• Aucun résultat trouvé

Article pp.291-314 du Vol.26 n°4 (2006)

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Article pp.291-314 du Vol.26 n°4 (2006)"

Copied!
24
0
0

Texte intégral

(1)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

Dans chaque numéro, Sciences des Aliments reproduit, pour son actualité, son originalité ou ses implications scientifiques, un article précédemment publié dans Cholé-Doc, bimestriel d’actua- lités nutritionnelles du CERIN, destiné aux médecins, chercheurs et spécialistes de la nutrition.

Le CERIN (Centre de recherche et d’information nutritionnelles), association loi 1901, est un organisme scientifique dont la mission est de favoriser le développement et la diffusion des connaissances sur les relations entre alimentation et santé. En partenariat avec les organismes de santé publique et les professionnels de santé, le CERIN met en place des programmes de recherche, de formation et d’information. Ces actions ont pour objectif de valoriser les bénéfi- ces des comportements alimentaires équilibrés dans une perspective de prévention nutrition- nelle adaptée aux différents groupes de population.

Pour en savoir plus :

Marie-Claude Bertière et Yvette Soustre CERIN

45, rue Saint-Lazare, F-75314 Paris cedex 09 Tél. : + 33 (0)1 49 70 72 20

Fax : + 33 (0)1 42 80 64 13 http://www.cerin.org

L’ACTUALITÉ EN NUTRITION

REVUEBIBLIOGRAPHIQUE AREVIEW

Acides linoléiques conjugués : présence dans les aliments et propriétés physiologiques

M. Ledoux*, L. Laloux

Laboratoire d’études et de recherches sur la qualité des aliments et des procédés agro-alimentaires (LERQAP).

Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA).

23, avenue du Général-De-Gaulle – 94706 Maisons Alfort cedex – France.

*Correspondance : [email protected] SUMMARY

Conjugated Linoleic Acids: occurrence in food and physiological properties Conjugated linoleic acids (CLA) refer to a group of linoleic acid (18:2 9c,12c) isomers in which the double bonds are conjugated. Produced during the rumination, CLA are naturally found in dairy products that the main CLA is the rumenic acid 18:2 9c,11t (> 85% total CLA). CLA are also produced during catalytic hydrogenation and during heating process, but in that cases, CLA contents are low and isomer distribution drastically different. During chemical synthesis, the 18:2 10t,12c isomer is one of the main CLA isomers while it is almost absent from milk fat. CLA intake depends on food consumption, especially on dairy product intake. The average intake in French popu- lation is about 0.18-0.21 g CLA/d. CLA are incorporated in body fat and metabolized, differently according to the isomers. During experimental studies on animals, CLA shown physiological properties potentially interesting on fat mass/lean mass reparti- tion, on cancer development, on immune response, on some components of the met- abolic syndrome, and on some markers of atherosclerosis risks. On the opposite, 18:2 10t,12c isomer is responsible of hepatic steatosis. Recently, studies were done to transpose these findings on human. When some would envisage to increase CLA

(2)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

intakes via ruminant feeding or using food complements, it seems interesting to review knowledge on CLA.

Keywords

CLA, milk, cancer, metabolic syndrome, atherosclerosis.

RÉSUMÉ

Les acides linoléiques conjugués (ALC) forment un groupe d’une vingtaine d’isomères conjugués de l’acide linoléique 18:2 9c,12c. Formés lors de la rumination, ils sont naturellement retrouvés dans les produits laitiers, dont le principal ALC est l’acide ruménique 18:2 9c,11t (> 85 % ALC totaux). Les ALC sont aussi produits lors d’hydrogénations catalytiques et de chauffages de corps gras, mais les taux formés sont moindres et la distribution des isomères est radicalement différente. Lors de syn- thèses chimiques, l’isomère 18:2 10t,12c est l’un des principaux isomères formés alors qu’il est pratiquement absent des matières grasses laitières. La consommation en ALC dépend donc grandement de l’alimentation, notamment en produits laitiers ; l’apport moyen est de 0,18-0,21 g ALC/j pour la population française. Les ALC sont incorporés dans les graisses corporelles et métabolisés, différemment selon l’isomère considéré. Lors d’expérimentations animales, les ALC ont montré des propriétés phy- siologiques potentiellement intéressantes sur la répartition masse grasse/masse mai- gre, sur le développement de carcinomes, sur les réponses immunitaires, sur certaines composantes du syndrome métabolique, et sur certains marqueurs de ris- ques cardio-vasculaires. En revanche, l’isomère 18:2 10t,12c est à l’origine d’une stéatose hépatique. Des récentes études d’intervention ont été menée pour transpo- ser ces observations chez l’humain. Au moment où certains envisagent d’augmenter les quantités d’ALC consommés, via l’alimentation des ruminants ou via des complé- ments alimentaires, il apparaît judicieux de faire un point sur les connaissances acqui- ses sur ces acides gras particuliers.

Mots clés

ALC, lait, cancer, syndrome métabolique, athérosclérose.

1 – INTRODUCTION

Connus depuis les années 30, les acides linoléiques conjugués (ALC) n’ont attiré que récemment l’attention des scientifiques ; ces acides gras (AG) particuliers connaissent un regain d’intérêt depuis une quinzaine d’années grâce à différentes propriétés physiologi- ques potentiellement intéressantes pour la santé humaine. À la fin des années 80, les ALC ont été associés à des réductions de cancers chimio-induits lors d’expérimentations animales. Par la suite, les ALC ont été étudiés pour leur effet protecteur contre le catabo- lisme immuno-induit, leur impact potentiel sur la cholestérolémie et le développement d’athérosclérose, leur action sur la répartition lipidique corporelle, leur implication dans la prévention et le traitement du diabète sucré non-insulino-dépendant, et enfin récemment pour leur influence sur les composantes du syndrome métabolique. Où en sont les recherches actuelles ? Justifient-elles d’augmenter les taux d’ALC dans les produits naturellement sources de ces AG ou de supplémenter d’autres aliments ? Dans un tel cas, quel(s) isomère(s) utiliser ?

(3)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

2 – ALC : ISOMÈRES CONJUGUÉS DE L’ACIDE LINOLÉIQUE

Les acides linoléiques conjugués (ALC) (Conjugated Linoleic Acids CLA) sont des iso- mères conjugués de l’acide linoléique, acide gras octadécadiènoïque (18 atomes de carbone ; 2 doubles liaisons). En comptant 14 positions (∆2,4 à ∆15,17) pour les doubles liaisons conjuguées et 4 combinaisons géométriques (cis,cis, cis,trans, trans,cis, et trans,trans), 56 isomères sont théoriquement possibles. Actuellement, une vingtaine d’ALC seulement ont été identifiés dans des aliments bruts ou préparés, ou dans des produits de synthèse : ∆7,9 à ∆12,14, c,c, c/t, et t,t, avec une prédominance quantitative pour les deux isomères 18:2 9c,11t (acide ruménique, AR) et 18:2 10t,12c (figure 1) (HA et al., 1989, KRAFT et al., 2003, LAVILLONNIÈRE et al., 1998, ROACH et al., 2000, SEHAT et al., 1998, SEHAT et al., 1999, YURAWECZ et al., 1998). À l’origine, la dénomination « ALC » pro- vient de la découverte dans des viandes grillées d’acides gras 18:2 ∆9,11 et ∆10,12, iso- mères « directs » de l’acide linoléique 18:2 9c,12c (HA et al., 1987). La relation entre certains ALC et l’acide linoléique est parfois très hypothétique, pour ne pas dire inexistante : la dénomination d’acides octadécadiènoïques conjugués serait plus exacte, et l’appellation acides linoléiques conjugués serait à réserver aux isomères directs de l’acide linoléique (une liaison en position ∆9 ou ∆12) ou aux seuls isomères doués de pro- priétés biologiques intéressantes pour la santé humaine (KRAMER et ZHOU, 2001).

Acide linoléique 18:2 9c, 12c

Acide linoléique conjugué 18:2 10t, 12c Acide ruménique ALC 18:2 9c, 11t CH3

H2C H2C

H2C H3C

H2C

H2C H2C H3C

HC HC

HC

HC

HC HC

CH

C H

CH2

CH2

CH2 CH2 CH2

CH2

CH2 CH2

H2 C H2

H2 H2 H2 C H2

C C C C

H2 C

H2 C HC2

HC2 H2 C H2

C HC2 C

CH

CH CH

CH

COOH

COOH COOH

H2

C H2

C H2 C H2 C H2 C H2

C H2 C H2 C H2

Figure 1

L’acide linoléique et ses deux principaux isomères conjugués.

Linoleic acid and its two main conjugated isomers.

(4)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

3 – ORIGINE DES ACIDES LINOLÉIQUES CONJUGUÉS

La biohydrogénation ruminale conduit à la transformation des acides gras poly- insaturés (AGPI) ingérés par les ruminants en acides gras saturés (AGS) sous l’action d’enzymes de la flore du rumen. Les AGPI sont d’abord isomérisés en dérivés conjugués qui sont ensuite désaturés en isomères 18:1-trans, puis en acide stéarique 18:0 (CHILLIARD et al., 2001, GRIINARI et BAUMAN, 1999). À cette étape ruminale, seul l’acide linoléique est à l’origine directe d’ALC ; mais tous les AGPI conduisent à la formation de 18:1-trans dont l’acide vaccénique 18:1 11t en majorité (LEDOUX et al., 2000, PRECHT et MOLKENTIN, 1995). Tous les AG intermédiaires formés au cours du métabolisme ruminal sont absorbés, passent dans le sang, puis dans le tissu mammaire (figure 2) (CHILLIARD et al., 2001). Au niveau mammaire, sous l’action d’une ∆9-désaturase, les AG 18:1 7t et 11t sont transformés respectivement en ALC 7t,9c et 9c,11t (CORL et al., 2002, GRIINARI et al., 2000). Cette voie de synthèse de novo explique la prépondérance de l’acide ruménique (AR, 18:2 9c,11t) sur les autres ALC dans la matière grasse laitière et la deuxième place en terme quantitatif du 18:2 7t,9c. Si ces deux isomères sont principalement produits au niveau mammaire, les autres ALC semblent provenir surtout de la biohydrogénation rumi- nale (PIPEROVA et al., 2002). La distribution des différents isomères conjugués de l’acide linoléique présents dans les matières grasses laitières diffèrent radicalement des profils d’isomères d’ALC des préparations synthétiques (tableau 1).

L’augmentation des taux d’AGPI dans la ration des ruminants provoque donc une augmentation de tous les AG produits par ces voies métaboliques, et surtout des acides gras 18:1-trans puisque la production d’acide stéarique 18:0 (dernière étape, limitante) est faible et lente. L’augmentation des taux d’acide vaccénique (18:1 11t) augmente d’autant la synthèse mammaire d’acide ruménique et donc sa présence dans le lait. Une littérature abondante documente les différentes stratégies d’augmentation des ALC dans les matières grasses laitières (CHILLIARD et al., 2001).

La biohydrogénation ruminale explique pourquoi les matières grasses laitières et les viandes de ruminants sont les principales sources naturelles d’ALC pour l’humain.

18:3 9c,12c,15c 18:0

18:2 9c,12c

18:2 11t,15c 18:1 11t 18:2 9c,11t

CLA RUMEN 18:1 11t 18:0

MAMMELLE

MAMMELLE 18:1 11t

18:2 9c,11t

18:1 11t 18:2 9c,11t

18:3 9c,11t,15c CLnA

D9-désaturase

D9-désaturase 18:0 18:1 9c

18:0 18:1 9c 18:3 9c,

12c, 15c 18:0

18:2 9c,12c

18:2 11tt,15c 18:1 11t 18:2 9c,11t

CLA RUMEN 18:1 11t 18:0

MAMMELLE

MAMMELLE 18:1 11t

18:2 9c,11t

18:1 11t 18:2 9c,11t

18:3 9,11t,15c CLnA

∆9-désaturase

∆9-désaturase 18:0 18:1 9c

18:0 18:1 9c Figure 2

Biohydrogénation ruminale, absorption, et transformation tissulaire des acides linoléique et linolénique, et de leurs dérivés.

Ruminal biohydrogenation, absorption, and tissues metabolisation and linoleic and linolenic acids and relative compounds.

(5)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

Tableau 1

Distributions isomériques d’ALC dans des matières grasses laitières et des mélanges synthétiques utilisés lors d’études expérimentales.

Table 1

CLA isomer distribution in milkfat and synthetic mixtures used for experimental studies.

Le chauffage des matières grasses est à l’origine de la production de traces d’ALC.

Ainsi, la désodorisation des huiles végétales lors du raffinage provoque l’apparition d’ALC en quantités réduites, notamment les isomères 9c,11t (38-47 %) et 10t,12c (37-44 %) (CHIN et al., 1992, JUANÉDA et al., 2003). Les huiles de fritures usagées contiennent des taux d’ALC plus élevés que les huiles raffinées d’origine (0,3-0,5 %), essentiellement les isomères 9t,11t (18-28 %) et 10t,12t (14-27 %) (Juanéda et al., 2001). La formation d’ALC (9t,11t, 9c,11t, 10t,12t, et 10t,12c) a été notée lors de grillades de viandes de bovins (HA et al., 1987). En revanche, les taux d’AG-trans et d’ALC semblent légèrement baissés dans des laits portés à 200-225 °C tenus 15 minutes (PRECHT et al., 1999).

L’hydrogénation catalytique, procédé industriel qui permet de réduire l’insaturation des acides gras pour rendre les huiles plus concrètes et moins sensibles à l’oxydation, génèrent des AG trans (les huiles vierges n’en contenant pas). La présence de traces d’ALC dans ces huiles partiellement hydrogénées et dans des margarines végétales a été rapportée (BANNI et al., 1995, MOSSOBA et al., 1991) ; les principaux isomères rencontrés sont les 18:2 9c,11t, 9t,11c, et 10t,12c. Cependant, les parts originelle (huiles végétales raffinées) et néoformée (hydrogénation catalytique) de la présence d’ALC dans ces huiles végétales partiellement hydrogénées et dans ces margarines restent à déterminer.

4 – PRÉSENCE DANS LES ALIMENTS ET CONSOMMATION

Les produits laitiers sont une source importante d’ALC, et surtout d’acide ruménique (AR, 18:2 9c,11t) qui représente 80 - 93 % des ALC totaux de la matière grasse laitière (CHIN et al., 1992, LAVILLONNIÈRE et al., 1998). Les taux d’acide ruménique dans la matière grasse laitière fluctuent en fonction des saisons et des régions (LEDOUX et al., 2003) ; des transformations peuvent avoir lieu lors de l’affinage de certains fromages (SIEBER et al., 2004), mais les taux d’acide ruménique semblent conservés lors de la maturation et du barattage de la crème en beurre (LEDOUX et LALOUX, 2006). Les viandes de ruminants contiennent également des ALC en quantités appréciables, plus importantes que les autres types de viandes (tableau 2). En revanche, les taux mesurés dans des huiles végé- tales sont relativement faibles : de 0,01 à 0,07 g/100 g dans différentes huiles raffinées (CHIN et al., 1992) et de 0,2 à 1,1 % des AG totaux dans les margarines, selon la nature de la matière première et du degré d’hydrogénation (MOSSOBA et al., 1991).

8t, 10c

9c, 11t

10t, 12c

11c, 13t

8c, 10c

9c, 11c

10c, 12c

11c, 13c

8t, 10t

9t, 11t

10t, 12t

11t,

13t Produits Auteurs

85,1-89,3 0,4-0,5 4,8-5,8 4,3-6,7 Fromages (LAVILLONNIÈRE

et al., 1998)

43.3* 45,3 1,9 1,4 2,6 Synthèse (IP et al., 1994)

13,8* 24,5* 30,4* 18,3* ND 3,2 2,6 0,8 2,9 2,0 0,4 0,2 Synthèse (OSTROWSKA et al., 1999)

16,6 17,6 22,6 23,6 7,7 Synthèse

(KREIDER et al., 2002, ZAMBELL

et al., 2001) Résultats exprimés en % ALC totaux. ND : Non Détecté. * : Résultats regroupant les 2 isomères c,t et t,c.

{ { { { {

(6)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

Tableau 2

Teneurs en ALC de produits laitiers et carnés.

Table 2

ALC contents of dairy and meat products.

Plusieurs études ont tenté d’apprécier les apports alimentaires en ALC, mais cette approche est délicate compte tenu de la pauvreté des informations données par les tables de composition des aliments en regard des teneurs en ALC. D’autres études ont essayé d’estimer la consommation par l’analyse des teneurs en ALC des tissus adipeux.

Une étude de validation de l’estimation des apports en ALC selon trois méthodes a per- mis de déterminer des apports moyens respectivement de 0,18 g/j pour une population de 46 hommes et de 0,10 g/j pour 47 femmes (enregistrement de 3 jours), de 0,19 g/j et 0,91 g/j (questionnaire de fréquence), et 0,21 g/j et 0,15 g/j (analyse chimique de repas), toujours respectivement hommes/femmes (RITZENHALER et al., 2001).

Les estimations de consommation rapportées dans la littérature sont de 0,43 g ALC/j chez les hommes et de 0,35 g/j chez les femmes en Allemagne (FRITSCHE et STEINHART, 1998), de 0,2 g/j chez des femmes aux Pays-Bas (VOORRIPS et al., 2002), de 0,5 à 1,5 g/j en Australie (PARODI, 2003), et de 0,16 g/j chez les hommes en Suède (JIANG et al., 1999).

Teneurs en ALC

Origines Réf

g/100g MG g/100g produit Produits laitiers

Lait entier 0,45* 0,014* USA (LIN et al., 1995)

Lait Pasteurisé 0,55 USA (CHIN et al., 1992)

Lait concentré 0,70 USA (CHIN et al., 1992)

Crème 0,42* 0,129* USA (LIN et al., 1995)

Yaourts 0,38-0,90 0,0002-0,017 USA (CHIN et al., 1992, LIN et al., 1995, SHANTHA et al., 1995)

Fromages

1,5-2,1 0,29-0,80*

0,15-0,29* 0,09-0,23*

France Suède USA

(LAVILLONNIÈRE et al., 1998) (JIANG et al., 1997) (CHIN et al., 1992, LIN et al., 1995,

SHANTHA et al., 1992) Lait cru 0.39-0.81*1 0,02-0,03*1 France (LEDOUX et LALOUX, 2006)

Crème 0.40-0.88*1 0,14-0,34*1 France (LEDOUX et LALOUX, 2006) Beurre 0.38-0.86*1 0,32-0,71*1 France (LEDOUX et LALOUX, 2006) Produits carnés

Agneau 0,18-0,84 USA (CHIN et al., 1992, MIR et al., 2000)

Bœuf 0,58-0,68 (cru)

0,59-7,6 (cuit) USA (SHANTHA et al., 1994)

Veau 0,27 USA (CHIN et al., 1992)

Porc 0,06 USA (CHIN et al., 1992)

Poulet 0,09 USA (CHIN et al., 1992)

* Acide ruménique seulement 1 respectivement moyenne hiver et moyenne été.

(7)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

La consommation en ALC de la population française a été estimée en croisant les don- nées de consommation individuelles recueillies lors de l’enquête INCA en 1998/99 et les données des tables de composition des aliments du CIQUAL pour les teneurs en ALC (LALOUX et al., 2005). L’apport brut moyen en ALC est de 0,18 g/j chez les garçons, 0,17 g/j chez les filles, 0,21 g/j chez les hommes, et 0,18 g/j chez les femmes.

5 – MÉTABOLISME DES ACIDES LINOLÉIQUES CONJUGUÉS

L’incorporation des ALC dans les tissus animaux semble se faire dans tous les tissus étudiés, à l’exception du cerveau. L’acide ruménique est l’isomère le mieux incorporé dans les lipides tissulaires (BANNI et al., 2001, SÉBÉDIO et al., 1997) ; les ALC sont incorpo- rés principalement dans les lipides neutres, cependant l’acide ruménique est, lui, égale- ment retrouvé dans les phospholipides (HA et al., 1990, IP et al., 1991, IP et al., 1994). Les taux d’ALC mesurés dans les tissus adipeux augmentent avec les quantités apportées par l’alimentation (MILLER et al., 1994).

Les ALC sont incorporés dans les tissus chez le porc, la volaille, et le poisson lors d’enrichissement de l’alimentation avec des mélanges d’isomères octadécadiènoïques conjugués (AZAIN, 2003, DUGAN et al., 2004). Par cette stratégie, les ALC peuvent donc entrer dans la chaîne alimentaire humaine par la viande de non ruminants ; cette voie d’entrée des ALC dans l’alimentation doit faire l’objet d’une attention particulière.

Chez l’humain, l’incorporation des ALC dans les lipides plasmatiques se fait majoritai- rement dans les triacylglycérols, et en plus faibles teneurs dans les phospholipides et les esters de cholestérol (PETRIDOU et al., 2003). L’acide ruménique est mieux incorporé dans tous les lipides plasmatiques en général, et dans les phospholipides en particulier, que l’isomère 10t,12c (MOLONEY et al., 2004, PETRIDOU et al., 2003). De même, lors de consommation à courts termes de mélanges synthétiques d’ALC, la mise en réserve des ALC dans les tissus adipeux ne semble pas influencée par la composition du mélange : l’acide ruménique est majoritairement retrouvé dans les graisses de réserves alors que l’isomère 10t,12c apparaît en quantités infimes (BENITO et al., 2001). Chez les consomma- teurs de produits laitiers, l’acide ruménique est retrouvé dans les tissus adipeux en pro- portions des taux apportés par l’alimentation (COUET et al., 2004, JIANG et al., 1999). Dans le sérum humain de grands consommateurs de beurre, 58-78 % de l’acide ruménique se trouve sous forme de triacylglycérols, 16-34 % sous forme de phospholipides, et 2-8 % sous forme d’esters de cholestérol (FOGERTY et al., 1988).

La métabolisation des ALC permet leur conversion en isomères conjugués du 18:3 n- 6 et du 20:3 n-6, voire même en 20:4 n-6 (BANNI et al., 1995, BANNI et al., 1996, BANNI et al., 2001, SÉBÉDIO et al., 1997). Toutefois, l’acide ruménique et l’isomère 18:2 10t,12c ne montrent pas les mêmes affinités pour les différentes désaturases impliquées dans ce métabolisme (BERDEAUX et al., 2002).

6 – ACIDES LINOLÉIQUES CONJUGUÉS ET COMPOSITION CORPORELLE

Les ALC provoquent des changements de la composition corporelle aboutissant à une réduction de la masse grasse dans différentes espèces animales (rat, souris, porc, poulet, hamster) pour des doses de 0,5 à 2,0 g ALC/100 g ration (BOUTHERGOURD et al., 2002, CHIN et al., 1994, DUGAN et al., 1997, PARK et al., 1997, SZYMCZYK et al., 2001).

Cette réduction de la masse grasse s’accompagne parfois d’un effet anabolisant sur le

(8)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

muscle et d’une augmentation de la masse maigre. Le facteur « espèce » semble très important dans l’expression de cette propriété des ALC. Les isomères conjugués de l’acide linoléique réduiraient la masse grasse en affectant l’activité d’enzymes impliquées dans la mobilisation des lipides et leur stockage dans les tissus adipeux, mais également en agissant sur la formation des adipocytes. Chez la souris, les ALC augmentent la β-oxydation et la lipolyse (muscles, tissu adipeux, mais pas foie) et diminuent l’acti- vité de la lipoprotéine lipase et le captage des lipides par les adipocytes, ce qui a pour conséquence de diminuer les taux de triacylglycérols (TAG) intracellulaires (PARK et al., 1997). D’autre part, les ALC réduisent la prolifération, inhibent la différenciation, et stimu- lent l’apoptose des pré-adipocytes (BRODIE et al., 1999, SATORY et SMITH, 1999, TSU- BOYAMA-KASAOKA et al., 2000). Chez le rat, la réduction de masse grasse serait plutôt due à une baisse de la taille des adipocytes qu’à leur nombre (AZAIN et al., 2000). Chez le hamster, les ALC diminuent le stockage des TAG intracellulaires, sans modification de la dépense énergétique ni de l’oxydation des lipides (BOUTHERGOURD et al., 2002). Des étu- des utilisant des isomères purifiés ont montré que l’isomère actif responsable de ces pro- priétés est le 18:2 10t,12c (PARK et al., 1999).

D’un point de vue de santé publique, il était intéressant d’étudier chez l’humain l’action des ALC sur la perte de masse grasse ; plusieurs études ont été entreprises dans ce sens. Les résultats se sont révélés quelque peu contradictoires : certaines études font part d’une baisse modérée de la masse grasse, alors que d’autres ne révèlent aucun effet significatif (tableau 3). Les protocoles opératoires et les méthodes utilisées pour mesurer les effets lors de ces études sont beaucoup trop disparates pour pouvoir comparer effi- cacement les résultats des diverses études entreprises. Lors des études d’intervention chez l’humain, les doses d’ALC administrées varient de 1,4 à 6,8 g/jour (BLANKSON et al., 2000, MOUGIOS et al., 2001), ce qui équivaut à un apport moyen de l’ordre de 50 mg/kg ; lors des expérimentation sur souris, les apports sont de l’ordre de 1 g/kg, soit une dose 20 fois supérieure à celle administrée à l’homme. De plus, chez l’humain adulte, il est plus difficile d’apprécier une action des ALC sur la régulation de la masse grasse que chez l’animal en croissance.

Tableau 3

Effet des ALC sur la composition corporelle chez l’Humain (adapté de QUIGNARD-BOULANGÉ et al., 2005).

Table 3

Effect of CLA on body composition in humans (adapted from QUIGNARD-BOULANGÉ et al., 2005).

Sujets N IMC (kg/m2) CLA (g/j) Durée Effets ALC Réf

F 17 23,2 ± 0,5

(21,9 à 24,8) 1,21

(1 % énergie) 64 jours 0 (ZAMBELL et al., 2000)

H 23 25,1 (sportifs) 61,2 28 jours 0 (KREIDER et al., 2002)

F 16 23,1

(± 2,4) – 24 (± 2,9)3 2,14 45 j CLA/

45 j placebo3 0 (PETRIDOU et al., 2003) H & F 82 25 < IMC < 30 1,5 ou 35 18 semaines 0 (MALPUECH-BRUGÈRE et

al., 2004) H 49 24,6 (± 0,5) – 24,5

(± 0,6)3

0,6 ; 1,2 ; puis

2,45,6 13 mois3 0 (TRICON et al., 2004)

H & F 50 32.0 (± 2,1) 67 12 mois 0 (WHIGHAM et al., 2004)

H & F 32 29,1 (± 2,1)

(diabétiques) 37 8 semaines 0 (MOLONEY et al., 2004)

(9)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

7 – ACIDES LINOLÉIQUES CONJUGUÉS ET PATHOLOGIES

Les propriétés biologiques et nutritionnelles des ALC sont de plus en plus investi- guées pour leur effet possible sur la santé humaine, que ce soit dans la protection contre certains cancers, dans l’amplification de la réponse immunitaire, dans l’aggravation de certaines composantes du syndrome métabolique, ou dans la prévention de l’athéroge- nèse. L’implication de ces acides gras particuliers dans ces diverses pathologies est de mieux en mieux documentée, mais parfois contradictoire et souvent très controversée.

7.1 Acides linoléiques conjugués et cancer

Fin 80, Ha et al. (HA et al., 1987) montraient que des souris recevant des extraits de viande bovine grillée développaient moins de papillomes et présentaient une moindre incidence tumorale que des souris témoins après traitement avec un cancérogène chimi- que. Les principes actifs de ces extraits furent identifiés comme étant des isomères con- jugués de l’acide linoléique, les ALC. Par la suite, l’utilisation de différentes espèces

H & F 52 25 < IMC < 35 1,7 ; 3,4 ; 5,1 ; ou

6,87 12 semaines ↓ MG (BLANKSON2000) et al., H & F 50 25,5 (19,5 à 33,5) 3,27 12 semaines ↓ 3,8 % MG (SMEDMAN2001) et VESSBY,

H 24 32,0 (± 2,7) 3,24 4 semaines ↓ DAS (RISÉRUS et al., 2001)

H & F 20 23,2 (± 2,4) (sportifs) 1,82,7 12 semaines ↓ MG (THOM et al., 2001) H & F 22 22 - 24 0,7 puis 1,46,7 4 + 4 semaines ↓ MG (MOUGIOS et al., 2001) H & F 54 27,8 (± 1,5)

régime hypocalorique 1,8 ou 3,6 13 semaines ↓ MG MM (KAMPHUIS2003) et al., H & F 157

27,7-28,1-28,3 (± 1,7) - (± 1,5) -

(± 1,6) 3,6 & 3,47,8 12 mois ↓ PC & IMC ;

MG de 6,9 & 8,7 %8

(GAULLIER et al., 2004)

H & F 125 3,47,9 12 mois

additionnels9

↓ MG, poids, IMC groupe ex-

placebo

(GAULLIER et al., 2005)

H 23 30,6 (± 2,0) 2,5 (9c,11t) 12 semaines ↑ PC, IMC (RISÉRUS et al., 2004) H, homme ; F, femme ; IMC, indice de masse corporelle (kg/m2) ; MG, masse grasse ; MM, masse maigre ; DAS, Diamètre abdominal

sagittal ; PC, poids corporel ; N, sujets ayant achevé l’expérimentation.

1 – ALC : 23 % 10t,12c ; 24 % 11c,13t ; 18 % 9c,11t ; 17 % 8t,10c ; 20 % autres isomères ; 2 – en 3 fois pendant repas ;

3 – protocole en double aveugle croisé (2 groupes) ; 4 – ALC : 37 % 10t,12c ; 37 % 9c,11t ; 3,6 % autres isomères ; 5 – ALC purifiés : soit 9c,11t, soit 10t,12c ;

6 – doses croissantes ;

7 – taux 9c,11t – 10t,12c équivalents ;

8 – respectivement pour les groupes recevant les ALC sous forme d’AGL et de TAG ;

9 – sujets de l’expérimentation Gaullier et al (2004) recevant tous des ALC sous forme de TAG pendant 12 mois supplémentaires.

Sujets N IMC (kg/m2) CLA (g/j) Durée Effets ALC Réf

(10)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

animales (souris, rates, hamsters), de diverses lignées cellulaires cancéreuses, et de diffé- rents modèles de cancérogenèse ont permis de confirmer le rôle protecteur des ALC en cancérogenèse expérimentale pour différents sites : peau (HA et al., 1987), estomac (HA et al., 1990), foie (DESBORDES et LEA, 1995), poumon (SCHONBERG et KROKAN, 1995), mamelles (CHENG et al., 2003, IP et al., 1991, IP et al., 1995, SHULTZ et al., 1992), et côlon (CHENG et al., 2003, KIM et PARK, 2003, KOHNO et al., 2002, LIEW et al., 1995).

L’effet inhibiteur des ALC semble s’exercer aux différentes phases de la cancérogenèse : initiation (BELURY et al., 1996, IP et al., 1995, ZU et SCHUT, 1992), promo- tion et croissance tumorales (BELURY et al., 1996, IP et al., 1991), et formation de métasta- ses (HUBBARD et al., 2000, VISONNEAU et al., 1997). Les effets inhibiteurs de la promotion tumorale s’observent dès 0,1 % d’ALC dans le régime alimentaire et augmentent linéaire- ment avec la dose jusqu’à 1 % (en poids) du régime alimentaire (CHENG et al., 2003, IP et al., 1991). L’activité antitumorale des ALC est indépendante de la nature de l’agent can- cérigène utilisé ou des lipides (nature et quantité) de la ration (IP et al., 1996, IP et al., 1997) ; les ALC sont aussi efficaces sous forme d’AG libres ou de TAG (IP et al., 1995).

Pour déterminer le ou les isomères actifs, les études les plus récentes ont utilisé des isomères purifiés ou du beurre enrichi en acide ruménique (AR) via l’alimentation du bétail. Dans l’état actuel des connaissances, il est difficile d’apporter une réponse défini- tive à cette question. L’acide ruménique a une activité inhibitrice en cancérogenèse mam- maire chimio-induite chez le rat, aussi bien sur la formation de lésions précancéreuses que sur la croissance tumorale (IP et al., 1999, IP et al., 2002) ; cette inhibition induite par l’acide ruménique est de niveau identique à celle du mélange équimolaire d’isomères AR/

10t,12c (LAVILLONNIÈRE et al., 2003). Un beurre enrichi en acide ruménique via l’alimenta- tion des vaches est aussi efficace pour réduire les risques de cancer chimio-induit qu’un mélange synthétique d’ALC (IP et al., 1999). Contradictoirement, des études in vitro ont montré que l’isomère 18:2 10t,12c est plus efficace que l’acide ruménique contre la proli- fération de cellules cancéreuses colorectales (PALOMBO et al., 2002) ou mammaires (KEMP et al., 2003). Mais in vivo, les deux isomères se montrent aussi efficaces pour prévenir des carcinomes mammaires chimio-induits chez la rate, même si l’acide ruménique est mieux incorporé dans les tissus mammaires (IP et al., 2002). En fait, ces deux isomères n’ayant pas les mêmes propriétés cinétiques et thermodynamiques, leurs actions biologi- ques s’exerceraient différemment et leur interaction contribuerait aux effets bénéfiques des ALC (YU et al., 2002a).

Le mode d’action des ALC dans la cancérogenèse n’est actuellement pas connu.

Leur présence dans les lipides tissulaires, notamment les phospholipides membranaires, jouerait un rôle important (IP et al., 1995). L’acide ruménique est beaucoup mieux incor- poré dans ces phospholipides que les autres ALC (BANNI et al., 2001, HA et al., 1990) ; l’incorporation de l’acide ruménique et de ses métabolites dans les phospholipides utili- sés pour la production des éïcosanoïdes pourrait expliquer l’action biologique de cet acide gras (BANNI et al., 2001), mais n’explique pas l’action de l’isomère 10t,12c. L’impli- cation des ALC sur la production des éïcosanoïdes et sur l’expression d’oncogènes par des voies différentes selon l’isomère considéré influe sur les phénomènes inflammatoires et sur l’apoptose cellulaire ; ces effets pourraient intervenir dans les propriétés anticancé- reuses des ALC (OCHOA et al., 2004).

La possibilité que les ALC puissent être protecteurs en cancérogenèse mammaire humaine n’est pas documentée actuellement, elle reste cependant une éventualité. Une raison de l’absence d’effets probants pourrait être les faibles taux d’ALC disponibles dans l’alimentation humaine. Les taux moyens dans le tissu adipeux chez l’homme sont plus de 10 fois inférieurs à ceux rencontrés chez l’animal lors d’expérimentations (CHAJES et al., 2003). On ne sait pas actuellement si une supplémentation en ALC permettant d’atteindre un niveau élevé en ALC des tissus adipeux aurait un effet bénéfique chez l’humain.

7.2 Acides linoléiques conjugués et réponse immunitaire

Les ALC amplifient certains effets immunologiques spécifiques (blastogenèse des lymphocytes, activité cytotoxique, activité des macrophages) et préviennent les domma-

(11)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

ges collatéraux des réactions immunitaires (réduction de la réponse catabolique aux endotoxines) (COOK et al., 1999, COOK et al., 1993, MILLER et al., 1994). Ces auteurs avan- cent l’hypothèse d’une interaction entre ALC et production d’interleukines, hormones du système immunitaire chargées de la communication entre lymphocytes et impliquées dans la régulation de la réponse immunitaire.

In vitro, les ALC augmentent l’activité cytotoxique, la prolifération des lymphocytes, et l’activité bactéricide des macrophages, mais diminuent la production d’interleukine IL-2 par les lymphocytes et l’activité phagocytaire des macrophages (CHEW et al., 1997). Sur des lignées macrophagiques, les ALC activent les PPAR d’une façon comparable à un agoniste des PPAR bien connu, la prostacycline (PGI2). A contrario, l’acide linoléique n’a pas cet effet.

Des études sur le hamster ont montré que des animaux ayant consommé des ALC produisent moins de médiateurs lipidiques de l’inflammation (en particulier moins de leu- cotriènes) que les animaux témoins (WHIGHAM et al., 2002). L’apport d’ALC dans la ration améliore les paramètres immunologiques chez les truies et les porcelets, notamment en augmentant les teneurs du colostrum en IgG de la truie allaitante (BONTEMPO et al., 2004).

Chez des porcs immuno-déprimés par une infection virale, les ALC ont des propriétés immuno-modulatrices, notamment en augmentant le nombre de thymocytes CD8+ (BAS- SAGANYA-RIERA et al., 2003). Chez la souris, ce mélange d’isomères conjugués réduit l’inflammation du colon par un mécanisme dépendant du PPARγ (BASSAGANYA-RIERA et al., 2004).

Chez l’Humain, les ALC 18:2 9c,11t et 10t,12c (administrés séparément) réduisent l’activation des lymphocytes T. Il existe une corrélation inverse entre l’activation des lymphocytes T et les proportions en ALC 18:2 9c,11t et 10t,12c dans les lipides des cel- lules mononucléaires sanguines (TRICON et al., 2004). Mais une étude récente (NUGENT et al., 2005) menée sur 55 volontaires montre que la supplémentation de la ration avec des ALC a des effets réduits sur les fonctions immunitaires humaines ; les ALC ne présentent pas de bénéfices immunologiques supérieurs à l’acide linoléique.

7.3 Acides linoléiques conjugués et composantes du syndrome métabolique

Le syndrome métabolique n’est pas clairement défini, mais la plupart des proposi- tions de définition énoncent des paramètres tels que surpoids, hyperinsulinémie, hyper- glycémie, dyslipidémie, etc. Ce syndrome métabolique constitue un des facteurs de risques métaboliques et cardiovasculaires dont l’incidence et la prévalence augmentent parallèlement à celle de l’obésité. L’influence des ALC sur différentes composantes du syndrome métabolique a été étudiée et les résultats obtenus montrent plusieurs effets à différents niveaux.

Comme nous l’avons vu précédemment, les mélanges d’ALC diminuent la masse grasse et augmentent la masse maigre chez certaines espèces animales (BOUTHERGOURD et al., 2002, CHIN et al., 1994, DUGAN et al., 1997, PARK et al., 1997, SZYMCZYK et al., 2001) ; cependant, cette disparition de la masse adipeuse est accompagnée d’effets adverses chez la souris et le hamster : hyperinsulinémie, insulino-résistance sans modifi- cation de la glycémie, et hypertrophie stéatosique du foie (CLÉMENT et al., 2002, DEGRACE et al., 2003, DELANY et al., 1999, ROCHE et al., 2002, TSUBOYAMA-KASAOKA et al., 2000). La consommation d’isomère 18:2 10t,12c est associée à ces effets délétères, alors que l’acide ruménique ne provoque ni stéatose du foie, ni insulino-résistance (DE DECKERE et al., 1999, DEGRACE et al., 2003, PARK et al., 1999, VALEILLE et al., 2004)

Les principaux événements qui caractérisent ce syndrome lipoatrophique lié aux ALC (baisse de la masse grasse adipeuse, résistance à l’insuline, hyperinsulinémie, stéatose hépatique) semblent étroitement interconnectés chez la souris (POIRIER et al., 2005). Ces auteurs proposent une explication sur l’enchaînement des événements : l’isomère 10t,12c provoquerait une rapide augmentation des taux de TNFα et du IL6/IL8 abaissant ainsi le stockage des lipides ; cette baisse est associée à la réduction de la production de leptine et d’adiponectine ce qui réduit la sensibilité à l’insuline. La résistance à l’insuline

(12)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

déclenche l’hyperplasie compensatoire des cellules-β qui contribue à augmenter les taux d’insuline plasmatique. Finalement, l’hyperinsulinémie chronique augmente le stockage hépatique des lipides.

Contradictoirement, chez le rat diabétique de type 2, un apport en ALC augmente la tolérance au glucose et la réponse à l’insuline dans le muscle (HENRIKSEN et al., 2003, HOUSEKNECHT et al., 1998, RYDER et al., 2001). Dans ce modèle, cet effet anti-diabétique, attribuable à l’isomère 10t,12c, est associé à une réduction des lipides dans le muscle permettant une meilleure utilisation du glucose ; l’acide ruménique semble neutre quant à cet effet (HENRIKSEN et al., 2003).

Chez l’humain, deux premières études rapportent que la consommation d’un mélange 18:2 9c,11t et 10t,12c ne modifie pas la sensibilité à l’insuline et n’a aucune incidence sur la glycémie (RISÉRUS et al., 2001, SMEDMAN et VESSBY, 2001). En revanche, l’ajout de l’iso- mère 10t,12c dans la ration de sujets obèses aggrave l’hyperinsulinémie et l’hyperglycé- mie, induit une résistance à l’insuline associée à une obésité abdominale, entraîne une augmentation des marqueurs du stress oxydatif (8-iso-PGFα) et de la protéine C-réactive, et provoque une dégradation de la sensibilité périphérique à l’insuline (RISÉRUS et al., 2002, RISÉRUS et al., 2003). Ces effets sont associés à une augmentation des taux de lipi- des plasmatiques et une diminution du cholestérol-HDL (RISÉRUS et al., 2003, RISÉRUS et al., 2004), ce qui augmente le risque de diabète et de maladie cardio-vasculaire (KELLEY et ERICKSON, 2003). D’autres effets délétères sont observés lors d’administration de l’iso- mère 18:2 10t,12c tels que troubles gastro-intestinaux et asthénie, augmentation de la peroxydation lipidique, détérioration du métabolisme glucidique par diminution de la cap- ture et de l’oxydation du glucose insulino-dépendant, diminution de la transcription du gène GLUT 4 (BLANKSON et al., 2000).

7.4 Acides linoléiques conjugués et facteurs de risques cardiovasculaires

L’effet des ALC sur le métabolisme des lipoprotéines, marqueur de risque de l’athéro- sclérose, et sur l’évolution des lésions artérielles (dépôts lipidiques intra intimaux) a fait l’objet de plusieurs études récentes. Cependant, les données recueillies restent fragmen- taires et les résultats observés, aussi bien chez l’animal que chez l’humain, sont parfois contradictoires. Cette divergence des résultats est principalement imputable à l’hétérogé- néité des protocoles opératoires (tableau 4) utilisant divers modèles animaux (lapin, sou- ris, rat, et différentes souches de hamsters plus ou moins sensibles à l’athérosclérose) nourris avec des régimes de base très différents d’une étude à l’autre, dans lesquels les ALC sont soit ajoutés au régime, soit substitués à un autre acide gras, tantôt sous forme de TAG, tantôt sous forme d’AGL, en mélanges d’isomères lors des premières expéri- mentations ou purifiés lors des études récentes, à des doses différentes d’une expéri- mentation à l’autre.

Chez le lapin, les ALC induisent une moindre formation de lésions athéromateuses (KRITCHEVSKY et al., 2000, LEE et al., 1994), voire une réduction de l’étendue des lésions déjà formées (KRITCHEVSKY et al., 2000). Cet effet favorable est corrélé avec une améliora- tion de la cholestérolémie (baisse du rapport CT/C-HDL) (LEE et al., 1994) ou à une dété- rioration de celle-ci (augmentation du CT, baisse du C-HDL) (KRITCHEVSKY et al., 2000).

Chez la souris, les ALC améliorent la cholestérolémie (baisse du rapport CT/C-HDL) mais aggravent l’étendue des lésions athéromateuses (MUNDAY et al., 1999).

Le hamster est le modèle le plus étudié dans ce domaine car son métabolisme du cho- lestérol est proche de celui de l’humain (SPADY, 1999). Chez cet animal, les ALC abaissent les taux de cholestérol LDL, notamment la fraction sdLDL, la plus athérogène, dans les cas d’athérogenèse précoce (LEDOUX et al., 2006, NICOLOSI et al., 1998, VALEILLE et al., 2004, WILSON et al., 2000), mais il semblerait que ce ne soit plus vrai lorsque la cholestéro- lémie augmente de façon importante (PLOURDE et al., 2006).

(13)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

Tableau 4

Effet des ALC sur l’athérogenèse expérimentale chez l’animal.

Table 4

Effect of CLA on experimental atherosclerosis in animals.

Modèle Régime Effet CT1 Réf

Lapin

12 % coprah + 0,1% Chol témoin vs. 0,5g/j ALC*

* sans précision composition isomérique

ALC

C-LDL, C-VLDL, TAG ALC

CT/C-HDL

ALC

étendue lésions athérom.

(LEE et al., 1994)

Lapin

12 % coprah + 0,1-0,2 % Chol témoin vs.1 % ALC

témoin vs. 0,1 %; 0,5 %; 1% ALC*

*ALC 43 % 9c,11t; 44% 10t,12c

ALC

CT, TAG;

C-HDL

ALC

étendue lésions athérom.

ALC

CT;

TAG, C-HDL

ALC

lésions pré-établies

(KRITCHEVSKY et al., 2000)

Hamster F1B

croquettes + 10 % coprah + 0,12 % Chol témoins vs. 0,06 – 0,11 – 1,1 % ALC*

vs. AL

*ALC 9c,11t, 9t,11c, 10t,12c

ALC

CT, TAG; C-nonHDL ALC

étendue lésions athérom.

pas d’effet dose

17,8 (NICOLOSI et al., 1997)

Hamster F1B

croquettes + 20 % coprah + 0,12 % Chol témoins vs. 1 % AL

vs. 1 % ALC*

*ALC 9c,11t, 9t,11c, 10t,12c

ALC = AL

CT, TAG; C-nonHDL ALC > AL

étendue lésions

athérom

8,5 (WILSON et al., 2000)

Hamster CR

croquettes + 10 % coprah + 0,15 % Chol 0,2% AL vs. 1 % ALC (dont 0,2 % 9c,11t) vs. 0,2 % 9c,11t

ALC

CT, TAG

9c,11t pas différence vs. AL 6,5 (GAVINO et al., 2000)

Hamster F1B

synthétique + 30 % palme (énergie) + 0,01% Chol (poids) témoins

vs. 0,6 % ALC 9c,11t, 9t,11c, 10t,12c vs. 0,56 % 9c,11t

vs. 0,49 % 10t,12c

ALC pas différence vs témoin 10t,12c

C-LDL, C-HDL vs

9c,11t 3,4

(DE DECKERE et al., 1999)

Hamster LPN

synthétique + 33 % lard/oléisol/colza (énergie)

+ 0,05 % Chol (poids) témoins

vs. 0,6 % AR 9c,11t

1,2 % ALC 36 % 9c,11t + 36 % 10t,12c 1,2 % ALC + 1,2 % huile poisson 1,2 % huile de poisson

AR, ALC, huile poisson

C-LDL, C-VLDL,

C-HDL

C-HDL / C-LDL

AR > ALC > huile poisson 4,0 (VALEILLE et al., 2004)

Hamster Janvier

croquettes + 20 % beurre ; ajusté à 0,12 % Chol

témoin vs. 1 % 9c,11t vs. 1 % huile poisson

AR

C-nonHDL/C-HDL

AR > huile poisson 9,9 (VALEILLE et al., 2005)

Hamster CR

croquettes + 20 % coprah + 2 % carthame + 0,12 % Chol

témoin vs. 1 % AL or AR or ALC 10t,12c

AR, 10t,12c, AL

TC, C-nonHDL,

TAG

AR > AL > 10t,12c

10,2 (MITCHELL et al., 2005)

Hamster Harlan

croquette + 20 % graisse riche AGS + 0,2 % Chol

beurre vs. beurre riche en AR (3,6 % AGTx) vs. beurre (15 %) + HVPH (5 %)

Beurre "AR"

C-LDL, C-VLDL, C-HDL

C-nonHDL/C-HDL beurre - AR > HVPH > beurre

10,8 (LOCK et al., 2005)

(14)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

L’influence des ALC sur la trigycéridémie et sur les taux de C-HDL sont plus contradic- toires entraînant des conclusions différentes quant à leur effet sur le rapport CT/C-HDL.

Dans les stades précoces d’athérosclérose, les ALC protègent de la formation de lésions athéromateuses (NICOLOSI et al., 1997, WILSON et al., 2000), mais cet effet protecteur ne s’exerce plus dans les stades plus avancés de la pathologie (PLOURDE et al., 2006). L’acide ruménique semble être l’isomère actif dans ce domaine (LEDOUX et al., 2006, LOCK et al., 2005, MITCHELL et al., 2005, VALEILLE et al., 2004, VALEILLE et al., 2005), malgré un résultat contradictoire (DE DECKERE et al., 1999). Cependant, les études comparant l’acide ruméni- que et l’acide linoléique montrent que les effets de ces deux acides gras sur la cholestéro- lémie ne sont pas très éloignés (MITCHELL et al., 2005, NICOLOSI et al., 1997, WILSON et al., 2000). De plus, la souche de hamster utilisée et le contexte nutritionnel semblent avoir une influence importante sur l’action des ALC sur l’athérosclérose expérimentale (tableau 5).

Contrairement à l’hypothèse initiale, l’action des ALC sur les lipides circulants ne semble pas liée à une quelconque propriété anti-oxydante (chez le lapin) (KRITCHEVSKY et al., 2000, LEE et al., 1994), pourtant une moindre oxydabilité des LDL est observée (chez les hamsters) lors d’ingestion d’ALC (WILSON et al., 2000). Ceci peut s’expliquer par l’action de l’acide ruménique sur la paraoxonase (PON), enzyme des HDL intervenant contre l’oxydation des LDL (ARBONÉS-MAINAR et al., 2006, VALEILLE et al., 2005). De plus, l’acide ruménique augmente la quantité de récepteur éboueurs hépatiques responsables de l’épuration des lipoprotéines (LDL-r et SR-BI) (VALEILLE et al., 2004) ; cet isomère conjugué augmente aussi les concentrations en apolipoprotéines apoAI, responsables de l’activité « antiathérogène » de la fraction HDL riches en cholestérol, et d’une baisse de la concentration en apoAII, antagonistes des apoAI (ARBONÉS-MAINAR et al., 2006). L’iso- mère 18:2 10t,12c provoque un effet opposé, ce qui expliquerait l’augmentation des lésions athéromateuses malgré une augmentation du C-HDL parfois observée. D’autre part, les ALC pourraient agir au niveau de la régulation de l’acyl-coA:cholestérol acyl- transférase (ACAT), enzyme impliquée dans la production des VLDL et des LDL (via la for- mation d’esters de cholestérol) et dans la rétro-absorption intestinale du cholestérol endogène (LEE et al., 2005).

Hamster Harlan

synthétique + 10 % coprah + 1% carthame + 0,12 % Chol

témoin vs. 1 % ALC 9c,11t : 10t,12c 50:50 vs. 1 % AR 9c,11t

vs. 1 % 10t,12c

ALC et isomères

ALC

TC, C-LDL, C-sdLDL, C-HDL 9c,11t > 10t,12c = ALC

4,6 (LEDOUX et al., 2006)

Hamster F1B

coquette + 20 % saindoux + 2 % tournesol + 0,12 % Chol

témoin vs. 1 % AR 9c,11t vs. 0,5 % AR 9c,11t

AR 9c,11t

ALC

C-HDL

C-LDL, C-sdLDL pas influence sur dépôts lipidiques

16,5 (PLOURDE et al., 2006)

Rat

synthétique 8 % tournesol + 1,7% coprah témoins vs. 1 %, 3 %, 5 % ALC*

* ALC 35 % 9c,11t, 18% 10t,12c

ALC pas effet TAG ALC

CT, C-LDL, C-HDL (effet dose)

(STANGL, 2000)

Souris

5 % olive; 4,5 % maïs; 1% Chol ; 0,5 % accholique

0,5 % AL vs. 0,25 % et 0,5 % ALC*

* sans précision composition isomérique

ALC

CT/C-HDL;

TAG plasma

ALC

étendue lésions aortiques (MUNDAY et al., 1999) 1. Cholestérol Total du groupe « témoin » (en mM/l).

Modèle Régime Effet CT1 Réf

(15)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

Tableau 5

Effet des ALC sur les lipides plasmatiques chez l’Humain.

Table 5

Effect of CLA on plasma lipids in human.

Sujets N IMC (kg/m2) CLA (g/j) Durée Effets ALC

H & F 52 1,7 ; 3,4 ;

5,1 ; ou 6,81,6 12 semaines

pas effet sur Lp(a) et TAG ; TC, C-LDL, C-HDL (variation intragroupe; pas significatif intergroupe vs. placebo)

(BLANKSON et al., 2000)

F 17 3,92 63 jours

pas effet sur

ApoA1, ApoB, CT, LDL, HDL ; TAG (mais placebo aussi).

(BENITO et al., 2001)

H & F 50 3,21 12 semaines

pas effet sur

TAG, CT, VLDL, HDL, LDL, ApoA1 Apo B.

(SMEDMAN et VESSBY, 2001) H 24 3,23 4 semaines pas effet sur TAG, TC, HDL. (RISÉRUS et al.,

2001) H & F 22 0,7 puis 1,41,7 4 + 4 semaines pas effet sur TAG ;

C-HDL ; tendance TC/C-HDL.

(MOUGIOS et al., 2001)

H & F 51 35 8 semaines

pas effet sur HDL, LDL ; CLA 50:50 TAG ; CLA 80:20 VLDL-C.

(NOONE et al., 2002)

F 16 2,13 45 j CLA /

45 j placebo9

pas effet sur

TAG, TC, HDL-C, TC/HDL-C.

(PETRIDOU et al., 2003) H 23 2,5 (9c,11t) 12 semaines pas effet sur

TAG, TC, VLDL, LDL, HDL.

(RISÉRUS et al., 2004) H & F 32

diabétiques 31 8 semaines

pas effet sur TAG, VLDL ; HDL LDL/HDL ; fibrinogène.

(MOLONEY et al., 2004) H & F 50 61 12 mois pas effet sur TAG, TC, C-HDL. (WHIGHAM et al.,

2004)

H 49 0,6 ; 1,2 ;

puis 2,44,7 13 mois9

pas effet sur TAG ; 9c,11t TC/C-HDL ; 10t,12c TC/C-HDL

(TRICON et al., 2004)

H & F 157 3,6 & 3,41,8 12 mois

pas effet sur TAG ; C-LDL (ALC - AGL) ; C-HDL (ALC - TAG) ; ALC : Lp(a) ; leucocytes ; thrombocytes.

(GAULLIER et al., 2004)

H & F 125 3,41 12 mois additionnels10pas effet sur TAG ; CT; C-HDL et Lp(a)

(GAULLIER et al., 2005) H & F 28 61 12 semaines pas effet sur TC, C-LDL ;

légère C-HDL. (SONG et al., 2005) H, homme; F, femme; N, sujets ayant achevé l’expérimentation.

1 – taux 9c,11t – 10t,12c équivalents ;

2 – ALC : 23 % 10t,12c ; 24 % 11c,13t ; 18 % 9c,11t ; 17 % 8t,10c ; 20 % autres isomères ; 3 – ALC : 37 % 10t,12c ; 37 % 9c,11t ; 3,6 % autres isomères ;

4 – ALC purifiés : soit 9c,11t, soit 10t,12c ; 5 - 9c,11t – 10t,12c, soit 50:50, soit 80:20 ; 6 – en 3 fois pendant repas ;

7 – doses croissantes ;

8 – respectivement pour les groupes recevant les ALC sous forme d’AGL et de TAG ; 9 – protocole en double aveugle croisé (2 groupes) ;

10 – sujets de l’expérimentation Gaullier et al (2004) recevant tous des ALC sous forme de TAG pendant 12 mois supplémentaires.

(16)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

Mais si l’impact des ALC sur les marqueurs de risque de l’athérosclérose et sur le développement des lésions a été exploré par plusieurs équipes, peu d’études ont docu- menté les effets des ALC sur les mécanismes physiologiques qui accompagnent cette pathologie. Les ALC auraient des propriétés anti–inflammatoires s’exerçant, en partie, sur des récepteurs hormonaux nucléaires (PPAR) (YU et al., 2002b). Ainsi, l’acide ruménique abaisse les teneurs en apoSAA circulantes (marqueur du statut inflammatoire), normalise l’expression des protéines d’adhésion (VCAM) et des médiateurs pro-inflammatoires (TNFα, IL1b, COX-2) chez le hamster hyperlipémique (MARTIN et al., 2005).

Des investigations complémentaires sont nécessaires pour confirmer ces travaux et relier les résultats aux observations faites sur l’action de l’acide ruménique sur le métabo- lisme lipoprotéique en conjonction avec le développement des lésions athéromateuses. Il conviendrait également de préciser le rôle des ALC sur le métabolisme des éïcosanoïdes et leur implication dans l’athérogenèse (LEE et al., 2005, TRUITT et al., 1999).

Chez l’Humain normo-pondéral (IMC < 25), l’ajout de mélanges d’ALC dans la ration n’entraîne pas de modification substantielle du métabolisme des lipoprotéines qui pour- rait témoigner d’une baisse du risque d’athérosclérose à court terme (BENITO et al., 2001, NOONE et al., 2002). Chez des sujets en surpoids, les concentrations en Lp(a) augmentent après consommation d’un mélange d’ALC, accompagnée d’une baisse des taux de la cholestérolémie (totale, LDL, et HDL) (BLANKSON et al., 2000). Cet effet favorable des ALC sur les paramètres sanguins témoins d’un facteur de risque athérogène serait imputable à l’acide ruménique, l’isomère 18:2 10t,12c n’ayant pas d’action sur les lipoprotéines (TRI- CON et al., 2004). A contrario, l’isomère 10t,12c augmente le stress oxydatif et les biomar- queurs inflammatoires chez l’obèse, cet effet défavorable peut être d’une importance clinique en regard du risque de MCV (RISÉRUS et al., 2002).

Les deux isomères ALC abaissent l’activation des lymphocytes T, mais n’ont aucun effet sur les concentrations sériques des protéines C-réactives ou sur la production de cytokines (TRICON et al., 2004).

8 – CONCLUSION

L’augmentation des publications sur les ALC ces dernières années démontre l’intérêt scientifique et économique suscité par ces AG particuliers dont les propriétés biologiques semblent intéressantes pour la santé animale et humaine.

Pour des raisons de coût, la majorité des expérimentations ont été conduites avec des mélanges synthétiques d’isomères qui ne reflètent en rien la réalité alimentaire.

Récemment, certaines investigations ont été réalisées avec des isomères purifiés ou des beurres « enrichis » en acide ruménique. Il serait intéressant de confirmer les résultats obtenus avec l’acide ruménique, isomère naturellement le plus abondant dans notre ali- mentation, d’autant que les effets délétères rapportés paraissent le fait de l’isomère 18:2 10t,12c, abondant dans les produits de synthèse, mais peu présent dans les ali- ments. Il conviendrait également de préciser les propriétés d’autres isomères, comme les 7t,9c ou 8t,10c, quantitativement en seconde place dans les produits laitiers, ou comme les 8t,10c et 11c,13t, présents en quantités non négligeables dans certaines productions de synthèse.

Néanmoins, avant d’introduire les taux d’ALC dans l’alimentation animale pour aug- menter les performances (lait, viande), au risque d’introduire ces ALC dans l’alimentation humaine, ou avant d’augmenter les taux d’ALC dans les produits laitiers via l’alimentation des ruminants pour une quelconque allégation santé, il conviendrait de prouver que le rap- port bénéfice/risque est du côté du consommateur. Pour cela les avantages présentés en terme de santé publique par les ALC restent à préciser et leur mode d’action à élucider.

(17)

© Lavoisier – La photocopie non autorisée est un délit

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

ARBONÉS-MAINAR J.M., NAVARRO M.A., ACIN S., GUZMAN M.A., ARNAL C., SURRA J.C., CARNICER R., ROCHE H.M., OSADA J., 2006. Trans-10, cis-12- and cis-9,trans-11-conjugated linoleic acid isomers selectively modify HDL-apo- lipoprotein composition in apolipoprotein E knockout mice. J. Nutr., 136, 353-359.

AZAIN M.J., HAUSMA D.B., SISK M.B., FLATT W.P., JEWELL D.E., 2000. Dietary conjugated linoleic acid reduces rat adi- pose tissue cell size rather than cell num- ber. J. Nutr., 130, 1548-1554.

AZAIN M.J., 2003. Conjugated linoleic acid and its effects on animal products and health in single-stomached animals. Proc.

Nutr. Soc., 62, 319-328.

BANNI S., DAY B.W., EVANS R.W., CORON- GIU F.P., LONMBARDI B., 1995. Liquid chromatography-mass spectrometric ana- lysis of conjugated diene fatty acids in partially hydrogenated fat. J. Am. Oil Chem. Soc., 71, 1321-1325.

BANNI S., CARTA G., CONTINI M.S., ANGIONI E., DEIANA M., DESSI M.A., MELIS M.P., COROGIU F.P., 1996. Char- acterization of conjugated diene fatty acids in milk, dairy products, and lamb tis- sues. Nutritional Biochemistry, 7, 150-155.

BANNI S., CARTA G., ANGIONI E., MURRU E., SCANU P., MELIS M.P., BAUMAN D.E., FISCHER S.M., IP C., 2001. Distribu- tion of conjugated linoleic acid and meta- bolites in different lipid fractions in the rat liver. J. Lipid Res., 42, 1056-1061.

BASSAGANYA-RIERA J., POGRANICHNIY R.M., JOBGEN S.C., HALBUR P.G., YOON K.-J., O’SHEA M., MOHEDE I.C.M., HONTECILLAS R., 2003. Conjuga- ted linoleic acid ameliorates viral infectivity in pig model of virally induced immuno- suppression. J. Nutr., 133, 3204-3214.

BASSAGANYA-RIERA J., REYNOLDS K., MARTINO-CATTS S., CUIS Y., HENNI- GHAUSENS L., GONZALEZ F., ROHRER J., BENNINGHOFF A.U., HONTECILLAS R., 2004. Activation of PPAR γ and δ by conjugated linoleic acid mediates protec- tion from experimental inflammatory bowel disease. Gastroenterology, 127, 777-791.

BELURY M.A., NICKEL K.P., BIRD C.E., WU Y., 1996. Dietary conjugated linoleic acid modulation of phorbol ester skin tumor promotion. Nutr. Cancer, 26, 149-157.

BENITO P., NELSON G.J., KELLEY D.S., BARTOLINI G., SCHMIDT P.C., SIMON V., 2001. The effect of conjugated linoleic acid on plasma lipoproteins and tissue fatty acid composition in humans. Lipids, 36, 229-236.

BERDEAUX O., GNAEDIG S., CHARDIGNY J.- M., LOREAU O., NOËL J.-P., SÉBÉDIO J.- L., 2002. In vitro desaturation and elonga- tion of rumenic acid by rat liver microso- mes. Lipids, 37, 1039-1045.

BLANKSON H., STAKKESTAD J., FAGERTUN H., THOM E., WADSTEIN J., GUDMUND- SEN O., 2000. Conjugated linoleic acid reduces body fat mass in overweight and obese humans. J. Nutr., 130, 2943-2948.

BONTEMPO V., SCIANNIMANICO D., PAS- TORELLI G., ROSSI R., ROSI F., CORINO C., 2004. Dietary conjugated linoleic acid positively affects immunologic variables in lactating sows and piglets. J. Nutr., 134, 817-824.

BOUTHERGOURD J.-C., EVEN P.C., GRI- POIS D., TIFFON B., BLOUQUIT M.-F., ROSEAU S., LUTTON C., TOMÉ D., MARTIN J.-C., 2002. A CLA mixture pre- vents body triglyceride accumulation without affecting energy expenditure in Syrian hamsters. J. Nutr., 132, 2682-2689.

BRODIE A.E., V.A. M., FERGUSON K.R., JEWELL D.E., HU C.Y., 1999. Conjugated linoleic acid inhibits differentiation of pre- and post-confluent 3T3-L1 preadipocytes but inhibits cell proliferation only in pre- confluent cells. J. Nutr., 129, 602-606.

CHAJES V., LAVILLONNIÈRE F., MAILLARD V., GIRAUDEAU B., JOURDAN M.-L., SÉBÉDIO J.-L., BOUGNOUX P., 2003.

Conjugated linoleic acid content in breast adipose tissue of breast cancer patients and the risk of metastasis. Nutr. Cancer, 45, 17-23.

CHENG J.L., FUTAKUCHI M., OGAWA J., IWATA T., KASAI M., TOKUDOME S., HIROSE M., SHIRAI T., 2003. Dose res- ponse study of conjugated fatty acid deri- ved from safflower oil on mammary and

Références

Documents relatifs

La présence de l’oxyrase dans le milieu de dénombrement augmente le recouvrement des cellules stressées de 0,98 en logarithme et en moyenne.. Comme

Les difficultés rencontrées et les besoins en informations diffè- rent donc selon la taille : plus orientés vers les méthodes analytiques et la question des seuils pour les

In the present paper, we tried to test the ability of prickly pear fruit juice to be clarified by tangential microfiltration process and follow the rheological behaviour of

L’emmental témoin a été obtenu à partir d’un lait standard dont la taille des globules gras varient de 0,1 µm à 10 µm (moyenne 4 µm), les emmentals petits globules gras et

Les sorties ci-dessous concernent un jeu de données fourni par le package et sur lequel les fonctions « decat » et « panellipse » ont été appliquées ; ces fonctions permettent

La première porte sur 57 articles sélectionnés et conclut à une absence de preuve de l’efficacité de la consommation de produits lai- tiers, et donc de calcium, sur la santé

Par exemple, en avril et en mai en Bretagne, les taux d’acide rumé- nique dans le beurre sont légèrement plus faibles que ceux trouvés dans la crème et le lait ; en juillet

labranchiae comme vecteur principal des Plasmodium au Maroc, ainsi que sa large distribution géographique, et d ’ attirer l ’ attention sur la participation potentielle des