MÉTHODE DIRECTE D’APPRÉCIATION
DU TASSÉ DES TOISONS
P. CHARLET
Maitre de Conférences de Zootechnie à l’Institut National
Agronomique
La densité ou tassé d’une toison est mesurée par le nombre de fibres par unité de surface de la peau : l’unité choisie est, en
général,
le centimètre carré.La connaissance de cette valeur offre un
grand
intérêt pour de nombreuses études. Lapremière
notionqu’elle
donne est celle du nombre de folliculespi-
leux en fonctionnement.
D’après
les travauxanglais (notamment
ceux deMiss
G ALPIN ),
cette valeur varie selon les races et les individus et, pour un mêmeanimal,
avecl’âge,
lesrégions
du corps et la saison. On constateempiri- quement
que la densité varie avec les races, en raison inverse de la finesse moyenne. Au sein d’une même race, cette relation semble moins constante chez les différents individus.Cette même étude de densité
peut permettre,
dans les toisonsjarreuses,
de connaître la
proportion
des fibres normales et despoils
dejarre.
Cette pro-portion peut varier,
pour un mêmeanimal,
avecl’âge
et les conditions de mi- lieu(climat, nourriture, etc.).
C’est encore la mesure
(approchée d’ailleurs)
de la densité ainsi définiequi
apermis
de montrer, que,compte
tenu des facteurs ci-dessus(âge,
condi-tions de
milieu, etc.),
la densité de la toison est un facteur héréditaire.Nous voyons ainsi le
grand
intérêt queprésente
la détermination aussiprécise
quepossible
de cetimportant
facteur.De nombreuses méthodes ont été
proposées
pour mesurer letassé,
que l’onpeut
diviser en deux groupes : celui des méthodes directes et celui des méthodes indirectes.MÉTHODES
INDIRECTESLa
plus classique parmi
cesméthodes,
consiste àévaluer,
d’unepart,
lasurface couverte par la
toison,
et, d’autrepart,
le nombre total de fibres revê- tant cette surface.Nous pouvons,
d’après
lepoids
vif d’unanimal,
obtenir defaçon approxi-
mative la surface
corporelle d’après
la formule(B ROODY )
Par
ailleurs,
nous pouvonsconnaître,
pourchaque
race,exprimée
en%
de la surface
corporelle totale,
la fraction de cette surface recouverte par la toison.Classés par ordre
décroissant,
nous obtenons les résultats suivants : Surface%
de la surface totaleBout du nez seul dénudé a = go (race Mérinos Rambouillet).
Face et pattes dénudées a = 85 (race Ile-de-France).
Tête, cou et ventre a = 75 (Berrichon de l’Indre).
Toison en carapace a = 60 (Lacaune ou Sahune).
La surface couverte
peut
s’obtenir enmultipliant
la surface totale S par le coefficient a de ce tableau.Du
poids
de la toisonexprimée
en laine lavée àfond,
nous passons aupoids par
unité de surface :Les mesures effectuées sur des mèches-échantillons
prélevées
àl’épaule
et à la cuisse nous donnent la finesse moyenne fi- et la
longueur moyenne
1d’une fibre de densité connue D = 1,31
% ( 1 ).
La finesse fi-
correspondant
au diamètre moyen de lafibre,
lepoids
de celle-ci s’obtient par la formule
On en déduit la valeur N du
tassé, qui exprime
le nombre de fibres par unité desurface,
au moyen du calculci-après :
Les erreurs les
plus importantes
sont commises par le calcul de S àpartir
deP : nous avons
personnellement
constaté des erreursatteignant
20%,et
dansl’évaluation de a.
Le Pr A. M. LEROY a ainsi pu montrer les variations considérables du tassé d’une race à l’autre.
Voici
quelques
résultats : (1
) Donnée correspondant à la densité de la laine mesurée dans l’air, dans une
atmosphère
dontle degré d’hygrométrie relative est de 6g ce z,5 %.
Il existe d’autres méthodes
indirectes,
mais leurs résultats sonttoujours approchés.
MÉTHODES DIRECTES
L’on peut
concevoir deuxtypes
de méthodes directes : l’un faitappel
autatouage,
l’autre àl’emploi d’appareils spécialement
conçus.i. - Méthode par tatouage
La méthode par
tatouage
a été mise aupoint
enAngleterre
par HaM-MARD et GALPIN.
L’appareil
se compose d’unepetite plaque
demétal, garnie
de
pointes
acérées d’environ i cm delong, disposées
selon les côtés et les dia-gonales
d’un carré.4secteurs
égaux A, B, C,
D sont ainsi délimités.On tatoue,
après
la tonte, cettefigure
en diverspoints, judicieusement choisis,
de la peau de mouton.Pour savoir
quel
est le nombre de fibres sur chacun desemplacements
dessinés par ce moyen, il suffit de couper avec
soin,
aussiprès
quepossible
de la peau, tous les brins de laine d’un secteur.
L’existence des autres secteurs
permet
de faire d’autresprélèvements
sur des surfaces
identiques,
mais à d’autres intervalles detemps.
Par ce
procédé,
lesprélèvements successifs,
s’ils s’effectuenttoujours
sur la même
portion
de peau, necorrespondent
pastoujours
à des surfacesrigoureusement égales, principalement
s’ils’agit
d’un animal en croissance.Sur les
adultes,
il estpossible
d’observer des déformationsde
lafigure, qui
rendentinegales
les surfaces des divers secteurs.Ajoutons
que cetatouage
ne
peut
pas se faire dans le cas de toisons denses dont les fibres ontdéjà quel-
ques centimètres de
longueur.
Enfin,
les Eleveurs n’aiment pasbeaucoup
que l’on tatoue leursanimaux,
car il
peut
en résulter unedépréciation
de valeur marchande. Or, il est souvent nécessaire de travailler sur destroupeaux privés.
Onpeut disposer, ainsi,
d’uncheptel abondant,
renouvelé àchaque
nouvelle série derecherches, générale-
ment
homogène
et de bonnequalité ;
il ne serait paspossible
d’utiliser un aussigrand
nombre desujets
en se bornant à des observations sur untroupeau expé-
rimental.
2
. - Utilisation
d’appareils spéciaux
Pour les raisons
précédemment exposées,
nous avons étéconduits, depuis
1944
, à étudier un
appareil permettant
de mesurer le tassé sans faireappel
au
tatouage.
Nous avons d’abord utilisé un
premier appareil, qui
nous a servi à mettreau
point
letype
définitif. Nous décrirons successivement les deuxappareils.
Nous avons
pensé qu’une
surfacecarrée,
dei/ 4
decm 2 , pourrait
convenirpour ce genre
d’étude,
car ellepermet d’opérer
desprélèvements nombreux,
sans pour cela
laisser,
sur l’animal enlaine,
des tracestrop apparentes.
Type primitif
Description :
Lepremier appareil
secomposait
de 2 lames minces d’acierde
8/io
de mm, hautes de i à 2 cm, etlongues
de 3 cm, maintenuesparallèles
et à un écartement de
1/2
cm, parrivetage
sur unetige
carrée formant manche.A
1/2
cm de la face intérieure de cettetige,
une encoche surchaque
lame per-mettait d’enfoncer une troisième
lame,
délimitant ainsi le4 e
côté dui/ 4
decm
2
(fig. i).
Mode
opératoire :
W Ouvrir la toison avec lesmains,
en lissant les bords de la fente avec la mainposée
àplat.
2
° Enfoncer à fond
l’appareil
comme unpeigne
dans l’une de ces lèvresou bordure de
laine,
en frottant le bord des lames contre la peau. Il faut queces lames soient aussi
perpendiculaires
quepossible
au bord des lèvres(fig. 2 ).
3
0 Séparer
unemèche
de1/2
cm delarge
et de lalongueur
des dents parun
léger
mouvement vertical depeignage.
4! Délimiter,
dans cettemèche,
unelongueur
de1/2
cm, enenfonçant
la 3e lame dans les encoches. On
sépare,
par unléger
mouvement depeignage
cette
mèche,
que l’on coupe aussiprès
quepossible
de la peau.Inconvénients
Après
usage, nous nous sommes aperçus que l’onpouvait faire,
àl’emploi
de cet
instrument,
lescritiques
suivantes : 1° Erreur de largeur. - L’écartement des deux lames minces ne
peut
être maintenurigoureusement
constant,malgré
l’insertion entre elles d’unmorceau de bois de dimensions convenables pour les
empêcher
de s’écarterpendant
letransport.
Les erreurs entraînées par cetteinégalité
d’écartementpeuvent
atteindre1/2
mm enlargeur
pour une mèche.2
°
Rupture
de fibres. - Lepeignage
des mècheslongues
et tassées par des lames étroitesrompt
aisément des fibres un peu entremêlées à leurpartie
terminale. De
plus,
les encoches à bords vifspeuvent
arracher des fibresqui échappent
ensuite à la mesure.3
°
Erreur deperpendicularité.
- Au cours du deuxièmetemps,
un manque deperpendicularité
entre la direction des lames et le bord de la fente dans la toisonpeut
aussi entraîner une erreur(fig. 3 ).
Dans cecas, les prélèvements
sontfaits sur une surface
trapézoïdale,
et non pas sur la surface carrée désirée.4
0
Erreur delongueur.
- La mise enplace
de la lameséparatrice peut
provoquer un mouvement de
l’appareil,
d’où un excès delongueur
de1/2
mm.Nous avons été
obligés
de renoncer à cetype d’appareil
dont laprécision,
suffisante dans certains cas, ne convenait pas aux travaux que nous désirons
poursuivre
par la suite.Type
définitifNous avons été amenés aux modifications suivantes :
Renforcement des dents formées de deux
tiges
dont la section a la formed’I
/4
de cercle arrondie endessus,
cequi supprime
les encoches. Larigidité
de
l’appareil
estremarquable. Après
2 ansd’usage,
nous n’avons pas constaté de variation dans l’écartement des dents. Leur hauteur moindre -1/2
cmà
peine
-permet
de travailler avec des toisonsayant
moins de 2 cm de lon-gueur
(fig. 4).
Le
risque
derupture
desfibres, signalé
auparagraphe
3, est nettementdiminué par le nouveau
profil
et lasuppression
des encoches.Cette
suppression
des encoches et la nécessité d’éviter l’erreur due à unenfoncement
irrégulier,
nous a conduits à modifier la méthode(fig. 5 ).
Dans le
temps
n° 2, on enfoncel’appareil
sans avoir à sepréoccuper
dela direction ou du
degré
d’enfoncement.Le
temps
n° 3ne subit pas de modification. Il consiste à délimiter une mècheallongée
de1/2
cm delarge
et àdégager
cette mèche des fibres avoisi- nantes.En maintenant par son extrémité la mèche ainsi délimitée entre le pouce et l’index de la main
gauche,
on retirel’appareil puis
on l’enfonceperpendi-
culairement à la
première
direction. Ainsi se trouve délimitée avecprécision
une mèche de
1/2
cm de côté.La seule cause d’erreur réside ici dans le fait que
l’appréciation
d’unedirection
perpendiculaire
à lapremière
sefait
aujugé.
Mais cette cause d’erreurest
pratiquement insignifiante.
Toutes les autres causes d’erreur
précédemment
décrites ont étésuppri-
mées. -
Depuis
4
ans quenous l’utilisons, l’appareil
s’est montrésolide, précis
etd’une
grande simplicité d’emploi.
Numération : La méthode de numération est la même avec les deux appa- reils. On
pèse
la mècheobtenue,
soit P,on
ensépare
unepartie
depoids !.
On
compte
les fibres de cettepartie
choisie aussipetite
quepossible
pour sim-plifier
les numérations. Parexemple,
s’ils’agit
d’une toisonfine,
detype
Méri-nos, l’échantillon destiné à être
compté correspond
au1/4
de l’échantillon total.Lorsqu’il s’agit
d’une toison relativementgrossière,
comme celle desmoutons
Texel,
l’échantillon seraplus important.
Soit n, le nombre de fibres ainsi trouvé. Le nombre de fibres par cm2 sera :Poids de toison
par
unité desurface :
Lepoids
de toison enkg
par m2seraégal
à :P étant
exprimé
en grammes.QUELQUES RÉSULTATS
Il nous a paru intéressant de donner
quelques
résultats obtenus par cette méthode directe sur des toisons de différentes races. Onpeut
les comparer aux résultats obtenus par méthode indirecte(tableau II).
Conclusions
D’après
cequi précède,
nous sommes amenés à penser que la mesure dutassé,
par la méthodedirecte,
doit êtrepréférée
à la méthodeindirecte,
tanten raison de sa commodité
d’emploi
que de saplus grande précision.
INFLUENCE
Di1 POIDSDE
L.,11,NE PARUNITÉ
DESURFACE SUR
LÉ
POIDS TOTAI.DES
TOISONSI,e rôle du tassé et du
poids
de laine par unité de surface dans lepoids
des toisons a été souvent
cité,
par Du!xD!rr notamment. Il nous a paru in- téressantd’appliquer,
dès sa mise aupoint,
la méthodeprécédente
à cetteétude.
Nous avons recherché une race et, au sein de
celle-ci,
untroupeau
trèshomogène quant
à la surface couverte par la toison. Dans cetroupeau
inscrit de la race Texel vivant enplein air,
mode de viequi
élimine unepartie
desvariations de rendement en
augmentant
fortementcelui-ci,
nous avons choisiun
certain
nombre d’animauxd’âge
et de sexe différents :brebis, agnelles,
béliers. Le but a été de voir s’il existait une corrélation entre le
poids
de lainepar unité de surface et le
poids
de la toison à la tonte.Méthodes :
Juste
avant la tonte, lesprélèvements
d’échantillons ont été effectués à l’aide del’appareil précédemment
décrit.L’endroit
choisi était le flanc del’animal,
au niveau de la moitié de la dernièrecôte, région
où les carac-téristiques
des fibres serapprochent
le mieux de celles de l’ensemble de la toison( 1 ).
Celle-ci étaitpesée
aussitôtaprès
la tonte. Les échantillons étaientpesés
lelendemain,
dès leur arrivée auLaboratoire.
Résultats : I,e tableau suivant expose les résultats obtenus.
Le coefficient de corrélation entre le
poids
de laine par unité de surface et lepoids
total des toisons atteinto, 7 q. ±
0,09 résultat hautementsignificatif.
L’écart
indique
une bonnehomogénéité,
si l’on tientcompte
du fait que les toisons ont étépesées
à l’étatbrut,
avec leur suint et lesimpuretés qu’elles
retiennent.
Conclusions : Dans le cas d’un ensemble d’animaux de race pure, c’est- à-dire
ayant
descaractéristiques
lainièreshomogènes
et vivant dans des condi- tionsidentiques
afin d’éliminer les différences dues aux modes devie,
il sembleque c’est la
quantité
de laine par unité de surfacequi
conditionneprincipale-
ment le
poids
de la toison.Des travaux
précédents
ont mis en évidence que lecaractère
«poids
( 1
) Etudes sur la topographie de la toison. Travazsx non publiés.
de toison par unité de surface
» peut
se transmettre par le mécanisme habituel de l’hérédité.Jusqu’ici,
pourapprécier
cecaractère,
il fallait peser la toisonpuis l’animal ;
ce dernier
poids
donnait la surfacecorporelle approchée,
d’où l’on déduisait la surface couverte. Cespesées
ne sont pastoujours
faciles etparfois impossibles
à mener à bien pour un nombre suffisamment élevé d’animaux dans un trou- peau
privé ;
d’autrepart,
ellecomporte
une marge d’erreur considérable attei-gnant parfois
20%.
Au
contraire,
l’utilisation de notreappareil permet
de contrôler ungrand
nombre d’animaux sans
manipulations
difficiles et donne des résultats nette- mentplus précis.
Ainsi,
si lespremières
données sont confirmées par la suite pour d’autres races, ellespourront permettre
d’effectuer sur des basesprécises
des calculs d’héritabilité etainsi,
concourir à orienter la sélection.BIBLIOGRAPHIE
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