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Acoustique et physiologie phonatoires
Raoul Husson
To cite this version:
23 A
ACOUSTIQUE
ET PHYSIOLOGIE PHONATOIRES Par RAOULHUSSON,
Chargé de Recherches au C. N. R. S.,
Chargé d’un Cours Libre sur la Phonation à la Faculté des Sciences de Paris.
LE PHYSIQUE
PHYSIQUE APPLIQUÉE TOME 18, MARS 1957, PAGE
PLAN
1. - Introduction.
II. - Le fonctionnement du
larynx. III. - La vibration des cordes vocales
sans pression sous-glottique.
IV. - La
vibration des cordes vocales avec courant d’air. Rôles de la pression sous-glottique.
V. - La classification des voix
en étendues tonales. VI. - Structure
acoustique des phonèmes. VII. - Réaction des cavités
sus-glottiques sur la
vibra-tion des cordes vocales.
VIII. -
Réactions des qualités acoustiques d’une salle sur la vibration des cordes vocales.
IX. -
Sur la théorie mathématique du larynx. Bibliographie.
I. Introduction.
§
1. Il est admisdepuis
plus
d’un siècle que les cordes vocales del’homme, pendant
laphonation,
constituent un
système
d’anches(battantes
ou àbourrelets),
écartées par la pression sous-glottique,et ramenées en contact par
rappel
élastique.
Cettehypothèse
ne repose toutefois sur aucuneexpé-rience. Elle n’est
qu’une
vue del’esprit,
d’appa-rencelogique,
résultant de lasimple comparaison
des cordes vocales accolées avec un
système
d’anches. En
fait,
elle est en contradiction avec une foule de donnéesexpérimentales
etcliniques,
dontnous
rapporterons
les trois suivantes seulement :10
LQrsqu’un, sujet
passe d’un son depoitrine
à un son defausset,
sonsphincter glottique
sedécon-tracte ;
lerappel
étantplus lent,
le son devraitbaisser ;
c’est le contrairequi
alieu,
et la voix de faussetpermet
d’atteindre unefréquence
doublede celle à
laquelle
on accède en voix depoitrine.
20 Dans certains troubles vocaux, les deux cordes vibrent avec une différence de
phase
d’unedemi-période,
c’est-à-dire que lagauche
s’écarte de laligne glottique
médianelorsque
la droite s’enrap-proche,
etinversement,
mécanismeinexplicable
avec lagénèse
ci-dessusinvoquée.
30 Dans certaines affectionscentrales,
les cordes vocales sontintactes,
s’accolentnormalement,
mais ne vibrentjamais,
quelle
que soit lapression sous-glottique
réalisée par lesujet
et l’intensité de sa volition(paralysie
limitée à la
vibration).
Pour ces
raisons,
etd’autres,
leproblème
de lagénèse
de la vibration des cordes vocales a dû êtrerepris
ab ovo[1].
Il a donnélieu, depuis 1950,
à unesuite de travaux
expérimentaux
nombreux etparfois difficiles,
dont laplupart
ont été faits enFrance,
conditionnant une révisioncomplète
de laphysiologie phonatoire.
Nous en donnons ci-dessous unexposé-résumé,
en insistant sur lesproblèmes
acoustiques
nouveauxqui
sont corrélativement apparus.II. Le fonctionnement du
larynx.
9
2. Lesexpériences
d’AndréMoulonguet.
- Ilconvenait d’abord de rechercher les
phénomènes
électriques
dont le nerf récurrent(nerf
moteur dularynx)
était lesiège pendant
laphonation.
Pourcela,
il fallaitplacer
sur cenerf ,
invivo,
desélec-trodes
réceptrices
durant l’émission des sons.L’expérience
fut réalisée surl’homme,
à troisreprises,
en1952-1953,
par le Dr AndréMou-longuet,
membre de l’Académie deMédecine,
dansFiG. 1.
son Service de
Laryngologie
del’ Hôpital Boucicaut,
à l’occasion de
laryngectomies
totales.Après
la mise à nu du nerf et la pose desélectrodes,
lesujet
est
prié
d’émettre unevoyelle quelconque,
captée
par un micro
plàcé
devant ses lèvresi).
Latension du
microphone
et,l’activité
électrique
durécurrent,
amplifiées,
sont conduites sur unoscil-lographe cathodique
à doubletrace,
etphoto-Fm. 2.
graphiées.
Lafigure
2représente
uneportion
desenregistrements
recueillis : àgauche,
â,vide ;
et àdroite,
pendant
la 110e seconde. Les traces doiventse lire en
descendant ;
celle du dessus est donnée par lemicrophone,
et celle du dessous issue de l’activité récurrentielle. Les tracesfigurées
àgauche
traduisent un
léger
bruit de la salled’opérations
etun bruit de fond
électrique
del’amplificateur.
Lestraces de droite montrent que, à
chaque
instant,
, les vibrations vocales sont
homorythmiques
des ~4
influx récurrentiels. Comme ces
derniers,
en certainspoints
desenregistrements,
nonreprésentés ici,
apparaissent
7 à 8 centièmes de seconde avant les vibrationsvocales,
ils nepeuvent résulter,
ni d’uneffet
microphonique,
ni d’un arc réflexed’origine
myotatique,
et sont des influx moteursd’origine
centrale. Les influx moteursrécurrentiels,
résultant d’une activitécentrale,
commandent donc « couppour coup » la vibration des cordes vocales. Pour
tous détails concernant ces célèbres
expériences,
nous renverrons aux mémoiresoriginaux
[2].
§
3. Les travaux de Kurt Goerttler surl’ana-tomie des cordes vocales. - Pour bien
comprendre
comment les cordes vocales se
comportent
lors-qu’une
salve depotentiels
d’action récurrentiels leurparvient,
nousrappellerons
d’abord leur struc-tureanatomique particulière.
Dans unimportant
travail paru en
1950,
confirmé parBehringer
[4]
etpar Vosteen
[5],
Kurt Goerttler[3]
a mis enévi-dence le fait fondamental suivant : la corde vocale de l’homme ne contient aucune fibre musculaire
parallèle
à son bordlibre ;
toutes les fibresmuscu-laires
qui
lacomposent
viennent s’insérer « en dent depeigne
» sur le revêtementconjonctif élastique
qui
les recouvre à l’intérieur dularynx ;
les unesproviennent
de la base externe del’aryténoïde,
formant lesystème
ary-vocal ;
les autres sontissue?
de la face interne ducartilage thyroïde,
formant lesystème
thyro-vocal ;
les deuxsystèmes
étantétroi-FIG. 3.
tement
intriqués
(fig. 3, gauche).
Il résulte de cettedisposition
que,lorsqu’une
salve depotentiels
d’action tombe sur les cordes
vocales, chaque
point
de son bord libre est sollicité par unparallé-logramme
de forces dont la résultante estdirigée
vers l’extérieur
( fig. 3, droite) ;
les deuxaryténoïdes
demeurant
accolés,
on voit que les bords libres desdeux cordes vont s’incurver vers
l’extérieur,
démas-quant
ainsi l’ouvertureglottique.
Ce mouvement~ n’est
pas autre chose que celui
qui
estobservé,
avec un
laryngo-stroboscope
[[1],’pp.
7-32], pendant
la
phase
vibratoire des cordes vocales.Cette
disposition anatomique particulière
des fibres musculaires desthyro-aryténoïdiens
internesprovient,
comme Goerttler l’aégalement établi,
del’apparition
d’un « blastème » pourchaque
cordevocale dès le
premier
âge
de la vie utérine. Ce °blastème
n’apparaît
que chez l’homme[6],
circon-stance
qui
enlève tout intérêt àl’expérimentation
sur l’animal pour des fins
phonatoires.
§
4. Les travaux deGeorges
Portmann et collab. surl’électromyographie
des cordes vocales. - Laréponse
électrique
des cordes vocales aux salvesrythmiques
de stimulis leurparvenant
par le nerf récurrentpeut
êtreétudiéeparl’électromyographie.
Cette dernière fut réalisée sur les cordes vocales du
chien,
en1954-1955,
par PaulLaget
~et
J.-L. Robinstimulé
électriquement.
Mais elle fut réalisée surl’homme, in
àplusieurs reprises
en1954-1956
[8],
àl’ Hôpital
Bellan àParis,
par le prGeorge
Portmann et ses collaborateurs. Lafigure
4 enFIG. 4.
représente
leprincipe,
trèssimple,
sur unopéré
ayant
subi une exérèse de la base de lalangue
parFm. 5.
voie
translaryngée sus-glottique,
interventionper-mettant la vue et l’accès direct des cordes vocales. Parmi tous les résultats
ayant
pu être mis enévidence,
nous nerapporterons
ici que les deuxsuivants : 10 La durée de contraction d’une unité motrice de corde vocale est extrêmement
brève,
del’ordre de
0,8
à0,9
milliseconde. 2o Si lesujet
émet un son
pendant
l’expérience,
les unitésmotrices de la corde vocale se contractent
simul-tanément et de
façon
rythmique,
à unefréquence
àchaque
instantidentique
à celle du son émis. Lafigure
5représente
lesenregistrements
oscillo-graphiques
obtenus sur différents sons émis par lesujet.
Desprécautions
avaient étéprises
poursup-primer
tout réflexeproprioceptif
et tout effetmicro-phonique.
§
5. La stimulation récurrentielle auxfréquences
élevées. - Comme la
période
réfractaire des fibres motrices récurrentielles est en moyenne de l’ordrede 2
millisecondes,
lafréquence
laplus
élevée surlaquelle
le récurrentpeut
conduire des influx « enphase
» est nécessairement de l’ordre de :1
000/2
= 500par seconde. Pour des
fréquences
globales plus
élevées,
les fibres récurrentielles doivent se diviser en 2 groupes travaillant alter-nativement. Lafréquence
globale
ainsi atteinte est alors double : c’est le mécanisme observé dès 1935 par Stevens et Davis[9]
sur les fibres du nerfauditif pour les
fréquences
sonores assez élevées.En vue de
mettre
cephénomène
en évidence sur lenerf
récurrent,
EdouardCoraboeuf,
Rémi Saumontet Michel
Gargouïl
ont stimulé un récurrent dechien in
vitro,
en 1955[10],
sur desfréquences
croissant de 100 à 1 000. Ils ont constate que, à
partir
de 700 parseconde,
le nerf offre deux1,’i (;. 6 A.
réponses
possibles :
dans lapremière (fig.
6,
A),
lenerf ne
répond qu’une
fois surdeux,
mais avec uneforte
amplitude ;
dans la seconde(fig. 6,
B),
le nerfrépond
àchaque stimulation,
mais avec uneampli-tude diminuée de moitié environ
(ce
qui
prouveque les fibres se sont divisées en deux groupes à
peu
près
égaux
répondant
l’unaprès l’autre).
Ces deux mécanismes de conductionrécur-rentielle et de
réponses laryngées
corrélativescorrespondent,
lepremier
à l’émission de la voix depoitrine
ouregistre monophasé,
le second à la voixde tête
(femme)
ou de fausset(hoinme)
ouregistre
un
registre triphasé,
leurpermettant
l’émission de sonsplus aigus
dans la limite d’unequinte ([12],
p. 127),
et Mme MadoRobin,
del’Opéra
deParis,
possède
même unregistre
quadriphasé qui
luiFIG. 5 B.
permet
degravir
unequarte
supplémentaire
([12],
p.
127).
Leproblème
desregistres
de la voixhumaine
reçoit
ainsi sa solution définitive par laconsidération de la conduction récurrentielle
poly-phasée,
en fonction de hauteurs tonales exactementdéfinies par la
période
réfractaire de ce nerf(voir
plus loin § §
13 et14).
9
6. Les travauxanatomo-histologiques
de Mme JelenaKrmpotic.
- Les donnéesexpéri-mentales relatées ci-dessus constituent le fondement de ce que André Soulairac a pu
appeler
« lagénèse
cérébrale de la vibration des cordes vocales ». Une
difficulté demeurait
cependant :
le récurrentgauche
estplus long
que le récurrentdroit ;
dans cesconditions,
comment les influx récurrentielspeuvent-ils
atteindre les deux cordes vocales simul-tanément ?L’explication
a été donnée parMme Jelena
Krmpotic,
professeur
d’Anatomie à la Faculté de Médecine deZagreb,
dans sonremar-quable
travail de 1955-1956[14].
Des coupeshisto-logiques
en série lui ont notamment montré que lesaxones moteurs récurrentiels
gauches
étaientplus
gros de
~,9 ~,
(millième
demillimètre)
en moyenneque ceux du récurrent droit. La différence de
lon-gueur étant de :
42,4
-31,7
=10,7
cm, et la
vitesse dans un axone
rapide
de mammifèrecrois-sant de 6 m par seconde environ
lorsque
son calibrecroit de
1ll-,
l’accroissement du calibre des fibres durécurrent
gauche
compense exactement salon-gueur en excès.
III. La vibration des cordes vocales sans
pression sous-glottique.
§
7. Lapossibilité
de la vibration des cordes vocales sanspression sous-glottique.
--- Dès1933,
en assimilant la vibration des cordes vocales aux
battements des ailes d’insectes
pendant
levol,
Louis
Lapicque regardait déjà
comme «possible
»cette vibration sans courant En
1952,
cephénomène pouvait
être affirmé avecplus
deforce
([12], p. 132).
Il fut observé pour lapremière
fois parPaul Laget et
ses collaborateurs en 1952[15]
en stimulant le nerf récurrent d’un chien(de
100 à600 par
seconde)
avec observationstroboscopique
concomitante de la
réponse laryngée ;
il fut notéune
réponse homorythmique
de 100 à 400environ,
avec uneamplitude
maxima vers200,
et uneréapparition
de la vibration vers 600 avec de faibles stimulations. Mais cetteexpérience,
refaite par différents auteurs(dans
des conditions expéri-mentales d’ailleurs totalementdifférentes),
donna des résultats assez inconstants. Dans de tellesexpé-rinces,
toutefois,
la stimulation réalisée est loin dereproduire
celle d’une synapse récurrentielle invivo,
et,
parailleurs,
la structureanatomique
d’une cordevocale humaine
présente
d’importantes
particu-larités absentes chez le chien
[6].
9
8. Lesexpériences
dePiquet, Decroix,
Libersa etDujardin
sur l’homme. - Ilappartient
à JeanPiquet, professeur
deClinique
O.-R.-L. àLille,
aidé de Gabriel
Decroix,
Claude Libersa etJacques
Dujardin,
en février et avril1956,
d’avoir réussi àfilmer à la caméra
ultra-rapide
(et
encouleurs)
lavibration des cordes vocales sans courant d’air sur
l’homme
[16].
L’expérience
se déroula comme suit : lesujet
avait subi unethyrotomie translaryngée
sus-glottique ;
les cordes vocales étaientdirec-tement visibles
(fig. 7,
a) ;
unepremière
bande defilm
(durant
une seconde etdemie,
commençant
à 400cycles
et finissant à 4000) enregistra
d’abord la vibration avecpression
sous-glottique
normale(d’origine pulmonaire).
Puis lesujet
fut trachéo-tomisé(fig. 7, b),
et le boutlaryngé
de la trachéeFIG. 7 e
fut
hermétiquement bouché ;
dans cesconditions,
le
sujet
futprié
de tenter d’émettre « le même sonque
précédemment
». Pendant ces efforts depho-nation,
aucun son ne fut bien entenduémis,
mais une seconde bande de film futprise :
elle révéla quefré-quence,
et lacomparaison
des deux bandes montraque, avec ou sans
pression sous-glottique,
lecompor-tement vibratoire des cordes vocales avait été
prati-quement identique.
Au cours de laprise
de cetteseconde bande de
film,
les nerfslaryngés supérieurs
avaient été sectionnésbilatéralement,
de sorte quela vibration filmée
reproduisait
le mouvement descordes
vocales résultantuniquement
des stimulis récurrentielsrythmiques
parvenant
aularynx.
Dans un troisième
temps
del’expérience,
le boutlaryngé
de la trachée fut raccordé avec un tube desoufflerie
(muni
d’unmanomètre),
de sorte que lapression
sous-glottique d’origine
pulmonaire
étaitremplacée
par unepression
artificielle connue àchaque
instant etréglable
à volonté( fig. 7,
c).
Lesujet
futprié
d’émettre un sontenu,
tandisqu’on
faisait varier la
pression
sous saglotte
et que enmême
temps,
unmicrophone
étalonné recueillait le son émis etpermettait
de mesurer safréquence
etFiG. 8.
son intensité. Il fut ainsi établi que : :1~ La
pression
sous-glottique n’exerçait
aucune influence sur lahauteur du son. 20 La
pression sous-glottique
n’influait que sur l’intensité du son : nulle
lorsque
lapression
étaitnulle,
l’intensité du son mesurée enphones
croissaitplus
vite que lapression
mesuréeen centimètre d’eau
( fig.
8).
§
9.Analyse
neuro-musculaire de ladite «vibra-tion » des cordes vocales. -- L’étude des bandes de
film
prises
au cours del’expérience
ci-dessus décriteayant
montré l’identitépratique
ducomportement
vibratoire des cordes vocales avec ou sans courantd’air,
il s’ensuit que cecomportement
n’estnul-lement une « vibration » au sens ordinaire du
mot,
c’est-à-dire nullement assimilable à une oscillation
auto-entretenue par un mécanisme
quelconque
(aérodynamique
ouautre).
Cette soi-disant « vibration » n’est constituée que par des contractions
ultra-brèves, rapides
etrythmées
des unités motricescomposant
les cordesvocales,
contractions dont chacune est déclenchéepar l’arrivée d’une salve d’influx récurrentiels sur
les
thyro-aryténoïdiens
internes.Chaque
contrac-tion incurve
chaque
corde vocale vers l’extérieur( ~
3 etfig. 3),
et ainsi décolle les deux cordes endémasquant
la fenteglottique.
La soi-disant«vibra-tion », - terme
impropre
-, n’est doncqu’une
suite
rythmique
dedémasquages
ultra-brefs de la fenteglottique.
Bien
entendu,
si aucunepression
n’existe sous laglotte,
aucun son n’est créé. Mais si une tellepression
existe et est entretenue par un effortexpi-ratoire
(ou
par unesoufflerie), chaque
démasquage
de la fente
glottique
permet
la fuite d’une bouffée d’air. Ces boufféespériodiques
déterminent unepression
acoustique
au sein des cavitéssus-glot-tiques,
et la voix est ainsi créée. Elle anéces-sairement la
fréquence
desdémasquages
de laglotte.
IV. La vibration des cordes vocales avec courant d’air.
Rôle de la
pression
sous-glottique.
§
10.Évaluation
des forces mises enjeu
auniveau des cordes vocales
pendant
leur vibration. - La force mise enjeu
parchaque
contraction desfibrilles transversales du
thyro-aryténoïden
interne s’obtient en assimilant cette contraction à une per-cussion. Si F est cetteforce, agissant
pendant
untemps
dt,
etcommuniquant
à la corde de masse mune vitesse et une
élongation
e, on a la relation :Supposons
F constantependant
la duréed’appli-cation
dt,
et prenons : dt --- 1 millième deseconde,
m = 10
grammes, e =’ 1 millimètre. Il vient :
~’ = 106
dynes.
Cette évaluation est fortement pardéfaut car F n’est pas constante
pendant
letemps
d~,
et sedéveloppe
suivant une courbepré-sentant un clocher de sorte que F est en réalité
comprise
entre 106dynes
et 2 X 106dynes.
La force
aérodynamique f
s’obtient àpartir
de lapression
sous-glottique
~’ en cm d’eau par larela-tion :
où d est la densité de l’eau
(égale
à1),
g l’accélé-ration due à lapesanteur
(981
cm),
et s la surfacede la tranche d’une corde
vocale(soit
1cm2).
Si onprend :
P - 100 cmd’eau,
valeur rarementatteinte,
ontrouve : f
== 105dynes
(par excès).
Il en résulte que, au cours de
chaque
période
vibratoire,
la force neuro-musculairequi
s’exercesur
chaque
corde vocale pour la décoller de sacongénère (durant
laphase
vibratoired’écartement)
est 10 à 15 foisplus
forte(environ)
que la forceaérodynamique
résultant de lapression
sous-glot-tique.
Ons’explique
ainsi que, sur les bandes de28
Decroix,
Libersa etDujardin,
lecomportement
des cordes vocales ait été trouvépratiquement
le mêmeavec et sans courant d’air.
§
11. Les deux rôles de lapression sous-glottique.
- Nous venons de voir(9
8,
Lnfine,
etfcg. 8)
que lapression
sous-glottique
ne modifie en rien lafré-quence de la vibration des cordes vocales
(ce
qui
n’est pasétonnant,
puisque
celle-ci estimposée
parla
fréquence
des salvesrécurrentielles),
maisqu’elle
commandait àchaque
instant l’intensité du sonémis.
L’observation révèle
qu’un
second rôle doitéga-lement lui être accordé : par stimulation
myo-tatique
locale desbaro-cepteurs
et destensio-cepteurs
superficiels
ouprofonds
des cordesvocales,
elle élève le tonus
(c’est-à-dire
laraideur)
dusphincter glottique,
accroît l’excitabilité des fibres musculairesthyro-aryténoïdiennes
(et
leurrecru-tement
tonique),
et accroît la brièveté de leurréponse.
Des preuves nombreusespeuvent
en être données : 10 Sur un son filé(c’est-à-dire
émis àhauteur constante et à intensité
croissante),
la durée de laphase
d’ouverture de laglotte
diminue du«
piano
» au « forte », comme l’ont montré lesmesures de Rolf
Timcke[17].
20 Sur le même sonfilé,
l’observationlaryngo-stroboscopique
directemontre que le
sphincter laryngien
se contractefor-tement en
passant
du« piano
» au « forté », tandisque
l’amplitude
vibratoire diminue(fin. 9,
enhaut).
FIG. 9.
30 Par la
prise
detomographies
frontales delarynx
en
phonation
sur un son filé[[ 18],
p.132],
on voitla
partie
vibratoire des cordes vocaless’épaissir
enpassant
du« piano »
au « forte »9,
enbas).
9
12. Le sonlaryngien
initial. Travaux de G. Beckmann. Rôle des ventricules deMorgagni.
Sur lessujets
ayant
subi des interventionschirur-gicales
dutype
deslaryngectomies
translaryngées
sus-glottiques (fig.
4 et 7 parexemple),
le sonlaryngien
initial,
c’est-à-direproduit
hors de touteintervention des cavités
sus-glottiques,
peut
êtreobtenu,
écouté, capté
par unmicro,
etanalysé
auspectromètre.
Cetteanalyse
a été faite pour lapremière
fois par G. Beckmann[19],
dans un trèsremarquable
travail,
qui
a mis ceci en évidence :1° Ce son
laryngien
initial estdépourvu
decarac-tère
vocalique.
2° Il est formé par unmélange
com-plexe
defréquences comprises
entre 160 et2 000 Herz
(son
émis de 160Herz),
d’amplitudes
à peuprès égales.
3° Il estanalogue
au sonproduit
par un «
impuls-generator
» à ondes carrées.En raison de ces
faits,
ce son est àrapprocher
d’un son de
sirène, auquel
d’ailleurs l’enrapproche
encore son propre mécanisme d’émission.G. Beckmann a
également
étudié le rôleacous-tique
éventuel des ventricules deMorgagni (qui
se trouvent au-dessus des cordesvocales)
encom-parant
lesspectres
des sons émis en les comblant ou en les laissant vides. Il ne trouve que desmodi-fications de timbre
quasi insignifiantes,
et de ce faitdépourvues
designification.
Husson etDjian
[[18],
p.135],
par lacomparaison
detomographies
systé-matiques
delarynx
enphonation,
avaientdéjà
pu conclure à un rôleacoustique
nul ounégligeable.
Ces recherches
expérimentales
mettent fin aux « romans ventriculaires » édifiés dans lepassé,
dont
le dernier en date est
l’hypothèse
d’un rôle de« filtre
passe-bas
»[20].
~i. La classification des voix en étendues vocales.
§ 13.
La remarque fondamentale. - On doita
Bremer la remarque fondamentale
qu’un
tissunerveux
quelconque
nepeut
conduire des influxrythmiques
à unefréquence
supérieure
à celle danslaquelle
deux influx successifs sontséparés
par la durée d’unepériode
réfractaire.L’application
aurécurrent est immédiate : la
fréquence
laplus aiguë
que
peut
atteindre unsujet
en voix depoitrine ( §
5)
est donnée par la relation :
où .~ est la
période
réfractairepratique
de sonrécurrent. Si on mesure l’excitabilité de son
récurrent par sa chronaxie
C,
on a : R = 18C,
d’où la formule fondamentale :
Elle
permet
decalculer,
inversement,
la chro-naxie du récurrent d’unsujet
donné en connaissantla note la
plus aiguë qu’il
peut
émettre en voix depoitrine.
Cette formule
(I),
déjà
trèsremarquable,
con-duisit à chercher à mesurer directement la
chro-naxie du récurrent sur un
sujet
donné. Cetterecher-che
permit
à ChristianChenay [21]
de découvrirrécurrentielle est
égale
à celle du musclesterno-cléido-mastoïdien
(très
facile à mesurerdirec-tement).
Cetteégalité provient
des relationsana-tomiques
étroites et étenduesqui existent,
chezl’homme,
entre les noyaux moteursrécurrentiels,
d’unepart,
et d’autrepart
les noyaux moteursbulbaires et médullaires du
spinal [22, 23, 24, 25].
Par la
suite,
il fut mis en évidence[26]
que desformules
identiques permettaient
decalculer,
àpartir
de la chronaxie récurrentielleC,
la note laplus
grave que lesujet
peut
émettre en voix depoitrine
(II),
ainsi que la note de « passage » sur lesvoyelles
«ouvertes»(III) :
TABLEAU DE CORRESPONDANCE ENTRE LA CHRONAXIE RÉCURRENTIELLE MESURÉE ET LE CLASSEMENT VOCAL TONAL D’UN SUJET
Ce tableau
appelle
les remarques suivantes : 10 Pourchaque
sexe, iln’y
a pas trois(ou quatre)
types
devoix,
mais une infinité formant une suitecontinue. 2° Certaines voix sont « internédiaires »
entre les
types
classiques
admis par lacomposition
musicaletraditionnelle ;
c’est cequi explique
lesdifficultés de classement rencontrées pour certains
sujets.
30 Cette classification n’est relativequ’à
lahauteur
tonale ;
elle nepréjuge
enrien,
ni dutimbre,
ni del’intensité,
de la voix dusujet, qui
dépendent
d’un conditionnementphysiologique
différent[27].
4° Si un homme et une femme dechronaxies récurrentielles
identiques présentent
desétendues vocales exactement
déplacées
d’uneoctave,
c’est que l’homme utilise normalement sonregistre monophasé
(voix
depoitrine),
tandis que la f emme utilise communément sonregistre biphasé
(voix
detête),
dont les limites tonales sont décalées d’une octave( ~ 5,
infinie,
et §
13,
infine).
Pour les
deuxième,
troisième etquatrième
registres,
les mêmes formulessubsistent,
respec-tivementmultipliées par
2,
3 et 4. Nous renvoyonsaux travaux
originaux
pourplus
dedétails,
ainsique pour
l’interprétation physiologique
des coef-ficients18,
32 et 120 de ces formules[26 ].
§
14. Tableau decorrespondance
entre le clas-sement vocal tonal d’unsujet
et son excitabilité récurrentielle. - En 1953 et1954,
des mensurationschronaximétriques systématiques
ont été effectuéessur 110
sujets,
chanteurs et chanteusesprofes-sionnels,
possesseurs de tessitures stabilisées et bien connues. Elles ontpermis
d’établir le tableau repro-duit ci-dessous decorrespondance
entre la chro-naxie récurrentielle d’unsujet
et son classementvocal tonal
[28].
VI. Structure
acoustique
desphonèmes.
9
15. Classification desphonèmes.
- Lespho-nèmes,
ou sons dulangage,
se divisent en deuxtypes
irréductibles : 10 Les sonsvocaliques,
ouvoyelles,
caractérisés par une fourniturelaryngée
énergétiquement
considérable. 20 Les bruitspha-ryngo-buccaux, qui
sont des sons d’écoulement.
engendrés
par l’airexpiré
au passage de certainsétranglements sus-glottiques, accompagnés
de fournitureslaryngées
engénéral
nulles(ou
trèsfaibles) ; parmi
cesderniers,
les seuls usités par unelangue
donnéeprennent
le nom de consonnes.9
16.Composantes
périodiques,
presque-pério-diques,
et aléatoires desphonèmes.
-L’expérience
montre que la fourniture
laryngée
estpériodique
dans la voix
chantée,
etpresque-périodique
au sensparticularité
est due à ce que, dans lechant,
lavibration des cordes vocales est
intégrée
enfré-quence par l’activité nerveuse du cortex auditif.
Dans la voix
parlée,
lesujet
se désintéresse de lahauteur
tonale,
et cetteintégration
cesse ; dèslors,
les salves récurrentielles n’ont
plus
unefréquence
tenue,
et lapériode
vibratoire des cordes vocales fluctue d’unepériode
à l’autre(comme
l’avaitdéjà
observé autrefois Abas[32]
avecétonnement).
Quant
aux sons d’écoulementproduits
au sein dupavillon sus-glottique (du
type
consonnes ouautres),
ils ont une structurealéatoire,
commeMeyer-Eppler
l’a montré dès 1952[33].
Si une
voyelle
estreprésentée
par une suite finiedu
type :
--les
exposants ~1n
sont de la forme27uni
T pour lesvoyelles
chantées depériode T,
et sontquelconques
pour lesvoyelles
parlées :
ces dernières sont donc enprincipe
dépourvues
de hauteur tonale. Enfait,
si on ne considèrequ’un
groupe depériodes
restreint dans unevoyelle
parlée
(d’ailleurs toujours brève),
onpeut
admettre que lesAn
sont de la forme :où les pi sont des entiers et les oci des nombres
voisins,
et une hauteur tonalepeut
apparaître
surla moyenne des oci.
En ce
qui
concerne les sons de structurealéatoire,
on
peut
les étudier en calculant à lenrsujet
uneintégrale
d’auto-corrélation : ’étendue à la durée totale
(ou partielle)
T dupho-nème : sa valeur mettra en évidence le
degré
depseudo-périodicité
qu’il
contient[34].
Ilspeuvent
être classés de ce
point
de vue[30].
§
17. Structurespectrale
desvoyelles.
- Lespremiers
acousticiensqui
se sontpréoccupés
de lastructure
acoustique
desvoyelles
(Helmholtz,
Hermann, Koenig, Pipping,
etc...)
avaientremarqué
que la
prédominance
d’un seul son, de hauteurdéterminée,
dans un soncomplexe
(périodique
ounon),
sufnsaitdéjà
pourimprimer
à cecomplexe
une certaine « vocalité »,c’est-à-dire
uneparenté
.
avec une
voyelle
donnée. Etaient assez bienrepro-duites les
voyelles
fermées « ou » et « i », et lesvoyelles
ouvertes « 0 », « A » et « AIS ». Mais lesautres ne
purent jamais
êtrereproduites
ainsi.Le succès fut atteint d’emblée avec des sons
complexes
présentant
deuxpartiels
prédomi-nants. En choisissant convenablement la hauteur des deuxpartiels
et leurs intensitésrelatives,
toutes les vocalités fondamentalespurent
être repro-duites. On remarqua même que, pourgarder
la même vocalité avec des sonscomplexes
defonda-mentaux
différents,
il suffisait d’assurer aux deuxpartiels prédominants
des hauteurs relativement fixes dans l’échelle absolue des sons. Ce fait futexprimé
en disant quechaque voyelle
estcarac-térisée par deux formants
(ou
régions formantiques)
de hauteur absolues assez bien déterminées. Les
formants relatifs à
chaque voyelle
furent déter-minésexpérimentalement
par ungrand
nombred’auteurs,
soit parl’analyse,
soit parsynthèse,
dontles résultats sont dans l’ensemble
concordants ;
ils16ltv 1 o. e
_
sont donnés par la
figure
10 pour les 10voyelles
principales.
Il estremarquable
que tous les for-mants soientcompris
entre 200 et 2 250cycles.
Lestravaux du Bell
Telephones
Laboratories[35,
36 et37]
et de Winckel[38]
peuvent
êtreconsidérés,
de cepoint
de vue, comme définitifs.Dans
l’analyse
des voix chantéespuissantes,
on met souvent en évidence des
harmoniques
dépassant
2 250cycles,
etpouvant
mêmeatteindre
(et
dépasser)
5 000cycles. L’expérience
montrequ’ils
sont sans influence sur la vocalité ~du son émis : ils ne modifient que son éclat(ou
mordant).
C’est donc à tortqu’ils
sontparfois
désignés
sous les noms de 3e et 4~ formants. Enfait,
ils confèrent à lavoyelle
émise unequalité
qui
n’estplus vocalique.
Ausurplus,
cette limitesupérieure
de 2 250cycles
n’est pas autre choseque la
fréquence
de coupure de la cavitépharyngo-buccale assimilée à un
pavillon.
Pour lesfréquences
inférieures,
l’air vibre enbloc,
et des résonancespeuvent être
accrochées ;
pour desfréquences
supé-rieures,
il y apropagation [[39],
p.374].
9
18. Relations entre la structureacoustique
desvoyelles
et leurgénèse physiologique.
- On saitdepuis longtemps
que les 2 formantsvocaliques
correspondent
aux sons decouplage
du résonateurpendant
laphonation
à travers laglotte
( ~
9).
Lecouplage
de ces deux cavités écarte leurs « sonspropres »
respectifs.
Pour lesvoyelles
« i » et « é», le formant
aigu
est buccal : elles forment la série« antérieure ». Pour les
voyelles
« ouvertes » « A », « AIS », « OE », et « 0 », les deux formants sontpeu écartés. Pour les
voyelles
fermées « eu », « u »,« eau » et « ou », le formant
aigu
estpharyngien :
ellessont dites «
postérieures
»(fig. 10).
Les deuxformants
vocaliques
ont donc pourorigine
laconfi-guration posturale
sus-glottique adjointe
àchaque
instant à la fourniturelaryngée.
Il n’en est
plus
de même desharmoniques
aigu
supérieurs
à 2 250cycles.
Lorsqu’ils apparaissent,
c’estqu’ils
existent intenses dans la fourniturelaryngée.
Ilsproviennent
d’unephase
d’accolement des cordes vocales assezlongue
durantchaque
période
[1],
p.65],
donctémoignent
du tonusglottique.
Liés à desqualités
purement
laryngées,
il n’est pas étonnantqu’ils
soient conditionnés par la constitution endocrinienne dusujet,
et surtoutcortico-surrénalienne
[40, 41].
VII. Réaction des cavités
sus-glottiques
sur la vibration des cordes vocales.
§
19. C’est vers 1932[42, 43]
que la réaction des cavitéssus-glottiques
futinvoquée
pour expliquer les « passages » de lavoix ;
on assimilait alors cetteréaction à celle exercée
périodiquement
par untuyau
sur la hauteur du son émis par l’anche quilui est
adjointe, phénomène
initialement décrit parWien
[44]
et bienanalysé
parAuger
en 1943[45].
On sait maintenant que les passages de la voix
( 9 5)
ont une
génèse neurologique [13],
et n’ont aucunrapport
avec une réactionacoustique
de la cavitépharyngo-buccale
au sens défini ci-dessus.Mais;
enfait,
lesphénomènes
résonantielsqui
ont leur
siège
au sein des cavitéssus-glottiques
exercentcependant
sur le fonctionnementpho-natoire du
larynx plusieurs
types
deréaction,
quenous allons décrire ci-dessous.
§
20. La réactionimpédantielle.
-Lorsqu’un
haut-parleur
débite àtravers unpavillon,
lepremier
se
charge
de toutes lesimpédances
du second([39],
p.
387),
et lelarynx
ne saurait faireexception.
Toute
impédance
transférée par le conduitpharyngo-buccal
sur lelarynx
se manifeste par uneélévation de la
pression intra-glottique,
comme le fait observer Conturie[46],
et celle-ciapparait,
d’unepart
aularyngo-stroboscope
par unevibra-tion
plus ample
des cordes vocales([1],
p.20),
et d’autrepart
sur des clichéstomographiques
par unépaississement
de lapartie
vibrante des cordes vocales(§
11 etfig. 9),
comme l’ont montré des recherches récentes. Cette réaction s’accuse notam-ment : 10Lorsque
la cavité buccale accroche unerésonance assez
marquée
sur unpartiel
laryngien ;
20
lorsque
l’ouverture bucco-labiale diminue.9
21. La réaction excito-réflexe née des sensi-bilités internespharyngo-buccales.
- Un secondphénomène,
distinct duprécédent, prend également
sa source au sein des cavités
sus-glottiques pendant
la
phonation.
Lapression acoustique
développée
dans la bouche(surtout)
et lepharynx
stimule les terminaisons sensibles de la muqueuse, tandis queles vibrations recueillies par le
squelette
naso-facial stimulent les terminaisons sensibles osseuses et tendineuses. Transmises enmajeure partie
par letrijumeau,
ces stimulationsconvergent
sur lafor-mation réticulée facilitatrice
bulbo-protubé-rantielle
[47],
et contribuent à élever à la fois le tonus dusphincter
glottique
et le niveauvigile
dusujet,
comme l’aanalysé
Soulairac[48].
Ces faits ont été mis en évidence à la fois par desexpériences
de stimulationélectrique [49]
et par desépreuves
contraires de cocaïnisation[50].
Ces sensibilités internes ont uneimportance
considérable dans lechant à
grande puissance.
9
22. Les réactionslaryngées
aux stimulations auditives. - Desexpériences
nombreuses ontéga-lement
montré, récemment,
que toute stimulation sonoreparvenant
à l’oreille d’unsujet qui
chante(ou
parle)
exerce une action très nette sur lavibra-tion de ses cordes vocales. Cette
action,
de natureneurologique, emprunte
la voie suivante[51] :
nerfauditif,
noyaux auditifsbulbaires,
substance réti-culéebulbaire,
noyaux sensitifs et moteurs dutrijumeau,
noyaux moteursrécurrentiels,
et muscu-laturelaryngée.
Ses effets sont trèscomplexes
etpeuvent
se résumer comme suit : ~.° Si la stimu-lation est faible et n’intéressequ’une oreille,
elle ne serépercute
que sur la corde vocalehomolatérale ;
si son intensité
croît,
elle serépercute
sur les deuxcordes
[50]. 2°
Si la stimulation esthomorythmique
au son
émis,
elle stabilise la vibrationlaryngée ;
sisa
fréquence
est très peu différente de celle des cordesvocales,
la vibration de celles-cipeut
êtrediversement
perturbée [52].
3° Si le sonpertur-bateur est grave
(moins
de 500cycles),
le tonus dusphincter glottique
estdiminué ;
s’il estaigu
(plus
de 2 000cycles),
le tonus dusphincter laryngien
est accru, comme le montrent desexpériences
deTomatis
[51, 53]
etpourraient l’expliquer
desmesures d’excitabilité récurrentielle de
Chenay [54]
et de Chauchard et Mazoué
[54
bis].
Toutes cesactions se
répercutent
sur le timbre de la voix : nonpas sur son timbre «
vocalique
», mais sur sesqualités laryngées
d’éclat et de mordant(§ 18,
infine).
VIII. Réactions des
qualités
acoustiques
d’une salle sur la vibration des cordes vocales.9
23. Position duproblème.
-Depuis Sabine,
l’acoustique
des salles a faitl’objet
de travauxles conditions
géométriques
etphysiques
suscep-tiblesd’y
assurer une auditionoptima
pour tousgenres de
phénomènes
sonores :chant,
discours,
musiques
diverses,
etc... Ce n’estqu’en
1952qu’est
apparue, en
France,
lapremière
(et
encore laseule)
étude de
l’acoustique
des salles dupoint
de vue duchanteur et de l’orateur
[55],
c’est-à-dire sepréoc-cupant
de définir lesqualités acoustiques
suscep-tibles
d’y
assurer des conditionsphonatoires
optimas.
On sait en effet
qu’un
chanteurpeut
sefatiguer
rapidement
dans une salle oùcependant
l’auditionest
excellente ; inversement,
il existe des théâtres(l’Opéra de Paris par
exemple)
où l’audition estmédiocre,
alors que le chanteur connaît unepleine
euphorie. L’expérience
a d’ailleurs faitconnaître,
depuis longtemps,
que les conditionsphonatoires
lesplus pénibles
ont lieu à l’air libre ou dans les sallesmates ou insonores. A mesure que le
temps
deréverbération T du local
s’élève,
cecaractère pénible
s’atténue
progressivement.
Lesexpériences
faitesen 1951-1952 ont
permis
aux auteurs([55],
p.61)
de dresser le tableau
suivant,
faisant connaître lesconditions
subjectives
de laphonation
en fonctiondu
temps
de réverbération sabinien(en secondes) :
§
24.Analyse physiologique
des eifets observés.- Les conditions
pénibles
oueuphoriques
de laphonation,
selon la réverbération dulocal,
s’expli-quent
entièrement àpartir
des troistypes
de réactionsanalysées
auchapitre
VIIprécédent.
Lorsque
letemps
de réverbérations’abaisse,
il enest de même du niveau
d’énergie
sonore auxenvi-rons du
chanteur ;
l’impédance
du milieupré-buccal diminue ainsi que
l’impédance
de sortie. Dèslors la
pression acoustique
diminue dans la cavitébuccale,
et avec elle la réaction excito-réflexeexercée sur le
sphincter laryngien
(§ 21) :
lesujet
déclare
qu’il
a du « caton dans la bouche », tandisque le mordant de sa voix
disparaît. Conjointement
l’impédance
ramenée sur lelarynx
(§
20) diminue,
et le
sujet perd
son souflle defaçon
incoercible.Phénomènes inverses
lorsque
la réverbération croîtaux alentours du chanteur.
Lorsque
le chanteur estplacé
au milieu(ou
trèsprès)
del’orchestre,
ilpeut
êtregêné
par desdis-sonances
(§ 22,
20).
Mais si lamusique
est bienconsonante,
l’élévation du niveau del’énergie
sonore devant l’orifice buccal
produit
unaccrois-sement de la
pression acoustique intra-buccale,
ceque le chanteur
exprime
en disant que « l’orchestreporte
la voix » ;; de
plus,
l’effet cochléo-récurrentielfacilitateur
(§
22, 30)
peut
se manifesterénergi-quement.
On
peut
également
observer que seulecompte,
pour lechanteur,
la réverbération locale de l’endroitoù il se
trouve,
et non celle de la salle toutentière,
qui
peut
en différer notablement. C’est cequi
explique
l’existence de scènes et de salles de qua-litésinversées,
tant pour l’auditeur que pour le’ chanteur. Un décor très absorbant(rideau
parexemple)
suffit pour rendre laphonation
pénible
sur une
scène,
tandisqu’un
décor réfléchissant assure à la même sciène desqualités
d’euphorie
phonatoire.
On sereportera
au mémoireori-ginal [55]
pour le cas de l’orateur(un
peudifférent)
et de la femme
(qui
chante sur desfréquences
plus
élevées,
comportant
des conditions deréverbé-ration
différentes).
IX. Sur la théorie
mathématique
dularynx.
9
25. La théorie deWegel.
-Wegel
adonné,
FIG. 11.
en 1930
[56],
une théorie de la vibration des cordesvocales