RECHERCHES SUR
LES RELATIONS ENTREL’ŒUF
ET LE TRACTUS MATERNEL PENDANT LESPREMIERS STADES
DUDÉVELOPPEMENT
CHEZLES MAMMIFÈRES
ÉTUDE
DE LATRAVERSÉE
DE L’OVIDUCTE PAR L’ŒUFFÉCONDÉ
DE BREBISSuzanne WINTENBERGER
Station de
Physiologie
Animale, Centre National de RecherchesZootechniques,
Jouy-en-Josas(S.-et-O.)
Des
opinions
contradictoires ont été émises concernant les relationsqui
existent entre l’oeuf fécondé au cours de samigration
tubaire etl’oviducte. Pour
A LDEN ,
PirrCUS, ledéveloppement
de l’aeuf ne nécessiteaucun milieu tubaire
spécial ;
W!s’rMerr, WASHBURrr, ont abouti à des conclusionsopposées.
Pourtant ce sont les mécanismes mis en
jeu qui
conditionnent le succès dudéveloppement
et del’implantation
ultérieure des oeufsprésents
naturellement ou artificiellement dans l’oviducte d’une femelle. Pour étudier cette interaction oeuf-oviducte les auteurs
précédents
ontempri-
sonné les oeufs dans une
partie
de latrompe.
Avantd’employer
cettetechnique
il nous est apparu nécessaire depréciser,
chez laBrebis,
dans des conditionsnaturelles,
à destemps
variésaprès
laponte,
àquel
niveaudu tractus femelle se trouvent le ou les
oeufs,
en observantchaque
fois leprogrès
de leursegmentation.
Une série d’observations a
porté
sur 24 Brebis de race Bizet et 2 Bre- bis Lacaune. Ellereçurent
dèsl’apparition
deschaleurs,
uneinjection
intraveineuse de 800U. I. de sérum de
jument gravide
afin de provoquer l’ovulation 24 hplus
tard(O R T AVAN T,
THIBAULT et WrNT!rrB!RG!R,1949
)
et furent ensuiteaccouplées.
Immédiatement
après l’abatage, l’ampoule
et l’isthme furent per- fusés parsegments
et l’utérus entotalité.
Il futtoujours
admis que l’oeufse trouvait au milieu du
segment
d’oviductequi
le contenait.On constate que,
pendant
lespremières heures,
l’oeuf descendrapi-
dement : 2 h à 2 h 30
après l’ovulation,
on le retrouve vers le milieu ou le tiers inférieur del’ampoule ;
mais il fautcompter
6 à 8 h pourqu’il atteigne
la
partie
inférieure de celle-ci( 7 Brebis).
Il yséjourne
alorsjusqu’à
la44
eh
(8 Brebis).
De 49 à
56
haprès
laponte,
l’œufs’engage
dansl’isthme,
il est situéalors dans les
premiers
centimètres de celui-ci( 3 Brebis).
Enfin 72h
après l’ovulation,
comme on avait coutume de l’admettre(AssH!TOrr, 1 8 99 ; T HIBAULT , z949 ; ROBINSON, ig5o)
l’oeuf atteint l’uté-
rus. La traversée de l’isthme est donc relativement
rapide.
Cependant
nous avons rencontréquelques
cas deprogression
diffé-rente,
qui
nouspermettent
de tirer des conclusions intéressantes sur lesrapports
oeuf-oviducte.Ainsi chez une
Brebis,
l’oeuf se trouvaitdéjà
dans lapartie supérieure
de l’isthme 26 h
après
l’ovulation(l’ampoule
était relativement très courte, 7 cm contrem,6
cm delongueur moyenne).
Par contre, chez2
Brebis,
des oeufsséjournaient
encore dans le milieu del’ampoule,
res-pectivement
5r h et 73 haprès
l’ovulation.Ces variations dans la vitesse de
progression
de l’oeuf n’affectent passa vitesse de
segmentation.
Eneffet,
le tableau II nous montre que les oeufs sonttoujours
aux stades 2 et 4,respectivement
24 et 44 haprès
l’ovulation. Vers
4 8
h ils commencent à se diviser en 8 pour atteindre le stade 8-12au bout de 72 h.Nous avons pu confirmer
expérimentalement
cetteindépendance
entre l’état de la
segmentation
de l’oeuf et laplace qu’il occupe, par une
série d’expériences portant
sur 13 Brebis chez lesquelles
nous avons
déclenché une
superovulation importante
eninjectant
4 ooo U. I. de S.J.
G. auz 3 e jour
ducycle.
Cettepiqûre permet
d’obtenir en moyenne8,8
ovulations par Brebis.!DAUZI!R,
THIBAUI,T et WINT!NB!RG!R,ig5 3 ).
Dans ces conditions les oeufs ont
toujours
atteint lapartie
inférieurede
l’ampoule
2 haprès
l’ovulation et commencent dans certains cas, às’engager
dans l’isthme au bout de 18 h. Onpeut
admettre que, de 18 à 26 h au lieu de 49 à
5 6
h pour les ovulationssimples,
les oeufss’engagent
dans
l’isthme,
tandis que4 8
haprès,
ils sontdéjà
dans l’utérus.En
dépit
de cetteprogression accélérée,
l’oeuf reste sensiblement fidèle aurythme
dedéveloppement déjà
défini dans le cas d’une seule ovulation : deux cellules au bout de 24h,
3 à 4cellules de 26 à 32h,
8 cel-lules, 4 8
haprès
son émission.Ainsi chez la
Brebis,
enprovoquant
l’émission de l’oeuf à un instant connu, nous avons pu suivre avecrigueur
sa vitesse dedéplacement
etson
développpement :
l’oeuf progresse trèsrapidement
dansl’ampoule (vitesse
moyenne, lA cm parheure)
maisséjourne
dans sapartie
inférieurede 6 à
5 6 h ;
il commence àpénétrer
dans l’isthme àpartir
de4 8
h etarrive dans l’utérus 72 h
environ, après
l’ovulation.Le
long séjour
de l’oeuf dans lapartie
inférieure del’ampoule
per- mettrait de penser que le milieu rencontré est nécessaire à la suite dudéveloppement.
Mais nous avons vu que la vitesse de transfert de l’oeufpeut
varier alors que sonrythme
de division reste constant, tel est le cas,en
particulier
des oeufs «superovulés
» dont la descente est accélérée tan- dis que la vitesse desegmentation
demeure invariable. Il y a donc chez la Brebis uneindépendance
totale entre lespremières
divisions de segmen- tation de l’oeuf et laplace qu’il
occupe dans l’oviducte.On
peut
donc penser que,pendant, les premiers
stades de son déve-veloppement,
l’oeuf trouve dans tout le tractus les élémentsnécessaires,
ou
qu’il
n’est pas tributaire du milieu maternel. Les résultats de ALDENmontrant que l’oeuf de Rate
poursuit
sondéveloppement
normalaprès ovariectomie, parlent
en faveur de cette dernièrehypothèse. Cependant
l’échec des tentatives mêmes récentes
(W ASHBURN Jr, 1051 )
pour cultiverin vitro l’oeuf de Rate, laisse
plutôt
supposerqu’il
existe dans le milieu tu- baire des facteurs nécessaires à sa division. I,eproblème apparaît
donccomme très
complexe.
D’ailleurs mêmelorsque
la culture de l’oeuf serévèle
possible
in vitropendant plusieurs jours
comme chez laLapine,
les
expériences
detransplantation
deC HANG ,
ont bien mis en évidencequ’il
nepeut
y avoirplus
de 24h de différence entrel’âge
de l’oeuf etl’âge pseudogravide
du tractushôte,
pour que ledéveloppement
sepoursuive
normalement.
Il est donc
impossible
de conclure àl’indépendance
totale de l’oeuf parrapport
au milieumaternel,
mêmependant
lespremiers
stades. Il est d’ailleursprobable
quel’apport
du milieu maternel devient deplus
enplus important
au fur et à mesure que les réserves vitelliness’épuisent,
aussi doit-il exister de
grandes
variations dans les relations oeuf-oviducte selon lesespèces, puisque
la vitesse desegmentation
propre de l’oeuf estplus
ou moinsrapide :
celui de Brebis atteint l’utérus 72 haprès
laponte
au stade 8-12
blastomères,
tandis que ceux de Rate ou delapine, qui parcourent
l’oviducteégalement
en troisjours
contiennent une centaine de cellulesquand
ilsatteignent
l’utérus.Seules des cultures in vitro dans des milieux variés et des
ligatures prolongées
à des niveaux différents du tractuspermettront
de définir les besoins de l’oeuf et le rôle des différentesparties
du tractus femelle dansson
développement.
Reçu pour !ublication le 9 juin
1953.
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