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Texte intégral

(1)

Sou la direction de

N. GAYTBOR, Y. MARGUERAT

&

K. NYASSOGBO

LE CENTENAIRE DE

LOME, CAPITALE DU TOGO ( 18 9 7 - 199 7 )

Actes du colloque de Lomé (3-6 mars 1997)

COLLECTION " P A T RIM O I N ES" n " 7

lP RJ:;5S ES DE L't:JB

(2)

Sous la direction de

N. GAYIBOR, Y. MARGUERAT & K. NYASSOGBO

LE CENTENAIRE DE

LaME, CAPITALE' DU TOGO

(1897-1997)

Actes du colloque de Lomé (3-6 mars 1997)

COLLECTION "PATRIMOINES" n" 7

PRESSES DE

L'UB

Lo:rné,1998

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"PATRIMOINES"

Cette collection "Patrimoines" - au pluriel, car elle est ouverte à toutes les disciplines -'est destinée à mettre àla portée d'un large public (enseignants, étudiants, chercheurs, responsables administratifs, experts, mais aussi simples citoyens curieux de connaître~e,urpays) des résultats de recherche jusqu'ici peu accessibles.

Car beaucoup de travaux de qualité restent confinés à des notes non publiées, àdes mémoires à très faibles tirages, à des articlés de revues dispérsées dans le monde et introuvables au Togo... Bien des travaux, récentso~anciens, disparaissent ainsi des mémoires, alors qu'ils seraient très précieux aux recherches en cours. Bref, on assiste

~un véritable gaspillage des acquis.

C'est pour les sauvegarder qu'a été créée la collection "Patrimoines", pour produire des textes de valeur sous une forme et avec un prix qui soient abordables pour tous.

Jean-Claude BARBIER NicouéL.GAYIBOR Yves MARGUERAT

Cet ouvrage a été publié avec le concours financier de la Délégation de la Commission européenne au Togo, dans le cadre de la célébration du centenaire de Lomé, capitale du Togo .. l'événement a donné lieu à la tenue d'un colloque international (dont le présent volume publie les actes), financé par:

- La Mission Française de Coopération et d'Action Culturelle au Togo - La Délégation de la Commission européenne au Togo

- [; 'Ambassade d'Allemagne au Togo - Le Goethe Institut

- L 'ORSTOM - Paris

- Le Ministère de l'Education Nationale et de la Recherche - L 'Hôtel de ville de Lomé

- L'Université du Bénin

©PRESSES DE L'DB, Lomé 1998 BP.1515 Lomé-Togo ISBN 2-90-9886-38-7

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~aiftrlldJtr. inbc!i~auplmQnn Uan t'aga.

...

1~

TRADUCTION LeChef de l'Administration Impériale

du Territoire du Togo

Communiqué(l) .

Par la présente, le chef-lieu de l'administration territoriale est . transféré ce jour de SebbéàLomé.

Lomé, le 6 mais 1897

LeChef de l'administration Üttpériale du territoire

Kôhle~

(1) Acte fondateur par lequel August Kahler rend publique là d6cision de transfert delacapitaleduTogo allemand de Zéb6àLom6. Source: ANT 20 133, feuillet 12.

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Le centenaire de Lomé. capitale du Togo.

AVANT-PROPOS Le coHoque de Lomé

(3-6

mars

1997)

1 -ORGANISATION ET BUTS DU COLLOQUE

Pour commémorer les cent ans de la ville de Lomé en tant que capitale du Togo, IUniversité du Bénin, en collaboration avec l'Hôtel de ville de Lomé et l'Institut Goethe, a organisé du 3 au 6 mars 1997 un colloque international, commémoratif et prospectif, pour étudier les origines de Lomé.et son développement, particulièrement au cours de ces 100 dernières années en tant que capitale, afin de mesurer et d'analyser le chemin parcouru et de tracer des perspectives d'avenir pour le mieux-être des générations futures de Loméens.

Les participants à ce colloque international -une centaine environ- sont venus d'Allemagne, du Bénin, du Cameroun, de Côte d'Ivoire, de France, du Niger, du Sénégal et bien sûr du Togo. Leurs domaines de compétence couvrent toutes les branches de la connaissance relative au domaine urbain. Outre des }llliversitaires (étudiant,> et professeurs), le colloque a connu la participation active des hommes de terrain, provenant des services techniques de l'urbanisme, de l'habitat, du logement, de la décentralisation, de la mmlicipalité et d'mle association de développement de Lomé, ainsi que de simples citadins. Tous ensemble, ils ont euà étudier l'histoire de la ville de Lomé, à analyser sa croissance, à identifier les auteurs et les acteurs de cette croissance, à discuter des problèmes liés à l'urb:Ulisation rapide de la ville (assainissement, logement, transport, emploi, éducation, santé, etc.) et à leur chercher des solutions concrètes, dans la pcrspective du développement urbain pour le XXIè siècle.

Les principaux thèmes du colloque ont été traités en séances pléilières et par des ateliers centrés sur les point'> suivants:

- Lomé-capitale : L'héritage du passé - Ville et environnement

- Ladynamique urbaine - Fonctions et activités urbaines - La ville et l'arbre

- Ville, arts et littérature - Questions de population - Perspectives de développement

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Il Yeut au total soixante-sept conununications, regroupées en vingt séances.

Dans le cadre du colloque, une visite guidée de la ville de Lomé et celle du site des anciennes capitales (Baguida et Zébé), ainsi que celle du chantier de rénovation de la cathédrale (construite au début du siècle) ont permis de prendre la mesure des réalités historiques et présentes du terrain. En marge du collo.que, les participants ont assisté à la projection d'un film etlmographique tourné au rogo par Hans Schomburgk en 191311914(1), ainsi qu'au vernissage d'une exposition inédite des oeuvres du peintre Ernst Vollbehr réalisées au Togo en février-mars 1914. Les organisateurs du colloque ont ouvert un stand d'exposition d'ouvrages sur Lomé et d'objets-souvenirs sur le centenaire.

ll-LESTRAVAUXDUCOLLOQUE

1.La séance inaugurale

Elle a été précédée parlacérémome solennelle d'ouverture, placée sous la présidence effective de Mon.'>ieur le Ministre de l'Education nationale et de la Recherche, au Centre culturë1 français le lundi 3 mars 1997 à 9 heures..

Lestravaux en séance plénière inaugurale, axés sur quatre communications suivies de discussions, ont permis de fixer le cadre général des tt:avaux en ateliers, notamment la clarification des notions de "ville" et de "capitale", l'analyse de l'histoire urbaine en rapport avec l'urbanisme, l'étude du développement urbain en Afrique occidentale, et enfin les raison.'> historiques qui ont poussé l'administration coloniale allemandeà transférer en 1897 la capitale de lacoJoni~de ZébéàLomé.

Il ressort de ces diversescommunicatiOl~sque le premier changement de capitale opéré par le commissaire impérial allemand Ernst Falkenthal en déménageant de Baguidaà Zébé en 1885 avait été une décision subjective et hâtive. Par contre, le transfert de ZébéàLomé, le 6 mars 1897, décidé et exécuté par August KôWer, avait été préparé par ses prédécesseurs (Jesko von Puttkamer et Eugen von Zimmerer) et répondaitàdes raisons objectives:

- accès facile de Lomé vers l'hinterland (en cours de conquête), - économie de Lomé en plein essor,

- site de Lomé plus favorableàl'extension urbaine...

De ce point de vue, Lomé comme capitale a répondu aux attentes de l'époque. Mais aujourd'hui, dans le contexte de la démographie galopante des villes africaines, elle doit faire face à de nouveaux défis : rester capitale, sans pour autant devenir une ville macrocéphale ; être un moteur de l'économie togolaise sans devenir une oasis de prospérité dans un désert togolais; demeurer une cité moderne sans se transformer en

(1) Voir Une actrice de cinéma dans la brousse du Nord-Togo, Raho et PUB, Collection "Les Chroniques anciennes du Togo" n· 6, Lomé,1997, 275 p.

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ghetto social pOlU" ses habitants; améliorer le cadre de vie en préservant l'environnement pour garantir l'avenir des Loméens de demain.

2. Les travaux en ateliers

L'atelier "Lomé la capitale : héritage du passé" a pennis de passer en revue l'histoire de Lomé, d'analyser les grandes. mutations de la ville et de relever les survivances de chaque époque. Des travaux de cet atelier,ilressort que, même si Lomé est la capitale du Togo depuis 1897, sa naissance est bien antérieureàcette date et remonte probablement

à

la [m du XVIIè ou au début du XVIIlè siècle. Du point de vue du toponyme, les traditions orales donnent plusieurs versions, parfois contradictoires, qui confirment l'hypothèse de la présence de plusieurs populationsallochton~ssur le site. La localité doit sa "deuxième naissance" àl'essor économique des factoreries installées sur la plage du village de Bè dans le dernier quart du XIXè siècle (d'où le nom de "Bey-Beach" donné alorsàcette place commerciale par les Européens). L'avènement du proteëtorat allemand, en juillet 1884, donna un coup de fouetàl'évolution urbaine qui fit de Lomé, en 1897, la troisième capitale de la colonie allemande du Togo; depuis lors, la ville a conservé ce rangàtravers toutes les étapes de l'histoire de ce pays. Dans le sillage de ses propres mutations sur les plans administratif, juridique, politique, économique, social et territorial, elle a entraîné plusieurs autres villes togolaises. Elle- draine, par ses infrastructures, les principales ressources naturelles du pays, sans oublier les hommes. Elle est aujourd'hui la porte du Togo sur le monde et la porte océane du Sahel. Le fait qu'elle ait donné son nomà plusieurs conventions ACP/CEE lui fait nourrir des ambitions légitimes de "capitale de la coopération entre le Nord et le Sud", rôle pour lequel elle doit mieux se préparer. L'exemple d'une autre capitale ouest- africaine, Abidjan, a fait mieux comprendre la singurarité de chaque ville. .

L'atelier "Histoire et environnement: la ville et l'arbre", qui s'est tenuàl'Institut Goethe, a mis en relief les fonctions multiples de l'arbre dans la ville et a rappelé que Lomé tire son nom d'une forêt et a connu, dès le début de la colonisation allemande, la tradition de planter sytématiquement des arbr:.e.s fruitiers et d'aménager des allées ombragées. Dès 1898,

un.

jardin botanique expériinental fut en ef~etaménagé sur le plateau de Tokoin, entre la route de Kpalimé et la frontière du Ghana actuel, sous la responsabilité d'un jardinier allemand.Cecouvert végétal a malheureusement disparu, les arbres abattus n'étant pas remplacés. L'absence de politique de reboisement ne laisse pas entrevoir une solution dans l'immédiat. Une communication sur Niamey a montré que cette dernière ville peut être cQnsidérée conmle "une oasis de verdure", exemple dont Lomé pourrait s'inspirer.

Dans l'atelier "Ville et environnement", les problèmes. d'environnement et d'assaini'>Sement dansles villes africaines en général etàLomé en particulier ont dominé les travaux. Les communications ont permis de constater les contraintes liées au site de Lomé et la dégradation du couvert végétal naturel (rétrécissement de la forêt sacrée de Bè, disparition des parcs et jardins publics, inondation, etc.). Les problèmes des villes- soeurs telles que Cotonou, Porto-Novo, NiarrÎey, Dakar et Yaoundé ont pèrmis de faire des comparaisons avec la situationàLomé. Il a été proposé la prise en compte des

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paramètres naturels et environnementaux dails les plans d'aménagement urbain, ainsi que la sensibilisation des populations pour la protection de l'environnement urbain.

Les communications sur le tllt:me "La dynamique urbaine: logiques spécifiques"

ont montré que Lomé est une ville "pas comme les autres" pour plusieurs raisons: le croisement culturel sur les côtes ouest-africainesàla fm du XIXè et au début du XXè siècle semble avoir trouvé à Lomé uncreuset dans lequel plusieurs peupks européens (Portugais, Anglais, Allemands, Français) et inmligrés africains ont appris à vivre avec les autochton~s ~ans ségrégation raciale légale (conune en Afrique orientale, par exemple). CecI a conduit à un métissage cultw"el très marqué etàune coopération sur tous les plans, en particulier sodo-économique. La situation de "ville-frontière" est aussi une particularité de Lomé qui implique des effets politiques, économiques et sociaux multiples. Par ailleurs, la péri-urbanisation rapide ne respecte aucun plan d'urbanisme et ne s'accompagne pas d'une intégration humaine effective des populations des villages absorbés, ce qui entraîne une marginalisation de ces populations, qui ne se sentent guère concernées par les problèmes de la ville. Enfm, l'explosion spatiale a fait disparaître les facteurs de sociabilité. On observe cependant des permanences culturelles et des spécificités économiques (telles que le conunerce essentiellement féminin, en particulier celui des "nana benz"). Toutefois, si la comparaison avec plusieurs villes-soeurs ouest- africaines prouve que Lomé possède des spécificités, celles-ci ne sont pas enêore suffisamment prises en compte dans la gestion des paranlètres du développement ürbain. La croissance spectaculaire du territoire COll1}l~unal, ainsi que cell/? de la population citadine au cours de ces dernières années, ont entraîné de sérieuses difficultés dans l'anlénagement et l'équip~nient du cadre urbain. Il devient par conséquent urgent de prendre les dimensions plurielles des problèmes afm de rendre la ville aux citadins et de la récl)J]dlier avec ses habitants, qUI doivent être responsabilisés et impliqués dans sa gestion'au quotidien.

L'atelier consacré aux problèmes fonciers a confmné la spécificité de Lomé en ce qui concerne les pratiques loncières : la terre appartient aux particuli~rset, même à l'époque coloniale, le marché inunobilier était resté libéral; même l'Etat devait acheter auprès des propriétaires les terrains dont il avait hesoin ponr installer les bureaux de son administration. Cette pratique, très ancienne et solidement établie, est un atout pour les Lomécns, mais est aussi àl'origine des principaux problèmes rencontrésal~jourd'huipar la Direction générale de l'Urbanisme ct de l'Habitat (DOUR) pour la réalisation de ses plans d'urbanisme et d'anlénagement de l'espace cOllIDlunal. C'est aussi la cause de beaucoup d'abus et de scandalesdansla vente et l'acquisition des terrainsàLomé et dans ses environs. C'est sans doute aussi cette pratique qui conduit les populations loméennes à ilégliger le patrimoine architectural commun que sont les sites naturels urbains (plages, lagunes et bâtiments anciens, publics ou privés). Une politique de conservation de ce riche patrimoine s'impose.

Les "questions de population" ont traité des problèmes de croissance démographique et de la dynanlique du peuplementàLomé. On y a souûgné que, selon une étude menée sur la période de 1960 à 1990 en Af}:ique de l'Ouest, Lomé se situe dans la partie qui concentre les principaux pôlt:s de croissance urbaine, dansunt:zone côtière et sonarrière-pay~immédiat où l'on notetilleforte densité de population, un

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taux élevé d'urbanisation et de croissance démographique; selon cette étude, l'explosion démographique de Lomé a eu lieu au cours des 30 dernières années, même si on y observe actuellementlmralentissement ainsi qu'un rythme de croissance plus rapide des villes secondaires. Selon les estimations, Lomé, aujourd'hui millionnaire, dépassera largement les 2 millions d'habitants en l'an 2020 ; elle avoisinera même rapidement les 3 millions. Ceci appelle une prise de conscience des enjeux d'une telle évolution: où vivront alors les Loméennes et les Loméens ? Quelle politique faut-il envisager? Quels investissements faut-il réali<;er pour gérer l'accueil de ces futurs habitants de la capitale?

Le défi principal que la ville dèvra relever est de maintenir le progrès sur le plan de la croissance du développement social.

On a aussi insisté sur la place trop marginale de la femme dans la vie actuelle de Lomé,à l'image d'ailleurs de la p'lace de la femme dans la vie de la nation togolaise en générdI (faible taux de scolarisation de.lqjeune fille, faible représentativité des femmes dans les instances politiquesd~décision, etc.).

L'atelier "Fonctions et activités urbaines" a passé en revue les fonctions essèntielles (politico-administratives, économiques, sociales et culturelles) d'une ville, aussi bienà Lomé que dans des villes comme Cotonou, Porto-Novo et Abidjan. On y a constaté que la croissance socio-économique et spatiale a pour conséquence un dynamisme qui fait de la capitale une ville-phare attirant les hommes et les activités de tous genres et de tous horizons. On y a surtout souligné la fonction de transit de la ville de Lomé pour les pays de la sous-région (port et aéroport, transports terrestres, ete.) et sa fonction socio-culturelle (concentration de l'enseignement public et privé, donc formation des élites dans la capitale, création d'oeuvres architecturales dans le paysage urbain). L'atelier a abordé aussi d'autres aspects tels que l'apport des communautés religieuses (notamment chrétienne et musulmane)à la vie culturelle de la capitale.

L'atelier "Ville, arts et Littérature" a été marqué par un exposé agrémenté d'images relativesà la restauratiOil de la cathédrale de Lomé (un monument historique emblématique de la capitale), ainsi que des communications sur Lomé vue par la littérature allemande et togolaise.

L'une des originalités du colloque fut l'atelier "Perspectives de développement de Lomé", dont l'objectif était de dépasser le simple cadre des constats et des analyses théoriques pour déboucher sur des projets concrets susceptibles d'améliorer la gestion de la capitale et la vie quotidienne de ses habitant<;. Les travaux de cet atelier ont abouti ùl'identification de six projets prioritaires préalablement étudiés par des hommes de terrain et présentés en séance plénière avant la clôture du colloque.

III - PROJETS PROPOSÉS

Les participants au colloque international de Lomé ont euàétudier six projets susceptibles d'apporter des solutionsà certains problèmes de la capitale. Ces projets ont été élaborés par la Direction générale de l'Urbanisme et de l'Habitat (DGUH) et l'Ecole africaine des Métiers de l'Architecture et de l'Urbanisme (EAMAU).

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1.Projet de Lotissements concertés

Le système actuel d'exécution des lotisselnenl'; échappe totalement aux services techniques de l'Etat et hypothèque gravement le devenir des villes togolaises en général et de la capitale en particulier. Le "Projet de lotissements concertés" a pour objet de freiner le développement anarchique de la ville, notanunent par l'identificatiOn de zones à urbaniser en priorité.C'e~tun cadre de concertation entre les différent,; acteurs du système foncier.

2. Projet de matériaux de construction à coût réduit

ùi'

crise du logement étant en partie liée au coût éfevé desmatériau~de construction importés et aux techniques anciennes de mise en oeuvre, le projet relatif aux matériaux de construction à coût réduit propose la vulgarisation de ces nouveaux matériaux, àinsi que des techniques de leur utilistion, notunment par la formation de techniciens dans ce domaine.

3. Projet d'aménagement d'un parc public

Lomé manquè cruellement d'espaces vert,;, .facteur d'é'quilibre physique et mental en milieu urbain. La création d'au moinslm parc public pour la détente du corps et de l'esprit est un besoin inlpératif ùe la population. On pourrait en créer un, par exemple, sur les espaces remblayés de la lagune; avec une participation active de la population dans sa réalisation et daùs sa gestion. .

4. Pfojet de construction d'un marché moderne au quartier Gbadago

L'actuel marché de Tokoin-Gbadago constitue un important relais entre les marchés de Hanoukopé et de Gbossimé et mérite d'être aménagé pour mieux répondreàson rôle d'approvisionnement et de redistribution. Cet aménagement figure parmi les priorités majeures des populations et de la nllmicipalité. Les propositions d'aménagement doivent tenir compte des différentes activités marchandes et des équipements d'accompagne- mentàintégrer au marché.

S. Projet d'aménagement d'une zone péri-urbaineàDévégo

Dévégo, village de la zone péri-urbaine riveraine de la plaine d'inondation du Zio, est fortement marqué par les· activités de maralchage et de· pêche, particulièrement importantes pour l'approvisionnement de la· capitale. Le projet de développement envisagéàcet endroit est destinéàdéfmÎr les zones urbanisables et non urbanisabJes, afin de créer une localité suburbaine harmonieusement intégrée à la capitale, notamment par les activités économiques de ses habitant,;, la qualité de l'habitat~tla rapidité des

liaisons par des transports adéqliats. .

IO

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6. Projet d'appui à la capacité d'intervention de la DGUH.

La forte centralisation des services de la DGUH à Lomé constitue Wl sérieux handicap dans l'accomplissement de sa mission qui est d'améliorer le cadre de vie des populations urbaines du Togo tout entier. Le projet d'appuiàla capacité d'intervention de cette institution consisteàla doter des ressources humaines et fmancières nécessaires, à mettre en place les mesures institutionnelles pouvant lui permettre la déconcentration de ses structures et la mise en application d'Wle politique de décentralisation de la planification urbaine. Les premières villes bénéficiaires de ce projet sont Kpalimé, Atakpamé, Sokodé, Kara et Dapaong.

CONCLUSION

Dans la coopération Nord-Sud, la croissance spectaculaire des villes du Sud est l'événement majeur auquel la commWlauté internationale est confrontée, parce qu'elle engendre de graves problèmes d'emploi, de logement, de transport, de dégradation de l'environnement, d'extension de la pauvreté, de recrudescencc de la violence et de la criminalité, etc. Les conditions de vie des Loméennes et des Loméens ont préoccupé tout le monde au cours de ce colloque, qui a permis de réfléchir sur l'avenir et d'observer que Lomé, capitale du Togo, décrite parH. Seidel en 1898 comme "une illustration de la civilisation en Afrique de l'Ouest", manifeste l'ambition d'être aujourd'hui la vitrine du Togo et Wle ville-phare dans le sous-continent. Toutefois, elle reflète, parfois d'Wle manière àiguë, les principaux problèmes des grandes villes africaines; elle a pourtant des spécificités qui, si elles sont bien identifiées et bien gérées, éviteront le gigantisme incontrôlé qui fait de plusieurs métropoles des villes où, au lieu de vivre, on ne peut plus que survivre.Lapopulation de Lomé est déjà estiméeàplus d'Wl million d'habitants pour l'an 2000. Pour cela, la maîtrise de l'alhénagement urbain par les praticiens devrait être précédée et accçmpagnée de recherches et d'enseignements pluridisciplinaires centrés sur les problèmes delaville. L'Université du Bénin, organisatrice de ce colloque, . possède les ressources humaines pour assurer ces recherches et ces enseignements, en

collaboration avec l'EAMAU et les Wliversités-soeurs d'Afrique et d'Europe.

Les éditeurs

NB. Les textes sur les pratiques foncières feront l'objet d'Wle publicationà part.

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COMITE D'ORGANISATION -MM. NYASSOGBO Gabriel, UB

GAYIBOR Nicoué, UB TCHAMIÉ Thiou, UB GOEH-AKUÉ Michel, UB

OLOUKPONA-YINNON Paulin, UB AMEDOMÉ Louis, Hôtel de ville

: Président : Membre : Membre : Membre : Membre

;1'1

embre

COMITE SCIENTIFIQUE -M.

-Mme -MM.

GAYIBOR Nicoué

COQUERY-VIDROVITCH Catherine

MARGUERAT Yves .

COQUERY Michel BOLOUVI Lébéné LE BRIS Emile Von TROTHA Trutz

: Président : Membre : Membre : Membre : Membre : Membre : Membre

RAPPORTEUR GENERAL: OLOUKPONA-YINNON Paulin

12

(13)

Le centenaire de Lomé, capitale du Togo.

SEANCE INTRODUCTIVE

(14)
(15)

Le centenaire de Lomé. capitale du Togo. pp. 15-32

1

QU'EST-CE QU'UNE CAPITALE?

ESSAl DE DEFINITION

Gabriel Kwami NYASSOGBO Département de Géographie Université du Bénin Lomé

L'idée que l'on se fait généralement de la capitale d'un empire, d'un royaume ou d'un Etatn~oderne,est celle de grandeur et de beauté. La capitale serait la villelaplus importante et la plus belle d'un pays.

Lacapitale est intimement liée à la présence du pouvoir que symbolise le souverain, ou le chef de l'Etat. Lanotion de pouvoir explique la grandeur et la beauté d'une capitale, où s'élaborent et se prennent les décisions. Elle a donc des caractéristiques et des fonctions particulières qui la distinguent nettement des autres villes, sur lesquelles elle a lille certaine "primauté", une certaine "prééminence". "Ce n'est pas une ville conmie les autres" (Quesnel 1993 : 95).

L'implantation tient compte de plu..<;ieurs critères, dont les plus déterminants sont les conditions gt'.ographique..<;, l'histoire, la politique et l'économie. Il n'est donc pas étonnant que des régimes, pour telle ou telle raison, décident à un moment donné le transfert de leur capitale. Les exemples sont nombreux en Amérique latine (Hardoye 1993) et en Afrique (Marguerat 1991). Aucune région du monde n'en est épargnée.

Les fonctions liées au pouvoir peuvent être dispersées entre deux, ou même parfois trois villes. La Suisse et l'Afrique du Sud offrent des exemples remarquables dans ce domaine. Dans le premier pays, "le gouvernement et le parlement sontà Berne, le tribunal fédéral est à Lausanne et à Lucerne celui des assurances", tandis qu'en Afrique du Sud, "le siège du gouvernement est à Prétoria et le siège du parlement à Cape Town"

(Raffestin 1993,: 10).

Lieu de prise de décision, résidence du chef de l'Etat ou du souverain et "centre des activités gouvernementales" (Delpérée 1993 : 130), la capitale est un "phénomène complexe" (Raffestin) qui joue principalement le rôle de contrôle et de commandement du territoire national. Elle s'identifie volontiers à l'Etat et à la nation grâce à ses symboles età ses rites (Rapoport 1993).

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1 - DEFINIR UNE CAPITALE ?

A - La capitale s'identifie à la tête d'un être vivant

Etymologiquement, le mot "capitale" en français dérive du latin"capitalis ",issu lui- mênie de la racine (toujoms latine)"caput"(tête). C'est "une ellipse de l'expression ville- capitale", devenue tout simplement "capitale" à paf!ir du XVIIè siècle (Raffestin 1993 : 7). Aladifférence du français, la langue, anglaise a conservé l'expression"capital city"

(Ville-eapitale). On retrouve la même structure en allemand avec les deux mots "tête" et

"ville", ''Hauptstadt'',dans lequeldas Hauptsignifie la tête,die Stadt,la ville.

A partir de cette origine étymologique, on peut dire quelacapitale d'un pays serait la tête d'un être vivant, comparé à l'Etat. C'est cette tête pensante qui prendrait des décisionsetdonnerait des ordres aux autres parties du corps, à savoir les autres villes (moyennes et petites) et les différentes régions du pays. La fonction de

"commandement" apparaît déjà dans les attributs d'une capitale.

B - La capitale, résidence du souverain et siège du pouvoir

Généralement, la capitale est le lieu où réside le souverain: empereur, roi ou, de plus . en plus de nos jours, le président de la République. C'est donc le siège du gouvernement, symbole du pouvoir. Lieu d'élaboration et de prise de décision, elle est aussi lieu d'exercice de ce pouvoir. On comprend msément la bravoure avec laquelle les tapitales sont défendues contre les agresseurs extérieurs. Quand la capitale tombe, c'est tout le territoire qui tombe, avec tous ses symboles. C'est pour cela quedanscertains royaumes, le palais du souverain est construit à quelque distance du centre, sur un site d'accès difficile. Pour Cathérine Coquery-Vidroviteh, pas de "ville dans des sociétés dites"sans-Etat", c'est-à-dire où les équilibres ne reposaient que sur des liens lignagers"

(1995: 51).

Intimement liée au souverain qui y réside, la ville principale peut momentanément se déplacer à l'occasion du voyage du chef de l'Etat "La capitale estlàoù se trouve M.

Clinton, qui, en catastrophe, peut être appelé à prendre une décision d'importance même s'il est en visite à l'étranger. Il en va de même pour M. Yeltsin ou M. Mitterrand. C'est, sans nul doute, moins net pour un président d'Etatafricainou latino-américain, qui n'a pas à sa disposition l'arsenal technique des grandes nations. En effet, paradoxalement, ce sont les moyens de communication ultra-perfectionnés qui, occasionnellemen~

recréent le "nomadisme" de la capitale" (Raffestin : 11). Une ville qui accueille un gouvernement en exil devient à l'occasion la capitale du pays dont se réclame ce type de gouvernement particulier. Londres, d'où le général de Gaulle avait lancé son célèbre appel du 18 juin 1940, n'était pluslacapitale de la seule Grande-Bretagne, mais aussi celle de la France libre, en attendant que ce fût Brazzaville, puis Alger.

En dernière analyse, on peut dire que la capitale d'un Etat, c'est la tête du pays. C'est elle qui prend les décisions et donne des impulsions aux autres villes et régions. C'est donc elle qui contrôle et organise le territoire, redistribue les ressources suivant les besoins de chaque ville ou région. C'est pourquoi Michel Rochefort (1972 : 141) voit

]6

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dans la capitale africaine la "grande ville dirigeante", "où se trouvent les pouvoirs de décision pour la vie économique et sociale de l'espace national". A l'opposé de cette catégorie de grandes villes,ildistingue "les villes encadrantes", c'est-à-dire les petites et moyennes villes plus directement en contact avec le milieu rural. Leur rôle est purement

"local" ou "régional". Dans la capitale sont localisées toutes les fonctions de direction danstous les secteurs de la vie nationale. C'estàjuste titre que Gilles Sautter défInit la grande ville comme "tête !le réseau", "charnière ou point de passage obligé" (1982 : 9).

Quelles sontàprésent les caractéristiques d'une capitale?

II - "UNE CAPITALE N'EST PAS UNE VILLE COMME LES AUTRES"

La présence du pouvoir dans la capitale lui confère l'hégémonie sur les autres villes.

Outre les fonctions de commandement ou de direction que nous verrons plus bas, l'hégémonie se traduit par lagrande~et la beauté. Etreàla tête de la nation la plus puissante, résider dans la plus grande et la plus luxueuse des capitales, tel est le rêve de tout dirigeant, même du plus minuscule Etat de la planète.

A - La capitale est la plus grande viDe d'un pays

Un coup d'oeil rapide sur la carte politique du monde révèle que d'une façon générale, saufdans des cas rares, la capitale est la ville la plus grande, la plus importante d'un pays. Selon les statistiques des Nations Unies, en 1995, Tokyo-, la capitale du Japon, est la première des 50 plus grandes agglomérations urbaines du monde avec 26800000 habitants. Selon les mêmes sources, elle ne sera pas détrônée en 2015, avec 2000000 de citadins supplémentaires (Nations UJ?ies, 1995). Paris, Londres,Mosco~

Madrid, Lisbonne occupent les premiers rangs des villes respectivement

en

France,

en

Grande-Bretagne, en Russie, en Espagne .et au Portugal.

Leconstat est le même dans les pays du Sud et en Afrique: Mexico, Buenos Aires, Bogota, Lima... en Amérique latine; Karachi, Dacca, Delhi, Séoul, Bagdad, etc. en Asie;LeCaire, Alger, Dakar, Abidjan, Lomé, Accra, Kinshasa, Libreville, Brazzaville, Nairobi, Addis Abeba, etc. en Afrique. Lagos, capitale du Nigéria jusqu'à une date récente, est la plus importantè ville du pays aussi pien pour sa population que pour ses activités, malgré une urbanisation moins déséquilibrée qu'ailleurs. En Amérique latine d'abord puis en Afrique,la prunauté des capitales sur les autres villes a atteint des proportions exagérées. C'est la macrocéphalie urbaine, que le géographe américain Mark Jefferson (1939) appelle"urban primacy". Pour Milton Santos, la macrocéphalie urbaine, c'est "l'écart extrême avec les autres villes, de quelque point de vue qu'on se place : population, production matérielle et intellectuelle, niveau de vie, revenus, services..." (Santos 1971 : 177). DonnoD;S quelques exemples en Afiique tropicale pour illustrer nos propos.

Le cas de Dakar au Sénégal, "métropole ouest-africaine", a été abondamment décrit par Assane Seckdansles années 60 et d'autres chercheurs. C'est le type parfait de

"métropole envahissante" qui "domine l'économie" sénégalaise(Cotten1972 : 205).

C'est une "capitale déséquilibrée (en soi, par rapport au pays) et surtout déséquilibrante. .

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(pôle de succion plutôt que de promotion") (Thomas 1972 : 129). La situation exceptionnelle de Dakar résulte de son rôle de capitale de l'Afrique occidentale française, puis brièvement de celle de la Fédération duMaliavant son éclatement.La disparition du vaste arrière-pays dont elle bénéficiait expliquela grave criseàlaquelle cette métropole est aujourd'hui confrontée, ainsi que l'ensemble du pays.

MarcPain évoque, en A:6ique centrale, le cas de Kinshasa. Connue d'abord sous le nom de Léopoldville, chef-lieu du Congo belge, cette ville créée par Stanley en 1881, devait ayoir 20000 habitants une quarantaine.d'années plus tard en 1923. En 1978, elle s'étendaitsurprès de 200km2, avec une population de 2 000' 000 d'habitants (Pain 1978). Avec 7%de la population nationale, et plus du quart des citadins du pays, Kinshasà.détient 50%de l'industrie manufacturière, 42%du secteur dela construction, 30 % des salaires du pays, 43 % des salaires des employés des banques et des assurances. Les disparités sont énormes entre la ville principale et les autres centres urbains.

Arrêtons-nous un moment sur le cas de Lomé, capitale du Togo, dont le centenaire nous réunit en ce moment. Malgré sa taille relativement modeste, elle n'en constitue pas moinsWlcas de macrocéphalie qui se renforce d'un recensementàun autre (Marguerat 1985, Nyassogbo 1993).

Avec seulement 3 000 habitants en 1900, trois ans après sa promotion administrative en chef-lieu de territoire, Lomé avait déjà doublé sa Pl2pulation en 1914, avant le départ des Allemands à la suite de leur défaite pendant la première guerre mondiale au Togo pour atteindre 7 600 habitants. Avec un effectif de 73 500 âmes au premier recensement national, en 1960, la capitale du nouvel Etat indépendant représentait 5 % de la population du pays. A la même époque, Sokodé, la deuxième ville n'en comptait que 14 900 et était comprise 4,9 fois dans la capitale, qui faisait 6 fois la troisième ville, Palimé, en pleine zone de plantation cacaoyère et caféière. En 1981,la capitale togolaise se retrouve avec 375500 habitants, soit 13,8%de tous les Togolais et 54,9%de tous ceux qui résident dans les 21 chefs-lieuX de préfecture (considérés à l'époque comme centres urbains du Togo). L'écart s'est davantage creusé avec la deuxième ville d'une part, et les autres villes d'autre part. Désormais, la deuxième ville, Sokodé (46 600 habitants), et Kara" ("la ville du Président"), politiquement promue deuxième pôle national au nord du pays dans le cadre d'une politique volontariste de rééquilibrage territorial,sont respectivement comprises 8 et 13 fois dansla ville de Lomé (Nyassogbo 1993: 330).

Siège du gouvernement et des grandes instances dirigeantes: Assemblée nationale, Cour suprême, Cour constitutionnelle (installée seulement en février 1997), Lomé est la capitale politique et administrative, doublée de la capitale économique et fmancière. Elle détient le monopole des importations et des exportations officielles avec l'unique port en eau profonde qu'elle abrite. 80 % des activités industrielles et commerciales s'y déroulent. Plus de 50 %des salariés et des salaires distribués dans le pays y sont concentrés. Elle abrite l'unique université du pays. Plus de 50%des médecins et près de 75%des pharmaciens y exercent leurs activités. Mais c'est dans la consommation que se manifeste surtoutlaprimauté de Lomé: 59%de l'eau potable consommée,av~c

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69 % des~nnés,88 % de l'électricité consonuilée en 1982-83, etc. (Marguerat 1985 : 139).

La fonction portuaire renforce cette primauté dans les Etats côtiers, qui ont presque tous leurs capitales sur la côte en Afrique. Quelques exceptions: le Kenya (Nairobi), le Cameroun (Yaoundé), la République du Congo (Brazzaville) et son voisin la République Démocratique du Congo (Kinshasa). Ces deux dernières capitales sont néanmoins des ports fluviaux, qui se font face sur les rivesoppos~sd'un même cours

d'eau: le Congo. .

La présence d'un cours d'eau navigable joue un rôle très important dans le choix de la capitale pour les pays enclavés: Bangui, Niamey, Bamako, etc. On compte au tQtal14 pays enclavés comme le Burkina Faso, le Niger, leMali, l'Ouganda, la Zambie, le Botswana qui doivent utiliser les services portuaires de leurs voisins côtiers pour leurs importations et exportations.

Certains pays constituent cependant des exceptions à la règle générale suivant laquelle la capitale est la-ville la plus importante d'un pays donné. EnAmérique du Nord, signalons les cas des Etats-Unis et du Canada, où Washington et Ottawa, capitales administratives, sont loin d'être les premières villes. L'histoire particulière de chaque pays explique la forte concentration ou non des hommes et des activités dans la capitale.

EnEurope, nous n'allons plus revenir sur le cas de la Suisse déjà évoqué, ainsi que celui de l'Afrique du Sud en Afrique. EJi Espagne, si Madrid qui occupe une position géographique centrale par rapport au reste du pays en est la capitale politique, c'est le grand port de Barce.Ione qui est la métropole économique. En Afrique du Nord, le Maroc avec Rabbat et Casablanca présente la même "dissociation des fonètions économiques et politiques" qu'on retrouve au Cameroun (Yaoundé et Douala) (Franqueville 1984) et au Burkina Faso (Ouagadougou et Bobo-Dioulasso). Le cas du Bênin est différent, car, dans la réalité, Cotonou, la métropole économique, possède en même temps l'essentiel des pouvoirs politiques.

Dans la logique des dirigeants et même des citoyens ordinaires, la capitale doit être au-dessus des autresvill~,maiscette primauté exagérée a aujourd'hui des conséquences néfastes: le "développement monstrueux des métropoles nationales au détriment des capitales régionales et des campagnes vidées par elles de leur richesse et de leur main- d'oeuvre et ceci pour le double bénéfice des classes dirigeantes locales (bourgeoisie adnùnistrative et commerçante) et des classes bourgeoises exploitantes de la métropole"

(Thomas 1972 : 128). Le gigantisme qui caractérise les capitales aux quatre coins de la planète est aujourd'hui la règle générale, mais l'écart devient trop grand entre la première et la deuxième vilie en Afrique, en Asie et en Amérique latine, où le réseau urbain est fortement déséquilibré..

B -Une capitale doit être belle et propre

Une capitale "digne de ce nom" doit être belle et propre, pour frapper l'imagination des étrangers qui arrivent pour la première fois dans le pays. C'est pourquoi les différentssouverains ou dirigeants embellissent sans cesse.leur capitale, en démolissant

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et en rasant les quartiers malpropres, qui ne répondent plus aux normes élémentaires de l'urbanisme modem~, pour les remplacer par des quartiers réservés à une certaine clientèle ouà des services publics et privés. "Une ville-capitale doit être belle et propre, et ne devrait pas laisser voir le..'> côtés négatifs de la société. Ville-reflet des succès et non des échecs du système de régulation sociale, ville-miroir des grandeurs et non des décadence..'>. Ainsi,àla veille des grandes réunions et des événements diplomatiques qui ont cours dans les capitales, s'affaire-t-on à "nettoyer" les quartiers centraux et à en éloigner le..'> itinérants, indice d'wIe réalité urbaine que l'on veut cacher" (Quesnel 1993 : 96).EnAfrique, certains dirigeants poussent le cynisme jusqu'à rassembler et enfermer les prostituées, les fous, les mendiants et tous ceux qui n'ont pas de domicile fixe, pendant la durée de ces grandes réunions politiques. Parfois, ils sont déversés dans les zone..'> rurales, loin de la capitale, conune s'ils constituaient la peste. Il n'est pas étonnant que l'itinéraire des cortèges officiels de l'aéroportà l'hôtel ou au palais où résident les

"Hôtes de marque" est bien choisi pour leur éviter des rues tortueuses et sales. La capitale doit être débarrassée de tout ce qui est physiquement et moralement malsain.

Tout spectacle déshonorant doit être évité.La"tégularité" (Raffestin) est également un autre aspect de la beauté et de la propreté. Chaque capitale possède ses larges avenues et boulevards, bien tracés, ainsi que des places et mOlllllnents réalisés par les meilleurs urbanistes et architectes: la place du Trocadéro,fac~àla gigantesque Tour Eiffel, celle de l'Etoile, avec son célèbre Arc-de-Triomphe sous lequel se trouve la tombe du soldat inconnu, l'avenue des Champs-Elysées caractérisée par ses belles bâtisses qui abritent des hôtels et des commerces de luxe, la cathédrale Notre-Danle à Paris, etc. ;laPlace Rouge à Moscou, fortement éclairée par des ampoules très puissantes, où trône le mausoléè de Lénine, le boulevard du 30-Juinà Kinshasa, les différentes places de l'Indépendance, avec leurs monument'>, dans les capitales africaines, les palais présidentiels.. , Voilà autant de symboles pour identifier les capitales: lesquelles s'identifient à leur Etat. Ils confèrent à ces grandes villes un caractère sacré. Ils sont également "des éléments de la culture spécifique" qui "deviennent les manifestations matérielles du pouvoir d'Etat, renforcé par les rituels et les cérémonies" (Rapoport 1993 : 38). C'est ce que le même auteur appelle "l'expression physique des capitales".

Cet "excès d'intérêt porté à l'urbanisation des villes-capitales" (Haeringer 1972 : 181) qui néglige les autres villes, surtout en Afrique, s'explique aussi par les fonctions particulières de contrôle et de conunandement qu'elles assument.

III - LA CAPITALE, VILLE AUX FONCTIONS DE CONTROLE, nE COMMANDEMENT ET DE DIRECTION

Lacapitale assume des fonctions particulières de contrôle, de commandement et de direction de l'espace national.

A - Les fonctions de contrôle

Chaque capitale, (ou mieux: chaque système politique) a sa façon spécifique d'organiser son contrôle, Celui-ci est plus ou moins discret ou plus ou moins contraignant suivant les systèmes politiques. Dans les démocraties occidentales, le système de contrôle et de surveillance n'est pas àussi lourd que .dans les pays totalitaires,

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où la confmnce réciproque est absente et où chacun soupçonne l'autre dans ses activités quotidiennes.Lecontrôle a pour objectifla sécurité des citoyens et de leurs biens dans les lùnites territoriales de l'.espace national. Il prévient toute agression extérieure. Il s'exercedanstous les domaines de la vie quotidienne, mais plus particulièrement sur la circulation des personnes et des biens, ainsi que sur les activités des citoyens. Ce contrôle est encore plus visible aux frontières nationales, à la sortie et à l'entrée dans le pays, sur le flux des personnes et des biens. Dans les pays développés, tous ceux qui sortent (ou qui surtout entrent) sont in1l1lédiatement "fichés" avec des moyens informatiques de plus en plus perfectionnés.

L'information est également l'un des secteurs où l'Etat exerce le plus son contrôle et sa surveillance. Dans presque tous les pays peu démocratiques, c'est l'Etat qui détient le monopole de l'information: presse écrite d'abord, radio, télévision...Lerôle de l'Etat dans sa diffusion est encore plus ÙDpOrtant dans les pays africains, où le citoyen est peu informé de ce qui se passe autour de lui. L'information est soigneusement sélectionnée ei bien filtrée avant d'être diffusée. Mais aujourd11Ui, elle parvient facilement grâce aux moyens de diffusion modernes (presse, radio, télévision...) despay~développés.

Selon l'architecte américain Amos Rapoport (1993 : 32), le contrôle va de pair avec l'organi<;ation du territoire, avec plus ou moins de centralisation et d'autorité 'Suivant les régimes politiques. La capitale procède à la redistribution des ressources naturelles et hunlainesàtravers les services d'anlénagement du territoire.

Lesvoies et moyens de con1l1lunication et de transport occupent une place de choix 'dans cette fonction inlportante de surveillance dn territoire qu'assilme la capitale. C'est pour bien jouer ce rôle que les villes (ou mieux: les capitales) sont des noeuds de communications terrestres, fluviales ou maritimes et aériennes. La situation de Paris, d'où partent et où aboutissent les voies routières, ferroviaires et aériennes en France, n'est pas un fait du hasard. Au Togo,Lomé, la capitale est le point de départ et d'aboutissement des trois voies terrestres (routières et ferroviaires) qui desservent les différentes régions du pays : l'est, le nord-ouest et le centre. Ces voies et moyens de communication et de transportjouent également un rôle très ùnportant dans l'économie, surtout dans les échanges.

La situation stratégique et l'ÙDplantation du site généralement sur les hauteurs répondent à ce besoin de contrôle, de commandement et de domination, réelle et symbolique: le PlateauàAbidjan etàDakar, le quartier admù1ÏstratifàYaoundé età

Kinsh~<;aete.

Quelle que soitlanature du système politique (libéral ou autoritaire), chaque pays se 'dote d'un arsenal juridique pour justifier son système de contrôle devant l'opinion

publique, nationale et internationale.

Lesmoyens de contrôle relèvent de la seule autorité de l'Etat. Il s'agit de l'armée, de la police, de la gendarmerie et d'autres forces paramilitaires comme le service des douanes. Si l'armée a pour objectif premier d'assurer l'intégrité temtoriale contre toute agression extérieure ainsi que la sécurité des personnes et des biens, dans les pays du

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sud, ce rôle est souvent dévié pour assurer d'abord la survie politique des régimes sans base populaire.

B - Les fonctions de commandement et de direction

Lepouvoir solidement installé dans la capitale prend les décisions et les fait exécuter dans tout le pays.

Ce pouvoir de conmlandcment que détiennent les gouvernements et les souverains est délégué aux représentant<; dU'pouvoir central que sont les préfet'!, sous-préfets, chefs de régions, gouverneurs, etc., suivant mIe terminologie fort variable.

La fonction de cOllmlandement est inséparable de celle de direction, qui dépasse dans certains cas les linlites géographiques de l'espace national, suivant l'importance de cette capitale. La direction s'exerce pratiquement dans tous les secteurs de la vie nationale, plus particulièrement dans les secteurs politico-administratif, économique et socio-culturel.

Lacapitale conmle centre politique et administratif est déjà suffisaIlmlent évoquée.

Elle est un centre économique de première inlpOrtance pour toute la nation. De nombreuses activités économiques de haut niveau s'y exercent: industries, échanges...

La création de vastes zones industrielles, proches des installations portuaires, afm de faciliter les échanges de marchandises et de produits bruts ou semi-élaborés avec les autres parties de la planète, participe à la fonction de direction. Ces entreprises industrielles ont leur direction dans la capitale. La même remarque vaut pour les activités commerciales.

EnAfrique, c'est généralement dans la capitale que sont localisés les universités, les grands . lycées, et les grands ceIitres de formation. C'est le niveau supérieur de

"l'armaturè éducative", pour paraphraser Michel Rochefort. C'est la Direction de l'éducation qui élabore les programmes d'enseignement dispensé dans le pays. Il en est de même dans les domaines de la santé, de la culture et des arts : l'impulsion et les innovations viemlent de la capitale.

Cesfonctions de direction exigent des cadres qui sont aux cOllmlandes des différent<;

secteurs, un niveau élevé de qualification, car la grande ville est le centre de diffusion des innovations techniques, des nouvelles idées, de la mode (vestimentaire, culinaire...).

Ains~on peut dire avec Amos Rapoport que la capitale est "un pôle d'excellence, si bien que tous ceux qui aspirent au succès doivent y être" (1993 : 33).

La capitale d'un pays a donc des pouvoirs étendus. Ses .fonctions et ses caractéristiques lui conferent tous les attributs qu'on ne retrouve pas facilement dans les

autres villes. .

Avec toute l'attention dont bénéficient les capitales auprès des pouvoirs publics, elles sont dotées de riombreux équipements qui les fixent durablement en un lieu. Mais, des

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considérations politiques, historiques, géographiques et/ou économiques peuvent amener les dirigeants d'un pays à en déplacer la capitale.

IV - UNE CAPITALE N'EST PAS TOUJOURS UN LIEU FIXE A - Quelques exemples de mobilité de capitale dans les pays développés Uristoire nous apprend que les dirigeants d'un pays peuvent décider de changer de capitale en la transférant ailleurs pour diverses raisons à un moment donné.

Le déplacement de la capitale du Japon de Kyoto à Tokyo est lié à une époque précise: la "modernisation portée par l'ère du Meiji" (Raffestin : 10).Ladécision de Pierre le Grand de créer une nouvelle capitale, Saint-Pétersbourg sur la Néva, pour remplacer Moscou, ville continentale, répond à la nécessité de créer une marine de guerre puissante. L'Itali.e unifiée en est al~jourd'huià sa troisième capitale depuis le XIXè siècle: Turinjusqu'en 1865, Florence, pendant une courte période (1865-1870), et depuis cette date, la Rome antique qui est aussi la capitale de la papauté. Ces changements s'expliquent par "le progrès de l'Unité italiemle dans les deux premières décennies après 1850" (Raffestin). Le cas le plus récent en Europe occidentale est Berlin, capitale de l'Allemagne jusqu'à la Deuxième Guerre mondialë que Bonn, ville sans inlportance à côté de la grande métropole de Cologne, a remplacée. A la suite de la défaite de l'Allemagne après ce conflit mondial, la nécessité de transférer la capitale de la partie oçcidentale occupée par les Alliés s'inlposait. Bonn, ville moyemle, a été choisie du fait de la rivalité entre les grandes métropoles.A~jourd'hui,après la chute du

"Mur de la Honte", l'idée d'ml retour à Berlin fait son chemin (Hanf 1993).

B - Les c!J,angements de capitales en Amérique latine et en Afrique 1)cEn, Amérique latine

Plus que partout ailleurs, la situation des capitales de l'Amérique latine est liée aux conditions naturelles. La recherche des meilleures terres agricoles et de l'or d'une part, et la présence d'une population indigène importante et dense utilisée par les colons comme domestiques ou pour les activités agricoles et minières, ont souvent été les facteurs déterminants dans la localisation des capitales de l'Amérique latine pendant la période coloniale (Hardoye 1993 : 100). C'est pour cela qu'elles sont pour la plupart situées à l'intérieur du continent, contrairement à l'Afrique où elles se trouvent sur la côte.

Le site de San Salvador a changé deux fois, en 1528 et 1539, après sa fondation en 1525. Les trois sites étaient proches les uns des autres. Après sa fondation en 1536, Buenos Aires fut abandonnée quelques années plus tard. En 1580, on la déplaça encore à deux kilomètres seulement du premier site (Hardoye: 101). Déjà vers le milieu du XIXè siècle, la notion de congestion urbaine généralement évoquée aujourd'hui pour changer de capitale a fait son apparition. L'historien argentin Georges E. Hardoye, spécialiste desq~estionsurbaines à qui nous sommes redevable pour cette partie de

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Chili, le pédagogue et écrivain argentin Doming9 Faustino Sarmiento avait écrit un petit livre qu'il intitulaArgiropolis.Dans ce livre, il proposa la création d'un nouvel Etat qui engloberait l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay. Cette nouvelle union aurait pour nouvelle capitale Argiropolis. L'objectif de l'auteur était de pernlettre àla nouvelle capitale de contrebalancer la primauté de Buenos Aires, la plus "ruineuse" des capitales du monde. Le changement de capitale le plus spectaculaire durant les quarante dernières années en Amérique latine est celui décidé par le président Kouibitchek du Brésil.

Depuis 1956,Rio de Janeiro, la grande métropole côtière, n'est plus la capitale, mais Brasilia, au centre géographique du pays. L'argument évoqué est le poids exagéré de Rio et sa position excentrique par rapport au reste du pays.

Enavril 1986,le président Alfonsin d'Argentine annonça une grande surpriseàses concitoyens : le pays a besoin d'tme nouvelle capitale. Il envoya le projet au Congrès, qui l'approuva sans surprise en juin 1987. La nouvelle capitale doit être transférée dans deux villes junlelles de !>atagol1ie, Viedma-Carmen. Trois raisons expliquent ce changement: décongestionner Buenos Aires en décentralisant la bureaucratie fédérale;

favoriser le développement de la Patagonie et ses immenses ressources hydroélectriques, pétrolières, minit:res, halieutiques et touristiques; enfin promouvoir l'équilibre spatial et économique en favorisant le développement de l'intérieur et le système de gouvernement fédéral. Le président s'est-il inspiré des idées exprimées au milieu du XIXè siècle par l'écrivain Domingo Faustino Sarmiento? Difficile d'apporter une réponse.

Voilà rapidement évoqués quelques cas de mobilité de capitale dont le plus récent, mais pas encore réalisé, est celui de l'Argentine dont les raisons données par le président Alfonsin ontp~uconvaincu les Argentins (Hardoye).

2)- "La balade" des capitales en Afrique Noire

Le terme de "balade" a été utilisé par Yves Marguerat (1991) pour rendre compte des conditions "historico-géographiques" de la mobilité des capitales, car très souvent le choix des premiers sites et situations géographiques ne répondait plus à leur croissance, devenue "explosive" aujourd'hui. A la suite des premiers "tâtonnement.<;", des "réajustements" ont été nécessairesàl'époque coloniale. Les conditions naturelles ont joué un rôle important dans la situation de ces chefs-lieux aujourd'hui capitales

d'Etats indépendants. .

LaCôte d'Ivoire en est aujourd'huiàsa quatrième capitale.Lapremière a été Grand- Bassam, dont la date de fondation remonteà 1843. C'était le chef-lieu de colonie en 1893 (Marguerat). En 1900, l'administration française décida de quitter cette ville

"ravagée parlafièvre jaune, au profit du plateau commode et aéré de Bingerville". Puis, après, Abidjan devint à son tour capitale officielle en 1934. En Gold Coast, les conditions topographiques difficiles (nombreuses collines) du site de la forteresse de Cape Coast décidèrent les colonisateurs britanniquesàl'abandonrter pour Accra, où l'administration coloniale s'installa le 19 mars 1877, vingt ans avant le transfert de la capitale togolaise d'AnéhoàLomé (Marguerat : 387).

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La situation trop excentrique et le "désir de sé recentrer par rapport au territoire"

expliquent certains transfcrts. C'est le cas de Kayes, chef-lieu d'abord du Haut-Sénégal- et-Niger, puis du Soudan français, détrôné en 1908 par Bamako.

Au début du siècle, il y a eu cncore quelques changements. Au Niger, l'administration française avait eu à hésiter entre Nianley, choisie comme chef-lieu en 1905, puis délaissée au profit de Zinder, en pays haoussa, en 1911, mieux centrée géographiquement. Màis l'enclavement de Zinder lui était défavorable; on revint à nouveau à Niamey, qui offre dc meilleures possibilités de contact avec les pays voisins (Marguerat 1991 : 390). Même hésitation entre Douala et Yaoundé, où fmalement Yaoundé l'emporta en 1946 pour des raisons climatiques moins contraignantes qu'à Douala où il fait très chaud et pluvieux

Au Togo, après Baguida,al~iourd'huicngloutie par l'agglomération de Lomé, et Aného, à 45 km à l'est, c'est Lomé qui devint la capitale le 6 mars 1897.

Les cas les plus récents peuvent être rapidement évoqués.

En 1957, la Mauritanie construit sa capitale, Nouakchott, et abandonne Saint-Louis du Sénégal.

Après l'indépendance, pour résoudre les problèmes de déséquilibre spatial et d'engorgement, trois pays décident de transférer leurs capitales: la Tanzanie en 1973, le Nigéria en 1975, la Côte d'Ivoire en 1983.

Mais dans la réalité, seul le Nigéria a pu remplacer effectivement Lagos, enserrée entre la lagune et l'OCélUl, par Abuja, au centre géographique du pays, dans une région au départ presque vidc d'honmles. La construction de Dodoma en Tanzanie, dans une position géographique plus continentale, est arrêtée faute de ressources fmancières.

Quant au cas ivoirien, Yamoussoukro est construite, avec sa célèbre basilique, mais le gouvernement et les fonctionnaires traînent encore le pas à Abidjan, que personne ne veut en réalité quitter, malgré toutes les difficultés à'y vivre. Le choix de Yamoussoukro, "village natal" du Président Houphouët Boigny, àpeine à 250 km d'Abidjan, n'est-il pas plutôt lié à la personne de l'ancien chef d'Etat? Beaucoup d'observateurs considèrent ce choix coniPle essentiellement politique.

A l'époque coloniale comme aujourd'hui, dans les pays du Nord comme ceux du Sud, le"transfert de capitale répond à la nécessité de résoudre un problème historique, géographique ou économique qui menace la cohésion nationale.

Une capitale peut être déplacée suivant les circonstances, mais, avec le temps, elle devient de plus en plus fixe, en raison des aménagements durables et onéreux dont elle bénéficie pour la différencier des autres villes et du grand nombre de fonctionnaires à déplacer.

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En raison de la forte concentration des hOlmnes et des activités qui s'y déroulent, la capitale devient, surtout dans les pays du Sud, un lieu où la plupart des résidents sont confrontés à toutes sortes de problèmes et où ils ont de plus en plus de mal à vivre.

v -

LES CAPITALES ET LA CRISE URBAINE

Le désir des dirigeants d'avoir des "capitales dignes de ce nom", leur "vitrine du développement", aboutit, surtout en Afrique,à des villes millionnaires, dont la plupart ont connu, à un moment donné, une croissance très élevée (de 10 à 15%par an). La gestion de ces villes posç d'énormes problèmes aux jeunes administrations municipales qui se mettentprogressiv~menten place dans le cadre de la décentralisation, perçue aujourd'hui partout connne l'une des solutions à ces problèmes : emploi, logement, transport et circtùation, éducation et santé, dégradation rapide de l'environnement, fortes inégalités sociales, extension de la pauvreté, ressources fmancières de plus en plus précaires, ete. C'estla"crise urbaine" abondanunent décrite par de nombreux chercheurs ces derniers temps.

A - Une situation financière de plus en plus précaire

Les grandes capitales du Sud, notanunent d'Afrique, connaissent -une situation fmancière intenable, due 'd'abord à tme croissance démographique trop rapide.

Cette situation est également liéeà la crise générale qui frappe de plein fouet tous les pays du continent: chute de la production agricole et effondrement général des cours des produits de base, industriali<:ation sans lendemain avec des "usines qui rouillent", "la dette qui croît et le revenu qui décroît". C'est l'image générale d'une" Afrique en panne", après vingt-cinq ans de "développement" (Giri 1985).

Cette crise générale a des conséquences dramatiques sur la ville et les citadins. Les budgets mWlicipaux sont de plus en plus dérisoires. "Avec trois fois plus d'habitants que Washington, Dakar par exemple dispose d'un budget... 78 fois moins élevé" (Gery 1990 : 27). Les ressources financières suffisent à peine pour le budget de fonctionnement. Ne parlons plus dans cc cas de budget d'investissement. "Les ressources propres dont disposent aujourd'hui les collectivités décentralisées sont insuffisantes pour leur permettre de financer leurs charges de fonctionnement même si celles-ci sont réduites au strict minimunl. Dans de nombreux pays, le budget de fonctionnement de ces collectivités n'est équilibré que par l'apport d'une subvention du budget de l'Etat couvrant parfois plus de la moitié des dépenses". Tel est le constat amère fait par le Ministère de la Coopération et du Développement sur "la Coopération française pour le développement urbain" (I982). A titre d'illustration, même si c'est un cas extrême, Lomé, la capitale du Togo, ne disposait en 1992 que d'un budget municipal de 1,6 milliard de francs CFA, soit à peine 2000 F par habitant. Même s'il est plus élevé danscertaines capitales conmle Abidjan, Yaoundé ou Brazzaville, nous sommes dans un contexte de précarité fmancière généralisée, qui explique le mauvais entretien des rues, des places et des édifices publics et leur délabrement, l'impossibilité pour les services de voirie d'assurer le ramassage des ordures ménagères, ete.

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B - Une crise sociale aiguë

L'une des manifestations le~plus importantes de la crise sociale, semble être le problème d'emploi. Le chômage et le sous-emploi touchent surtout les jeunes, diplômés ou non, ayant appris ou non un métier.. Le secteur informel se développe partout, conune palliatif de ce problème grave. .

A Lomé, Cotonou, Abidjan,Kinshasa ou ailleurs, de nombreux diplômés ne peuvent survivre aujourd'hui qu'en devenant des vendeurs de journaux, des chauffeurs de taxis ou des conducteurs de "taxL'>-motos" ou "zémidjan ".Ce nouveau mode de transport urbainà deux roues a débuté depuis les années 70 au Bénin, avec des bicyclettes, et a fait son apparition au Togo en 1993 avec les difficultés politiques de ce pays. On les estime à près de 100 000 à Cotonou et à environ 8 000 à Lomé. On en rencontre égalementàDouala. Le développement de ce nouveau mode de transport, qui permetà l'usager d'aller même dans les quartiers périphériques par les rues tortueuses, est lié non seulement au problème d'emploi, mais aussiàla défaillance générale des services de transport urbain. Il ne faut pas oublier que ces difficultés ont été aggravées par les nombreux échecs d'industrialisation et les politiques d'ajustement structurel imposées partout parla Banque mondiale et le Fonds monétaire international. De multiples petites activités d'auto-emploi, qui ne demandent aucune formation préalable et peu d'investissement, se sont développées avec une rapidité extraordinaire conune solution partielle à la crise de l'emploi. C'est le domaine du "secteur informel" ou "non structuré", des activités de survie ou des "petit,> métiers".

De nombreuxrési~ent'>des grandes métropoles sont de plus en plus mal logés. Les sans-abris, qu'on rencontre souvent la nuit dans les quartiers centraux, conune autour de la Place de l'IndépendanceàDakar; sont également nombreux.

Lescoûts prohibitifs des parcelles et des matériaux de construction sont les premiers facteurs d'''exclusion des pauvres 'dans les villes du Tiers-Monde" (Durand-Lasserve 1987). Le Sommet des Villes, tenu en juin 1996à Instabul et dénonuné Habitat II, traduit la gravité des problèmes de logement dans les métropoles du Tiers-Monde (Rochefort 1988). Les immenses bidonvilles à côté des quartiers riches sont l'expression des fortes disparités sociales qui caractérisent le paysage des grandes métropoles en ' , . Afrique, en Asie et en Amérique latine. Le cas de Hararé, capitale du Zinlbabwé, décrit

par Philippe Gervais-Lambony (1994), et les "Matitis", "pauvres univers en contre- plaqué, en planche et en tôle" à Libreville, capitable du Gabon, peints avec humour par Freddy Hubert N'Dong Mbeng (1994), pour qui les "Matitis" sont de "grands villages en ville", sont des exemples remarquables de contrastes sociaux très marqués dans ces grandes villes, où l'on note par ailleurs l'extension et l'aggravation de la pauvreté.

La dégradation de l'environnement urbain est devenue l'une des préoccupations majeures des spécialistes d'anlénagement urbain et des services techniques municipaux.

Laprésence de véritables montagnes d'ordures ménagères, autour desquellesrode~tles enfant'> issus des classes sociales déshéritées et les animaux domestiques à la recherche des restes de nourritures ou d'objet,> usagés jetés par les riches, est fréquente. On dit qu'à Yaoundé, les dépotoirs sauvages servaient à un moment donné de repères' aux

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chauffèurs de taxis et à leurs clicnt'> pour indiquer les arrêts: Dépotoir n° l, n° 2, ete...

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problème de dégradation de l'environnement est encore plus vivement ressenti dans les capitales côtières coincées entre l'Océan Atlantique et le système laglmaire, de Dakar jusqu'à Douala. Dans ces villes, la lagunc est devenue une véritable poubelle. Là où la pente est faible, comme à Loméetà Cotonou. l'arrivée de la saison des pluies devient un véritable cauchemar pour les riverains. dont les habitations sont fréquemment inondées (Nyassogbo 1996). Parcontre, si la ville occupc un site contrasté, comme à Yaoundé, c'est l'érosion des pentes fortes auxquelles s'accrochent les maisons qui fait son travail de sape. Les bas-fonds sont également inondés. La pollution est la caractéristique générale de toutes ces villes, où la précarité financière croissante des services techniques municipaux et centraux de l'Etat empêche les responsables de gérer correctement et durablement l'espace urbain.

Le gigantisme urbain pose aux citadins lil autre proplème : les difficultés de circulation et de tran.'>port. Dans ce domaine, Mexico, quatIième ville du monde en 1995 avec lile population de 15 643 000 hahitants derrière Tokyo, New York et Sâo Paulo (ONU 1995), détient le record. En Afrique, le cas de Lagos est bien connu, malgré les effort'> entrepris en matière d'inlrastmctures de desserte par les responsables dans les années 1970. A Abidjau. Accra où l'on parle de"go slow"pour décrire la lenteur de la circulation, Kinshasa, Nairohi, dc., le déplacement des citadins est très difficile. Le mauvais état des rues, souvent défoncées faute d'entretien, et l'âge avancé des véhicules destinés à la casse dans les pays développés, mais objets de prestige social pour leurs propriétaires dans les pays du Sud, n'arrangent pas la situation. Ces vieux véhicules, dont les tuyaux d'échappement sont parfois retenus à l'aide de fils de fer, crachent des funlées noires dans l'atmosphère et contribuent àlapollution atmosphérique.

La pauvreté urbaine s'étend <;t affecte de larges couches de la population: femmes, enfant,>, vieillards. La crise sociale a atteint des proportions insoupçonnées depuis le début des années 1980, qui correspond à l'effondrement général des cours des produits de base et aux politiques d'ajustement structurel, suite à un niveau d'endettement sans précédent (Duruflé 1988).

Tous ces problèmes sociaux sommairement évoqués engendrent la violence urbaine, lacriminalité, les vols à main armée qui se développent sans cesse avec l'accentuation de la crise fmancière et sociale.

Les capitales du Sud sont des lieux par excellence d'exacerbation des violentes inégalités sociales, mais leur rôle dans le développement économique et social est indéniable.

VI - URBANISATION ET DEVELOPPEMENT

L'urbani<;ation ne doit pas toujours être considéré comme un phénomène négatif.La vision catastrophi'>te que les donateurs, les pouvoirs publics et les chercheurs avaient de la ville, surtout de la grande ville, commence à s'estomper. La communauté internationale reconnaît aujourd'hui que la ville n'est plus un "pôle de sous-dévelop-

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pement" (Lacoste 1964), ou "pôle de succion des campagnes africaines et malgaches"

(Lasserre 1972).

Les fonctions de direction qu'assume la capitale lui pennettent de contribuer d'lUle façon ou d'lUle autre au développement économique et social des zones rurales, auxquelIes eUe offre ses services: santé et hygiène, éducation, crédit, encadrement agricole, diffusion des nouvelIes idées et des innovations techniques, etc. ElIe jouele rôle d'lUl double marché: c'est d'abord lUl milieu de forte consonunation des produits agricoles, penni<;e par son poids démographique et les revenus relativement éhwés dont bénéficient les citadins; elIe stimule la production agricole vivrière et d'exportation; eUe redistribue à travers tout le pays les produit" industriels, fabriqués localement ou d'importation. La ville est IDI lieu de production de richesses. Malgré la faible urbanisation de l'Afrique, les villes fournissent environ 60%du Produit intérieur brut.

La ville est un "lieu de sécrétion" ; eUe est "par excelIence le lieu du développement"

(Coquery-Vidrovit.ch 1995 : 46). EUe est "facteur d'organisation des campagnes"

(Velmeticr 1991). Même l'Organisation mondiale de l'Alinlentation et de l'Agriculture (PAO), le plus anti-urbain des services spécialisés de l'ONU, commenceàreconsidérer sa position. La ville joue lln rôle très important dans le développement économique et socio-culturel des pays d'Afrique. C'estle"motcur du développement économique des pays du Tiers-Monde"(Cilé~lInks1990).

Les politiques volontaristes de planification spatiale et d'cuuénagement du territoire ont pour objectif de réduire les fortes disparités d'lUle part entre la capitale et les autres villes, d'autre part entre l'ensemble des villesetles zones rurales, en procédantàlUle redistribution moins inégalitaire dcs ressources. Cette nécessité de rééquilibrage de l'espace national est aujourd'hui soutenue par le~ nouvelIes politiques de décentralisation/déconcentration, linancées par la Banque mondiale et le PNUD (Programme de développement nHUlicipal à Cotonou et ProgréUlillle de gestion urbaine àAbidjan, pour l'Afrique de l'Ouest ct du Centre). Celte nouvelIe approche a pour objectif la promotion des petites et moyennes villes, capables d'assurer un meiIleur encadrement du monde rural.

COMMENT CONCLURE'!

La capitale, conmle nous venons de le voir, est le siège du pouvoir et le liéu d'exercice de ce pouvoir. A cc titre, elle est la tête du pays et aSSlUlle des fonctions particulières de coutrôle, de commandement et de direction du milieu rural et de tout le pays. Ces fonctions font d'eUe lUI centre de forte attraction et de forte concentration démographique. On comprend pourquoi les pouvoirs publics lui accordent lUlc attention particlùière en faisant d'ellelaville la plus grande, donc la tête du réseau urbain national, et la plus belIe aussi. Car eUe estlerenet,lesymbole du pouvoir et de la nation toute . entière. Même si son poids démographique et son importance économique et socio- culturelle ne lui pennettent pas d'être la première viIle, le pouvQir politique qu'elIe abrite lui confère une inlportance que les autres villes n'ont pas. Quelle serait aujourd'hui la place de Washington aux Etats-Unis si le pouvoir américain ne l'avait choisie pour l'abriter, au détriment de Philadelphie? QueUe serait sa place s'il n'y avait pas la Maison

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