Correspondances en Onco-Urologie - Vol. VIII - n° 4 - octobre-novembre-décembre 2017 148
Pr Florence Joly
É d i t o r i a l
Qualité de vie en onco-urologie
Quality of life in genito-urinary oncology
L
’oncologie médicale en urologie a connu de grandes avancées, notamment dans les cancers de la prostate et du rein, sans parler du cancer du testicule. En effet, on peut guérir les cancers du testicule, et le défi à ce jour est de prévenir et/ou d’accompagner les effets indésirables tardifs des traitements afin que les patients puissent préserver une qualité de vie optimale.L’arrivée des hormonothérapies de nouvelle génération a changé le paradigme de la prise en charge du cancer de la prostate métastatique, et de plus en plus de patients (parfois très âgés) peuvent bénéficier de plusieurs lignes
de traitement. Se posent ainsi de nouvelles questions concernant l’observance des thérapies orales, les effets indésirables au long cours et l’impact
de ces traitements sur la qualité de la vie. Au vu de plusieurs options thérapeutiques maintenant disponibles, les différents effets indésirables entrent en ligne de compte dans le choix des traitements.
L’arrivée des thérapies ciblées dans le cancer du rein métastatique a permis aussi de transformer le pronostic de ces patients ; cependant, ces thérapies délivrées sur de longues périodes ne sont pas dénuées d’effets indésirables et doivent toujours être évaluées en termes de rapport bénéfice/risque (efficacité/toxicité/impact sur la qualité de la vie). Ainsi, à titre d’exemple, est aujourd’hui débattue la place d’un traitement adjuvant
par antiangiogénique après chirurgie en situation de cancer du rein localisé (avec des facteurs de mauvais pronostic). Que signifie une augmentation de survie sans progression en l’absence d’une augmentation de survie globale si le traitement induit sur une longue période des effets indésirables divers ayant un impact négatif sur la qualité de la vie ?
En définitive, la prise en charge des patients en oncologie urologique a évolué pour se centrer sur le patient et non plus seulement sur la tumeur,
dans le cadre d’une approche intégrative. L’amélioration de la survie n’est plus un critère unique pour évaluer les traitements. La prise en compte
des différentes dimensions de la santé (mentale, sociale, physique, etc.) et des symptômes (douleurs, fatigue, etc.) est devenue un élément clé pour le patient et le système de santé. Ces paramètres sont maintenant systématiquement inclus dans les essais de développement des nouvelles molécules en onco-urologie en association avec les hypothèses d’efficacité.
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Éditorial
L’ESMO a proposé récemment des recommandations pour évaluer le bénéfice clinique réel des nouvelles innovations médicamenteuses développées dans les essais cliniques en présentant un score incluant, en plus des données de survie, la qualité de la vie et la toxicité. Ainsi, le service rendu d’une nouvelle thérapie est devenu à ce jour important dans un contexte économique difficile.
En effet, un traitement qui ne montrerait qu’un bénéfice tumoral sans preuve de bénéfice clinique pour le patient (durée de vie et/ ou qualité de vie) aurait des difficultés à justifier un service médical rendu suffisant et un niveau de remboursement acceptable.
La qualité de la vie constitue également un moyen de faire de la médecine de précision en adaptant les prises en charge en fonction du niveau
et de l’évolution de la qualité de vie des patients. L’aire de l’“ e-santé” autorise actuellement cette prise en compte pour optimiser les traitements,
les personnaliser, comme cela a été démontré au 53 e congrès américain en oncologie clinique par E.M. Basch et al. (abstr. LBA2) . Simplement en surveillant de façon longitudinale les effets indésirables rapportés par les patients au cours de leur traitement, on peut augmenter la survie globale de plus de 5 mois.
Les différents effets indésirables des traitements et leur impact sur la qualité de la vie sont de mieux en mieux identifiés, et des interventions de prévention et d’action pour les améliorer sont développées. Les soins de support
se structurent dans tous les établissements pratiquant la cancérologie.
Ainsi, en prenant mieux en compte au jour le jour la qualité de la vie, on améliore la prise en charge globale du patient et, on le sait maintenant, on peut améliorer la durée de vie des patients.
Pr Florence Joly Service d’oncologie médicale - recherche clinique, centre François-Baclesse, Caen ;
Inserm U1086, Anticipe, Caen. F. Joly déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.
De l’éditeur
C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès du Pr Frank Bonnetain survenu après la publication du dossier “Qualité de vie en cancérologie” dans La Lettre du Cancérologue.
Nous publions ici, avec émotion, une partie des articles du dossier qu’il avait coordonné avec le Pr Florence Joly.
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