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UNEGRANDE FIGUREDUXIX SIÈCLE LE DUC D'AUMALE

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UNE GRANDE FIGURE DU XIX SIÈCLE

LE DUC D'AUMALE

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Il a été tiré de cet ouvrage : 10 exemplaires sur pur fil Lafuma numérotés de 1 à 10 500 exemplaires sur velin bibliophile

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LE DUC D'AUMALE

Gouverneur Général de l'Algérie (1847)

D'après le tableau de Winterhalter (Musée de Versailles)

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Dr JOUSSEAUME

UNE GRANDE FIGURE DU XIX SIÈCLE

LE DUC D'AUMALE

1947 EDITIONS MAUGARD

ROUEN

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A ma petite Monique en témoignage de la tendre

affection de son papa.

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AVANT-PROPOS

Anatole France dans la préface de l'Ile des Pingouins, écrit : « Il est extrêmement difficile d'écrire l'histoire. On ne sait jamais au juste comment les choses se sont passées ; et l'embarras de l'historien s'accroît avec l'abondance des documents. Quand un fait n'est connu que par un seul témoignage, on l'admet sans beaucoup d'hésitation. Les perplexités commencent lorsque les événements sont rappor- tés par deux ou plusieurs témoins, car leurs témoignages sont toujours contradictoires et toujours inconciliables. » Selon ces principes, les difficultés ne sont pas accumulées pour l'auteur qui désire écrire la vie du duc d'Aumale, car les documents sur lesquels on peut s'appuyer ne sont pas très nombreux. En dehors de quelques articles de revue, on doit surtout citer la très consciencieuse étude déjà ancienne d'Ernest Daudet et celle plus récente de René Vallery-Radot.

Et puis la vie du duc d'Aumale a toujours été tellement nette et lumineuse qu'elle ne prête guère à la controverse. Un seul moment de son existence a provoqué quelques discussions : la période qui a suivi la guerre de 1870. On sait combien à cette époque le maintien de la III République était incer- tain. La restauration monarchique était envisagée même parmi les républicains et c'était, semble-t-il, chose faite sans le doux entêtement du comte de Chambord au sujet du drapeau blanc. Nombreux étaient ceux qui mettaient leur espoir dans le duc d'Aumale ; à défaut de royauté, l'élection

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du prince à la présidence de la République semblait tout indiquée ; et cependant celui-ci se déroba. Différentes rai- sons sont, sans doute, cause de cette décision. Tout d'abord, de par son caractère, le duc d'Aumale avait horreur de l'aventure. Soldat dans l'âme, s'il savait commander, il savait aussi obéir et il fuyait tout ce qui de près ou de loin pouvait sembler illlégal ou du moins contraire aux vœux d'une fraction importante du peuple français. On le vit bien en 1848, quand, Gouverneur de l'Algérie, chef d'une importante armée, il pouvait, comme lui conseillaient cer- tains de ses amis, s'opposer au mouvement révolutionnaire.

Et puis, lettré, délicat, aimant les belles-choses, son ambi- tion n'était pas de devenir chef de la France, mais de réunir de superbes collections, d'écrire son histoire des princes de Condé, de cultiver ses relations (1). Mais tout cela ne concerne qu'une partie de son existence ; pour tout le reste, quelle belle unité, sans tache, ni dans sa vie publique ni dans sa vie privée (on ne pourrait en dire autant de bien des grands hommes). Dans l'ensemble, le duc d'Aumale reste l'une des plus attachantes figures du XIX siècle, celle d'un grand seigneur, peut-être le dernier, qui sut allier les qualités de valeureux soldat, de sagace administrateur, d'ar- tiste avisé au goût toujours sûr, amassant d'inestimables trésors que l'Institut de France conserve précieusement dans son château de Chantilly.

Malgré les tristesses de l'exil, les deuils familiaux qui se succédèrent si cruellement, il conserva jusqu'au bout un optimisme robuste et clairvoyant qui lui permit de servir sa patrie en soldat, en prince, en galant homme.

(1) Pour le duc d'Aumale, disait assez méchamment Edouard Drumont (La fin d'un monde) il n'y a dans la vie que deux belles situations pour un homme : Général de division et académicien.

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L'enfance - La Jeunesse

Louis-Philippe, encore duc d'Orléans, recevait ce matin-là de l'année 1827 dans son cabinet de travail du Palais-Royal, Monsieur Cuvillier-Fleury. D'une taille élevée, la figure maigre, les yeux ensourcillés qui lui don- naient un air grave, la parole brève, l'accent loyal, c'était un jeune professeur qui avait eu de retentissants succès au concours général. Naguère attaché comme secrétaire particu- lier au roi Louis, frère de l'empereur Napoléon, il exerçait pour lors au collège Sainte-Barbe les fonctions de préfet des études : « Je serais heureux, dit Louis-Philippe, de vous confier l'éducation de mon cinquième fils, le duc d'Aumale.

Henri (1) vient d'atteindre sa cinquième année (il était né en effet au Palais-Royal le 16 janvier 1822). Je désire com- mencer dès maintenant son instruction : je connais vos qualités ; je ne saurais le confier à de meilleures mains. » Après quelques mots d'acceptation du jeune homme, à la fois intimidé et confus, le duc d'Orléans ajouta : « Je tiens à vous exposer mes conceptions d'instruction de mes enfants : j'ai trop souffert des procédés d'éducation de Madame de Genlis, je ne veux pas les voir appliqués à mes enfants (2). Il faut que mes fils restent princes ; le métier

(1) On l'appelait en famille : Mimi.

(2) Madame de Genlis, on le sait, était à la fois la maîtresse de Phi- lippe-Egalité et l'éducatrice de ses enfants. Comment Madame de Genlis pédante, orgueilleuse, intrigante, d'une médiocrité universelle ne parvint-elle

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est rude aujourd'hui ; je ne veux pas, sous prétexte de renon- cer à quelques avantages de leur état, qu'ils échappent à ses devoirs et à ses dangers ; mais il faut élever les princes comme s 'ils ne l 'étaient pas (1). Henri ira donc au collège comme ses frères aînés ; il sera élevé au Lycée Henri IV où il se trouvera en contact avec des camarades de son âge ; je sais qu'à cet égard, je n'ai pas l'approbation du roi (2), mais je lui ai rappelé que le grand Condé a été élevé comme je veux faire élever mes fils. Vous lui servirez de guide : mais je me réserve de me rendre compte de temps en temps de leurs progrès intellectuels. »

Ainsi commença cette collaboration entre le duc d'Au- male et Cuvillier-Fleury, collaboration qui devait durer jusqu'à la mort. Quarante-six ans plus tard, Cuvillier- Fleury recevant le duc d'Aumale à l'Académie française disait : « Vous étiez un enfant : j'étais un jeune homme.

Nous allions être, vous, mon disciple, moi, votre maître.

Nous avons vécu ainsi douze ans, tout le cours d'une éduca- tion classique, dans ces rapports où la subordination vous était facile, moins par mon fait que par le vôtre. J'avais accepté une tâche, celle d'élever un prince français que les

pas à gâter toutes les qualités innées de ses élèves? C'est un problème... Elle composa pour eux un traité sur « la Religion considérée comme l'unique base du bonheur et de la véritable philosophie », qui fit rire aux larmes les familiers du Palais-Royal au courant de son aventureuse histoire (Lenôtre

— Les fils de Philippe-Egalité pendant la Terreur).

(1) Prévost-Paradol devait écrire plus tard en 1857 dans un mémoire que l'Académie des Sciences morales couronna : « Un roi, qui crut ses enfants appelés, comme lui, à exécuter les lois chez un peuple libre, leur fit traverser l'éducation publique, afin qu'ils fussent un jour des citoyens sur le trône. » (2) Cette détermination était véritablement une innovation hardie :

« Exemple heureux autant qu'il est nouveau, écrivait Paul Louis Courier, que de changements il a fallu, de bouleversements dans le monde pour amener là cet enfant. Ce système d'éducation rencontra la plus vive opposi- tion de la part de Louis XVIII qui le qualifiait de « populacerie », Louis- Philippe ne put faire changer d'avis à son cousin.

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plus grands docteurs de l'Eglise n'abordaient qu'en trem- blant. L'université me prêtait la force qui m'eut manqué.

Vous aviez une mère admirable qui a fait l'éducation de votre aîné. Le roi Louis-Philippe vous apprenait la vie humaine dont il avait l'expérience déjà longue et la pratique toujours active. L'université était la véritable institutrice de votre esprit. Cet enseignement fut en effet universitaire et démocratique. » Cela était facile à Cuvillier-Fleury « tout acquis aux idées de la jeunesse libérale, en partageant les engouements et les préventions ; à Sainte-Barbe, il commu- niquait en cachette, il lisait même aux grands les pamphlets de Paul Louis Courier dont plus tard il a reconnu l'action néfaste. Son élève a noté qu'il poussait assez loin la fierté de son origine plébéienne. Ce trait de caractère demeura très persistant sous le second Empire. Comme Sainte-Beuve dans un Lundi l'avait assez lourdement plaisanté d'être monté naguère « dans les carrosses du roi », Cuvillier-Fleury répli- qua sur l'heure qu'il y était en effet, huit années durant, monté quatre fois par jour, mais en qualité de précepteur conduisant son élève au collège et non de gentilhomme admis aux honneurs de la Cour » (1).

Au lycée Henri-IV, le duc d'Aumale fut aimé rapide- ment de ses camarades. Ses maîtres lui reprochaient son bavardage : « Conduite légère, écrivait sur le cahier de notes Victor Duruy, son professeur d'histoire, beaucoup trop de gaieté et de mouvement ». Un autre de ses professeurs disait :

« Bien, sauf qu'il aime trop les oreilles de ses voisins. » — Un jour, avec un de ses condisciples, Emile Augier, le futur auteur du Gendre de Monsieur Poirier, le prince continuait

(1) Le duc d'Aumale et son ancien précepteur par de Lazac de Llbo- rie — Le Correspondant, 25 mai 1914.

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en classe la conversation de la récréation : tout à coup le maître s'écria : « Descendez, Henri d'Orléans, descendez Augier. Venez devant ma chaire ». Puis : « Vous serez donc toujours des causeurs incorrigibles — Mais, monsieur...

— Silence ! apprenez ce qui vous attend. Vous finirez com- me un de mes anciens élèves, un travailleur, mais un bavard, lui aussi... Savez-vous où il en est arrivé ? — Non, mon- sieur. — Eh bien, je l'ai retrouvé second violon au Théâtre- Historique ! Allez à la porte ! » Une fois dehors, Emile Augier se pencha vers son camarade et murmura : « Vous qui avez de belles connaissances, peut-être passerez-vous premier violon ! »

En dehors d'Emile Augier, il est deux hommes à qui le duc d'Aumale avait voué une véritable et durable affection dès le lycée : le comte Joseph Vigier, hôte assidu des récep- tions à Chantilly et Adolphe Couturié que le prince attacha à sa personne et qui mourut dans ses bras à Twickenham, en 1861 (1).

M. Cuvillier-Fleury avait quelquefois à réprimer des mou- vements d'indiscipline. Il l'appelait alors « Monsieur d'Au- male » d'un ton sévère. Un jour que le jeune prince avait été réprimandé sérieusement, il s'en plaignit à son camarade Estancelin, plus tard député de la Seine-Inférieure : « A ta place, s'écria ce dernier, je l'enverrais faire lanlair, et je lui flanquerais mon dictionnaire à la figure. » Le mot étant parvenu aux oreilles de M. Cuvillier-Fleury, Estancelin fut séparé de son camarade pendant un mois et privé ainsi de l'occasion de lui donner de mauvais conseils.

Le duc d'Aumale, s'il était bavard, héritage peut-être

(1) Le duc d'Aumale et Emile Augier par Macon. Bulletin du Biblio- phile et du Bibliothécaire, 1929.

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de Louis-Philippe, était très travailleur et appliqué. Il obtint de retentissants succès. Annuellement nommé au concours général, il reçut, en réthorique, le deuxième prix d'histoire et le deuxième prix de discours latin. Le roi Louis-Philippe se rendit cette année-là à la Sorbonne pour voir couronner son fils.

Cette instruction se déroulait dans un foyer familial à la fois simple et cordial. Le duc d'Orléans en 1830 était devenu roi. Mais au milieu des grandeurs de la Cour, dans le cadre des Tuileries, la nouvelle demeure, rien de changé, Louis-Philippe, monté sur le trône, avait conservé une allure bonhomme. « Ses manières étaient du vieux régime et ses habitudes du nouveau, mélange du noble et du bour- geois qui convenait à 1830... Etre le prince égalité, porter en soi la contradiction de la restauration et de la révolution, avoir ce côté inquiétant du révolutionnaire qui devient rassu- rant dans le gouvernement, ce fut la fortune de Louis-Phi- lippe en 1 8 3 0 jamais il n'y eut adaptation plus complète d'un homme à un événement ; l'un entra dans l'autre et l'incarnation se fit. Louis-Philippe, c'est 1830 fait hom- me. » (1) — Le duc et la duchesse d'Orléans vivaient en gens simples, disait plus tard le prince. Montés sur le trône, ils se firent heureux de persévérer dans cette simplicité d'aspirations, de manières et de goûts qui rendait leur intérieur agréable et charmant et qu'ils communiquèrent à leurs enfants. » Un esprit de famille régnait parmi eux, créant entre eux cette solidarité qui nait de la tendresse réciproque de ceux qui vivent au même foyer. Les leçons d'urbanité, de modestie, de noble fierté, sortaient tout natu- rellement, grâce à la ferme bonté des parents, de cette exis-

(1) Victor Hugo. « Les Misérables ».

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tence où tout aboutissait à la conclusion que la valeur per- sonnelle développée par le travail est nécessaire à tous. Les parties de plaisir ne manquaient pas ; le 6 octobre de chaque année pour fêter l'anniversaire de naissance du père, la joyeuse bande allait, dans le parc de Neuilly, faire cuire des pommes de terre sous la cendre ; on se permettait à cette occasion d'acheter chez Chevet, une livre de beurre de Bre- tagne, dans un petit pot de grès noir. D'ailleurs cette rési- dence de Neuilly était particulièrement goûtée de Louis-Phi- lippe et de sa famille qui l'avaient embellie avec amour.

La vie s'écoulait ainsi paisible entre les Tuileries l'hiver et Neuilly l'été.

Le petit prince grandissait, étudiant avec prédilection l'histoire et les littératures étrangères : « J'ai grandi en France, écrivait-il plus tard, avec une des premières généra- tions qui aient commencé à étudier les littératures étrangè- res. On commentait, on citait Shakespeare, on l'imitait même quand il se trouvait quelqu'un d'assez audacieux pour tenter l'épreuve. Je me souviens que plus d'une fois, au collège, j'ai caché un des romans de Walter Scott sous mon pupitre. Tel est notre goût en France pour ce que nous appelons le fruit défendu. »

L'étude des langues anciennes, du latin surtout, ne fut pas moins poussée. Sous l'impulsion de M. Cuvillier-Fleury, passionné des classiques, le duc d'Aumale devint un huma- niste fort distingué. Enfin son précepteur ne fut pas sans lui faire goûter la musique, mais avec un choix qui dérou- terait certains de nos amateurs modernes, car il qualifiait Rossini d'homme de génie, tandis qu'un opéra de Wagner

« lui avait paru la chose du monde la plus baroque et la plus ennuyeuse ».

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En même temps que la littérature et la musique, la politique attirait le jeune prince. Ce sont des idées libérales qui lui furent inculquées dès sa jeunesse et comment aurait-il pu en être autrement ? Son père, le roi Louis-Philippe, imprégné dès sa jeunesse de libéralisme, élevé au pouvoir par une vague libérale, continuait à parler à son fils le même langage. Le frère aîné, le prince héritier, qui devait dans son testament, recommander à ses enfants « d'être avant tout des hommes de leur temps » était considéré par le duc d'Aumale comme un chef dont on écoute les avis et dont on suit l'exemple ; nous avons vu que son précepteur, M. Cuvillier-Fleury, ne devait certes pas se faire violence pour approuver et développer chez son élève une telle tour- nure d'esprit, une telle façon de penser.

On se doute qu'en dehors de la culture générale, l'édu- cation militaire n'avait pas été négligée chez le fils d'un roi.

Au métier des armes, dès son jeune âge, il se prépara avec passion, car soldat, il l'était dans l'âme, il l'était jusqu'aux moelles et on a pu écrire qu'avant même d'avoir revêtu l'uniforme, il avait déjà « la folie de l'épée ». Aussi com- prendra-t-on avec quel enthousiasme il recevra le 1 jan- vier 1837, pour ses quinze ans, le grade de sous-lieutenant d'infanterie et ne s'étonnera-t-on pas de l'entendre s'écrier :

« Moi, je n'ai d'autre ambition que d'être le quarante-troi- sième Bourbon tué sur le champ de bataille ». — « Vois-tu, écrit-il à un ami, je ne le dis qu'à toi, parce que toi seul, tu ne me trouveras ni vain, ni ridicule, quand confondu dans le rang, j'entends tonner le canon, quand des naseaux s'ouvrent à l'odeur de la poudre, j'oublie que nous jouons la comédie, une sorte de délire s'empare de moi ; il me semble que j'aurais dans les batailles cette fièvre qui fait

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réussir et je reste en extase jusqu'à ce que la voix monotone du chef de bataillon me rappelle à la réalité. » — C'est lui encore qui dira : « Oui, certes, c'est beau de commander une armée ; mais commander une division de cavalerie et tomber comme un Condé, en menant la charge, voilà qui est encore plus beau. » Il avouait un jour qu'il était « cocar- dier », mais en même temps il était humain ; il professait qu'on devait être avare de sang et qu'à la guerre « on ne doit tuer que par nécessité. »

En 1838, il reçut le grade de lieutenant. Mais tout en faisant son apprentissage militaire, il continuait ses études classiques, sous la direction de M. Cuvillier-Fleury. Ayant quitté le lycée Henri-IV, il fréquentait souvent la Faculté des Lettres où il suivait des cours de littérature et d'histoire.

Cependant le jeune prince arrivait à l'âge d'homme, parfaitement instruit des choses de l'esprit et du métier des armes : il brûlait du désir de se trouver face aux réalités, de montrer aux yeux de tous ce dont il était capable.

L'Algérie où, depuis dix ans, l'armée française, toute à une tâche rude et périlleuse, se couvrait de gloire, l'attirait.

Il n'allait pas tarder à parcourir ces terres africaines et à conquérir dès le début les plus belles palmes de la renommée.

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La campagne d'Algérie

Le 4 décembre 1839, le duc d'Orléans qui devait retourner en Algérie où il avait déjà exercé un commande- ment, écrivait au maréchal Valée, alors gouverneur général de cette terre africaine : « Je partirai d'ici avec mon frère d'Aumale qui fera ses premières armes sous vos ordres. » Entre temps, celui-ci avait été promu capitaine. Le 13 avril 1840, le duc d'Aumale débarquait à Alger. Nommé officier d'ordonnance de son frère aîné, il entrait aussitôt en campa- gne. Ardent, enthousiaste, il réclamait toujours les missions les plus périlleuses, que, dans une juste crainte des respon- sabilités, ses chefs hésitaient à lui donner. C'est le 27 avril qu'il se distingua pour la première fois. La division comman- dée par le duc d'Orléans, qui avait reçu l'ordre d'aller à la rencontre de l'ennemi au delà de la Chiffa, se trouva soudain en présence des troupes du bey de Milianah forte de trois à quatre mille hommes ; « Alors, note le duc d'Au- male, je vis avec admiration cette poignée de braves gens, harassés par une longue marche et par une nuit sans sommeil, secouer leur fatigue en présence de l'ennemi et courir aux armes avec une ardeur, une gaieté qui faisaient battre le cœur. » — « C'était à moi de porter l'ordre à la cavalerie d'avancer, écrit encore le duc d'Aumale. Je ne me le fis pas dire deux fois : quand j'arrivai aux chasseurs, il marchaient en bataille au galop. Je cherchai le colonel : je ne le vis pas.

La charge commençait. Ma foi ! je ne pouvais ni ne voulais

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m'en aller. Je poussai mon cheval et je tâchai d'aller de mon mieux. C'était magnifique ! Tous les hommes, l'œil en feu, le sabre à la main, couchés sur leurs chevaux ; devant nous, à cinq ou six pas, les burnous blancs des arabes qui se retournaient pour nous tirer des coups de fusil ou de pistolet. La charge fut très brillante. On l'arrêta au moment où nous allions tenter le passage de la rivière. Je trouvai derrière mon Jouve, sous-lieutenant de spahis, qui avait cherché à m'arrêter et qui m'avait constamment suivi, Jamin, un peu après, Girard, Montguyon, toute la compa- gnie que mon frère avait mise à mes trousses. Je revins alors à mon poste où je n'eus pas de peine à me disculper. »

Peu de temps après, le 12 mai, nouvel exploit au col de Mouzaïa. Voici le récit même du duc d'Aumale : « L'or- dre d'attaquer est donné ; on fit poser les sacs et nos admi- rables soldats partent pleins de joie, bondissant comme des chèvres, avec une ardeur qu'on ne peut décrire, mais qu'on n'oublie pas. A peine étaient-ils lancés dans la montagne qu'une fusillade épouvantable se fit entendre sur le pic de Mouzaïa et, en levant la tête, nous vîmes la brigade Duvivier s'avancer au pas de course au milieu d'un nuage de fumée.

Un instant, on crut l'attaque compromise ; on ne voyait plus nos troupes ; mais la fusillade continuait derrière un pli de terrain ; le feu plongeant de l'artillerie et de la mousqueterie arabe infligeait des pertes cruelles à nos soldats, mais n'ar- rêtait pas leur élan. On les vit reparaître. On battit la marche du 23 et nos petits fantassins débouchèrent, grandis par le danger, plus droits qu'à la parade, l'œil en feu, le jarret tendu, comme s'ils allaient à la fête. Quand on arriva à la montée la plus raide, le 2 bataillon monta tout droit au milieu des broussailles ; les tambours et les clairons battaient

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la charge et les derniers coups de feu leur servaient de basse ; c'était superbe ! Je trouvai Gueswiller épuisé, assis par terre, sans pouvoir avancer, et me fiant à mes jambes de dix-huit ans, je rejoignis à la course les grenadiers qui marchaient en avant des tambours. J'arrivai au moment où l'on plantait sur la position le drapeau du 23 ; l'autre colonne débou- chait en même temps par la gauche. Quand je vis ces braves soldats de tous les régiments confondus, courant encore pour lancer quelques derniers coups de feu aux ennemis qui s'en fuyaient, quand je vis avec cela cette scène imposante de la nature éclairée par le soleil couchant, le délire me prit comme les autres... »

« J'assistai alors à une scène magnifique. Lamoricière, Duvivier, Changarnier arrivaient à pied, débraillés, sans col, couverts de sueur et de poussière, leurs habits criblés de balles, pêle-mêle avec des soldats de toutes armes. Dès qu'ils virent mon frère, ils fondirent en larmes et pendant cinq minutes : « Vive le roi ! Vive le duc d'Orléans ! » fut tout ce qu'on peut tirer d'eux. On échangea alors quelques paroles brèves et franches comme on en dit en ces grandes circonstances. Ce sont de ces émotions qu'on n'oublie jamais. » — La croix de la Légion d'honneur vint récom- penser le duc d'Aumale de ce brillant fait d'armes.

Après un bref séjour à Paris, il revint en Algérie et fut promu lieutenant-colonel du 24 de ligne. A cette épo- que un officier placé sous ses ordres, le lieutenant Ducrot, écrivait à son père : « Il est impossible de trouver un jeune homme plus aimable, plus gracieux qu'Henri d'Orléans.

Comme lieutenant-colonel, il est parfait. Administration, comptabilité, discipline, il s'occupe de tout et ce qui paraî- tra plus extraordinaire, en homme entendu. Il est brave

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PICOT Georges Notice sur la vie et les travaux de M. le Duc d'Aumale lus dans la séance publique annuelle de l'Académie des sciences mo- rales et politiques, 27 novembre 1897.

RAMBAUD (Alfred) Notice sur le duc d'Aumale. Académie des sciences morales et politiques, 1899.

SPIRIDION PAPPAS Le duc d'Aumale et le trône de Grèce. Revue d'Histoire diplomatique, oct.-déc. 1938.

SCHEFER (Gaston) Le duc d'Aumale. Gazette des Beaux-Arts, 1897.

VALLERY-RADOT (René) .. Le duc d'Aumale d'après sa correspondance avec Cuvillier-Fleury. Introductions par Vallery-Radot, 4 volumes. 1922.

VICAIRE (Georges) Mort de Mgr le duc d'Aumale. Bulletin du Bibliophile, 1897.

VALLAT G Le duc d'Aumale. Sa vie et son œuvre.

Paillart éditeur à Abbeville, 1898.

PETITES AFFICHES DE NORMANDIE, 86, boulevard des Belges — Rouen

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