Astérisque
O LIVIER M ATHIEU
Classification des algèbres de Lie simples
Astérisque, tome 266 (2000), Séminaire Bourbaki, exp. n
o858, p. 245-286
<http://www.numdam.org/item?id=SB_1998-1999__41__245_0>
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245
CLASSIFICATION DES
ALGÈBRES
DE LIE SIMPLES par Olivier MATHIEUSommaire : 0. Introduction
1. Généralités sur les
algèbres
de Lie restreintes 1.1. Identité de Jacobson1.2. Dérivations
1.3.
Exemples
et remarques 2.Algèbres
de Liesimples classiques
2.1. Définition des
algèbres
de Liesimples classiques
2.2. Un
exemple
detrop
bonne réduction 2.3. La Z-formecanonique
degc(I)
3.
Algèbres
de Cartan restreintes3.1. Définition des
algèbres
de Cartan restreintes 3.2. Un critère desimplicité
3.3.
L’algèbre
de LieW (n,1)
3.4. La
cohomologie
de De Rham de X 3.5. Un critère de"restreignabilité"
3.6.
L’algèbre
de LieS(n,1),
pour n > 33.7.
Algèbres
de Poisson3.8.
L’algèbre
de Lie1)
3.9. Un autre critère de
simplicité
3.10.
L’algèbre
de Lie +1,1)
4. Le théorème de Block et Wilson
5. Défaut au lemme de Darboux et une classe
d’algèbres
de Lie non restreintes 5.1. Notations pour la section 55.2. Lemme de Darboux
5.3.
Remarques
sur lesalgèbres
filtrées5.4. Formes volumes sur X 5.5. Formes
symplectiques
5.6.
Exemples d’algèbres
hamiltoniennes non restreintes 6.Algèbres
de Cartan de niveau arbitraire6.1.
Algèbres
àpuissances
divisées6.2.
Algèbres
de Cartan de dimension infinie 6.3. Définition desalgèbres
de Cartan7. La classification des
algèbres
de Liesimples
8.
Quelques techniques
de preuve 8.1.Sous-algèbres
de Cartan8.2. Construction de grosses
sous-algèbres
8.3.
Eléments
sandwich8.4. Théorèmes de reconnaissance
Bibliographie
0. INTRODUCTION
Au début du
siècle, Killing
et Cartan ont classifié lesalgèbres
de Liesimples
de dimension finie sur C ou,
plus généralement,
sur un corpsalgébriquement
clos decaractéristique
zéro. La classification faitapparaître
quatre familles infinies +1), xo (2l + 1), s.p(2l), xo (2l),
etcinq
autresalgèbres
de Lieappelées G2, F4, E6, E7
etE8.
Pour les besoins de cet
exposé,
toutes cesalgèbres
de Lie serontappelées classiques,
bien que la
terminologie
usuelle la réserve pour les quatre séries infinies. Iln’y
a pasde familles continues
d’algèbres
de Liesimples
ou, cequi
estéquivalent,
pourchaque
entier n, il n’existe
qu’au plus
un nombre finid’algèbres
de Liesimples
de dimensionn. Afin d’éviter les
répétitions,
nous sous-entendrons que toutealgèbre
de Lie est dedimension
finie,
sauf indicationexplicite
du contraire.Le
problème
de la classification desalgèbres
de Liesimples
de dimension finiesur un corps
algébriquement
clos K decaractéristique
p a résistéplus longtemps.
À partir
des années30,
audépart
sousl’impulsion
deJacobson,
il est apparuqu’en plus
des réductionsmod. p
desalgèbres
de Lieclassiques (appelées
encorealgèbres
de Lie
classiques),
il existe de nombreusesalgèbres
de Liesimples
de dimensionfinie, analogues
auxpseudo-groupes
considérés par Cartan[Cn].
Cesalgèbres
de Lie sontappelées algèbres
de Cartan. Dans laterminologie moderne,
lespseudo-groupes
sontcertaines
algèbres
de Lie de dimensioninfinie,
et lesalgèbres
de Cartan sont doncdes
analogues
de dimension finie encaractéristique
finie de structures de dimensioninfinie en
caractéristique
zéro. On trouvera dans[Cn],[Kcl], [G], [Ma]
des énoncésanalogues
aux résultatsexposés
ici etqui
concernent des classificationsd’algèbres
deLie
simples
de dimension infinie encaractéristique
zéro.Bien que la
question
de la classification desalgèbres
de Liesimples
ait été unproblème
clairementposé
dès les années30,
ce n’est que dans les années 60 que toutes les classesd’algèbres
de Cartan ont été finalementconstruites,
et Kostrikinet Shafarevitch ont pu formuler la
conjecture
que toutealgèbre
de Liesimple
estclassique
ou de Cartan[KS].
En raison de la structure de l’identité deJacobi,
ilsemble difficile
d’espérer
une classification encaractéristique
2 et3,
et enfait,
pources
caractéristiques
trèspetites,
il est facile d’obtenir desalgèbres
de Liesimples qui
ne soient pas de Cartan ou
classiques.
Il estplus surprenant qu’en caractéristique 5,
il existe une famille
étrange d’algèbres
de Liesimples, appelées algèbres
de Melikian[Me], qui
ne sont niclassiques
ni de Cartan. Enrevanche,
il n’existe pas d’autresexemples
encaractéristique
p > 7.Une famille
importante d’algèbres
de Lie est celle desalgèbres
de Lie restreintes :ce sont les
algèbres
de Lie L telles que pour tout x EL, ad (x )P
soit une dérivationintérieure. La
première étape
de la classification a été obtenue par R. Block et R.Wilson en
1988, qui
ont classifié lesalgèbres
de Liesimples
restreintes en caractéris-tique
p > 7 Comme encaractéristique zéro,
iln’y
a pas de famille continued’algèbres
de Liesimples
restreintes.La classification des
algèbres
de Liesimples
non nécessairement restreintes encaractéristique
> 7 a été lepoint d’orgue
d’un article de Strade et de Wilson([SW])
et elle est basée sur de nombreux
papiers,
enparticulier
ceux de Strade[Stl-7].
Lesexperts
espèrent
que ce résultat peut s’étendre telquel
encaractéristique
7et,
enajoutant
la famille deMelikian,
encaractéristique
5. La classification desalgèbres
de Lie
générales
estplus complexe
que dans le cas desalgèbres
de Lierestreintes,
car elle contient des familles continues
d’algèbres
de Liesimples.
Elle est aussi moinsexplicite.
Nous reviendrons sur cepoint plus
loin.Le but
principal
de cetexposé
est de décrire cette classification. Dans un souci declarté,
nous avons cherché à utilisersystématiquement
le formalisme du calcul différentiel poursimplifier
de nombreux calculsexplicites
trouvés dans la littérature.L’organisation
de cetexposé
écrit est la suivante. La section 1 est consacrée à la théorie desalgèbres
de Lierestreintes,
notion cruciale par la suite. La section 2 porte sur la définition desalgèbres classiques : puisque
l’idée de base estclaire,
nous avons surtout insisté sur des
points techniques,
et cette section n’a pas vraimentun caractère introductif
(on
devraitpouvoir
la sauter enpremière lecture).
Dans lasection
3,
nous contruisons lesalgèbres
de Cartan restreintes : dans cettesection,
nousnous sommes attaché à décrire en détail ces
algèbres
et nous avons donné des preuvescomplètes
du calcul de leur sériedérivée,
et de lasimplicité
du dernier terme de la série dérivée. Il nous semble que l’utilisation decohomologie
de De Rham pour déterminer les séries dérivées fournit uneapproche plus simple
que les calculs en coordonnées locales trouvés dans la littérature. Nousespérons
ne pas avoir introduit d’erreurs dans cette section en voulantpréciser
ousimplifier
certains énoncés. La section 4 porte sur le théorème de Block et Wilson.Initialement,
la section 5 était surtout destinée à illustrer lacomplexité
de la classification desalgèbres
de Lie restreintes.Puis nous nous sommes rendu compte
qu’il
étaitpossible
de décrireplus explicitement
les
algèbres
de Cartan par le formalisme introduit dans cette section : faute detemps,
il n’a pas été
possible d’expliquer
cettedescription
dans le cadre leplus général,
etune version
plus complète
feral’objet
d’unepublication séparée.
La section 6 expose la définition desalgèbres
de Cartan nonrestreintes,
et elles’inspire
de[Wl]
et[St7].
La section 7 contient le résultat
principal,
aboutissement des travaux de Strade et Wilson. Dans la section8,
nous avons cherché àexpliquer
les idées lesplus simples
mises en oeuvre dans la classification : en réalité le théorème de classification est très
compliqué.
Remerciements : Nous remercions 0.
Gabber,
V. G. Kac et J.-P. Serre pour d’utiles commentaires sur cetexposé.
Conventions :
Sauf
indicationcontraire,
Kdésigne
un corpsalgébriquement
clos decaractéristique finie
p, et àpartir
de la section 3 on supposera p > 3.Notations : Pour une
algèbre
de LieL,
nous noteronsZ(L)
son centre et nousposerons
L~1~ _ [L, L], L~2~ _ ~L~1~, L~1~)
etc.. etL~°°~ _
1. GÉNÉRALITÉS SUR LES ALGÈBRES DE LIE RESTREINTES
Dans cette
section,
nous allonsrappeler
la définition desalgèbres
de Lie res-treintes. Je crois que la motivation initiale pour la notion
d’algèbre
de Lie restreinte était d’établir unanalogue
de la théorie de Galois pour des extensions de corps pure- mentinséparables.
Soit K un corps, et soitDer(K) l’algèbre
de Lie des dérivations de K. En fait Jacobson[Jl]
a établi unecorrespondance
entre :(i)
les extensions K C K’ avec K’ CK1jp,
et(ii)
les sous-K espaces vectoriels deDer(K) qui
sont dessous-algèbres
de Lierestreintes.
La
correspondance
associe à K’l’algèbre
de Lie des dérivations 8 : K - K telles que= 0 pour tout
f
E K’. Les structuresd’algèbres
de Lie restreintes constituent aussi unpoint
crucial dans la définition del’opérateur
de Cartier(voir exemple 8)
etdans une
conjecture
de Grothendieck(voir exemple 9).
1.1. Identité de Jacobson
Il est connu que l’on a l’identité
(.r + y)P + yP
dans touteFp-algèbre
commutative. Jacobson a trouvé une
généralisation
de cette identité valable pour touteFp-algèbre
associative mais non nécessairement commutative.Commençons
par
rappeler
la définition despolynômes
deLie, plus
exactement lespolynômes
deLie en deux variables. Fixons un anneau de base k
(dans
lasuite, k
=Z,
k =Q
oùk est un
corps K
decaractéristique p).
Un
polynôme
en deux variables commutatives x, y est un élémenty)
Ey].
Pour toutek-algèbre
commutative A et tous a, b EA,
on peut évaluerl’expression P(a, b)
E A. Notons kX,
Y >l’algèbre
tensorielle en les deux variables X et Y(i.e.
lak-algèbre
associative libre en les deux indéterminées X etY)
et soitLibk (X, Y)
lak-algèbre
de Lie libre en X et Y. Plusconcrètement, Libk (X, Y)
est lasous-algèbre
de Lie de kX,
Y >engendrée
par X et Y. Pardéfinition,
unpolynôme
de Lie en deux variables
X,
Y est un élémentP(X, Y)
deLibk (X, Y).
Pour toute k-algèbre
de Lie L etA, B E L,
on peut définir son évaluationP(A, B)
E L. Pouren donner une définition
formelle,
on remarquequ’il
existe ununique morphisme d’algèbres
deLie (~ :
: L avec~(X)
= A et~(Y)
= B et on définitP(A, B) = ~(P(X, Y)).
Unexemple
depolynôme
de Lie est fourni par la formule deCampbell-Hausdorfi :
qui
est valable dansl’algèbre Q[[t]] X, Y
>. Dans cetteidentité, Hn(X, Y)
est unpolynôme
de Lie à coefficients entiersp-adiques
pour tout n p.THÉORÈME 1
(Formule
deJacobson).-
Soit p un nombrepremier.
Il existe un(unique) polynôme
de LieJp (X, Y)
ELibFp (X, Y),
tel que :pour tous éléments x, y d’une
Fp-algèbre
associative.Preuve : Considérons le facteur de tP dans la formule de
Campbell-Hausdorff
etmultiplions-le
parp!.
On obtient :(X
+Y)P
= XP + YP +(p - l)!Hp(X, Y)
+ pT, oùT E Z
X, Y
>. DéfinissonsJp(X, Y)
comme la réduction modulo p de-Hp(X, Y).
Puisque (p - 1)!
= -1mod. p,
l’identité(x
+y)p + yP
+ est validedans toute
Fp-algèbre
associative. Enfin l’unicité deJp(X, Y)
résulte du fait quel’application
naturelleLibFp (X, Y) - Fp X,
Y > estinjective. C.Q.F.D.
Pour la preuve
originelle
deJacobson,
on pourra se reporter à[J2].
1.2. Dérivations
Soit R une
Fp-algèbre
non nécessairement commutative ou associative(par
exem-ple
unealgèbre
deLie,
unealgèbre d’octonions).
Une dérivation est uneapplication
linéaire 8 : ~ -~ R
qui
satisfait à l’identité de Leibniz :8(x.y) ==
+ x.b y. Ona donc
8n(x.y) == x).~b
y, et enparticulier br(x.y) _ (Spx).y
+ x.bp y.Par
conséquent,
l’ensemble Der R des dérivations de R est unealgèbre
de Lie avec unestructure
supplémentaire,
à savoirl’application
8 H ~p : cette structure estappelée
une
p-structure,
une notion dont la définition formelle suit. Unealgèbre
de Lie munie d’unep-structure
est dite restreinte.Soit L une
algèbre
de Lie sur uncorps K
decaractéristique
p. Pour tout x EL,
est une dérivation. Nous dirons
qu’une algèbre
de Lie est"restreignable"
siad(x)r
est une dérivation intérieure pour tout x E L(l’utilisation
de cet horrible néo-logisme
nous a sembléparticulièrement
commode pour cetexposé).
Grâce à l’identité deJacobson,
on remarquequ’une algèbre
de Lie est"restreignable"
dèsqu’elle possède
une base
(xi)i~I
telle que soit intérieure pour tout i E I.Cependant,
iln’est pas suffisant de supposer que est intérieure pour un
système (xi)i~I
degénérateurs
del’algèbre
de Lie L. Unep-structure
est uneapplication
x E L H EL telle que = satisfaisant aux conditions de
compatibilité
suivantes :pour tous À E K et x, y E L.
Toute
algèbre
de Lie"restreignable"
L admet unep-structure.
En effet soitune base de L et soit
(y2)iEI E L
avecad(xi)p
=ad(y2),
alors il existe uneunique
p-structure xx(p)
telle que = yz. Si l’on choisit un ordre total surI,
la
p-structure
est donnée par03BBpiyi
+ Pourvérifier que cette
application
est bien une p-structure, il suffit de remarquer queJp
est un
cocycle,
i.e. satisfait àJ(x
+ y,z)
+J(x, y)
=J(y, z)
+J(x,
y +z).
Comme ilest clair que deux p-structures diffèrent d’une
application p-linéaire
de L dansZ(L),
une
algèbre
de Lie"restreignable"
et de centre trivial admet uneunique p-structure.
C’est
pourquoi
nous dironsqu’une algèbre
de Lie de centre trivial est non restreintesi elle n’est pas
"restreignable".
1.3.
Exemples
et remarques1)
Si V est un espacevectoriel, l’algèbre
de Liegr(V)
desendomorphismes
deV est restreinte. Plus
généralement n’importe quelle algèbre
associative A est unealgèbre
de Lie restreinte : la p-structure est xP. Si V est de dimensionfinie, l’algèbre
de Lie.~r(V)
desendomorphismes
de trace nulle est restreinte. En effet=
Tr(x)p.
2)
Pourn’importe quelle algèbre R, l’agèbre
de LieDer(R)
est restreinte. Parexemple l’algèbre
de LieWx
de tous leschamps
de vecteurs d’une variété X est restreinte.3)
Soit X une variété etfi
une forme.L’algèbre
de LieWx ({3)
de tous leschamps
de vecteurs
qui préservent {3,
c’est-à-dire leschamps
devecteurs ~
tels que = 0 est restreinte.4)
Soit G un groupealgébrique
et g sonalgèbre
de Lie.Alors g
est restreinte. Eneffet, g
estl’espace
deschamps
devecteurs ~
sur Gqui
sont invariants relativementaux translations à
gauche
par G. Orsi ~
est G-invariant àgauche, gP
est aussiG-invariant à
gauche.
5)
La définition de p-structuren’impose
aucune condition decompatibilité
avecle crochet de Lie. En fait pour toute p-structure, l’identité
(due également
à Jacob-son) ~x~p~, y~p~~ _ (x)adP(y) (x)
est satisfaite. Pour toutealgèbre
de Lie g, il existe unealgèbre
de Lie restreinteL D g
telle que g soit un idéal de L etL/g
soitcommutative. Par
exemple,
il suffit deprendre
pour L laplus petite sous-algèbre
deLie restreinte de
U(g) engendrée
par g. Si(xi)i~I
est une base de g, estune base de L.
6)
Soit L unealgèbre
deLie,
et soit Z son centre. Alors si L estrestreinte,
L/Z
estrestreinte,
car la p-structure passe auquotient. Réciproquement
siL/Z
estrestreinte,
L est"restreignable".
En revanche la dérivée
L~l~ _ [L,L]
d’unealgèbre
de Lie restreinte n’est engénéral
pasrestreinte,
ni"restreignable".
Avant d’en voir desexemples
concrets ensections 5 et
6,
donnons-en unexemple
abstrait. Soit g unealgèbre
de Lie non"restreignable"
avec g =[g, g]
et soitL C U(g) l’algèbre
de Lie construite dansl’exemple précédent.
Il est clair que[L,L]
= g, doncL(1)
n’est pas restreinte.7)
Soit L unealgèbre
de Lie. L’ensemble L’ des éléments x E L tels quead(x)P
soit intérieure est un sous-espace vectoriel invariant par tout
automorphisme
deL,
mais ce n’est en
général
ni un idéal ni même unesous-algèbre
de Lie. On peut trouver desexemples
oùL’engendre
L bien queL’ ~
L.Néanmoins,
sil’algèbre
de Lie estengendrée (en
tantqu’algèbre)
par ses élémentsx tels que
ad(x) 2
=0,
alorsl’algèbre
de Lie est restreinte. En effet pour tout x E L tel que~, l’exponentielle tronquée :
est un
automorphisme d’algèbres
de Lie. On en déduit quel’algèbre
de Lie est linéaire-ment
engendrée
par les éléments xqui
satisfont àad(x) p+1 2
=0,
et donc Lest "res-treignable".
Cettehypothèse
est satisfaite pour toutes lesalgèbres
de Lieclassiques
sip >
5, puisque
avec les notations usuelles(voir
section2)
on aad(ei)4
= = 0.8)
Soit X une variété affinelisse,
soitWx l’algèbre
de Lie deschamps
devecteurs,
soit
Ox l’espace
des formes différentielles et soit d la différentielle extérieure. Il est clair que l’existence de d est intimement liée à la structure d’uneapplication
bilinéaireWx
xWx - Wx (le
crochet deschamps
devecteurs)
et la relationd2
= 0 à l’identitéde Jacobi.
Puisque
queWx
est aussi muni d’uneapplication
unaireWx (Le.
lap-structure),
on doit s’attendre à ce queOx
soit muni d’une structuresupplémentaire.
Cette structure
supplémentaire
a été inventée par Cartier[Cr] :
c’est unisomorphisme
d’anneaux Car : --~
HDR(X),
défini parCar( f ) _ ~ [fP]
et Cdf =
pourtout
f
EK[X] (ici [{3] désigne
la classe decohomologie
de la forme fermée,Q).
9)
Onreprend
les notations del’exemple
8. Soit E un fibré vectoriel surX,
et Vune connexion. On sait que la
première
obstruction à trouver des sections horizontales à E est la non-nullité de la courbure R de la connexion :’fJ)
=~~~,
pour tous
~,
77 EW x.
La courbure traduisant la structured’algèbre
de Lie deW x,
ons’attend à une autre obstruction liée à la p-structure : c’est la
p-courbure Rp
définiepar
Rp (~) _ ~~ .
La nullité de R
équivaut
au fait est unmorphisme d’algèbres
deLie.
Lorsque
R =0,
lap-courbure
est additiveen ~
et = 0 pour tous~,
7y EW x.
La nullité simultanée de R et deRp équivaut
au faitque ç
H est unmorphisme d’algèbres
de Lie restreintes.Signalons
uneconjecture
fascinante de Grothendieck : Soit Y une variété affine lisse sur un corps decaractéristique
0 et soit E un fibré vectoriel sur X muni d’uneconnexion B7 de courbure nulle. Si les réductions modulo p de ~ sont des connexions de
p-courbure
nulle pour p »0,
la monodromie de ~ est finie(voir
parexemple [Kz]).
2. ALGÈBRES DE LIE SIMPLES CLASSIQUES
En
première approximation,
lesalgèbres
de Lieclassiques
sont les réductions modulo p desalgèbres
de Liesimples
définies sur C. Dans ceparagraphe,
nous allonspréciser
comment cesalgèbres
de Lie sont définies.2.1. Définition des
algèbres
de Lieclassiques
Soit g une
algèbre
de Liesimple
sur C. Il existe un ouvert dense 0 c g tel que le noyau dead(x)
ait une dimension constantel pour
tout x E O. Ce nombre l estappelé
le rang de g. On peut aussi le définir comme la dimension minimale des noyaux dead(x).
Par unprocédé
que nous allonsrappeler,
on associe à g undiagramme
deDynkin
ayant l sommets, c’est-à-dire l’un des dessins suivants :Notons I l’ensemble des sommets du
diagramme
deDynkin.
On définit la matrice de Cartan A = deI,
par les conditions suivantes : ai,i = 2 et pour i~ j,
Définissons
gc (I )
commel’agèbre
de Lieengendrée
par lesgénérateurs (ez, fi, hi)i~I
et définie par les relations suivantes :
pour tous 1
i, j
l. Les deux dernières relations sontappelées
relations de Serre.Le
diagramme
deDynkin de g
estl’unique diagramme
deDynkin
I tel que g rrgc(I).
Lesalgèbres simples
dediagramme
deDynkin Ai (l
>1), B~ (l
>2), C, (l
>3), D, (l
>4), E6, E7, E8, F4
etG2
constituent une famillecomplète
de classesd’isomorphisme d’algèbres
de Liesimples
sur C.Rappelons
quel’algèbre
detype Ai
estxr(l+1),
celle detype Bl
estxo(2L+1),
cellede type
CL
est et celle detype D,
est Onimpose
l > 2(respectivement
l >
3,
l >4)
pour letype Bl (respectivement
pour letype Q, D,)
pour éviter lesrépétitions (isomorphismes
en bassedimension)
ou pour éviter certainesalgèbres qui
ne sont pas
simples.
En effet lesalgèbres
detype Bl, Ci
etAi
sontisomorphes (i.e. ~0(3) N x.~(2) N ~r(2)),
lesalgèbres
detype C2
etB2
sontisomorphes (i.e.
x o (~) ),
lesalgèbres
detype Di
etD2
ne sont passimples (car eo(2)
estcommutative et
xo(4)
estisomorphe
àsl(2)
xsl(2) )
et enfin lesalgèbres
detype D3
et
A4
sontisomorphes (i.e. sl(4)).
Lesexperts
de lacaractéristique
zéroappellent classiques
lesalgèbres simples
de type ABCD etexceptionnelles
lescinq
autres. Dans la
terminologie
des experts decaractéristique finie,
elles sont toutesappelées algèbres
de Lieclassiques,
et nous suivrons ici cetteterminologie.
On notera que cette
présentation
ne fait intervenir que des nombres entiers.Si nous considérons
l’algèbre
de Lie définie par cetteprésentation
sur un corps decaractéristique finie,
on trouveparfois
desalgèbres
de tropgrande dimension,
etparfois
de dimension infinie(ce problème
ne se posequ’en petite caractéristique).
C’est
pourquoi
la méthode pour obtenir lesalgèbres
de Lie module p consiste à définir une Z-forme degc (I ). Rappelons qu’une Z- f orme
d’uneC-algèbre quelconque
L est un sous-anneau A de L
qui
soit un Z-module libre et tel que C (~) A = L. La Z-forme de0c(7)
laplus simple
à définir est le sous-anneau de Lie0z(7) engendré
par les éléments ei et
/~
pour tout i E I. Comme nous le verrons à la fin de cettesection,
cette forme est la formecanonique,
à 6-torsionprès.
Pour tout corpsK,
onpose
gK (I )
= K Q9gZ (I ).
Le fait suivant seraprouvé
à la fin de cette section : LEMME 2.-Supposons
p > 3.L’algèbre
de Lieg~ (I )
est restreinte. Deplus
si 1n’est pas de
type Al
avec l = -1 modulo p,l’algèbre
de Lie gK estsimple.
L’algèbre
de Lie detype Anp-i
estisomorphe
à51(np) .
La matriceidentique
1est de trace
nulle,
et l’on pose = Il est facile de voir que estsimple.
DÉFINITION 3.- Soit K un corps de
caractéristique>
3. Lesalgèbres
de Lie clas-siques
sont lesalgèbres gK (1)
où I n’est pas detype Al
avec l = -1 modulo p et lesalgèbres .pxr(np).
2.2. Un
exemple
detrop
bonne réductionLa définition de
gK(I)
peut semblercompliquée, puisque
nous ne sommes inté- resséqu’à
la définition de sur un corpsalgébriquement
clos : en fait le processusde réduction en
caractéristique
finie faitpartie
de la définition. Voici unexemple
d’uneréduction modulo p de
51(p) qui
fournit unealgèbre simple
nonclassique.
Sur
l’espace
E =F~,
choisissons une formesymplectique
non nulle à valeur dansFp
notée E E H >. Soit q E C une racinep-ième
de l’unité. Notons A la C-algèbre
associative de base(ea)aEE
dont leproduit
est donné par eaef3 =Il est facile de voir que A est
isomorphe
àl’algèbre
des matrices carrées d’ordre p.Pour
0,
posonsFa
=1/(q -
et soitHq
leZ[q]-sous-module
de base(Fa)a#o.
On aOr
appartient
àZ[q],
donc1iq
est uneZ[q]-algèbre
de Lie. CommeC Q9
1-lq
estisomorphe
as((p), 1-lq
est uneZ[q]-forme
de51(p).
Soit K un corps decaractéristique
p.L’algèbre
de Lie H = K Q91-lq
est unealgèbre
de Lie de baseet le crochet est défini par
(Ea,
_03B1|03B2
>Ea+p.
Il est facile de voirque
l’algèbre
de Lie H estsimple,
mais n’est pas restreinte.Le fait d’avoir trouvé une
Z [q]-forme
à laplace
d’une Z-forme est sansimportance,
mais cela a rendu les calculs
plus
faciles. En améliorant la constructionprécédente,
on peut trouver une Z-forme de dont la réduction modulo p est 1-l. Par
exemple
choisissons une base
(vn)onp
de CP et posons Y ={(i, j) ~ (0, 0)~0
n, mp}.
Pour tout(n, m)
EY,
notons ei,jl’endomorphisme
de CP défini par -(1
+p)ni/pvn+j
si n+ j
p et =(1
+ si n+ j
> p. Bien que la définition desendomorphismes
fasse intervenir undénominateur,
il est facile demontrer que
1-lz
= est stable par crochet. Deplus Q ~ Hz
estisomorphe
a
51(p, Q)
et K estisomorphe
à 7~.En
quelque
sorte1-lz
est une meilleure forme en p que la forme naturelle51(p, Z), puisque K
estsimple
tandisque K
Q951(p, Z)
ne l’est pas. Pour l’idée de cetteréduction,
voir[GM].
2.3. La Z-forme
canonique
degc(I)
Rappelons
quegc(I)
estl’algèbre
de Lie d’un groupealgébrique Gc
et queChevalley
etSteinberg
ont défini une Z-forme naturelleGz
de ce groupe(voir [Stb], [Tl-3]). Appelons Z-forme canonique
degc (I )
l’anneau de Lie du groupeGz,
etnotons-la Nous allons maintenant comparer la forme
canonique
à la formedéfinie à l’alinéa
précédent.
Définir le groupe
Gz signifie
contruire son anneau de fonctionsZ[Gz]
et le munird’une structure d’anneau de
Hopf.
La définition deZ[Gz]
est la suivante : considérons le sous-anneauUz
CU (gc (I ) ) engendré
par les éléments etfi(n)
pour tout i E Iet n > 1
(la
notationx(n) signifie
CommeU(gc (I ))
peut être identifié auxdistributions
supportées
àl’origine,
il y a uncouplage
naturelU(g(I))
xC, (u, f )
H >. On définitZ[Gz]
comme l’ensemble des fonctionsf
EC[Gc]
telles que >E Z pour tout u E
Uz,
et on vérifie queZ[Gz]
est un sous-anneaude
Hopf
etqu’il s’agit
d’une Z-forme deC[Gc].
Il est alors facile de montrer le fait suivant :LEMME 4.- L’anneau de Lie est le sous-anneau de Lie de
gc(I) engendré
par les éléments et pour tous
i, j
E I et n > 0.En utilisant les relations de
Serre,
on voit que :(i)
Si I est de typeADE,
=(ii)
Si I est de typeBDF,
notonsa, b l’unique paire
d’éléments de I tels que aa,b = -2. Alors estengendrée
par et les deuxéléments 1 2ad(ea)2(eb)
et° En
particulier,
et coïncident à la 2-torsionprès.
°(iii)
Si l est de typeG2,
posons l ={a, b}
de sorte que aa,b = -2. Alors estengendrée
pargz(I)
et les quatre élémentsEn
particulier,
et coïncident à la 6-torsionprès.
Pour tout corps
K,
posonsgKn (I )
= On notera encore parhi,
ei,f ~
les
images
de ces éléments dans et onpose ~ = ~i~IK.hi Notons
l’ensembledes h tels que
[h, ei]
= 0 pour tout i. Un élément h =03A3i xihi appartient à
siet seulement si
(xi)iEl
est dans le noyau de Amod. p.
On adet(A)
= 1 si I est detype G2, F4
ouEg, det(A)
= 2 si I est detype
BC ouE7, det(A)
= 3 si I est detype E6, det(A)
= 4 si 1 est detype
D etdet(A)
= l + 1 si I est detype Al.
On en déduitsauf dans l’un des cas suivants :
si I est de
type Anp_1,
ousi p = 3 et I est de
type E6 ,
ousi p = 2 et I est de
type Bi, Cl, D2n+1, E7 ~
cas
où
=K2 :
si p = 2 et I est de
type D2n.
LEMME 5.-
Supposons
que I ne soit pas detype Al, BL, Cl
ouF4
si p = 2 et que I ne soit pas detype G2 si
p = 3. Alorsl’algèbre
de Lie estsimple
etrestreinte.
Preuve : Posons g = Notons
(03B1i)i~I
une base deZi. L’algèbre
de Lieadmet une
Z’-graduation naturelle,
pourlaquelle
ei est dedegré
ai, et/~
est dedegré
-ai et cette
Zl-graduation
induit unedécomposition :
où ga est la
composante
dedegré
aE Zi
et AC Zl
est l’ensemble a EZ~ B 0
tels que 0.
Supposons
que g ne soit passimple
etpossède
un idéal non nulJ. La
Zl-graduation de g
induit l’action d’un tore H =(K*)l
dans le groupe desautomorphismes
de g. Dans la fermeture de l’orbite de J dans lagrassmanienne
deg, on trouvera un idéal de même dimension et stable par H. Donc on peut supposer que J est un idéal
Z~-gradué.
Posons
Jo
= J n~/3.
On veut montrer queJo
contient au moins l’un deshi,
eton commence par montrer que
Jo
est non nul. On utilise alors que, pour tout a EA, l’algèbre
de Lieengendrée
par estisomorphe
à51(2).
Ce fait utilise que c’est le cas pour a = ai et l’action du groupe deWeyl
que nous ne définirons pas(par définition,
est unGK-module) .
Pour montrer queJ0 ~ 0,
on peut supposer que J n’est pas réduit àJo,
donc J contient l’un des go et doncJo
contientce
qui
montreJo ~
0. Soit h EJo B 0.
Par définition de 3, il existe i E I tel que[h, ei] i=
0. Donc eiet fi appartiennent
à I ethi appartient
àJo.
Maintenant on montre que
Jo
contienthi,
pour tout i E 7. Pour cela on montre que si iet j
sont connectés dans lediagramme
deDynkin,
et sihi
EIo,
alorshj
y
appartient
aussi par le même argumentqu’avant,
car(hi,
0(les hypothèses
assurant que 0
mod. p) .
Comme lediagramme
deDynkin
I est connexe,Jo
contient tous leshi .
Il n’est pas difficile de montrer que g =
~~~ ~ ~~, g],
d’où J = g, et g est doncsimple.
3. ALGÈBRES DE TYPE CARTAN RESTREINTES
Dans cette
section,
nous allons d’abord définir lesalgèbres
detype
Cartan res- treintes. Grâce au formalisme du calculdifférentiel,
nous décrirons en détail leur série dérivée etexpliquerons pourquoi
elles sont restreintes. Pour uneapproche
basée sur des calculsplus explicites,
on pourra se reporter aux références enbibliographie.
En cequi
concerne laterminologie,
il seraitplus agréable d’appeler "algèbres
de Cartan" cesalgèbres,
mais celapourrait
entraîner une confusion avec la notionclassique
de sous-algèbres
de Cartan."Algèbres
detype
Cartan" est la traduction de laterminologie anglaise
"Cartantype algebras" .
3.1. Définition des
algèbres
detype
Cartan restreintesSoit V un espace vectoriel de dimension n. Notons SV le
quotient
de SV par l’idéalengendré par vP
pour v E V. Si xl, ... xn est une base deV,
alorsL’algèbre
SV admet pour base les monômes ... où mi p pour tout i.En
particulier
sa dimension estpn.
Il sera commode d’utiliser laterminologie
de lagéométrie algébrique,
et de considérer X =Spec SV
comme une variété et de noterpar