REVUE
Valeur santé des caroténoïdes
Georges CHOUBERT
1 *, Alain GUILLOU
1, 2, Viviane TYSSANDIER
3, Patrick BOREL
3, Pascal GROLIER
3SUMMARY Health value of carotenoids.
Carotenoids are liposoluble natural pigments highly diversified and widely dis- tributed in nature. Besides their role as pigments, these compounds have numerous biological activities, some of them being fundamental such as provi- tamin A activity, antioxidant activity or immunomodulation activity. Moreover epidemiological studies have shown a relationship between the intake of diets rich in carotenoids and a lower incidence of some diseases such as cancers, cardio-vascular diseases or eye diseases.
Key-words: carotenoid, antioxidant, cancer, cardio-vascular disease, toxicity.
RÉSUMÉ
Les caroténoïdes sont des pigments naturels liposolubles très diversifiés et lar- gement répandus dans la nature. Au-delà de leur rôle pigmentaire, ces compo- sés sont susceptibles d’avoir des activités biologiques, certaines d’entre elles étant fondamentales : précurseur de la vitamine A, activité antioxydante ou immuno-stimulante. De plus, des enquêtes épidémiologiques ont associé la consommation d’aliments riches en caroténoïdes et la prévention de certaines pathologies comme les cancers, les maladies cardio-vasculaires ou certaines pathologies oculaires.
Mots clés : caroténoïde, antioxydant, cancer, maladie cardiovasculaire, toxi- cité.
1. Équipe nutrition et qualité des poissons, Unité mixte Inra-Ifremer, Station d’hydrobiologie, Institut natio- nal de la recherche agronomique, 64310 Saint-Pée-sur-Nivelle, France.
2. Adresse actuelle: ABK-Gaspésie inc, C.P. 94, Rimouski, Québec, G5L7B7 Canada.
3. Équipe vitamines, Unité des maladies métaboliques et micronutriments, Insitut national de la recherche agronomique, 63122 Saint-Genès-Champanelle cedex, France.
* Correspondance [email protected]
1 - INTRODUCTION
Pigments naturels liposolubles, les caroténoïdes sont très diversifiés et large- ment répandus dans la nature. Les seuls êtres vivants capables de les synthéti- ser sont les végétaux et certains micro-organismes, alors que chez les animaux et l’homme, les caroténoïdes sont apportés uniquement par l’alimentation.
Depuis quelques années, on constate une augmentation constante de l’utili- sation des caroténoïdes dans l’alimentation animale et humaine, non seulement pour satisfaire la demande croissante des consommateurs en pigments natu- rels, mais aussi parce que les caroténoïdes agiraient de façon positive sur la croissance et la reproduction des animaux d’élevage. Chez l’homme, certaines activités biologiques des caroténoïdes sont soupçonnées (
OLSON, 1989).
Les caroténoïdes, leurs distributions ainsi que leurs structures chimiques seront présentés dans une première partie. Puis, les activités biologiques et la toxicité des caroténoïdes chez l’homme feront l’objet de la seconde partie. Tou- tefois, cette revue bibliographique n’a aucunement la prétention d’être exhaus- tive étant donné l’étendue et la complexité du sujet. De même, les relations avec la vitamine E ne seront pas développées ici.
2 - CAROTÉNOÏDES
2.1 Distribution
Les caroténoïdes forment le groupe de pigments naturels le plus important et le plus largement distribué chez les êtres vivants (
ISLER, 1971 ;
FOX, 1976 ;
KARNAUKHOV, 1990). Si la source naturelle des pigments caroténoïdes est constituée essentiellement par les végétaux (
GOODWIN, 1976), certains micro- organismes tels que des bactéries (
NELISet
DE LEENHEER, 1989 ;
MARTINEZ-
LABORDAet al., 1990) et des levures (
HAARD, 1988 ;
ANet al., 1989) possèdent aussi la capacité de les synthétiser. Les animaux, quant à eux, ne sont pas capables de produire les caroténoïdes de novo. Toutefois certaines espèces peuvent en modifier la structure moléculaire (
WEEDON, 1971 ;
GOODWIN, 1986).
Actuellement, près de 600 caroténoïdes naturels ont été identifiés (
STRAUB, 1987). Il faut ajouter à ce nombre les composés dont la structure est toujours inconnue (
GOODWIN, 1986) ainsi que certains caroténoïdes artificiels (
MAYERet
ISLER, 1971).
Les caroténoïdes sont quelquefois associés à des structures plus com-
plexes telles que les lipoprotéines, lors de leur transport dans le sang (
ANDOet
al., 1986 ;
ROMANCHIKet al., 1995) ; des protéines (caroténoprotéines) de l’exos-
quelette et des tissus d’invertébrés (
CECCALDIet
ALLEMAND, 1964 ;
CHEESMANet
al., 1967 ;
THOMMEN, 1971 ;
GOMEZet al., 1984 ;
CLARKEet al., 1990 ;
SANTOROet al., 1990) ; des protéines musculaires des poissons (
HENMIet al., 1989 ; 1990)
ou celles des xanthophores du poisson rouge, Carassius auratus (
YUet al.,
1990).
Certains animaux d’élevage (bovins, volailles, poissons) reçoivent dans leur alimentation des suppléments en caroténoïdes permettant, d’une part, d’obtenir les caractéristiques pigmentaires propres à leurs espèces (
FERRANDO, 1980 ;
CHOUBERT, 1983 ;
BRANELLEC, 1985) et, d’autre part, dans certains cas, de sub- venir à leurs besoins physiologiques en ces composés (
BRUBACHER, 1972).
L’utilisation de caroténoïdes chez l’homme a connu une expansion rapide depuis le début des années cinquante avec la maîtrise de la synthèse totale des formes moléculaires naturelles et artificielles (
MAYERet
ISLER, 1971). Associés à des agents émulsifiants et protecteurs, les caroténoïdes servent de colorants alimentaires (
KLÄUIet
BAUERNFEIND, 1981) et sont utilisés dans plusieurs types de produits pharmaceutiques ou cosmétiques (
BAUERNFEINDet al., 1971 ;
MÜN-
ZEL, 1981). Étant donné le régime alimentaire largement omnivore de l’homme, celui-ci absorbe, transporte, accumule et métabolise une très grande variété (plus de 50) de caroténoïdes (
KLÄUIet
BAUERNFEIND, 1981 ;
KRINSKYet al., 1990 ;
KHACHIKet al., 1992).
2.2 Structure chimique
Les caroténoïdes sont des substances polyéniques liposolubles caractéri- sées par un système de doubles liaisons conjuguées leur donnant une colora- tion variant du jaune au rouge. Leur grande majorité possède une structure composée d’unités isoprènes (généralement huit) rangées symétriquement autour d’une double liaison centrale, de telle sorte que les deux groupes méthyles près du centre de la molécule soient en position 1:6, et que ceux en position latérale soient en position 1:5 (
GOODWIN, 1952). Les éléments isoprènes terminaux peuvent former des cycles à l’intérieur desquels la position des doubles liaisons varie (cycles de types ε ou β), produisant des isomères structu- raux (
ISLER, 1971) tels que l’
αet le
β-carotène ou la zéaxanthine et la lutéine. La structure de quelques caroténoïdes en C
40ainsi que deux des principales formes de réduction du
β-carotène, rétinoïdes en C
20, le rétinol
1et le rétinol
2, (surtout présent chez les poissons d’eau douce) sont représentés sur la figure 1.
Les doubles liaisons du squelette central de la molécule dont le nombre varie généralement de 7 à 15 (
STRAUB, 1987) peuvent subir des réarrangements et former des isomères géométriques. Dans la nature, les isomères tout-E (ou trans) sont les plus abondants, mais la structure chimique des caroténoïdes montre l’existence possible d’un grand nombre de stéréo-isomères. Les caroté- noïdes de formes Z (ou cis) se retrouvent d’ailleurs en proportion non négli- geable. Ainsi, l’astaxanthine contenant neuf doubles liaisons dans sa partie centrale peut théoriquement former 271 isomères Z et un seul isomère E (
ZECH-
MEISTER, 1944). Cependant, dans la nature, on ne retrouve que les isomères E, 9Z, 13Z et 15Z (
PAULING, 1939).
La présence de ces nombreuses doubles liaisons est la cause principale de l’instabilité chimique qui caractérise ces pigments. Les caroténoïdes sont facile- ment détruits et deviennent incolores sous l’action de la lumière, de l’oxygène, des acides (
LIAAEN-
JENSEN, 1971) ou des températures supérieures à 45 °C (
EMODIet al., 1976) pour les préparations stabilisées de canthaxanthine et à 60 °C (AOAC, 1980) pour les caroténoïdes en solution.
Les caroténoïdes sont divisés en deux grands groupes : les carotènes,
constitués uniquement de carbone et d’hydrogène, et les xanthophylles possé-
dant, de plus, des atomes d’oxygène (groupe cétonique (–C = O) et groupes hydroxyle (–C–OH)). Ces derniers peuvent prendre deux positions par rapport au plan du cycle sur lequel ils sont fixés (avant ou arrière), donnant la possibilité de former des isomères optiques R/S (
LIAAEN-
JENSENet
STOREBAKKEN, 1990).
Ainsi, par exemple, l’astaxanthine peut présenter deux formes énantiomères (3S, 3’S) et (3R, 3’R) ou une forme meso (3S, 3’R).
Figure 1
Structure chimique de quelques caroténoïdes et rétinoïdes Chemical structure of some carotenoids and retinoids
Si la nomenclature officielle (IUPAC, 1972) a été employée pour rappeler de façon précise la structure des caroténoïdes, leur ancienne dénomination, encore en usage, est utilisée dans le texte.
3 - VALEUR SANTÉ DES CAROTÉNOÏDES CHEZ L’HOMME
Parmi la cinquantaine de caroténoïdes couramment présents dans l’alimen- tation de l’homme, un peu plus d’une trentaine est retrouvée dans le sang et les tissus, parmi eux : le β-carotène, le lycopène, la β-cryptoxanthine, la zéaxan- thine, la lutéine, la canthaxanthine et l’astaxanthine.
Pendant longtemps, chez l’homme, seules les propriétés vitaminiques des caroténoïdes ont été étudiées. Or les caroténoïdes possèdent des propriétés antiradicalaires qui peuvent expliquer leurs effets bénéfiques contre différentes formes de cancers et contre les maladies cardio-vasculaires. Il est important de noter que les caroténoïdes ne sont pas « interchangeables », ils ont chacun des propriétés spécifiques.
Les activités biologiques des caroténoïdes chez l’homme peuvent se répartir en trois catégories distinctes (
OLSON, 1989) :
– les fonctions, rôles essentiels des caroténoïdes ; l’absence de ces compo- sés pouvant induire une altération des processus physiologiques ;
– les actions, réponses physiologiques ou pharmacologiques à l’administra- tion de caroténoïdes, non essentielles au bon fonctionnement physiolo- gique de l’individu ;
– les associations, relations entre la consommation de caroténoïdes et cer- tains processus biologiques ou certaines pathologies.
3.1 Fonctions
L’absence de caroténoïdes pourrait induire une altération des processus phy- siologiques. Ainsi, une déplétion en caroténoïde chez la femme en préméno- pause a entraîné des lésions cutanées (
BURRIet al., 1993). Cependant, le régime alimentaire contenant peu de caroténoïdes, donc peu de fruits et légumes, il se peut que ces lésions aient été dues à l’absence de phytomicronutriments.
3.1.1 Précurseurs de la vitamine A
La vitamine A est importante dans le maintien de la santé des animaux et de
l’homme (
ZILEet
CULLUM, 1983). La vitamine A est essentielle pour la vision, la
croissance et la reproduction et elle est nécessaire au contrôle et à la différen-
ciation des tissus épithéliaux (
CHAUDHARYet al., 1989). De plus, il semble qu’elle
ait un rôle à jouer dans l’immuno-protection des organismes et la prévention de
la formation des cancers (
SEIFTERet al., 1973 ;
LACROIXet
BHAT, 1988 ;
SKLANet
al., 1989 ;
GENSLERet
HOLLADAY, 1990 ;
LEQUEU, 1990). Certains dérivés de la
vitamine A possèderaient également des effets bénéfiques dans le traitement de
problèmes cutanés dus à des expositions prolongées au soleil (
WHITE, 1990).
Environ 10 % des caroténoïdes naturels possèdent une activité provitami- nique A notable chez les mammifères (
OLSON, 1989). Mais il faut y ajouter plu- sieurs autres caroténoïdes si l’on tient compte de toutes les classes de vertébrés et d’invertébrés (
PITT, 1971 ;
BAUERNFEIND, 1972 ;
MASSONETet al., 1981 ;
MATSUNO, 1989). L’équivalence vitaminique A pour un caroténoïde donné est très variable d’une espèce à l’autre (
TIEWS, 1965). Ainsi, on retient un coeffi- cient d’équivalence de 6 pour le
β-carotène (6 µg de
β-carotène = 1 µg de vita- mine A) et de 12 pour les autres caroténoïdes provitaminiques A (
FAUREet al., 1999a). Plus récemment a été introduite la notion d’activité équivalente en réti- nyl (1 retinyl activity equivalent ou RAE = 1 µg de rétinol ; = 2 µg de
β-carotène dans l’huile ; = 12 µg de β-carotène dans l’aliment ; = 24 µg d’α et β-cryptoxan- thine dans l’aliment). La conversion des caroténoïdes en vitamine A, impliquant l’intervention d’une ou plusieurs enzymes font encore l’objet de controverses.
Les mécanismes ont été décrits par
FAUREet al. (1999a). L’enzyme, β,
β-caro-tène-15,15’-dioxygénase, a, récemment, été clonée chez le poulet, la souris et la drosophile (
VON LINTINGet
VOGT, 2000 ;
WYSSet al., 2000).
3.1.2 Photoprotection contre la photosensibilisation
Les caroténoïdes sont reconnus comme des inhibiteurs potentiels des dom- mages cellulaires causées par une exposition prolongée à de fortes intensités lumineuses chez les plantes, les algues et les bactéries ainsi que chez de nom- breuses espèces animales et l’homme (
KRINSKY, 1971 ;
RANBYet
RABEK, 1978 ;
MATHEWS-
ROTH, 1981, 1984 ;
PALMISANOet al., 1989).
Cependant, des sujets traités par voie orale avec de la canthaxanthine pour des problèmes de photosensibilité ont montré une rétinopathie associée à l’ap- parition d’un dépôt rétinien inconnu, jaune et cristallin (
BOUDREAULTet al., 1983 ;
ROUSSEAU, 1983 ;
ROSet al., 1985 ;
MAYNE, 1996).
3.2 Actions
3.2.1 Action antioxydante
Certains caroténoïdes possèdent la capacité d’agir sur l’oxygène singulet et de piéger les radicaux libres à faible pression d’oxygène, protégeant ainsi les lipides, les protéines, et l’ADN des dommages radicalaires. Certains des méca- nismes précis mis en jeu ont été décrits par
FAUREet al. (1999a). Les composés formés, moins réactifs, bloqueraient la réaction en chaîne ainsi générée (
BRIT-
TON, 1995). Ainsi, le
β-carotène protégerait les lipides dans les tissus hépa- tiques du rat contre l’oxydation (
BLAKELYet
KNIGHT, 1986). Par ailleurs, le
β-carotène, l’astaxanthine et la canthaxanthine retarderaient l’auto-oxydationdes lipides en solutions (
BURTON, 1989 ;
TERAO, 1989). Le lycopène, la can- thaxanthine et l’astaxanthine agiraient plus efficacement sur l’oxygène singulet que le β-carotène qui lui même serait plus actif que la zéaxanthine, la lutéine et la
β-cryptoxanthine (
DI MASCIOet al., 1990).
La protection semble maximale quand le nombre de doubles liaisons conju-
guées est égal ou supérieur à 9 (
RODRIGUEZ, 1997). Le
β-carotène serait un anti-
oxydant efficace à faible (2 %) pression partielle d’oxygène et complèterait bien
l’action de la vitamine E, plus efficace à plus forte (10 %) pression partielle
d’oxygène (
BURTON, 1989 ;
PALOZZAet al., 1995). De plus, le
β-carotène, la
β-
cryptoxanthine, la zéaxanthine et la lutéine protégeraient des radicaux libres la muqueuse gastrique de rats ayant ingéré des solutions acides (
JAVORet al., 1983). Toutefois, l’efficacité des différents caroténoïdes dépend du modèle expérimental utilisé (
FAUREet al., 1999b).
3.2.2 Action immuno-stimulante
Le
β-carotène principalement, mais aussi la canthaxanthine, peuvent faire augmenter de façon significative les défenses immunitaires naturelles (lympho- cytes T et B) chez l’homme et le rat (
BENDICHet
LANNGSETH, 1989). Les caroté- noïdes stimuleraient la différentiation des cellules intrathymiques et augmenteraient le rapport CD4
+/CD8
+dans le sang en stimulant la formation des T helper (
KOBAYASHIet al., 1996). Chez des rats carencés en vitamine A, la res- tauration de la réponse immunitaire serait identique avec un apport de rétinol ou de
β-carotène mais totalement inefficace avec la canthaxanthine (
BOWMANet al., 1990). D’autre part, la réduction du développement des maladies auto-immuni- taires a été observée chez une souche de souris spécialement sélectionnée recevant dans son alimentation du
β-carotène et de l’astaxanthine (
JYONOUCHIet al., 1991).
La stimulation du système immunitaire pourrait être associée à la prévention et à l’inhibition de certains types de cancers (
SCHWARTZet al., 1989). L’effet direct ou indirect des caroténoïdes en tant que modulateur de l’immunité peut être lié à leur activité antioxydante ou passer par l’intermédiaire de la vitamine A et des rétinoïdes (
BURRI, 1997).
3.3 Associations
Les résultats de plusieurs études tendent à montrer que la consommation d’aliments riches en caroténoïdes est associée à la prévention de certaines pathologies comme les cancers, les maladies cardio-vasculaires, la dégénéres- cence maculaire liée à l’âge et la cataracte.
3.3.1 Caroténoïdes et cancer
D’après des études épidémiologiques, prospectives et rétrospectives, il existerait une corrélation négative entre la consommation de fruits et légumes, produits riches en pigments caroténoïdes, et le risque de développer certains cancers (
ZIEGLER, 1991). Par ailleurs, le
β-carotène et la canthaxanthine, qui ne possède pas de pouvoir provitaminique A chez les mammifères, ont montré des capacités à limiter et même à faire diminuer le développement des cellules can- céreuses humaines en culture ainsi que chez quelques espèces de rongeurs (
MATHEWS-
ROTH, 1982 ;
KRINSKY, 1989 ;
ZIEGLER, 1989 ;
GENSLERet
HOLLADAY, 1990 ;
BERTRAM, 1993).
L’
α-carotène posséderait une plus grande activité antinéoplasique que le
β-
carotène (
MURAKOSHIet al., 1989). De plus, si la consommation de lycopène ne
diminue pas le risque d’apparition du cancer du poumon (
LE MARCHANDet al.,
1993), elle limiterait celui du cancer de la prostate (
GIOVANNUCCIet al., 1995). In
vitro, le lycopène et un de ses métabolites potentiels, l’acide acyclorétinoïque,
inhiberaient la transformation prénéoplasique de cellules du sein et de l’endo-
mètre. Ils limiteraient les inductions des cyclines D1 et des protéines p21, le
passage des cellules de phase G1 en phase S et les effets proproliférateurs de
l’IGF-I (
BEN DORet al., 2001). Ces observations tendent à montrer que l’effet des caroténoïdes sur le métabolisme des tumeurs cancéreuses est indépendant de leur activité provitaminique A (
EDESet al., 1989 ;
GRADELET, 1996).
3.3.2 Caroténoïdes et cholestérolémie
Le
β-carotène tout comme la vitamine A possèdent la capacité de faire diminuer les quantités de cholestérol circulant chez le rat, à la différence de la canthaxan- thine et du lycopène qui ne sont pas des provitamines A chez les mammifères (
AMENet
LACHANCE, 1974 ;
ERDMANet
LACHANCE, 1974 ;
MURILLO, 1992).
3.3.3 Caroténoïdes et maladies cardio-vasculaires
Les résultats d’études épidémiologiques ont montré que la consommation d’aliments riches en caroténoïdes est associée à une diminution des risques de maladies cardio-vasculaires (
MAYNE, 1996). Deux hypothèses ont été proposées pour expliquer cet effet protecteur : d’une part, les caroténoïdes protègeraient les lipoprotéines LDL de la peroxydation des lipides (
CARPENTERet al., 1997), d’autre part, les caroténoïdes agiraient sur le taux de lipides sanguins, comme cela a été montré chez le rat (
TSAIet al., 1992). Chez l’homme, on ne note prati- quement pas d’effet du
β-carotène sur les lipides sanguins (
NIERENBERGet al., 1991 ;
RINGERet al., 1991 ;
VAN POPPELet al., 1994).
3.3.4 Caroténoïdes et vision
Un apport élevé en caroténoïdes (lutéine et zéaxanthine) a été associé à un faible risque de dégénérescence maculaire liée à l’âge (
SEDDONet al., 1994). En fait, on retrouve ces deux caroténoïdes à forte concentration au niveau de la macula, ce qui explique la couleur jaune de cette région de la rétine. Le pigment maculaire est essentiellement fait de lutéine (3R, 3’R, 6’R-β-carotène-3,3’-diol, 36 %), zéaxanthine (3R, 3’R et à un moindre degré 3R, 3’S zéaxanthine, 18 %) et de méso-zéaxanthine (18 %). Le centre de la macula contient surtout de la zéaxanthine (
LANDRUMet
BONE, 2001). La présence de ces deux composés sug- gère leur importance pour le fonctionnement et le maintien de la macula, soit en tant que filtre optique, soit par un rôle protecteur lors de la photo-irradiation (
ERDMANet al., 1993). Une supplémentation avec 30 mg/j de lutéine pendant 15 semaines se traduit par une augmentation de la teneur sérique en lutéine (
×10) et une augmentation (+ 10 %) de la densité des pigments maculaires (
LAN-
DRUMet
BONE, 2001). Par ailleurs, une stabilisation de la vision a été observée chez des patients atteints de dégénérescence maculaire recevant une supplé- mentation de
β-carotène et 14 antioxydants pendant 18 mois (
RICHER, 1996).
Toutefois, on a signalé des effets qui pourraient être néfastes sur la vision par utilisation de canthaxanthine à forte dose (
BLOOMENSTEINet
PINKERT, 1996).
4 - TOXICITÉ DES CAROTÉNOÏDES CHEZ L’HOMME
Les propriétés colorantes des caroténoïdes sont largement exploitées dans la
fabrication des aliments tant pour les animaux que pour l’homme, et leur non toxi-
cité est généralement admise (
FAUREet al., 1999b). Les
DL50du
β-apo-8’-caroté- nal, de l’acide
β-apo-8’-caroténoïque, et de la canthaxanthine sont supérieures à 10 g/kg de poids corporel chez la souris (FAO, 1976) alors que celles du
β-caro- tène et du lycopène ne sont respectivement que de 8 g/kg chez le chien Beagle (FAO, 1976) et de 5 g/kg chez le rat (Anonyme, 1988). Toutefois, depuis 1996, le Joint FAO/WHO Expert Committee on Food Additives (FAO/WHO JECFA) a établi pour le consommateur d’aliment d’origine animale une ADI (Acceptable Daily Intake ou dose journalière acceptable) égale à 0,03 mg de canthaxanthine/kg de poids corporel/jour (FAO/WHO JECFA, 1996).
Une prise très importante de vitamine A peut engendrer une toxicité chro- nique ou aiguë chez l’animal et l’homme (
HILTON, 1983 ;
BENDICHet
LANNGSETH, 1989 ;
BIEDALSKI, 1989). Aussi plusieurs travaux ont-ils été réalisés afin de déterminer les besoins en vitamine A de l’homme mais aussi des animaux domestiques et d’élevage (
THOMPSON, 1975 ; Food Nutr. BD., 1980 ; Cnerna, 1981 ;
BAUERNFEINDet al., 1981).
Contrairement à la vitamine A, le
β-carotène pris à forte dose pendant de longues périodes ne semble pas avoir d’effet toxique sur plusieurs espèces de mammifères testées (
HEYWOODet al., 1985). Il semblerait qu’un rétrocontrôle négatif agisse sur sa transformation en rétinol dans l’intestin et qu’une certaine limite ne puisse être dépassée (
WOLF, 1984). Actuellement, le β-carotène est de plus en plus utilisé comme source alimentaire de vitamine A car, contrairement à cette dernière, il ne possède aucun potentiel tératogène (
MATHEWS-
ROTH, 1981).
Cependant, des études de supplémentations à grande échelle ont montré que des doses pharmacologiques de
β-carotène pourraient avoir des effets négatifs sur la santé. Ainsi au terme de l’étude ATBC (Alpha-Tocophérol-Beta- Carotene Lung Cancer Prevention Study) on a observé une augmentation de 18 % des cancers du poumon chez des sujets fumeurs ayant reçu 20 mg/j de
β-carotène pendant 5 à 8 ans (ATBC, 1994). De la même façon, dans l’étude
CARET(
β-Carotene and Retinol Efficacy Trial), chez des fumeurs ayant reçu du
β-carotène (30 mg/j pendant 4 ans), on a noté une augmentation de 28 % du nombre de cancers du poumon par rapport aux sujets ayant reçu un placebo pendant cette même période (
OMENNet al., 1996).
5 - CONCLUSIONS
Les caroténoïdes ont longtemps été considérés comme de seuls agents de pigmentation. Pourtant, les activités biologiques des caroténoïdes, déclinées selon la classification d’
OLSON(1989), permettent de mieux préciser le rôle et les implications de cette classe de composés chez l’homme, par leurs propriétés vitaminiques ou antiradicalaires. Il est important de répéter que les caroténoïdes ne sont pas « interchangeables » ; ils ont chacun des propriétés spécifiques bien définies mais encore mal perçues.
Reçu le 30 mars 2001, accepté le 14 septembre 2001.
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