Chapitre 23
Déterminants
Objectifs
– Étudier le groupe des permutations de[[1..n]]. Définir les notions : de cycles, de transpositions, de décom- position en produit de cylces, de signature.
– Définir les notions d’applications n-linéaires et leurs propriétés éventuelles (symétrique, antisymétrique, alternée). Développement suivant une base.
– Définir l’application déterminant d’une famille de vecteurs dans une base, étudier les propriétés.
– Définir le déterminant d’un endomorphisme, étudier ses propriétés.
– Définir le déterminant d’une matrice carrée, étudier ses propriétés. Notion de comatrice et propriétés.
– Établir les formules deCramer.
Plan
23 Déterminants 263
I) Le groupe symétrique . . . 264
1) Décomposition des permutations . . . 264
2) Signature . . . 264
II) Applications n-linéaires . . . 265
1) definition . . . 265
2) Développement suivant une base . . . 266
III) Déterminant dans une base . . . 266
1) Formes n-linéaires en dimension n . . . 266
2) Déterminants de n vecteurs dans une base . . . 267
3) Propriétés du déterminant . . . 267
IV) Déterminant d’un endomorphisme . . . 267
1) definition . . . 267
2) Propriétés du déterminant . . . 268
V) Déterminant d’une matrice carrée . . . 268
1) definition . . . 268
2) Propriétés du déterminant d’une matrice carrée . . . 268
3) Développement suivant une ligne ou une colonne . . . 269
4) Comatrice . . . 270
VI) Applications . . . 270
1) Systèmes linéaires . . . 270
2) Orientation d’un espace vectoriel réel . . . 271
VII) Exercices . . . 271
Le groupe symétrique 264
I) Le groupe symétrique
1) Décomposition des permutations NDéfinition 23.1
SoitEn= [[1..n]], avec n∈N∗, on note Sn l’ensemble des permutations deEn, c’est à dire l’ensemble des bijections deEnvers lui-même. On rappelle que(Sn,◦)est un groupe de cardinaln!(non abélien dès que n>3), ce groupe est appelé groupe symétrique de typen.
NDéfinition 23.2 (notion de cycle)
Soit σ ∈ Sn, on dit que σ est un cycle lorsqu’il existe k entiers distincts dans [[1..n]] : i1, . . . , ik (k > 1) tels que σ(i1) =i2, . . . , σ(ik−1) =ik, σ(ik) =i1, les autres entiers de En étant fixes parσ.
Dans ce cas, on notera σ= (i1 i2. . . ik). Le nombre kest appelé longueur du cycle, et un cycle de longueur 2 est appelé une transposition. L’ensemble {i1, . . . , ik} est appelé support du cycle σ.
On convient que l’identité deEn est un cycle de longueur nulle et à support vide.
I théorème23.1 (admis)
Toute permutation de En est un produit (pour la loi◦) de cyclesà supports disjoints, cette décomposition est unique à l’ordre près.
I théorème23.2
Toute permutation est un produit de transpositions.
2) Signature
NDéfinition 23.3 (inversion)
Soitσ ∈Sn, on appelle inversion deσtout couple d’entiers(i, j)∈[[1..n]]2 tel quei < jetσ(i)> σ(j).
Le nombre d’inversions deσ est noté Iσ.
I théorème23.3 (Nombre d’inversions d’une transposition)
Soit σ = (a b) une transposition de Sn avec a < b : alorsIσ = 2(b−a)−1.
NDéfinition 23.4 (signature d’une permutation)
Soitσ ∈Sn, on appelle signaturede σ le nombre notéε(σ) et défini par ε(σ) = (−1)Iσ.
X Exemple(s): Signature d’une transposition, si σ = (a b)avec a < b ∈ En, alors Iσ = 2(b−a)−1, donc ε(σ) =−1.
I théorème23.4 (admis)
L’application signature ε: (Sn,◦)→({±1},×), est un morphisme de groupes, c’est à dire :
∀σ, σ0∈Sn, ε(σ◦σ0) =ε(σ)×ε(σ0).
Applications n-linéaires 265
Application: calcul de la signature d’une permutation. Pour calculer la signature d’une permutation σ, il suffit de connaître sa décomposition en produit de transpositions : σ = τ1◦. . .◦τk, on a alors ε(σ) =ε(τ1)×. . . ε(τk) = (−1)k.
NDéfinition 23.5 (le groupe alterné)
L’application signature étant un morphisme de groupe, son noyau est un sous-groupe de Sn. Par définition, ce sous-groupe est appelé groupe alterné de typen et notéAn. On a donc :
An= ker(ε) ={σ ∈Sn / ε(σ) = 1}.
An est parfois appelé groupe des permutations paires car c’est l’ensemble des permutations qui s’écrivent comme produit d’un nombre pair de transpositions.
I théorème23.5
Le groupe alterné An est de cardinal n!
2.
II) Applications n-linéaires
1) definition NDéfinition 23.6
Soient E et F deux K-espaces vectoriels et f :En →F une application. On dit que f est n-linéaire lorsque f est linéaire par rapport à chacune de ses variables (les autres étant fixes), c’est à dire : ∀x1, . . . , xn∈E,∀ i∈[[1..n]], l’applicationfi :E →F définie par :
fi(x) =f(x1, . . . , xi−1, x, xi+1, . . . , xn) est linéaire.
NDéfinition 23.7
Soit f :En→F une application n-linéaire, on dit que f est :
– symétrique : lorsque ∀ σ ∈ Sn,∀ x1, . . . , xn ∈ E : f(xσ(1), . . . , xσ(n)) = f(x1, . . . , xn), autre- ment dit, changer l’ordre des vecteurs ne change pas le résultat.
– antisymétrique: lorsque ∀σ∈Sn,∀x1, . . . , xn∈E :f(xσ(1), . . . , xσ(n)) =ε(σ).f(x1, . . . , xn), autrement dit, échanger deux vecteurs change le signe du résultat.
– alternée : lorsque ∀ x1, . . . , xn ∈ E, s’il existe i, j ∈ [[1..n]] tels que i 6= j et xi = xj, alors f(x1, . . . , xn) = 0, autrement dit, si deux des vecteurs sont égaux alors le résultat est nul.
I théorème23.6
Il y a équivalence entre antisymétrique et alternée.
Déterminant dans une base 266
2) Développement suivant une base
Soit E de dimensionp, soitB= (e1, . . . , ep)une base deE, soit S= (x1, . . . , xn) un système den vecteurs deE et soit A =PB,S ∈Mp,n(K) la matrice de passage de B à S. Soitu =f(x1, . . . , xn), en développant par rapport à la première variable, on obtient : u = ∑
16j16p
aj1,1f(ej1, x2, . . . , xn).
Puis on développe chacun de ces termes par rapport à la deuxième variable∑ x2, ce qui donne u =
16j1,j26p
aj1,1aj2,2f(ej1, ej2, x3, . . . , xn), etc..., ce qui donne à la fin :
f(x1, . . . , xn) = ∑
16j1,...,jn6p
aj1,1· · ·ajn,nf(ej1, . . . , ejn).
C’est le développement def(x1, . . . , xn)dans la baseB, on voit ainsi qu’une applicationn-linéaire f :En→F est entièrement déterminée par la donnée des vecteursf(ej1, . . . , ejn).
Supposons maintenant que f soit en plus alternée, alors f(ej1, . . . , ejn) est nul dès que deux des indices sont égaux, par conséquent on obtient la formule :
f(x1, . . . , xn) = ∑
16j1<···<jn6p
(∑
σ∈Sn
ajσ(1),1· · ·ajσ(n),nf(ejσ(1), . . . , ejσ(n)) )
.
Or,f(ejσ(1), . . . , ejσ(n)) =ε(σ).f(ej1, . . . , ejn), finalement on a la formule : f(x1, . . . , xn) = ∑
16j1<···<jn6p
(∑
σ∈Sn
ε(σ)ajσ(1),1· · ·ajσ(n),n )
f(ej1, . . . , ejn).
III) Déterminant dans une base
1) Formes n-linéaires en dimension n
Avec les notations du paragraphe précédent, supposons que la dimension de E soit égale à n et soit B = (e1, . . . , en) une base de E, alors il existe une seule famille d’indices j1, . . . , jn telle que 16j1 <· · ·< jn6n, c’est la famille j1 = 1, . . . , jn =n, donc sif est une formen-linéaire alternée surE, alors il existe un unique scalaire α tel que :
∀ x1, . . . , xn∈E, f(x1, . . . , xn) =α ∑
σ∈Sn
ε(σ)aσ(1),1aσ(2),2. . . aσ(n),n.
Avec α =f(e1, . . . , en) (ce qui détermine entièrement f), et les scalaires ai,j étant les coefficients de la matrice du système(x1, . . . , xn) dans la base B.
Siσ parcourtSn, alorsσ−1 aussi, on peut donc écrire :
∀x1, . . . , xn∈E, f(x1, . . . , xn) =α ∑
σ−1∈Sn
ε(σ)a1,σ−1(1)a2,σ−1(2). . . an,σ−1(n)
=α ∑
σ∈Sn
ε(σ)a1,σ(1). . . an,σ(n).
Posons∀x1, . . . , xn∈E, f1(x1, . . . , xn) = ∑
σ∈Sn
ε(σ)a1,σ(1). . . an,σ(n), alors on vérifie que f1 est une forme n-linéaire alternée sur E et que f1(e1, . . . , en) = 1 (en particulier f1 est non nulle). De plus, le raisonnement précédent montre que toute formen-linéaire alternée surEest de la formef =αf1 avec α∈K, on peut donc énoncer :
Déterminant d’un endomorphisme 267
I théorème23.7
Sidim(E) =n, alors l’ensemble des formesn-linéaires alternées surE est unK-espace vectoriel de dimension 1 (droite vectorielle), c’est en fait un s.e.v de l’ensemble des applications de En vers K.
2) Déterminants de n vecteurs dans une base NDéfinition 23.8
L’application f1 définie ci-dessus est appelée déterminant dans la base B, elle est notée detB. C’est donc une forme n-linéaire alternée sur E, qui constitue une base de l’ensemble des formes n- linéaires alternées surE, plus précisément, c’est l’unique forme n-linéaire alternée sur E qui vérifie : detB(e1, . . . , en) = 1.
Expression du déterminant : Soit B= (e1, . . . , en) une base de E et soit (x1, . . . , xn) une famille de n vecteurs de E, et soit A = (ai,j) ∈ Mn(K) la matrice de cette famille dans la base B, on a l’expression suivante :
detB(x1, . . . , xn) = ∑
σ∈Sn
ε(σ)a1,σ(1). . . an,σ(n).
3) Propriétés du déterminant
Soit E unK-espace vectoriel de dimensionnetB= (e1;. . . , en) une base deE.
– L’application detBest une formen-linéaire alternée, donc :
– elle est linéaire par rapport à chaque variable, par exemple : detB(αx1+βx01, x2, . . . , xn) = αdetB(x1, x2, . . . , xn) +βdetB(x01, x2, . . . , xn).
– si on échange deux vecteurs dans le déterminant, alors le résultat change de signe.
– Si deux des vecteurs de la famille(x1, . . . , xn) sont égaux, alorsdetB(x1, . . . , xn) = 0.
– detB(e1, . . . , en) = 1, ce que l’on note detB(B) = 1, c’est l’unique forme n-linéaire alternée sur E qui vérifie cette égalité.
– Si B0 est une autre base deE, alors detB0 = detB0(B).detB – La famille (x1, . . . , xn) est une base deE ssi detB(x1, . . . , xn)6= 0.
IV) Déterminant d’un endomorphisme
1) definition NDéfinition 23.9
Soit E un K-espace vectoriel et soit B = (e1, . . . , en) une base de E, soit u ∈ L(E), on appelle déterminant de u le scalaire, noté det(u) et défini par : det(u) = detB(u(e1), . . . , u(en)). Ce scalaire estindépendant de la base B choisie.
Expression du déterminant: Soitu∈L(E)et soitB= (e1, . . . , en)une base deE, la matrice du système (u(e1), . . . , u(en)) est en fait la matrice de u dans la base B, posons A(ai,j) = mat
B (u), alors on peut écrire :
det(u) = ∑
σ∈Sn
ε(σ)a1σ(1)· · ·anσ(n).
Déterminant d’une matrice carrée 268
2) Propriétés du déterminant
– Soitu∈L(E), soitB une base deE, alors :
∀ x1, . . . , xn∈E,det
B(u(x1), . . . , u(xn)) = det(u) det
B(x1, . . . , xn).
– Soient u, v∈L(E), on adet(u◦v) = det(v◦u) = det(u) det(v).
– Soitu∈L(E) et soitB une base deE, alorsu∈GL(E) ssi det(u)6= 0, et si c’est le cas, alors det(u−1) = 1
det(u). NDéfinition 23.10
L’application det : GL(E) → K∗ est un morphisme de groupes, son noyau est donc un sous-groupe de GL(E), ce sous-groupe est appelégroupe spécial linéaire et notéSL(E). On a donc : SL(E) = {u∈GL(E) / det(u) = 1}={u∈L(E) / det(u) = 1}.
V) Déterminant d’une matrice carrée
1) definition NDéfinition 23.11
Soit A = (ai,j) ∈ Mn(K), et soit u l’endomorphisme de Kn canoniquement associé à A, on appelle déterminant deA le déterminant deu et on pose
det(A) = det(u) = det
B(C1(A), . . . , Cn(A)), où B désigne la base canonique deKn.
Expression du déterminant:A est la matrice deudans la base canonique de Kn, donc d’après le paragraphe précédent, on a :
det(A) = ∑
σ∈Sn
ε(σ)a1,σ(1)· · ·an,σ(n).
Notation : on écrit :det(A) =
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯
a1,1 · · · a1,n
... ... an,1 · · · an,n
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯
2) Propriétés du déterminant d’une matrice carrée
– Une matrice carrée A et sa transposée, ont le même déterminant. On en déduit que siB est la base canonique deKn, alorsdet(A) = detB(C1(A), . . . , Cn(A)) = detB(L1(A), . . . , Ln(A)).
– Soit u ∈L(E), et soitB une base quelconque de E, simat
B (u) = A∈ Mn(K), alors det(u) = det(A). On en déduit en particulier que si P ∈GLn(K), alorsdet(P−1×A×P) = det(A).
– SiA, B ∈Mn(K), alorsdet(A×B) = det(A) det(B), en particulier, on adet(A×B) = det(B×A).
– Une matrice carrée est inversible ssi son déterminant est non nul, si c’est le cas, alorsdet(A−1) = det(A)−1.
– Utilisation de la méthode deGauss: on utilise celle-ci pour se ramener au calcul du déterminant d’une matrice triangulaire, plus précisément :
– L’opérationLi ↔Lj, change le signe du déterminant (idem avec les colonnes).
– L’opérationLi ←αLi (α6= 0), multiplie le déterminant par α (idem avec les colonnes).
– L’opérationLi ←Li+αLj, ne change pas le déterminant (idem avec les colonnes).
Déterminant d’une matrice carrée 269
NDéfinition 23.12
L’application :det : GLn(K)→Kn, est un morphisme de groupes, donc son noyau est un sous-groupe de GLn(K), celui-ci est appelé groupe spécial linéaire de type n surK, on le noteSLn(K), on a donc :SLn(K) ={A∈Mn(K) / det(A) = 1}.
3) Développement suivant une ligne ou une colonne
Soit A = (ai,j) ∈ Mn(K), soit B = (e1, . . . , en) la base canonique de Kn, notons C1, . . . , Cn les vecteurs colonnes de A, pour j ∈ [[1..n]], on a Cj =
∑n i=1
ai,jei, par linéarité par rapport à la j-ième variable, on peut écrire :
det(A) =
∑n i=1
ai,jdet
B(C1, . . . , Cj−1, ei, Cj+1, . . . , Cn).
En posant γi,j(A) = detB(C1, . . . , Cj−1, ei, Cj+1, . . . , Cn), on a alors det(A) =
∑n i=1
ai,jγi,j(A), c’est le développement dedet(A)suivant la colonne j.
NDéfinition 23.13
Le scalaire γi,j(A) est appelé cofacteur (i j) de la matrice A, c’est le déterminant de la matrice A dans laquelle la colonnej a été remplacée par le i-ième vecteur de la base canonique deKn.
NDéfinition 23.14
Soit A∈Mn(K), on appellemineur (i j) de la matriceA, le déterminant∆i,j(A) de la matriceAi,j obtenue par suppression de ligne i et de la colonne j de A. Le lien entre cofacteur et mineur est : γi,j(A) = (−1)i+j∆i,j(A).
Le développement de det(A) suivant la colonne j s’écrit donc :
det(A) =
∑n i=1
ai,j(−1)i+j∆i,j(A).
∆i,j(A) est un déterminant d’ordren−1, c’est donc une formulerécurrente.
Développement suivant la ligne j : comme une matrice A∈Mn(K) a le même déterminant que sa transposée, développer det(A) suivant la lignej revient à développerdet(tA)suivant la colonne j, ce qui donne det(A) =
∑n i=1
(tA)i,j(−1)i+j∆i,j(tA), mais∆i,j(tA) = ∆j,i(A), ce qui donne finalement : det(A) =
∑n i=1
aj,i(−1)i+j∆j,i(A).
Un exemple classique : le déterminant deVandermonde1
Soit A=
1 α0 · · · α0n ... ... ... 1 αn · · · αnn
, où α0, . . . , αn∈K, soit Vn= det(A), alors on a le résultat suivant :
Vn= ∏
06i<j6n
(αj−αi).
1VANDERMONDE Alexandre(1735 – 1796) : mathématicien français qui fut le premier à étudier les déterminants.
Applications 270
4) Comatrice NDéfinition 23.15
SoitA∈Mn(K), on appelle comatrice deAla matrice deMn(K)dont les coefficients sont les cofacteurs γi,j(A). Notation : Com(A) = (γi,j(A))16i,j6n.
I théorème23.8 (relation fondamentale)
∀ A∈Mn(K), A×tCom(A) =tCom(A)×A= det(A)In.
Application : siA∈Mn(K) est inversible, alors : A−1 = 1
det(A)
tCom(A).
VI) Applications
1) Systèmes linéaires
C’est un système de la forme (S) :
a11x1+. . .+a1pxp = b1 ...
an1x1+. . .+anpxp = bn
, où les scalairesx1, . . . , xp sont les inconnues.
Le système (S) peut s’interpréter de plusieurs façons : – Sous forme matricielle :(S) ⇐⇒ AX=BoùX =
x1
... xp
,B =
b1
... bn
, etA=
a11 · · · a1n ... ... an1 · · · anp
,
Aest la matrice du système.
– Sous forme linéaire : soit u∈L(Kp,Kn) l’application linéaire canoniquement associée àA, soit x∈Kp le vecteur de coordonnées(x1, . . . , xp)dans la base canonique, et soitble vecteur de Kn de coordonnées(b1, . . . , bn), on a alors(S) ⇐⇒ u(x) =b.
– Sous forme vectorielle : soient v1, . . . , vp les vecteurs colonnes deA, on a (S) ⇐⇒ x1v1+. . .+ xpvp =b, c’est une équation vectorielle dans Kn.
NDéfinition 23.16 (Systèmes de Cramer)
C’est un système linéaire carré possédant une unique solution, ce qui revient à dire que la matrice du système est carrée inversible.
Formules de Cramer 2 : on a ici n = p, notons C1, . . . , Cn les colonnes de A ,on a B = x1C1+ . . .+xnCn, soit Di la matrice obtenue en remplaçant dans A la colonne i par la colonne B, on a : det(Di) =
∑n k=1
xkdet(C1, . . . , Ci−1, Ck, Ci+1, . . . , Cn), ce qui donne det(Di) = xidet(A), d’où les formules :
2CRAMER Gabriel (1704 – 1752) : mathématicien français qui s’est intéressé aux systèmes linéaires et à la théorie des déterminants.
Exercices 271
∀i∈[[1..n]], xi = det(C1, . . . , Ci−1, B, Ci+1, . . . , Cn)
det(A) .
2) Orientation d’un espace vectoriel réel
Soient B et B0 deux bases d’un R-espace vectoriel de dimension finie, E, soit P la matrice de passage, alorsP est une matrice inversible, doncdet(P)6= 0, on a alors soitdet(P)>0, soitdet(P)<0.
NDéfinition 23.17
On dit que la base B est en relation avec la baseB0 lorsque la matrice de passage a un déterminant strictement positif, on note alorsBRB0.
I théorème23.9
La relation Rest une relation d’équivalence, et il n’y a que deux classes d’équivalence.
NDéfinition 23.18
Orienter l’espace vectoriel E c’est choisir une des deux classes d’équivalence, que l’on appelle classe des bases directes, l’autre étant alors appeléeclasse des bases indirectes. Il n’y a donc que deux orientations possibles.
À retenir : le déterminant de la matrice de passage entre deux bases directes (ou deux bases indirectes) est strictement positif. Le déterminant de la matrice de passage entre une base directe et une base indirecte est strictement négatif.
N Définition 23.19 (orientation induite sur un hyperplan)
Soit H un hyperplan deE (R-espace vectoriel orienté), et soit enun vecteur deE n’appartenant pas àH, soit B= (e1, . . . , en−1)une base deH, la famille (e1, . . . , en) est une base deE, si cette base est directe, on dira que(e1, . . . , en−1)est une base directe deH pour l’orientation induite sur H par le vecteuren.
VII) Exercices
FExercice 23.1
Calculer les déterminants suivants :
a)
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯¯¯¯
x 1 2 3
y 0 1 2
z 1 −1 1
t 2 1 3
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯¯¯¯
b)
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯¯¯¯
x y z t
1 2 1 0
1 1 m 0
0 1 2 1
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯¯¯¯
c)
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯¯¯
1 1 1 1 1 1 2 1 0 1 0 1 1 0 1 1 0 1 0 2 3 1 1 0 3
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯¯¯ .
Exercices 272
FExercice 23.2
Calculer le déterminant de la matriceA∈Mn(K) dans les cas suivants :
a)aij = 1−δij. b)aij =b−aδij c)aij =|i−j|.
d)aij =
a+b si i=j ab si j=i+ 1
1 si i=j+ 1 0 sinon
e)aij = Cjp−−1i+1, où p>n. f)aij = sin(i+j).
F Exercice 23.3
a) Soit B une base d’un K-espace E de dimension n, soit λ ∈ K, soit p 6 n, soit x1, . . . , xn, e ∈ E, montrer que detB(x1+λe, x2 +λe, . . . , xp +λe, xp+1, . . . , xn) est un polynôme enλde degré au plus 1.
Soienta, b∈Cdistincts, pour λ1, . . . , λn∈C, on pose : A=
λ1 a · · · a b . .. ... ... ... . .. ... a b · · · b λn
b) Pourx∈C, on poseP(x) = det(B)oùB = (aij+x). Montrer queP(x)est un polynôme
de degré1 au plus1. Calculer P(−a)etP(−b).
c) En déduire det(A).
FExercice 23.4 a) SoitA=
B C
On−p,p D
∈Mn(K)avecB ∈Mp(K),D∈Mn−p(K)etC∈Mp,n−p(K).
i) Montrer queA=A0×A00avecA0 =
Ip C On−p,p D
etA00 =
B Op,n−p
On−p,p In−p
.
ii) Calculerdet(A0) etdet(A00), en déduire que det(A) = det(B)×det(D).
b) Soit A une matrice triangulaire par blocs, c’est à dire A =
A1 ∗ · · · ∗ 0 . .. . .. ... ... . .. . .. ∗ 0 · · · 0 An
,
où les matricesAi sont carrées, montrer quedet(A) =
∏n i=1
det(Ai).
FExercice 23.5
Soit E un espace de dimension n, B une base de E et u ∈ L(E), pour (x1, . . . , xn) ∈ En, on posef(x1, . . . , xn) = detB(u(x1), x2, . . . , xn) +. . .+ detB(x1, . . . , xn−1, u(xn)). Montrer que f = tr(u).detB.
Exercices 273
FExercice 23.6
SoitA∈Mn(K), soitB= (e1, . . . , en) la base canonique deKn, on notec1, . . . , cnles vecteurs colonnes deA.
a) Montrer que det(A) = ∑
16i,j6n
ai1aj2detB(ei, ej, c2, . . . , cn).
b) En déduire que det(A) = − ∑
16i1<i26n
(−1)i1+i2
¯¯¯¯
¯¯ai11 ai12 ai21 ai22
¯¯¯¯
¯¯ × ∆(i1,i2),(1,2)(A) où
∆(i1,i2),(1,2)(A) désigne le déterminant de la matrice obtenue en supprimant dans la ma- trice A les lignes Li1 et Li2 et les colonnes C1 et C2. C’est le développement de det(A) suivant les colonnes 1 et2.
c) Exemple: développer le déterminant
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯¯¯¯
x y z t
1 0 1 2
1 0 m 1
0 1 2 1
¯¯¯¯
¯¯¯¯
¯¯¯¯
suivant les colonnes1 et2.