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Ann. Sci. farest., 1973, 30 (2), 141-155.

É T U D E D E S GELÉES T A R D I V E S E N R E L A T I O N A V E C L E S PROBLÈMES

D E R E B O I S E M E N T

G . A U S S E N A C

avec la c o l l a b o r a t i o n technique de J . M . D E S J E U N E S et F . W I L L M Station de Sylviculture et de Production,

Centre national de Recherches forestières, I.N.R.A., Champenoux 54370 Einville

R É S U M É

Les gelées tardives constituent dans certains cas un handicap important pour le reboiseur. L e s d é g â t s varient suivant les r é g i o n s .

D a n s cette é t u d e , l'analyse des d o n n é e s climatiques fait ressortir p o u r 15 stations le risque de gelée suivant les dates prises en c o n s i d é r a t i o n dans la p é r i o d e d u 11 mars au 21 j u i n (Tableau I). L e risque de d é g â t s p o u r les arbres n'est pas f o r c é m e n t c a l q u é sur la fréquence des gelées, car i l faut tenir compte de la phonologie des e s p è c e s et de leur seuil de résistance. L a confrontation (figures 3 et 4) du nombre d ' a n n é e s de gelée sur 100 ans a p r è s une certaine date et de la somme de t e m p é r a t u r e nécessaire pour atteindre le d é b o u r r e m e n t (stade b 2 — b 3) permet de préciser les d é g â t s . Les espèces c o n s i d é r é e s sont : Abies alba, Pseudotsuga menziesii et Picea abies. L e tableau 3 donne le pour- centage d ' a n n é e s p r é s e n t a n t des d é g â t s de gelées pour les trois espèces p r é c é d e n t e s dans les différentes stations. Il est ainsi possible pour le reboiseur de c o n n a î t r e les risques encourus dans les plantations.

Le gain de t a r d i v e t é nécessaire p o u r obtenir des risques de d é g â t s faibles (10 a n n é e s sur 100) montre que p o u r le Sapin pectine la voie g é n é t i q u e ne permettra pas de régler ce p r o b l è m e et q u ' i l faudra faire intervenir des techniques sylvicoles de lutte contre les gelées tardives. P o u r le Douglas et l ' É p i c é a , l ' a m é l i o r a t i o n g é n é t i q u e devrait permettre de régler le p r o b l è m e dans la plupart des stations.

L a connaissance plus précise des lois qui règlent les p h é n o m è n e s de d é b o u r r e m e n t et la résistance des bourgeons aux gelées permettra d ' a m é l i o r e r dans l'avenir, les r é s u l t a t s de ce travail.

I. — I N T R O D U C T I O N

Les gelées tardives constituent en France un handicap important pour les reboiseurs. E n effet, un certain nombre d'essences (Sapin pectine, Douglas, E p i c é a par exemple) d é b o u r r a n t

« p r é c o c e m e n t » peuvent avoir leurs bourgeons terminaux de la flèche détruits. L ' é l o n g a t i o n est ralentie et par v o i e de c o n s é q u e n c e le nombre de dégagement nécessaire est a u g m e n t é . D a n s certains cas, le r é s u l t a t peut être la mort de l'arbre après plusieurs années de gelées.

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142 G . A U S S E N A C

Les dégâts varient suivant les régions. Pour une espèce d o n n é e , le risque de dégâts d é p e n d de la probabilité de gelée et de la période de d é b o u r r e m e n t . A partir de ces données de base, il devrait être possible d é j u g e r des possibilités d'utilisation d'une essence déterminée, d'estimer l'avantage d'utiliser des techniques sylvicoles de protection ( A U S S E N A C , 1 9 7 0 ) ou bien d'évaluer l'intérêt de sélectionner du matériel végétal à d é b o u r r e m e n t tardif (sélection de provenances, sélection individuelle) i1).

C'est une approche de ce type qui est tentée dans le présent travail.

II. — M É T H O D E S E T D O N N É E S U T I L I S É E S

L ' é t u d e entreprise porte sur 15 stations climatologiques de la M é t é o r o l o g i e N a t i o n a l e , choisies en fonction de l'intérêt qu'elles p r é s e n t a i e n t pour les p r o b l è m e s de reboisement (figure 1).

F I G. I. — Répartition des stations étudiées

F I G. I. — Localization of the studied climatological stations

(1) Le caractère débourrement a une bonne stabilité phénotypique. 11 est transmissible dans l'espace et le temps.

(3)

G E L É E S T A R D I V E S E T R E B O I S E M E N T 143 Les séries d'observations retenues s'étendent de 1950 à 1970 pour la période du 11 mars au 21 juin. Il s'agit des températures minimales relevées sous abri à 2 m de hauteur au-dessus du sol. Il aurait été plus intéressant d'utiliser les indices actinothermiques. En effet, en ce qui concerne les dégâts de gelée, c'est la température subie par le bourgeon qui doit être considérée. En phase de refroidissement par rayonnement, les organes végétaux présentent des températures inférieures à celle de l'air ambiant. L'écart peut atteindre jusqu'à 2 °C. Les études effectuées ( G E S L I N , 1939) ont montré que la température d'un bourgeon, par exemple, pouvait être évaluée correctement à l'aide d'un thermomètre à minima placé dans les mêmes conditions. B R A Z I E R et E B L E (1934) ont proposé de donner à la température relevée sur un thermomètre placé à l'air libre le nom d'indice actinothermique.

Malheureusement, les données relatives aux indices actinothermiques n'étaient pas disponibles.

Les observations effectuées à Nancy ( A U S S E N A C , 1968) montrent que des dégâts sont certains pour les résineux (Sapin, Douglas, Épicéa) quand les indices actinothermiques au niveau des bourgeons sont de l'ordre de — 3,0° à — 4 , 0 °C. L'expérience prouve également que pour des températures sous abri de 0 °C, les indices actinothermiques sont souvent voisins de — 3,0 "C à 4 0 cm sur sol gazonné. Ainsi le seuil de 0 °C sous abri est intéressant, puisqu'il permet d'approcher les risques de gelée pour des plants dont le bourgeon terminal de la flèche se situe à 4 0 cm au-dessus du niveau effectif du sol ou de la végétation. L'indice actinothermique à un niveau donné dépend de l'état du sol : enherbement,

abour, et de la situation topographique ( G E S L I N , 1958; B O U C H E T , 1965), mais i l était impossible dans ce travail de prendre en considération les fluctuations microclimatiques. Par ailleurs, l'impor- tance des dégâts dépend de l'état de développement végétatif du plant qui détermine la sensibilité à l'abaissement de température. Le seuil de résistance diminue d'autant plus que le stade phénologique est avancé ('); bien que des variations puissent être notées, les dégâts les plus importants sont à attendre pour des bourgeons présentant des aiguilles partiellement ou totalement libérées ( A U S S E N A C ,

1968). Le débourrement se situe précisément au moment où les bourgeons présentent des aiguilles partiellement libérées (stade b 2 — b 3).

Les gelées résultent de deux types de phénomènes qui, selon les cas, prennent une importance relative différente :

•— refroidissement général de l'atmosphère par l'arrivée d'une masse d'air froide.

— refroidissement nocturne accru par rayonnement net intense dû à une grande transparence de l'atmosphère (faible hygrométrie, absence de nuage) et par une faible vitesse du vent. Les gelées tar- dives sont généralement de ce type. C'est là que l'on observe le plus grand écart entre la température sous abri et l'indice actinothermique.

Dans cette étude, c'est la résultante des deux types qui est prise en considération.

III. — RÉSULTATS 3.1. — Fréquence des gelées tardives

Le tableau 1 indique, pour les différentes stations étudiées (2), le nombre d ' a n n é e s pour lesquelles des températures égales ou inférieures à un certain seuil (0 °C, -3 °C et - 6 °C) ont été atteintes après une date déterminée. Ce tableau (:i) donne les chiffres absolus et les pourcentages correspondants. St-Quentin et Rennes n'ont pratiquement pas de t e m p é r a t u r e inférieure à 6 °C après le 11 mars. Par contre, à Nancy, après le 11 avril, 5 % des a n n é e s ont présenté des températures inférieures à - 6 °C. Après le 1e r mai, les années à gelées égales ou inférieures à 0 °C sont encore très fréquentes à Limoges (67 %), Nancy (52 %), L e Mans (48 %), Bourg-St-Maurice (48 %). Le Mans présente une fréquence des gelées plus élevée que Orléans, Rennes, et Bourges. Au-delà du 21 mai, 10 % des années ont eu des gelées (0 C 0 °C) à St-Quentin et Limoges, 5 % à C h â t e a u - C h i n o n , Nancy, Bourg-St-Maurice, G o u r d o n , Bourges, Orléans, Rennes et Le Mans.

(1) Ceci est surtout vrai pour les stades de débourrement.

(2) Stations classées selon les différents groupes de la Météorologie Nationale.

(3) Des documents plus détaillés peuvent être mis par l'auteur à la disposition des lecteurs.

3.036.058.5

(4)

144 G . A U S S E N A C

A f i n de préciser les données précédentes, nous avons calculé (tableau 2) le nombre moyen de jours de gelée (6 < 0 °C) après une certaine date. Sur 21 ans, on observe en moyenne 1 gelée par an après le 21 avril dans toutes les stations étudiées, sauf à G o u r d o n , Bourges, Rennes, Poitiers, Mont-de-Marsan et Toulouse.

Après le 1e r mai, seules les stations de Nancy (0,9), Bourg-St-Maurice (0,8), Limoges (1,3) présentent 1 gelée par an. Au-delà du 11 mai, le nombre de gelée est très réduit.

T A B L E A U 2

Nombre moyen de jours de gelées par an après une date donnée (0 <ï 0 °C) (Moyenne des années 1950 à 1970)

Average number offrost days (0 0 °C) afler a certain t/ay Date

H / 3 21/3 1

Station H / 3 21/3 1/4 11/4 21/4 1/5 11/5 21/5 1/6 11/6 21/6

Saint-Quentin 8,1 5,4 3,5 2,1 1,0 0,4 0,1 0,1 0 0 0

C h â t e a u - C h i n o n 10,7 7,6 5,0 2,6 1,0 0,2 0* 0* 0 0 0

Langres 10,3 7,0 4,4 2,4 0,8 0,2 0 0 0 0 0

Nancy 14,3 9,9 6,6 4,3 2,3 0,9 0,2 0* 0 0 0

Besançon 8,0 5,2 3,1 1,7 0,8 0,3 0 0 0 0 0

Bourg-Saint-Maurice 15,3 10,6 6,9 4,0 1,9 0,8 0,2 0* 0 0 0

Gourdon 6,0 3,7 2,2 1,1 0,4 o 7 0* 0* 0 0 0

Limoges 13,2 10,1 7,2 5,0 2,9 1,3 0,5 0,1 0 0 0

Bourges 5,5 3,3 1,6 0,7 0,2 0,1 0* 0* 0 0 0

Orléans 9,7 6,7 4,2 2,5 1,1 0,4 0,1 0* 0 0 0

Rennes 4,7 3,2 1,6 0,7 0,1 0,1 0* 0* 0

0 0

Le Mans 9,0 6,5 4,4 2,7 1,3 0,6 0,2 0* 0 0 0

Poitiers 6,7 4,7 2,7 1,4 0,5 0,1 0 0 0 0 0

Mont-de-Marsan 7,7 5,4 3,4 1,7 0,4 0* 0* 0 0 0 0

Toulouse 4,4 2,5 1,6 0,9 0,2 0 0 0 0 0 0

* Les astérisques indiquent les stations et les dates après lesquelles il n'y a eu qu'une seule journée de gelée en 21 ans, soit 0,04 journée en moyenne.

L a figure 2 permet de voir que la diminution du nombre moyen de jours de gelée (*) par an peut être plus ou moins rapide selon les stations et qu'ainsi la diminution du risque de gelée est variable.

(1) Signalons que un nombre moyen de 2 gelées par an (par exemple) ne signifie pas qu'il gèle tous les ans : il peut correspondre à 10 années de gelées sur 20 avec une moyenne de 4 gelées les années gélives.

(5)

G E L É E S T A R D I V E S ET R E B O I S E M E N I 145

3.2. — Risques de gelées et dégâts réels

L a fréquence des gelées est une d o n n é e essentielle, mais elle doit être complétée par la connaissance de l'état phénologique de l'essence ou de la provenance considérée.

L a t e m p é r a t u r e a une action importante sur l'évolution des plantes et l'élévation des températures au printemps est un des facteurs déterminants du d é b o u r r e m e n t et de la crois- sance des arbres. Plusieurs chercheurs ont utilisé les sommes de températures au-dessus d'un seuil déterminé pour caractériser les différents états de développement d'une plante. Ainsi que le notent B R O C H E T , D U R A N D et G E R B I E R ( 1 9 7 1 ) , l'utilisation de ce critère doit être faite avec précaution. U n obstacle important est la détermination du seuil d'action. Dans ce travail, en l'absence de données précises, les chiffres avancés pour les arbres fruitiers ( B I D A B E , 1 9 6 7 ) ont été pris en considération et le seuil retenu est de 2 °C. L a somme de températures nécessaire pour atteindre un état de développement (le d é b o u r r e m e n t par exemple) permet de caracté- riser ce stade phénologique. L a confrontation de la fréquence des gelées et de la somme des t e m p é r a t u r e s nécessaires pour atteindre le d é b o u r r e m e n t permet d é j u g e r du risque de dégâts.

Dans cette étude, nous ne disposions pas malheureusement des sommes de t e m p é r a t u r e s correspondant aux différentes essences et provenances utilisées en reboisement. Aussi dans la

3.036.058.5 3*

(6)

146 G . A U S S E N A C

suite du texte, pour 3 exemples, avons-nous déterminé de façon empirique ces valeurs à l'aide d'observations faites à Nancy :

Espèce

Débourrement estimé moyen (;)

Somme de température (en degrés jour)

Abies alba Miller, provenance Écouves II 5 mai 490

Picea abies (L) Karsten, provenance La Joux 15 mai 600 Pseudotsuga menziesii Franco, provenance

Farges III 10 mai 540

Nous avons admis que la levée de dormance s'effectuait sensiblement pendant la même période et pris comme date initiale de sommation le 1e r janvier. L a moyenne des sommes de températures a été calculée sur la période 1949-1967 ( B R O C H E T , D U R A N D , G E R B I E R , 1971).

L a somme de températures qui est prise en compte ici correspond à la valeur de tempé- ratures moyennes cumulées du 1e r janvier à la date considérée pour une période de 19 ans, mais la somme de t e m p é r a t u r e correspondant au d é b o u r r e m e n t moyen est la moyenne des sommes de températures calculées pour les différentes dates de d é b o u r r e m e n t . A i n s i , i l peut y avoir un écart entre la valeur vraie et la valeur considérée ici. A l'heure actuelle, il est impos- sible de préciser son importance, mais i l est très probable que cet écart est quand m ê m e faible.

Les figures 3 et 4 donnent le nombre d ' a n n é e s (en %) de gelée (8 < 0 °C), en fonction des sommes de températures atteintes. Les dates correspondantes sont portées en abscisse. Ce nombre d ' a n n é e s caractérise alors le risque de dégâts.

Les courbes obtenues traduisent le complexe bioclimatique qui caractérise chaque station du point de vue des gelées. Si l ' o n utilise les sommes de 490, 540 et 600 degrés jours comme repères du d é b o u r r e m e n t , respectivement du Sapin pectine, du Douglas et de l'Épicéa, on remarque que les stations présentent les nombres suivants d ' a n n é e s de gelées sur 100 ans (ta- bleau 3).

Le risque de dégâts est élevé pour le Sapin dans la plupart des stations, sauf à C h â t e a u - C h i n o n , Langres, Bourg-St-Maurice. Pour le Sapin de Douglas et l'Épicéa, le risque est plus faible. Les régions dangereuses sont, par ordre croissant pour :

— Le Sapin pectine : Besançon, Bourges, Orléans, Nancy, Rennes, Poitiers, G o u r d o n , Le Mans, Limoges.

— Le Douglas : St-Quentin, Bourges, Nancy, Orléans, Rennes, Poitiers, Toulouse, G o u r d o n , L e Mans, Mont-de-Marsan, Limoges.

— L'Épicéa : Poitiers, G o u r d o n , L e Mans, Limoges.

(1) I l s'agit ici du débourrement moyen du bourgeon terminal de la flèche pour de jeunes arbres (4 à 12 ans).

(7)

Nombre d'onnrfes ('/•) Nombre d a n n é e s

100 200 11 21

300 1 11

4.00 21

500 700

21

800 S e u i l d'action 2*C 1

Mars 11 21 1

A v r i l 21

Mai 21

11 l_

11 21 I I—

A v r i l 21 Mars

1 11

1 11 .J. L .

21 i

Mai 21 A v r i l

1

11 i Mai

M a r s A v r i l Mai

S t - Q u e n t i n

Nancy

Gourdon

Limoges

11 21 1 11 21 i i i

1 i 11 21 1

Mars A v r i l Mai

11 21 1 11 21 1 11

_i

Mors Avri l Mai

11 21

i

1 11 21 i ' ' 1 Mars A v r i l

11 21 1 11 21 1 11 21 1

M a r s A v r i l Mai

S e u i l d ' a c t i o n 2"C C h - C h i n o n

Rennes

Toulouse

Langres

F I G . 3. — Nombre d'années avec gelées (9 < 0 ° C ) sur 100 ans après qu'une certaine somme de température soit atteinte F I G . 3. — Number ofyears (in 100 years) with frost days (8 < 0 ° C )

occure after a certain heat accumulation

O m r

H

>

<

m

7:

m G Z H

4*.

(8)

F I G . 4. — Nombre d'années avec gelées (6 << 0 ° C ) sur 100 ans après qu'une certaine somme de température soit atteinte F I G . 4. — Numher ofyears (in 100 years) with frost days (0 0 ° C )

occure aller a certain accumulation

(9)

G E L É E S T A R D I V E S E T R E B O I S E M E N T 1 4 9

T A B L E A U 3

Nombre d'années avec gelées (8 J$ 0 °C) sur 100 ans pour des sommes de températures correspondant au débourrement du Sapin pectine, du Douglas et de l'Épicéa commun Average number of years with frost days (8 0 °C) for various heat accumulations

Stations

Somme de température (degrés jours) Stations

490 540 600

Saint-Quentin 23,5 16,0 9,5

Chateau-Chinon 7,5 4,5 4,5

Langres 5,5 2,0 0,0

Nancy 39,0 22,0 12,0

Besançon 25,0 14,0 3,0

Bourg-Saint-Maurice 8,0

G o u r d o n 74,0 56,0 33,0

Limoges 91,5 76,0 55,5

Bourges 29,0 20,5 13,0

Orléans 35,5 24,0 13,0

Rennes 45,0 28,5 7,0

Le Mans 84,5 70,0 47,5

Poitiers 47,0 28,5 15,5

Mont-de-Marsan 91,5 76,0 55,0

Toulouse 63,0 46,0 25,0

(10)

1 5 0 G . A U S S E N A C

T A B L E A U 4

Sommes de températures et dates atteintes pour n'avoir que 10 années de gelée sur 100 ans Heat accumulations and day for ten years with frost days in 100 vears

Stations Somme de température

Date Stations Somme de température

Date

Saint-Quentin 585 11 mai Bourges 595 30 avril

Château-Chinon Orléans 620 9 mai

Langres Rennes 695 6 mai

Nancy 615 1 7 mai Le Mans 760 15 mai

Besançon 560 6 mai Poitiers 625 1 mai

Bourg-Saint-Maurice Mont-de-Marsan 765 29 avril

Gourdon 710 30 avril Toulouse 670 24 avril

Limoges 775 21 mai

Le tableau 4 donne les sommes de températures atteintes et les dates correspondantes pour avoir seulement 10 années d é g e l é e s sur 100 ans (risque faible). Les valeurs obtenues sont variables selon les stations. A Nancy, on relève 615° au 17 mai, soit un écart de d é b o u r r e m e n t de 12 jours pour le Sapin pectine, 7 jours pour le Douglas et 2 jours pour l'Épicéa. Mais à Limoges, pour le m ê m e risque, ces écarts sont respectivement de 29 jours, 25 jours et 16 jours.

Afin de mieux cerner ce problème du risque de dégâts, nous avons pris comme seuil de gelée la températures de + 1 "C sous abri. N o u s avons alors calculé en fonction des sommes de températures nécessaires au d é b o u r r e m e n t le nombre d ' a n n é e s de gelées (6 < 1 °C) sur 100 ans (tableau 5). Les pourcentages sont élevés ( > 10 %) dans toutes les stations, sauf à Langres et C h â t e a u - C h i n o n . 11 est probable que dans de beaucoup de cas, les valeurs données dans ce dernier tableau sont trop élevées. Mais, dans les régions o ù le poste pris en référence est peu représentatif (risques plus élevés en dehors des zones urbaines o ù sont installées les stations climatologiques) ces données approcheront peut-être la réalité de plus près. Elles permettront de toute façon, dans l'avenir, par la confrontation avec les dégâts observés de présenter un modèle plus précis.

Le relèvement thermique printanier que reflètent les différentes sommes de t e m p é r a t u r e (tableau 6) est par ordre croissant de tardiveté le suivant : Mont-de-Marsan, Toulouse, G o u r d o n , Rennes, Poitiers, Bourges, Le Mans, Limoges, Orléans, Besançon, St-Quentin, Nancy, C h â t e a u - C h i n o n , Langres, Bourg-St-Maurice. L a vitesse du relèvement thermique est en partie responsable des risques de dégâts.

(11)

G E L É E S T A R D I V E S E T R E B O I S E M E N T 151

T A B L E A U 5

Nombre d'années avec gelées (8 < + 1 "C) sur 100 ans pour des sommes de températures correspondant au débourrement du Sapin pectine, du Douglas et de l Epicéa commun Average number of years with frost days (8 < + 1 'C) for varions heat accumulations

Stations

Somme de température (degrés jours) Stations

490 540 600

Saint-Quentin 47,6 28,6 19,1

C h â t e a u - C h i n o n 19,1 9,5 9,5

Langres 14,3 9,5 4,7

Nancy 57,1 33,3 23,8

Besançon 61,9 28,6 14,3

Bourg-Saint-Maurice 19,1 19,1 14,3

G o u r d o n 95,4 90,4 66,6

Limoges 100,0 90,4 71,4

Bourges 66,6 47,6 33,3

Orléans 76,2 52,3 28,5

Rennes 76,2 47,6 38,1

Le Mans 90,4 90,4 57,1

Poitiers 80,9 61,9 47,6

Mont-de-Marsan 100,0 100,0 95,4

Toulouse 85,7 66,6 33,0

(12)

152 G . A U S S E N A C

T A B L E A U 6

Dates auxquelles sont atteintes différentes sommes de température (') dans les stations étudiées Days when différent heat accumulations occure in the studied climatological stations

Station 100» 200» 300» 400° 500» 600» 700» 800°

i 900°

Saint-Quentin 22/2 20/3 7/4 21/4 3/5 12/5 22/5 31/5 8/6

C h â t e a u - C h i n o n 1/3 26/3 13/4 28/4 9/5 19/5 28/5 6/6 14/6

Langres 8/3 31/3 18/4 1/5 11/5 21/5 30/5 8/6 15/6

Nancy 27/2 25/3 11/4 25/4 6/5 15/5 24/5 2/6 9/6

Besançon 23/2 19/3 4/4 18/4 30/4 9/5 18/5 26/5 3/6

Bourg-Saint-Maurice 14/3 4/4 21/4 3/5 14/5 23/5 31/5 9/6 16/6

Gourdon 31/1 25/2 14/3 27/3 8/4 20/4 30/4 8/5 16/5

Limoges 9/2 9/3 27/3 10/4 22/4 5/5 14/5 23/5 31/5

Bourges 9/2 8/3 25/3 8/4 20/4 1/5 10/5 18/5 26/5

Orléans 13/2 13/3 30/3 14/4 26/4 7/5 16/5 25/5 2/6

Rennes 31/1 25/2 16/3 31/3 14/4 25/4 6/5 15/5 23/5

Le Mans 5/2 5/3 23/3 7/4 20/4 1/5 10/5 19/5 27/5

Poitiers 4/2 3/3 20/3 4/4 16/4 28/4 8/5 16/5 25/5

Mont-de-Marsan 27/1 19/2 8/3 21/3 2/4 13/4 23/4 2/5 10/5

Toulouse 29/1 23/2 12/3 25/3 6/4 17/4 27/4 6/5 14/5

IV. — C O N C L U S I O N S E T DISCUSSION

Les gelées tardives constituent dans certains cas un obstacle important en foresterie.

Elles se font sentir dans toute la France. L'analyse des données climatiques fait ressortir pour les stations étudiées le risque de gelée suivant les dates prises en considération dans la période du 11 mars au 21 juin.

M a i s en fait, le risque de dégâts pour la végétation n'est pas forcément calqué sur la fréquence des gelées, car il faut tenir compte aussi de la phénologie des espèces et de leur seuil de résistance ( D U R A N D , 1965). L a confrontation du nombre d ' a n n é e s de gelée et de la somme de t e m p é r a t u r e nécessaire pour atteindre le stade de d é b o u r r e m e n t considéré comme le plus sensible aux gelées, permet de préciser les risques de dégâts. Dans le cas présent, des

(1) Seuil de sommation + 2 ° C.

(13)

G E L É E S T A R D I V E S E T R E B O I S E M E N T 153 hypothèses ont été faites en particulier sur la somme moyenne de t e m p é r a t u r e s et le seuil d'action. Il serait nécessaire de disposer dans l'avenir de données plus précises pour améliorer l'analyse entreprise ici. Cependant, malgré ces hypothèses, les informations retirées de cette étude sont intéressantes. Le tableau 4 montre que Limoges présente la date la plus tardive : 21 mai, pour un risque faible de dégâts ( 1 0 années de gelée sur 1 0 0 ans). S i l'on prend en considération cette date, on remarque qu'avec un gain de tardiveté mesuré à Nancy de 1 6 jours, les risques de dégâts sont considérablement diminués pour le sapin, puisqu'ils sont inférieurs ou égaux à 1 0 % dans toutes les stations étudiées. Si le gain de tardiveté calculé à N a n c y est de 1 2 jours, ce niveau de 1 0 % est atteint dans 9 des 1 5 stations considérées (St- Quentin, C h â t e a u - C h i n o n , Langres, Nancy, Besançon, Bourg-St-Maurice, Bourges, Orléans, Poitiers). Des gains de tardiveté (à Nancy) de 11 jours pour le Douglas et 6 jours pour l'Épi- céa O devraient permettre d'abaisser le risque de gelée à 1 0 % pour toutes les stations étudiées dans ce travail. E n raison de la faible variabilité de la date de d é b o u r r e m e n t des différentes provenances (8 jours au maximum à Nancy. A R B E Z , communication personnelle) (2) et de l'écart de somme de températures, nécessaire pour diminuer véritablement le risque de dégâts, le Sapin pectine a p p a r a î t en situation « limite » dans un certain nombre de régions.

Dans ces zones : Besançon, Nancy, Rennes, Orléans, G o u r d o n , Le Mans, Poitiers, Limoges, il est nécessaire durant les premières années de l'installation de mettre en œuvre des techni- ques sylvicoles propres à diminuer le risque de dégâts : contrôle de la strate herbacée, utili- sation de l'abri latéral (coupe par trouée), travaux permettant la circulation et l'écoulement de l'air froid ( A U S S E N A C , 1 9 7 0 ) .

En ce qui concerne le Douglas et l'Epicéa, la recherche de matériel végétal à d é b o u r r e - ment tardif doit permettre de diminuer fortement le risque de dégâts de gelée dans les régions les plus dangereuses. L'utilisation des techniques sylvicoles de lutte passive dont il a été fait état p r é c é d e m m e n t , peuvent aussi aider à diminuer le risque de gelée. Les exemples choisis ici montrent tout l'intérêt de ce type d ' é t u d e . Bien sûr, il faudra, dans l'avenir, préciser davantage les p h é n o m è n e s . E n effet, d'une part le d é b o u r r e m e n t des individus d'une essence ne s'effectue pas simultanément, mais présente une certaine variabilité autour de la moyenne, et d'autre part, des facteurs locaux d'aggravation des gelées peuvent intervenir de façon décisive, de m ê m e d'ailleurs que la dynamique du refroidissement de l'air qui fait que pour la même t e m p é r a t u r e minimale, il puisse y avoir ou non des dégâts.

Reçu pour publication en mai 1973.

R E M E R C I E M E N T S

L a plupart des calculs ont été effectués par la Station de B i o m é t r i e du C . N . R . F . Je remercie le personnel de ce service et tout p a r t i c u l i è r e m e n t M o n s i e u r C . M I L L I E R .

(1) En ce qui concerne l'Épicéa, il semble que la provenance considérée dans cette étude soit tardive ( L A C A Z E , communication personnelle). Par rapport à une provenance moyenne, le gain de tardiveté doit être augmenté.

(2) Ceci pour les provenances françaises. Bien sûr, l'écart en jours varie suivant les années.

(14)

154 G . A U S S E N A C

S U M M A R Y

L A T E F R O S T S I N S P R I N G A N D P L A N T I N G S

In certain areas y o u n g seedlings are sometimes injured by late frosts in spring. Damages vary according to the sites.

In this study we calculated frost risks at différent dates (between 11 th M a r c h a n d 21 th June) for 15 sites. (Table 1).

R i s k s o f damages d o not necessary correspond to the frost frequency, because o f the phenology of the species and their limits o f frost r é s i s t a n c e .

T a k i n g into account the number o f years d u r i n g which frost occured after a given date a n d the sum o f t e m p é r a t u r e necessary for bud break (stade b2 — Stade b3) allows the calculation o f damage risks for Abies alba, Pseudostuga a n d Picea abies.

The frequency o f damages for the above mentioned species at différent sites are indicated i n table 3.

It is thus possible to k n o w often y o u n g stands may be injured by late frosts.

F o r Abies alba it is shown that their is no hope o f reducing m u c h the risk o f damages (less than ten times damages in a century) by selecting trees with late b u d breek. O n l y silvicultural methods are helpful i n this case.

But for D o u g l a s a n d Spruce, tree sélection might be successful. A better knowledge o f the bud break c o n t r o l , a n d b u d résistance to frost wight help in the future to further improves the results given have.

Z U S A M M E N F A S S U N G

U N T E R S U C H U N G U B E R D I E S P A T F R O S T G E F A H R I M Z U S A M M E N H A N G M I T A U F F O R S T U N G S P R O B L E M E N

D i e S p â t f r ô s t e k ô n n e n bei Aufforstungen in bestimmten Gebieten mitunter b e t r â c h t l i c h e Scha- den verursachen.

In der vorliegenden A r b e i t werden die K l i m a d a t e n v o n 15 r é g i o n a l verschiedenen Stationen untersucht und die R i s k e n fur das Auftreten v o n S p â t f r ô s t e n zwischen d e m 11. M à r z und d e m 2 1 . Juni berechnet (Tab. 1). D a s Auftreten von S p à t f r o s t s c h â d e n h â n g t nicht nur v o n der H à u f i g k e i t der Froste ab sondern auch von der P h â n o l o g i e u n d den Schwellwerten der Frostempfindlichkeit der verschiedenen H o l z a r t e n . D i e Gegenuberstellung der A n z a h l der Frostjahre innerhalb von 100 Jahren und der z u m Austreiben notwendigen Temperatursummen (Stadien b 2 — b 3) erlaubt die Frostge- f à h r d u n g a b z u s c h â t z e n . Folgende H o l z a r t e n wurden berùcksichligt : A b i e s alba, Pseudotsuga menziesii, Picea abies. I n T a b . 3 sind die in Prozenten a u s g e d r û c k t e n Frostjahre der 15 K l i m a s t a - tionen fur die 3 obgenannten Holzarten wiedergegeben und das R i s i k o v o n F r o s t s c h â d e n bei A u f - forstungen k a n n a b g e s c h à t z t werden.

E s zeigt sich dabei, dass es bei der Tanne forstgenetisch u n m ô g l i c h sein w i r d entsprend s p à t - treibende H e r k i ï n f t e z u z û c h t e n , u m ein Schadenrisiko von 10 % zu erzielen u n d man muss wald - bautechnische Frostschutzmassnahmen treffen. Bei der Douglasie und bei der Fichte kann jedoch die Forstpflanzenzuchtung mit der Auslese entsprechend s p â t t r e i b e n d e r Herktinfte F r o s t s c h â d e n in den meisten F â l l e n verhindern.

D u r c h eine tiefgreifendere K e n n t n i s der G e s e t z m à s s i g k e i t e n die das Austreiben und die Frostre- sistenz der K n o s p e n regeln k ô n n t e n die Ergebnisse dieser A r b e i t noch verbessert werden.

R É F É R E N C E S B I B L I O G R A P H I Q U E S

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