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Submitted on 1 Jan 1974
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Dispersion des polaritons ordinaires dans le quartz
S. Biraud-Laval
To cite this version:
S. Biraud-Laval. Dispersion des polaritons ordinaires dans le quartz. Journal de Physique, 1974, 35
(6), pp.513-516. �10.1051/jphys:01974003506051300�. �jpa-00208176�
DISPERSION DES POLARITONS ORDINAIRES DANS LE QUARTZ
S. BIRAUD-LAVAL
(*)
Institut
d’Electronique Fondamentale,
UniversitéParis-XI,
Bâtiment220,
91405Orsay,
France(Reçu
le17 janvier 1974,
révisé le22 février 1974)
Résumé. 2014 L’excitation cohérente des polaritons dans le quartz, par la méthode à deux faisceaux, permet d’obtenir expérimentalement les courbes de dispersion. On en déduit les forces d’oscilla- teurs des modes de type E du quartz. Les valeurs trouvées sont relativement différentes de celles données en spectroscopie infrarouge.
Abstract. 2014 Coherent excitation for polaritons in quartz is obtained by a two-beam method.
We get experimental dispersion curves, from which we calculate the oscillator strength for the E-modes of quartz. Our values are rather different from those given by infrared spectroscopy.
Classification
Physics Abstracts
2.66020138.822
1. Introduction. - Dans un cristal
polaire,
cer-taines vibrations du réseau
s’accompagnent
d’unevariation
périodique
du momentdipolaire
de lamaille élémentaire. Ce moment
dipolaire
introduitun
couplage
entre les vibrationsmécaniques
et unchamp électromagnétique
dans le cristal. Les modes propres dusystème cristal-rayonnement
sont alorsdes modes
couplés ;
lesparticules
associées sont despolaritons
et ont un caractère mixtephoton-phonon.
Nous ne considérerons ici que des
polaritons
associésà des
phonons optiques.
Lorsqu’on
excite de telspolaritons,
leur caractèrephoton correspond
à l’existence d’une onde élec-tromagnétique
de mêmefréquence,
c’est-à-dire dans le domaineinfrarouge [1].
Ceci peut conduire à la réalisation degénérateurs cohérents,
émettant dansl’infrarouge lointain,
et defréquence
continûmentréglable
en utilisant ladispersion
du milieu associéeaux
polaritons.
Pour réaliser une telle source, il faut exciter les
polaritons
defaçon
cohérente.Lorsque
le modeoptique
de vibrations mis enjeu présente
l’activitéRaman,
on peut étudier lespolaritons
par diffusion de la lumière et les exciter defaçon
cohérente par effet Raman stimulé. Mais cela nécessitegénéra-
lement une densité de
puissance
très élevée du faisceau de pompage(quelques
dizaines degigawatts
parcm2)
et le cristal
peut
être détérioré.Pour observer l’effet Raman stimulé avec des densités de
puissance beaucoup plus faibles,
nous(*) Cet article recouvre une partie de la thèse de Doctorat d’Etat
soutenue le 21 juin 1973 à la Faculté des Sciences d’Orsay, Uni-
versité Paris-XI, enregistrée au C. N. R. S. sous le numéro A. 0 . 9199.
avons utilisé une méthode
originale, qui
avait étéproposée
par A. Kastler[2]
pour exciter des ondeshypersonores
dans undiélectrique,
et que nous avonstransposée
à l’excitation des modesoptiques
devibration d’un cristal.
Lorsqu’on
envoie dans le milieu matériel deux faisceaux lumineux cohérents etpuissants,
dont ladifférence de
fréquence
estégale
à lafréquence
despolaritons
que l’on veutengendrer,
l’interactionRaman, correspondant
au schémaphoton
1 -->photon
2 +polariton
est d’emblée stimulée
[3].
Eneffet,
le nombre dephotons Stokes, correspondant
ici au faisceau2,
est
important
dès le début del’interaction,
mêmepour des
puissances
faibles des faisceaux cohérents incidents.L’intensité des
phénomènes
non linéaires mis enjeu
augmentantrapidement
avec lespuissances
inci-dentes,
il fautcependant disposer
de faisceaux assezpuissants
pour étudier lespolaritons
par cette méthode.Nous avons utilisé des
puissances
de l’ordre dumégawatt
parcm2.
L’interaction est mise en évidence par la mesure
des variations de
puissance
des faisceaux lumineux : atténuation du faisceau 1 deplus
hautefréquence
et
amplification
du faisceau 2[4].
On peutégalement
détecter directement le rayonnement
infrarouge
émis
[5].
L’utilisation de la méthode à deux faisceaux pour l’excitation des
polaritons présente
un certain nom-bre
d’avantages
par rapport aux méthodes habi-, tuelles de diffusion Ramanspontanée
ou stimulée.Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphys:01974003506051300
514
L’observation de la diffusion Raman
spontanée
versl’avant,
pour de trèspetits angles
dediffusion,
estdifficile,
alors que la méthode à deux faisceaux permet d’observer lesphénomènes
pour desangles
aussi faibles
qu’on
ledésire,
les deux faisceaux pou- vant même être colinéaires. Le caractère de cohé-rence
pourrait
être obtenu en mettant enjeu
l’effetRaman stimulé
conventionnel,
avec un seul faisceau incident. Mais dans ce cas, l’émission de l’onde Stokes cohérente se fixe d’elle-même à lafréquence
pour
laquelle
legain
est maximum. Par contre, dans la méthode à deuxfaisceaux,
on peut faire varier defaçon
continue la différence defréquence
OJ1 - OJ2 entre les deux faisceaux incidents. On peut donc étudier la raie Raman dans son ensemble.L’interaction est d’autant
plus importante
que w1 - OJ2 estproche
de lafréquence
centrale dumode de vibration considéré.
La méthode à deux faisceaux regroupe donc des avantages de l’un et l’autre types de diffusion
employés
habituellement. Nous avons étudié par cette méthode les
polaritons
dans un cristal de quartz[6].
2.
Dispositif expérimental.
- Pour mettre en oeuvrela méthode à deux
faisceaux,
il fautdisposer
dedeux sources lumineuses cohérentes et
puissantes,
dont l’une au moins est de
fréquence
continûmentréglable.
Les lasers à colorantsrépondent
à cesexigences.
Le schéma du montage est donné par la
figure
1.Deux lasers à colorants sont excités par le même laser à
rubis,
cequi
assure lapuissance
et lasynchro-
nisation des deux
impulsions
émises.FIG. 1. - Dispositif expérimental.
Chaque
cuve de colorant estplacée
dans une cavitérésonnante sélective formée par une fenêtre de la
cuve et un réseau de diffraction
(1 200 traits/mm).
La rotation du réseau permet de faire varier la
longueur
d’onde d’émission du colorant dans une
plage
d’unecentaine
d’Angstrôm
pour une concentration donnée.En
jouant
sur laconcentration,
on obtient une émis-sion cohérente de
longueur
d’onderéglable
entre7 100
Á
et 7 600A
environ. Le colorant utilisé est de l’iodure de 3-3’diéthylthiadicarbocyanine
en solu-tion dans l’éthanol.
Le faisceau émis par le colorant est
polarisé
linéai-rement dans la même direction que la lumière de
pompage délivrée par le laser à rubis. La
polarisation
est donc
réglée en jouant
sur celle du laser à rubis.Elle peut être différente sur les deux voies
grâce
àla lame demi-onde L.
Chaque
laser à colorant délivre desimpulsions
dont la durée à mi-hauteur est de 10 ns, et dont la
puissance
crête est de l’ordre dequelques mégawatts.
La
largeur spectrale
de l’émission est inférieure à0,5 Á.
Pour des écarts en
fréquence
entre les deux fais-ceaux incidents
supérieurs
à 400cm-1,
on peutsimplifier
le montage en n’utilisantqu’un
seul laserà colorant et une fraction de l’émission du laser à rubis.
L’interaction est mise en évidence par mesure de l’atténuation du faisceau de
plus
hautefréquence
ou de
l’amplification
du faisceau deplus
basse fré-quence. Ceci est réalisé par
comparaison
dessignaux
délivrés par les
photodiodes
PD1 etPD2,
lesignal
de la
photodiode
PD1 servant de référence pourchaque
tir laser. Les deuximpulsions
sontphoto- graphiées
sur l’écran d’unoscilloscope
bicanon Tek- tronix555,
pourpouvoir
être ensuite mesurées.L’angle
de diffusion est icil’angle
0 entre les deuxfaisceaux incidents. Cet
angle
estréglable
par rotation dusystème
de renvoi R. Il estajusté
defaçon précise
à l’aide d’une lunette autocollimatrice
(F500
Micro-Contrôle)
dont la rotation est assurée par une vismicrométrique
portant un verniergradué
en minutesd’arc.
3. Résultats
expérimentaux.
- Pourchaque
valeurde
l’angle
de diffusion0,
la direction des vecteurs d’ondek,
etk2
est fixée. La condition de conservation des vecteurs d’onde détermine alors le vecteur d’ondek3
de l’onde depolaritons
forcée par battement entre les faisceaux incidents :L’angle
0 restantfaible,
on peut écrire cette condi- tion :Pour étudier
uniquement
les modes de type E du quartz, on utilise despolarisations
croisées pour les deux faisceaux incidents[7] (axz
ouazx).
Selon lesigne
de nl - n2, on obtient pour 0 = 0 une valeurplus
ou moinsgrande
dek3,
W étant donné. Pour étudier les courbes dedispersion
pour des valeurs dek3
aussi faibles quepossible,
on choisit n 1 - n2 0ce
qui correspond
à unepolarisation
ordinaire du faisceau 1 et unepolarisation
extraordinaire du faisceau 2(axz).
Les faisceaux se propagent dans un
plan
perpen- diculaire à l’axeoptique
Oz.Pour une valeur donnée de
0,
on fait varier la fré- quence W2 de l’un des lasers àcolorant,
cvi 1 étant maintenue fixe.L’amplification
du faisceau2,
deplus
bassefréquence (ou
l’atténuation du faisceau1),
passe par un maximum
lorsque
W = col - W2 varieFIG. 2. - Amplification relative du faisceau 2 en fonction de la
fréquence co = cvl - (J)2. (9 = 5,15° ; w3 = 450 cm-’.)
(Fig. 2).
Lafréquence
W3correspondant
à ce maximumest retenue pour tracer
point
parpoint
les courbes dedispersion W3(O)
despolaritons,
dont on peut facilement déduire les courbesw3(k3).
Nous avons ainsi déterminé
expérimentalement
les courbes de
dispersion
relatives aux modes E duquartz
(polaritons ordinaires)
et observé la diffusionsur les modes
longitudinaux lorsque
leurfréquence
est suffisamment distincte de la
fréquence
trans-versale
correspondante (Fig. 3).
Nos résultats sont en bon accord avec ceux de J.-F.
Scott,
L. E. Cheesman et S. P. S. Porto[8] qui
ont observé les
polaritons
associés aux modes defréquence
transversale1072 cm-1, 797 cm -1
et450
cm-1
par diffusion Ramanspontanée.
Pour des valeurs assez
grandes
del’angle
de diffu-sion
0,
lafréquence
despolaritons
estégale
à lafréquence
transversale wj du mode considéré.Lorsque
W3 = Wj’ le
champ électrique
associé auxpolaritons
est
pratiquement nul,
et on observeuniquement
l’effet Raman dû aux vibrations
mécaniques
duréseau. De la courbe donnant le transfert de
puissance
du faisceau 1 vers le faisceau 2 en fonction de la
fréquence
co(Fig. 2),
onpeut
alors déduire lalargeur
de raie Raman du mode étudié. Il faut pour cela tenir compte des
largeurs spectrales
des deux faisceaux de pompage. Si l’on suppose que larépartition
spec-FIG. 3. - Courbes de dispersion. En pointillés : courbes obtenues
avec les forces d’oscillateurs données par spectroscopie infrarouge.
En traits pleins : courbes obtenues avec les forces d’oscillateurs déterminées par comparaison avec nos points expérimentaux.
trale des raies excitatrices est
lorentzienne,
delargeur 31
etÔ2 respectivement
àmi-hauteur,
onpeut
mon-trer
[6]
que le transfert depuissance
estégalement
donné par une.lorentzienne de
largeur r m
+61
+62’
où
r m
est lalargeur
de raie Raman. Nos valeurs sont peu différentes de celles mesurées en diffusionspontanée [9].
Les résultats sont donnés par le tableau 1.TABLEAU 1
Nous avons de la même
façon
observé les deuxmodes de type
Ai
lesplus
intenses[10]
avec despolarisations parallèles
des deux faisceaux incidents(azz)
et mesuré leslargeurs
de raiescorrespondantes :
4. Discussion. - La courbe de
dispersion
despola-
ritons ordinaires peut être décrite en
première approxi-
LE JOURNAL DE PHYSIQUE. - T. 35, No 6, JUIN 1974
mation par la relation suivante dans
laquelle
toutamortissement est
négligé [11, 12] :
la somme portant sur les 8 modes de type E.
Pour tracer les courbes
théoriques correspondantes,
il faut connaître les valeurs des forces d’oscillateur
Sj
pour les différents modes. Ces forces d’oscillateur ont été déterminées à
partir
de mesures spectrosco-35
516
piques
eninfrarouge.
Pour le quartz, W. G.Spitzer
et D. A. Kleinman
[13]
ont donné les valeurs desforces d’oscillateurs pour les modes de nombres d’onde
supérieurs
à 300 cm-1. Ce sont E. E. Russel et E. E. Bell[14] qui
ont déterminé celles corres-pondant
aux deux modes deplus basse fréquence,
Lorsqu’on
utilise ces valeurs dansl’expression (3),
les courbes
théoriques
obtenues sont assez différentes des résultatsexpérimentaux,
comme le montre lafigure 3,
surlaquelle
ces courbes sont tracées enpointillé.
La détermination
expérimentale
des courbes dedispersion
despolaritons
par diffusion Raman permetd’ajuster
les valeurs des coefficientsSj,
defaçon
àobtenir un accord satisfaisant entre les courbes
expé-
rimentales et les courbes
théoriques
données par(3).
Nous avons pour cela
employé
une méthode numé-rique,
sur ordinateur(Univac 1110), qui
minimisela somme des écarts
quadratiques
entre la courbethéorique
et lespoints expérimentaux (méthode
desmoindres carrés non
linéaire).
Lapulsation m
est lavariable
indépendante.
Pour des raisons inhérentesau programme de
calcul,
nous avons utilisé comme fonction e =k’ C2/w23 plutôt
que le vecteur d’ondek3
lui-même. Le calcul a été fait en tenant compte
éga-
lement des
fréquences
des modeslongitudinaux
obser-vés. Les résultats sont les suivants :
(cmwj-1)
128 265 395 452 702 797 1072 1 163’si
0,007 0,25 0,29 0,60 0,018 0,085 0,33 -ce
qui
les a amenés à modifier les forces d’oscillateurs des modescompris
entre 300cm-1
et 500cm-1,
leurs mesures ne leur permettant pas d’aller au-delà.
On peut considérer que les forces
d’oscillateurs,
déterminées par mesures eninfrarouge,
sont lessuivantes :
Les courbes
correspondantes
sont tracées en traitspleins
sur lafigure
3 pour les sept modes étudiésexpérimentalement.
Cette méthode de détermination des forces d’oscil- lateurs a
l’avantage
de tenir compte de l’ensemble des modes devibration,
lesexpériences
étant faitesdans les mêmes conditions
quelle
que soit lafréquence
des
polaritons
excités dans lemilieu,
paropposition
aux résultats
publiés d’après
les mesures faites eninfrarouge [13, 14].
5. Conclusion. - L’étude
expérimentale
des cour-bes de
dispersion
despolaritons
dans le quartz par diffusion Ramanstimulée,
en utilisant la méthodeà deux
faisceaux,
nous apermis
de mesurer d’une part leslargeurs
de raie Raman des modes de typeE,
et d’autre part de déterminer les forces d’oscillateurs pour ces différents modes.
6. Remerciements. - Je remercie vivement M. R. Reinisch pour sa contribution à l’étude théo-
rique
des courbes dedispersion
despolaritons
etl’exécution des calculs sur l’Univac.
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