156 Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 20 janvier 2010
actualité, info
Syndrome métabolique ou syndrome de
la bedaine
Notre société occidentale est touchée par une véritable épidémie d’obésité et de dia
bète de type II (diabésité), qui risque d’atté
nuer l’augmentation de l’espérance de vie obtenue au XXe siècle grâce à la diminution des maladies infectieuses et cardiovascu
laires (CV).
Décrit par Reaven en 1989 sous le nom de syndrome X, le syndrome métabolique est caractérisé par une obésité abdominale (circonférence L 94 cm chez l’homme et L 80 cm chez la femme, une préhyperten
sion (TAH L 130/85 mm Hg), un glucose à jeun L 5,6 mmol/l, un cholestérol HDL l 1,03 mmol/l et des triglycérides L 1,7 mmol/l.
Cette définition est environ la cinquième pu
bliée, les critères ayant été revus à la baisse depuis la définition de l’OMS en 1999.1 Plu
sieurs critiques ont été adressées à ce syn
drome :2 1) la multiplication des définitions, qui rend les critères assez arbitraires ; 2) l’ab
sence de preuve que la combinaison des di
vers désordres métaboliques implique un
risque CV plus élevé que leur simple addi
tion. Le diabète en soi confère un risque CV comparable à celui des patients ayant déjà eu un infarctus ; 3) la supériorité du score de Framingham par rapport au syndrome méta
bolique pour prévoir le risque de développer un diabète ou une maladie CV. Pourquoi ne pas tenir compte des autres facteurs de ris
que tels que tabac, cholestérol LDL, facteurs familiaux, etc. ? 4) L’absence de base physio
pathologique permettant d’en faire un syn
drome spécifique.2
Toutefois ce syndrome a reçu des tenta
tives d’explication qui permettent de réunir les critères de façon plus ou moins cohé
rente.3 Tout d’abord la résistance à l’action lipogénétique et hypoglycémiante de l’insu- line ; cette dernière s’exerce différemment selon les tissus. Elle prédomine au niveau du muscle (peutêtre du fait d’une diminution de l’activité mitochondriale musculaire) et elle entraîne une augmentation compensatoire de l’insuline. Du fait que la résistance à l’ac
tion lipogénétique de l’insuline est plus faible que la résistance à son action hypoglycé
miante, l’hyperinsulinémie va entraîner un stockage des graisses au niveau du tissu adi
peux (obésité), du foie (stéatose, dyslipidé
mie) et des muscles. De plus, elle entraîne une rétention de sel qui favorise l’hyperten
sion. Par ailleurs, on sait que la graisse pré
sente au niveau de l’abdomen (graisse viscé
rale ou omentale) n’est pas juste un lieu de stockage des calories excédentaires mais une vraie usine chimique qui synthétise de nombreuses hormones, les adipokines.4 A l’exception de l’adiponectine, la plupart des adipokines (leptine, omentine, retinol binding protein, résistine, TNFa, etc.) augmentent avec la masse graisseuse et aggravent la ré
sistance à l’insuline. La simple mesure de la circonférence abdominale permet donc : 1) de déceler des patients à risque de diabète ou de maladie CV ; 2) de rechercher d’au tres éléments du syndrome métabolique et 3) de motiver les patients à suivre un régime et à faire du sport.
Toutefois, il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas les médecins, dans leurs cabinets médi
caux qui vont résoudre cette pandémie d’obé
sité. Seuls les pouvoirs publics, s’ils résistent aux chants de sirène des industries alimen
taires et pharmaceutiques, en ont la capaci
té.5 Pour cela, il faudrait qu’ils favorisent l’édu
cation diététique dans les écoles et les repas de type «fourchette verte» dans les cuisines scolaires, suppriment les distributeurs de bois
sons sucrées et de barres chocolatées, et augmentent le temps consacré au sport, no
tamment au sport d’équipe. Ils devraient in
abécédaire
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Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 20 janvier 2010 157 terdire la publicité à la TV pour les aliments
hypercaloriques. Les parents devraient limi
ter le temps maximum que leurs enfants pas
sent devant les écrans. Dans les lieux de tra
vail, on pourrait faciliter l’accès aux escaliers par rapport aux ascenseurs, éloigner les par
kings des bureaux et mettre à disposition des fitness au sein des entreprises. L’état pour
rait taxer les industries alimentaires qui mo
difient nos habitudes gustatives en augmen
tant la teneur en sucre, en graisses et en sel des aliments. Ces mesures ne réjouiraient pas l’industrie pharmaceutique, qui s’ingénie à mettre au point de nouveaux médicaments hypolipémiants et antihypertenseurs, mais replaceraient le problème de l’obésité dans une perspective globale de santé publique.
Rémy Martin-Du Pan 1 MartinDu Pan RC, Ruiz J. Le syndrome métabolique :
syndrome fourretout ou entité spécifique ? Traitement : style de vie ou polypill ? Rev Med Suisse 2008;4:366
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4 MartinDu Pan RC, Giusti V. Le tissu adipeux : une véritable glande endocrine synthétisant hormones et cytokines. Implications cliniques. Rev Med Suisse Ro
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5 Gostin LO. Law as a tool to facilitate healthier lifestyles and prevent obesity. JAMA 2007;297:8790.
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