Article original
La tendance des miels à cristalliser : nouvel essai d’approche statistique
T Tabouret JL Berdagué J Lhéritier
1 IUT, BP 510, 21014
Dijon
Cedex;2 SRV INRA Theix,
63122 Ceyrat;
3France-Miel, BP n° 5, 39330 Mouchard, France
(Reçu
le 30 mars 1992;accepté
le 15 mai1992)
Résumé — Cette étude s’efforce de relier la tendance à cristalliser des miels
liquides
du commerceaux données
technologiques
deproduction
mesurables sinon maîtrisables. Pour cela, 25 mielstypi-
ques ont été
pasteurisés puis
stockés à 5, 10, 15 et 20 °C et notés, à 8âges
différents, de 0 à 9 selon leurdegré
de cristallisation. La variance de la note estanalysée
en fonction de latempérature
et del’âge.
Desrégressions
linéairesmultiples progressives
de la note sont faites sur lacomposition,
englu-
cose fructose et eau, et sur la viscosité initiales. Seul le
stockage
à 5 °C se différencie des autres parune
période
de latence, attribuée à la viscosité initiale élevée, mais ensuite la vitesse de cristallisation est la même. Uneexplication
estproposée
en termes detechnologie
de cristallisation. La note audébut du
stockage
estimprévisible.
Elle estgrossièrement prévisible
àlong
terme connaissant la com-position
et la viscosité. Sa variabilité estexpliquée
à 80% pour lamajorité
des miels, maisquelques
variétés ont un comportement
atypique
cequi
limite à 50% le taux pour l’ensemble des miels étudiés.miel / cristallisation /
stockage
/ étudestatistique
INTRODUCTION
Cette étude
prolonge
celle de 1987(Ta-
bouret et
al, 1987).
Les mielsliquides
ducommerce
manquent
destabilité,
mêmelorsqu’ils
ont étépasteurisés :
leur tendan-ce à cristalliser
pendant
leurstockage
enpots
est trèspréjudiciable
à leurqualité.
Cette tendance est loin d’être élucidée.
Nous nous sommes efforcés de la relier
statistiquement
auxprincipales
donnéestechnologiques
de leur élaboration mesu-rables et
plus
ou moins maîtrisables.Les miels étudiés ont été choisis à des- sein aussi
typés
et aussi diversifiés quepossible,
car l’étude de 1987 avait montréqu’un échantillonnage,
auhasard,
de laproduction
en sortied’atelier,
ne convenaitguère,
faute d’une cristallisation suffisante.Nous avons mesuré les valeurs initia- les de leur viscosité et de leur
composi-
tion en
glucose,
fructose et eau, car cesvariables très
importantes
résultent dumélange
des miels naturels en début deproduction,
etpeuvent
de ce fait être mo-dulées
quelque
peu, dans les limites de laréglementation
selon la dénomination commerciale duproduit
vendu.Après
cemélange,
lacomposition
du miel n’évolueque très peu à la
pasteurisation
et au stoc-kage,
même lors d’unstockage
delongue
durée
(Gonnet, 1965).
Nous les avons ap-pelées ci-après
«mesures instrumenta-les»,
et nous avonsapprécié
leurs rela- tions avec la «mesure visuelle» quereprésente
laclassique
note de cristallisa- tion au cours dustockage.
D’autre
part,
nous avons étudié l’influen-ce sur la note de 2 facteurs
qui
sont(ou
devraient
être)
normalement maîtrisablesen permanence au cours de la distribution à savoir :
— la
température
destockage,
—
la durée du
stockage
àtempérature fixée, appelée «âge».
MATÉRIELS
ETMÉTHODES
Choix des miels et
caractéristiques
de
départ
Les 25 miels étudiés
représentent pratiquement
toutes les variétés de miels
d’Europe
occidenta-le
(fig 5),
sauf les miels de callune, qui sont trèsparticuliers.
Ce sont des miels du commerce, ayant tous subil’analyse pollinique;
14 d’entreeux étaient
plus
ou moins cristallisés audépart.
Ils ont été
liquéfiés
à 45 °C avantanalyse
deleur composition en sucres par
chromatogra- phie
enphase
gazeuse(Pourtallier
etRognone, 1977).
Leur viscosité a été mesurée aussitôtaprès,
àchaque température
de stockage, sur viscosimètre rotatif du type Couette à 30 vites-ses de rotation. Tous les miels étudiés avaient un comportement newtonien. Leur teneur en eau a été mesurée par réfractométrie.
Ils ont ensuite été
pasteurisés
au laboratoireen tubes à essais de 70 mm de haut, maintenus sans
agitation
45 min à 78 °C.Enfin, les tubes ont été stockés au repos dans des ambiances thermostatées à 5, 10, 15 et 20 °C
(100
tubes autotal).
Mesures effectuées Note de cristallisation
Périodiquement,
à 8 différents«âges»
échelon-nés de
25 j
à 17 mois, chacun des 100 tubes aété observé visuellement et il lui a été attribué
une note de cristallisation N selon le barême de White
et al (1962) rappelé
dans le tableau I(800
notes ont été ainsi attribuées au
total).
En même temps que N, la hauteur de la cou- che de cristaux H
(mm)
dans les tubes aégale-
ment été estimée
(800
valeurs deH).
Sursaturation
initiale,
SIVers la fin de la
période
d’observation, pour un certain nombre de tubes, N ou H n’évoluaientplus.
Il a été admis que ces tubes étaient parve-nus à
l’équilibre
de saturation à latempérature
de
stockage
où ils se trouvaient.Pour 15 d’entre eux, nous avons réussi à sé- parer et doser les cristaux de
glucose
parpolari-
sation, c’est-à-dire à donner une mesure de la sursaturation initiale englucose (SI)
du mieldans le tube. Deux
expressions
de SI ont étécalculées :
Ces valeurs sont
approchées
par défaut respec- tivement de celle de Claassen(CI)
et de Kucha-renko
(K)
cités par Naveau(1953).
* On
appelle généralement «liquidus»
la fraction liquide.L’activité de l’eau
a w
Elle a été calculée pour
chaque
miel àpartir
desa
composition chimique
par la méthodedéjà éprouvée
antérieurement(Tabouret,
1979; Ta- bouret et al,1987).
Les indices de
composition chimique
Ils sont tirés de
l’analyse
de lacomposition
D = Glucose/miel
(%)
L = Levulose/miel
(%) W = Eau/miel (%)
Nous avons
essayé d’optimiser
n en lui attri- buant les valeurs : 1,25 1,5 1,75 2L’indice L/D, utilisé par certains
professionnels
aaussi été calculé, mais il s’est révélé totalement redondant avec D/W ou In et il n’a pas été rete-
nu dans l’étude
statistique.
Méthodes
statistiques employées
Durée et
température
destockage
L’étude portant sur les 800 notes N de cristalli- sation a été faite par
analyse
de la varianceselon un modèle à 2 facteurs en randomisation totale :
N
i,j,k
= valeur de la note de cristallisation;A = terme constant à toutes les notes;
x D i
=
effet moyen de la durée destockage (i
=8);
y T
j =
effet moyen de latempérature
de stocka-ge;
(j=4)
xy D,T
i,j
= effet moyen des intéractions durée xtempérature
destockage;
z
i,j,k
= terme aléatoire dans le modèle;k = 25, nombre de
répétitions.
Les
comparaisons
de moyennes ont été fai- tes selon le test de Newmann-Keuls.Mesures instrumentales
Leurs corrélations avec les notes N à différents
âges
ont été calculéesrespectivement :
— à
partir
de 25 observations pour lesdescrip-
teurs de la
composition
initiale(25
miels decomposition
initiale différenteobservés)
— à
partir
de 100 observations pour la viscositéinitiale
(25
miels x 4températures
= 100 viscosi- tés initiales différentesobservées).
L’examen des matrices de corrélation a
permis
de choisir les variables les
plus performantes
ainsiqu’une
série derégressions
linéairesmultiples
progressives
pour expliquer au mieux la note N.Qu’il
s’agisse
del’analyse
de la variance oudes
équations
derégression
de N, les coeffi- cients de détermination r2donnent le pourcen- tage de varianceexpliqué
par le modèle choisi(r 2 < 100%).
Tous les calculs ont été effectués avec le lo-
giciel
STATITCF(1988).
RÉSULTATS
ET DISCUSSION *Comparaison
entre la notede crisallisation N et la hauteur de couche des cristaux H
Pour l’ensemble des 800
couples
de va-leurs
(N, H) observées,
le coefficient de corrélation entre N et H est très hautementsignificatif (r
=0,979
P <0,001). Dans
l’étude
statistique ultérieure,
iln’apparaît
donc pas
judicieux
de considérer deux va-riables redondantes : seule la note N sera
conservée car c’est la variable usuelle en la
matière,
sonemploi
estplus
commode etsa mesure s’avère de surcroît
plus
facile.Prévisibilité de la note de cristallisation N On
peut
dire que laprévisibilité
pour l’inter- valle detemps
T est bonne si les notes à 2âges
différant de T sont bien correlées.Nous avons étudié les différentes corré-
lations,
tous miels et toutestempératures
confondus
(25
miels x 4températures
=100
observations) :
laprévisibilité
s’amélio-re
quand
T diminue.Pratiquement,
ellen’est
acceptable qu’à
court terme, pour Tne
dépassant guère
2 ou 3mois,
commepar
exemple
entre 3 et 6 mois ouentre
15 et 17 mois(fig 1)
cequi correspond
res-pectivement
à unstockage
de moyenne durée et delongue
durée.La
prévisibilité
àlong
terme, par exem-ple
entre 3 et 17mois,
ou, même à court terme maisaprès
seulement25 j
de stoc-kage,
n’est pasacceptable (fig 2).
Dans
l’ensemble,
la note actuelle nepermet
donc pas deprévoir
la notefuture,
surtout au début du
stockage.
Influence de la durée
et de la
température
destockage
sur la note de cristallisation N
L’analyse
de la varianceprésentée
dans letableau II montre que la durée et la
tempé-
* Nous tenons le fichier des résultats à la
disposition
des lecteursqui
le demandent.rature de
stockage
influent de manièrehautement
significative (P < 0,001)
sur N.La
comparaison
des moyennes des notes, dans la colonne 5 du tableauII,
montre
qu’elles
forment des groupes ho-mogènes
selon le test deNewman-Keuls, repérés
par le même indice. En fonction de latempérature,
2 groupesseulement,
g etf,
sontsignificativement
différents entre eux. En fonction de ladurée,
les moyen-nes des notes à
4,
6 et 9 mois par exem-ple
ne sont passignificativement
différen-tes entre elles et forment le groupe
b,
mais la moyenne des notes à 3 mois(groupe a)
est
significativement
différente de celle à 9 mois(groupes
b etc).
Cependant,
ces 2 facteurs ne contri-buent
qu’à l’explication
d’une faiblepart
de la variance de N :—
11,7%
pour ladurée;
—
3,3%
pour latempérature.
Cela
signifie
que d’autres facteurs sont à considérer si l’on veut améliorer le coeffi- cient de détermination du modèlequi
estde 15% de la variance de la note de cris- tallisation.
Les influences sur N des 2 facteurs sont
présentées
dans lesfigures
3 et4,
où cha-cun des 32
points (4 températures
x 8âges
demiels) représente
la valeurmoyenne N pour les 25 miels étudiés.
Malgré
des écartstypes
moyens assez élevés(à
13mois,
N =2,77
±2,68)
onpeut
clairement voir sur lafigure
3 la pro-gression
de la cristallisation avec letemps,
pour l’ensemble des
miels,
à toutes lestempératures.
Cetteprogression
est à peuprès
linéaire. Elle est laplus rapide
à15 °C,
mais sa vitesse(donnée
par lapente
de lacourbe),
nechange guère
avecla
température,
même à 5 °C. Dans ce der-nier cas, il y a
simplement
un «retard audémarrage»
c’est-à-dire unepériode
d’in-cubation
plus longue, qui
fait que N estsystématiquement plus
basse.L’analyse
de la variance de N
indique
que les diffé-rences de N en fonction des
températures
de
stockage 10,
15 ou 20 °C ne sont passignificatives (P < 0,005).
Seules des diffé-rences sont observées lors d’un
stockage
à 5 °C.
Il
paraît étonnant,
aupremier abord,
que la vitesse de cristallisation soit
prati- quement indépendante
de latempérature.
Cela
peut
néanmoinss’expliquer
enanaly-
sant l’influence de la
température
sur 4composantes
essentielles des vitesses de nucléation et de croissance des cristaux(Tabouret, 1978),
à savoir :Vitesse de
migration
des molécules dissoutes
Cette vitesse conditionne la
disponibilité
des molécules pour cristalliser. Elle est
elle-même conditionnée par la viscosité du
liquidus.
Vitesse de mutarotation
glucose β
-->glucose
αSeul le
glucose
αpeut
cristalliser(sous
forme
α-hydrate).
Vitesse de
pénétration
et d’insertion des molécules deglucose
αdans les germes ou cristaux
déjà
formés Sursaturation duliquidus
englucose
αÀ
bassetempérature,
les 3 vitesses de mi-gration,
de mutarotation et d’insertion sontréduites,
cequi
freine le processus de cris-tallisation,
mais la sursaturation estélevée,
ce
qui
est très favorable à la cristallisation.À température plus élevée,
les 3 vites-ses mentionnées sont
plus grandes,
mais la sursaturation est
plus
faible. Il ap-paraît
donc que, dans nos conditionsd’expérience,
et notamment en l’absenced’agitation
etd’ensemencement,
les ten- dancesopposées
secompensent
sensi-blement.
La
période
d’incubation constatée à 5 °C est àattribuer,
à notreavis,
à l’in- fluenceparticulière
de la viscositéqui
serait
prépondérante
au début du pro-cessus de cristallisation et en constitue- rait
pendant
un certaintemps
le facteurlimitant : voir
l’analyse approfondie
durôle de la viscosité dans l’évolution à
température
constanteproposée
ci-dessous.
Relations entre la note de cristallisation N et les mesures instrumentales
(composition
initiale et viscosité initiale desmiels)
Corrélation entre la note de cristallisation N
et la viscosité initiale des miels
On voit dans le tableau III que ces corréla- tions faibles sont
pourtant significatives (P < 0,01), ce qui
laisse supposer l’existen-ce d’un lien entre la viscosité initiale et N.
Nous pensons même que ce lien pour- rait être
plus important qu’il n’y paraît ici,
pour les raisons suivantes :
—
la viscosité est fortement corrélée à la
température;
elle varie en sens inverse : pour les 100 observations :r=-0,745;
P <0,001;
—
or, à basse
température (5 °C),
cette vis-cosité initiale est élevée et
pourrait
consti-tuer alors un facteur limitant de la cristalli- sation. Cette
hypothèse explique
alorspourquoi
les différents tubes à 5 °C restent tousliquides
au début dustockage :
ils nepeuvent
se différencier en fonction de la viscosité queprogressivement,
dans lamesure
justement
où la cristallisationpeut
se
développer.
Il fautrappeler
dans lemême ordre d’idées que les miels
liquides quels qu’ils soient,
s’ils sontcongelés
etconservés à -15
°C,
ne cristallisent pas :leur viscosité excessive constitue un fac- teur limitant
permanent.
Ainsi,
au début du processus, le rôle de la viscositépeut
très bien êtreplus
oumoins
masqué.
D’autre
part,
en considérant dans cequi
suit un processus d’évolution au cours du
stockage
àtempérature
constante :—
au début du
stockage,
la viscosité du li-quidus
est maximale. Elle nepeut
en effetque diminuer s’il y a
cristallisation,
car alors leliquidus s’appauvrit
en matièresèche : par
exemple,
uneestimation,
basée sur nos travaux antérieurs(Tabou-
ret,1980),
montre que la viscosité duliqui-
dus n° 43
(miel
de tournesol stocké à15 °C)
est ainsi divisée par2,4
environpendant
la cristallisation. Cette diminution deviscosité,
comme on l’a vu, est favora- ble à lamigration
des molécules degluco-
se dissoutes et donc à la
cristallisation;
—
mais par la
suite,
d’autres facteurs inter- viennent simultanément et deplus
enplus
sur les différences d’évolution entre les tubes :
• la
quantité
de cristauxdéjà
formés dansun tube
augmente
la vitesse de cristallisa- tion dans cetube,
car celle-ci est propor- tionnelle à la surface des cristaux. De cefait,
la cristallisation tend à s’accélérer d’elle-même(c’est peut-être
uneexplica-
tion de l’accélération
qu’on peut
constatersur la
figure
3 entre 3 et 4mois);
• mais en même
temps,
la diminution de la sursaturation duliquidus
ralentit la cristalli-sation;
•
finalement,
on constate sur lesfigures
3et 4 que,
malgré
leur intensitécroissante,
les effets
opposés
secompensent
et don-nent grosso modo une vitesse de cristalli- sation
pratiquement
constante.On voit donc que l’influence éventuelle de la viscosité initiale
peut
se trouver oc-cultée aussi
quand
lestockage
isothermese
prolonge,
par laprogression
d’autres in- fluencescomplexes.
En
conclusion,
il estplausible
que la vis- cosité initiale des miels soit un facteur limi- tanttemporaire
de cristallisation à la tem-pérature
de 5°C,
mais non auxtempératures plus élevées,
cequi peut
ex-pliquer
le «retard d’incubation»précédem-
ment constaté sur tous les tubes stockés à 5 °C et
l’évolution, pratiquement indépen-
dante de la
température,
de tous les tubesaprès
incubation.Corrélations entre la note de cristallisation N
et la
composition
initiale des miels Dans le tableau IV(réparti
en 4 sous-tableaux)
des corrélations àchaque
tem-pérature
destockage,
on remarque tout d’abord que la teneur en eau W et l’activité de l’eau awn’ont pas de corrélationsignifi-
cative avec N
puisque
r est constamment inférieur au seuil de0,396 (P
<0,05).
Celaest dû à la faible variabilité de ces facteurs dans les miels testés
(Tabouret
etal, 1987,
p17).
Il en résulte aussiqu’il
y a peu de différence entre les corrélations avec N des autresdescripteurs
de lacomposition
initiale que sont
D, D/W,
L/D etI n (n
=1,25-2).
Nous choisirons donc commedescripteur unique
l’indiceI 1,25’
parcequ’il
s’est révélé
plus performant
pourexpliquer
N
quand
la teneur en eau estplus
variable(Tabouret, 1979,
Tabouretet al, 1987).
Essais de
régression
de la notede cristallisation N
sur les mesures instrumentales
En
plus
de l’indiceI 1,25 précédemment choisi,
il est intéressant de retenir commedeuxième variable
explicative
de N la vis- cosité initiale des miels. Son influenceplausible
adéjà
étéévoquée;
et, deplus,
elle est
statistiquement indépendante
deI
1,25 (pour
100observations,
r =0,008;
nonsignificatif).
On
peut voir,
dansl’exemple
fourni par le tableau V des notes à 15 mois que cette introduction de la viscositépeut
êtrejusti-
fiée pour les
températures
destockage
de10,
15 et 20°C, puisque
le coefficient de déterminationr 2 , qui
devientr 2 m ,
s’accroîtde ce fait de 13% à 15 °C et 20
°C,
car ilpasse
respectivement
de0,452
à0,511
etde
0,405
à0,456,
et de 17% à 10 °C(il
passe de
0,312
à0,365).
La
comparaison
entre la varianceexpli- quée
dans le modèle faisant intervenir latempérature plus
la durée destockage (15,0%)
et celleexpliquée
dans le modèle utilisant l’indiceI plus
la viscosité(r m 2
com-pris
entre0,256
et0,511)
montre le rôle im-portant
de lacomposition
et celuiplus
limitede la
température
et de la durée de stocka- ge.Les
régressions présentées
dans cetableau V
permettent
d’estimerquelle
serala note à 15 mois
d’âge,
àpartir
du mo-ment où l’on a mesuré la
composition
et laviscosité du miel
liquide
avant tout traite- ment et avant toutstockage. À
titred’exemple,
la note àprévoir après
un stoc-kage
de 15 mois à 15 °C se calcule par la formuleF 2
Sur la
figure 5,
pour chacun des 25miels,
la note individuelle réellement obtenue estfigurée
enregard
de la note X calculée parl’équation
derégression
F2.Dans le tableau
V,
on voit aussi que l’indice decomposition chimique I 1,25 ,
au-quel correspond
le coefficient de détermi- nationsimple r 2 , explique jusqu’à
45% dela variabilité de N. Ce résultat concorde tout à fait avec ceux trouvés antérieure- ment
(Tabouret et al, 1987).
En tout état de cause,
cependant,
onconstante que
malgré
l’introduction de la vis-cosité,
le coefficient de détermination multi-ple plafonne,
dans les meilleurs cas, autour der m 2
=50%,
cequi signifie
que 50% de la variabilité de N restentinexpliqués.
Même dans le cas
particulier
des 15tubes dont nous avons mesuré la sursatu- ration initiale
SI,
nous avons constaté que l’introduction de cette variablesupplémen-
taire SI dans
l’équation
derégression (à
côté de
I n
et de laviscosité)
n’est pasjusti-
fiée
statistiquement
et nepeut
améliorer le coefficient de détermination.D’autre
part,
en étudiant attentivement lafigure 5,
ons’aperçoit
que seulsquelques
miels ont un
comportement atypique :
soitceux
qui
ont cristallisé trèsrapidement («Jura»
et «Gâtinais» : notes trèsrapide-
ment voisines de
9);
soit ceuxqui
n’ontja-
mais cristallisé
(«Acacia»,
«toutes fleurs» et«202» : notes de 0 ou 1 à 15
mois).
Si l’onélimine ces miels dans la
régression
multi-ple
del’exemple (stockage
à15 °C),
le coef-ficient de
régression
associér m 2
passe de0,511
à0,788.
Cette constatation nous a in- cités àenvisager
une étudestatistique plus détaillée,
danslaquelle quelques
famillesde miels seront étudiées à
part.
CONCLUSION
Dans ce nouvel essai
d’approche
statisti-que des facteurs de la tendance des miels à
cristalliser,
nous avons étendu lechamp
d’expérimentation
en diversifiant les mielsétudiés,
en recherchant les influences pos- sibles de la viscosité initiale desmiels,
dela
température
destockage
et de sadurée.
L’étude a montré la médiocre
prévisibili- té,
engénéral,
de l’évolution de la cristalli- sation àpartir
de la note actuelle de cris-tallisation,
sauf à court terme, et même à court terme si le miel est de fabrication ré- cente.D’autre
part,
un résultat aussi intéres- santqu’inattendu,
est que,après
incuba-tion,
la vitesse de cristallisation(représen-
tée par l’accroissement de la note au
cours du
temps)
nedépend pratiquement
pas de la
température
destockage
entre5 °C et 20 °C.
L’apiculteur peut
en tirer desapplications
concrètes intéressantes :s’agissant
de commercialiser un mielliqui-
de
qui
a commencé àgrainer,
il nepeut espérer
ralentir laprogression
de la cristal- lisation en le transférant en chambre froide si les autres facteurs(I 1,25
et éventuelle- mentviscosité)
laissentprévoir
des notesélevées.
S’agissant
au contraire deprépa-
rer un miel
crémeux, qui
est donc ense-mencé,
leséjour préconisé empiriquement
par
Dyce (1931)
en chambre froide sejus-
tifie
pleinement, malgré
sonsurcoût,
car ilassure une
«prise
en masse» tout aussirapide qu’à 14 °C,
mais avec des cristauxplus
finsgrâce
à la sursaturation très éle-vée, qui
confère auproduit
final unemeilleure
qualité gustative.
Globalement, malgré
tous les facteursconnus
pris
encompte
dansl’étude,
la va-riabilité de la note de cristallisation n’est
expliquée,
dans les meilleurs cas,qu’à
hauteur de 50% par ces facteurs. Certains
types
de miel cristallisent très facilementen toutes circonstances
(exemple
«colza»);
d’autres ne cristallisent pour ainsi direjamais, quelles
que soient les circon- stances(ex : acacia).
Cescomportements atypiques
sontpartiellement responsables
des indéterminations
rencontrées, puisque
le coefficient de détermination
r 2
s’élève àprès
de 80% si on écarte de l’étude cesquelques
mielsatypiques qui
doivent dés- ormais être étudiés àpart.
Uneanalyse plus
fine de lacomposition
des miels per- mettrait vraisemblablement de mieux com-prendre
le déterminisme de leur cristallisa- tion.Dans les cas les
plus favorables, (le stockage
de 15 mois est traité en exem-ple),
lesrégressions
établies sur la compo-sition en sucres et eau et sur la viscosité initiales
permettent,
dès lejour
de larécep-
tion du
miel,
d’estimergrossièrement
lanote
qu’il
estsusceptible
d’obtenir6, 9,
13ou 15 mois
après
sa mise enpots
si lespots
sont stockés immobiles et àtempéra-
ture constante. Cette note
peut
être regar- dée en somme comme unpotentiel
decristallisation propre au miel
considéré,
in-dépendamment
des traitementsqu’on
luiapplique.
Saprise
encompte pourrait
doncs’avérer utile aussi dans
l’assemblage
ini-tial des lots
disponibles
pour composer le mielqui,
une foispasteurisé
et conditionnéavec
soin,
aura le moins de chance de cristalliser au cours de la distribution.Summary — Tendency
ofhoneys
tocrystallize:
a renewedattempt
at a sta-tistical
approach .
Thisstudy,
which con-tinues the 1987
investigation,
hasattempt-
ed to correlate the
tendency
of markethoneys
tocrystallize
withtechnological production
data that can be measured but notalways
controlled.Twenty-five typical
honeys
from WesternEurope
wereliqui- fied,
heated at 78 °C forpasteurization
andplaced
in 100glass
tubes which werekept
at 5,
10,
15 and 20 °C. Each tube was ob- served at 8 different times for 17months,
and was
graded
from 0(none)
to 9(hard crystallized) (800 gradings
inall).
The sta-tistics cover five
tables,
with ananalysis
ofvariance of the
grade together
with thestorage temperature
and duration(table II),
and
multiple stepwise
linearregressions
ofthe
grade
on the initialcomposition
andviscosity
ofliquid honey (table III),
as itstands
just
beforepasteurization.
The
development
ofgraining
is shownin
figures
3 and 4. There is nosignificant
difference between
storage temperatures
of
10,
15 or 20 °C.Storage
at 5 °Cbegins
with a so-called "latent" time without any
crystallization,
but thengraining
will devel-op at the same constant rate as the other
temperatures.
These results are discussed in terms ofcrystallization technology;
animportant
but not obvious role of the initialviscosity
ispresumed.
At the
beginning
ofstorage,
thegrade
cannot be
predicted
from the controlled fac- tors. In case oflonger storage times,
on thecontrary,
thegrade
may bepredicted
fromthe initial
composition
andviscosity
of thehoney.
As anexample,
aregression
formu-la is
given
for 15 monthsstorage
at15 °C,
wherein the calculated
grades
are in rathergood agreement
with the observed truegrades (fig 5).
Thegrade variability
is alsorather well
explained —
about 80% — whenconsidering
themajority
ofhoneys,
but afew varieties
present atypical
behaviour:whatever the
storage temperature
andtime,
rape
honeys always crystallized
veryfast,
whereas Robiniahoneys
nevercrystallized.
This is
why,
whenconsidering
the entire batch ofhoneys, only
50% ofthe variability
is
explained. Improvement
of this scorewould
undoubtedly require
a better know-ledge
of the factors whichplay a part
ingraining tendency, especially
more thor-ough compositional analyses
of a wide va-riety
ofhoneys.
honey
/crystallization
/storage
/ statis-tics
Zusammenfassung —
Die kristallisie-rungstendenz
derHonige:
neuer Ver-such einer statistischen
Annäherung.
Indieser
Studie,
die eineUntersuchung
von1987
fortsetzt,
wird der Versuch unternom- men, dieKristallisierungsstendenz
vonMarkthonigen
mit Produktions-daten zukorrelieren,
die gemessen werdenkönnen,
obwohl sie nicht immer kontrollierbar sind.25
typische Honige
ausWesteuropa
wurden
verflüssigt,
zur Pasteurisation mit 78°C überhitzt und schließlich in 100 Glas- röhrchenabgefüllt
und beiTemperaturen
von
5, 10,
15 und 20°C aufbewahrt. Jedes Röhrchen wurde achtmal zu verschiede-nen Zeiten
inspiziert,
bis zu 17 Monatelang;
beijeder Inspektion
wurden die Röhrchen in einer Skala von 0-9 klassifi- ziert(insgesamt
800Zensuren).
Die stati-stische
Analyse
umfaßte in fünf Tabellen eineVarianzanalyse
derKlassifizierung
mit der
Aufbewahrungstemperatur
und derDauer
(Tabelle II)
und einemultiple
schritt-weise lineare
Regression
der Klassenüber die Daten der
ursprünglichen
Zusam-mensetzung
und Viskosität desflüssigen Honigs
unmittelbar vor derPasteurisierung (Tabelle III).
Die
Entwicklung
desKörnigwerdens
des
Honigs
ist inAbbildungen
3 und 4 dar-gestellt.
Es besteht keinsignifikanter
Un-terschied zwischen den
Lagerungstempe-
raturen von
10,
15 oder 20°C. Die bei 5 °C aufbewahrten Proben verhalten sich anders: siebeginnen
mit einer sogenann- ten’Latenzperiode’
ohnejede
Kristallisie- rung, aber nach dieser Zeit entwickelt sich dieKörnerbildung
ganz mit derselben kon- stanten Rate wie bei den anderenTempe-
raturen. Diese Resultate werden in Bezie-
hung
zurKristallisationstechnologie
disku-tiert. Es kann eine
wichtige,
obwohl unauf-fällige
Rolle derursprünglichen
Viskositätangenommen werden.
Bei
Beginn
derLagerung
kann derspä-
tere Klassenwert aus den kontrollierten Faktoren nicht
vorausgesagt
werden. Beilängeren Lagerungszeiten
lässt sich derWert
jedoch
aus derursprünglichen
Zu-sammensetzung
und der Viskosität desHonigs
voraussagen. AlsBeispiel
wirdeine
Regressionsformel
für eineLagerung
über 15 Monate bei 15 °C
gegeben,
wobeidie errechneten Werte
gut
mit den tatsäch- lich beobachteten übereinstimmen(Abbil- dung 5).
Bei der Mehrzahl derHonige
läßt sich die Variabilität der Wertegut —
zu80% —
erklären;
abereinige Honige zeigen
ein abweichendes Kristallisationsverhalten:
Rapshonige
kristallisierten immer sehrschnell,
bei welcherLagerungstemperatur
und Zeit auch
immer,
während Akazien-(Robinien-)Honige
niemals kristallisierten.Deshalb kann bei
Betrachtung
der Ge-samtheit der
Honige
nur 50% der Variabili- tät erklärt werden. Zu einerVerbesserung
dieses
Ergebnisses
wären ohne Zweifel erweiterte Kenntnisse über die an derkörnerbildung beteiligten
Faktoren notwen-dig;
vor allem wären noch viel genauereAnalysen
über dieZusammensetzung
er-forderlich,
um der außerordentlichkompli-
zierten Variabilität der
Honige gewachsen
zu sein.
Honig
/Kristallisierung
/Lagerung
/ Sta-tistik
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