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PARL'IVERMECTINE D'ONCHOCERCOSE D'UN Diagnostic-thérapeutique

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Academic year: 2022

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(1)

Bull. Soc. Path. Ex.,

85, 1992, 47-52

Mots-clés : Onchocercose, Ivermectine, Essai communau- taire, Tolérance, Microfilaricide, Mali.

Key-words: Onchocerciasis, Ivermectin, Field trial, Tole- rance, Microfilaricid, Mali.

Diagnostic-thérapeutique

TOLÉRANCE D'UN TRAITEMENT DE COLLECTIVITÉS RURALES ATTEINTES D'ONCHOCERCOSE DE SAVANE

PAR L'IVERMECTINE AU MALI

Par G. SOULA (1), M. KEITA (2), D. SACKO (3), M. SANGARE (1), Y. BISSAN (2), D. DEMBELE (1), O. DOUMBO (1), B. KODIO (1),

E. PICHARD (1) & P. RANQUE (4) (5)

Tolerance of ivermectin treatment

of savana onchocerciasis infected rural community in Mali.

Summary: In an open clinical trial in phase IV, 856 onchocerciasis infected subjects received 150 fig/kg

of

ivermectin

in May 1987. While 607 were inclued as witness. This cohorte was revisited 7 and 12 months after. In June 1988, the

same treatment was administrated to the previously treated subjects, and the witnesses received their first ivermectin' dose.

The clinical tolerance

of

the treatment appears good and, even improved during the second dose one year after. Among

the subjects treated in May 1987, 15,2 %

of

them showed secondary reactions mostly discrete or moderate, precocious and quickly reversible after a second dose. Only 8

of

them where incommodated in their dayly occupations. A second treatment

of

these same subjects one year later, caused reactions

of

feeble intensity 3,7 % only. The research

of

intolerance risk factors, incriminated the high density

of

microfilaremia. This incite to be careful in mass treatment of hyperendemic aera.

Résumé

: Dans un essai thérapeutique ouvert de phase IV, 856 onchocerquiens reçoivent une première dose de 150 yg/kg

d'ivermectine en mai 1987, tandis que 607 sont inclus comme témoins. Cette cohorte est suivie 7 et 12 mois après. En

juin 1988, une nouvelle dose est administrée aux sujets déjà traités tandis que les sujets témoins sont traités pour la

première fois.

La tolérance du traitement s'avère bonne et s'améliore lors d'une deuxième prise à un an d'intervalle : 15,2 % des sujets traités pour la première fois en mai 1987 présentent des réactions secondaires, pour la plupart discrètes ou modérées,

d'apparition précoce et rapidement réversibles. Un deuxième traitement un an après n'entraîne des réactions de faible

intensité que dans 3,7 % des cas.

La recherche de facteurs de risque d'intolérance à l'ivermectine incrimine l'intensité de l'infection onchocerquienne, ce qui incite à la prudence dans le traitement de masse des foyers hyperendémiques.

INTRODUCTION

Les deux médicaments de référence utilisés contre l'onchocercose humaine étaient la diéthylcarbamazine

(DEC) et la suramine sodique. La DEC induit une

lyse brutale des microfilaires, ce qui entraîne une réac-

tion de Mazzotti

pouvant

être dangereuse chez les sujets fortement parasités et une aggravation des

lésions oculaires. De plus, elle

s'administrait

selon

(1) Département d'épidémiologie des affections parasitaires, École natio- nale de médecine et de pharmacie, BP 1805, Bamako, Mali (Tirés à part :

G. SOULA).

(2) Onchocerciasis Control Program, Koulouba, Bamako, Mali.

(3) Ministère de la santé publique et des affaires sociales, Opération

Yeelen, .Bamako, Mali.

(4) Programme des maladies parasitaires, OMS, Genève.

(5) Manuscrit 1170. Accepté le 4 juillet 1991.

des schémas thérapeutiques variables mais nécessitant tous de nombreuses prises à dose progressive. La suramine sodique est un composé extrêmement toxique

dont l'administration par

voie intra-veineuse lente, en 6 injections hebdomadaires, limite son emploi au

traitement

macrofilaricide sous stricte sur-

veillance médicale.

Découverte par les laboratoires Merck and Co., Inc., l'ivermectine (Mectizan

@)

est un composé semi-

synthétique de type macrolide (4). Plusieurs expéri- mentations multicentriques réalisées entre 1982 et

1988 (1, 2, 3, 5, 7, 8, 9, 10, 12, 16)

montrent

qu'administrée à la dose de 150 Ilg/kg en prise unique

par

voie orale, elle présente une meilleure tolérance que celle de la DEC et une action microfilaricide de longue durée.

(2)

En collaboration avec le Programme de lutte contre

l'onchocercose

en

Afrique

de

l'Ouest

(OCP) et le Ministère de la santé publique et des affaires sociales

du Mali, le Département d'épidémiologie des affec- tions parasitaires de

l'École nationale

de médecine

et de pharmacie a réalisé, en mai 1987, le premier

essai sur le

terrain d'un traitement par

l'ivermectine

de plusieurs collectivités rurales réunissant une cohorte de 1 463 personnes.

MÉTHODOLOGIE

Zone

d'étude

Elle est située en savane soudanienne dans les

monts Mandingues, entre les parallèles 12°40' et 12°53' N et entre les méridiens 15' et

8°33'

W.

Les nombreux rapides qui

barrent

les cours

d'eau

temporaires constituent

autant

de gîtes larvaires

pour

Simulium damnosum s.l. Dans les années précédant cette étude, un déficit pluviométrique a cependant entraîné un raccourcissement de la période de pro- duction des gîtes larvaires et une réduction de la durée et de l'intensité de la transmission de l'onchocercose.

Nous avons retenu l'ensemble des 9 villages de la vallée de la Koba

(affluent

du Baoulé) comme zone de

traitement

et 2 villages riverains de la Dlaba comme témoins, ceci

par

choix raisonné et non

par

tirage au sort, en

prenant

en compte les considéra- tions suivantes : ces 2 vallées sont comparables au

point

de vue géographique, environnement et peu-

plement;

il y sévit une endémie onchocerquienne de

type savane,

redoutable par

ses complications céci-

tantes;

aucun

traitement

de masse

par

la DEC

n'y

a été effectué au cours des 2 ans précédant

l'étude;

la proximité relative des installations hospitalières per-

mettait d'assurer

des soins spécialisés aux sujets qui

auraient

présenté une réaction secondaire à la prise d'ivermectine; l'accessibilité des villages, bien que dif-

ficile

pour

certains

d'entre

eux, restait possible même

pendant

la saison des pluies.

Critères d'exclusion

Les sujets présentant

l'une

des caractéristiques sui-

vantes ont été écartés : âge inférieur à 5 ans, poids corporel inférieur à 15 kg; femme enceinte ou allai-

tant

un nourrisson de moins

d'un

mois; mauvais état général; antécédents d'allergie ou de convulsion;

ictère conjonctival ; hépatomégalie; œdèmes des mem- bres inférieurs.

Examen parasitologique

La charge microfilarienne dermique a été exprimée

par

la moyenne géométrique du

nombre

de microfi-

laires

provenant

de 4 prélèvements et

rapportée

au

milligramme de peau

(mf/mg). Quatre

biopsies cuta-

nées exsangues

ont

été prélevées avec une pince à sclérotomie de

HOLTH

2 au niveau des crêtes iliaques et de la face externe des mollets.

Chaque

prélèvement a été pesé sur une balance à

torsion,

puis déposé dans 0,1 ml

d'eau

physiologique, dans un puits de plaque à

microtitration.

Les microfilaires ont été comptées au microscope à faible grossisse-

ment après 24 heures.

Examens ophtalmologiques

Ils comportent : la mesure de

l'acuité

visuelle selon

l'échelle « E » de Snellen;

l'examen

au biomicros- cope oculaire, après avoir mis les patients en posi- tion tête basse pendant au moins 2 minutes ; l'examen du segment

antérieur; l'examen

du fond

d'œil

à

l'ophtalmoscope, après dilatation pupillaire,

pour

éta-

blir le bilan lésionnel du segment postérieur.

Administration

de l'ivermectine

L'ivermectine, présentée sous forme de comprimé sécable dosé à 6 mg, a été administrée

par

voie orale

en une seule prise, sous le contrôle

d'un

infirmier chargé de vérifier la prise effective du médicament.

Selon le poids corporel, la posologie a été la sui-

vante : de 15 à 29 kg, 1/2

cp;

de 30 à 49 kg, 1

cp;

de 50 à 59 kg, 1 cp

1/2;

à

partir

de 60 kg, 2 cps.

Dans les 2 villages témoins, des comprimés polyvi- taminés

ont

été distribués, à la même date, à une

population

définie de la même façon que dans les

villages traités.

Toutefois, pour

des raisons éthiques,

six patients

fortement

infectés

ont

été traités

par

l'ivermectine.

Contrôles du

traitement

En décembre 1987, soit 7 mois après

traitement,

un premier contrôle clinique, parasitologique et oph- talmologique, a été réalisé selon le même

protocole.

Une enquête rétrospective sur les réactions tardives qui

auraient

pu

apparaître

après la période de sur- veillance clinique et un relevé exhaustif des décès sur- venus depuis le traitement ont été également effectués.

En

juin

1988, un deuxième contrôle identique a précédé un nouveau cycle de

traitement par

l'iver-

mectine,

pour

la deuxième fois dans la Koba et

pour

la première fois dans la Dlaba.

Surveillance clinique

post-thérapeutique

Celle-ci a été assurée

pendant

4

jours

suivant

l'administration

de l'ivermectine

par

deux médecins.

L'observation

des réactions dans les deux villages

témoins a été également effectuée dans les mêmes

conditions

pour

déterminer « le

bruit

de fond » symptomatologique de

l'onchocercose,

en

l'absence

de

traitement.

(3)

Nous avons volontairement renoncé à un examen systématique des sujets au

profit d'une

surveillance passive, les patients incommodés devant se déplacer pour consulter dans la concession du chef de village.

Seules les personnes alitées ont été examinées à

domicile.

L'intensité des réactions a été classée

par

un score

de gravité croissante (0 =

absent,

1 = discret,

2 = modéré, 3 = sévère) basé sur le risque vital ou

sur le degré d'incapacité à accomplir les activités quo- tidiennes.

La date

d'apparition

et la durée

d'évolution

des symptômes ont été enregistrées en considérant comme

précoce toute réaction survenant dans les 48 premières heures et comme brève

toute

réaction

n'excédant

pas

deux

jours d'évolution.

Analyse des données

Les données ont été traitées sur

micro-ordinateur

IBM-XT. Les variables ont été décrites en terme de fréquence relative, de tendance centrale et de disper-

sion et certaines ont été comparées à

l'aide

de

l'analyse de la variance (test F), du test t de Student,

du test du XI

pour

des séries indépendantes ou appa-

riées et des corrélations simples et partielles, au seuil

de signification de 0,05.

Pour

identifier des facteurs de risque

d'intolérance

à l'ivermectine, l'analyse a suivi 3 étapes : 1) recherche

de liaison entre

l'apparition

des réactions adverses et

certains facteurs (âge, sexe, charge microfilarienne der- mique, posologie) ; 2) recherche de liaison entre les fac- teurs incriminés en 1); et 3) estimation du rôle

propre

de chaque facteur en

ajustant

les données de façon à

ce que

l'effet

des facteurs associés apparaisse constant.

RÉSULTATS

Population

étudiée

En mai 1987, la

population

cible de la vallée de la Koba était de 930 personnes dont 856 ont reçu

leur premier

traitement

à l'ivermectine, soit un taux

de

participation

de 91,2 0J0 et un taux de couverture

de 68,4 % de la

population

recensée. Quatre-vingt-

deux personnes ont été exclues pour diverses raisons

(72 femmes enceintes ou allaitantes, 7 sujets en mau- vais état général, 3 refus); dans la vallée de la Dlaba,

607 personnes ont été inclues comme témoins. L'assi- duité aux contrôles successifs 7 et 12 mois après l'inclusion, respectivement de 95 % et de 87 % dans la Koba et de 83 °7o et 84 0J0 dans la Dlaba, la garantie une bonne représentativité des cohortes suivies.

Réactions secondaires

Parmi les 856 sujets ayant reçu leur premier traite- ment dans la vallée de la Koba, 130, soit 15,2 °7o

ont présenté au moins

l'un

des symptômes décrits dans le tableau I. Les autres réactions observées

(0,8 %) sont des troubles digestifs dans 5 cas (diar- rhées, vomissement, épigastralgie, météorisme) ou oculaires dans 2 cas (photophobie, conjonctivite).

Pendant

la même période

d'observation,

dans les vil-

lages témoins de la vallée de la Dlaba, seulement

3 sujets ont consulté

pour prurit,

céphalées,

arthral-

gies et fièvre.

Les réactions secondaires imputables à l'ivermec- tine évoquent un effet de lyse microfilarienne de type Mazzotti mais sont discrètes ou modérées dans 94 %

des cas (122/130). Seulement 8 sujets, soit moins de

1 % des personnes traitées,

ont

été obligés de

s'aliter

ou de réduire leurs activités quotidiennes; dans 4 cas, une adénite inguinale douloureuse avec œdème sous-

jacent

du membre inférieur, gênant la marche et la

station debout, a été à l'origine de

l'impotence

fonc- tionnelle. Dans les 4 autres cas, il s'agissait

d'un

tableau clinique associant fièvre, céphalées et cour- batures. Aucune hypotension artérielle

n'a

été notée.

Le sujet le plus jeune était âgé de 9 ans et le plus

âgé de 65 ans. La charge microfilarienne dermique moyenne était de 29,4 ± 4,8

mf/mg.

Cinq cas sur

8 résidaient dans le même village (Sambo) où le niveau d'endémie est le plus élevé (prévalence stan-

Tab. 1. Type et fréquence des réactions secondaires à l'ivermectine.

1er

traitement

(Koba) 2ème

traitement

(Koba) 1er

traitement

(Dlaba)

Réactions secondaires

sujets

traités

749

sujets traités

511

sujets traités

à

l'ivermectine

N* % N* | %

~

N %

~

Tous types 130 15,2 28 3,7 26 5,1

Céphalée 72 8,4 16 2,1 8 1,6

Prurit 49 5,7 20 2,7 18 3,5

Arthralgie 41 4,8 7 0,9 6 1,2

Oedème 17 2,0 13 1,7 8 1,6

Adénite 15 1,7 0 - 2 0,4

Fièvre 7 0,8 7 0,9 6 1,2

Eruption 3 0,3 6 0,8 10 1,9

Autres

1 7

1 0,8

1

3

1 0,4

1 0 -

1

(4)

dardisée : 86,5

%,

CMFL : 57,8 mf). La posologie moyenne administrée a été de 170 ± 32

ng/kg.

Les réactions secondaires sont survenues 12 à

24 heures après la prise de l'ivermectine,

sauf

dans un cas

d'éruption

très précoce, apparue 1 heure après.

Le caractère gênant de ces réactions a justifié

l'admi-

nistration d'anti-inflammatoire ou d'anti-histaminique

chez 47 patients. La régression de la

majorité

des symptômes a été rapide en 48 heures, sauf pour quel-

ques cas de

prurit, d'adénites

et

d'œdème

qui ont persisté plus longtemps.

En décembre 1987, une enquête rétrospective

par

questionnaire systématique des chefs de village et de famille

n'a

relevé aucune réaction tardive qui

aurait

pu apparaître après la période de surveillance clinique.

On a recensé 32 décès survenus depuis

l'administra-

tion de l'ivermectine,

dont

28 chez des enfants

d'âge

pré-scolaire, exclus du

traitement

et 4 chez des ado-

lescents et des adultes.

Parmi

ces 4 décès, 3 sont sur- venus chez des sujets du groupe témoin tandis

qu'un

adolescent traité par ivermectine est décédé en octobre

1987, dans un

tableau d'ictère

fébrile très évocateur

de fièvre

jaune

(contexte épidémique).

Lors du deuxième

traitement

de la Koba (juin

1988), seulement 3,7 % des 749 sujets

ont

présenté

des réactions discrètes ou modérées (tableau I). Deux cas de conjonctivite et un cas de diarrhée sont regroupés dans les autres réactions (0,49 %). Aucune adénite

n'a

été dépistée.

Dans la vallée de la Dlaba, 511 sujets ont été revus

et traités

pour

la première fois en

juin

1988. Vingt-

six

d'entre

eux, soit 5 %, présentaient des réactions

de faible intensité, à type de

prurit

(3,5 %),

d'érup-

tion (1,9 %), de céphalée (1,5 %),

d'œdème

(1,5 %), de fièvre (1,2 %),

d'arthralgie

(1,2 %) et

d'adénopa-

thie (0,4 %).

La différence observée entre l'incidence des réac- tions secondaires après le deuxième traitement effectué

dans la Koba (3,7 %) et après le premier

traitement

dans la Dlaba (5 %)

n'est

pas statistiquement signi- ficative (X2 = 1,28,

p

= 0,26).

La recherche

d'association

entre

l'apparition

des

réactions secondaires et certains facteurs de risque d'intolérance à l'ivermectine a porté sur l'âge, le sexe,

la charge microfilarienne dermique et la posologie (tableau II) : les sujets

ayant

présenté des réactions

sont plus âgés, porteurs

d'une

charge microfilarienne dermique plus élevée et ont reçu une dose d'ivermec- tine plus importante que les autres.

Par

contre, l'inci-

dence des réactions ne diffère pas selon le sexe.

Cependant,

les trois facteurs incriminés sont étroi- tement liés entre eux : la charge dermique augmente

avec

l'âge

(r

-

0,29,

p <

0,0001), ce qui

n'est

pas

surprenant pour une parasitose

d'accumulation;

mais, en raison de la

présentation

de l'ivermectine et de son mode

d'administration,

la posologie augmente également avec

l'âge

(r = 0,31,

p <

0,0001) et avec

la charge dermique (r = 0,17,

p <

0,0001). Chaque

facteur a été étudié en

maintenant constant l'effet

des autres facteurs,

par

un test de

corrélation

par-

tielle :

l'effet

de la charge dermique persiste en con-

trôlant

séparément ou simultanément les effets de

l'âge

et de la posologie

(r

= 0,08,

p

= 0,013). Il en

est de même

pour l'âge

(r = 0,16,

p <

0,0001).

Par

contre, l'effet

de la posologie diminue à charge der- mique égale (r = 0,07,

p

= 0,04) et disparaît en con-

trôlant

les effets combinés de

l'âge

et de la charge dermique (r = 0,059,

p

= 0,08). Cette analyse mul-

tivariée suggère que les principaux facteurs

d'intolé-

rance à l'ivermectine sont la charge microfilarienne dermique et

l'âge

élevé des sujets

traités.

DISCUSSION

L'administration

de l'ivermectine sur le

terrain

est

bien tolérée,

entraînant

des réactions modérées ou gênantes chez les sujets traités

pour

la première fois.

Une deuxième prise à un an d'intervalle s'accompagne

d'une

diminution en fréquence et en intensité des réac-

tions secondaires, due à la

réduction

de la densité microfilarienne obtenue après le premier

traitement.

En traitant plus de 50 000 personnes réparties dans huit foyers d'Afrique de l'Ouest, DE SOLE et coll. (6)

ont noté une incidence globale des réactions secondaires de

l'ordre

de 9 %,

dont

certaines

furent

sévères (49

cas

d'hypotension orthostatique

et 3 cas de

broncho-

spasme avec dyspnée

asthmatiforme).

Tous ces cas ont été traités avec succès et aucune issue fatale

n'est

à déplorer. Dans

notre

étude, nous avons observé

8 cas plus gênants que sévères, soit une incidence

de 9,3 %o. Au Libéria, seulement 1,3 % des 7 699 per-

Tab. II. Liaisons statistiques entre les réactions à l'ivermectine et l'âge, le sexe, la charge dermique et la posologie (vallée de la Koba, Mali, mai 1987).

Facteurs Réactions secondaires

Test

statistique

oui (N=130) non (N=726)

Age (année) 35,4 22,8 F = 55,2 p < 0,0001

____

Charge dermique 8,95 mf/mg 3,23 mf/mg F = 67,7 p < 0,0001

Posologie 176 (Xg/Kg 169 u.g/Kg F = 9,0 p = 0,002

Sexe masculin 15 ,8 % 84 ,2 '% Chi2

= 0,18 P = 0,77

1 Sexe féminin 1 14,5 % 1 85,5 % 1 non significatif

(5)

sonnes traitées ont présenté des réactions modé-

rées (11). Les essais cliniques de phase III

font

géné-

ralement état de réactions plus fréquentes,

pouvant

atteindre

jusqu'à

65 °7o des sujets (9). Les auteurs

insistent sur le caractère discret de ces réactions mieux dépistées dans ce type d'essai (2, 3, 7, 8, 16), mais sans conséquence

pratique

sur le

terrain.

L'apparition

précoce de la

plupart

des réactions

suggère

qu'une

surveillance exercée pendant 48 à

72 heures paraît suffisante. Cependant, dans le foyer hyperendémique

d'Asubendé

au

Ghana,

13 cas de

réactions tardives furent observées plusieurs semaines après le

traitement

(6).

L'intensité de l'infection onchocerquienne vient au premier rang des facteurs de risque

d'intolérance.

Cette association, retrouvée par

d'autres

auteurs (2,

6, 12) incite à la prudence dans le traitement de masse

des foyers hyperendémiques.

L'âge n'est

pas décrit comme facteur de risque et nous

n'avons

pas

d'arguments pour

l'expliquer, si

ce

n'est

son imprécision en l'absence

d'un

état-civil

fiable, qui

pourrait

entraîner un biais dans notre analyse.

L'effet-dose

semble diversement apprécié : au Ghana, la posologie employée,

variant

de 130 à 200 Jlg/kg,

n'est

pas incriminée dans

l'apparition

des

réactions secondaires (6) et, au Mali,

l'effet

de la Posologie (100 à 200 Jlg/kg) disparaît après ajuste- ment sur la microfiladermie et l'âge. AWADZI et coll. (2) observent des réactions modérées avec des

doses allant de 50 à 200 Jlg/kg, mais notent une inten-

sité des réactions statistiquement plus élevée à

partir

de 150 Jlg/kg. Au Sénégal, le traitement par des doses d'ivermectine allant de 180 à 260 Jlg/kg ne permet

pas de vérifier que des doses élevées entraînent des

réactions plus sévères (7). Au Libéria, WHITE (16) note des réactions plus importantes avec 200 u.g/kg qu'avec 100 u.g/kg chez 200 patients onchocerquiens traités

par

l'ivermectine. Les traitements de masse effectués à ce

jour

sur le

terrain

ne

montrent

pas

d'effet-dose

sur la tolérance entre 100 et 200 Jlg/kg d'ivermectine, validant ainsi la posologie utilisée.

L'ivermectine, largement validée

par

les essais de

phase III, tient ses promesses sur le

terrain.

Sa dis-

tribution

à grande échelle, qui doit cependant rester prudente dans les foyers hyperendémiques, révolu- tionne les moyens de lutte contre l'onchocercose et

il est permis

d'en

espérer une amélioration consé- quente de

l'état

de santé oculaire des populations non protégées

par

la lutte antivectorielle.

REMERCIEMENTS

Cette étude a pu être réalisée grâce à l'appui financier

de l'Organisation Mondiale de la Santé (Onchocerciasis Che-

motherapy Project inité par le Programme de Lutte conte l'Onchocercose en Afrique de l'Ouest, projet 86010) et

a largement bénéficié des critiques pertinentes du Docteur A. PROST.

BIBLIOGRAPHIE

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