Supplément au n° 656 du 15 septembre 2007
Nous n’attendrons pas 2008 pour agir !
S ’il y a quelques mois, on évitait de parler de réforme au ministère de l’Éducation nationale, on n’hésite plus aujourd’hui à parler de refondation.
Dans sa lettre aux éducateurs, le président de la République dessine à mots couverts une École beaucoup plus sélective rompant avec l’idée du collège unique, mettant en place une évaluation en fin de CM2 (pour les élèves qui n’auraient pas acquis les fondamentaux), des horaires à géométrie variable selon les collèges, limitant l’accès au lycée.
Il projette une École du service minimum avec moins d’options, moins de séries de bac, moins d’heures de cours, afin d’ajuster la mission éducative à la saignée budgétaire prévue pour 2008. Comment en effet faire face, sans réduction de l’offre éducative, au non-remplacement d’un enseignant sur trois ?
Les tables rondes sur le métier d’enseignant qui devraient débuter en octobre sont donc mal engagées. A priori, les autres métiers de l’Éducation ne sont pas concernés. Mais la préparation du « livre vert » voulu par le ministre ne peut laisser de côté la question de la complémentarité CO-Psy-enseignant.
Elle doit au contraire créer une dynamique qui fasse reconnaître les besoins et nos revendications.
Tout en ayant rappelé le lien étroit entre système éducatif et d’orientation le ministre, dans sa conférence de presse de rentrée, a souligné que les pays ayant réformé leur système scolaire l’avaient fait en réformant leur système d’orientation.
Il s’est interrogé sur l’opportunité de « repenser les sites d’orientation », de les « fusionner » « afin de construire des parcours d’orientation » et « d’agir de manière plus réactive et plus individualisée ».
Le chantier de l’orientation devrait s’ouvrir début 2008. La lecture
du rapport de la mission sénatoriale nous renseigne précisément sur le sens de cette évolution : transfert des CIO aux Régions, et transformation des CO-Psy en « conseiller d’orientation professionnelle et psychologue ».
Le ministre de l’Éducation nationale semble chercher à être le meilleur élève de l’OCDE, ce qui dans notre secteur est plutôt inquiétant.
Mais, nous n’attendrons pas 2008 pour réagir.
Au dernier trimestre de l’année scolaire dernière, le SNES a participé à plusieurs réunions avec d’autres organisations et syndicats afin d’aboutir à un texte commun.
Celui-ci devrait être finalisé prochainement. Nous souhaitons qu’il serve de base à un rassemblement de toute la profession pour promouvoir notre conception de l’éducation et de l’orientation, exiger l’abandon des suppressions de postes et le retour à des recrutements en nombre suffisant. Le SNES mettra tout en œuvre pour y parvenir en prenant des initiatives en direction des enseignants et des parents.
S O M M A I R E
P AGE 2
• Frais de déplacements : situation alarmante...
• Avancement au grade de directeur de CIO
P AGE 3
• The new frontier !
• Petit florilège de la pensée libérale
P AGES 4-5
• La logique des territoires, quelle conception de l’égalité ?
P AGE 6
• La nouvelle équation de l’été : 3 P x 3 R = COP2 dans R
P AGE 7
• Entretiens d’orientation
P AGE 8
• Entrée dans les centres de formation
• Pouvoir d’achat des CO-Psy : La chute libre !
• Pour nous contacter
CO-PSY
Pour nous contacter
www.snes.edu
8 pages réalisé
par le collectif CO-Psy
C O - P S Y
Frais de déplacements : situation alarmante...
H alte aux dégradations supplé- mentaires de nos conditions de travail et à la baisse de notre pouvoir d’achat : les rembourse- ments de nos frais de déplace- ments ne sont plus assurés dans de nombreuses académies ! La casse du service public conti- nue : nous sommes dans une logique marchande où tous les coups sont permis ! Les lois et décrets sont appliqués brutalement et sans aucun discernement. Le zèle des rectorats souhaitant faire des économies à tout prix risque de geler dans un certain nombre de cas tout déplacement des CO-Psy dans les établissements scolaires ! Le décret de juillet 2006 concernant les frais de déplacement est fréquemment interprété par les rectorats et les conseils généraux de façon à s’exo- nérer de l’obligation de rembourser les personnels.
Nous devrons donc être vigilants dès la rentrée et nous mobiliser le plus rapidement possible dans toutes les académies face à des pratiques en contradiction avec les nouveaux textes.
Pour défendre nos conditions de tra- vail déjà bien mises à mal ces der- nières années !
Le décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 fixe donc les conditions et les moda-
L a commission paritaire nationale a eu lieu le 21 mars 2007. 56 CO-Psy sont devenus directrices ou directeurs de CIO.
Depuis trois ans maintenant, la direction de CIO est majo- ritairement féminine (32 femmes et 24 hommes).
Le barème des nommés s’échelonne de 126,00 (7 nommés) à 90,0 (142
ecandidat). Pourtant, tout se joue essentiellement entre 126 et 120 points (41 nommés sur 56 soit 75 %).
Faire fonction de directeur de CIO reste un critère déter- minant (sur 56 nommés, 35 étaient des « faisant fonction »).
Les élus du SNES ont réussi à empêcher cette année encore une application stricte de la règle de stabilité de trois ans dans le premier poste. Cela restera sans aucun doute à l’ave- nir un point de désaccord important entre les élus nationaux du SNES et le ministère. ■
lités de règlement des frais occasion- nés par les déplacements temporaires des personnels civils de l’État (source : http://www.admi.net/jo) et nous est donc applicable.
Les changements notoires sont les suivants :
LA NOTION DE
COMMUNE LIMITROPHE
« Pour l’application de ce décret, sont considérées comme constituant une seule et même commune : toute com- mune et les communes limitrophes des- servies par des moyens de transports publics de voyageurs » (article 2).
« Lorsque l’agent se déplace à l’inté- rieur du territoire de la commune de résidence administrative (...), ses frais de transport peuvent être pris en charge... lorsque la commune est dotée d’un service régulier de transport public de voyageurs.
Cette prise en charge est effectuée dans la limite du tarif, ou pour l’agent qui se déplace fréquemment, de l’abonne- ment le moins onéreux du transport en commun le mieux adapté au dépla- cement » (article 4).
« Le service qui autorise le déplacement choisit le moyen de transport au tarif le moins onéreux et, lorsque l’intérêt du service l’exige, le plus adapté à la nature du déplacement » (article 9).
« Les agents peuvent utiliser leur véhi- cule à moteur, sur autorisation de leur chef de service, quand l’intérêt du service le justifie. »
« L’agent autorisé à utiliser son véhi- cule terrestre à moteur pour les besoins du service est indemnisé de ses frais de transport soit sur la base du tarif de transport public de voyageurs le moins onéreux, soit sur la base d’indemni- tés kilométriques... » (taux fixés dans l’arrêté texte n° 18 – JO du 4/07/2006 – article 10).
La notion de remboursement de frais de repas est modifiée : « Seul subsiste le remboursement forfaitaire des frais supplémentaires de repas » (article 3).
Les applications par les rectorats et les conseils généraux étaient déjà très variables d’une académie à l’autre, et souvent en contradiction avec le décret du 3 juillet 2006. Dans le cas des restrictions budgétaires, on peut craindre, comme un cer- tain nombre de collègues nous l’ont signalé, une diminution voire une suppression des remboursements liés à nos déplacements.
N’hésitez pas à utiliser les éléments du décret du 3 juillet 2006 pour faire respecter nos droits et faites-nous part de la situation dans votre aca- démie. ■
©DR
Avancement au grade
de directeur de CIO
C O - P S Y
The new frontier !
C ’est ainsi qu’on pourrait définir la nouvelle ligne d’horizon pour nos services. Dans sa conférence de presse de rentrée en effet, le ministre de l’Éducation nationale a indiqué que
« la performance de notre système d’orientation (était) l’une des nouvelles frontières de notre système éducatif ».
Il a ainsi redéfini l’orientation « non pas seulement comme le fait d’aider à choisir la filière qui correspond le
mieux à ses goûts du moment ou à l’offre disponible » mais comme une mise en contact « avec ceux qui sau- ront le guider par leur expérience et leur expertise et donner un sens ou une cohérence à son parcours scolaire ».
Expérience ? Expertise ? Notre contri- bution serait-elle enfin reconnue ? Ne rêvons pas ! « Vouloir conduire cette mission sans faire appel à des
LU DANS LA NOTE DE L’OCDE*
• « De meilleurs résultats pourraient être atteints avec des ressources limi- tées si les hausses du SMIC étaient plus faibles. »
• « Il faut revoir la législation sur la pro- tection de l’emploi. Une des possibilités serait d’introduire un contrat unique qui assure une protection augmentant progressivement en fonction de l’ancien- neté dans l’entreprise, qui maintienne le contrôle judiciaire sur le caractère non abusif du licenciement (comme dans le cas de discrimination) tout en laissant l’employeur seul juge de la pertinence économique de la décision de se sépa- rer d’un ou plusieurs salariés. »
• « Il faut envisager d’autres moyens d’assouplir la réglementation du CDI par exemple en élargissant les procé- dures de licenciement et en allégeant les obligations de reclassement impo- sées aux entreprises. »
• « Il faut engager immédiatement un processus d’élimination progressive des régimes spéciaux des salariés des entre- prises actuellement ou anciennement publiques épargnés jusqu’à présent. »
• « Les dépenses éducatives par élève au niveau du secondaire sont élevées par rapport à d’autres pays de l’OCDE.
L’une des caractéristiques du système français est le manque d’autonomie des chefs d’établissement. Ils n’inter- viennent guère dans le recrutement des enseignants et leur rémunération. »
• « Puisque l’enseignement supérieur est déjà implicitement sélectif à de nombreux égards, il faudrait mettre en place une sélection explicite pour l’entrée à l’université. L’inscription à des cours universitaires dispensés gra- tuitement ne devrait pas être autorisée
si l’Université considère que la proba- bilité de réussite est très faible. Il fau- drait augmenter les droits de scolarité progressivement mais nettement. »
• « L’État a insuffisamment réduit le nombre de ses fonctionnaires par rap- port à la réduction de ses compétences.
Les services déconcentrés de l’État qui font double emploi avec les orga- nismes correspondants des collectivités territoriales devraient être évalués et supprimés s’ils ne sont pas absolu- ment nécessaires. »
Cette conception de la société et des politiques publiques émane de l’OCDE.
Il s’agit d’une étude sur la situation économique de la France en 2007. On y trouvera presque mot pour mot les mesures que le gouvernement cherche à faire avancer au pas de charge dans tous les domaines de la vie sociale.
Mais s’il est un domaine où la France veut obtenir des bons points, c’est bien celui de l’éducation. La réforme de l’université a déjà été bouclée dans la précipitation en juillet contre l’avis de l’ensemble des organisations syndi- cales et des étudiants, et répond lar- gement aux directives européennes.
Néanmoins, l’OCDE indique prudem- ment que le libre choix de l’établisse-
ment risquerait d’aggraver le problème de la ségrégation du fait de l’avantage dont disposent les familles aisées bien informées et de conduire à un écré- mage de la part des établissements scolaires.
C’est pourquoi, l’étude conclut à la nécessité de maintenir la carte sco- laire. Ce n’est pas le point de vue du Président et du ministre de l’Édu- cation nationale qui ont réaffirmé solennellement leur intention de la supprimer.
Bien plus, alors que l’OCDE reste réservée sur l’éventualité d’appli- quer en France « la sanction ultime pratiquée dans certains pays de fermer les établissements où les résultats demeurent durablement insuffisants », Xavier Darcos a indi- qué à plusieurs reprises qu’il n’hésiterait pas à fermer ces éta- blissements, quitte à recourir au ramassage scolaire !
Après ça, les « éducateurs » pourront tout à loisir lire et relire la lettre du président pétrie de valeurs huma- nistes et de bons sentiments ! ■
* Synthèse sur l’état économique de la France en 2007, L’Observateur de l’OCDE.
Petit florilège de la pensée libérale
compétences extérieures à l’École, c’est la vouer à l’échec ». Même si le ministre reconnaît que « vouloir réduire l’orien- tation au simple contact avec le terrain serait faire disparaître le recul néces- saire à son succès », il semble que dans cette aventure pionnière les CO- Psy fassent surtout figures d’Indiens et leurs CIO de réserves ! Mais il se peut qu’il y ait beaucoup plus qu’un mohi- can à combattre ! ■
© Istockphoto/Stefan Klein
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M ême si ces derniers mois ont été focalisés sur les questions de sta- tut et de rémunération des ensei- gnants, le dossier de l’orientation revient, lui aussi, en force sur le devant de la scène. Les dernières proposi- tions de la mission sénatoriale sur la formation professionnelle le confir- ment.
Fidèle à la logique de la loi Fillon, le gouvernement n’a en effet pas varié d’un iota pour justifier les boulever- sements qu’il prépare pour le service public d’orientation ; trop de décisions d’orientation conduiraient à l’échec parce que les jeunes ne seraient pas
« là » où ils devraient être ou amène- raient au chômage car de nombreuses filières n’auraient pas de débouchés ; trop peu de jeunes auraient accès à l’information utile car les conseillers d’orientation-psychologues ne connaî- traient pas les métiers.
Nous avons eu maintes fois l’occasion de souligner la duplicité d’un tel dis- cours qui présuppose l’existence d’un ajustement idéal entre des profils d’individus et des profils de forma- tion ou d’emploi, et qui omet de men- tionner le poids des pouvoirs publics et du patronat dans la détermination des filières de formation et de leur certification, et la responsabilité des entreprises dans le chômage des jeunes.
Ces déclarations et les initiatives prises par les instances régionales se basent sur les mêmes arguments pour deman- der que la loi leur reconnaisse ce qu’elles essaient d’imposer dans les
faits : un contrôle non plus seulement sur l’information et la formation pro- fessionnelle mais également sur l’orien- tation scolaire.
Or, les travaux récents du Cereq
(1)et de la DEP viennent aujourd’hui apporter une validité scientifique à ce que nous n’avons cessé de crier en 2003 : la décentralisation est source d’inégalité devant la formation et l’orientation.
L’OFFRE DE FORMATION MODÈLE LES PARCOURS DES JEUNES Peu de travaux, au niveau national, permettent une comparaison entre les territoires. Le travail du Cereq a consisté à découper l’espace national en 348 zones en fonction de critères socio-économiques (taille des entre- prises, part de l’emploi public et privé, niveau de formation, taux de chômage et d’intérim...). Ce découpage fait émerger des logiques territoriales qui, non seulement structurent le marché du travail, mais donnent également des configurations particulières à l’appareil de formation. On s’aperçoit en effet qu’à chaque environnement socio-économique correspondent des caractéristiques spécifiques des sys- tèmes de formation, en terme de durée des études, de part réservée à la for- mation professionnelle, du rôle dévolu à l’apprentissage, de la répartition des types d’activités (production ou ser- vices), du niveau de diplôme et de qualification accessibles.
Selon les zones identifiées, les jeunes auront plus ou moins de chances de
poursuivre des études secondaires et supérieures, de se voir proposer des formations professionnelles par l’apprentissage ou le lycée profes- sionnel, dans un secteur d’activité ou un autre, d’acquérir une formation ou un diplôme et de s’insérer.
Ainsi, par le biais de l’offre de for- mation et de la situation de l’inser- tion au plan local, les territoires modèlent-ils les parcours scolaires et professionnels d’autant plus for- tement que les jeunes sont captifs.
Or, cette absence de mobilité est en corrélation avec le niveau de formation et l’origine sociale : 84 % des jeunes de niveau CAP ou BEP résident toujours trois ans après leur entrée sur le mar- ché du travail dans la zone où ils habi- taient quand ils sont entrés en Sixième.
Or, cette stabilité n’est pas toujours corrélée avec l’emploi puisque selon les typologies des territoires, la pos- session d’un CAP ou d’un BEP débouche plus ou moins sur une inser- tion professionnelle. Cette étude met donc clairement en évidence que la répartition de l’offre de formation se superpose avec la morphologie sociale des territoires. Les formations les plus variées, les plus prestigieuses, les plus élevées sont centrées sur les métropoles où résident majoritaire- ment des cadres tandis que dans les zones rurales, là où demeurent sur- tout les ouvriers et employés non qualifiés, on en reste à une « offre standard de proximité ».
Bien plus, la probabilité d’être orienté vers une filière professionnelle décroît
Des effets complexes sur l’insertion
Devant les difficultés d’insertion, on pourrait considé- rer le développement d’une offre de formation abon- dante au niveau V comme salutaire. C’est d’ailleurs l’argu- ment repris par la plupart des Régions pour justifier leur politique d’apprentissage, jugé plus réactive et plus en phase avec les besoins économiques locaux. Mais les résultats d’une étude de C. Matheys-Pierre pour la DEPP, invitent à nuancer ce point de vue. Comparant deux ZUS, l’une en Seine-Saint-Denis, l’autre dans l’académie de Nantes, elle conclut qu’une offre de formation nom- breuse et variée au niveau V ne suffit pas à réduire les sor- ties sans diplômes.
Ainsi en l’espace de 10 ans, dans la ZUS de Nantes, le taux de sortie sans diplômes augmente de 8 % alors
qu’en Seine-Saint-Denis où l’offre de formation en CAP et BEP se concentre surtout sur les LP et où la politique de poursuite d’études est volontariste, elle tend à régresser (– 3 %). L’explication réside semble-t-il dans l’insuffi- sance du niveau scolaire des élèves qui se dirigent vers ces formations, ce qui les conduit à abandonner avant la fin de leurs études ou à échouer à l’examen.
Cette situation est diversement pénalisante selon les ter- ritoires. L’absence de diplôme n’entravera pas trop l’inser- tion dans certains secteurs mais sera par contre un obs- tacle important dans d’autres. Dans le cas de dégradation des conditions d’emploi, comme c’est le cas dans la ZUS de Nantes, la possession du diplôme devient un atout essentiel.
La logique des territoires, quelle conception d
au fur et à mesure que la taille de la commune de résidence augmente.
Ces caractéristiques sont bien évi- demment amplifiées par la différence de comportement des familles face à l’orientation en fonction de leur ori- gine sociale. Les milieux modestes ayant un niveau d’aspiration moindre et utilisant moins souvent les possibi- lités de recours offertes par le sys- tème, plus l’offre de formation est limitée et réduite à certains niveaux de qualification et à certaines spéciali- tés, moins les jeunes de milieu popu- laire seront portés à poursuivre des études. Ils se retrouvent toujours dans les filières les moins attractives : toutes choses étant égales par ailleurs, un fils de cadre qui serait orienté vers une filière professionnelle a beaucoup plus de chances d’étudier le com- merce alors qu’un fils d’indépen- dant apprendra un métier du bâti- ment ou la menuiserie et qu’un fils d’ouvrier se retrouvera dans une filière du travail des métaux.
L’influence sociale sur les compor- tements d’orientation peut donc lar- gement être renforcée ou atténuée par l’environnement local, en par- ticulier l’offre de formation.
DÉSENGAGEMENT DE L’ÉTAT ET ÉGALITÉ DEVANT LA FORMATION On mesure toutes les conséquences d’une politique qui perdrait de vue des objectifs éducatifs ambitieux pour toute la jeunesse et laisserait s’établir des systèmes régionaux de formation avant tout guidés par des logiques de compétitivité économique et d’ajus- tement aux besoins du patronat local.
Dans un contexte de réduction dras- tique des moyens accordés à l’éduca- tion, on comprend mieux l’offensive contre les options jugées trop nom- breuses, les diplômes considérés comme trop pointus, les horaires trop lourds. Il est à craindre que le désengagement de l’État n’abou- tisse à mettre en place au niveau national, uniquement une « offre standard de proximité », à charge pour les Régions les plus riches d’assurer le « plus » dont elles auraient besoin localement. On peut faire le lien avec le rapport de la commission sénatoriale sur la forma- tion professionnelle qui préconise la
mise en place d’une nouvelle gou- vernance : « au niveau national doit être assuré l’équité, au niveau régional appartient la mise en œuvre de la cohérence, au niveau local l’action doit être concertée et engagée sous la conduite à chaque niveau d’un chef de file clairement identifié ».
Or, l’analyse des évolutions du sys- tème éducatif montre, au fil des années, l’effet bénéfique de la diver- sification sur la poursuite d’études des jeunes de milieu populaire et a contrario l’influence néfaste de sa réduction.
Comme le soulignent les auteurs du Cereq, la question porte, soit sur un encouragement à la mobilité pour que les élèves trouvent ce qu’ils recherchent, soit sur une offre diver- sifiée et abondante sur tous les ter- ritoires. Connaissant le peu de mobi- lité des enfants de milieu défavorisé, on peut prévoir les conséquences désastreuses du choix de la première solution que le MEN s’apprête à faire.
Dans cette perspective, les instruments de gestion des flux d’élèves revêtent une importance toute particulière.
VERS UNE AFFECTATION AU MÉRITE ?
La généralisation du dispositif PAM visait à rendre la procédure d’affecta- tion plus objective et plus transpa- rente. Avec la sectorisation, elle a incontestablement représenté un pro- grès par rapport aux commissions d’affectation où les établissements choisissaient leurs élèves selon un ordre proportionnel à leur niveau de prestige dans l’académie. Aujourd’hui
l’affectation prend en compte un cer- tain nombre de critères, dont les moyennes scolaires coefficientées, mais depuis peu ont été ajoutées dans plusieurs académies des « notes de comportement » ou d’investissement dans les projets. Les pratiques des académies sont assez disparates et le secrétariat a décidé de lancer une enquête sur la réalité de l’affectation au niveau national.
Mais on peut craindre que, dans un contexte où l’objectif est de
« construire la gouvernance par la ter- ritorialisation et la contractualisation », l’utilisation de PAM ne vise à renfor- cer pour les élèves en difficulté le principe de la double peine : mau- vais résultats + problèmes de com- portement ou démotivation = exclu- sion.
C’est ce qu’il nous faut expliquer aux élus, aux parents et aux enseignants.
L’égalité ne peut rester un prin- cipe formel, sorte de droit mini- mum opposable, mais doit répondre à une volonté de déve- loppement maximal des potentia- lités de chacun et se traduire par les mesures concrètes sur le ter- rain. L’offre de formation et l’organi- sation du système de formation sont dans ce domaine déterminantes. C’est pourquoi notre bataille n’est pas qu’une affaire catégorielle ! ■
(1) Des territoires qui façonnent les par- cours scolaires, Bref n° 228, mars 2006.
Difficultés scolaires et offres d’enseigne- ments. Exemple de deux zones urbaines sensibles, C. Matheys-Pierre, DEPP hors série novembre 2006.
©Istockphoto/Blackred
de l’égalité ?
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La nouvelle équation de l’été : 3 P x 3 R = COP2 dans R
L a mission sénatoriale sur la for- mation professionnelle a remis son rapport mi-juillet. Son animateur J.-C. Carle s’était illustré lors de la discussion sur la loi Fillon en pro- posant des amendements visant à amalgamer orientation et insertion professionnelle. C’est dans cette même perspective que se situent les différentes propositions des rappor- teurs qui semblent affectionner les équations simples.
DES 3 C AUX 3 P, LA LOGIQUE DES 3 R
La commission résume les causes des dysfonctionnements du système de formation professionnelle par trois mots : « Complexité, Cloisonne- ment et Corporatisme ».
La Complexité proviendrait du sys- tème lui-même qui générerait « une multitude de dispositifs adaptés à des publics d’âge, de statut et de perspective d’avenir différents ». Ceci engendrerait nécessairement des
« Cloisonnements » regrettables et des
« Corporatismes » dus à la mise en concurrence des structures de for- mation qui doivent se répartir la masse financière disponible.
Si l’on peut partager ce constat et le souci de moralisation concernant les organismes de formation continue et d’aide à l’insertion, la situation est malgré tout fort différente pour la formation initiale.
Mais la commission prend le parti d’analyser sur le même plan « la for- mation tout au long de la vie » ; sou- lignant lourdement les échecs de l’Éducation nationale, elle recom- mande plutôt d’ouvrir l’École aux règles de fonctionnement en vigueur pour la formation continue.
Pour remédier à ces trois maux, la commission définit trois repères qui servent de guide aux proposi- tions : la Personne, les Partenariats, et la Proximité.
Qui pourrait s’élever contre une volonté affichée de mieux prendre en compte les besoins de la personne ? Une lecture plus attentive montre que, d’une part, cette individualisa-
tion de la formation se traduit par « un compte épargne temps » qui res- semble furieusement au capital de formation de l’OCDE et, d’autre part, que par « Personne » il faut aussi entendre Entreprise qui est considé- rée comme une « personne morale » dont les besoins doivent être davan- tage entendus !
Le développement des Partenariats irrigue les discours et les textes depuis longtemps déjà. Il se centre ici sur la nécessité d’imbriquer plus étroitement le système éducatif et le monde professionnel et de mieux reconnaître les vertus formatrices de l’Entreprise. Les rapporteurs préco- nisent de mettre en réseau les centres de formation initiale et continue dans chaque bassin de formation, de mutualiser les équipements de lycées professionnels au profit des petites entreprises en échange de stages pour les élèves, de concevoir les par- cours d’insertion dans une succes- sion d’allers et retours entre l’emploi et la formation. Pour ce faire bien sûr, la participation de représentants du monde économique dans les CA d’établissements est recommandée.
La Proximité s’inscrit dans la volonté de permettre l’accès de tous à la for- mation et de répondre aux besoins des territoires. Et revoilà le « guichet unique » dédié à l’accueil et à l’infor-
mation mais aussi à la prescription.
L’analyse du rapport met en fait clai- rement en évidence une logique que nous pouvons caractériser par trois mots : Rentabilité, Régionalisation, et Recentrage.
Le souci de l’évaluation des disposi- tifs, de l’optimisation des circuits de financements est constant. C’est ce qui conduit les rapporteurs à propo- ser la mutualisation de tous les fonds de la formation continue et la récu- pération d’une partie du budget de formation des fonctionnaires au pré- texte que le nombre de postes au concours est tellement réduit que la préparation ne serait pas rentable.
La nécessité d’avancer encore plus vers la régionalisation de la formation est clairement affirmée. Il s’agit de passer à une nouvelle « gouvernance » basée sur une logique de territoriali- sation et de contractualisation.
Les rapporteurs recommandent de faire du Plan régional de dévelop- pement de la formation profession- nelle (PRDFP), l’instrument de la stra- tégie globale de formation au niveau régional, de modifier la loi afin de donner au PRDFP une valeur pres- criptive, de sorte que l’Éducation nationale et le monde économique soient engagés par leur signature, et de créer au niveau du bassin d’emploi un « conseil local de la for-
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Entretien d’orientation
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