Universit´e Claude Bernard–Lyon I CAPES de Math´ematiques : ´Ecrit 1 Ann´ee 2009–2010
Cercle osculateur
Soit P un plan affine euclidien orient´e muni d’un rep`ere orthonorm´e direct. On identifiera P `a R2 via ce rep`ere et on notera h·, · · · i le produit scalaire dans le plan vectoriel associ´e.
1◦ Arcs param´etr´es, longueur d’arc
a) Soit I un intervalle r´eel ouvert non vide et γ un arc param´etr´e par I. C’est une classe d’´equivalence d’applications de I dans P, o`u on identifie γ : I → P et ˜γ : I → P s’il existe une bijection ϕ : I → ˜I telle que ˜γ = γ ◦ ϕ. Une fonction γ particuli`ere est appel´ee un param´etrage de l’arc. Par abus, on pourra parler de l’arc γ pour signifier sa classe d’´equivalence.
On dit que de classe Cp (o`u p ∈ N∗) si, dans un rep`ere fix´e, les coordonn´ees de γ sont des fonctions de classe Cp. Cela ne d´epend pas du rep`ere, ni du param´etrage.
Dans toute la suite, on fixe un arc param´etr´e γ : I → P de classe Cp (p ≥ 1). On suppose que γ est r´egulier, c’est-`a-dire :
∀t ∈ I, ||γ0(t)|| 6= 0.
b) Param´etrage par longueur d’arc
On fixe un point t0 de I. Quitte faire une translation1, on suppose que t0 = 0 ∈ I. On pose :
∀t ∈ I, `(t) = Z t
0
||γ0(u)|| du.
La fonction ` ainsi d´efinie est d´erivable sur I et sa d´eriv´ee est strictement positive. Elle d´efinit donc une bijection de I sur un intervalle ˜I de R (contenant 0 = `(0)). On consid`ere l’arc
˜
γ : ˜I −→ P, s 7−→ γ(`−1(s)).
L’arc ˜γ est aussi de classe Cp et on a :
∀s ∈ ˜I, ˜γ0(s) = 1
`0(`−1(s))γ0(`−1(s)).
En particulier, on constate que la norme de ce vecteur est uniform´ement ´egale `a 1.
On vient de d´emontrer que tout arc peut ˆetre param´etr´e par longueur d’arc, c’est-`a-dire repr´esent´e par une fonction `a valeur dans P dont la d´eriv´ee est de norme 1 en tout point.
2◦ Cercle osculateur pour les arcs de classe C2
Soit γ : I → R un arc de classe C2 et param´etr´e par longueur d’arc (i.e. ||γ0|| = 1). On note J la rotation d’angle π/2 dans le plan vectoriel qui dirige P et on d´efinit un vecteur normal `a la courbe par :
∀s ∈ I, n(s) = J γ0(s).
On a donc : (γ0(s), n(s)) = π/2 [2π] et ||n(s)|| = 1 en tout point s ∈ I.\ Pour tout s ∈ I, on a : hγ0(s), γ0(s)i = 1, donc en d´erivant :
∀s ∈ I, 2hγ00(s), γ0(s)i = 0.
Il en r´esulte que γ00(s) et n(s) sont colin´eaires, si bien que l’on a :
∀s ∈ I, γ00(s) = c(s) n(s) o`u c(s) = hγ00(s), n(s)i.
1c’est-`a-dire, `a remplacer I par I − t0 = {t ∈ R, t + t0 ∈ I} et `a remplacer γ par t 7→ γ(t + t0) : cela ne change pas l’arc g´eom´etrique, i.e. l’image γ∗= γ(I).
1
Soit s ∈ I. Le r´eel c(s) est appel´e la courbure de γ en γ(s). S’il n’est pas nul, son inverse r(s) = 1/c(s)
est appel´e le rayon de courbure de γ en γ(s) ; on appelle centre de courbure de γ en γ(s) et on note ω(s) le point d´efini par
ω(s) = γ(s) + r(s) n(s) = γ(s) + 1
c(s)n(s) ;
on appelle cercle osculateur en γ(s) et on note C(s) le cercle de centre ω(s) et de rayon r(s).
La d´enomination sera justifi´ee plus loin.
On passe quasiment sous silence le fait que ces d´efinitions sont g´eom´etriques, au sens o`u elles ne d´ependent pas du choix d’un param´etrage par longueur d’arc (au reste, c’est presque
´
evident car deux tels param´etrages diff`erent par une translation dans R et ´eventuellement un changement de signe).
3◦ Position de la courbe par rapport `a son cercle osculateur
a) On veut montrer que le cercle osculateur est le cercle qui approche le mieux la courbe `a l’ordre 2 au voisinage d’un point. On suppose `a nouveau que 0 ∈ I et on ´etudie la position de la courbe par rapport `a C = C(0).
Dans tout ce paragraphe, on se place dans le rep`ere orthonorm´e direct (γ(0), γ0(0), n(0)). Le d´eveloppement limit´e de γ(s) pour s au voisinage de 0 s’´ecrit
γ(s) = γ(0) + sγ0(0) +s2
2γ00(0) + o(s2), point qui a pour coordonn´ees :
s + o(s2) s2
2r(0)+ o(s2)
.
b) Soit a, b, R des r´eels, consid´erons le cercle de centre Ω(a, b) et de rayon R ≥ 0. La moindre des choses pour qu’un cercle approxime l’arc γ au voisinage de 0, c’est qu’il contienne O = γ(0).
Cela se traduit par
a2+ b2= R2.
Une autre contrainte naturelle que nous ne justifierons pas plus, c’est que les tangentes au cercle et `a la courbe en O co¨ıncident. La tangente au cercle en O est la droite d’´equation ax + by = 0 (perpendiculaire au rayon) et la tangente `a la courbe a pour ´equation y = 0 (elle est port´ee par γ0(0)), donc cela se traduit par :
a = 0, d’o`u R = |b|.
En d’autres termes, le cercle est centr´e sur l’axe des ordonn´ees. C’est la r´eunion des graphes de deux fonctions d´efinies pour x ∈ [−|b|, |b|] par :
gε(x) = b + εp
b2− x2 (ε ∈ {−1, 1}).
Au voisinage de 0, on a :
gε(x) = b + ε|b|
1 −x2
b2
1/2
= b + ε|b| + εx2
2b2 + o(x2).
2
On ne s’int´eresse qu’au demi-cercle contenant O, c’est-`a-dire `a la fonctions telle que gε(0) = 0, c’est-`a-dire `a ε = −b/|b|. Ainsi, au voisinage de O, le cercle peut ˆetre param´etr´e par
x
gε(x)
=
x x2
2b + o(x2)
.
En comparant les d´eveloppements limit´es de l’arc et du param´etrage du cercle, on doit en d´eduire qu’il faut prendre
b = r(0)
pour que le second soit aussi proche que possible du premier. Cela justifie l’appellation de cercle osculateur. Faire un ´enonc´e pr´ecis...
c) Cas d’une courbe repr´esentative
Soit f une fonction de classe C2 sur un voisinage de 0 telle que f (0) = f0(0) = 0. On param`etre sa courbe repr´esentative Γ dans un rep`ere orthonorm´e direct par
γ(x) =
x f (x)
. Un d´eveloppement limit´e de f en 0 donne :
γ(x) =
x f00(0)x2
2 + o(x2)
.
Cela est cens´e d´emontrer que le cercle osculateur `a Γ a pour rayon 1/|f00(0)|.
Supposons aussi que f est de classe C3 et, pour simplifier, que f(3)(0) 6= 0. Quitte `a changer f en −f , on suppose que f00(0) > 0.
La position relative de Γ et du cercle au voisinage de 0 est d´etermin´ee par le signe de f (x) − 1
f00(0) − s
1
f00(0)2 − x2
!
= f (x) − f00(0)x2
2 + o(x3) = f(3)(0)x3
6 + o(x3) (en se rappelant que f (0) = f0(0) = 0), si bien que le signe de cette expression change lorsque le signe de x change.
En d’autres termes, la courbe traverse le cercle osculateur au point de contact ! d) Cas g´en´eral
Si γ est un arc r´egulier quelconque d´efini au voisinage I de 0. On choisit un rep`ere orthonorm´e direct d’origine γ(0) et dont le premier vecteur est positivement colin´eaire `a γ0(0). Soit (x, y) les coordonn´ees de γ. On a : x(0) = 0 et x0(0) > 0, donc la fonction x ´etablit une bijection croissante entre un voisinage de 0 et un voisinage de 0. L’arc est la courbe repr´esentative de f = y ◦ x−1, et on v´erifie que f0(0) = 0.
Ainsi, pour tout arc r´egulier et tout point de l’arc, on peut trouver un rep`ere dans lequel l’arc est, au voisinage de ce point, la courbe repr´esentative d’une fonction. On peut donc lui appliquer la conclusion ci-dessus.
4◦ Position relative de deux cercles osculateurs
Dans ce paragraphe, on suppose que γ est un arc r´egulier, param´etr´e par longueur d’arc, de classe C3, d´efini sur un intervalle ouvert I contenant un segment [s0, s1]. On suppose de plus que le rayon de courbure est partout non nul et strictement monotone sur [s0, s1], disons strictement d´ecroissant (sans perte de g´en´eralit´e : pourquoi ?). On va montrer que le cercle osculateur en γ(s1) est contenu dans le disque osculateur2 en γ(s0).
2C’est-`a-dire le disque bord´e par le cercle osculateur, bien sˆur.
3
On reprend les notations du paragraphe 2◦. On a :
∀s ∈ I, n(s) = J γ0(s),
donc par lin´earit´e de la rotation (constante) J , n est une fonction d´erivable et (J2 = −Id)
∀s ∈ I, n0(s) = J γ00(s) = c(s) J n(s) = −c(s)γ0(s).
On voit ainsi que l’arc ω d´ecrit par le centre de courbure est d´erivable et que
∀s ∈ I, ω0(s) = γ0(s) + r0(s)n(s) − r(s)n0(s) = γ0(s) + r0(s)n(s) − r(s)c(s)γ0(s) = r0(s)n(s).
Il vient alors :
||−−−−−−−→
ω(s0)ω(s1)|| =
Z s1
s0
ω0(s) ds
≤ Z s1
s0
|r0(s)| ds = r(s0) − r(s1).
(On a major´e la norme de l’int´egrale par l’int´egrale de la norme, puis que ||ω0|| = |r0|, puis que
|r| = −r0 par d´ecroissance de r.)
Ainsi, la distance des centres de courbure est inf´erieure `a la diff´erence des rayons : cela traduit exactement l’inclusion d’un disque dans l’autre. En particulier, on peut en d´eduire que la courbe traverse le cercle osculateur en tout point d’un intervalle o`u le rayon de courbure est strictement monotone.
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