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La FMH, la journée des malades et l’optimisme face à l’AI

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914 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 25 avril 2012

actualité, info

Chaque semaine, je reçois le Bulletin des Médecins Suisses. Presque chaque semaine je me force à le feuilleter. C’est une sorte de rituel. Parfois j’arrache un article que je mets dans une fourre en me proposant de le lire plus tard. Passer de la volonté aux actes est plus rare.1 Et pourtant…

Dernièrement deux articles m’ont touché : le premier, d’Ursula Steiner-König, concerne la Journée des malades 2012.2 Elle y évoque les femmes – mais il y a aussi un nombre, moins consistant, d’hommes – qui s’occu pent à la fois de leur profession, de leurs enfants et petits-enfants et de leurs vieux parents. Elle y

affirme : «Concilier profession, vie privée et soins à des proches n’est pas une affaire pri- vée, mais bien une nécessité pour la collecti- vité nationale.» Je partage avec elle l’idée que l’abnégation des proches est souvent mécon- nue et rarement objet de gratitude de la part de la communauté et… des responsables des Assurances sociales. Lalive d’Epinay avait déjà étudié l’ampleur du soutien aux personnes âgées de la part des générations plus jeunes.3

Un autre article, l’éditorial d’un numéro de mars, signé par Madame Romann,4 annonce une amélioration des relations entre les mé- decins et l’AI. Elle sait que «la réorientation de l’AI a été marquée par d’importantes fausses notes et la communication avec les offices AI s’est retrouvée dans l’impasse». Enfin, on le reconnaît.

Heureusement – nous dit Mme Romann – la FMH a cherché le dialogue avec l’OFAS (Office fédéral des assurances sociales), ce

qui a permis d’instaurer peu à peu une meil- leure compréhension. J’ai adoré un tel opti- misme.

Le propos toutefois interpelle. Est-ce que les offices AI ont vraiment changé ou est-ce la FMH qui prend ses désirs pour des réali- tés ? J’ai de la peine à croire que les assu- rances sociales vont désormais prendre en compte les conséquences des maladies sur la vie humaine des assurés, et encore moins la souffrance de leur entourage.

D’âpres frottements avec les offices AI l’ont montré : la philosophie de cette assurance n’est pas celle de savoir ce qu’est bien traiter la vie humaine, ni celle de nous aider à pren- dre soin de la vie dans notre collectivité.

Trop de certificats d’honnêtes médecins ont été jetés aux orties. La large majorité des pra- ticiens demeure pourtant ouverte aux ques- tions éthiques inhérentes à la certification de l’incapacité de travail. Ces médecins voient et savent que la maladie peut faire mal et ils l’écrivent dans leurs rapports. Ils essayent de

«faire du bien» à ceux qui «sont mal». C’est leur mission. Dans leurs relations avec l’AI, ils se sentent loin de la réalité de la vie et de la justice, loin de la vie juste. Trop longtemps, ils ont été suspectés par les offices AI d’être carte blanche

Pr Marco Vannotti CERFASY Ruelle Vaucher 13 2000 Neuchâtel [email protected]

La FMH, la journée des malades et l’optimisme face à l’AI

Qu’allez-vous bien faire de votre espérance de vie ?

On ne lit jamais assez la presse médicale et scientifique. Prenez la dernière livraison de Médecine/Sciences.1 Dirigée par Hervé Chnei­

weiss cette revue internationale, francophone et franco­québécoise se penche savamment sur le vieillissement. Pour l’essentiel, il s’agit de rapporter ce que l’on sait des rouages moléculaires qui le régissent, le sous­ten­

dent, le ralentissent, le précipitent, le dé­

règlent. Vu des éthers de Sirius on ne peut manquer d’être surpris de la solidité de la métaphore horlogère dans le registre de la description du battement de la vie dans le cours du temps. Et comme il s’agit ici d’une revue située, par définition, au croisement de l’avancée des sciences et de la pratique de la médecine, le propos mêle faits et commen- taires, à savoir ce que l’on sait du vieillir et ce que l’on pourra ou non en faire.

Symptôme éclairant : l’éditorial­Janus. Le lecteur découvre d’abord un texte du biolo­

giste Miroslav Radman, 67 ans, suivi d’un

autre signé de Gilbert Lagrue, 86 ans et Joël Ménard, 72 ans ; deux personnalités médi­

cales françaises œuvrant toujours au service de la santé publique. Le premier, filant éga­

lement la métaphore, nous éclaire sur la chimie de cette horloge biologique flexible que serait devenu le vieillissement. Un vieillis­

sement dont il donne la définition suivante :

«la perte progressive des fonctions biolo­

giques qui aboutit à la mort de l’organisme»

– on aimerait, à ce propos, savoir quand com­

mence cette perte.

Et Miroslav Radman de rappeler à l’as­

semblée de tous les vivants que «la probabi­

lité de la mort augmente exponentiellement avec l’âge de l’organisme». Pour ceux qui l’ignoreraient, il s’agit ici d’une loi formulée à Londres en 1825 par Benjamin Gompertz (1779­1865) mathématicien britannique de formation autodidacte. Pour ce qui est de l’homme, se souvenir aussi longtemps que possible que le risque de ne plus vivre dou­

ble tous les huit ans. «Les changements a physiologiques, fonctionnels et morpholo­

giques liés à l’âge se manifestent chez tous les individus, mais les maladies et la mort n’affectent, à chaque âge, qu’une fraction de la population» souligne doctement l’auteur.

Sous la plume des Drs Lagrue et Ménard, le propos est d’un autre ordre : traiter du vieillissement comme d’un enjeu du XXIe siècle. En France, comme dans les pays in­

dustriels, l’espérance moyenne de la vie hu­

maine est passée en un siècle de 50 à 80 ans.

Et pour ce qui est de la France, la saignée avancée thérapeutique

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Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 25 avril 2012 915 complaisamment complices des tendances

«naturelles» des assurés à l’escroquerie.

Les médecins savent, personnellement et professionnellement, ce que cela signifie d’avoir au quotidien, dans son entourage, une personne atteinte d’une maladie chro- nique douloureuse. Le désarroi des familles est am plifié par différents constats d’impuis- sance : d’abord, la douleur de celui qui en est atteint résiste aux soins des médecins et à la sollicitude des proches. Les familles souffrent ensuite, et plus encore, de l’ab- sence de reconnaissance sociale de la ma- ladie.

L’AI semble encore à l’écart des préoccu- pations évoquées par la Journée des mala- des 2012. C’est pour cela que la FMH aurait à prendre des positions autrement plus fer- mes face aux persistants dénis d’humanité de l’AI.

1 C’est, naturellement, fort différent pour la RMS ! 2 Steiner-Koenig U. «Work and Care» – concilier profes-

sion, vie privée et soins à des proches. Bull Med Suisses 2012;93:9.

3 Lalive D’Epinay C, Bickel JF. Personnes âgées et ré- seau familial. Le cas de la Suisse. Médecine Psycho- somatique 1994;22:12-23.

4 Romann C. Collaboration avec l’AI : nous sortons enfin de l’impasse. Bull Med Suisses 2012;93:11.

des deux guerres n’aura pas changé cette pente ascendante. On ne disputera pas ici de savoir qui de la biologie, de la pharmaco­

logie, de la pratique médicale ou de l’hy­

giène publique et de la politique a le plus direc tement contribué au développement de ce phénomène. Toujours est­il que tout sem­

ble s’accélérer (et de manière exponentielle) depuis une vingtaine d’années. «Nous ga­

gnons aujourd’hui trois mois de vie tous les ans» rappellent les Drs Lagrue et Ménard à celles et ceux qui auraient tendance à ne pas vouloir s’en souvenir. «N’oublions pas qu’il existe des organismes simples (hydre et méduse) qui ne vieillissent pas et, surtout, que la vie humaine gagne six heu­

res par jour depuis deux siè­

cles» note pour sa part Miroslav Radman. Ainsi donc, depuis deux siècles, les journées se­

raient de trente heures. Et le biologiste d’ajouter que tout converge désormais pour nous dire que l’espérance de vie est flexible.

Arrive aussitôt l’immanqua­

ble question – médicale – de savoir si (et comment) nous pouvons jouer (en notre faveur,

si possible) sur cette flexibilité. Les réponses sont, somme toute, assez simples. Mais pour ne pas être occultées elles réclament une prise de cons cience qui, elle, ne va pas de soi. Accepter l’idée que le développe­

ment général de l’industrialisation a fait de nous des sédentaires (trop) bien chauffés.

«On se nourrit trop et l’activité physique né­

cessaire à la survie est très insuffisante, as­

sènent les Drs Lagrue et Ménard. Dans notre civilisation occidentale, tous les ali­

ments sont disponibles en abondance et le type d’aliments consommés s’est modifié : l’alimentation est plus riche en viande et également en corps gras, en sucre et en sel, exhausteurs du goût et facilitateurs des ventes.»

On connaît dès lors, ou on imagine aisé­

ment le contenu de l’ordonnance destinée à celles et ceux qui veulent al­

longer autant que faire se pourra leur flexibilité indivi­

duelle :

– ne pas fumer ou arrêter le plus tôt possible ;

– manger moins salé, moins gras, moins sucré et sans apport excessif de façon à conserver le poids optimum ;

– limiter les boissons alcoolisées à l’équiva­

lent de deux verres par jour ;

– pratiquer régulièrement une activité phy­

sique quotidienne : il faut au moins 45 mi­

nutes de marche à un rythme suffisant, de vélo, de natation ou de course à pied.

Combien sont­ils, parmi les membres du corps médical, à avoir peu ou prou rédigé tout ou partie d’une telle ordonnance de lon­

gévité ? Est­ce d’ailleurs ce que vient vérita­

blement chercher le patient auprès de son médecin ? «Très curieusement ces idées ont mis très longtemps à être diffusées, recon­

nues et acceptées, observent naïvement ou pas les deux rédacteurs. Le transfert des don­

nées de base aux applications quotidiennes est toujours difficile et lent. Il n’est jamais simple, surtout au­delà d’un certain âge, de changer un mode de vie très profondément ancré en nous. La psychologie comporte­

mentale nous a bien appris que "la connais­

sance d’un risque n’a jamais suffi à elle seule à modifier un comportement". Les médecins commencent heureusement à appréhen der ce problème.»

Est­ce si sûr ? Plus précisément, si cela est vrai est­ce heureux ? On ne contestera pas le droit à la puissance publique de diffuser (avec les deniers des citoyens) des messages du type Mangez cinq fruits et légumes par jour.

Pour votre santé, bougez ou évitez de grignoter ; encore que leur dimension proprement in­

fantilisante ruine le message qu’elle entend

porter. On s’interrogera en revanche sur le fait de savoir si le rôle du médecin est ou non de retarder à tout prix ce qui est généra­

lement perçu comme un vieillissement phy­

siologique. Où l’on retrouve la question émi­

nemment politique de la place du médecin (et plus généralement du savant) aux com­

mandes des destinées du peuple.

Là encore la question est assez simple. Elle ne concerne pas les avancées thérapeutiques ponctuelles et de la correction du patholo­

gique douloureux qui ne soulèvent aucune difficulté. En revanche, l’hygiène (entendue comme le moyen de prolonger la vie aux ul­

times frontières de la programmation biolo­

gique) est­elle la fin à proposer, sinon à im­

poser, aux citoyens ? Notre ordonnance offre ici quelques exemples à méditer, le soir, à la veillée. Jusqu’où aller dans l’interdiction de

la consommation de tabac ? Faut­il con train­

dre à 45 minutes quotidiennes d’exercices physiques, restreindre de manière autoritaire les apports caloriques et faire une croix sur les viandes et les gras ? Où tracer la frontière entre l’hygiène despotique et l’éducation ci­

toyenne ?

On peut aussi tenir tout ceci pour décidé­

ment superfétatoire, considérer que la vie n’a de sel que pimentée d’exhausteurs de goût et que le libre arbitre interdit au méde­

cin d’aller trop loin dans des actions de thé­

rapie préventive qui s’opposent assez vite au libre arbitre de chacun. Il n’en reste pas moins vrai que depuis deux siècles nous vi­

vons six heures de plus par jour. Avec toutes les conséquences que nous commençons à percevoir ; parmi lesquelles l’émergence d’un droit au suicide médicalement assisté n’est pas la moins inquiétante.

Jean-Yves Nau [email protected]

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