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KORA. Info 1/03. Editorial

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moins extraordinaire. Etre trans- porté par voiture d’un bout de la Suisse à l’autre et être relâché dans une région qui leur est complète- ment étrangère, voici un événe- ment pas vraiment fréquent dans la vie d’un lynx.

Un comportement exceptionnel paraît bien plus fascinant que le comportement moyen, mais c’est pourtant ce dernier qui doit rester l’outil décisionnel. Sauf rares cas, le lynx évite le Plateau. Il hésite à traverser les autoroutes et ne s’éloi- gne guère des régions qui lui sont connues et qui sont fréquentées par ses congénères.

Des cas sortant du contexte – c’est littéralement parlant le cas ici - existeront toujours. Ils assu- rent l’échange génétique entre des populations séparées. Pour cet échange, le passage d’un individu sur une période de plusieurs années répond amplement à ce besoin, mais cela reste insuffisant pour co- loniser une région. Celle-ci néces- site l’arrivée plus ou moins simul- tanée d’au moins deux individus dans une même région.

Les cas de Turo et Aika ne constituent pas une raison pour re- mettre en cause le Concept lynx suisse. Ils n’amoindrissent pas non plus le besoin des passages à faune, vu que la fragmentation du milieu n’est pas un problème propre au lynx. Toutes les espèces terrestres mobiles, voire même la petite faune, sont concernées par cette problématique. Rappelons que le lynx est capable de franchir une au- toroute clôturée dans certaines conditions, mais que les ongulés en sont tout à fait incapables.

Hansjakob Baumgartner rantir le maintien de l’espèce à

long terme. Le lancement du projet LUNO est une des mesures liées directement à cette situation : vu la difficulté du lynx à coloniser de nouvelles régions par ses propres moyens, un soutien substantiel de- vient essentiel. Cela démontre une fois de plus la nécessité de décloi- sonner les espaces fortement frag- mentés de Suisse par leur mise en réseau, ceci notamment par des passages à faune empruntant des autoroutes ou voies de chemin de fer aux endroits utilisés comme corridors de déplacement par la grande faune.

Tout cela paraît actuellement être remis en question par deux lynx. Rien ne semble arrêter le mâle Turo et la femelle Aika dans leurs déplacements. Ils trouvent leur chemin à travers des zones ur- baines du Plateau et traversent des autoroutes comme si de rien n’é- tait.

Qu’est-ce qui pousse ces ani- maux à un tel comportement ? Veulent-ils retourner vers leur lieu d’origine? L’instinct du ‘retour au foyer’ est-il aussi fort qu’aucun obstacle ne semble les en empê- cher ? Est-ce un hasard que ce soient probablement les deux lynx les plus âgés qui agissent de la sorte et que les lynx déplacés pré- cédemment dans le cadre du projet LUNO affichaient un comporte- ment plutôt prospecteur et sem- blaient bien accepter leur sort?

Nous pouvons certes spéculer sur ces événements, mais évitons d’en tirer des conclusions hâtives et erronées. Turo et Aika restent des cas particuliers : la réaction ex- ceptionnelle de ces individus est une réponse à une situation non Chère lectrice, cher lecteur

Dans le nord-ouest des Alpes, la population de lynx a atteint ses ef- fectifs les plus élevés dans la deuxième moitié des années 1990.

Les lynx s’y trouvaient donc plus à l’étroit que d’habitude et on assis- tait à des luttes territoriales aux conséquences parfois létales. Il ar- rivait également que des individus subadultes exploraient sans succès de grandes surfaces en quête d’un propre territoire.

Pourtant, une des conséquences espérées ne se réalisa pas ou que très exceptionnellement : en effet, presque aucun des lynx suivi par radiotélémétrie ne dispersa pour s’établir dans une région adjacente au milieu favorable, mais peu ou pas encore fréquenté par le lynx.

Apparemment, des barrières mi- gratoires empêchaient les lynx de coloniser de nouvelles aires : chaî- nes de montagnes abruptes et cou- vertes de neige et de glace, lacs et zones étendues ouvertes en plaine et des obstacles construits tels les agglomérations et axes routiers.

Plus d’un lynx radiopisté rebroussa chemin lorsqu’il se retrouva devant une clôture d’une autoroute.

Un climat conflictuel, une pré- sence d’effectifs élevés de lynx dans certaines régions sans essai- mage : voilà une situation déjà ren- contrée à plusieurs reprises dans notre pays depuis la réintroduction du lynx au début des années 1970:

au cours de ces années, l’aire d’oc- cupation du lynx dans les Alpes n’a par conséquent jamais atteint les dimensions nécessaires pour y ga-

Editorial

KOORDINIERTE FORSCHUNGSPROJEKTEZUR ERHALTUNGUNDZUM MANAGEMENTDER RAUBTIEREINDER SCHWEIZ PROJETSDERECHERCHESCOORDONNÉSPOURLACONSERVATIONETLAGESTIONDESCARNIVORESEN SUISSE

KORA

Info 1/03

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Alpes. Turo et son patrimoine gé- nétique, issu de la population de lynx jurassienne, serait un apport très important pour le développe- ment de la population du projet LUNO.

Recapture à proximité de la frontière

Turo a été capturé in extremis. Il avait tué un chevreuil à 200 m de la frontière, dans une forêt située sur le flanc nord-ouest du Hal- lauerberg. C'est là qu'il a été anesthésié à l'aide d'un pistolet à aire comprimée télécommandé.

S'il était passé sur territoire alle- mand, il aurait fallu renoncer à d'autres tentatives de capture déjà uniquement en raison des obsta- cles administratifs.

Cette action a été difficile, mais cela aurait été encore bien plus compliqué de capturer un au- tre mâle dans le Jura. Avec des lynx suivis par télémétrie, il est possible de rechercher des proies de façon ciblée, pour installer des pièges à proximité. Autrement, les chances de retrouver une proie sont liées au hasard.

Le second lâché a eu lieu le 24 mars dans la partie zurichoise du site protégé du Tössstock, où les premiers individus du projet de translocation LUNO avaient déjà été relâchés.

Peu auparavant, les femelles Aika et Ayla avaient déjà retrouvé leur liberté du côté st. gallois de ce site protégé. Aika, une femelle adulte, avait été capturée dans une cage-trappe le 25 février dans les Gorges de Moutier, dans le Jura bernois. Deux jours plus tard, c'est Ayla, âgée de moins d'une année, qui a été capturée dans la même cage. Il s'agit appa- remment d'une fille de Aika.

Turo dans la ville de Zurich A nouveau, les événements n'ont pas été dans le sens de nos atten- Le fait que le comportement spa-

tial du lynx peut amener des sur- prises s'est confirmé à plusieurs reprises durant les 20 années de télémétrie de lynx qu'il y a eu en Suisse (cf. page 15). Pourtant, ce que nous avons vécu avec Turo surpasse tout.

Le lynx mâle de 5 ans a été capturé le 20 janvier dans les en- virons de Moutier dans le Jura bernois. Il a été relâché une se- maine plus tard en Thurgovie, mais ne s'est pas comporté comme attendu. Les premiers jours, il est resté exemplaire de stabilité. Il a capturé son premier brocard après 2 jours seulement à proximité du site de lâché. Pour- tant, fin février il s'est soudaine- ment mis en mouvement vers le nord.

Turo a traversé l'A1 à l'est de Winterthur. Pour ce faire, il a franchi la clôture qui borde l'au- toroute, comme cela a pu être mis en évidence grâce à ses traces sur la neige. Il a ensuite traversé le Rhin à la nage. A la fin du mois de mars, il se trouvait dans le canton de Schaffhouse.

Départ vers un no-man's land Son voyage l'aurait probablement mené en Allemagne, dans la ré- gion de la Forêt Noire. Il s'y se- rait peut-être installé tôt ou tard.

Cette région ne manque pas de zones favorables et les autorités du Baden-Württemberg, averties à temps, l'auraient accueilli sans problèmes – il serait cependant resté un ermite. Il n'aurait proba- blement plus trouvé de liens avec une population de lynx.

C'est en partie pour ces rai- sons qu'il a été décidé de recaptu- rer Turo et de le ramener dans le nord-est de la Suisse. De plus, les mâles sont rares dans la popula- tion réintroduite de cette région:

actuellement, il n'y en a que 2 et ils proviennent du nord-ouest des

tes. Les animaux semblaient bien s'accoutumer à leur nouvel envi- ronnement. Tout 3 ont réalisé des captures dans les 4 premiers jours suivant leur réintroduction et dans un premier temps, ils sont restés à proximité du site de lâ- ché.

Cependant, après 2 semaines Turo s'est remit en route. Il est partit vers le nord-ouest jusqu'à l'agglomération zurichoise et a traversé sans problèmes plusieurs routes nationales, des sorties d'autoroutes, ainsi que des routes cantonales à trafic dense. Mi avril, il s'est tenu brièvement dans le quartier Seefeld dans la ville de Zurich.

Les collaborateurs du KORA ont observé comment il traversait de nuit la Seefeldstrasse, dans la- quelle il y a une voie de tram, et ceci sans précipitation. Durant la journée, ils l'ont localisé au repos dans le jardin d'une villa sur le Zurichberg. Turo est parvenu à passer pratiquement inaperçu malgré la disponibilité minimale en couvert végétal. Une haie ou un buisson dans un jardin suffi- saient comme abri diurne. Seuls les collaborateurs du KORA sont parvenus à l'observer, grâce à leur matériel de télémétrie. Le lynx leur a donné une image très

"cool": toujours attentif, mais toujours calme.

Après son excursion en ville, il est repartit vers le sud et il est resté quelque temps sur la rive droite du lac de Zurich, dans la région de Pfannenstiel-Zurich- berg. Il s'agit d'une région riche en petites forêts abritant une po- pulation de chevreuils impor- tante, mais tout de même située au sein de l'agglomération zuri- choise avec une densité d'habita- tions relativement importante.

Une deuxième avancée en di- rection de la ville amena Turo fin avril jusqu’à Oerlikon. Sur cela, il

LUNO: les voyages de Turo et Aika

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se retira à nouveau dans la région de Pfannenstiel Zürichberg où il se trouvait encore au moment de clore la rédaction du présent numéro du KORA Info (5.5.).

Qu'est ce qui a poussé Turo à partir? La première fois, on avait une réponse toute faite. C'était la période du rut, qui dure de février à avril chez le lynx. Il semblait que Turo était à la recherche d'une partenaire pour la reproduc- tion.

Mais ceci ne représente qu'une part de vérité. Lors du deuxième lâché, une femelle était présente sur place. On s'est arrangé pour que Turo et les 2 femelles relâ- chées en même temps se repairent au moins à l'odeur. Malgré tout, il est partit en vadrouille.

Est-ce qu'il a voulu retourner au Jura? La tendance à retourner à son lieu d'origine après un dé- placement sur une grande dis- tance, malgré tous les obstacles, est un phénomène connu. On parle de "Homing". On connaît beaucoup d'exemples de chats do- mestiques que l'on retrouve tout à coup à leur adresse d'origine après un déménagement, mais personne ne sait comment ils ont

Cinq des 6 lynx relâchés en 2001 se trouvent encore dans la région. Le mâle Vino et les fe- melles Aura et Baya sont équipés de colliers-émetteurs et la présence du mâle Odin a pu être prouvée en janvier grâce à la découverte de traces. Comme pour Odin, l'émetteur de Nura ne fonctionne plus, mais la femelle est toujours dans la région: elle a été repérée le 5 mars 2003 grâce à un piège photographique.

Sur les 2 jeunes que Baya a mis au monde l'été dernier, il y en a au moins encore 1 qui était en vie mi avril.

On a cependant perdu toute trace du mâle Roco, depuis le 29 août 2001.

retrouvé leur chemin. Dans la lit- térature scientifique, il y a égale- ment des cas recensés dans un grand nombre d'espèces de carni- vores d'individus qui ont montré ce comportement. Des pumas qui avaient été déplacés en Floride sont retournés vers les sites où ils avaient été capturés, éloignés de 400 à 500 km. Des cas sont éga- lement mentionnés chez l'ours, le loup et les petits mustelidés.

La direction nord-nordouest que Turo a pris à 2 reprises correspondrait plus ou moins. Re- cherchait-il à Zurich un passage vers le Jura?

Aika est également partie Le comportement d'Aika. Elle est restée deux semaines, puis elle est partie dans un premier temps dans la "bonne" direction – du point de vue du projet LUNO – vers le sud-est, dans la région de Speer. Elle atteignait ainsi la par- tie ouest de la zone occupée par la population de lynx établie.

Cependant, elle n'y est pas res- té, mais durant la nuit du 15 au 16 avril, elle a traversé la plaine de la Linth. Sur son trajet, elle a dû traverser des zones ouvertes et

une autoroute. Ensuite, elle s'est également déplacée en direction du nord-ouest, elle a traversé des zones des Préalpes de Suisse Centrale, a passé l'Albis et le Mutschellen et a été jusque dans la région de Baden, où elle a tra- versé la Reuss. Elle a franchi la A1 entre Zurich et Aarau, au ni- veau de l'un des tronçons d'auto- route qui à la densité de trafic la plus haute du réseau suisse. La traversée s'est faite sans problème grâce au tunnel du Baregg.

Durant la nuit du 26 au 27 avril, elle s'est trouvée devant l'Aare. Si elle l'avait traversée, elle se serait retrouvée dans le Fricktal et le chemin aurait été li- bre pour retourner dans le Jura bernois. Pourtant, Aika a rebrous- sé chemin et au lieu de traverser l'Aare, elle a passé la Reuss. Au moment de terminer la rédaction du présent numéro du KORA In- fo, elle se trouvait dans la région de Birmensdorf.

Pour l'instant, seule Ayla, la femelle juvénile, a trouvé un lien avec la population du nord-est de la Suisse. Elle se tient actuelle- ment dans la bordure ouest de la population existante.

TURO a-t-il appris à lire ? Le mâle s’est en effet retrouvé à la Luchswiesenstrasse sur le Seefeld zurichois.© kvw

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La Seefeldstrasse : traversée de nuit par TURO (aux environs de 3 heures du matin). © Kuno von Wattenwyl Déplacements de Turo, Aika et Ayla depuis le 24 mars 2003.

Turo Aika

Ayla

habitat des lynx LUNO

= lieu de lâcher

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Le suivi des populations de lynx autochtones représente l'une des tâches principale que l'OFEFP a donné au KORA. Le but n'est pas seulement d'avoir une image glo- bale de la situation du lynx sur l'ensemble du pays, mais égale- ment d'avoir des données diffé- renciées pour chaque comparti- ment, comme ils sont définis dans le Concept Lynx Suisse. Les com- partiments sont définis comme des méta-habitats d'un seul te- nant, qui sont plus ou moins sépa- rés les uns des autres par des bar- rières artificielles et géographi- ques, ainsi que par des unités ad- ministratives dans certains cas (cf. carte).

En novembre dernier, le KO- RA a présenté le premier rapport standardisé du suivi des lynx en Suisse pour l'année 2001. Le nu- méro 2, qui porte sur 2002, vient de paraître.

Le suivi d'espèces aussi dis- crètes et rares que le lynx est dif- ficile. Il n'existe pas de méthode de comptage simple et représen- tative. La question clé, de savoir combien de lynx vivent effective- ment en Suisse, ne peut être réso- lue approximativement qu'avec de très grands efforts. Il est ce- pendant possible d'obtenir des évaluations utilisables, ainsi que des indications sur les densités re- latives, ainsi que sur les tendan- ces. Ceci est réalisable à condi- tion que toutes les données soient relevées de la même manière et avec la même intensité dans tous les secteurs.

La représentativité des infor- mations portant sur la distribution et l'abondance est directement dé- pendante de l'effort qui a été consenti pour la prise des don- nées. Certaines données peuvent être relevées relativement facile- ment sur l'ensemble du pays. De- puis 1993 déjà, une enquête por- tant sur la situation du lynx est

conduite auprès des services de la chasse cantonaux. Des ques- tions y sont posées au sujet de la quantité de traces, des tendances des populations et des indices de présence de juvéniles (cf. KORA Info 3/00 et 3/01).

D'autres indications sont don- nées par les observations réali- sées par hasard (observations di- rectes de lynx, découverte de tra- ces et de proies) et des pertes connues, c'est à dire des animaux trouvés morts ou retirés de certai- nes populations, comme par exemple des jeunes orphelins, ainsi que des individus que l'on sait avoir été braconnés. De plus, les administrations relèvent les animaux de rentes indemnisés comme proies du lynx.

L'utilisation de pièges photo- graphiques est plus lourde. Ils sont installés par des gardes- faune ou des collaborateurs du KORA à proximité de carcasses de proies d'animaux domestiques ou sauvages ou au niveau de pas- sages connus (utilisation exten- sive). Ceci permet d'obtenir des informations sur les individus présents. Lorsqu'ils sont utilisés

selon un mode intensif, les pièges photographiques sont disposés se- lon un quadrillage prédéterminé et utilisés durant 2 fois 3 semai- nes. Combien d'individus seront photographiés et combien d'entre eux le seront à plusieurs reprises?

Ces 2 valeurs permettent d'obte- nir une évaluation grossière des effectifs (cf. KORA Info 1/00, 1/01, 1/02 et 2/02). Un suivi in- tensif à l'aide de pièges photogra- phiques ne se justifie cependant que dans des secteurs clés.

Ces informations ne sont pas toutes autant sûres les unes que les autres. Les données relevées sont ainsi divisées selon 3 catégo- ries en fonction de leur portée et de leur mesurabilité. A ce niveau, les critères du SCALP (Status and Conservation of the Alpine Lynx Population) font foi: les res- ponsables du suivi du lynx des 7 pays alpins se sont mis d'accord au sujet de la présentation et de l'interprétation des données.

La découverte d'un cadavre re- présente une preuve irréfutable. Il en va de même pour un document photographique. Il s'agit de faits solides de qualité de niveau 1 se-

Monitoring Lynx Suisse

I = Jura

II = nord-est de la Suisse III = Suisse centrale ouest IV = Suisse centrale est V = Grisons

VI = nord-ouest des Alpes

VII = Valais VIII = Tessin

Division de la Suisse en compartiments de gestion des grands carnivores

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entre 55 et 59 individus indépen- dants (les animaux de moins d'une année ne sont pas considé- rés).

Lors d'un suivi intensif à l'aide de pièges photographiques sur un périmètre de référence, on esti- mait alors que 18 à 23 individus étaient présents. Lors de la répéti- tion du suivi en hiver 2001/02, il n'y en avait plus que 11 à 17. Se- lon ces résultats, l'effectif de lynx aurait ainsi diminué de 25 à 40%.

En 2002, la présence de plu- sieurs individus qui avaient été capturés et suivis par radio- pistage entre 1997 et 2000 dans le cadre du projet du KORA, a été confirmée à l'aide de pièges pho- tographiques. Les mâles Rodo, Zico et Yaro ont été pris en photo en dehors de leur domaine vital qui avait été déterminé en 2000.

La femelle Fram était accom- pagnée d'un juvénile à la mi- janvier. Début avril, Jana était encore accompagnée d'un juvé- nile, qui avait déjà été photogra- phié au niveau d'une proie à la fin août, la période de dispersion. En octobre, on n’a pu identifier que 3 juvéniles accompagnant Mila.

A côté de ces "vieilles connaissances" 14 à 18 autres in- dividus ont encore été photogra- phiés dans le Nord-Ouest des Al- pes.

Valais, Suisse Centrale:

faible densité

En Valais, la population est appa- remment également marquée par un état stable pour une densité faible. En Suisse Centrale, les ob- servations annoncées sont rares, ce qui laisse penser que la densité est très faible.

Il se passe

quelque chose aux Grisons Sur le front Est de la population alpine, on note une tendance po- sitive: Les premières observations ont eu lieu dans la région de Di- sentis il y a quelques années. De- puis, des observations ou des tra-

ces sont relevées régulièrement.

L'année dernière pour la première fois, 2 individus différents ont pu être identifiés grâce à des pièges photographiques. Ces animaux ont probablement immigré depuis la vallée de la Reuss. Il n'y a par contre pas encore de preuve de reproduction.

Jura: une expansion vers le nord?

Dans le Jura, les annonces d'ob- servations ponctuelles ont légère- ment augmenté ces dernières an- nées. Il reste cependant encore à confirmer si cette tendance correspond à une augmentation de la densité de lynx. Les indices indiquant une nouvelle colonisa- tion de régions situées au nord du Jura pourraient également avoir conduit à cette tendance positive.

Jusqu'ici, les observations de lynx effectuées le plus au nord, pro- viennent du canton d'Argovie.

La tendance générale dans le Jura était positive ces dernières années. La partie suisse du Jura ne représente cependant qu'un tiers environ de l'aire de distribu- tion totale de la population juras- sienne. Pour avoir une image re- présentative de l'état de cette po- pulation, il faudrait considérer les données françaises et les données suisses simultanément.

Nord-est de la Suisse

Le nord-est de la Suisse repré- sente un cas spécial, car 6 lynx originaires du nord-ouest des Al- pes y ont été réintroduits en 2001.

Rapport du KORA Nr. 15, Moni- toring Lynx Suisse 2001, novem- bre 2002.

Rapport du KORA Nr. 16, Moni- toring Lynx Suisse 2002, mai 2003 à paraître.

www.kora.unibe.ch/main.

htm?fr/publics/reports.htm lon le SCALP. Il en va autrement

des observations faites au hasard.

Elles ne peuvent pas être confir- mées. La majorité des annonces est probablement valable, mais il est évident que certaines sont en fait des erreurs. Il est frappant de constater que selon les observa- tions directes, l'aire de répartition de l'espèce est toujours plus grande que lorsque l'on considère les observations prouvées. Com- me il n'existe pas de méthode pour différencier les vraies obser- vations directes des fausses, l'en- semble de ce type d'indice est classé dans la qualité de niveau 3, la catégorie la plus basse.

Pour qu'une observation soit acceptée comme preuve de la pré- sence d'un lynx, il faut qu'elle soit confirmée par d'autres indices in- dépendants. Malgré cette limita- tion, le relevé d'observations di- rects s'avère être important. Lors- qu'elles sont répétées, elles peu- vent servir de "signal d'alarme"

précoce dans des secteurs où l'on ne connaît éventuellement pas en- core les traces du lynx ou où les autorités compétentes ne savent pas encore à quoi ressemble une proie de lynx.

Les indices de qualité de ni- veau 2 sont les proies, les traces et les crottes qui peuvent être ex- pertisées par des personnes expé- rimentées.

Dans le rapport 2002, la situa- tion du lynx en Suisse est décrite comme suit:

Alpes du Nord-Ouest:

stabilité après la diminution de population

Dans le nord-ouest des Alpes, la population semble diminuer ou elle stagne à un niveau relative- ment bas, sauf dans l'est des Pré- alpes fribourgeoises et de l'Ober- land bernois.

Dans cette partie du pays (Compartiment VI selon le Concept Lynx Suisse) la popula- tion avait atteint un niveau maxi- mum en 1998/1999. Il se situait

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des phénomènes épisodiques ou s'il s'agit d'une nouvelle tendance.

Par expérience, il faut une pé- riode de forte densité qui dure sur plusieurs années pour qu'une po- pulation de lynx soit en mesure de s'étendre.

Source: SCALP (Status and Conservation of the Alpine Lynx Population), KORA-rapport an- nuel 2002

www.kora.unibe.ch/main.

htm?ge/proj/scalp/index.html

La même année, un lynx a pu être photographié dans les Al- pes françaises durant la période du rut. Ceci c'est produit après des années sans qu'aucun indice probant de l'existence de l'es- pèce dans cette partie des Alpes n'ait pu être amené.

La population du nord-est de la Suisse a évidemment également fait un pas en avant, grâce à une expansion favorisée artificielle- ment.

L'avenir nous dira si ces ob- servations ne représentent que La survie à long terme du lynx

dans l'arc alpin dépendra de sa capacité à coloniser l'ensemble des régions alpines à partir des noyaux de réintroduction établis dans les années 70 en Slovénie et dans le Nord-Ouest des Alpes suisses. Durant des années, voire des décennies, on ne pouvait ce- pendant pas enregistrer d'expan- sion de ces 2 populations. Au contraire, des effectifs relictuels situés à l'extérieur de ces noyaux ont diminué ou ont même disparu complètement.

Diverses observations réali- sées dernièrement sont d'autant plus réjouissantes:

Au moins 2 individus sont pré- sents dans la Surselva, canton des Grisons, où des indices ont été relevés en 2000 pour la pre- mière fois (cf. page 6 et KORA Info 3/01).

Dans les Alpes de l'Est italien- nes, dans la région de Tarvisia- no, les premières preuves de re- production ont pu être relevées en 2002.

Le lynx dans les Alpes: il se passe tout de même quelque chose

s’est occupé de lui ». Deux mou- tons morts ont toutefois été en- core découverts en septembre, portant le total à 26 victimes. Au cours de l’automne et de l’hiver, aucun signe de présence du loup n’a été trouvé dans cette vallée, mais des informations ont fait état d’attaques de grand canidé sur le versant italien du Simplon.

Des crottes récoltées en jan- vier 2003 dans cette région ont été analysées. Le loup est effecti- vement toujours présent dans le secteur, et ô surprise, il s’agit de la femelle observée quelques Une dizaine d’attaques d’un

grand canidé ont été signalées au mois de juillet 2002 dans la ré- gion du Simplon (Zwischbergen- tal). L’analyse génétique de tissus récoltés sur place a confirmé que le prédateur responsable de ces dégâts était une louve – la pre- mière officiellement enregistrée en Suisse – issue de la population franco-italienne. Des mesures de prévention ont été immédiate- ment mises en place. Les attaques ont cessé aussitôt (cf. KORA Info 3/02). Le bruit courait que le loup ne reviendrait plus parce « qu’on

mois auparavant sur sol valaisan.

Au vu de ce résultat, on peut entre autre retenir que les mesu- res de prévention se sont révélées efficaces.

Tout au moins jusqu’au 21 mars de cette année, date à la- quelle un mouton a été à nouveau tué dans le Zwischbergental. Les analyses génétiques ont confirmé qu’il s’agissait d’un loup, plus précisément, de la femelle qui avait déjà été identifiée dans le secteur en été 2002.

Distribution actuelle du lynx dans l’arc alpin.

La louve du Simplon est encore vivante…

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nourrir sur une carcasse de pou- lain qu'il avait trouvé déjà mort.

Ce mâle a été intégré au pro- gramme d'élevage, mais seule- ment après un mois de quaran- taine – trop tard pour un accou- plement pour cette année, la pé- riode de reproduction chez le lynx pardèle étant en janvier et février.

Cette année, il est prévu de capturer encore 2 mâles pour la reproduction.

Sources: Large Carnivore Initiati- ve for Europe (LCIE).

www.carnivoreconservation.org Les efforts consentis pour la pré-

servation du lynx pardèle (le lynx ibérique, Lynx pardinus, cf. KO- RA Info 3/02) ont subi un lourd contrecoup. Fermin, le seul mâle disponible en captivité pour la re- production de cette espèce forte- ment menacée, a succombé à la tuberculose en février dans l'éle- vage de El Acebuche, dans le parc national de Doñana.

Fermin avait été capturé en juillet 2002 dans la région de la Sierra Morena. Grâce à des cli- chés pris par des pièges photogra- phiques, on savait déjà qu'il souf- frait de blessures à une patte et à la tête. Il était presque aveugle.

Des examens vétérinaires avaient également révélé de graves at- teintes au niveau des poumons.

L'élevage en captivité repré- sente actuellement une question de survie pour le lynx pardèle.

Dans la nature, les effectifs se sont fortement réduits ces derniè- res années.

La station d'élevage de El Acebuche a été créée en 1992 dé- jà. La population sauvage comp- tait alors encore un millier d'indi- vidus. Aujourd'hui, il n'en reste plus que 150. En plus, jusqu'ici il n'y a encore jamais eu de nais- sance de lynx pardèle en captivi- té.

En février 2001, le ministère de l'environnement espagnol a

décidé d'entreprendre un pro- gramme dans cette optique. Fer- min était prévu pour être le parte- naire d'Esperenza, la seule fe- melle actuellement disponible pour la reproduction.

Il n'y a que 3 autres femelles qui existent dans le cadre du pro- jet d'élevage: 2 subadultes et Mo- rena, qui est déjà très âgée.

Ainsi, il faut maintenant com- mencer par reconstituer le groupe de reproduction à partir de la po- pulation sauvage relictuelle. La première capture a déjà eu lieu.

Un jeune mâle a été piégé le 17 mars 2003 dans les environs de Andujar. Il était en train de se

Le lynx pardèle: un coup dure pour le programme d'élevage

a été récoltée sur la trace qu’un grand canidé a laissée dans la neige. L’analyse génétique effec- tuée sur l’échantillon a révélé la présence incontestable d’un loup issu de la population franco- italienne des Alpes du sud-ouest.

L’analyse d’une crotte et d’un poil découverts au janvier 2003 a confirmé le précédent résultat et a Début mai 2002, les traces d’un

gros canidé sont découvertes en Surselva (Oberland grison). 4 at- taques sur les troupeaux de mou- tons de la région sont enregistrées entre le 23 août et 23 septembre 2003 (cf. KORA Info 3/02).

La saison d’estive terminée, les attaques sur moutons ont ces- sé. A la fin de l’année une crotte

aussi mis en évidence, que deux loups mâles rôdent en Surselva.

En concertation avec les can- tons concernés, un concept de monitoring sera élaboré en cours d’année. Les éleveurs ont quant à eux décidé de protéger leurs trou- peaux à l’aide de bergers et de chiens de protection.

… et il y a deux individus en Surselva

Le lynx pardèle au Portugal:

Annoncé disparu trop tôt

Du côté portugais, le lynx pardèle n'a pas encore disparu. Un échantil- lon fécal récolté dans la région est de l'Alentejo sur lequel une analyse génétique a été réalisée dans le laboratoire de la station de recherche de Doñana provient sans doute possible d'un lynx pardèle. Cette dé- couverte est étonnante, car lors du recensement réalisé en 2001/02 à l'aide de pièges photographiques et de cages-trappes aucun individu de cette espèce n'a été identifié. Il n'y a eu aucun résultat non plus, lors de la recherche intensive effectuée dans la vallée du Guadiana, la seule région qui offre encore un habitat qui pourrait abriter une popu- lation viable (cf. KORA Info 3/02). Le lieu exact de cette découverte reste secret. Il se situe cependant à proximité du barrage de Alqueva.

Sa construction a été très contestée, par crainte d’une forte détériora- tion d’un milieu hébergeant plusieurs espèces menacées Maintenant qu’il a été édifié, les protecteurs de la nature demandent à ce que la mise sous l’eau ne se fasse que partiellement pour atténuer les attein- tes au milieu.

(9)

Du nouveau en Andalousie

Les 29 et 30 octobre 2002, un séminaire portant sur le lynx pardèle a eu lieu à Andujar en Espagne (cf. KO- RA Info 3/02). Le 5 décembre 2002, le Standing Commitee de la Convention de Berne a arrêté ces recom- mandations au sujet des mesures urgentes à prendre pour la protection du lynx pardèle. Suite à cela, un groupe de travail a été formé dans le but d'accompagner les actions concrètes et de favoriser la collabora- tion de toutes les instances - l'Espagne, le Portugal, les organisations locales, l'Europe. En mars 2003, ce groupe a visité l'Andalousie pour ce faire une image de la problématique sur place. Le rapport qui est paru dernièrement donne un état des lieus.

Les projets liés à l'amélioration des ressources alimentaires avancent bien. Le lynx pardèle s'attaque surtout aux lapins, dont les populations ont actuellement atteint un niveau minimal. Certains projets ont pour but d'améliorer les biotopes favorables aux lapins, mais d'ici que ces derniers soient favorables, il est nécessaire d'effectuer des nourrissages complémentaires pour les lynx. Les sites de nourrissages en question semblent être bien utilisés.

Le rapport complet, qui traite également en détail de l'état du programme d'élevage en captivité (cf. ci- dessus), peut être obtenu auprés de Agnieszka Olszanska ([email protected]).

Urs Breitenmoser, co-chair IUCN/SSC Cat Specialist Group; Eladio Fernandez-Galiano, Council of Eu- rope, Bern Convention Secretariat; Agnieszka Olszanska, co-ordinator Large Carnivore Initiative for Eu- rope (LCIE): Visit of the International Committee for the Follow-up of Iberian Lynx Conservation Actions to Spain, 17-19 March 2003.

Comunidades Autónomas.

Cuadrículas muestreadas.

Cuadrículas con presencia de Lince.

Provincias.

Source: Ministerio de Medio Ambiente

avec indices de présence sans indice de présence

Résultats de la recherche d’indices de présence de lynx présenté sur une grille de 10 x 10 km.

Distribution actuelle du lynx pardèle en Espagne

(10)

en Slovénie aura des conséquen- ces négatives sur les efforts com- muns de protection sur l'ensemble de la région Alpes-Monts Dinari- ques-Mont du Pinde".

Le Ministère de l'Agriculture, de la Forêt et de l'Alimentation de Slovénie a un autre point de vue. L'augmentation de la pres- sion de chasse serait compatible à l'une des stratégies de protection mentionnée dans le concept de gestion de l'ours du pays (Brown Bear Management Strategie in Slovenia). Ce concept a été adop- té par le gouvernement en 2002.

Les traités internationaux, notam- ment la Convention de Berne, ne seraient pas violés non plus par cette mesure.

Dans une prise de position adressée au Standing Committee de la Convention de Berne, le gouvernement slovène précise que "la population d'ours de Slo- vénie se porte bien et elle n'est pas menacée à court ou à long terme. Les effectifs et l'aire de distribution sont en augmenta- tion". Durant plusieurs années, l'accroissement de population au- rait dépassé le nombre d'animaux tirés. "Le nombre d'ours présents en Slovénie dépasse actuellement la capacité d'accueil du milieu".

Ceci conduirait à des problèmes et aurait un effet nettement néga- tif sur l'image de l'espèce et ainsi également sur l'objectif de main- tenir l'espèce à long terme.

Augmentation des dégâts des ours sur le menu bétail Les problèmes mentionnés con- cernent principalement des atta- ques sur du menu bétail. Les dé- gâts se seraient multipliés depuis la moitié des années 90.

Selon le concept de gestion de l'ours en Slovénie, le pays est di- visé en 4 secteurs: zone nodale, zone marginale, corridors de tran- sit et zones occupées que de ma- En Slovénie, la chasse à l'ours a

été massivement augmentée l'an- née dernière. 108 individus ont été abattus durant la saison 2002/2003 sur l'ensemble du pays. Ceci représente un double- ment du nombre d'animaux tirés par rapport aux années précéden- tes. Entre 1994 et 2001, 50 ours étaient tirés en moyenne, avec un maximum de 62 en 98/99.

Selon la LCIE (Large Carni- vore Initiative for Europe), ce prélèvement est clairement trop élevé et représente une menace pour la préservation de l'espèce.

Selon une lettre que Luigi Boita- ni, président de la LCIE, a adres- sé au ministre Franc But, chef du Ministère de l'Agriculture, de la Forêt et de l'Alimentation, "la conservation et la gestion de l'ours en Slovénie ne représente pas une affaire uniquement in- terne à la Slovénie seule". Les ef- fectifs d'ours de Slovénie font partie d'une population dont l'aire de distribution s'étend des Monts du Pinde en Grèce, en passant par les Alpes Dinariques, jusqu'aux Alpes autrichiennes et italiennes.

La recolonisation des Alpes est-elle menacée?

Luigi Boitani attire l'attention sur la grande importance de la popu- lation d'ours slovène pour le pro- gramme de réintroduction du Trentin (I) et pour la colonisation naturelle des Alpes autrichiennes.

Une trop forte "hémorragie"

pourrait conduire à l'interruption de la dispersion vers le nord et stopper ainsi l'échange génétique avec l'effectif encore très fragile en Autriche.

Dans le cadre du programme LIFE, l'UE soutient financière- ment les projets portant sur l'ours en Slovénie, en Autriche et en Italie. La lettre de la LCIE signi- fie que "nous craignons que l'aug- mentation du nombre d'ours tiré

nière sporadique. Actuellement, il y a des problèmes notamment dans les zones de transit dans et en bordure des Alpes. Ceci n'est pas uniquement dû à l'augmenta- tion du nombre d'ours. Les mé- thodes d'élevage des moutons qui sont utilisées dans ces régions ne sont plus adaptées à la présence de l'ours. Elles sont plus ou moins similaires aux méthodes utilisées dans nos Alpes: du pâtu- rage libre, sans surveillance ni protection.

La LCIE critique ainsi égale- ment l'absence de mesures de protection contre les attaques d'ours sur le menu bétail.

Des estimations d'effectifs différentes

En Slovénie, les effectifs d'ours sont évalués par des comptages au niveau de places de nourris- sage, distribuées dans les milieux occupés par l'ours et visitées par une grande partie des animaux présents. On estime qu'environ 70% d'une population peut ainsi être recensée.

Lors du deuxième comptage effectué en 2002 le nombre re- cord de 468 individus a été at- teint, ce qui représente un effectif total de 800 à 900 animaux.

Selon les résultats d'études suédoises, une population d'ours peu supporter une mortalité due à l'homme de 13 à 15% des indivi- dus de plus d'une année. Si les chiffres avancés par le Ministère slovène de l'Agriculture, de la Forêt et de l'Alimentation sont corrects, un quota d'une centaine d'animaux tirés par année reste tout à fait dans cette fourchette.

Seulement, ces chiffres sont contestés. Dans l'Action Plan for the conservation of the Brown Bear (Ursus arctos) in Europe, qui a été réalisé par le Conseil de l'Europe en collaboration avec le spécialiste de l'ours Djuro Huber

Est-ce qu'en Slovénie, le nombre d'ours tirés est trop élevé ?

(11)

de l'Université de Zagreb (Croatie), la population slovène d'ours est évaluée à 400 indivi- dus. L'estimation de l'Internatio- nal Association for Bear Re- search and Management (IBA) se situe dans le même ordre de gran- deur. Elle a d'ailleurs également envoyé une lettre de protestation au gouvernement slovène. Selon l'IBA, les chiffres donnés par le gouvernement slovène auraient

Sources:

www.large-carnivores-lcie.org, WWF Autriche: Bären-Newsletter 1/03; www.wwf.at/bearlife

Lettre de Luigi Boitani, LCIE, au Ministre Franc But, Ministère de l'Agriculture, de la Forêt et de l'Alimentation: The planned culling of 104 brown bears in the hunting season 2002/2003 in Slovenia, 25 octobre 2002.

Follow-up of Recommendation No. 82 (2000) concerning brown bear in Sovenia, Report by the Slo- venian Government, à l'attention de la Convention de Berne, 28 novembre 2002.

Ces 2 documents peuvent être obtenus en tant que documents Word auprès de la rédaction du KORA In- fo: [email protected]

plus une réalité politique que scientifique. Elle estime une po- pulation de 380 à 430 individus en Slovénie.

Initialement, le quota de tir pour la saison de chasse de cette année devait être du même ordre de grandeur. De violents mouve- ments de protestation au niveau international ont cependant per- mis de l'empêcher. Dans sa der- nière Bären-Newsletter, le WWF

écrit que "un événement de ce genre montre clairement à quel point il est urgent pour la région alpine de réaliser une gestion de l'ours à un niveau transfrontalier".

"Le WWF va encourager une amélioration des liens de voisi- nage en vue d'arriver à un mode de gestion de l'ours qui soit uni- forme".

Ours brun en captivité © Christof Angst

(12)

La population d'ours autrichienne est répartie en 2 sous-populations principales: l'une située entre le Oetscher et Hochschwab, dans le nord des Alpes calcaires et l'autre dans les Karawanken, à la fron- tière slovène.

La première est estimée à 15 à 20 animaux. 11 d'entre eux ont pu être identifiés avec cette méthode La population d'ours autrichienne

est l'objet d'une étude génétique réalisée par le WWF-Autriche.

Des échantillons de crottes et de poils ont été analysés. Les poils ont été collectés à l'aide de

"pièges à poils" constitués de fils de fer barbelé placés tout autour de morceaux de viande destinés à attirer les ours.

jusqu'ici. Les analyses génétiques ne permettent pas seulement une identification individuelle des animaux. La comparaison de si- militudes permet également d'éta- blir des liens de parenté et ainsi de reconstituer l'arbre généalogi- que de la population.

Etudes génétiques sur les ours autrichiens:

L'arbre généalogique des ours du Oetscher a été reconstitué

Les cases carrées représentent les mâles et les rondes, les femelles. Si l’année de naissance est connue, elle est également indiquée.Les ours dont l'histoire est connue ont un nom. Il s'agit principalement d'animaux qui ont été réintroduit. Ce n'est pourtant pas le cas de "Oetscher", le père de cette population, qui est mort maintenant.

Il était arrivé par immigration spontanée dans les années 70. Il n'a cependant apparemment pas de successeur.

Pour la diversité génétique, il serait pourtant important que d'autres animaux immigrent encore.

ÖTSCHER

MONA MARIEDL

MIRA

DJURO

DJURO C CHRISTL H B E F

STOFFI L M

1993

1996 1998

1999

2000

2001 Source: WWF Autriche: Bären-Newsletter 1/03

1993

1996 2000 2000

2001

(13)

La dernière édition du Carnivore Damage Prevention News traite de la thématique des indemnisa- tions liées aux dégâts causés par les grands prédateurs. Dans de nombreux pays, les animaux de rentes attaqués sont dédommagés financièrement. Ceci est le cas notamment en Europe, où les es- pèces de grands prédateurs sont en partie en expansion et où ils sont protégés dans plus ou moins tous les pays. La conservation des grands prédateurs est une affaire de société et c'est par conséquent à l'ensemble de la société d'en couvrir les frais. Un système de compensation efficace constitue la condition pour que les grands prédateurs soient acceptés dans les régions rurales, en particulier auprès des personnes directement touchées.

Cependant, l'aspect financier des dégâts ne représente qu'une partie de la situation conflictuelle qui caractérise les rapports entre l'homme et les prédateurs. L'ar- gent seul ne suffit pas à régler le problème. Selon le système utili-

sé l'effet des indemnisations peut même être contre productif. L'une des critiques occasionnelle est que les indemnisations pousse- raient à diminuer les efforts consentis pour prendre des mesu- res de prévention et ralentiraient l'évolution des modes d'élevage pour qu'ils soient adaptés à la pré- sence des prédateurs. Lorsque les dégâts sont trop élevés, ce sont les paiements eux-mêmes qui sont critiqués, pour des raisons de politique monétaire.

Comment fonctionnent les dif- férents modes d'indemnisation dans différentes parties du monde et quelles expériences en décou- lent-elles? Un article d'introduc- tion se penche sur ses questions.

Deux articles provenant de pays européens décrivent les systèmes en Espagne, le pays qui abrite la plus grande population de loups en Europe de l'Ouest, et en Nor- vège, où les montants indemnisés proportionnellement au nombre de prédateurs présents – loup, ours, lynx, glouton – atteignent des records absolus. Au Pakistan,

un système d'assurance a été créé dans le cadre d'un programme de protection du léopard des neiges.

Celui-ci garantit l'indemnisation des éleveurs lors de dégâts et les fait participer aux bénéfices tirés du tourisme centré sur la présence du léopard des neiges. D'autres articles se penchent sur l'indemni- sation de dégâts dus au léopard au Turkménistan, aux proies du loup en Israël et du "Cheetah Compensation Fund" en Afrique du Sud.

CDP-News No. 6, février 2003 Le CDP-News est un projet du Large Carnivore Initiative for Europe (LCIE). Les personnes in- téressées peuvent obtenir cette brochure éditée en anglais, soit directement en la chargeant de- puis le net sous la forme d’un fi- chier pdF (www.kora.unib.ch), soit sous forme imprimée auprès de:

KORA, Thunstrasse 31, CH-3074 Muri b. Bern, [email protected].

CDP-News: compensation des dégâts dus aux prédateurs

Léopard des neiges, Zoo de Seattle © Urs Breitenmoser

(14)

fectués au cours de la journée sui- vant la capture d’une proie sont nettement plus courts (2,8 km/

jour).

Jedrzejewski et al. (2002), Annales Zoologici Fennici 39.

Variations temporel- les du howling chez le loup

Le howling est indubitablement le mode de vocalisation le plus connu du loup. Il a d’importantes fonctions dans la communication tant au sein d’une meute qu’entre les différentes meutes présentes dans une région donnée. Particu- lièrement bien étudié en Améri- que du Nord, le howling l’est moins dans d’autres conditions environnementales, telles celles du sud de l’Europe.

Une équipe de chercheurs ita- liens a tenté de combler ces lacu- nes en étudiant les variations tem- porelles de la fréquence d’utilisa- tion du howling par les loups d’une population des Apennins.

Trois meutes totalisant de 10 à 13 individus ont ainsi été étudiées.

Les loups étaient stimulés au moyen de hurlements enregistrés et diffusés de nuit à partir d’en- droits exposés. Les réponses ont été enregistrées et analysées à l’aide d’un sonagraphe. Il a été également relevé si la réponse provenait d’un seul individu ou d’un groupe, et si des jeunes étaient présents ou non.

Entre juin 1996 et avril 2000, 745 sessions de howling ont été effectuées. Avec 94 réponses en- registrées, le taux de réponse est de 12,6 %. Les loups répondent plus fréquemment à la fin de l’été et au début de l’automne, une pé- riode qui coïncide avec l’abandon du terrier et le déplacement des jeunes sur le site de rendez-vous.

Cette rubrique présente sous forme de brefs résumés les résul- tats de recherches scientifiques sur les prédateurs effectuées à l’étranger. Publiés dans la presse spécialisée, ces articles sont d’un intérêt certain pour aborder, comprendre et résoudre la pro- blématique des grands prédateurs en Suisse

Comportement spatial du lynx en Pologne

Grâce à la radio-télémétrie, les déplacements de 18 lynx ont été étudiés dans le parc national de Bialowieza (Pologne). Suivis continuellement pendant des sé- quences de 24 heures ou localisés ponctuellement, les lynx se dépla- cent en moyenne de 7,2 km par jour, les mâles couvrant de plus longues distances que les femel- les (respectivement 9,0 et 6,8 km). Les distances parcourues par les mâles sont 56 % plus longues pendant le rut (janvier – mars) qu’au cours du reste de l’année.

Les femelles quant à elles se dé- placent plus pendant la période d’élevage des jeunes (mai – août).

La vitesse moyenne de dépla- cement est de 1,2 km/h. Les mâ- les sont en général plus rapides que les femelles (respectivement 1,5 et 1 km/h), surtout pendant le rut (1,9 km/h). Au cours d’une journée, le lynx utilise une sur- face comprise entre 1,7 et 2,6 % de son domaine vital annuel, ce qui correspond à un cheminement de 31 à 50 m pour 1 km2 de do- maine vital.

Les distances les plus longues ont été enregistrées les jours du- rant lesquels les lynx n’ont réussi à tuer aucune proie de grande taille (en moyenne : 14 km/jour).

Par contre, les déplacements ef-

La majorité des réponses (73

%) sont produites par deux indi- vidus ou plus. Les groupes sont impliqués dans 8,6 % des cas, principalement en fin d’été, alors que 3,2 % des réponses émanent d’un seul individu, toujours un adulte. Par contre, les jeunes sont impliqués dans 38,6 % des chœurs.

Les loups répondent plus vo- lontiers dans les tranches horaires comprises entre 5 et 7 h et 19 et 21 h, ce tout au long de l’année.

Gazzola et al. (2002), Italian Journal of Zoology.

Loup et animaux domestiques dans le Wisconsin

Depuis près de 25 années, le loup recolonise dans le Wisconsin les forêts mixtes et les zones agrico- les de la région du Lac Supérieur.

On estime à environ 250 indivi- dus le nombre de loups présents actuellement dans cet état. Au cours de cette période, les dégâts au bétail et les sommes versées pour compensation ont aussi aug- menté. La densité humaine dans le centre-nord du Wisconsin est de 28 individus/km2, celle du bé- tail de 12,8 têtes/km2. Les auteurs ont examiné 176 plaintes dépo- sées entre 1976 et 2000 et analysé les patrons régionaux et tempo- rels de 87 incidents vérifiés ayant entraîné des blessures ou la mort de 377 animaux domestiques. Si l’on considère uniquement les dé- gâts au bétail, seuls 32 éleveurs, soit 0,4 % de l’ensemble des éle- veurs actifs dans la zone coloni- sée par le loup, ont été touchés.

Avec 84 cas, les veaux sont les victimes les plus fréquentes des loups. Des déprédations sur d’au- tres espèces ont également été en- registrées. Les poules et les din-

Quoi d’neuf chez les prédateurs ?

(15)

des paient le plus lourd tribut et représentent 56,5 % des pertes.

Pendant cette période, 29 chiens ont été tués et 15 blessés par les loups. Les autorités recueillent en moyenne 9,4 plaintes par année (min : 0 ; max : 34). La majorité des constats ont été faits entre 1991 et 2000, période durant la- quelle la population de loups s’est fortement développée. La plupart des déprédations (77 %) ont lieu

Ce printemps, le projet lynx suisse a fêté un anniversaire. Il y a 20 ans, le 5 mars 1983, le premier lynx suisse a été capturé et équipé d'un émetteur dans un but scientifique. Il s'agit du mâle Neni, qui avait été capturé dans une cage-trappe à Unterseen dans l'Oberland bernois.

Depuis, il y a eu quasiment en permanence au moins un lynx suivi par télémétrie en Suisse, d'abord en Suisse Centrale et dans l'Oberland bernois, ensuite en Valais, puis dans le Jura, depuis 1997 dans le Nord-Ouest des Alpes dans les cantons de Berne, Fribourg et Vaud, et depuis peu dans le Nord-Est de la Suisse. Nos connaissances sur le comportement social et spatial du lynx eurasien sont en grande partie issues de ces données.

Nos photographies montrent Neni dans la cage, ainsi que l'heureuse équipe de capture avec sa

"proie": Urs Breitenmoser (assis) avec son père Max Breitenmoser (debout à droite) et le biolo- giste Antonio Righetti.

Bip-bip depuis 20 ans

entre les mois de mars et septem- bre, avec un pic entre mai et août.

C’est en effet à cette époque de l’année que les mises bas des veaux se produisent. Les sommes versées à titre de compensation atteignent en moyenne 96.00 $ par loup/année. Deux tiers des 71 meutes n’ont jamais été suspec- tées d’avoir commis des dégâts, mais 4 d’entre elles ont été impli- quées dans plus de 4 incidents

chacune. Outre les compensa- tions, 11 actions de contrôle ont été menées entre 1991 et 2000 et ont permis la capture de 11 loups.

Ces opérations ont nécessité 304 jours de piégeage et coûté un to- tal de 24'950 $. La majorité de ces loups ont été déplacés dans d’autres secteurs moins sensibles.

Treves et al. (2002), Wildlife Society Bulletin 30.

20 années de radio-pistage de lynx en Suisse

(16)

Lâcher de TURO © Christof Angst

Un bulletin de versement a été joint à cette édition du KORA Info. D’avance un grand merci à ceux et à celles qui profiteront de l’occasion pour apporter un soutien financier à la parution de ce pério- dique pour l’année en cours.

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