Un court métrage écrit par Stéphane DROUOT
Copyright © 2012 – Stéphane Drouot Copyleft : Licence art libre
Scène 1 : retrouvailles
INTÉRIEUR / NUIT / PALIER Sur un palier étrange dont la lumière clignote de cette intermittence chaotique qui suggère que l'ampoule est en fin de vie, la porte de l'ascenseur s'ouvre, mais personne n'en sort.
Sur le palier, un jeune homme (Coda) semble perdu. Il a la peau sombre, des vêtements colorés. Il n'était pas là, juste avant, il semble être arrivé avec l'ascenseur, mais ce dernier était clairement vide. Lui-même ne sait pas vraiment comment il est arrivé là. Il est perdu.
Soudain, on frappe à l'une des portes de l'étrange palier, de l'intérieur d'un appartement. Coda est surpris et dans un premier temps, ne sait pas trop quoi faire. Il s'approche doucement de la porte, on y frappe à nouveau.
Coda après avoir regarder autour de lui, sceptique, pousse la porte.
CODA
Oui ?Dans l'appartement qui s'ouvre alors, un homme étrange, visiblement agité, la peau sombre, les cheveux en pétard, une seule chaussure au pied, bondi sur le jeune garçon désemparé.
STACCATO
T'en as mis du temps à répondre ! T'as été suivit ?
CODA
Je... qu'est-ce que je fais là ?
STACCATO
après une courte pause d'hésitation
Qu'est-ce t'en as à foutre ? Depuis quand tu te soucie de ce genre de connerie ?
CODA
Heu... je sais plus... je...STACCATO
lui posant la main sur la bouche et regardant vers l'intérieur de l'appartement
Shhhh !! Putain les voilà ! Ferme la porte et suis moi.
Staccato passe la main par la porte pour attraper une chaussure, se baisse pour l'enfiler alors que Coda tire la porte. Lorsque Coda se retourne, Staccato a disparu, mais l'ascenseur est à nouveau à l'étage.
Coda entre dans l'ascenseur. Alors qu'on frappe à la porte qu'il vient de fermer comme si on essayait de l'enfoncer.
Scène 2 : Capture
INTÉRIEUR/NUIT/COULOIR
Coda est dans un dédale de couloirs. L'ascenseur se referme.
Au sol, du gravier, le couloir est très sombre et semble interminable.
Soudain, une porte s'ouvre de laquelle sort un homme (Legato) très différent de Staccato, plus pâle, mince, très propre sur lui, des vêtements crème et blancs.
Coda le regarde un instant, intrigué.
Legato s'approche de lui lentement, sans un mot, et lui tend la main.
C'est alors que Staccato, sortant de nulle part, propulse Legato hors du chemin.
STACCATO
à Coda
Qu'est-ce que t'attends ? Cours !
Coda surpris, glisse et s'échappe.
Legato, très calmement se relève et retraverse la porte de laquelle il était sorti, avec un petit sourire.
Staccato, se relevant, découvre avec inquiétude qu'il est désormais seul dans le couloir. Il porte sa main devant sa bouche et gémis étrangement dans sa paume.
Scène 3 : Interrogatoire
EXTÉRIEUR/JOUR/ESPACEABANDONNÉ
C'est un parking abandonné où la nature semble avoir repris ses droits. Coda est guidé à travers les feuilles, les herbes et les racines par Legato.
LEGATO
sur un ton très neutre Quel est ton nom, petit ?
CODA
après s'être arrêté de marcher dans un moment de réflexion intense
Je... je ne sais pas.
LEGATO
souriant amicalement
Je vois. Comment ils t'appellent ? Les autres ? Ton nom de code.
CODA
Coda.
LEGATO
parlant lentement, distinctement.
Tu vois, Coda, tu ne peux pas faire confiance aux gens comme Staccato. Ils ont l'air presque normaux, en apparence, mais leur nature, leur raison d'être est malsaine. Est-ce que tu vois ce que je veux dire ?
Coda fait non de la tête, ce qui semble agacer Legato.
LEGATO (CONT.)
Ces gens là sont des terroristes, ni plus, ni moins et il y a deux d'entre eux pour un de nous. Ils sont une vermine à éradiquer, un cancer des temps, la peste noire de nos mesures.
CODA
Je ne comprends pas.
LEGATO
Comment ça ?
CODA
Je ne comprends rien. Je suis l'un d'entre eux, non ?
LEGATO
Et alors ?
CODA
Bien tout ce discours n'a aucun sens pour moi. Qu'est-ce que j'en ai à faire moi, de votre guerre ? Je sais même pas qui je suis.
LEGATO
attrapant Coda par la nuque
Petit, c'est en choisissant ton chemin que tu deviendra un homme ; un guerrier pour la cause blanche.
CODA
soudain en colère, se défaisant de l'emprise de Legato
Mais lâchez moi avec vos conneries là ! Quelle guerre ? Quelle cause blanche ? Mais putain, je suis tombé où là ?
LEGATO
explosant de rire, sort un pistolet de sous sa chemise et le pointe vers Coda
On voit bien l'impatience noire en toi.
Un autre homme blanc intervient alors au loin.
OSTINATO
Legato !
Legato se retourne et apercevant Ostinato, lève les yeux au ciel.
OSTINATO (CONT.)
On t'a donné une seule directive : « ne tue pas le gamin ! »
LEGATO
Il est irrécupérable. Regarde moi ça, il tremble de l'impatience des demi-temps. Sa négritude transpire, c'est à vomir.
OSTINATO
à Legato, avec autorité Assez !
Legato range son arme et attrape à nouveau Coda, qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer, par la nuque et l'amène pour qu'Ostinato puisse lui parler.
OSTINATO (CONT.)
à Coda, sur un ton plus jovial
Pardonne les propos de mon collègue. Sa passion pour la cause blanche prend le dessus sur ses manières. Enchanté mon jeune ami, je suis nom de code Ostinato, à ton service.
CODA
Tu es le boss, je présume.OSTINATO
Tu sais, on ne pense pas comme ça. Les blanches sont une équipe soudée, où tout le monde est égal à deux temps et oui, oui, c'est moi le boss, oui... Legato, lâches le petit tu veux ?
LEGATO
poussant Coda qu'il tenait toujours par la nuque vers Ostinato, marmonne pour lui-même
Tss ! Connerie ça. On peut même plus buter du négro tranquillement. Si c'est comme ça, je me casse moi.
Legato s'en va, donnant des coups de pieds dans le gravier. Coda le regarde partir incrédule et se retourne ensuite vers Ostinato.
OSTINATO
remarquant que Coda semble perdu Qu'est-ce qui t'arrive.
CODA
T'as remarqué que rien n'a de sens ici ?
Legato s'arrête alors, comme frappé par la foudre.
Ostinato le regarde, comme paralysé.
CODA (CONT.)
C'est comme si on se jouait de moi.
OSTINATO
un peu perplexe, tentant de masquer son trouble C'est la Partition que tu dénote.
CODA
La Partition ?
Legato se précipite alors vers Coda et l'attrape par les épaules.
LEGATO
furieux
Tu parles pas de ça, ok ! C'est pas tes affaires.
CODA
se met à rire nerveusement
Vous êtes tous malades !... tous malades...
Legato le laisse tomber au sol, désenchanté.
OSTINATO
Oui. C'est pour cela que nous sommes ici.
Scène 4 : Barre
EXTÉRIEUR/JOUR/RUE Crescendo (un autre noir, avec beaucoup plus de style que Staccato) et Staccato sont cachés derrière un arbre.
Descendant la rue, arrivent Legato et Ostinato guidant Coda.
C'est l'embuscade. Crescendo attrape Legato, Ostinato se fait attraper par les bras par Staccato.
Coda reste là, immobile, sous le choc.
STACCATO
criant à Coda
Mais cours, putain ! Casse toi de là !
Coda décolle, se retournant occasionnellement pour voir comment se déroule l'affrontement.
Les deux Noires s'échappent alors également suivant Coda dans sa course effrénée.
Ils descendent une rue entière avant que Coda s'arrête soudainement.
Il est rapidement rattrapé par Crescendo et Staccato qui tentent de le prendre par le bras pour le faire continuer.
Coda se défait de leur étreinte.
CODA
essoufflé, mais posément.
Pas la peine d'aller plus loin, nous sommes arrivé.
Coda pointe du doigt un énorme trait noir jaillissant du sol.
Le trait fait plusieurs dizaines de mettre de haut. Au milieu, comme flottant dans l'air se tiennent deux énormes points.
CODA
Je reconnais cet endroit.
CRESCENDO
Coda, c'est ton destin qui nous amène ici. Nous avons été piégés dans une boucle sans fin.
STACCATO
très essoufflé, à Crescendo Crescendo, il n'est pas prêt.
CRESCENDO
On n'a plus le choix. C'est maintenant ou on reprends encore tout à zéro.
CODA
Hein ?Au loin, les blanches arrivent en marchant.
CRESCENDO
Maintenant !
STACCATO
Je t'avais dit il est pas pr...
Scène 5 : Reprise
INTÉRIEUR / NUIT / PALLIERDU DÉBUT
Coda remarque d'un coup qu'il est revenu au départ. Et on frappe à la porte.
Cette fois, il ouvre sans hésitation et c'est à nouveau Staccato qui sort de l'appartement avec à nouveau une seule chaussure au pied. Il se jette sur Coda.
STACCATO
T'as été suivit ?
CODA
On a pas déjà fait ça ?
STACCATO
Qu'est-ce t'en as à foutre ? Depuis quand tu te soucie de ce genre de connerie ?
CODA
Attends, mais tu te fous de ma...
STACCATO
lui posant la main sur la bouche et regardant vers l'intérieur de l'appartement
Shhhh !! Putain les voilà ! Ferme la porte et suis moi.
Staccato passe la main par la porte pour attraper une chaussure, se baisse pour l'enfiler alors que Coda tire la porte. Mais cette fois il se souvient au milieu du mouvement d'avoir perdu Staccato des yeux la fois précédente et se retourne brutalement. Staccato est toujours là.
STACCATO
Mais qu'est-ce que tu branle ? Tu veux te faire chopper par les faces de tippex ?
Scène 6 : Recapture
INTÉRIEUR/NUIT/MÊMECOULOIRÉTRANGE Alors que l'ascenseur se ferme, Staccato sort un rouleau de scotch transparent de sa poche et en défait un morceau.
STACCATO
Va donc couillon, je vais les retarder.
Coda s'en va alors que Staccato commence à scotcher la porte de l'ascenseur.
Une fois terminé l'ascenseur arrive et s'ouvre sans aucune difficulté, ce que Staccato constate avec désarroi.
Ostinato sort en marchant, alors que Staccato s'enfuit en courant et impact Legato qui allait capturer Coda.
Alors que Coda pousse la porte qui mène à l'extérieur, Legato surgit et le capture.
Scène 7 : Le plan
EXTÉRIEUR/JOUR/LIEUDEL'EMBUSCADE
STACCATO
… ouais, mais je vois toujours pas ce qu'on fout là.
CRESCENDO
Je te dis qu'ils vont passer par là très bientôt.
STACCATO
Ça m'énerve quand tu fais ton prophète !
CRESCENDO
Je suis plutôt un oracle, tu vois.
STACCATO
C'est pareil !
CRESCENDO
Absolument pas. Un prophète impliquerait qu'il y ait une divinité qui régit le système, bat la mesure, se joue de nous. Un oracle, c'est juste un métronome, quelqu'un qui connaît déjà le morceau et sait prévoir la cadence.
STACCATO
Tu me saoule avec tes conneries là. Faut que t'arrête ça !
CRESCENDO
Ça te fait flipper de savoir qu'il y a quelque chose, au delà de la partition ?
STACCATO
C'est pas tant flipper que ça me fait chier de t'entendre déblatérer ces conneries pour la centième fois.
CRESCENDO
Donc toi aussi tu ressens la reprise ?
STACCATO
Shhhh ! Les voilà !
S'en suit le combat, à nouveau.
Coda s’échappe, alors que les autres continue à se battre.
Puis Crescendo et Staccato s'enfuient en courant, Ostinato et Legato restant là, les bras ballants.
OSTINATO
Pourquoi faut-il toujours qu'ils courent ceux là ?
LEGATO
Les noires, c'est la seule choses à laquelle ils sont bons.
Ostinato lui lance un regard inquisiteur.
Scène 8 : Finale
EXTÉRIEUR/JOUR/RUE
Coda s'arrête alors brutalement de courir.
CODA
à lui-mêmeMais ça va pas ça …
STACCATO
le rattrapant avec Crescendo Qu'est-ce qui se passe ?
Les blanches arrivent en marchant, ils n'étaient pas bien loin derrière.
CODA
à tousMais ça ne va pas du tout ! Vous avez pas l'impression que c'est n'importe quoi ces conneries ?
LEGATO
développant des tics nerveux
Putain, je voulais rien dire mais, c'est clair que...
OSTINATO
Le petit à raison, c'est n'importe quoi tout ça.
CRESCENDO
Alors vous aussi ?
STACCATO
Mais c'est ce qu'on est censé faire, non ?
LEGATO
Attends mais t'as pas l'impression qu'on se fout de la gueule du public, à tourner en rond comme ça, toujours la même chose, toujours le même rythme sans fin... ça me rend malade !
OSTINATO
Faut dire que je suis assez fan du minimalisme personnellement, mais là, ça commence également à me courir.
CRESCENDO
On est tous d'accord alors ?
Tous hoche la tête.
Coda se retourne et regarde l'horizon. Il choisi un autre chemin que précédemment.
Il leur fait signe de le suivre.
Tous, en un front uni, marche et descendent la rue déserte.
Là, une énorme barre noire se dresse, cette fois sans point. Au delà de quoi on découvre une sorte de fin de page, puis un néant froid et silencieux.
OSTINATO
Et maintenant ?
CODA
Je crois bien que c'est tout ?
LEGATO
Quoi ? Tout ça pour ça ?
CODA
On dirait bien.
STACCATO
Putain ! Et on fait quoi maintenant ?
CODA
Je sais pas... c'est fini. J'imagine qu'on peut rentrer chez nous.Ils se retournent et commence à rentrer chez eux sauf Crescendo qui reste là, à contempler le vide.
CRESCENDO
contemplatif
En fait... je crois que je préférais avant.
NOIR. GÉNÉRIQUEDE FIN.