; elles ontéclairé l'opinion publique sur lescauses qui les
amènent
et sur lesmoyens
à employer pour les combattre.Nous
voudrions qu'il en fut demême
en Franceet qu'on fût fixé
une
fois pour toutes sur les véri- lables principes qui doivent nous guider, lorsque noussommes
en présence de ces calamités indus- trielles et commerciales qui viennent detemps
entemps
troubler les rapportséconomiques
d'une nation.Nous
ne les éviterons pas plus qu'on nelesévite enAngleterre lorsque nous en connaîtrons les causes, pas plus c[u'on n'évite les maladies dont onconnaît l'origine; mais au moins, lorsque nous les aurons en face, nous serons tous d'accord sur les
moyens
de les traiter, et nous ne verrons plus se produire ces systèmes empiriques qui ne feraient qu'aggraver la situation. L'enquête peut nous rendre ce servicemieux
que tout autremoyen.
Elle est dirigée par deshommes
aussi éclairés cju'indépendants; on s'adresse dans toutes les opinions aux personnes les plus compétentes;chacun vient déposer des faits tels qu'il les a vus
et appréciés, et, s'il
commet
des erreurs ou obéit14 L'ENqui";TE
à des préjugés, il est
immédiatement
en présence d'une contradiction ([ui peut redresser son juge- ment. II est bien rareque
d'unexamen
ainsi fait il sorte autre chose que l'expression de la véi-ité.Non-seulement la vérité en sort, mais, ce qui est
important par le résultat, c'est
que
le public en est persuadé; il nemet
pas en doute la sincérité d'uneenquête,comme
ilmet
en doute l'opinion detelle ou telle personne, quelque considérable et
compétente qu'elle puisse être. Toutefois, pour
que
cette enquête porte ses fruits, il faut qu'à la suite on publie un rapport qui indique bien le ré-sumé
de toutes les dépositionset l'opinion qui s'en est formée au sein de la commission.Ce
rapport, livré à une grande publicité, acquerra une auto- rité devant laquelle n'osei'ont plus se produire toutes les idées chimériques que noussommes
habitués à rencontrer à
chaque
crise; ce seracomme
une espèce de loi que chacun sera tenu de respecte)'.Ceci dit sur l'utilité de l'enquête, voyons
main-
tenant sur quoi elle doit porter. Elle est intitulée
(( enquête sur les principes et les faits généraux qui régissent la circulation fiduciaire et
moné-
taire, » et le (|uestionnaii-e qui a été dressé par la
SUR
LE CREDIT. 1.%commission
comprend
quarante-deux questions di- visées en cinq paragraphes : des crisesmoné-
taires, de la
monnaie
fiduciaire, des conditions d'unebonne monnaie
fiduciaire, desétablissements qui émettent de lamonnaie
fiduciaire,du
fonc- tionnement de laBanque
de France.Peut-être le
nombre
des questions est-il trop considérable et aurait-onpu
facilement le dimi-inier. 11 y en a qui font double emploi, qui
deman-
dent à
peu
près lamême
chose en d'autres ter-mes
; d'autres cjui se déduisent forcémentles unes des autres sansqu'il fût nécessaire de lesexprime)*séparément. Ainsi, ({uand on a
demandé
par lapremière question quelles ont été les causes de la crise monétaire de
18G3
et186/i, on pouvaitéviter la sixième, cjui est ainsi conçue; Quelles sont lescauses qui ont
pu
récemment réduire la disponi- hililé des capitaux? 11 est bien évident que les causes qui ontamené
la crise de1863
et186^
ont également agi surladisponibilitédes capitaux.
De même,
de la trente-deuxième question, qui porte sur le rôle et la destinationdu
capital de laBanque
, à côté de la trente-quatrième, qui de-mande
si le capital des banques d'émission doit être en général un capital de garantie ou peut être10 L'EiNQL!•:TK
employé
utilement dans les affaires de la Banque.11 y aurait encore à relever des questions un
peu
naïvestellesque
laquatrième, quidemande
quelles sont dansun
pays les causes régulatricesdu
taux(le l'iiilérèt. (Vestabsolument
comme
si ondeman-
dait quelest sur un
marché
lacause régulatrice du prixdes choses. Il ne peut y en avoir d'autre quele rapportde l'otTi-e et de la
demande.
Maintenant ce rapport est-il ce qu'il devrait être? n'est-il pas faussé pardes influences fâcheuses? C'estun autre ordi'e d'idées. Je feraiun
reproche à peu près semblable à la huitième question, ainsi conçue : }' a-l-il eu insii/flsancedesépargnes ou excès d'en- trcjtrises? Etant donné, et la question suppose cette prémisse, que la crise a été causée pai- l'in- sufTisance des capitaux, il n'était pas nécessaire de placer ladisjonctiveou entre les deuxmembres
delaproposition. Ils se confondent; les épargnes ont été insufljsantes parce qu'il y a eu excès d'entre- prises, et il y a eu excès d'entreprises parce que
les épargnesn'ont jias été suffisantes.
Néanmoins,
à part CCS petites irrégularités, qui sontdu
reste sans importance, nous devons déclarer que le (luestionnaire a été bien fait, qu'il répond bien à toutes les questions qu'il était utile d'élucider, etSLR
LE CRÉDIT. 17 ({Lie si l'on obtenait Luie réponse satisfaisante à toLites, on auraitle meilleur traité qui puisse exis- ter sur les questions de crédit et de banque.Je voudrais dans cette étude,
non
pas faire une revue de toutes les publications qui ont eu lieu à propos de l'enquête, cela m'entraînerait trop loin, et aLU'ait, je crois,peu
d'utilité; je voudrais scli- lement, m'inspirant des meilleurs travaux, essayer de répondremoi-même
au questionnaire, en sui- vant ses principales divisions et en prenant danschaque
division les questions les plus importantes.18 L'KNOtl'TK
DES CRISES MONETAIRES.
La
première division ])ortc sur les crisesmoné-
taires.
On
ydemande
enrésumé
quelles ont été les causes de la crise de1863
et1864,
quelles analogies et quelles diUerences cette crise a pré- sentées avec les précédentes, quelle influence a exercée sur lemarché
intérieur la participation des capitaux français aux ontropiises étrangères.et si la constitution de plusieurs sociétésde crédit aeuquelque action sur les
embarras
monétaires, a ' été de nature à éloigner ou àrapprocher les crises.Kt (l'abord la crise de
1863
et 186'i a-t-ellc été monétaire? Si la crise a été monétaire. ont dit certains esprits, ce n'est pas le capital qui aman-
SLR
LE CRÉDIT. 19que, c'est tout
simplement
l'instrument de circu- lation, c'est le signe intermédiaire des échanges qui a été insuffisant pour répondre à tous les be- soins. Il ne s'agit que de le multiplier et de \emettreen rapport avecles besoins.
Que
craint-on?Le
papier mis en circulation, car il ne s'agit, bien entendu,que
depapier, sera créé parun établisse-ment
très-solide. par laBanque
de France ou par tout autre qu'on voudra lui donner pour rival; ilreposera surlesmeilleuresgaranties, elTetsde
com- merce
ou autres. Par conséquent il ne peutman-
querd'êtrebien accueilli, etil mettrafinaune
crise qui estpurement
artificielle, qui ne naît que de notre ignorance en matière de crédit et de lamau-
vaiseadministration denotrepremier établissement financier,- la
Banque
de France. Voilà ce qu'ondisait déjà à l'époque de la crise de
1857;
voilà ce qu'on a répété à satiété cesdeux
années der- nières à propos desembarras
d'argent que nous avons éprouvés. îNous ne disons pas qu'il n'y aitpaseu dans la dernière crise,
comme
dans celle de L857, des embarras tenant particulièrement à l'ar- gent; nous prétendons seulement que ce n'estpaslà le caractère propre de la crise et qu'elle a été financière avant d'être monétaire.
Par
conséquent20 L'ENQUKTI',
intituler la principale divisiondes questions à faire
dans l'enquête crises monétaires, c'est prendre un mauvais point de départ, c'est considérer
comme
admis ce qui est loin de l'être.
Nous
nous faisons fort de démonti'er au contraire que, si la crise de 186o-(iù a été monétaire , elle ne l'a été que par voie de conséquence; que ce qui amanqué
d'a- bord, c'a été en1863
et I86/1comme
en 1857.comme
à toutes les époques de crises, le capital disponible. L'argent n'estdevenu
rare que parcequ'il suit la loi de ce capital, et ce n'est pas ici
une querelle de mots, c'est une querelle de prin- cipes.
Lorsque
nous aurons démontré en effet quela ci'ise de 1863-6/i a eu pour cause une insuffi- sance
du
capital disponible pris dans son sens leplus large, on verratout de suite
combien
étaient chimériques tous les expédients par lesquels on proposait d'étendre sous une forme ou sous une autre la circulation fiduciaire, c'est-à-direle signe au lieu de la chose.Lord
Overstone, un deshommes
les plus éclai- rés de l'Angleterreen matière de banque, adéposé dans l'enquête de1857
^ que (c toutes les grandes1. Voyez l'onquôte de 1857 sur la (juestioii des l)an(|uesen Angleterre, extiaitstraduitsparMM. Coullel etJuglar. p. 9.
SLR
LE CRÉDIT. 21 fluctuations d'intérêt provenaient d'unchangement
dans la valeurdu
capital. que celles qui prove- naient de la quantité de lamonnaie
étaient très- faiblescomme
étendueetcomme
durée. »En
effet,une crise ne peut être
purement
monétaireque
dans un cas, c'est dans celui où par suite d'une mauvaiserécolte,du
renchérissementextraordinaire d'une denrée de première nécessité,comme
le co- ton, on a été obligémomentanément
d'exporter plus de numéraire qu'àl'ordinaire. Si cette expor- tation s'est faitedansun
laps detemps
très-courtetqu'on ait pris l'argent,
comme
il arrive toujours, dansles grands réservoirs qui détiennent particu- lièrement le numéraire d'un pays, à laBanque
de France ou à laBanque
d'Angleterre, il se peutque cette exportation subite produiseun
certain vide,
que
lepays
n'ait plus autant d'argent qu'il lui en fautpourses besoins, et que par celamême
il soitamené
à le payerun peu
plus cher.Ce
n'est là pourtant qu'un effet très-momentané; s'il n'y a rien autre dechangé du
reste dans les rapportséconomiques du
pays, si on a lamême abondance
des autres choses, le
même
capital disponible, on ne tarde pas à combler le vide en aliénant unepai'tie de ce capital pour faire rentrer le
numé-
22 l'l;.\qukt1';
raire qui
manque,
etil rentre d'autantmieux
que,comme
il est plus cher dans le pays qui en agrand besoin qu'ailleurs, chacun s'empresse de
l'y envoyer. 11 viendra ou des contrées auxquelles on l'aura expédié par la voie des échanges
com-
merciaux, ou si ces pays, pour une cause ou pour une autre, nele renvoient pasassez vite, il viendra d'autres pays qui en auront de troj), ou dans les- quels il seramoins cher.
Ce
qu'il y a de sûr, c'estque le vide ne tardera point à se combler, et
que, s'il n'y a d'autre cause à la crise, elle ne sera pas de longue durée.
En
18/i7, après la di- sette de 18/16, il a suiTi d'un arrangement avec legouvernement
russe, qui consentit à acheter à laBanque
de France50
millions de rentes, pour quela crise monétaire tut à peu près calmée, et le
taux de l'intérêt ne dépassa pas 5 pour 100.
On
dirapeut-être qu'en18G3
et i86/i,c'estéga- lementlerenchérissement exceptionnel d'unedenrée de première nécessité quiamotivé l'exportationdu
numéraire et qui a causé la crise. Je ne veux pas contester que la crise de1863
et 186/i n'aitdû
(|uelque chose à la cherté exceptionnelle
du
cotonet par conséquent à une plus grande exportation de numéraire; mais ce serait se faire une étrange
SUH
LE CREDIT. 23 illusion que de voir là l'unique etmême
la princi- pale cause.Les documents
fournis par leBoard
of Trade en Angleterre établissent que pendant lapériode quinquennale de
1857
à1861
on avait expédiéchaque
année pour le Levant, c'est-à-dire pour les pays producteursdu
coton depuis laguerre d'Amérique,
13
millions1/2 de livres ster- ling ou environ338
millions de francs. Cette exportation comprenait àpeu
près celle de toute l'Europe, l'Angleterre étant l'intermédiaire obligé pourlespayements
à fairedans ces pays.En 1863
et iSGli, l'exportation s'est élevée à
23
millions 1/2 de livres sterlingchaque
année : c'est donc une différence de10
millions de livres sterling ou250
millions de francs. Ainsi250
millions de francs, voilà le chiffre authentique auquel s'estborné pourtoute l'Europe l'excédant d'exportation
du
numéraire vers l'Orient pendant les années1863
et 186/i pour faire face à la cherté excep- tionnelledu
coton. Si maintenant nous ajoutons((u'il résulte de nos propres tableaux de douanes
que pendant ces
deux mêmes
années notreimpor-
tation de numéraire a encore dépassé notre expor- tation de près de
dOO
millions de francschaque
année, on sera bien convaincu que ce n'est pas24
L'KNQUKTE
seulement une exportation de numéraire qui a dé- terminé la crise de
1863
et 1864, et que si cette crise aété monétaire, clic nel'a été,comme
je l'ai dit, que par voie de conséquence, et parce qu'il y avait eu trouble dans le rapportdu
capital dispo- nible avec les besoins.Je ne veux pas entrer ici dans de longs dévelop- pements pour montrer ce qu'est le capital dispo- nible; je
me
contenterai de direque c'est lapartie du capital d'un pays qui n'est pas engagée, qui reste libre pour les besoins nouveaux qui peuvent se présenter.La
sociétéaun revenusur lequel elle vit, c'est la })roduction annuelle; ce qu'elle neconsomme
])as de ce revenu, ce qu'elle en éco- nomise constitue à la fin de l'année son capital disponible : ellepeut faire de ce capital l'usagequilui convient, l'employer utilement oule dépenser stérilement. Tant qu'elle ne le dépasse pas, elle reste dans des conditions noi'inales, et rien n'est troublé dans les rapports économiciues; mais si elle le dépasse, il faut,
comme
pour un particu-lier, ou qu'elle s'endette, ou qu'elle opère des re- tranchements d'un autre côté, lille s'endette en em|)ran[ant au dehors, ou en escomptant d'avance
;-o;i revenu futui- au
moyen
de certaines combi-SLR
LE CRÉDIT. 25 liaisons de crédit, et le résultat de ces emprunts, sous quelque forme qu'ils se produisent, est tou- jours de fairemonter
le prixdu
capital.Pour
qu'ilne montât pas, il faudrait qu'on fît ailleurs des retranchements correspondant aux dépenses ex- ceptionnelles, que, pour construire des chemins de ferparexemple, rebâtir des villes, on enlevât des capitaux à l'agriculture et à l'industrie. C'est bien ce qu'on fait dans unecertaine
mesure;
mais cette mesure, quelque importante qu'elle soit, nesuffit pas: il faut encore emprunter, et ces
em-
prunts, je le répète, font monter le prix
du
ca- pital,comme monte
le prixdetout ce quiest plusdemandé
qu'offert; ilmonte
jusqu'à ceque
lacherté devienne un obstacle au développement de la prospérité. Alors ons'aperçoit qu'on s'est trop en- gagé, on voudrait se liquider, et cette liquidation, plus oumoins forcée,amène
cequ'on appelle unecrise. C'est ce quiest arrivé en
1857;
c'est ce qui est arrivé encore en1863
et I86/1.2G
L'ENQUETE
11.
l/enquète
demande
quelles sont les causes (/nidepuis dix ans ont agi sur le cours des métau.c précieu.r. Ces causes sont faciles à énumérei'.
De-
puis dix ans, on a
donné
aux affaires industrielles et commerciales un essor inaccoutumé.Le
chiffredu commerce
extérieur, qui était aucommerce
spécial, importations et exportations réunies, et
en y
comprenant
lemouvement
desmétaux
pré- cieux, de 3 milliards615
millionsen 185/i. attei- gnait successivement k milliards188
millions en 1857, puis 5 milliards [\o2 millions en1861,
et enfin près de 7 milliards en 186/i, c'est-à-dire que dans cette période décennale il a doublé.Le
l'ésullalaété plusbrillant encorepour le
commerce
SLR
LK CRKDIT. 27 intérieur; ce qui le prouve, c'est la progression des opérations de laBanque
de France, qui en sont lereflet et pour ainsi dire lerésumé. Ces opé- rations, de 2 milliards 5/|.i millions en1852,
ontmonté
à 7 milliards709
millions en 1862. Files ont presque triplé, et ils'agit d'uncommerce
quiembrasse
nos relations dechaque
jour, et qui abeaucoup
plusd'importance pour nous que lecom- merce
extérieur.Pendant
la période décennale précédente, l'augmentationdu commerce
extérieur n'avait pas dépassé55
pour100,
et les opérations de laBanque
de France n'avaient guère faitque
doubler^.
Ce
développement industriel et commercial ex- traordinaire n'a pas été le privilège de la France;il aeu lieu également dans d'autres pays , et no-
tamment
en Angleterre.En
185/i., lecommerce
extérieur del'Angleterre représentait
268
millions delivres sterling, en1863,
/i/|/imillionsde livres.Nous
n'avons pas le chiffredu
progrèsdu com-
I. Les chiffresétaient pour le commerce spécial, importa- tions etexportations, de 2 milliards 179 millions en 1843, cl
de 3 milliards 443 millionsen iSoS. Quant aux opérations de
la Banque de France, les chiffressontde 1 milliard 82 millions en 1842 pourle principalétablissement et ses succursales, et de 2 milliards 541 millionsen 1831.
28 L'K.NOLKTH
merce intérieur: il ne se
résume
pas. coinine chez nous, dans les opérations de la. BaïKjue d'Angle- terre; à côté de laBanque
d'Angleterre il y a un grandnombre
d'autres établissements de crédit qui, aumoyen
des ressourcesque leur fournissent les dépôts, escomptentcomme
elle,beaucoup
plus qu'elle,du
papier decommerce. Le
chilIVe des alTaires réalisées par toutes cesbanques
s'est tellement accru, et lenombre
desbanques
s'est tellement multi|)lié depuis quelques années, qu'on peut en induire facilement que lemouvement com-
mercial intérieur de l'Angleterre n'a i)as été infé- rieur àcelui de l'extérieur.Or
qu'a-t-il fallu danslès
deux
pays pour faire face àun
tel développe-ment
d'affaires? Il a fallu l)eaucoup ])lus de capi- taux, il a falluaugmenter
sensiblement le matériel de production, créer de nouvelles usines, déve- lopperles anciennes.Depuis dix ans, on a consacré en outre a la continuation de notre réseau de chemins de fer, à raison de
350
millions par an,3
milliards1/2.On
a dépensé pour le développement de nos chemins vicinaux, en argent seulement, sans compter les prestations en nature, à raison de près de100
millions par an. soit 1 milliard.SUR
LE CRÉDIT. 29Les
travaux desvilles, surtout cette transforma-tion si rapide dela capitale, ont absorbé au moins
300
millions par an, soit en dix ans3
milliards.L'Etat lui-même, pour des besoins extraordi- naires et imprévus, n'a pas emprunté, sous di- verses formes, moins de
3
milliards 1:2, sans compter à peu près3
milliards encore, absorbés par la progressiondu
budget, qui a passé en dix ansdu
chiffre d'environ i milliard500
millions à celui de 2milliards200
millions.Puis sont venus les appels de fonds faits dans notre pays pour le
compte
de l'étranger (entre- prises ou emprunts) : ce n'est pas exagérer que de lesévaluer à2
milliards 1/2.On
arrive ainsi à plus de16
milliards, sans avoir fait la part des besoinsnouveaux
de l'industrieet del'agriculture.A combien
évaluerons-nous cette part?Un
recueil des plus accrédités en Angleterre {the Economist) l'évaluait pour sonpays à la moitié de l'épargne, c'est-à-dire à60
millions de livres sterling ou 1 milliard 1 2 sur 3 milliards d'épargne; évaluons- lamodestement
chez nous à500
millions , cela fait pour dixans 5 milliards, et en toutplus de21
milliards.
—
Voilà donc21
milliards de capital extraordinaire qui ont été dépensés en dix ansen30 '
L'KNOUKTK
dehors des besoins ordinaires de la société. Je n'examine pas en ce
moment
la valeur de ces dé- penses, je ne recherche pas quelles sont celles (jui ont été utiles et celles qui jie l'ont pas été;je ne relève que le tolal, et jeme demande
si on a pu troiivci' dans le capital disponible unesomme
('(Iiiivalentc. (lertes, je suisde ceuxquiévaluentau pins haut le progrès dela fortune publique depuis un certain
nombre
d'années, depuis que la France surtouta été sillonnée de chemins de fer; mais ce serait être ti'ès-hardi, ce que les Anglais appellent .saïujin'nr^ que de porter à 1 milliard12
depuisdix ans l'épargne de
chaque
année; portons-la pourtant à ce chilTre, ildonne 15
milliards en dix ans.Nous
aurions donc dépensé21
milliards pen-<lanl (|ue nous enéconomissons 15; l'équilibres'est ti'ouv)'
rompu
entre les ressources et les besoins;ces6 milliards (ju'on ne trouvait pasdans le capi-
tal disponible, il a fallu les prendre ailleurs, on les a empi'untés : delà le renchérissement
du
capital, etcomme
on ne remédie pas à une insuffisance de capital de 6 milliardscomme
on remédie à undéficitde
200
nu"llions dans l'encaisse métallique,le renchérissement a duré deux ans. Il a fallu le
temps, ou que les épargnes vinssent coml)ler le
SUR
LE CREDIT. 31 vide, ou, ce quimalheureusement
arriveplus sou- vent, qu'une crise vînt provoquerune
liquidation et rétablir l'équilibre.Maintenant, pour répondre au questionnaire,
comment
cette chertédu
capital est-elle devenueune
crise monétaire,comment
a-t-elle agi sur lecours des
métaux
précieux?La
réponse est bien simple. Lorsqu'on ditque
l'argent est cher, ils'agit
du
prixdu
métal, considérénon
pas en lui-même
, maiscomme moyen
de se procurer leschoses dont on a besoin.
On
neconsomme
pasdu
métal, exceptépour quelques usagescommerciaux
insignifiants; ce qu'on
consomme
, ce sont des céréales, c'estdu
vin, ce sont desétoffes, c'estdu
fer, etc., touteschoses qu'onpeut seprocureravec de l'argent et qu'on ne se procure aisément que par cet intermédiaire. L'argent est
donc
la forme sous laquelle circulent toutes les choses dont on a besoin et qui constituentle capital disponible; par conséquent il ne peut avoirun
prix dilférent de cesmêmes
choses. Supposez pour unmoment
que l'argent soit abondant et àbon marché
pendantc|ue les choses qui constituent le capital disponible seront rares et d'un prix élevé.
Immédiatement,
avec cetteabondance
de l'argent, on se procurera;}2 L'I:NQUITTE
les choses qui
manquent,
cl on aura recours à cemoyen
d'échange jusqu'à ce que le prix de l'ar-o-ent lui-même soit au niveau de celui de toutes les autres choses.
On
s'est souventdemandé,
encomparant
l'en-caisse de la
Banque
de France à une époque où l'argent est àbon
naarché et à une autre où il est cher, eten voyantentre lesdeux
époques une sim- ple dilTérence de200
millions , on s'estdemandé comment
il se faisait que, pour une siminime
différence, pour
200
millions de plus ou de moins dans l'encaisse de la Banque, lorsqu'il y avaitdu
reste de l\ à 5 milliards de numéraire en France,
le prix de l'argent passât tout à coup de
3
et k pour100
à 6 et 7 pour 100. Et alors on a ima- giné toute espèce de systèmes pour donner à laBanque
les200
millionsquiluimanquent
etqui luipermettraient, croit-on, de parer à tous les be- soins.
On
luia conseillé d'augmenter son capital, derendre plus disponiblecelui qu'elleadéjà,dere- noncer à d'autresservices quiabsorbent àpeu près ces200
millions.On
n'apasréfléchique cettediflé- rence de200
millions quel'on prend pourlacause n'est ici que l'effet. S'il est vrai qu'en dix ans onait
employé
endépensesextraordinaires6milliardsSUR
LE CREDIT. 33OU environ de plus que n'ont fourni les épargnes,
et que ce soit là la cause
du
renchérissementdu
capital,qu'est-ce
que
viendraientfaire200
millions de numéraire de plus ajoutés à l'encaisse de laBanque?
D'abord ils ne s'y ajouteraient pas gra- tuitement, ils seraient pris quelquepart, détournés d'autresemplois où ils manqueraient probablementbeaucoup
; mais tombassent-ilsdu
ciel qu'ils se- raientencore unremède
insuffisantet changeraient bien peu la situation.Le
découvert, au lieu d'être de 6milliards, serait de 5 milliards800
millions.Ce n'est pas
200
millions de plus ou de moins en numéraire qui font la difficulté de la situation, c'est l'immense écart qui se trouve entre les res- sources disponibles et les besoins, et cet écart semarque
par la chertéde l'argent, parce que, je le l'épète, l'argent est la forme que prend le capital disponible pour circuler, pour passer d'unemain
àl'autre, et qu'il est cherquand
lecapital estcher.On
dit alors que la crise est monétaire; on se trompe; la cherté de l'argent n'estici qu'unsymp-
-_,tome
: la crise est financière./^^
Ily a pourtant des causes spéciales de reii^i^- -"" •^'^'
rissementpour l'argent :
comme
tous les proriu'jtx''^qui répondent àdes besoins de première nécesmçir.i'i'
.14
L'E^QUHTE
il baisse ou il
monte
de prix suivant qu'il est plus ou moins abondant par rapport h ces besoins.Quand,
à partir de 18/t8, les mines de la Cali- fornie, puis, à partir de 1851, celles de l'yVustra- lie, sont venues verser ensemble sur le continent européen de 2 à300
millions chaque année, on s'est dit que l'or allait se déprécier, etbeaucoup
d'écrits ont été publiésdans ce sens par des
hom- mes
considéi'ables et dont l'opinion fait autorité.Cependant
le résultat a été tout autre. 11 y a bien encore quelques personnes qui attribuent l'éléva- tiondu
prix; de certaines choses à la dépréciation de la monnaie; mais cette opinion est de plus en plus rare, et, àmesure
qu'on considère les faitsavec attention, on estconvaincu que la cherté doit êtreattribuée à une autre raison qu'à la déprécia- tion de la monnaie. Je n'oserais pas dire, quant à moi, quelamonnaie, considérée elle-même
comme
étalon des valeurs, a plus de prix aujourd'hui qu'elle n'en avait il y a vingt ans; mais j'estime qu'elleen aau
moins
autant, nialgré les3 ouh mil- liards d'or californien et australien qui sont venus s'ajouter au stock métallique de l'Europe depuis quinze ans. Il s'est produit à l'égarddu
numérairele
même phénomène
qu'à r('gard d'autres denréessur. LK CUÉDIT. 35 de première nécessité.
— La
production de laviande a triplé depuis quinze ans, cela ne Ta pas
empêchée
d'augmenter de prix.— On
produit au- jourd'hui au moins le double de céréales, et ce- pendant les prix sont restés hpeu
près ce qu'ils étaient il y a quinze ans.— De même
pour le vin, demême
pourbeaucoup
d'autres choses. Celatient à ce que laquantité de toutes ces choses a eu beau augmenter, les besoins ont
augmenté
encore davantage; il serait facile de le démontrer par leprogrès de la ])opu1ation et par le développement de la richesse. Si on produit aujourd'hui trois fois plus de viande qu'il y a quinze ans, il y a peut- être quatre fois autant de gens qui peuvent en consonniier; de
même
pour les céréales, demême
pour le vin, et j'ajoute de
même
pour le num('^- raire.Le
numérairerépond dans la société àun besoin qui est susceptible debeaucoup
de développement;plus les relations commerciales prennent d'impor- tance, plus lestransactions se multiplient, et plus on a besoin dece c[ui est l'intermédiaire obligé des échanges. Sans doute on y supplée pardes