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Hormones et races humaines

SAUTER, Marc-Rodolphe

SAUTER, Marc-Rodolphe. Hormones et races humaines. Archives suisses d'anthropologie générale , 1948, vol. 13, p. 74-76

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:95800

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Extrait des Archives suisses d'Anthropologie génerale.

Tome XIII. 1947-1948.

NOUVELLES

Hormones et races humaines

Les progrès de l'endocrinologie ne pouvaient manquer de fournir aux anthropolo- gues la matière de fructueuses confrontations. Les hormones jouent un tel rôle dans le fonctionnement de l'organisme, les répercussions de leur plus ou moins bonne sécré- tion sont si importantes et souvent si visibles extérieurement, qu'il était naturel de se demander quelle relation pourrait exister entre la physiologie des glandes endocrines et les variétés humaines. Certes, on a pensé d'abord et surtout aux types constitution- nels, avant de parler de races; mais bien vite les théories se sont fait jour, qui attri- buaient à des irrégularités hormonales la formation des divers groupes humains . . Keith et Starling sont en bonne place dans ce domaine nouveau.

Le professeur R. Battaglia 1 , pour son discours présidentiel à l'Institut vénitien des Sciences, Lettres et Arts, le 2 juillet 1944, a résumé nos connaissances sur ce passion- nant sujet: "L'action morphogénétique des hormones et l'origine des races humaines.»

Il constate en premier lieu que chez les Européens des altérations de l'équilibre endocrinien individuel (hyper- et hypofonctiorinement) ont pour résultat de modifier partiellement ou totalement le système osseux, tégumentaire, etc., ce qui a pour effet d'imiter parfois des "caractères qui se rencontrent, à l'état normal, chez les races de couleur ».

Ainsi le nanisme atéliotique est d'origine hypophysaire, l'hypofonction du lobe antérieur de la glande pituitaire arrêtant le développement squelettique, en conservant au sujet ses proportions normales, tandis que le nanisme achondroplasique, qu'on fait dépendre d'un déséquilibre fonctionnel des surrénales et de l'hypophyse, se présente comme une dysharmonie somatique et cranienne. "Les faits exposés ici laissent sus- pecter l'intervention des facteurs endocrines dans la genèse des races humaines pygmées et pygmoïdes, mais sans signifier cependant que les Pygmées soient des rameaux raciaux pathologiques. Il est permis de retenir que les caractères raciaux qui les dis- tinguent et en particulier la basse taille sont déterminés par une activité physiologique des organes endocriniens différente de celle des races de taille normale et haute, et analogue à celle qui, à la suite des altérations endocrines et en particulier à celles du lobe antérieur de l'hypophyse, déterminant les cas de nanisme déjà nommés. » Les caractères morphologiques qui distinguent les Pygmées africains et océaniens (Tapira de Nouvelle-Guinée) font penser à une action ralentissante de nature hypopituitaire combinée des stimuli thyroïdiens; on peut objecter à cela le faciès acromégaloïde des Pygmées.

D'un autre côté les "Papua-pygmées » de Nouvelle-Guinée, dont seule la taille très faible marque la différence avec les vrais Papous - dont ils sont en quelque sorte le "modèle réduit» - seraient explicables par le nanisme hypophysaire (atéliotique).

1 R. BATTAGLIA, L'a:;ione morfogenetica dcgli ormoni c l'origine delle ra::=e umane. Atti lstit. Veneto di Scienze, lett. ed arti. CIV, 2, 19.14, 1945, pp. 191-203.

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En passant à la race« stéatopygide » (Boschimans et Hottentots), l'auteur rapproche certains de Jeurs traits de ceux« qui se manifestent, chez les Européens, à la suite d'une dysfonction endocrinienne connue sous le nom de « syndrome gérodermique génito- dystrophique » .de Rummo et Ferrarini 1. Chez les individus qui en sont affectés s'associent, à une constitution longiligne eunuchoïde ... des caractères de sénilité de la face ... La gérontodermie, comme les autres formes d'eunuchoïdisme, est déterminé par une insuffisante sécrétion de l'hormone testiculaire, à quoi s'ajoute, selon certains auteurs, un hyperpituitarisme concomitant. »

Est-il possible d'appliquer au «gigantisme» racial les données de l'endocrinologie ? On sait que l'hyperplasie pathologique de l'hypophyse détermine au cours de la crois- sance une stimulation de l'activité des cartilages épiphysaires et un développement exagéré de la taille. Ce gigantisme atteint surtout les hommes. Or on a constaté que la différence sexuelle des tailles est plus forte chez les peuples de haute stature que chez ceux de petite taille.

De 5 à 7 cm. chez les secondes, elle monte à 16 environ. Les deux groupes humains les plus grands - Cro-Magnons et Guanches - montrent une différence encore plus forte. Le fait pourrait s'expliquer par l'influence de l'hypophyse sur l'activité des glandes sexuelles, celles-ci agissant sur la croissance.

On peut aussi essayer d'établir une relation entre les caractères typiques des acro- mégaliques (hypertrophie du système osseux en particulier du crâne, avec développe- ment exagéré du nez et des lèvres) avec ceux qu'on constate chez les Néanderthaliens - que l'auteur nomme Paleanthropus neandertalensis. « La curieuse répercussion qu'a l'hypersécrétion hormonale déterminée par l'hyperplasie pathologique des cellules éosinophiles sur la morphologie de la capsule cranienne semble justifier l'hypothèse que la caractéristique morphologique cranienne des races australoïdes et des Paléan- thropes (Néanderthaliens), elle aussi, dépend d'un état d'hyperpituitarisme physiolo- gique. Cette hypothèse trouve une r,onfirmation valable dans les recherches de B. Boldrini sur les rapports entre la grandeur de la selle turcique et Je développement de certains caractères morphologiques du crâne, caractères qui, tout en restant dans les limites du normal, rappellent ceux qu'on observe chez les crânes acromégaliques. » L'acromégalie manifeste ses effets particulièrement sur le développement des lignes temporales et de l'aire du planum tempo·rale, qui est en rapport avec la grandeur de la mandibule et la masse des muscles masticateurs. Or ces particularités se retrouvent sur un crâne australien « néanderthaloïde » publié par. Burkitt et Hunter, et sur celui du Néanderthalien fossile de Broken-Hill. Le professeur Battaglia pense que ce dernier est" un crâne pathologique ou de toute manière anormal, ayant appartenu à un Paléan- thrope acromégalique ou acromégaloïde. L'hyperfonction de la glande pituitaire aurait contribué à accentuer notablement la morphologie cranienne particulière de cette espèce humaine éteinte. »

Puis on s'intéresse aux sécrétions des glandes cortico-surrénales, thyroïdes et thymique. L'insuffisance sécrétrice de la région corticale des surrénales provoque chez l'homme la« maladie d'Addison », caractérisée entre autres par une hyperchromie:

les mélanines des pigments se multiplient, fonçant la peau et les cheveux. On voit que la voie est ouverte à l'hypothèse qui mettrait la pigmentation normale des races

1 Ru~MO et FERRARINI, Gerodcrma genitodistro{tco. Riforma Medica~ 1897

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de couleur en rapport avec l'hormone cortico-surrénale. Hypothèse qui trouve des arguments par exemple dans le fait que la glande surrénale des Noirs africains est moins lourde que celle des Européens. Quant à l'hyperfonction de l'écorce surrénale, elle provoque l'apparition ou l'exagération de caractères virils (Hypertrkhosis par exemple).

Faut-il attribuer une origine hormonale thyroïdienne (hyperfonction provoquant pathologiquement le mal de Basedow), à l'exophtalmie «normale» des Juifs et des Noirs africains ? Des recherches dans ce sens sont souhaitables.

« L'hormone du thymus stimule la croissance, mais inhibe la différenciation soma- tique. » Or les Chinois gardent leur thymus plus longtemps que les Européens, ce qui explique « la faible différenciation des caractères somatiques et anatomiques qui dis- . tingue ... tout le groupe mongoloïde. » Ce ralentissement se répercute aussi sur le cer-

veau.

Si l'hypothèse dè l'étiologie endocrinienne des races est tentante, il reste, le sou- ligne l'auteur, en concluant son captivant exposé, à trouver « les causes qui influent sur les modifications (ou sur les mutations) des équilibres endocriniens héréditaires». Et en particulier il faudra étudier de près le rôle que le milieu physique joue dans ces variations hormonales. Nous nous permettons d'ajouter: milieu physique.et psy- chique, puisqu'il s'agit de l'hommè, et que rien dans son comportement onto-et phylo- génétique ne peut échapper à sa condition d'homme, être responsable et intelligent.

M.-R. S.

Hommes fossiles d'Italie

La Péninsule italienne a été prodigue en fossiles humains, depuis une vingtaine d'années. Car c'est être prodigue que de donner au monde savant trois crânes - et une mandibule - néanderthaliens en 10 ans (Saccopastore 1, 1929; Saccopastore Il, 1935; Monte Circeo I et II, 1939. On peut y ajouter un fragment [occipital] de crâne ancien trouvé à Quinzano, aux portes de Vérone, en 1939). Pour le Paléolithique supé- rieur et le Mésolithique, la récolte a été plus abondante encore: en Ligurie (Arene Candide), en Sicile (S. Teodoro), etc.

Mais les préhistoriens et les anthropologues de l'Italie méritent ces dons, car ils savent les faire valoir au profit de tous. Preuve en soit l'abondance des publications qu'ils n'ont cessé de faire paraître, et par lesquelles ils nous renseignent sur les carac- tères et les relations des documents ainsi retrouvés. Nous voulons en signaler quelques- unes ici.

Le professeur Sergio Sergi, de l'Institut d'Anthropologie de l'Université de Rome, s'est chargé d'étudier les « Paléanthropes » de Saccopastore et du Mont Circé. Il a donné, en 1941, une description très fouillée du premier crâne de Saccopastore, en attendant la monographie définitive 1. On sait que ce crâne est l'un.des mieux conservés

1 S. SERGY, Craniometria e craniografia del primo paleantropo di Saccopastore.« Ricbercbe di Morfologie »

Rome, 1944, 59 pp.1 I4 fig., 10 pl. Rappelons que Sergi distingue, parmi les races fossiles, les Protoantbropes (p. ex. Homo Heidelbergensis, Sinanthrope) et les Paléanthropes (race de Néanderthal), d'une part, et les Fhané- ranthropes, qui englobent tous les types de l'Homo Sapiens, préhistoriques et actuels.

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du type néanderthalien, puisqu'il a été trouvé en une seule pièce; sa face est presque intacte, ainsi que sa base. Sa primitivité est visible à première vue, à cause surtout de la proportion de la face, de la voûte basse, de l'absence de fosse canine. La capacité cérébrale est de l'ordre de 1200 cc. Il s'agit d'un crâne féminin que l'état des sutures permet d'attribuer à un sujet adulte, d'une trentaine d'années.

Un des caractères les plus frappants et sur lequel l'auteur romain insiste dès l'abord, se rapporte à la position et à l'inclinaison du trou occipital. En effet celui-ci se trouve très en avant; en calculant Je rapport de la longueur post-basique du crâne (en position selon Je plan auriculo-orbitraire) à la longueur totale du crâne en projection, on obtient un indice de 45.85 (très voisin des 45.56 de Circeo I); c'est plus que celui de la Chapelle- aux-Saints (43.88), mais le savant italien pense que la reconstruction de la base de ce crâne, par Boule, laisse à désirer.

Quant à l'inclinaison du trou, elle se fait dans le sens négatif, donc comme chez l'homme actuel; la femme de Saccopastore devait donc tenir la tête droite, contràire- m~nt à ce que Boule affirmait être le cas pour les Néanderthaliens. Sergi s'oppose à cette assertion, sur la foi des mesures qu'il a pu prendre sur les crânes de la Ferrasserie, de Gibraltar et du Circeo. Le port droit de la tête se marque encore dans la flexion accentuée du plan sphénoïdal et l'inclinaison du clivus.

Le forme horizontale du crâne est brisoïde comme chez tous les Néanderthaliens.

Son indice céphalique est approxim_ativement de 78-78-4, plutôt élevé.

En norma lateralis on remarque une pla.tycéphalie prononcée. La hauteur basio- bregmatique (rog mm.) est la plus basse qu'on connaisse. Par cet aspect le sujet de Saccopastore se rapproche des crânes de La Quina et de Gibraltar. Le région ptérique présente des particularités évoluées. Le trou auriculaire est elliptique. Le torus occipital délimite nettement le plan nuchal jusque dans la région astérique.

La vue postérieure montre une for:me cranienne cycloïde, comme c'est la règle chez les Néanderthaliens. Ce qui attire surtout l'attention, ce sont les os wormiens lambdoïdes et lambdatiques qui, groupés asymétriquement, ont occasionné une légère déformation du crâne. Il y a plus de 12 ossicules, dont la majorité forme l'aire lambdatique fontanellaire. De plus, il y a deux os astériques droits. On sait que les os surnuméraires sur la suture lambdoïde sont connus chez plusieurs autres Néander- thaliens (La Chapelle-aux-Saints, La Quina, Spy, Circeo). « Ce fait est la démonstration la plus claire de l'instabilité morphologique de la région chez le type examiné et il révèle soit une évolution récente de cette région, soit la direction qu'une évolution ultérieure peut avoir suivie dans l'agrandissement relatif de la portion supra iniaque de l'occipital chez les hommes actuels. »

Pour permettre une étude du pariétal, l'anthropologue romain a dessiné au dia- graphe la courbe du crâne au niveau qui passe obliquement par le bregma, le basion et l'astérion. Le craniogramme de Saccopastore a une forme elliptique, allongée, due à la platycéphalie et à l'extension du pariétal, dont la courbe est peu accentuée. En divisant Je craniogramme en quatre secteurs par le tracé de la iigne basio-bregmatique et· du plan perpendiculaire passant par le lambda, on voit que le secteur pariétal est bie_n plus petit que chez les crânes actuels, et rappelle plutôt la proportion trouvée chez le Chimpanzé.

La vue basilaire met en évidence le plan nuchal, dont l'indice de largeur-longueur est de 168, égal à celui de Cro-Magnon, et proche de celui de Gibraltar (177). Le trou occipital est ovale (indice 80.-).

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Quant à la face, dont nous avons déjà dit la grandeur, sa hauteur supérieure (I 14) est parmi les plus fortes connues. L'angle facial (870) est normal pour ce type huma.in.

Contrairement à ce qu'indique l'indice d:t gnathique (u2.3), très prognathe, la face de Saccospatore I ne l'est pas, comme le prouvent d'autres indices et les angles (angle nasion-proschion-basion, 5905). Mais comme l'écrit l'auteur, cc l'orthognathie s'associe à une particulière hyporhinie sous-orbitaire due à la position fortement abaissée des fosses nasales ... Tout cela est une condition qui semble favoriser la ventilation plus facile et rapide de cavités nasales et l'adaptation meilleure à un climat chaud et humide.»

La mutilation du toms sus-orbitaire a empêché d'étudier convenablement les orbites. Selon le diamètre horizontal choisi, celles-ci sont hypsiconques, ou à la limite supérieure de la mésoconquie; c'est un point de rapprochement de plus avec le crâne de Gibraltar, qui est aussi féminin.

L'ouverture nasale, déformée par une fracture ancienne, est large. L'indice nasal (52.5) est chamaerhinien, mais modérément comparé aux autres Néanderthaliens.

L'arcade alvéolaire comporte une partie postérieure (commune aux crânes paléan- thropes) qui lui donne une forme en fer à cheval. Plusieurs particularités de cette région alvéolaire font dire à l'auteur: cc Ces faits: la divergence des reliefs jugaux des canines, leur fort développement, l'alignement sur le plan incisif et la sphénoprosopie, donnent par leur complexe un aspect théromorphe à toute la région faciale maxillaire, qu'on n'a pas encore décrit jusqu'à présent chez un autre type humain.»

Le palais est asymétrique, étroit et profond.

Suivent quelques caractères dentaires. Saccopastore I est mésodonte.

Passant à l'examen synthétique du crâne étudié, le professeur Sergi formule d'abord quelques considérations sur les critères de discrimination des caractères néander- thaliens, critères qui diffèrent souvent en fonction des théories préconçues ou des variations admises. Selon le savant italien, cc pour l'évaluation morphologique exacte·

du crâne, il faut tenir compte du fait que la mise en place réciproque de chaque élément osseux est déterminé par des fai::téurs mécaniques complexes». L'équilibre que repré- sente le crâne est la résultante d'actions mécaniques multiples, dont chacune s'inscrit dans une marge de variation à identifier. Ces actions sont d'autant plus complexes

qu'elles s'exercent sur un patrimoine génétique multiple aussi dans ses phénotypes.

Partant de cette conception, M. Sergi sépare le groupe européen Néanderthal- Saccopastore des autres séries de Paléanthropes d'Afrique (Rhodésia) et d'Asie (Java, Palestine). Dans la série européenne, il établit des distinctions: en effet le crâne de Saccopastore I se sépare de ce qu'il appelle les Néanderthaliens typiques, dont Circeo serait le type, par d'importantes particularités: faible flexion basilaire, orthognathie, etc. C'est pourquoi il se croit autorisé à en faire une variété aniensis (d'Anio, affluent du Tibre) du Paléanthrope néanderthalien. Saccopastore II, par sa morphologie très semblable, montre qu'il ne s'agit pas d'une variation individuelle.

Les hommes de Saccopastore sont d'âge préwürmien: or M. Sergi remarque que les autres Paléanthropes de la même période présentent de grandes variations, tandis que dans la phase glaciaire, les Néanderthaliens se ressemblent au contraire beaucoup (Néanderthal, Circeo, La Chapelle). Ils résultent d'une réduction de la variabilité, dans le sens de la fixation définitive de l'uniformité cc qui signe la fin de l'espèce. »

Le Néanderthalien interglaciaire de Saccopastore s'écarte de ces derniers par plusieurs caractères évolutifs, certains étant primitifs (platycéphalie, faible capacité), d'autres étant au contraire progressifs (flexion de la base cranienne, denture, etc.).

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Les crânes préwürmiens de Steinheim et d'Ehringsdorf présentent aussi de telles discordances.

Le professeur Sergi conclut son magistral exposé en montrant les difficultés d'une classification des Paléanthropes. Leur évolution, surtout cérébrale, s'est faite, selon les rameaux humains, à des vitesses différentes. D'autre part, « en ce qui concerne les problèmes phylogénétiques les trouvailles de Paléanthropes fossiles sont des phéno- types de population diverses, du point de vue géographique et écologique", ce qui complique d'autant plus la systématique que les documents sont rares. On ne s'entend pas sur les caractères distinctifs, ne connaissant pas leur signification génétique. Le polymorphisme des hommes fossiles, par la variété exubérante des caractères, permet cependant d'identifier une« fluctuation émergente par laquelle s'explique la dynamique du développement de l'espèce et de la variété"·

Revenant à son sujet strict, le savant italien, soulignant le dualisme morpholo- gique des Néanderthaliens, suppose que« s'il faut admettre quelque relation génétique entre les Paléanthropes et les Phanéranthropes, on peut concevoir le lien et une conti- nuité avec le type de Saccopastore "·

* * *

Le second crâne de Saccopastore n'a été jusqu'ici l'objet que de quelques notes 1 . Dans l'une d'elles, le professeur S. Sergi étudie sa morphologie cérébrale, ou du moins ce qui en est saisissable par l'examen du plancher cérébral et cérébelleux en partie conservé. En effet, Saccopastore II ne se compose, outre la face, que de la base du crâne.

Rappelons qu'il s'agit d'un adulte, probablement masculin. Des conclusions de l'au- teur nous nous contenterons de tirer celles-ci: on peut déduire de cet examen « l'exis- tence d'aires corticales déterminées, qui sont exclusives de l'homme et qui témoignent de par leur signification fonctionnelle, d'un degré notable d'évolution atteint par celui qui le possédait "· Sans vouloir généraliser des observations si localisées, M. Sergi pense que ces caractères indiquent « des conditions psychiques qu'on méconnaît

d'habitude chez le Paléanthrope "• et qui s'accordent pourtant avec ce qu'on sait de

sa vie matérielle et spirituelle.

* * *

Le crâne néanderthalien de Monte Circeo est aussi en cours d'étude. Mais le même savant nous donne déjà dans plusieurs notes des indications sur sa morphologie 2.

A part une mutilation de la base - que le Baron A.-C. Blanc déclare intentionnelle - et une lacune osseuse (traumatique) de la région temporo-orbitaire droite, ce crâne est dans un magnifique état de conservation. Il a appartenu à un homme adulte (40 à 50 ans).

La capacité est grande. Une approximation au millet donne le chiffre de 1550 cc., tandis que les trois méthodes de calcul de Manouvrier, de Welcker et de Lee aboutissent à 1641, 1562 et 1828 ! De toute façon Circeo I confirme ce qu'on sait d'un groupe de

1 S. SERGI, Sitlla morfologia cerebrale del seconda paleanfropo di Saccopastore. R. Accad. d'Italia, R.C. Classe di se. fis., mat. e nat., rr, ser. VII, vol. III, Rome, 1942, 8 pp., 2 pl.

2 S. SERGI, Il cranio neandertaliano del 1Wonte Circeo. R. Accad. Nazion. dei Lincei, R.C. Classe di se. fis., mat. e nat., XXIX, s. 6 a, sem., fasc. 12, Rome, 1939, 14 pp., 4 pl.; id. I paleantropi italiani. Medicina e Bio- logia, II, Rome, 19431 pp. 67-103, :24 fig. (ce dernier article traite des crânes de Saccopastore et du Circeo).

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NOUVELLES

Néanderthaliens très capaces. La forme générale du crâne confirme cette-appartenance;

elle rappelle celle de la Chapelle-aux-Saints. C'est l'occasion pour l'auteur romain de revenir sur le défaut de reconstruction de la base du crâne corrézien par Boule.

Voûte platycéphale, fort torus sus-orbitaire, arc zygomatique énorme, écaille tem- porale basse, torus occipital accentué, autant de traits primitifs qui correspondent à la diagnose classique de Boule. Mais la face n'est pas vraiment prognathe, les orbites sont moins grandes qu'à La Chapelle ou à Gibraltar, l'indice nasal moins chamaerhinien.

En résumé, l'homme du Mont Circé est un des plus typiques représentants de ce groupe néanderthalien d'âge würmien, dont il vient d'être question à propos de Saccopastore, groupe qui montre une spécialisation qu'on pourrait, en transposant un terme pris au vocabulaire de la génétique, qualifier de léthale.

* .

*

La différence chronologique et morphologique entre les Néanderthaliens d'Italie, le professeur A.C. Blanc l'a mise en évidence à plusieurs reprises. En 1942 encore, il exposait son opinion sur ce sujet dans une revue portugaise 1_

Partant de la distinction d'ordre physique révélée par le professeur Sergi, il essaye de la mettre en parallèle avec une différence culturelle, archéologique. Soit à Sacco- pastore, soit au Circeo, l'outillage de silex est nettement moustérien d'aspect, et de technique; mais celui du Circeo est plus petit, car il est tiré uniquement des petits galets qui se trouvent sur le littoral pontinien; mais c'est le produit d'un choix, car dans les niveaux contemporains des grottes voisines de celle du crâne, on a des instru- ments de toutes tailles. Blanc rappelle à ce propos la différence que l'abbé Breuil a soulignée, entre les outillages chinois de Choei-tong-Heu, normaux, et de Sja-osso-gol, microlithiques. La présence du Néanderthalien au Mont Circé indique qu'il ne faut pas, avec Menghin, déduire de ce microlithisme moustérien à l'existence de Pygmoïdes !

Des recherches futures permettront de préciser mieux les rapports entre les types physiques humains et les types archéologiques, partant de pénétrer plus avant dans la psychologie relative des Hommes fossiles.

M.-.R. S.

Les galets coloriés aziliens ont-ils été fixés par cuisson?

Dans le Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord (LXXIII, 4, Périgueux, 1946, pp. 133-135), M. Louis Mercier émet l'hypothèse que les galets colo- riés trouvés dans un certain nombre de stations aziliennes ont subi une fixation par cuisson sur la braise. Ayant constaté sur l'ocre colorant de l'un d'entre eux, du Mas d'Azil, de minuscules cristaux, il recueillit sur cette question des observations qui lui permettent de fonder son hypothèse sur des faits assez solides.

« Dans les vases alumineuses fossiles constituant l'ocre jaune sous la forme connue de limonite, il existe à l'état moléculaire adsorbé aux micelles, des sels potassiques

1 A.C. BLANC, La correlazione geocronologica tra i paleantropi di Sac.copastore e del Cfrceo e la loro posi=ione in una curva dell' cleva:;ione dell' uomo. Bol. Soc. Geol. de Portugal, I, II, Porto, 1942, 28 pp., 3 fig., 5 pl.

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solubles; on peut s'en assurer en faisant bouillir longuement l'ocre jaune et dans le liquide filtré, puis concentré par évaporation, on décèle les sels de potasse par le préci~

pité jaune cristallin que donne le bichlorure de platine additionné d'alcool. On peut de même déceler la présence, par d'autres réactifs, de silice colloïdale non combinée et d'aluminates solubles. »

En faisant une bouillie épaisse d'ocre jaune et d'eau, qu'on laisse macérer plusieurs jours, puis en en plaçant sur un galet siliceux, qu'on fait cuire fortement sur la braise, on constate que l'ocre rougit, que les sels contenus dans la limonite, déshydratés, réagissent entre eux et sur le support siliceux, et forment des composés silicatés qui fixent l'ocre au galet.

La fixation de l'ocre est plus ou moins solide selon la nature de l'ocre, ce qui expli- querait la présence de galets très décolorés. L'ocre rouge ne se fixe pas, car elle contient des corps anhydres insolubles. Les variations de teintes, parfois sur le même galet, peuvent être dues à des cuissons répétées dans des feux plus ou moins vifs.

M. Mercier rappelle qu'on a trouvé, au Mas d'Azil comme à Rochereil, des mor- ceaux d'ocre rouge vif, qui n'ont pu être obtenus que par chauffage d'une ocre jaune.

Il remarque d'autre part que les galets coloriés sont toujours siliceux; c'est que "seule une pierre siliceuse peut former avec la potasse libre de l'ocre et les autres sels adsorbés des silicates ou des silico-aluminates fixateurs ».

Vo;ci un nouveau cas où la chimie peut venir efficacement en aide aux études préhistoriques, si les préhistoriens veulent bien prendre les précautions (nettoyage à sec des galets) qui rendent l'examen possible.

M.-R. S.

Mégalithes actuels aux Indes

Le mégalithisme n'a pas cessé de susciter la curiosité des pi·éhistoriens et des ethnographes, sans compter les demi-savants en mal de théories plus ou moins sérieuses. Il faut donc être reconnaissant à ceux qui cherchent, par l'étude des coutumes en rapport avec l'érection de mégalithes, à projeter quelque lueur dans le passé. M. W. Koppers est de ceux-ci. D'un séjour de trois mois (en 1939) au nord-ouest des Indes centrales, séjour consacré surtout à l'étude de la tribu des Bhils qui habitent les flancs des Monts Vindhya et Satpura (fig. 1), il a rapporté une foule d'observations, utilement complétées par les renseignements du mission- naire hollandais L. Jungblut S.V.D. Il en fait la matière de plusieurs articles, dont nous voulons considérer celui qui concerne les mégalithes; comme il a paru dans une revue certainement peu connue de nos lecteurs, ceux-ci nous sauront gré d'en faire état assez ·longuement l_

Monuments aux morts chez les Bhils et chez d'autres tribus primitives aux Indes centrales, contribution à l'étude du problème des mégalithes: étudiant les documents de peuplades non aryennes, primitives, de l'Inde, l'auteur cherche à établir leurs

1 W. KoPPERS, Af ommitnts of the dead of the Bhils and other pr-imitive fribes ·in Central I ndia. A contribution.

to the stu.dy of the meg::ûith. problem. Annali Lateranensi, VI, Cité du Vatican, r94:2, pp. rr7-::w6, 61 fig, et I carte:

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NOUVELLES

raisons, leurs origines, leurs dérivations et leurs significations, ce qui l'amène à consi- dérer leurs relations avec les mégalithes pré-et protohistoriques de l'Europe.

Sur le territoire des Bhils, on trouve le long des chemins et aux environs des villages, des stèles, nommées gala (signes mémoriaux) presque toujours en pierre, de dimensions plutôt faibles (hauteur max. r.20 m.), et dans la presque totalité des cas, décorées d'une représentation humaine à.

Fic. r. - Carte de l'Inde septentrionale et centrale, montrant la position des Bhils et des peuples voisins

(d'après Koppers).

cheval ou à pied, parfois double (fig. 2). Ces gata, qui sont alignés, face à l'Est, sont érigés en mémoire des Bhils d'un certain rang social.

L'érection n'en est pas obligatoire.

Au cours de la fête qui accompagne l'érection de ces stèles, on chante des chants de mariage, on sacrifie une chèvre, dont le sang inonde Je gala, on boit et on festoie. Chaque année, Je jour de fête d'adoration des gata, appelé Je « sombre qua- torzième» (car il suit de deux semaines le « Divali "• fête des lumières, en octobre) se passe en scènes de transe, sous l'influence de l'esprit du mort, en sacrifice et en prières.

Il faut souligner le fait que les gata ne sont pas dressés sur les tombes des morts qu'ils commémorent, ni dans ou près d'un lieu de culte. Les Rajpoutes qui entourent les Bhils possèdent aussi des stèles (Sira, images), plus soi-

gnées, et avec cette différence curieuse qu'elle ne figurent jamais des cavaliers. Ce qui est d'autant plus étonnant qu'à l'encontre des Bhils qui n'ont pas de chevaux, ils sont éleveurs.

Même chez les Bhils, il y a des variantes dans Je nom, la technique et les cérémonies des stèles mémoriales qui sont parfois accompagnées d'un monument en bois; du reste on trouve parfois de simples · poutres dressées et sculptées.

Ajoutons que dans un territoire missionnaire, les gala ont été christianisés par l'adjonction de symboles ou d'inscrip- tions, qui remplacent les symboles solaires et lunaires habi- tuellement placés au-dessus des figures humaines.

Il est probable que les Bhils ont emprunté la coutume des stèles mémoriales, des symboles et des inscriptions qu'ils y sculptent, aux Gujars, leurs voisins septentrionaux, et, en partie aussi aux Rajpoutes. La pauvreté des rites qui accom- pagnent cette coutume, chez ces Bhils, s'expliquerait ainsi, car « il est certainement impossible d'attribuer aµx Bhils une tradition indigène d'érection de monuments aux morts"·

Fic. 2. - Un gato typique des Bhils (d'après une photographie de Koppers).

La comparaison que l'auteur élargit, grâce à la littérature publiée sur ce sujet, confirme qu'il s'agit là d'un emprunt.

Chez les H:orku, les stèles en pierre sont remplacées par des piliers en bois, les munda, qu'on érige au. cours d'une longue cérémonie appelée sidoli. Plusieurs faits

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montrent que la coutume est plus profondément ancrée chez cette population munda.

Nous ne voulons pas suivre plus loin l'auteur dans son enquête chez les autres tribus primitives de l'Inde centrale (Mundas, Gonds), où les monuments funéraires du type décrit se retrouvent avec intensité. Nous arrivons aux conclusions que tire M. Koppers, de ces comparaisons détaillées, et dont voici, résumées, les principales.

Les Bhils ont emprunté aux peuples voisins plus civilisés (Rajpoutes, Gujars) la coutume des stèles mémoriales funéraires à décor. Il ne semble pas qu'ils aient eu jadis de pierres funéraires aniconiques, du type munda et gond. « Si cette supposition est correcte, nous devons classer les Bhils, au moins provisoirement, comme peuple non mégalithique. » Ils appartiendraient à un groupe primitif qu'on peut qualifier de prédravidien ou de prémunda.

La question se pose alors de savoir à quel groupe humain se rapporte originellement la civilisation mégalithique. Certainement pas aux populations anciennes de la civili- sation de !'In.dus (3• millénaire) ni aux Aryens immigrés aux Indes. « Il est clair que les Indiens Aryens n'ont emprunté à cette civilisation mégalithique que les éléments qui leur convenaient, tels que les monuments aux personnes de haut rang social, dont ils ont pu faire dériver leurs pierres de héros. »

Chez les Gonds dravidiens et les Mundas austro-asiatiques, on-ne peut affirmer que le mégalithisme soit autochtone; le seul fait de la présence simultanée chez deux groupes aussi distincts doit inciter à la prudence. On voit que Je problème s'élargit !

« Nous devons nous contenter de suggérer que les vagues d'immigration des popula- tions austronésiennes qui passèrent par l'Inde postérieure pourraient représenter le troisième élément par lequel les indigènes de l'Inde centrale ont été touchés et influen- cés. » L'auteur émet quelques considérations finales dont il vaut la peine d'extraire quelques-unes.

Le motif qui ferait ériger les stèles mémoriales serait celui-ci: les esprits du mort y trouvent un lieu de repos, cessant ainsi d'importuner toute la famille; ces esprits n'aiment pas séjourner sur le sol.

« Nous avons maintes fois noté qu'un changement dans la matière dont sont faits les monuments (bois au lieu de pierre ou vice-versa) était accepté comme allant de soi.

Ce point n'est pas sans signification pour les préhistoriens dans les cas où l'on pourrait peut-être trouver des trous dans une distribution par l'emploi (et la décomposition) d'un matériau moins durable. »

« Dans l'Inde centrale les monuments mégalithiques sont partout en rapport avec le culte du mort. » Ce qui n'exclut pas un emploi simultané profane (limite de village, etc.).

Les relations du mégalithisme (menhirs) avec le culte phallique semblent prouvées, pour le territoire considéré.

Envisageant les rapports qui pourraient exister entre les mégalithes de l'Orient et ceux d'Europe, M. W. Koppers croit pouvoir confirmer que les menhirs européens avaient aussi une signification funéraire, même s'il est prouvé - comme c'est le cas - qu'ils ne se dressaient pas au-dessus d'une tombe. Nous avons plus de peine à com- prendre le raisonnement qui termine: « On regarde actuellement la fin du Néolithique et le début de l'âge du Fer comme la période pendant laquelle l'emploi de mégalithes s'est répandu et a atteint son développement maximum; si nous considérons l'état de développement des peuples de l'Inde centrale qui érigent des mégalithes nous avons

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NOUVELLES

la nette impression que là aussi on peut établir une analogie. Puisque ni les tribus les plus primitives (« Altstamme ») ni la civilisation de !'Indus, ni les Indo-Aryens ne peuvent être considérés comme les véritables représentants de la civilisation mégali- thique de l'Inde centrale, il ne reste, historiquement parlant, qu'un « niveau moyen auquel on puisse attribuer ces monuments. ;, De cette analogie à une parenté, l'auteur de faire le pas, sans affirmer par là une relation génétique directe.

C'est par cette intéressante hypothèse que M. W. Koppers termine son mémoire, si utile et si plein d'enseignements.

M.-R. S.

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