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Dépistage des cancers : top 3 des articles publiés en 2015

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302 | La Lettre du Cancérologue • Vol. XXV - n° 6 - juin 2016

DOSSIER

Actualités aux 27es JFCD

Dépistage des cancers : top 3 des articles publiés en 2015

Cancer screening: selection of the 3 most relevant articles of 2015

S. Manfredi*

* Service d’hépato-gastroentérologie et oncologie digestive, CHU de Dijon ; Registre bourguignon des cancers digestifs, Inserm U866, Dijon.

Le dépistage de masse du cancer colorectal pour la population à risque moyen par le test immunologique de recherche de saignement dans les selles (FIT : Fecal Immunologic Test) est mis en place en France depuis mai 2015. Ce test a prouvé sa supériorité par rapport au test au gaïac : il détecte 2 fois plus de cancers et 4 fois plus de polypes adéno- mateux. L’objectif du 3e Plan cancer (2014-2019) est de proposer aux populations à risque élevé un dépistage organisé et adapté. Le seuil de positivité du test immunologique peut être modifié, offrant ainsi la possibilité de le proposer à des populations à haut risque avec un seuil de détection plus bas.

Les 2 premiers articles sélectionnés s’intéressent à ces populations à risque élevé. Le dépistage organisé a prouvé son efficacité en termes de réduction de la mortalité par cancer colorectal. L’effet du dépistage sur l’incidence du cancer colorectal est controversé.

Le troisième article sélectionné rapporte pour la première fois des résultats sur l’incidence d’un dépis- tage par FIT en population générale.

Premier article sélectionné (1)

Étude randomisée prospective ; 1 918 apparentés au premier degré de patients atteints d’un cancer colorectal, randomisation 1:1 : coloscopie de dépis- tage ou FIT annuel pendant 3 ans (et coloscopie si FIT négatif 3 fois) avec un seuil de détection à 50 ng/ ml de tampon. Les 2 stratégies étaient considérées comme équivalentes si la différence de détection des néoplasies n’excédait pas 3 %. Sept cent quatre- vingt-deux apparentés ont eu la coloscopie (stratégie de référence) et 784 le FIT. L’analyse a été faite en intention de dépister : 4,2 % de néoplasie avancée (cancer colorectal et adénome à risque) ont été dépistés dans le groupe FIT et 5,2 % dans le groupe coloscopie (NS). Le FIT permettait le dépistage de tous les cancers mais ne dépistait pas 16 adénomes

avancés. La stratégie de dépistage par FIT dans cette population divise par 4 le nombre de coloscopies nécessaires pour diagnostiquer 1 néoplasie avancée par rapport à la stratégie de dépistage par colos- copie. Cette étude conclut à l’équivalence d’un dépis- tage par FIT annuel, à un taux bas de détection, dans la population des apparentés au premier degré de patients atteints d’un cancer colorectal. Cette étude offre la possibilité d’une alternative de dépistage dans cette population à risque qui habituellement participe peu au dépistage par coloscopie. L’accep- tabilité du FIT est en général élevée, aux alentours de 60 à 70 % dans les études pilotes menées sur des populations à risque moyen.

Deuxième article sélectionné (2)

Les facteurs de risque liés au mode de vie et à l’en- vironnement ne sont habituellement pas pris en compte dans les recommandations de dépistage et de suivi des cancers colorectaux. Cette étude vise à iden- tifier les facteurs individuels de risque de néoplasie avancée (cancer colorectal et adénome avancé) dans une population de sujets à risque moyen dépistés par FIT avec un seuil de détection à 100 ng/ml. Il s’agit d’une étude observationnelle de 750 individus avec FIT-positif, âgés de 50 à 74 ans, ayant eu une coloscopie entre 2007 et 2009. Une enquête télé- phonique recueillait les variables suivantes : acti- vité physique, tabagisme, consommation d’alcool, consommation de fruits et légumes, prise d’aspirine.

Lors de la coloscopie initiale, le risque de néoplasie avancée était augmenté par l’âge, le sexe masculin, la consommation d’alcool et le tabagisme et diminué par l’activité physique, la consommation de fruits et légumes et la prise d’aspirine au long cours.

Ces 7 variables étaient utilisées pour l’élaboration d’un score de 0 (aucun facteur négatif) à 7 (tous les facteurs négatifs), conduisant à une augmenta-

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La Lettre du Cancérologue • Vol. XXV - n° 6 - juin 2016 | 303

Résumé

tion de risque de 1,55 par point (p < 0,01). Parmi les patients ayant eu une coloscopie de suivi, ce score restait corrélé au risque de néoplasie avancée, avec une augmentation de risque de 1,28 par point (p = 0,01). Cette étude met en évidence un risque variable de cancer colorectal en fonction du mode de vie et permet d’envisager des stratégies de dépistage différentes selon le risque, et surtout une prévention par des actions sur les facteurs modifiables (alcool, tabac, activité physique, consommation de fruits et légumes). Cette étude doit néanmoins être validée en externe sur une cohorte équivalente, et surtout sur une population non sélectionnée par le FIT.

Troisième article sélectionné (3)

La baisse de la mortalité par cancer colorectal induite par un programme de dépistage par un test au gaïac conduit correctement est maintenant établie. Bien que le test au gaïac détecte des lésions précancé- reuses (les adénomes), son effet sur l’incidence du cancer colorectal reste controversé. Le test immuno- logique (FIT) détectant 2 fois plus de cancers et 4 fois plus d’adénomes que celui au gaïac, l’incidence du cancer colorectal devrait donc être influencée par les performances de ce type de test. Cette étude vise à analyser l’impact d’un programme de dépis- tage par FIT en termes de mortalité et d’incidence du cancer colorectal à l’échelle d’une population.

Elle analyse l’incidence et la mortalité du cancer colorectal dans une population à risque moyen bien définie, couverte par un registre de cancer, en comparant l’incidence et la mortalité avant et après mise en place d’un programme de dépistage de masse par FIT. La population à risque moyen, âgée de 50 à 69 ans, était invitée à réaliser un FIT tous les

2 ans à partir de 2005. L’étude portait sur la période 1997-2012, les données d’incidence et de mortalité étaient fournies par le registre de cancer couvrant cette zone géographique, les sujets étaient suivis pendant 8 ans minimum ; 171 785 personnes étaient invitées à réaliser le FIT, et le taux de participation était de 70 %. Comme classiquement, l’incidence ajustée sur le sexe et l’âge augmentait après la première campagne (ratio = 1,60 ; IC95 : 1,43-1,79) comparativement à l’incidence observée avant la mise en route du programme de dépistage. L’inci- dence diminuait ensuite régulièrement au fil des campagnes successives (ratio = 0,86 ; IC95 : 0,78- 0,94), et même au-delà de 69 ans (arrêt des invi- tations) [ratio = 0,59 ; IC95 : 0,50-0,69). L’incidence cumulée diminuait ainsi de 10 % et la mortalité de 27 %. Cette étude est la première à montrer une baisse d’incidence du cancer colorectal en population générale non sélectionnée. Il est à noter un taux de participation élevé de 70 %, facteur clé de l’efficience d’un programme de dépistage.

Conclusion

Ces 3 articles sur le dépistage du cancer colorectal par test immunologique confirment les très bonnes performances de ce test à la fois pour la population à risque moyen et pour celle à risque élevé. Outre les performances intrinsèques de ce test, il faut souligner dans ces 3 articles le fort taux de participation des populations concernées ; l’adhésion et la participa- tion de la population au programme de dépistage sont des éléments clés conditionnant les résultats à court et à plus long terme, notamment en ce qui concerne la baisse de la mortalité et l’incidence du

cancer colorectal.

Le dépistage de masse du cancer colorectal pour la population à risque moyen par le test immunologique de recherche de saignement dans les selles (FIT : Fecal Immunologic Test) est mis en place en France depuis mai 2015. L’objectif du 3e Plan cancer (2014-2019) est de proposer aux populations à risque élevé un dépistage organisé et adapté. Deux des articles sélectionnés s’intéressent à ces populations à risque élevé. Le dépistage organisé a prouvé son efficacité sur la réduction de la mortalité par cancer colorectal.

L’effet du dépistage sur l’incidence du cancer colorectal est controversé. Le troisième article rapporte des résultats sur l’incidence d’un dépistage par FIT en population générale.

Mots-clés

Dépistage Cancer colorectal Risque élevé Incidence

Summary

A program of mass scree- ning with Fecal Immunologic Test (FIT) is implemented in France since may 2015 for the average-risk population. One goal of the French program against cancer is to imple- ment in the future a screening for high risk populations. Two of the selected papers reported results about high risk popula- tions. Mass screening programs have proven their efficacy in the reduction of colorectal cancer mortality. The reduction of the incidence of colorectal cancer in relation with scree- ning is not clearly admitted.

The third paper reports results on colorectal cancer incidence in an average-risk population screened with FIT.

Keywords

Screening Colorectal cancer High-risk Incidence

S. Manfredi déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

1. Quintero E, Carrillo M, Gimeno-García AZ et al. Equi- valency of fecal immunochemical tests and colonoscopy in familial colorectal cancer screening. Gastroenterology 2014;147(5):1021-30.

2. Botteria E, Crosta C, Bagnardi V et al. Predictors of advanced colorectal neoplasia at initial and surveillance colonoscopy after positive screening immunochemical faecal occult blood test. Dig Liver Dis 2016;48(3):321-6.

3. Giorgi Rossi P, Vicentini M, Sacchettini C et al. Impact of screening program on incidence of colorectal cancer: a cohort study in Italy. Am J Gastroenterol 2015;110(9):1359- 66.

Références bibliographiques

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Références

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