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Photoconductivité due à l'autoionisation de Ce2+ dans CaF 2, SrF2 et BaF2

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HAL Id: jpa-00209014

https://hal.archives-ouvertes.fr/jpa-00209014

Submitted on 1 Jan 1981

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Photoconductivité due à l’autoionisation de Ce2+ dans CaF 2, SrF2 et BaF2

C. Pedrini, P.O. Pagost, C. Madej, D.S. Mcclure

To cite this version:

C. Pedrini, P.O. Pagost, C. Madej, D.S. Mcclure. Photoconductivité due à l’autoionisation de Ce2+ dans CaF 2, SrF2 et BaF2. Journal de Physique, 1981, 42 (2), pp.323-330.

�10.1051/jphys:01981004202032300�. �jpa-00209014�

(2)

Photoconductivité due à l’autoionisation de Ce2+ dans CaF2, SrF2 et BaF2

C. Pedrini, P. O. Pagost, C. Madej et D. S. McClure (*)

E.R. n° 10 C.N.R.S., Département de Physique, Université de Lyon I, 69622 Villeurbanne, France (*) Department of Chemistry, Princeton University, Princeton N.J. 08544, U.S.A.

(Reçu le Il avril 1980, révisé le 23 septembre, accepté le 17 octobre 1980)

Résumé.

2014

On analyse les seuils de photoconductivité produite par l’autoionisation du cérium divalent Ce2+

dans des cristaux de fluorures alcalino-terreux CaF2, SrF2 et BaF2. L’énergie de

ces

seuils est interprétée

comme

l’écart énergétique entre le niveau fondamental de l’impureté et le bas de la bande de conduction. Un simple modèle électrostatique faisant intervenir le troisième potentiel d’ionisation de l’ion terre

rare

libre et l’influence de

son

environnement cristallin permet de rendre compte du déplacement des seuils quand la nature du cation du cristal

change. De plus, l’évolution des seuils

vers

l’infrarouge prévue par

ce

modèle quand

on

passe des ions Tm2 +, Ho2+

ou

Dy2+ à Ce2+ est confirmée par l’expérience.

Abstract.

2014

Thresholds of photoconductivity due to autoionization of Ce2+ in alkaline earth fluorides CaF2, SrF2 and BaF2 have been measured. The threshold energy is interpreted

as

the difference between the impurity ground state and the bottom of the conduction band. A simple electrostatic model including the third ionization

potential of the free rare-earth ion and the influence of his surrounding in the crystal can explain the threshold shift upon changing the nature of the crystal. Moreover, the threshold displacement towards infrared

as

expected by this model upon going from Tm2+, Ho2+

or

Dy2+ ions to Ce2+ ion is confirmed by experiment.

Classification Physics Abstracts 72.40

1. Introduction.

-

Ce travail est un prolongement

de l’étude commencée par C. Pedrini, D. S. McClure et C. Anderson [1] sur les seuils de photoionisation

de divers ions terres rares divalents introduits dans des matrices de fluorures alcalino-terreux. L’étude de la photoconductivité en fonction de l’énergie des photons incidents a permis de mesurer la différence d’énergie entre l’état fondamental de l’ion impureté

et le bas de la bande de conduction du cristal. De

plus, il a été montré que les énergies de photoionisa-

tion des ions terres rares dépendaient essentiellement du troisième potentiel d’ionisation de l’ion impureté

et que leurs valeurs absolues étaient modifiées par l’environnement cristallin. Un simple calcul rend compte des données et permet une extrapolation à

d’autres cas.

Afin de confirmer ces résultats, nous avons étendu

l’étude au cérium divalent Ce2 + qui possède un

troisième potentiel d’ionisation nettement plus faible (20,2 eV) que ceux des ions Dy2 +, H02+, Er2 + et

Tm2+ préalablement étudiés (22,79; 22,84; 22,74 et

(’ ) La collaboration entre la France et les Etats-Unis

a

été rendue

possible grâce à la subvention de recherche n° 1031 de la Division des Affaires Scientifiques de l’Organisation du Traité de l’Atlan-

tique Nord.

23,68 respectivement). On s’attend donc à trouver un

fort déplacement du seuil de photoconductivité vers

les faibles énergies.

2. Processus de photoionisation.

-

Les ions terres

rares divalents présentent des transitions permises interconfigurationnelles 4f"

->

4fn- 1 5d dans le domaine proche UV-visible ce qui a pour effet de

colorer les cristaux, contrairement aux ions trivalents où ces mêmes transitions se situent toutes dans l’UV.

Il existe ainsi un grand nombre d’états excités loca- lisés recouvrant le bas de la bande de conduction.

Lorsqu’un électron est excité dans un état situé au-dessous du bas de la bande de conduction, son énergie n’est pas suffisante pour qu’il devienne libre dans le cristal et il revient dans son état fondamental localisé. Par contre, si l’électron est excité dans un

état localisé de l’impureté situé dans la bande de

conduction, alors il existent une certaine probabilité

pour qu’il devienne libre dans le cristal et induise

un photocourant si un champ électrique est appliqué :

c’est le phénomène d’autoionisation. Dans ce cas il existe une compétition entre la probabilité d’auto-

ionisation et la probabilité de recombinaison dans le même centre. Selon les cas, on peut donc avoir

Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphys:01981004202032300

(3)

324

affaire à des courants de photoconductivité plus ou

moins faibles. Remarquons que la photoconductivité

peut également être observée par suite de transitions directes depuis l’état fondamental localisé de l’impu-

reté vers les états de la bande de conduction (voir

par exemple [2-5]). Dans les cas qui nous intéressent,

c’est le processus d’autoionisation qui est observé, le

processus de photoionisation direct étant infiniment moins probable.

Ainsi on conçoit qu’étant donnée une répartition plus ou moins continue d’états excités au voisinage

du bas de la bande de conduction, la détermination des seuils de photoconductivité permette de situer les états localisés et en particulier l’état fondamental dans la bande interdite.

3. Réduction des terres rares.

-

Les ions terres

rares divalents ne sont pas stables naturellement pour la plupart. Les matériaux de départ sont des mono-

cristaux de CaF2, SrF2, BaF2 dopés par des ions terres rares trivalents. Puisqu’on s’intéresse aux ions

livalents, il est donc nécessaire de réduire ces impu-

retés dans le cristal.

La méthode chimique de réduction, appelée colo-

ration additive, est certainement la technique qui

donne les meilleurs résultats. Elle permet une réduc- tion irréversible et complète des ions sans création

de défauts. C’est la méthode que nous avons utilisée.

Sa description est donnée dans la référence [1] et sa

théorie se trouve exposée par exemple dans la réfé-.

rence [6]. Ce2 +, comme Tb2 +, La2 + et Gd2 +, donne

lieu au phénomène de photochromisme, c’est-à-dire confère aux fluorures alcalino-terreux la propriété

de changer réversiblement les bandes d’absorption optique sous l’action de radiations lumineuses de

longueurs d’onde déterminées. On pense que cette

propriété est liée au fait que ces ions possèdent une configuration fondamentale fd. Pour une revue détail- lée de ce phénomène, on peut se reporter à la réfé-

rence [7]. Pour ces ions, la coloration additive ne

permet pas leur réduction directement, mais donne naissance à des centres photochromiques PC stables.

La nature de ces centres photochromiques est main-

tenant à peu près connue. Les centres PC sont consti-

tués d’une paire Re3+-lacune fluor qui a piégé deux

électrons. On peut donc considérer un centre PC

comme une paire Re3+-centre F- ou Re2+-centre F.

En irradiant le cristal avec de la lumière ultravio-

lette, on crée alors des centres photochromiques

ionisés PC+ et l’électron libre peut être piégé par

un ion terre rare trivalent qui est alors réduit à l’état 2+. On peut ensuite exciter dans les bandes d’absorp-

tion du centre PC+ pour libérer un deuxième électron

qui pourra contribuer à une nouvelle réduction.

Considérons la figure 1. Après irradiation dans l’UV, on voit diminuer l’intensité des bandes centrées

vers 3,0 et 2,0 eV caractéristiques du centre PC et

croître des bandes entre 2 et 2,5 eV caractéristiques

de Ce2 + . On voit aussi croître la bande vers 4 eV

Fig. 1.

-

Effet d’une irradiation UV

sur

le spectre d’absorption

de SrF2 : 0,003 % Ce : 1) avant irradiation ; 2) après 4 h 30 d’ir-

radiation UV centrée à 3 650 A (1016-101’ photons/mm2 . s).

[UV irradiation effect

on

the absorption spectrum of SrF 2 :

0.003 % Ce : 1) before UV irradiation ; 2) after UV irradiation : 4 h 30 3 650 A (1016-101’ photons/mm2 . s).]

caractéristique de PC+. Puisque les bandes se recou-

vrent, il est impossible de faire disparaître totalement

les centres PC et PC+ au profit des centres Ce2+.

Il faut noter que les centres Ce2 + ne sont pas

stables, même dans l’obscurité complète car il existe

une probabilité non négligeable de retour à l’état PC par effet tunnel.

4. Mesures de photoconductivité.

-

4.1 APPA-

REILLAGE.

-

Le dispositif expérimental est schéma-

tisé sur la figure 2. La lumière excitatrice est fournie par une lampe au xénon 450 W pour le domaine UV-visible et par une lampe au tungstène pour le domaine visible-IR. La lumière passe à travers un

monochromateur UV-visible ou visible-IR pour sélec- tionner la longueur d’onde excitatrice. Le courant est mesuré par un électromètre à condensateur vibrant CARY 401 dont la sensibilité est proche de 10-17 A. Les densités de photocourant typiques sont

de l’ordre de lO-11-lO-14 A/cm2 pour des champs appliqués voisins de 5 kV/cm.

L’échantillon est dans une configuration du type sandwich et les contacts sont bloquants, c’est-à-dire que les électrodes ne sont pas en contact direct avec

l’échantillon. La nécessité d’utiliser des contacts

bloquants, liée à la faiblesse du photocourant à

détecter sera expliquée plus loin. La lumière passe

(4)

Fig. 2.

-

Schéma de l’appareillage et géométrie du montage de l’échantillon.

[Measuring system and sample mounting geometry.]

à travers l’électrode frontale transparente et est coli- néaire au champ appliqué. L’électrode transparente

est soit une plaquette de saphir recouverte d’un alliage Ni-Cr soit du mylar recouvert d’une très fine

pellicule d’or. L’autre électrode est soit la même que la première, soit du mylar recouvert d’aluminium.

4.2 THÉORIE DE L’EXPÉRIENCE.

-

La faiblesse des

signaux à détecter (jusqu’à 10-14 A) oblige à prendre

des précautions d’isolement, à résoudre des problèmes

de masse, de parasites, etc. L’échantillon doit être dans un bon vide exempt en particulier d’humidité.

La densité de courant totale est la somme des densités de courant de conduction, de diffusion et de déplacement. Pour une interprétation simple des phénomènes, il est préférable que les densités de courant de diffusion et de déplacement soient négli- geables. La densité de courant totale peut s’écrire :

n étant le nombre de porteurs libres, y leur mobilité et E le champ électrique appliqué entre les électrodes.

On démontre aisément que dans les conditions

expérimentales, le courant de diffusion est tout à fait

négligeable [8]. On montre de plus que le nombre de

charges injectées entre les électrodes par l’application

d’une tension en absence d’irradiation lumineuse dans le cas de contacts ohmiques est beaucoup plus grand que le nombre de charges libres produites dans

l’échantillon par irradiation lumineuse en absence de

champ appliqué. Donc l’utilisation de contacts

ohmiques ne devrait pas permettre la détection d’un

photocourant dans nos cristaux d’où la nécessité d’utiliser des contacts bloquants. Dans ces condi- tions, avant toute illumination, le champ aura une

valeur constante dans tout le cristal. Lorsqu’on illu-

mine l’échantillon pour produire des porteurs libres,

une charge d’espace positive va se former progressi-

vement près de la cathode. En effet, les électrons

déplacés laissent derrière eux des charges positives qui s’accumulent d’un côté du cristal alors que des

charges négatives s’accumulent de l’autre et l’échan- tillon se polarise. Il faut donc veiller à éviter toute

polarisation en jouant sur la tension appliquée, le

nombre de photons incidents et le temps de la mesure.

On peut également varier périodiquement la pola-

rité en appliquant alternativement des tensions posi-

tives et négatives.

On observe une dépendance linéaire du photo-

courant avec la tension appliquée (Fig. 3). On est

donc sûr que le signal ne sature pas, c’est-à-dire que le libre parcours moyen du porteur dans la direction du champ appliqué est bien inférieur à la distance

qui sépare les électrodes. Dans ces conditions, la

densité de photocourant est donnée par l’équation (9) :

N est le nombre de photons absorbés par unité de surface et par seconde ; e la charge de l’électron;

V la tension appliquée (typiquement quelques mil-

liers de volts par cm) et deff la séparation effective des

(5)

326

Fig. 3.

-

Variation de l’intensité du courant photoémis

en

fonc-

tion de la tension appliquée pour

une

même énergie de photons

incidents : 1) CaF2 : Ce ; 2) SrF2 : Ce.

[Photocurrent.as

a

function of applied voltage for

a

constant energy of incident photons : 1) CaF2 : Ce ; 2) SrF2 : Ce. ]

électrodes. Compte tenu de la configuration géomé- trique du dispositif cristal-électrodes, on a :

1 et el étant l’épaisseur et la constante diélectrique du cristal, d et 82 l’épaisseur et la constante diélectrique

des lamelles de corindon. mo représente le libre par-

cours moyen (Schubweg) par unité de champ appli- qué tandis que q est le rendement quantique ou la probabilité qu’un photon absorbé conduise à la libération d’un électron se déplaçant d’une distance moyenne m (go

=

mo E).

Le nombre de photons absorbés est donné par la relation :

No est le nombre de photons incidents. Il est déter- miné en étalonnant le dispositif d’excitation à l’aide d’une thermopile. On tient compte évidemment de

l’absorption de l’électrode frontale afin de déterminer le nombre de photons qui arrivent réellement sur

l’échantillon. Ce flux de photons par mm’ et par seconde varie entre 1012 et 1015. R est la réflectivité du cristal. a représente le coefficient d’absorption de

l’échantillon. Typiquement, a est de l’ordre de quel-

ques cm-’.

Finalement la relation (2) peut s’écrire :

Tous les éléments contenus dans le terme de droite

sont connus ou déterminés expérimentalement. Le produit Wo 11 est appelé photosensitivité ou photo- réponse. On est donc en mesure d’étudier la dépen-

dance spectrale de la photoréponse non corrigée cependant de la réflectivité du cristal.

Il est important de souligner que la photosensitivité

est une grandeur qui est indépendante de la tension appliquée et de l’intensité de la lumière incidente si

la photoconductivité varie linéairement avec la ten- sion et l’intensité lumineuse comme c’est le cas. La

photosensitivité est donc une propriété intrinsèque

du matériau, étant proportionnelle au produit de la

durée de vie et de la mobilité des porteurs libres, et peut donc être comparée quand on passe d’un maté...

riàu à un autre. D’après la relation (5), la photo-

sensitivité est proportionnelle à la densité de photo-

courant ramenée à un même nombre de photons

absorbés.

4.3 RÉSULTATS.

-

On observe une variation linéaire du photôcourant en fonction de l’intensité du faisceau excitateur incident (Fig. 4). Une telle

variation indique qu’on a affaire à un matériau où existe une distribution uniforme de pièges, comme

c’est généralement le cas pour les isolants. Un matériau exempt de pièges donnerait lieu à une variation de

photocourant comme,/,. Remarquons qu’un tel comportement peut aussi être observé dans un

matériau contenant des pièges à condition que la

densité des porteurs libres soit supérieure à la densité des porteurs piégés [10]. Ce n’est donc pas le cas des matériaux étudiés.

Fig. 4.

-

Variation de l’intensité du courant photoémis

en

fonc-

tion de l’intensité du faisceau incident excitateur monochroma-

tique :

cas

de CaF2 : Ce.

[The linearity of photocurrent with photon flux :

case

of CaF2 : Ce.]

Les courbes typiques de photosensitivité en fonc-

tion de l’énergie des photons incidents sont repré-

sentées sur les figures 5, 6 et 7. La photoréponse

est observée dans un domaine couvrant 3 à 4 ordres de grandeur. On observe une montée uniforme bien que les courbes d’absorption présentent des pics très prononcés. Ce n’est pas le cas des courbes de photo-

conductivité ramenées à un même nombre de pho-

tons incidents (courbes non représentées) qui sont généralement fortement modulées par l’absorption,

la corrélation entre les pics d’absorption et de photo-

conductivité indiquant que les transitions conduisent bien à la création d’électrons libres à partir des centres

absorbants et qu’on a affaire à un processus d’auto-

ionisation.

(6)

FIG. 6.

Si on admet que la réflectivité R du cristal et le libre parcours moyen de l’électron libre par unité de

champ mo sont pratiquement indépendants de l’énergie

des photons incidents, on conçoit alors que la varia- tion de la photosensitivité reflète fidèlement la varia- tion du rendement quantique q. Pour chiffrer le seuil de photoconductivité, on prend la valeur de l’énergie

FIG. 7.

Figs. 5, 6, 7. -1) Courbe d’absorption (échelle de droite) ; 2) Pho- tosensitivité (échelle de gauche).

[1) Absorption

curve

(use scale

on

right); 2) Photosensitivity (use

scale

on

left).]

au-dessous de laquelle le signal n’est plus mesurable

avec l’appareillage utilisé. Le système de détection étant très sensible, et l’évidence d’une montée très

rapide du rendement photoélectronique permettent l’identihcation des seuils avec une assez grande pré-

cision. Le déplacement des seuils se fait du côté des basses énergies lorsqu’on passe de CaF2 à SrF2 puis BaF2. Le seuil est à 1,6 eV pour CaF2 : Ce2 +,

,

1,3 eV

pour SrF2 : Ce2 + et vers 1,1 eV pour BaF2 : Ce2 + .

5. Discussion.

-

Des études antérieures réalisées

sur les ions Tm2+, Ho2+ et Dy2 + [ 1] ont montré

que les énergies de photoionisation des ions terres

rares pouvaient être décrites par l’expression :

où 13 représente le troisième potentiel d’ionisation de l’ion libre (énergie nécessaire pour arracher un élec- tron à l’ion divalent) et C est un terme correctif qui

tient compte du fait que l’ion est dans un cristal.

La qualité du modèle proposé sera donc d’autant meilleure que la grandeur C sera calculée avec une plus grande précision. Puisqu’on est dans le cas de

cristaux ioniques, l’effet de l’environnement cristallin

(7)

328

de l’impureté est décrit par le potentiel de Madelung

et on tient compte de la polarisation électronique de

la matrice durant le processus d’ionisation. On n’at- tend pas d’un modèle aussi simple qu’il donne l’énergie

de photoionisation avec une grande précision. On espère plutôt qu’il rendra compte de l’évolution de

l’énergie des seuils quand change la nature de l’impu-

reté et lorsque le cristal hôte varie de CaF2 à SrF2 puis BaF2. En premier examen, on peut penser que

Ep, suivra l’évolution de 13 dans le cas d’impuretés

situées dans un même cristal, C étant alors une constante. De plus, pour une même impureté dans

différents cristaux, EpI devrait suivre à peu près

l’évolution de l’énergie de Madelung, l’énergie de polarisation variant peu. En fait ces deux prédictions

ne sont généralement pas confirmées par l’expé-

rience. Cela tient au fait que si la symétrie ponctuelle

au site impureté reste la même qu’au site métallique

du cristal, c’est-à-dire Oh, la distance fluor-impureté

est généralement différente de la distance métal-fluor du cristal. Ceci a été montré clairement par des

mesures ENDOR effectuées sur Tm2 + et EU2 ’ dans les cristaux CaF2, SrF2 et BaF2 [11]. Il est alors néces-

saire de tenir compte de ces variations dans le calcul de l’énergie de Madelung au site impureté. L’énergie

du seuil se calcule alors selon la formule :

Les corrections apportées peuvent atteindre ± 3 eV

ce, qui est très appréciable.

Considérons le tableau 1 où sont consignés d’an-

ciens résultats relatifs aux ions Tm2+, Ho2+ et Dy2+

dans CaF2 et les nouvelles données concernant le cérium divalent dans CaF2.

Examinons l’évolution des seuils de photoconduc-

tivité expérimentaux observés dans CaF2 dopés par divers ions terres rares divalents. Pour les trois pre- miers ions Tm2 +, Ho2 + et Dy2 +, cette évolution

reflète tout à fait celle de leurs troisièmes potentiels d’ionisation, en accord avec les énergies de photo-

ionisation calculées. En effet, les rayons de ces trois ions étant pratiquement identiques, ils occupent vrai- semblablement la même position dans CaF2. Les

corrections de Madelung DEM+ + sont donc égales et

calculées à partir des données expérimentales connues

pour Tm2 + . Dans ces conditions C est une constante et dans l’expression (7) seul 13 varie. Passons au cas

du cérium. Un troisième potentiel d’ionisation est

20,2 eV. En fait, il faut considérer que l’état fonda- mental et les états excités les plus bas de Ce 2+ dans

les fluorures proviennent de la configuration 4f 5d

et non de la configuration 4f’ comme c’est ordinaire-

ment le cas pour les autres terres rares. Sachant que la configuration 4f 5d se situe à environ 0,9 eV au- dessous de la configuration 4f [12], on est ramené

à un troisième potentiel d’ionisation I3

corr

de 21,1 eV.

Si l’évolution des seuils précédemment observée

devait se confirmer, on devrait obtenir une valeur expérimentale de Ep, voisine de 0 eV, ce qui mettrait

en cause la stabilité chimique donc la propre existence Tableau 1.

-

Comparaison des énergies de seuil expérimentales avec le modèle du cristal ionique.

[Comparison of experimental threshold energies with ionic crystal model.]

e) Energie de Madelung par électron

au

site M++ du cristal (Réf. [14]).

,

(b) Troisième potentiel d’ionisation de la terre

rare

(Réf. [13]). Pour le cérium,

on a

ajouté 0,9 eV à la valeur donnée

en

référence [13]

(voir référence [12] et explications dans le texte).

(c) Distance métal-fluor du cristal.

(d) Distance impureté-fluor (distance seulement estimée pour le cérium).

(e) Correction de l’énergie de Madelung

au

site impureté.

l’) Energie de polarisation

au

site M+ + (Réf. [15]).

(g) Energie du seuil calculée =I3 + EM + + + AËM++ - EPM +

+.

(h) Energie du seuil observée.

,

[(a) Madelung energy per électron at M + + site of host crystal (Ref. [14]).

(b) Third ionization potential of rare-earth (Ref. [13]). For cerium, it

was

added 0.9 eV to the value given in reference [13] (see refe-

rence

[12] and explanation in the text).

0 Host crystal metal-fluorine distance.

(d) Impurity-fluorine distance (estimated distance for cerium).

(e) Correction to Madelung energy at impurity site.

(f) Polarization energy at M++ site (Ref. [15]).

(9) Calculated threshold energy = I3 + EM++ + + AEM++

+ -

EPM+

+.

(h) Observed threshold energy.]

(8)

du cérium divalent à température ambiante. En fait, l’expérience révèle un seuil à 1,6 eV. Ce résultat se trouve confirmé par le calcul si on prend en considé-

ration le fait que Ce2 + étant plus gros que les ions

précédemment considérés, la distance qui le sépare

des ions fluor les plus proches est probablement plus grande. Il en résulte une correction de l’énergie de Madelung différente et plus positive. Pour fixer les

idées, on peut calculer l’énergie de photoionisation à partir de l’expression (7) bien qu’on n’ait pas de données expérimentales sur la position exacte de Ce2 + dans CaF2. Connaissant les rayons d’ion des terres rares trivalentes et ceux de quelques ions

divalents stables ou à peu près tels que EU2 1 (1,18 À)

et Tm2+ (1,08 Â), il est possible d’avoir une estima-

tion du rayon de Ce2 + en supposant que quand on

passe de l’ion trivalent à l’ion divalent, le rayon augmente dans la même proportion quelle que soit la nature de la terre rare. Dans ces conditions, le rayon de Ce2 + peut être évalué à 1,23 Á. On s’attend donc à une

forte dilatation de la première couche de fluor autour du cérium divalent. Cette dilatation est expérimentar

lement de + 0,06 eV et + 0,08 eV respectivement

pour Tm2 + et Eu2 + alors que la somme des rayons d’ion prévoit + 0,08 eV et + 0,18 eV respectivement.

Une expansion de + 0,10 eV est donc plausible

pour Ce 2+ ce qui permet de retrouver par le calcul la valeur expérimentale.

Considérons maintenant le cas du cérium divalent introduit successivement dans CaF2, SrF2 et BaF2.

On observe un déplacement du seuil de photoconduc-

tivité vers les faibles énergies lorsqu’on passe du CaFa

au SrF2 puis BaF2 (Tableau II), comme c’était d’ail, leurs le cas pour Tm2+ [1]. Cela signifie selon l’expres-

sion (7) que les corrections AEm,

+

apportées aux énergies de Madelung EM++ sont très différentes

quand on passe d’un cristal à un autre ce qui va

modifier complètement l’évolution de Ep, au point

de ne plus refléter du tout la variation de EM+

+

quand

le cristal change. La comparaison des rayons d’ion de Ce 2+ (1,23 Á) avec ceux des métaux alcalino- terreux composant les réseaux cristallins (1,00 Á, 1,16 A et 1,36 A respectivement pour Ce2 +, Sr2 + et Ba2 + ) fait qu’on s’attend à une forte expansion du

cluster dans CaF2, moins forte dans SrF2 et par contre une contraction dans BaF2. Puisqu’on ne

connaît pas les distances réelles Ce 2 + -F - et que

l’énergie de Madelung au site impureté est extrême-

ment sensible à la moindre variation de r, plutôt que de calculer les énergies de photoionisation à partir

de valeurs rcorr trop approximatives, il paraît plus indiqué de procéder à la démarche inverse, à savoir calculer r corr à partir de Ep, expérimentales (Tableau II).

Cela permet de vérifier qualitativement le modèle puisqu’effectivement il indique une expansion ou une

contraction du cluster qui est bien conforme à ce

qui était attendu d’après l’examen des rayons d’ion.

Il est intéressant de noter que Ce2 + donne nais-

sance à des photocourants d’un à deux ordres de

grandeur plus intenses (10- i l A) que ceux donnés par les autres ions terres rares précédemment étu-

diés dans les mêmes cristaux [1]. Il est possible que

ce fait soit lié aux configurations électroniques les plus basses que possède Ce2 + . Les électrons 4f et 5d ont des énergies voisines si bien que dans le cristal,

les états des configurations 4f 5d, 4f et 5d2 par ordre croissant d’énergie seraient tous groupés dans

une bande large de 2 eV environ. Il se peut alors que le rendement de photoionisation de l’une de ces

configurations soit beaucoup plus élevé que pour les autres, donnant alors l’apparence d’un seuil. Il faut remarquer cependant que la transition d --+ f

qui conduit à la photoionisation de Ce2 + remplace

une large orbitale électronique 5d par une orbitale

compressée 4f. Ce changement ne devrait pas favo- riser la photoionisation. Mais les états excités de la

configuration f2 recouvrent les états excités de la

configuration fd, et il n’y a aucun doute que ceci devrait augmenter considérablement la probabilité

de photoionisation. Il est vraisemblable que la prin- cipale raison du haut rendement de photoionisation

de Ce2 + soit la présence de nombreux pièges. En effet, on peut montrer que le rendement q peut s’expri-

mer sous la forme du produit de deux termes (5) :

Le premier terme est le rapport de la probabilité

d’autoionisation kA à la somme de kA et de la pro-

babilité de déclin kD vers l’état fondamental. Le deuxième terme est le rapport du nombre d’électrons

piégés au nombre total d’électrons piégés plus recom- binés, NT étant le nombre de pièges par unité de

Tableau Il.

-

Energies de seuil expérimentales du cérium divalent dans les fluorures alcalino-terreux et calcul de la distance cérium-fluor à l’aide du modèle du cristal ionique.

[Experimental threshold energies of divalent cerium in alkaline earth fluorides and calculation of the cerium-

fluorine distance using the ionic crystal model.]

(9)

330

volume et NR le nombre de centres de recombinaison par unité de volume. Des premières mesures de

courants thermostimulés portant sur les fluorures alcalino-terreux dopés par le cérium divalent ont montré effectivement la présence de nombreux pièges

non seulement à basse température mais aussi aux

températures supérieures à la température ambiante,

contrairement aux cristaux activés par la plupart des

autres ions terres rares divalents où les pièges sont beaucoup moins nombreux. Or on sait que la réduc- tion de l’ion Ce2 + n’est pas complète et qu’il coexiste

dans le cristal outre les centres Ce2 + des centres

photochromiques et des centres photochromiques

ionisés pouvant constituer autant de pièges dans le

cristal.

En conclusion, on peut dire que tout comme pour les ions terres rares divalents préalablement étudiés

tels que Tm2 +, Ho2 + et Dy2 +, les seuils de photo-

conductivité observés sur CaF2, SrF2 et BaF2 dopés

au cérium divalent sont correctement interprétés

comme les différences d’énergie entre le niveau fon- damental de l’impureté dans la bande interdite et le bas de la bande de conduction du cristal. Le modèle

proposé pour calculer les énergies de photoionisation

des impuretés rend bien compte des déplacements

des seuils. Nous sommes en train d’étendre cette étude à d’autres ions tels que Pr2 +, Sm2 +, EU2+,

Nd2 + et Yb2 + . De plus, nous nous proposons d’es- sayer d’obtenir des renseignements concernant les distances impureté-ligand par des méthodes de réso-

nance ou par EXAFS. Il sera alors très intéressant de comparer ces résultats avec ceux donnés par le modèle électrostatique, permettant ainsi de le tester.

Par ailleurs, une étude des distributions de pièges

existant dans les cristaux est en cours. Il sera alors

possible d’étudier le rendement de photoionisation il

en travaillant à des températures telles que le deuxième facteur intervenant dans l’expression (8) soit égal à 1, permettant ainsi l’évaluation des probabilités d’auto-

ionisation et de déclin vers l’état fondamental.

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Références

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