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Sur la diffusion et la nature du recul radioactif
C. Chamié, Tsien Szn-Tsiang
To cite this version:
SUR LA DIFFUSION ET LA NATURE DU RECUL RADIOACTIF
Par Mlle C. CHAMIÉ et M. TSIEN SAN-TSIANG. Institut du Radium.
Sommaire. 2014 Les mesures au
compteur ont permis de prolonger la courbe de diffusion du recul
radio-actif dans l’air à des distances dix fois plus grandes que celles explorées dans les travaux antérieurs. Cette courbe confirme le caractère spécial de la diffusion du recul. Les atomes de recul qui diffusent dans l’air à partir du dépôt actif du thorium Th sont des atomes de thorium C" Th C". Le Th (B + C) est extrait par des champs élevés dans une proportion très faible : Th (B + C) : Th C" = 1 : 105.
Les plaques exposées au-dessus d’une source de RdTh ne montrent, après la décroissance du dépôt
actif du Th, qu’une activité très faible qui ne dépasse pas 10-6 de l’activité de Th(B + C).
Des travaux antérieurs
[ i
]
ont montré que ladiffusion des atomes de recul dans l’air se
distingue
de la diffusion des gaz.
D’après
ces travaux,8 pour 100 seulement d’atomes de Th
C’,
rejetés
par recul ce du Th
C,
peuvent
être recueillis sur unrécepteur
nonchargé
se trouvant à une distancede la source inférieure au parcours du
recul;
laquantité
d’atomes recueillie décroît extrêmement vite avecl’augmentation
de ladistance;
d’autrepart,
pour des distances de l’ordre de i cm, unchamp électrique
très élevé(800 V/cm)
estnéces-saire pour en extraire au maximum 3o pour ioo.
Pour
expliquer
cesexpériences,
M. P.Langevin [2]
aproposé
une théoried’après laquelle
les atomesprojetés
par recul sont réadsorbés par la source, et la faible fraction d’atomesqui échappent
à cetteréadsorption
est adsorbée par laplaque réceptrice
de telle manière que la densité en atomes de recul
entre les deux
plaques
-source et
récepteur
-estpratiquement
nulle. M. P.Langevin
a choisipour
l’équation
différentielle de la diffusion du recul des conditions nouvelles conduisant à une loihyper-bolique
de la diffusionqui
a été vérifiéeexpérimen-talement pour des distances
jusqu’à 2,5
mm[3].
Le but du
présent
travail était decompléter les
expériences
précédentes
par des mesures aucompteur.
La sensibilité extrême du
compteur permet
deprolonger
les courbes de diffusion à des distances dix foisplus
grandes,
etpermet
de suivreplus
longtemps
les courbes de la décroissance du recul pour identifier sa nature.Les
expériences
ont été faites avec dudépôt
actif du Th recueilli sur uneplaque
en or(z 5
cm2),
exposée
à l’activation du Thoron pour 16 h à 5 cmau-dessus d’une
préparation
de Rd Th. Pendant ladurée de cette
activation,
laplaque
en or a étéportée
à unpotentiel
de -Q50
V. Lapréparation
de Rd Th était
équivalente
en rayons y à2,5
mgde Ra et avait comme
support
matériel del’hydrate
ferrique
préparé
plusieurs
annéesauparavant
d’après
la méthode de 0. Hahn[4].
L’activité du Th(B
+C)
recueilli dans ces conditions étaitéquivalente
enrayons y à o, ~ mg de Ra.
Les mesures de l’activité recueillie par recul ont été faites en
rayons P
avec uncompteur
dont lesparois
étaient en aluminium de 0,1 mmd’épaisseur.
1. Diffusion du recul. -- En faisant varier la
distance entre un
disque récepteur
de 5 cm dediamètre et la source -
plaque
en orportant
Fig. 1.
le Th
(B + C)
-nous avons obtenu la courbe de la
figure
i,qui représente
la variation du loga-rithme de l’activité quereçoit
lerécepteur
enfonc-tion de la
distance,
dans larégion
deo,5
cm à2,5
cmqui
n’a pas étéexplorée
précédemment.
Cettecourbe est une
droite,
onpeut
doncappliquer
à ladiffusion du recul dans cette
région
la formulequi
exprime,
par une fonctionexponentielle,
la décroissance du nombre d’atomes N enfonc-tion de la distance x.
D’après
cette courbe, on trouve l~ = 3 cm-1.Supposons qu’on puisse appliquer
au Th G’" la loi de la diffusion de l’émanation avec lescondi-tions
qu’elle implique :
où A serait la constante radioactive du Th C" et D le coefficients de diffusion. On
peut
poseron trouve
alors,
pour le coefficients de diffusion47
de Th C"
rejeté
dans l’air par recul x, àpartir
du Th C à 2o", ,Ce nombre est environ mille fois
plus
faible que le coefflcient de diffusion des gaz.Ainsi,
parexemple,
M. A. Debierne
[5]
avait trouvé, pourl’actinon,
D = 0, I I 2
cm 2jsec-1.
On voit que,malgré l’analogie
que
présente
lephénomène
de la diffusion du recul avec la diffusion des gaz, les coefficients de diffusion n’ont pas le même ordre degrandeur.
Si lescoeffi-cients de diffusion sont inversement
proportionnels
aux racines carrées des
poids
moléculaires,
alors la valeur deD,
obtenue pour le ThC ",
indiquerait
unpoids
moléculaire très élevé de l’ordre de10~,
on est donc enprésence
d’une diffusion degroupements
polyatomiques.
En
comparant
ces résultats à ceuxsignalés
précédemment,
la diffusion du recul nousapparaît
sousl’aspect
suivant : pour des distances très faiblesentre le
récepteur
et la source, nedépassant
pas
2,5
mm, la diffusion suit la loihyperbolique
de M. P.Langevin.
Maisquand
cette distanceaugmente,
un nouveau facteur intervient : l’atomede recul
projeté
et non réadsorbé par la source a alorsplus
deprobabilité
de rencontrer sur sontrajet
des ions ou des moléculesquelconques
pours’y
associer avant d’arriver audisque récepteur.
Les atomes de recul non adsorbés par la source sont donc adsorbés par des grosassemblages
d’atomesqui
se forment dansl’atmosphère
fortementionisée,
et arrivent sur lerécepteur
alourdi parces véhicules
polyatomiques.
La diffusion suitalors ,
la loi
exponentielle
avec un coefficient de diffusiontrès faible.
Quand
lerécepteur
est trèsrapproché
de la source, les atomes de recul y sont adsorbés avantd’être
captés
par cesvéhicules,
et la. diffusion vérifie alors la théorie de M. P.Langevin.
2. Nature des atomes de recul. - A. CAS
DE LA DIFFUSION. - Les courbes de la décroissance de
l’activité recueillie par le
disque,
àpartir
desdis-tances de I cm, montrent que les atomes
qui
yarrivent par diffusion
appartiennent
exclusivementau Th
C",
cequi
prouve que,seul,
le Th C" diffusedans l’air sans entraîner de
groupements
de Th B que contient laplaque
source.B. CAS DE L’EXTRACTION DU RECUL PAR UN CHAMP.
- Pour des
champs
faibles où lerécepteur
estporté
aupotentiel négatif
et la source est ausol,
ainsique pour des activations au recul de durée courte, les courbes de la décroissance de l’activité sont
dues
également
au Th C" pur. La courbe de lafigure
2, obtenue avec une distance de2,5
cm,potentiel
-go
V,
montrequ’aucune
traced’acti-vité résiduelle n’est observable
jusqu’à
la limitedes mesures
possibles.
Cette courbe met en évidencela
précision
aveclaquelle
les mesures des activitésextrêmement faibles ont pu être faites au
compteur.
Fig. ~.
’
Pour des
champs plus
forts(entre
25o et 5ooVjcm)
on
peut
observer,
vers la fin de la décroissance du ThC",
laprésence
de Th(B 4
C).
Les deux courbes de lafigure
3 le mettent en évidence. EnFig. 3.
extrapolant
l’activité résiduelle du Th(B
+C)
àl’origine,
ontrouve,
avecplusieurs expériences,
que sa
proportion
est très faible :48
sur son
support
à l’état degroupements
d’atomes.Jedrzejowsky [8]
avait montré que cesgroupements
peuvent
setransporter
sur unrécepteur
se trouvant à une trèspetite
distance de la source. Il nous asemblé intéressant de savoir si ces
groupements
peuvent
diffuser dans l’airquand
lerécepteur
estéloigné
de la source. Pour cela nous avonspurgé
l’air au-dessus de la source par un
champ
intenseimmédiatement avant l’activation au recul et nous avons
obtenu,
pour la décroissance durecul,
unecourbe
superposable
à celle de lafigure
3 sans que laquantité
de Th(B + C)
ait diminuée. Il semblequ’en
l’absence duchamp,
lesgroupements
ne s’élèvent pas suffisamment au-dessus de la sourcepour
pouvoir
diffuser dans l’air et sont réadsorbés par la source, tandis que lechamp
extrait lesgrou-pements
qui
ont étéprojetés
uniquement pendant
ladurée de l’activation au recul.
Remarque.
--Si l’on compare la
quantité
de Th C" obtenue par diffusion sur unrécepteur
nonchargé
à i cm de la source avec la
quantité
recueillie dansles mêmes conditions avec un
champ
de 50oV/cm,
on trouve que lerapport
des activités estégal
à 1 : 300. Par
conséquent,
dans le cas de la diffusion sanschamp
onpeut
affirmer que, dans les conditions de nosexpériences,
lerécepteur
reçoit
du Th C" pur, car s’il recevait du Th(B
~-C),
saquantité
enserait
pratiquement
négligeable
avec la source que nous avonsemployée.
3. Vérification de l’existence de l’activité
résiduelle
sur lesplaques
en or activées authoron. - V.
Majer [g]
avaitsignalé qu’en
exposant
à des distances de 1 à 2 mm une
plaque
aupotentiel
de - 120 V au-dessus d’une
préparation
deRh Th,
on
pouvait
observer par des mesures aucompteur
que le
récepteur
s’activait non seulement dudépôt
actif,
mais contenaitégalement
du Th X dont lateneur faisait o pour 10o de l’activité totale recueillie.
Or,
ce mode d’activation n’est pas une activationnormale
qui comprend
l’extraction par lechamp
des atomes de reculexpulsés
dans l’air. Eneffet,
pourdes distances aussi
faibles,
lapossibilité
deconta-mination du
récepteur
par tout ce que contient lasource devient très
probable :
despoussières
quel-conques ou même des
fragments
de matière activeporteurs
decharge
positive
sont entraînés par lechamp
intense et viennent se coller sur lerécepteur
chargé
négativement.
Onpeut
prévoir
que, pourdes
champs
encoreplus
forts avec des distancesfaibles,
la matière active seraittransportée
partiel-lement de la source sur le
récepteur.
Reste à savoir si le Th X
expulsé
dans l’air par recul ce àpartir
de la source de Rd Th diffuse dansl’air et
peut
être extrait par unchamp
dans les conditions d’activation normales de nosexpériences.
Pour éclaircir cette
question,
nous avons mesuré aucompteur,
vers la fin de la décroissance du ThB,
des
plaques
en or activées au thoron et contenant ledépôt
actif du Th. Une activité résiduellequi
semblaitrester constante était
observable,
mais sonrapport
à l’activité totale que lerécepteur
avait recueilliene
dépassait pas io-1.
Enrapprochant
lerécepteur
à 1 cm de la source, ce
rapport
augmentait
jus-Si cette activité résiduelle
peut
être attribuée au Th X elle estpratiquement
négli-geable.
En ce
qui
concerne lesdisques
activés par recul «à
partir
dudépôt
actif duTh,
ils étaientcomplè-tement
dépourvus
de l’activitérésiduelle,
qui
pour-rait être attribuée au Th X.Manuscrit reçu le 28 avril 1941’
BIBLIOGRAPHIE.
[1]
Mlle C. CHAMIÉ, C. R. Acad. Sc., 1933, 196, p. 1107 et 1933, 197, p. 1937; Journ. de Phys. et Rad., 1934, 5,p. 54-56 et 436-438.
[2] M. P. LANGEVIN, Journ. de Phys. et Rad., 1934, 5,
p. 57-60.
[3]
Mlle C. CHAMIÉ, loc. cit.[4]
O. HAHN, Applied radiochemistry, 1936.[5]
A. DEBIERNE, Le Radium, 1907, 4, p. 213.[6] R. W. LAWSON, Wien. Ber., 1919, 128, p. 795; Nature 1919, 102, p. 465.
[7] Mlle C. CHAMIÉ, C. R. Acad. Sc., 1927, 184, p. 1243; 1927, 185, p. 770 et 1277; 1928, 186, p. 1838; Journ. de Phys. et Rad., 1929, 10, p. 44.
[8] H. JEDRZEJOWSKY, C. R. Acad. Sc., 1929, 188, p. 1043. [9] Vladimir MAJER, Collection des Travaux chimiques de