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L’enseignement des sciences en question

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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L’enseignement des sciences en question Introduction par Sylvie Nony

Responsable du groupe Physique Chimie du Snes

Depuis 1999 le Snes a mis en place des Observatoires des contenus, programmes et pratiques dont le travail est alimenté par la réflexion des groupes disciplinaires du secteur « contenus » et par celle de nos Observatoires académiques. Nous souhaitons, avec ces Observatoires articuler au plus près la réflexion syndicale et celle sur les contenus d’enseignement et les pratiques. Nous voulons ainsi éviter de nous situer en réaction à des projets gouvernementaux mais au contraire anticiper et être des interlocuteurs incontournables de notre Ministère.

Nous sommes convaincus, et sans doute nos deux intervenants avec nous, que les savoirs, les contenus enseignés, ne sont pas neutres. Ils ont un effet sur ce que les élèves deviendront. Ils induisent des représentations du savoir et structurent l’acquisition d’une culture commune. Il est donc très important à nos yeux de rechercher des réponses aux questions suivantes :

- quels sont les fondamentaux de telle ou telle discipline, en l’occurrence aujourd’hui, les sciences physiques ?

- qui peut et doit les déterminer ?

- comment intégrer les évolutions des disciplines, sans sombrer dans la spécialisation à outrance ?

- à quel âge peut-on/doit-on acquérir telle ou telle notion ? - comment construire des liens entre les disciplines ?

- comment travailler une notion sur le long terme ? La reprendre à des niveaux ultérieurs sans donner l’impression de toujours redoubler ?

A notre avis ces questions doivent être explorées :

- par des personnes expertes ou qualifiées comme telles

- par les enseignants qui appliquent et transforment les programmes prescrits en quelque chose d’enseigné étant entendu que les enseignants ne font pas qu’appliquer : ils inventent, ils recomposent, ils créent du savoir vivant qui devient une contribution à part entière au savoir savant du champ disciplinaire.

- Par les organisations syndicales. Ces dernières doivent se faire entendre pour que la confrontation des différents points de vue ait lieu en permanence.

L’élaboration des programmes est confiée depuis quelques années à de petits groupes

d’experts dans lesquels la parole de la profession est trop souvent minorée. Les

évolutions des disciplines sont parfois entreprises sans qu’aucun débat préalable n’ait eu

lieu sur les choix à accomplir, et sans qu’aucune évaluation sérieuse de l’existant ne soit

menée. Il n’est pas question pour nous de laisser ce qui fait le coeur de l’enseignement,

devenir un domaine confisqué par quelques experts désignés et n’ayant souvent que peu

de rapport avec les élèves tels qu’ils sont au quotidien dans les classes

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Les récentes intrusions du « politique » dans les choix de contenus à enseigner nous confirment qu’il y a là une importante bataille à mener : loi du 23 février 2005 prônant l’enseignement d’une histoire officielle mettant en avant « le rôle positif de la colonisation», ingérence du Ministre de l’Éducation dans les méthodes pédagogiques d’apprentissage de la lecture. Nous venons de prendre conscience en France qu’il n’est pas impossible que des décisions au plus haut niveau soient prises à l’encontre de tous les résultats de la recherche scientifique. Cette analyse nous a poussés à organiser au mois de mars dernier, une journée avec nos collègues de biologie sur la question de l’enseignement de l’Évolution bien malmenée outre Atlantique (un compte rendu de cette journée est en ligne http://www.snes.edu/observ/spip/article.php3?id_article=620 ).

Jusque là à l’abri de ces vagues médiatiques, l’enseignement des sciences physiques semble être la proie aujourd’hui, de nombreux discours, plus ou moins étayés, mais de plus en plus convergents dont je voudrais dresser un aperçu.

Nous avions il y a trois ans lancé au sein de notre Observatoire une réflexion sur la supposée désaffection des filières scientifiques. Nous avons rencontré à ce sujet un grand nombre de chercheurs (B. Convert), d’experts auteurs de rapports (Porchet, Charvet) ou spécialistes des statistiques du MEN (la DEP) et d’associations.

Ce travail a abouti à la production d’un supplément de notre revue en juin 2004 (en ligne sur http://www.snes.edu/observ/spip/article.php3?id_article=418 ).

Nous y avons établi que la fameuse « désaffection des filières scientifiques » dont on nous rebat les oreilles :

- N’a pas lieu dans l’enseignement secondaire puisque la proportion de bacheliers scientifiques et technologiques de ce domaine reste stable, le nombre absolu étant en diminution essentiellement parce que la population globale de jeunes de cette tranche d’age a diminué, et parce que le nombre de bacheliers

technologiques (à caractère scientifique) a augmenté. En revanche, le phénomène majeur des années qui précède (85-95) est le doublement de la proportion d’une population qui accède au bac. Et, même si le taux d’accès au bac stagne à notre grand regret depuis plusieurs années, les bacheliers S continuent de représenter la moitié des bacheliers généraux.

- Qu’elle a commencé à toucher les enseignements supérieurs universitaires à partir de 95 dans de nombreux pays de l’OCDE qui ont des systèmes éducatifs et des approches de l’enseignement scientifique très divers.

- Que dans le même temps se sont développés dans toutes les universités de France des filières professionalisantes, IUT, licence pro, écoles d’ingénieurs, et simultanément les BTS et les CPGE poursuivaient leur ascension : au final, on assiste à un contournement des premières années de licence scientifique, notamment en sciences physiques où le nombre de filières alternatives à la fac s’est le plus développé.

Il nous paraît alors pour le moins curieux que les analyses si consensuelles qui se développent aujourd’hui ignorent ces faits notoires, pour ne retenir, comme le fait l’UNESCO (voir le portail de l’UNESCO en ligne) que les éléments suivants:

1/ l’enseignement scientifique et technologique (EST) se trouve donc au cœur même du progrès – voire de la survie – de

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l’humanité.

2/ Cependant, ceux qui formeront cette future société humaine – à savoir, les jeunes d’aujourd’hui et même de demain, affichent de moins en moins d’intérêt pour les carrières scientifiques et technologiques.

3/ pour attirer les jeunes à l’EST, un des moyens les plus sûrs était de rapprocher celui-ci de leurs intérêts puisque le reproche principal adressé par la jeunesse à l’EST était son indifférence totale à leurs préoccupations journalières.

4/ Compte tenu de cet état de fait, en matière de l’EST, l’UNESCO favorise une approche intégrée qui rejette l’approche ‘classique’ aux sciences naturelles qui consiste à cantonner hermétiquement les matières dans des catégories comme : physique, chimie, biologie, mathématiques, etc.

Je voudrais seulement m’attarder sur le deuxième point (la journée ne suffira peut-être pas à épuiser les 3 autres…) : le constat du désintérêt des jeunes.

Dans les rapports (Ourisson, Charvet…) qui ont été produits ces dernières années sur la question de la désaffection et dont les conclusions alimentent les discours sur l’enseignement des sciences, un même sondage réalisé par Opinionway à la demande de la Recherche est cité. Ce sondage est utilisé sans plus de

démonstration pour affirmer ce que « tout le monde sait » : les jeunes se désintéressent de la science. Nous sommes donc allés chercher ce fameux sondage puisqu’il s’agissait, finalement de la pièce à conviction majeure : nous avons été étonnés par notre découverte. Ce sondage portait sur 549 personnes qui avaient accepté, moyennant une récompense symbolique d’être régulièrement sondés par ce sondeur par courrier électronique sur toute sorte de sujets. De plus ce sondage révélait que

« 46% des jeunes de 15 à 25 ans pensent que la science présente autant d’inconvénients que d’avantages, 51% qu’elle est dangereuse et 52% peu morale. En outre 50% estiment que les progrès de la science font peser de graves menaces sur l’environnement. Dans le même temps 95% d’entre eux la jugent « fascinante » et tous la jugent utile ».

Il semble tout de même difficile de conclure à un « fort sentiment de

méfiance » sur la base d’item aussi pleins de bon sens que « la science présente autant d’inconvénients que d’avantages ». D’autres enquêtes nous semblent encore aujourd’hui largement instrumentalisés et nous prendrons le temps de faire le point dans la journée de l’enquête PISA.

Il ne s’agit pas pour nous de démontrer que tout va bien. La ségrégation sociale marque encore gravement le choix d’orientation vers l’enseignement scientifique.

Il nous paraît normal que les jeunes ne décident pas tous de poursuivre une

formation scientifique, mais le fait qu’il y ait plus de 10 points d’écart entre la

proportion d’enfants de milieux défavorisés en S et celle de l’ensemble des bacs

technologiques par exemple, révèle que d’autres critères sont à l’œuvre que les

capacités intellectuelles ou le goût des jeunes.

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De plus, l’état de la formation scientifique dans la population, le recours aux pseudosciences, aux croyances de toutes sortes doivent nous alerter.

Alors où sont les alternatives ? Les discours que je viens d’évoquer servent aujourd’hui de justifications pour des dispositifs que nous contestons : l’expérimentation en 6

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et 5

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de sciences intégrées, des Options Sciences qui se multiplient dans certaines académies.

Mais nous voudrions dans cette journée interroger, en amont, avant des dispositifs, les conceptions mêmes de l’enseignement des sciences et des sciences qui sont à l’œuvre.

Quelle articulation entre savoirs scientifiques et épistémologiques, historiques, didactiques et philosophiques ? Doit-on se contenter d’enseigner, de vulgariser, les

« résultats de la science » pour les masses, et de réserver une véritable formation scientifique à ceux qui choisissent cette voie ? Doit-on renoncer à définir des contenus de programme précis pour privilégier une approche pédagogique plus dynamique, susceptible d’éveiller davantage la curiosité des élèves ? Peut-on faire réussir tous les élèves sur des contenus de savoir ambitieux ?

C’est ce que nous avons demandé à nos deux intervenants qui vont exposer leurs approches.

- Edith Saltiel – physicienne et didacticienne- nous présentera les amonts et les attendus de l’opération de la main à la pâte et sa généralisation aux autres niveaux d’enseignement.

- Michel Blay – physicien et historien des sciences- nous présentera sa conception

de l’objet de la physique et des théories de la connaissance qui sont mises en jeu

dans son enseignement.

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