été stable durant l’histoire de l’humanité. Ce qui caractérise notre période, c’est surtout l’augmentation accélérée de tous ces phéno- mènes, liée à la forte croissance démographique.
Il faut toutefois se garder de tout catastrophisme. Si on note un accroissement global des risques sanitaires, ce n’est pas le cas pour toutes les maladies infectieuses. La malaria par exemple (voir p. 44). L’émergence de nouvelles maladies infectieuses est un challenge scientifique important qui suscite actuellement de nombreuses études. Plusieurs projets sont en cours en France pour comprendre le phénomène, chez les hommes(voir p. 34) et chez les plantes(voir p. 39).
Chercher encore
En définitive, on s’aperçoit que si le changement climatique est bien une cause possible de nombreuses émergences, les modifications de comportements restent peut-être encore un facteur prédominant d’émergence de maladie (voir pp. 31 et 40). Une caractéristique de ce phénomène est sa grande imprévisibilité. Il est en effet difficile de prévoir à l’avance que le commerce de pneus usagés peut favoriser l’émergence de maladies humaines(voir p. 49)ou que le commerce de plants de rhododendrons favorise la dissémination d’une maladie invasive des chênes (voir p. 35). Comment organiser la quarantaine d’agents pathogènes potentiellement émergents quand une bonne partie d’entre eux n’ont jamais été décrits avant leur émergence ? Cette imprévisibilité des émergences impose de rester vigilant, en particulier en développant des systèmes de surveillance sanitaire performants (voir p. 48). Il est nécessaire d’anticiper les problèmes et, de fait, d’évaluer et d’analyser les risques(voir p. 49). Pour cela, des recherches pluridisciplinaires recoupant épidémiologie, biologie des populations, écologie, sociologie et météorologie sont indispensables. Nous avons besoin de plus de recherches de base sur les organismes pouvant se comporter en vecteurs et sur les agents infectieux présents dans les compartiments sauvages.
Besoin d’améliorer nos connaissances, souvent très limitées, sur les communautés d’agents pathogènes affectant les espèces des écosystèmes naturels. G
Marie-Laure Lousteau*et Benoit Marçais**
*Inra Bordeaux, UMR 1202 Biogeco [email protected]
**Inra Nancy, UMR 1136 [email protected] Depuis l’épidémie de sida, de nombreux cas de nouvelles maladies
ont été médiatisés, tels le SRAS ou le Chikungunya. Ces problèmes de maladies émergentes ne se limitent pas à des épidémies affectant les humains : les plantes et les animaux sont également concernés(voir pp. 35 et 40).
Qu’est-ce qu’une maladie émergente ?
Il ne sera question ici que de nouvelles maladies infectieuses.
On appelle maladies émergentes des phénomènes infectieux inattendus, provoqués soit par des agents nouvellement apparus ou identifiés (SRAS), soit par des agents infectieux connus dont l’incidence s’accroît (Chikungunya à la Réunion).
Ces émergences peuvent être liées à une modification des caracté- ristiques de l’agent pathogène, de la population hôte touchée ou de l’environnement. Il n’est pas toujours facile de démontrer l’émer- gence d’un problème parasitaire en particulier au démarrage du phénomène. Le problème est plus aigu pour les maladies de plantes, pour lesquelles les systèmes de surveillance sanitaire sont très peu développés.
Qu’entend-on par changement global et pourquoi favoriserait-il les maladies ?
Le changement global est le résultat, à l’échelle de la planète, de l’augmentation de la population humaine et de ses activités. Ce changement présente de multiples facettes dont les plus visibles sont peut-être la modification annoncée du climat, l’augmentation de la mobilité des personnes et des marchandises, et celle de l’exposi- tion des populations hôtes aux polluants (ozone, azote…).
Ces changements peuvent favoriser les maladies de multiples façons. Ce peut être par des effets directs comme l’augmentation des populations hôtes, facilitant la transmission des maladies, ou par des effets indirects. Ceux-ci sont eux aussi multiples : changements climatiques (voir p. 31), intensification de la production agricole pour se nourrir et augmentation des échanges commerciaux(voir pp. 35 et 40), domestication des animaux (voir p. 45), etc.
Ces changements et leurs conséquences sanitaires ne sont pas toujours des phénomènes récents. Certains d’entre eux ont été initiés dès le Néolithique, avec l’apparition de l’agriculture et la domestication des plantes et des animaux, deux activités qui ont facilité les passages d’agents infectieux entre populations hôtes (voir pp. 35 et 45). Nous savons d’autre part que le climat n’a pas
Maladies émergentes :
un lien avec le changement global ?
BIOFUTUR 297 • MARS 2009 30
Dossier Maladies émergentes et globalisation
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