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VIENNENT DES ANIMAUX

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Academic year: 2022

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SAVO

IR ALLE

Z

RELIGION

L’histoire des rois mages et de l’enfant-étoile 22

SUCCESSIONS

Les Suisses ont hérité de 95 milliards en 2020

28

NUMÉRO

76 BALADE

Sur les pas

du poète Gustave Roud 34

Le m aga zin e de l

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| D éce mbr e 202 0 | G rat uit

LA MOITIÉ DES MALADIES INFECTIEUSES

VIENNENT DES ANIMAUX

BIOLOGIE

(2)

L’EXP VO US ÉRIEN CE

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ASPIRATIO NS

ONT DES ILS

TandemPRO

Le service du réseau mettant en relation les alumni qui

pratiquent un métier avec celles et ceux qui souhaitent l’exercer.

(3)

ISSN 1422-5220

IMPRESSUM Magazine de l’Université de Lausanne

No 76, décembre 2020 unil.ch/allezsavoir Éditeur responsable Université de Lausanne Une publication d’UNICOM, service de communication et d’audiovisuel

Quartier UNIL-Sorge Bâtiment Amphimax 1015 Lausanne Tél. 021 692 22 80 [email protected] Rédaction en chef Jocelyn Rochat, David Spring ( UNICOM ) Création de la maquette Edy Ceppi ( UNICOM ) Rédacteurs Sonia Arnal Patricia Brambilla Lysiane Christen Mireille Descombes Élisabeth Gordon Virginie Jobé-Truffer Noémie Matos Sabine Pirolt Nadine Richon Sylvie Ulmann Virginie Jobé-Truffer Correcteurs Albert Grun Fabienne Trivier Direction artistique COBRA : Communication

& Branding Photographie Nicole Chuard Couverture

© iStock/Getty Images Plus/olgaIT

Impression

Genoud Arts graphiques, Le Mont-sur-Lausanne Tirage

17 000 exemplaires Parution

Trois fois par an, en janvier, mai et septembre Abonnements [email protected] ( p. 4 ) 021 692 22 80

POUR CHANGER

LE MONDE, CLIQUEZ ICI

L

e mardi 2 juin 2020, des millions de personnes ont publié un carré noir sur leur compte Instagram, en ajou- tant le mot-clé #BlackOutTuesday dans la légende. Parmi elles, des célé- brités comme la chanteuse Katy Perry (voir ci-contre). Cette initiative, née dans le milieu de l’industrie musicale étasunienne, visait à dénoncer le racisme et les violences poli- cières subis par les Afro-Américains.

Des causes de toutes sortes surgissent fréquemment sur les réseaux sociaux.

Quand il s’agit de soutenir des initiatives avant une votation, de se montrer solidaire avec les soignants ou d’appeler à signer telle pétition en ligne, Facebook & Co servent vo- lontiers de vitrine, au point de donner l’im- pression, certains jours, de se promener dans un supermarché des mobilisations, version numérique.

Cela pose une antique question (soit une décennie, selon l’échelle temporelle des ré- seaux sociaux) : est-ce que l’engagement à coup de clics, qu’on appelle le « slackti- visme », est vraiment utile ? N’a-t-on pas af- faire à une manière de se mobiliser en ne bougeant littéralement que le petit doigt, tout en se construisant au passage une image de militant à bon marché ?

Sans en avoir l’air, ce sujet prend la forme d’une boîte de Pandore. Il pose par exemple la question de définir ce qu’est la

« bonne » manière de s’engager. À titre col- lectif, est-on plus efficace dans la rue sous une pancarte, ou assis derrière un écran ? Ce n’est pas clair.

Du point de vue de l’individu, il paraît moins dangereux de manifester en ligne.

Au moins, on évite les lacrymogènes. Mais dans le contexte polarisé des réseaux so-

ciaux, l’affichage de causes sur un profil (au hasard, le féminisme ou le climat) ou la publication d’un contenu militant peut déboucher sur des engueulades virtuelles pénibles, d’autant qu’elles impliquent des

« proches ». Toujours prévenants, les réseaux sociaux permettent d’éjecter quelqu’un de sa vie, pour ses opinions, en un clic.

Pour éviter ce genre d’embrouille, il pa- raît tentant de rester neutre. Fausse bonne idée. Le fait de ne pas rejoindre un mouve- ment comme #BlackOutTuesday peut faire naître un soupçon de racisme, selon le bon vieux principe du « Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous ».

Les personnes interrogées au sujet de l’engagement en ligne, dans cette édition d’Allez savoir ! (lire en p. 54), livrent des ré- ponses contradictoires ainsi que de nom- breuses pistes de réflexion. La recherche menée depuis une décennie ne fournit pas de verdict définitif non plus, ce qui consti- tue une bonne nouvelle : s’il est une chose qui manque aux contenus publiés sur les ré- seaux sociaux, surtout dans cette période de crises, c’est de la nuance. 

LE FAIT DE NE PAS REJOINDRE UN MOUVEMENT COMME #BLACK- OUTTUESDAY

PEUT FAIRE NAÎTRE UN SOUPÇON DE RACISME, SELON LE BON VIEUX PRINCIPE DU

«CEUX QUI NE SONT PAS AVEC NOUS SONT CONTRE NOUS.»

DAVID SPRING Rédaction en chef

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SOMMAIRE

EN DIRECT DU CAMPUS L’actualité de l’UNIL : événements, recherche, prix.

PORTFOLIO Rome, Minecraft, Malley.

ÉCONOMIE En 2020 en Suisse, les héritages devraient atteindre les 95 milliards de francs.

BALADE Sur les traces du poète photographe Gustave Roud.

OUVRE-BOÎTE E-Fishency augmente la diversité génétique

des poissons.

CRIMINALITÉ Boom des escroqueries

en ligne : les identifier pour éviter les pièges.

IL Y A UNE VIE APRÈS L’UNIL Caroline Brunetti, celle

qui remonte le temps.

BIOLOGIE La moitié des maladies infectieuses sont d’origine animale.

6 12 16 22 28 33 34 41 42 47

RELIGION L’histoire méconnue des rois mages et de l’enfant-étoile.

SAV

OIR ALLE

Z

020 | G bre 2 em Déc NIL | ’U e de l zin aga Le m

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48 54 60 62 63 64 65 66

SOCIÉTÉ Sous les pavés, le clic.

LIVRES Vin, Voisard, chouettes, fourmis, prison, violence.

FORMATION CONTINUE

Ouvrir des portes entre science et entreprise.

LIVRE Édouard,

l’autre Ravel, l’oncle et le peintre.

GÉOLOGIE Sur les pas des dinosaures du Jura.

RENDEZ-VOUS Événements, conférences et expositions.

CAFÉ GOURMAND Penser, enseigner et cuisiner.

Avec Roberto Baranzini.

LIVRES Ramuz, don du sang, année 1980.

PALÉONTOLOGIE Il y a 480 millions d’années, des trilobites socialisaient.

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UNE ROME

MÉDIÉVALE MÉTISSÉE

Ce fragment de mosaïque repré- sente l’Adoration des mages, d’après l’Évangile selon Matthieu.

La Vierge est assise avec l’En- fant Jésus sur les genoux, Joseph et un ange les entourent. Les rois mages devaient être représentés à droite : on voit ici le bras du pre- mier d’entre eux, tendant à l’en- fant une boîte remplie d’or et de pierres précieuses. La mosaïque a été trouvée dans l’ancienne basi- lique Saint-Pierre au Vatican et date du Haut Moyen Âge (Ve au XIe siècles), période à laquelle Rome était un vrai melting-pot culturel suite à la chute de l’Empire romain et à l’arrivée des Goths, Byzan- tins, Francs, etc. Cependant, l’art de cette époque à Rome demeure peu étudié. Chiara Croci et Irene Quadri, maîtres-assistantes à la Section d’histoire de l’art à l’UNIL, comptent y remédier avec le pro- jet démarré en 2020 « Rome aux siècles obscurs : les lumières de la communication visuelle ». Il offrira une révision de ce patrimoine, dont fait partie la mosaïque. Elle a été réalisée selon une technique non attestée auparavant à Rome, pou- vant être d’origine byzantine, à l’instar de son commanditaire le pape Jean VII (705-707). L’œuvre se caractérise par l’emploi de dif- férents matériaux et tailles de tes- selles, selon les éléments repré- sentés. Des petites tesselles en pierre donnent du relief aux visages, en contraste avec les tes- selles plus grandes et colorées des vêtements (en verre) ou dorées de l’arrière-fond (feuilles d’or dans du verre). NOÉMIE MATOS

PHOTO : © DOMENICO VENTURA

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L’UNIL AU CUBE

Le jeu vidéo Minecraft, qui s’est vendu à plus de 100 millions d’exemplaires dans le monde, est un bac à sable géant. Grâce à des blocs cubiques représen- tant différents matériaux (bois, pierre, métal, etc.), les participants construisent ce qu’ils veulent.

Cette liberté, associée à un gra- phisme « rétro », a contribué à son succès. « Je m’ennuyais un peu pendant le confinement. J’ai lancé Minecraft pour la première fois depuis des années et j’ai com- mencé à recréer le local de l’asso- ciation dont je suis membre, Eras- mus Student Network (ESN) », se souvient David Resin, étudiant de master en informatique à l’EPFL.

Petit à petit, ce qui n’était qu’un

« délire » a grandi, et le campus de la haute école fédérale a vu le jour... en numérique. Des centaines de personnes ont depuis rejoint le projet. Comme il n’était pas conce- vable de se cantonner à modéli- ser l’EPFL, la construction du site de l’UNIL, nettement moins géo- métrique que sa voisine, a suivi.

Diplômé de la Faculté des hautes études commerciales, Léo Picard a ainsi beaucoup travaillé sur « son » bâtiment, l’Internef, dont l’on peut aujourd’hui parcourir les couloirs de pixels. Ce travail de recréa- tion fidèle est-il difficile ? « Mine- craft se prend rapidement en main, rassure Oriane Martin, étu- diante de bachelor en Lettres et également membre de ESN. Je n’y avais jamais joué avant le confine- ment et je m’y suis mise sans pro- blème. » Le projet PolyCraft est toujours en cours, mais il est déjà possible de visiter le campus, com- posé de millions de blocs, sur le serveur Minecraft : polycraft.ch. DS Pour participer : discord.gg/zYtZuue

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LE DESTIN

DES ABATTOIRS DE MALLEY

Des milliers de nouveaux habitants et des emplois par centaines : le secteur de Malley, à l’ouest de Lau- sanne, se transforme. Il y a peu pourtant, la vie quotidienne dans ce quartier populaire était marquée par la présence des abattoirs de la Ville de Lausanne. Ces derniers, en activité de 1945 à 2002, ont été démolis en 2014. Afin de faire connaître leur histoire, trois scien- tifiques de l’Institut des humanités en médecine CHUV-UNIL (Léa Ma- rie d’Avigneau, historienne de l’art, Alexia Cochand, historienne de la santé et Salvatore Bevilacqua, an- thropologue) ont mis sur pied l’ex- position « Malley en quartiers ».

Situés aux confins de trois com- munes, ces abattoirs « étaient au croisement d’enjeux sanitaires, de l’hygiène du travail à la protec- tion de la santé publique par leurs activités de contrôle des viandes et d’abattage “ sanitaire ” du bé- tail malade lors d’épizooties », in- dique Salvatore Bevilacqua. Leur destin constitue de plus un moyen de mesurer l’évolution de notre so- ciété autour de la consommation de viande. DS

MALLEYENQUARTIERS.CH

SOURCE DES PHOTOGRAPHIES : ARCHIVES CANTONALES VAUDOISES (ACV PP 886 B 5582).

1) © YVAN MURISET.

2) © MICHEL PERRENOUD.

3, 6) PLAQUETTE ÉDITÉE EN 1945. DESSINS DE J. J. MENNET.

4) VUE DES ABATTOIRS. © PATRICK MARTIN / AIR, EN 1991.

5) LE CENTRE D’ACHAT DES BOUCHERS, 13 MARS 1978. © JEAN-PIERRE GRISEL / AIR.

7) LES COCHONS SONT ÉBOUILLANTÉS, PUIS ON BRÛLE LEURS SOIES, 4 MARS 1992.

© PATRICK MARTIN / AIR.

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BRÈVES

L’UNIL a signé une licence exclusive avec AgroSustain S.A. Cette entreprise est née des travaux menés par la bio- logiste Olga Dubey lors de sa thèse, à l’UNIL. Cette société développe des traitements antifongiques bioinspirés. La protection des légumes et des fruits contre les pathogènes

ALLEZ SAVOIR! VOUS EN A PARLÉ

DE LA SUITE DANS LES IDÉES CÉRÉMONIE

COVID-19

LE SITE

DÉCRYPTER LA PANDÉMIE

Le Service Culture et Médiation scientifique de l’Université de Lau- sanne a lancé au printemps 2020

« Blog viral », une plateforme digi- tale visant à rassembler un bon nombre de projets de recherche lancés suite à la pandémie engen- drée par le coronavirus. L’occasion de se plonger dans les crises sa- nitaires passées, ou d’anticiper le futur, au prisme des sciences so- ciales, politiques, médicales, ou encore environnementales. Tous les membres de la communauté universitaire romande peuvent y contribuer, que cela soit de façon écrite, audiovisuelle ou en propo- sant la création de leur choix. NM unil.ch/viral

LA DOC EN UN CLIC

Les pages web de la Bibliothèque cantonale et universitaire Lausanne ont fait peau neuve. Un champ de recherche unique permet désor- mais de mener des recherches dans plusieurs catalogues, dont Renou- vaud ou Scriptorium : c’est dans ce dernier que les archives complètes d’Allez savoir ! sont disponibles. Sur la page d’accueil, les visiteurs voient d’un coup d’œil si leur bibliothèque favorite est ouverte. Un agenda des manifestations culturelles, des sé- lections d’ouvrages sur des thèmes d’actualité et un blog complètent l’offre. Une page donne enfin des informations sur les importants tra- vaux d’agrandissement en cours à l’Unithèque. DS

bcu-lausanne.ch

lix Imhof © UNIL

UN DIES NUMÉRIQUE

Cette année, la pandémie a motivé le passage du Dies academicus entièrement en ligne. Ainsi, les

allocutions de Nouria Hernandez (rectrice de l’UNIL), de Cesla Amarelle (cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture), de Marine Antille (présidente du Conseil de l’Univer- sité) et de David Raccaud (coprésident de la Fédé- ration des associations d’étudiant·e·s) ont été fil- mées au Théâtre la Grange de Dorigny. Le Prix de l’Université est revenu à la sprinteuse et étudiante en Lettres Ajla Del Ponte, le Prix de la Société aca-

démique vaudoise à Kshitij Jadhav et celui de la Ville de Lausanne à Cyril Mumenthaler. La remise des doctorats honoris causa a été ponctuée d’inter- views des récipiendaires, en vidéo. Ces séquences mettent l’accent sur le combat contre le racisme dans le sport (Harry Edwards), la promotion du statut de l’individu et le souci des animaux dans le droit international (Anne Peters), la psychologie de la religion (Kevin Ladd) et les mécanismes neu- robiologiques de la douleur (Clifford J. Woolf). DS A voir sur unil.ch/diesacademicus

réduit le gaspillage alimen- taire ainsi que l’emploi de produits chimiques (lire Allez savoir ! 69, mai 2018). Dans le numéro 72 (mai 2019), ce magazine avait présenté les recherches menées par la pro- fesseure Erica van de Waal et son équipe du Département d’écologie et évolution, au

sujet des capacités sociales des singes vervet. Le Conseil européen de la recherche a reconnu l’excellence de ses travaux en octroyant un ERC Starting Grant à la biologiste.

Une somme de 1,6 million de francs lui permettra de lancer un projet autour du transfert de savoir chez les primates. DS

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Nicole Chuard © UNIL

La période étrange que nous vivons a sus- cité des projets surprenants. Parmi eux,

« Quatre apparts et un confinement ». Sous la forme d’un jeu vidéo, il présente la vie quotidienne d’habitants du même im- meuble, qui évoluent dans l’ombre de la pandémie. Problèmes économiques, télé- travail, études, vie familiale, ennui ou so- litude sont abordés au travers des per-

sonnages. Réalisé en été 2020, ce récit interactif est le résultat d’un travail mené en commun (et à distance) par Le Temps, le Collège des humanités de l’EPFL et l’UNIL Gamelab, avec le soutien de l’Initiative pour l’innovation dans les médias (IMI). DS

labs.letemps.ch/interactive/2020/

quatre-apparts-un-confinement/

LE CONFINEMENT À L’ÉCRAN

JEU VIDÉO ANTIQUITÉ

Dès le 1er avril 2021, Sylvian Fachard dirigera l’École suisse d’archéologie en Grèce. Formé à l’UNIL, ce spé- cialiste du monde rural antique a été secrétaire scien- tifique de l’ESAG à Athènes, avant de poursuivre une carrière de chercheur et d’enseignant aux États-Unis.

Professeur à la Faculté des lettres, il va partager son temps entre Lausanne et la région d’Érétrie, au nord de la capitale hellène, où se trouvait une cité antique.

Des étudiants et des archéologues suisses et étran- gers y travaillent, sous l’égide de l’École, depuis 1964.

Sylvian Fachard succède à Karl Reber, nautonier de l’ESAG depuis 2007. Le désormais professeur hono- raire de l’UNIL est connu des lecteurs d’Allez savoir ! (N° 70, septembre 2018), puisqu’il les a guidés au cœur des fouilles menées à Amarynthos, non loin d’Érétrie, là où un sanctuaire consacré à Artémis a été identi- fié en 2017. DS

Depuis cet automne, il est possible de suivre à l’UNIL un parcours complet (60 crédits ECTS) en études théâtrales au sein d’un master en Lettres à 120 crédits ECTS. Fruit de la collabo- ration d’une dizaine de sections au sein de la fa- culté, ce nouveau cursus est pluridisciplinaire.

Il s’adresse aux étudiants intéressés par les mé- tiers liés au théâtre, à la programmation et la promotion culturelles ou désireux d’approfon- dir leurs connaissances en histoire et en culture

théâtrales. Alors qu’un programme de spéciali- sation (30 crédits ECTS) existe déjà depuis 2013, le parcours renforcé mis en place cette année va plus loin : il a pour objectif l’acquisition de connaissances sur les arts de la scène et de com- pétences critiques sur les productions actuelles, mais il vise aussi l’expérimentation – indivi- duelle ou collective – des formes de médiation, de recherche appliquée ou de pratique réflexive.

Le parcours comprend un stage d’immersion. LC

LES ÉTUDES THÉÂTRALES ONT LEUR MASTER!

FINANCEMENT

LE PROGRAMME COMPREND UN STAGE D’IMMERSION.

UN NOUVEAU DIRECTEUR POUR NOS ARCHÉOLOGUES

© Archives de la ville de Lausanne© Mathias Hänrtner © DS

L’ENSEIGNEMENT À DISTANCE EST COMME L’AMOUR À DISTANCE : JE PEUX L’IMAGINER COMME UNE NÉCESSITÉ, MAIS J’AI DE LA PEINE À LE CONSIDÉRER COMME UN OBJECTIF.

@LorenzoTomasin, professeur en Section d’italien (Faculté des lettres), sur son compte Twitter 

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BRÈVES

SPRINT , CULTURE, VORTEX ET ÉNERGIE

L’UNIL DANS LES MÉDIAS

DES COULEURS ET DES ÉMOTIONS

PASSAGE EN REVUE

2791

Le nombre d’articles que les chercheurs de l’UNIL et du CHUV ont fait paraître dans des revues scientifiques évaluées par les pairs, en 2020 (d’après Serval, au 5 novembre).

La revue Psychological Science a publié une intéres- sante étude le 8 septembre. Il s’avère que partout dans le monde, les gens associent des couleurs à des senti- ments, essentiellement les mêmes couleurs aux mêmes sentiments. Une équipe internationale de chercheurs a mené une enquête

détaillée auprès de 4598 participants de 30 nations, sur six continents, en 22 lan- gues. « Il n’y a jamais eu d’étude similaire à cette échelle aupa-

ravant », indiquent Domicele Jonauskaite, doctorante, et Christine Mohr, professeure à l’Institut de psychologie (Fa- culté des sciences sociales et politiques).

Les scientifiques ont demandé aux personnes testées de remplir un questionnaire en ligne, où 12 couleurs de- vaient être attribuées à un maximum de 20 sentiments d’intensité variable. Les analyses des résultats ont montré un grand accord mondial. Domicele Jonauskaite explique que « le rouge est la seule couleur au monde qui est forte- ment associée à la fois à un sentiment positif – l’amour – et à un sentiment négatif – la colère. En effet, les couleurs sombres (noir, gris) sont associées à des sentiments néga- tifs, et les couleurs claires et chaudes (jaune, orange) à des sentiments positifs. Brun, en revanche, est le moins sus- ceptible de susciter des émotions dans le monde entier. »

Cependant, il existe des particularités nationales : par exemple, le blanc est beaucoup plus fortement associé au deuil en Chine que dans d’autres pays, et il en va de même pour le violet en Grèce. « Cela peut s’expliquer par le fait qu’en Chine, des vêtements blancs sont portés lors des funérailles, et que le violet est utilisé dans l’Église ortho- doxe grecque pour illustrer le deuil », explique Domicele Jonauskaite. Outre ces particularités culturelles, le climat joue probablement aussi un rôle : selon une autre étude de l’équipe, le jaune est davantage associé à la joie dans les pays peu ensoleillés que dans les pays très ensoleillés.

Malgré les nuances qui existent, selon les langues, les lieux et les cultures, cette recherche suggère que les as- sociations entre les couleurs et les émotions constitue un trait commun universel parmi les humains. COMMUNICA- TION SSP – (RÉD).

ÉCONOMIE

UN COURS D’AGILITÉ POUR LES ENTREPRISES

8017

Le nombre d’articles et d’émissions qui ont mentionné l’UNIL ou le CHUV dans les médias romands en 2020 (d’après la revue de presse Argus au 5 novembre). Plusieurs médias, dont L’il- lustré, ont parlé d’Ajla Del Ponte. Cette étudiante en Lettres, Prix de l’Université de Lausanne 2020, a été notamment qualifiée de « nouvelle fusée de l’athlétisme suisse » par Coopération. Il faut dire que la Tessinoise vole de succès en succès, avec, par exemple, un temps de 11’08’’ au 100 mètres (meilleure performance européenne de l’année).

Mi-septembre, 24 heures nous apprenait que Patrick Gyger, aujourd’hui capitaine du Lieu Unique de Nantes, devenait directeur général de la Fondation Plateforme 10.

Ce diplômé en Lettres de l’UNIL entre en fonction le 1er janvier 2021.

En octobre, l’inauguration de Vortex a suscité la curio- sité des médias (lire également Allez savoir ! 75, septembre 2020). Ce vaste bâtiment circulaire abrite aujourd’hui plus de 1000 personnes (essentiellement des étudiants) ainsi que des commerces, un bar et un restaurant.

40% de notre consommation d’énergie actuelle suffi- raient, en l’utilisant bien, à assurer un niveau de vie décent à toute la population de la planète en 2050 ! C’est la conclu- sion étonnante d’une étude menée par la professeure Julia Steinberger, de l’Institut de géographie et durabilité. Une recherche détaillée notamment par heidi.news.

Toujours en octobre, une étude pilotée par Cleo Ber- telsmeier et Olivia Bates (Département d’écologie et évolu- tion) a montré que les espèces de fourmis invasives les plus néfastes pour l’Homme et l’environnement ne sont pas les meilleures pionnières vers de nouveaux climats, bien au contraire. Ce manque de témérité est une bonne nouvelle, car cela facilite la prédiction de leur propagation spatiale.

Bien entendu, de nombreux scientifiques de l’UNIL ont été sollicités au sujet de la crise de la Covid-19. DS

Sous un titre un peu pro- vocateur, The Invincible Company, le professeur honoraire Yves Pigneur et Alexander Osterwal- der publient un ouvrage destiné principalement aux entreprises qui ont déjà un modèle écono- mique, mais qui, en pa- rallèle, cherchent à se réinventer ou à explo- rer de nouveaux ter- rains. Leur guide, au graphisme très soigné, propose de nombreux outils visuels (cartes, quizz, graphiques, etc.) dans la ligne de ceux qui ont contribué au succès des publications précé- dentes, comme Business Model Generation.

De nombreux exemples d’entreprises parsèment les pages. Waze est pré- sentée au rayon « disrup- tion ». Cette application pour smartphones de type GPS, participative, repose sur une base de plus de 130 millions d’uti- lisateurs qui a été ac- quise de manière agres- sive : leur produit est gratuit. Cela constitue un avantage compétitif très difficile à contester pour les concurrents. Cette société a été rachetée par Google en 2013. La manière dont Hilti a fait glisser son modèle de vente d’outils vers des services aux entreprises de la construction est également très intéres- sante à découvrir. DS strategyzer.com/books/

the-invincible-company.  

© Dreamstime

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À L’HONNEUR

HISTOIRE

Monuments vaudois, l’élégante revue annuelle éditée au sein de la Section d’histoire de l’art, a fêté sa première décennie d’existence. Au sommaire de l’édition qui marque cet anniversaire ? « Dix articles, écrits par dix chercheurs issus de l’UNIL, sur des sujets répartis dans les dix districts du canton », comme le relève Dave Lüthi, doyen de la Faculté des lettres et directeur du comité scientifique de cette publication. Les textes couvrent plu-

sieurs siècles d’histoire. Par exemple, l’une des contribu- tions traite d’un objet récent, l’Anthropole, connu autre- fois sous le nom de BFSH2. À l’autre extrême, on peut lire des pages sur le chœur du temple de Nyon, appelé église Notre-Dame au Moyen Âge. DS monumentsvaudois.ch

LE PATRIMOINE PUISSANCE 10

IMAGES

LA RENCONTRE DE L’ART ET DE LA SCIENCE

À la fois concours et exposition, [Figure 1.A] invite les chercheurs à présenter leur travail au moyen de photographies ou de vidéos. Cet événement annuel est organisé par l’Association for Postdocs in Natural Sciences de l’UNIL. Lors de l’édition 2020, un jury ainsi que le public ont été invités à distinguer des travaux souvent étonnants. Parmi les images gagnantes, « Dustgrain », de Tamara Ader- neuer (Université de Bâle et CSEM). Il s’agit de grains de poussière posés sur une feuille qui compose un système d’éclairage, agrandis 150 fois. « The dark side of the fungi » montre un champignon provenant d’un sol pollué, dans une boîte de Pétri. L’auteur est Flavien Maucourt (IMBA, Lyon). DS

Détails et autres images sur figure1a.org

EUROPE, CELLULES, NATURE ET THÉÂTRE

Microbiologiste et ancien vice- recteur de l’UNIL, Philippe  Moreillon a été élu président de l’Académie des sciences natu- relles (SCNAT), basée à Berne.

« Nous devons relever les défis fu- turs de manière interdisciplinaire et transdisciplinaire. Ce n’est que de cette manière, en collaboration avec les Académies suisses des sciences, que nous pourrons aider la société à créer un avenir digne d’être vécu », a-t-il souligné à cette occasion. Ce professeur honoraire nous a parlé du microbiote dans Allez savoir ! 69 (mai 2018). Il avait également brillament animé la ren- contre avec le Dalaï-Lama qui avait eu lieu à l’UNIL en 2013. DS sciencesnaturelles.ch

La nouvelle directrice artistique de La Grange de Dorigny est Bénédicte Brunet, qui rejoint le Service Culture et Médiation scientifique de l’UNIL le 1er jan- vier 2021. Au bénéfice de trois masters (Sciences Po, Adminis- tration publique et Management des biens et activités culturels), la trentenaire a été notamment atta- chée culturelle pour l’Ambassade de France au Kazakhstan et direc- trice de production de la compa- gnie Super Trop Top, à Genève.

Elle a imaginé un projet qualita- tif et innovant pour favoriser la co-création entre les artistes et les scientifiques, qu’elle mettra en œuvre avec l’équipe en place.

(RÉD)

Sophie Martin, directrice du Département de microbiologie fondamentale de l’UNIL, a fait son entrée au sein de l’Or- ganisation européenne de biolo- gie moléculaire (EMBO), en juil- let 2020. L’EMBO est constituée de plus de 1800 membres et membres associés et vise à sou- tenir les chercheurs talentueux à tous les stades de leur carrière.

Quant à Sophie Martin, elle s’inté- resse aux mécanismes fondamen- taux de la polarisation cellulaire, soit comment les cellules sont organisées spatialement pour remplir certaines fonctions spé- cifiques. Elle se penche aussi sur les mécanismes de fusion entre deux cellules. NM

Professeure associée au Départe- ment d’écologie et évolution, Tanja  Schwander s’est vue octroyer un ERC Consolidator Grant par le Conseil européen de la recherche.

Dotée de près de deux millions de francs, cette prestigieuse bourse destinée à des chercheurs ou cher- cheuses en phase de consolidation de carrière soutiendra ses travaux pendant cinq ans en lui permet- tant d’engager quatre collabora- teurs. Spécialiste de l’évolution et des mécanismes des systèmes de reproduction inhabituels, la scienti- fique propose d’utiliser les espèces asexuées comme nouveau sys- tème d’étude des conflits intra- et inter-génomiques. Son projet a dé- marré le 1er avril 2020. LC

lix Imhof © UNIL © Medi S.

lix Imhof © UNIL

lix Imhof © UNIL

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BIOLOGIE

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Des chauves-souris à l’humain, en passant probablement par le pangolin : le coronavirus qui est apparu il y a envi- ron un an est un nouvel exemple de ces infections qui nous sont transmises par les animaux. Ces zoonoses sont aussi vieilles que l’humanité, mais elles sont désormais de plus en plus nombreuses à émerger.

TEXTE ELISABETH GORDON

LA MOITIÉ DES MALADIES

SONT D’ORIGINE

ANIMALE

INFECTIEUSES

R

epéré en Chine à la fin de 2019, le coronavirus SRAS-CoV-2 s’est rapidement répandu à la sur- face de la planète, provoquant les dégâts sani- taires et économiques que l’on sait. Pour tragique qu’elle soit, la situation n’est pas nouvelle. Ré- gulièrement, des virus, bactéries ou parasites hébergés par des animaux franchissent la barrière des espèces et contaminent des êtres humains, provoquant ce que l’on nomme des zoonoses. On estime d’ailleurs que « la moitié des maladies infectieuses sont d’origine animale », pré-

cise le professeur Gilbert Greub, directeur de l’Institut de microbiologie de l’UNIL et chef du service de microbiolo- gie médicale du CHUV.

De l’animal à l’humain

La transmission du microbe entre les espèces animales et humaines peut emprunter diverses voies. Dans cer- tains cas, un individu (ou plusieurs) est contaminé di- rectement après avoir été exposé à un « réservoir ». On nomme ainsi les animaux qui hébergent des agents

PANGOLIN

Ce mammifère menacé, contaminé par le virus provenant d’une chauve- souris, est suspecté d’avoir été le vecteur de la Covid-19.

© 2630ben / iStock by Getty

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BIOLOGIE

pathogènes sans être malades pour autant. « Les prin- cipaux sont les rats et les chauve-souris, qui ont de solides défenses immunitaires, ainsi que les primates, qui sont nos proches cousins. Mais il peut s’agir aussi de chats, de chiens, de moutons, de chèvres, de poulets, etc. », précise Gilbert Greub.

Entre le réservoir et nous, un « vecteur » peut servir d’hôte intermédiaire. Ce rôle est très souvent joué par les moustiques et les tiques, mais il peut être tenu par un autre animal. Dans le cas de la Covid-19, on soupçonne fortement le pangolin, contaminé par le virus provenant d’une chauve-souris, d’avoir été le vecteur de la maladie.

Un même animal, plusieurs bactéries

La contamination elle-même peut se faire par piqûre, lorsqu’il s’agit d’un moustique, par morsure, par griffure ou par exposition à l’urine ou aux selles du réservoir ou du vecteur. « Un chat peut ainsi transmettre la bactérie Pas- teurella multocida en mordant, le bacille Bartonella hense- lae en griffant et par le truchement de ses puces, ou le pa- rasite Toxoplasma gondii (responsable de la toxoplasmose) par ses excréments, indique le professeur. Ce qui montre qu’un même animal peut transmettre des pathogènes dif- férents et de diverses manières. »

Le microbe peut aussi se transmettre par le biais de l’inhalation de fines particules (les aérosols) émises par les fientes de certains oiseaux, notamment les perruches et les perroquets. « En voyant le perroquet de La Casta- fiore, le capitaine Haddock était inquiet d’attraper la psit- tacose. À juste titre, car cette maladie est due à la bactérie Chlamydia psittaci que l’on retrouve dans les excréments de ce type de volatiles », remarque le microbiologiste qui est aussi tintinophile.

Enfin, il arrive que l’on contracte une zoonose par le biais de l’alimentation, par exemple « en mangeant du poisson cru, susceptible de transmettre des parasites, comme le ver Diphyllobothrium latum, ou en consom- mant un tartare de bœuf qui peut contenir le ver Taenia saginata. »

Une fois logé dans l’organisme d’un individu, le mi- croorganisme se transmet, plus ou moins aisément, d’une personne à l’autre. Il peut le faire par l’intermédiaire des aérosols (pour les maladies respiratoires), du sang et/ou des rapports sexuels (Sida, hépatite B), de l’urine et des ex- créments (fièvre hémorragique Ebola), de la salive (« ma- ladie du baiser » due au virus Eptein-Barr) ou de contacts avec une surface contaminée. C’est alors que démarre l’épidémie, qui parfois se transforme en pandémie.

Le saut de la barrière des espèces

Comment se fait-il qu’une bactérie ou un virus, inoffensif pour le réservoir ou le vecteur, devienne pathogène quand il pénètre notre organisme ? « À vrai dire, on ne sait pas vraiment, répond le microbiologiste. Il est possible que

certains microbes aient déjà un pouvoir pathogène quand ils sont hébergés par un animal, lequel arrive à s’en dé- fendre et à survivre. » Ensuite, au gré de ses mutations, le microorganisme gagne ou perd en virulence.

Cela dit, dans certains cas, comme dans celui de la grippe aviaire A/H5N1, transmise par le poulet et qui a sévi en Asie en 2005, le virus a subi un « réassortiment de son génome. Il renferme sept fragments d’ADN et il suffit que l’un de ceux-ci mute pour que son patrimoine géné- tique se réorganise, ce qui lui permet de franchir la bar- rière des espèces. »

Stratégies virales

Les virus ont ceci de particulier qu’ils sont incapables de vivre seuls. Pour se reproduire, ils doivent utiliser la machinerie cellulaire d’un animal ou d’un humain. Ce n’est généralement pas le cas des bactéries qui peuvent vivre de manière indépendante, « à l’exception de cer- GILBERT GREUB

Directeur de l’Institut de microbiologie de l’UNIL et chef du service de microbiologie médicale du CHUV.

Nicole Chuard © UNIL

L’Institut de microbiologie chuv.ch/fr/microbiologie

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taines bactéries intracellulaires comme la Rickettsie, la Coxiella ou de la Chlamydia qui, comme les virus, ont be- soin de cellules pour se multiplier », explique le profes- seur de l’UNIL.

Une fois qu’ils ont pénétré dans une cellule d’un indi- vidu, les virus intègrent donc leur génome à celui de leur hôte. « Certains sont malins, constate Gilbert Greub. Ils ne se multiplient pas et restent en état de latence. C’est le cas du virus de la varicelle, qui peut être réactivé des années plus tard et provoquer alors un zona. »

D’autres au contraire prolifèrent, « adoptant la stratégie du “ hit and run ”, ce qui signifie qu’en se répliquant rapi- dement et massivement, ils détruisent la cellule qui les hébergeait ; ils doivent alors aller chercher une nouvelle niche pour proliférer. » Ce faisant, ils provoquent des dé- gâts dans l’organisme de la personne qu’ils ont infectée et qu’ils finissent même parfois par tuer.

Le rythme s’accélère

Les zoonoses sont aussi vieilles que l’humanité et leur ap- parition a d’abord été favorisée par la sédentarisation et la domestication des animaux. L’histoire est donc riche de grandes épidémies qui ont fait des ravages. Les siècles passés ont notamment connu la peste, le typhus et le pa- ludisme (toujours endémique en Afrique). Depuis la fin du XXe siècle, d’autres maladies infectieuses ont émergé.

Certaines, comme le sida et les hépatites, se sont répan- dues à la surface du globe. D’autres sont restées locali- sées à un seul continent : l’Asie, pour la grippe aviaire A/

H5N1 et le SRAS, l’Afrique, pour Ebola. Parfois, un seul pays a été touché. C’est le cas des États-Unis « où le virus de l’encéphalite équine, qui sévit depuis l’été 2019, pré- sente une mortalité chez l’humain d’environ 39 % (il y a eu 15 décès sur 38 cas documentés). » De nouvelles zoo- noses apparaissent donc sans cesse, mais le rythme au-

quel elles émergent s’accélère. Au point que Gilbert Greub estime « que l’on découvre maintenant une nouvelle mala- die infectieuse presque chaque année ».

Regain d’intérêt pour les balades en forêt

À cela le microbiologiste voit plusieurs causes, toutes liées à nos modes de vie (lire l’article p. 21). Dans nos contrées, remarque-t-il, « on assiste à un regain d’intérêt pour les balades en forêt et en montagne qui nous mettent en contact avec des tiques ». En outre, la mode est à la posses- sion d’animaux de compagnie d’origine exotique, comme des rats, des tortues, des serpents, des lézards ou des oi- seaux venant de loin qui peuvent « provoquer des mala- dies que l’on ne connaissait pas avant ».

À cela s’ajoute l’intensification de l’élevage. « Aux Pays- Bas, la production à outrance de chèvres et de moutons a produit un cocktail explosif qui a conduit à une vaste épi- démie de fièvre Q. » Entre 2009 et 2012, quatre mille Néer- landais ont en effet été affectés par cette infection due à Coxiella, « que l’on attrape au contact de chèvres et de mou- tons, précise le médecin-chercheur. Quelques cas d’infec- tions humaines ont d’ailleurs été aussi documentés dans Lavaux en 2012, suite à l’infection de plusieurs centaines de moutons. » Depuis, la maladie est de déclaration obli- gatoire et Gilbert Greub, qui est également infectiologue, gère le centre de référence national qui délivre à la fois des conseils diagnostiques et thérapeutiques.

Par ailleurs, les êtres humains ne cessent de modifier les écosystèmes naturels. Tout particulièrement dans les régions tropicales qui abritent la plus grande biodiver- sité animale. La déforestation, les grands travaux dans la forêt, la création de zones suburbaines, etc. mettent les habitants en contact avec des animaux sauvages qu’ils n’avaient pas l’habitude de côtoyer auparavant.

L’impact du réchauffement climatique

Le réchauffement climatique a aussi sa part de responsa- bilité, car il modifie la répartition des vecteurs. Il permet à certains d’entre eux, habitués aux régions chaudes, de migrer vers le nord ou de coloniser des régions plus vastes en s’étendant à des altitudes plus élevées.

Gilbert Greub cite en exemple les tiques Ixodes ricinus, porteuses de bactéries apparentées aux Chlamydia, mais également vecteurs de la maladie de Lyme et du virus de l’encéphalite à tiques. « En neuf ans, la proportion du ter- ritoire suisse sur lequel on trouve ces tiques est passée de 16 % à 25 % (voir carte p. 20), car l’élévation des tempéra- tures leur permet de survivre entre 1000 et 1500 mètres d’altitude. » On a aussi vu apparaître récemment en Suisse de nouveaux genres, dont le Rhipicephalus, qui est le vec- teur de l’agent de la fièvre boutonneuse méditerranéenne.

Le constat est le même pour Aedes albopictus, le mous- tique tigre, qui transmet la dengue, le chikungunya et l’infection au virus Zika. « Venu de Madagascar, il est

GRAND RHINOLOPHE

La famille des chauves- souris fer à cheval, à laquelle appartient cet insectivore, est un réservoir de coronavirus.

© Rudmer Zwerver / Shutterstock

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veaux traitements, ainsi que pour lancer des essais cli- niques sur des candidats-vaccins, comme on le voit avec la Covid-19. Investir dans l’éducation et la science reste donc le meilleur moyen de faire face aux menaces ac- tuelles ou futures. »

Car menaces il y a bel et bien. Nul ne sait combien de microbes peuplent la terre, ni lesquels sont potentielle- ment pathogènes. « On ne voit que la pointe d’un iceberg dont on n’a aucune idée de la taille », souligne le microbio- logiste. Dans ces conditions, peut-on craindre qu’un jour, l’humanité soit décimée par un pathogène ? Sans exclure totalement cette possibilité, Gilbert Greub ne le pense pas. Il constate « que les humains ont toujours vécu avec des microbes qui sont apparus sur terre il y a 3 à 4 mil- liards d’années, soit bien avant les hominidés ». En outre, remarque-t-il, « plus l’agent pathogène est dangereux, plus on intensifie les mesures destinées à s’en protéger.

Il y aura donc toujours une part de la population humaine qui va survivre. » 

BIOLOGIE

arrivé en Italie, puis dans le sud de la France et, en 2019, on l’a retrouvé sur le pourtour du Léman et en Va- lais. Le vecteur est donc là, même si l’on ne sait pas encore s’il est porteur des virus responsables de ces maladies. »

L’élévation de la température affecte aussi les glaciers et l’on peut craindre « qu’en fondant, des glaces du per- mafrost amènent dans l’eau de source des virus encore inconnus ».

On ne voit que la pointe de l’iceberg

Les nouveaux microbes pathogènes sont souvent décou- verts à l’occasion d’épidémies. Certes, celles-ci sont plus étroitement surveillées que par le passé et « l’on dispose maintenant d’outils qui nous permettent d’identifier les microbes et de préciser les maladies auxquelles ils sont associés », constate Gilbert Greub.

Les chercheurs, les médecins et les industries phar- maceutiques « sont aussi de mieux en mieux armés pour développer rapidement des tests de diagnostic et de nou-

Les tiques Ixodes ricinus sont vectrices de maladies comme la borréliose.

Entre 2009 et 2018, le terrain favorable à l’installation de ces insectes a grandi (en vert pâle). Les régions qui leur sont devenues les plus

agréables, durant la même période, apparaissent en vert foncé. Cette carte est la version simplifiée d’un modèle établi par des chercheurs romands (doi.org/10.1101/2020.05.26.118216).

Au total, l’insecte a gagné 4032 km2 en 9 ans, pour couvrir un quart du territoire suisse (10 484 km2).

Leur altitude préférée se situe entre 500 et 1000 m.

EXTENSION DU DOMAINE DE LA TIQUE

LA DÉFORESTA- TION MET LES HUMAINS EN CONTACT AVEC DES ANIMAUX SAUVAGES

QU’ILS N’AVAIENT PAS L’HABITUDE DE CÔTOYER AUPARAVANT.

Infographie © Joëlle Proz. Photographie © Erik Karits/Shutterstock

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«NOS MODES DE VIE

CONTRIBUENT À L’ÉMERGENCE DE CE TYPE DE MALADIES»

La biologiste Cleo Bertelsmeier établit un lien entre la pandémie actuelle et la crise écologique.

I

nutile d’élaborer des théories du complot pour expliquer l’origine de la Covid-19. « L’émergence d’un nouveau virus n’a rien d’étonnant en soi », souligne la professeure Cleo Bertelsmeier, chercheuse au Dé- partement d’écologie et d’évolution de l’UNIL. Elle est l’une des 120 scienti- fiques signataires d’une Opinion pa- rue dans Le Temps, en mai dernier, qui font le lien entre la pandémie et la crise écologique. Comme ses collè- gues, elle constate que « notre mode de vie actuel contribue à l’émergence de ce genre de maladies ».

L’empreinte de l’homme sur la nature

Les zoonoses naissent des contacts entre humains et animaux sauvages, soit directement, soit par l’intermé- diaire d’animaux domestiques eux- mêmes contaminés. Si le phéno- mène s‘intensifie, c’est notamment à cause « de la fragmentation des habi- tats des espèces concernées ». L’éco- logue met aussi en cause « l’intensi- fication des élevages qui augmente la probabilité de transmission du vi- rus, d’autant que la faible diversité génétique dans les grandes fermes rend les animaux plus sensibles aux maladies ». À cela s’ajoute, selon elle, l’extinction des grands prédateurs.

« Leur élimination ne conduit pas seu-

lement à la réduction de la biodiver- sité des espèces. Elle permet aussi à leurs proies, par exemple les ron- geurs, de se multiplier. Là encore, cela favorise la transmission des pa- thogènes. » Quant au changement cli- matique, « il favorise le déplacement

d’espèces vers des régions tempé- rées ». Lorsque de nouvelles infec- tions émergent, elles donnent de plus en plus rapidement naissance à des épidémies qui se transforment aus- sitôt en pandémies en raison de « la mondialisation et de la globalisation des transports et des échanges de marchandises ». La professeure sait de quoi elle parle, elle qui étudie l’im- pact de ces phénomènes sur la dis- persion des insectes invasifs à tra- vers la planète. « Les insectes ne sont pas les seuls en cause. Les échanges concernent aussi de nombreuses es- pèces animales et végétales, ainsi que les humains », dit-elle en évo- quant, à titre d’exemple, les foules de personnes qui se côtoient dans les grands aéroports.

Une priorité politique

Si l’on veut limiter l’émergence de nouvelles épidémies et pandémies dans le futur, « il faut agir sur ces dif- férents facteurs », souligne Cleo Ber- telsmeier. « Lorsqu’il y a une crise, comme celle de la Covid-19, on réa- git dans l’urgence. Il serait temps que le changement climatique et la pré- servation de l’environnement soient classés parmi les priorités dans les agendas politiques. » Afin de ne pas seulement gérer le présent, mais de se préoccuper aussi de l’avenir. EG CLEO BERTELSMEIER

Professeure assistante au Département d’écologie et d’évolution (Faculté de biologie et de médecine).

Nicole Chuard © UNIL

Le Département d’écologie et évolution unil.ch/dee

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La Bible n’est pas la seule à raconter la visite à l’enfant Jésus. Un texte apocryphe inédit en français raconte que les voyageurs sont partis du lointain pays de Shir pour venir à Bethléem. Il précise que le dieu qui devait naître a fait route avec eux sous la forme d’une étoile.

TEXTE JOCELYN ROCHAT

L’HISTOIRE MÉCONNUE DES

ET DE L’ENFANT-ÉTOILE

ROIS MAGES

O

n croyait bien connaître l’histoire des rois mages.

Grâce à d’innombrables tableaux, et surtout aux personnages de la crèche, on imagine générale- ment que les célèbres visiteurs étaient au nombre de trois et qu’ils s’appelaient Gaspard, Melchior et Balthazar. On sait encore qu’ils sont venus de loin pour as- sister à la naissance de l’enfant Jésus, et que ces amateurs d’astronomie ont suivi une étoile apparue dans le ciel, jusqu’à la crèche de Bethléem où serait né le Divin Enfant.

Mais on découvre une tout autre histoire quand les mages racontent eux-mêmes leur périple. Elle se trouve dans un texte antique écrit à la première personne, qui comporte bien plus de détails que le très bref passage de l’Évangile de Matthieu qui les a rendus célèbres.

Ce témoignage est intitulé Révélation des mages, et il a été rédigé entre le IIe et le Ve siècle en langue syriaque, une branche de l’araméen, la langue que parlait Jésus.

« Il n’existe qu’une seule copie de ce texte très peu connu, dans un manuscrit copié au VIIIe siècle dans le mo- nastère de Zuqnin, au sud-est de la Turquie actuelle. Il a ensuite été conservé en Égypte, au monastère des Syriens dans le désert du Wadi Natroun, et finalement acquis au XVIIe siècle par Assemani, un savant libanais au service du pape Clément XI », explique Jean-Daniel Kaestli, pro- fesseur honoraire de théologie à l’UNIL.

Déposé depuis lors à la bibliothèque du Vatican, ce manuscrit contient « une Chronique anonyme de l’his- toire universelle, qui va d’Adam à l’année 775 / 776 et

RELIGION

GUIDE

La Révélation des mages, un texte apocryphe, a influencé des peintres médiévaux qui ont représenté Jésus au cœur de l’étoile. Extrait du triptyque Bladelin, par Rogier van der Weyden, réalisé entre 1445 et 1450.

Berlin, Gemäldegalerie.

© akg-images /De Agostini Picture Lib

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ROIS MAGES

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qui incorpore des écrits plus anciens, dont le long ré- cit de la Révélation des mages, inséré à la date de la nais- sance du Christ ».

Ce texte apocryphe (lire en p. 26) nous apprend notam- ment que les mages n’étaient pas trois, et qu’ils étaient des sages, pratiquant une religion immémoriale. Ce n’étaient pas non plus des astrologues. Ils étaient appelés « mages » dans la langue de leur pays parce qu’ils priaient et glori- fiaient Dieu en silence. Enfin, ces personnages ont donné une version de l’événement de Noël plus merveilleuse que celle que nous connaissons.

Ils n’étaient pas trois mais douze

Dans la Révélation des mages, les personnages qui se mettent en route pour Bethléem ne sont pas trois, mais douze. Selon cette source, ils s’appelaient Zaharwandad, Hôrmizd, Ausštazp, Aršak, Zarwand, Arîhô, Artahšišat, Aštanbôzan, Mihruq, Ahširaš, Nasardîh et Merôdak.

Ce passage de trois à douze visiteurs ne surprend pas Jean-Daniel Kaestli. « Quand on regarde l’iconographie des mages, notamment leurs plus anciennes représentations dans les catacombes romaines, on voit que leur nombre n’est pas du tout fixe. Ils sont parfois deux, mais on peut aussi en voir quatre ou même six. »

Les noms de ces douze mages n’étonnent pas davan- tage l’expert de l’UNIL : « Ce n’est pas une originalité de ce texte ; on trouve une même liste chez d’autres écrivains de langue syriaque. Comme ces noms ne jouent aucun rôle par la suite, il est fort probable qu’ils ont été ajoutés après coup en tête du récit. »

Ils venaient de Chine

L’une des grandes originalités de la Révélation des mages, c’est de présenter des voyageurs qui viennent très pro- bablement de Chine. « L’interprétation dominante, depuis l’Antiquité, c’est que les mages viennent de Perse, précise Jean-Daniel Kaestli. Or ce texte nous dit qu’ils viennent

“ du pays de Shir dans la partie extrême de l’Orient du monde habité, près de l’Océan, la grande mer qui est au- delà du monde, à l’est du pays de Nod où demeurait Adam ”.

Dans la géographie antique, on imaginait que la Terre était entourée d’un océan. Donc ces mages viennent vraiment des confins du monde habité. Et si l’on pense à la Chine, c’est parce que le pays de Shir n’est autre que le pays des Sères, le “ peuple de la soie ” (en grec sèr, sèros, signifie la soie), ce textile dont les Chinois seuls avaient le secret et dont ils faisaient commerce avec les autres peuples de l’Antiquité. »

Ils suivent une autre étoile

Comme Gaspard, Melchior et Balthazar, les mages de Shir sont guidés par une étoile. Mais cet astre occupe une place beaucoup plus importante dans la Révélation des mages que dans le Nouveau Testament. La venue du Sauveur sous la forme d’une étoile est annoncée dans un livre qui remonte à Adam lui-même, par l’intermédiaire de son fils Seth. Les mages n’ont cessé de l’attendre de génération en génération, jusqu’au jour où elle a fait sa première appari- tion au pays de Shir, sur la « montagne des victoires », au- dessus de la « caverne des trésors ».

L’étoile descend alors du ciel et entre dans la caverne.

« Et nous entrâmes, dit le texte, remplis de crainte, et nous fléchîmes les genoux à la porte de la caverne à cause de l’abondance de la lumière. Et nous étant redressés sur son ordre, nous levâmes les yeux et nous vîmes cette lumière qui est ineffable pour la bouche humaine. Et elle se concen- tra et nous apparut sous la forme corporelle d’un homme petit et humble », raconte la Révélation des mages.

« L’enfant naît de la concentration de la lumière, ex- plique Jean-Daniel Kaestli. Cette lumière est une émana- tion de la lumière divine, envoyée par le “ Père de majesté ”.

La voix de l’enfant-étoile ordonne alors aux mages de se

RELIGION

JEAN-DANIEL KAESTLI

Professeur honoraire de théologie à l’UNIL.

Nicole Chuard © UNIL

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mettre en route vers Jérusalem pour assister à la naissance du Sauveur ; et leur voyage, avec l’étoile pour guide, va se dérouler dans des circonstances miraculeuses. »

Ici, pas de crèche, mais une caverne

Après avoir passé par Jérusalem et s’être informés auprès du roi Hérode, comme dans l’Évangile de Matthieu, les mages arrivent à Bethléem et décrivent une nativité très différente de celle que nous connaissons par les textes du Nouveau Testament. Dans cette version, ils ne trouvent pas de crèche, mais une caverne. L’expérience extraordi- naire qu’ils ont vécue au pays de Shir, dans la caverne des trésors, se répète pour eux dans la caverne de Bethléem.

« Nous avons vu la colonne de lumière, qui descendait, comme nous l’avions vue, auparavant, et elle s’est tenue devant la caverne, et cette étoile de lumière est descen- due et s’est tenue au-dessus de la colonne avec des anges à sa droite et à sa gauche. (...) Et la colonne, l’étoile et les

anges sont entrés et nous ont précédés dans cette caverne où naissaient le mystère et la lumière du salut. Et une voix compatissante nous a ordonné d’entrer. (...) Et le glorieux enfant et l’antique lumière qui accomplit la volonté du Père de majesté a ouvert sa bouche et nous a dit : (...) « Fils de mes mystères, n’ayez pas peur. »

L’enfant-lumière adresse alors aux mages un long dis- cours, leur annonçant notamment le sort bienheureux qui les attend lorsqu’il les présentera au Père de majesté. Ce n’est qu’au moment où les visiteurs de Shir quittent l’en- fant pour regagner leur pays que nous apprenons que :

« Marie et Joseph sont sortis avec nous de la grotte ».

Si l’entrée en scène du couple vedette de la Nativité est abrupte, car ils n’ont jamais été mentionnés jusqu’ici, les mages reconnaissent qu’ils ont tous deux « été jugés dignes d’être appelés par le nom de parents ». Ils saluent en Marie celle qui « est devenue la porte pour la grande lumière qui est entrée dans le monde par grâce, pour

NATIVITÉ

Dans cet extrait d’un polyptyque de Rogier van der Weyden, l’enfant- étoile mène également les rois mages à Bethléem. Cette Nativité, réalisée entre 1440 et 1460, est conservée au Metropolitan Museum of Art (New York).

© akg-images

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bannir les ténèbres. Et elle est devenue la voie du salut pour Dieu qui s’est enfanté lui-même, qui est apparu dans la forme corporelle d’un être humain. » Mais quand Ma- rie voit que l’étoile s’est mise en route avec les mages, elle craint un instant que l’astre ne reparte avec les visiteurs.

Elle est vite rassurée par les mages qui lui disent que son

« glorieux enfant » l’attend dans sa maison, et qu’en même temps il ne cessera pas d’être avec eux. Le texte précise en- core que, « quand Marie et Joseph s’en sont retournés, se ré- jouissant de tout ce qu’ils avaient entendu au sujet du Saint Enfant, ils ont regagné leur maison. Marie est rentrée dans sa maison et elle a trouvé l’enfant de lumière qui riait et qui glorifiait tous ces mystères grands et admirables. »

Le rôle discret de Marie et Joseph

Dans cette Nativité apocryphe, Marie et Joseph ont un rôle bien plus discret que dans les Évangiles de Luc et de Mat- thieu. Ils ne comprennent pas vraiment la portée de l’évé- nement, et ce sont les mages qui leur révèlent la véritable identité de l’enfant de lumière. Car les visiteurs de Shir

« sont les dépositaires d’une antique sagesse, explique Jean-Daniel Kaestli. Ils ont connaissance d’une prophétie annonçant la venue d’une étoile qui ne sera autre que la di- vinité elle-même, venant sur la Terre en sauveur. »

Une autre originalité de ce texte, c’est qu’il fait « remon- ter l’annonce de la venue de ce sauveur à Adam, qui a lui- même vu l’étoile quand il était encore au paradis, avant sa transgression », précise l’expert en apocryphes de l’UNIL.

Après la mort d’Abel, tué par son frère Caïn, Adam a ins- truit Seth, son troisième fils, du contenu de la prophétie. Elle a ensuite été mise par écrit par Seth, dans le tout premier livre à avoir été écrit, et a été confiée à ses descendants, au peuple habitant le pays de Shir. Et depuis la Genèse, de gé- nération en génération, ces initiés se transmettent la révé- lation et célèbrent un rituel dans l’attente de l’apparition de la lumière qui va resplendir pour toute l’humanité.

Les mages sont baptisés par l’apôtre Thomas La dernière partie de la Révélation des mages a pour prota- goniste Judas Thomas. Elle raconte la venue dans le pays de Shir de l’apôtre qui enseigne, fait d’autres convertis et bap- tise les mages. Cette apparition finale donne un précieux indice sur la région d’origine de cette très étonnante Révé- lation des mages. « Thomas était un apôtre particulièrement vénéré en Syrie et en particulier à Édesse, explique Jean- Daniel Kaestli. L’hymne qu’il prononce au moment du bap- tême est dans la ligne de ce qu’on peut lire dans les Actes de Thomas, un autre apocryphe qui raconte l’activité mis- sionnaire de ce disciple de Jésus en Inde. »

La Révélation des mages contient d’autres indices qui font penser que « ce texte a probablement été composé à Édesse, une ville aujourd’hui située dans le sud de la Tur- quie, et qu’il a circulé dans le monde mésopotamien », pré- cise le professeur. Cette région était également un carre-

four commercial, où l’on devait connaître l’existence du pays de la soie. C’est enfin dans cette région qu’on par- lait le syriaque, qui était aussi la langue internationale de l’empire perse.

Une histoire suspectée d’hérésie, mais très diffusée La Révélation des mages n’a laissé que très peu de traces dans le christianisme de langue syriaque, probablement parce qu’il a été considéré comme hérétique à cause des idées peu orthodoxes qu’il véhiculait. Et pourtant, ce pro- duit d’une forme singulière du christianisme oriental a eu des échos en dehors du monde syriaque. Cela tient au fait que ce récit « a fait l’objet d’un résumé d’une trentaine de lignes à l’intérieur d’un commentaire de l’Évangile de Mat- thieu (Opus imperfectum in Matthaeum), une œuvre du Ve siècle conservée en latin et transmise sous le nom presti- gieux de Jean Chrysostome, ce qui lui a valu une très large diffusion dans la tradition de l’Église latine », explique Jean- Daniel Kaestli.

Certains motifs de cette forme très abrégée de la Révé- lation des mages ont même été repris dans la Légende Do- rée de Jacques de Voragine, et ils ont aussi influencé des peintres du Moyen Âge qui ont représenté un petit enfant au cœur de l’étoile qui apparaît aux rois mages.

Évidemment, quand on revient à l’Évangile de Mat- thieu, après l’ample et merveilleux récit de la Révélation des mages, on ne peut qu’être frappé par le peu de détails donnés par le Nouveau Testament. Matthieu ne nous dit rien de leurs noms, ni de leur origine, ni même de leurs titres, puisque ces mages ne sont pas rois. Tout au plus donne-t-il la fameuse liste des trois cadeaux, l’or, l’encens et la myrrhe. La grande sobriété de son récit a permis aux croyants antiques de combler les vides du texte biblique, comme le montre cet apocryphe oublié. 

La Révélation des mages fait partie des écrits apocryphes. Ce terme désigne des textes souvent très anciens, qui mettent en scène des personnages bibliques. S’ils témoignent des premiers développements du christianisme, ces récits n’ont pas été retenus dans le Nouveau Testament. Pourtant, depuis quelques décennies, ces écrits marginaux sont de- venus des curiosités et de possibles best-sellers, et l’on peut parier que la Révélation des mages intéressera de nombreux lecteurs, le jour où elle sera enfin traduite en français.

« Le texte syriaque de notre histoire des mages a été édité pour la première fois en 1850, sans traduction, et à nouveau en 1927, avec une traduction en latin. La première version en langue moderne a paru en 1952, dans un ouvrage en italien également destiné à un public universitaire, précise Jean-Daniel Kaestli. Enfin, il a fait l’objet de la thèse de Brent Landau, un chercheur américain qui collabore au projet d’édition de la littérature apocryphe dont le siège est à l’UNIL. Il va éditer le texte dans notre Series apocryphorum, après avoir déjà publié un livre destiné au grand public : Revelation of the Magi. The Lost Tale of the Wise Men’s Journey to Bethlehem (New York, HarperOne, 2010). Mais malgré cette publication, notre apocryphe reste très peu connu, même des spécialistes. »

LA RÉVÉLATION DES MAGES, UN APOCRYPHE MÉCONNU RELIGION

«DANS CETTE NATIVITÉ APOCRYPHE, MARIE ET JOSEPH ONT UN RÔLE BIEN PLUS DISCRET QUE DANS LES ÉVANGILES DE LUC ET DE MATTHIEU.»

JEAN-DANIEL KAESTLI

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«LE RÉCIT DES MAGES

N’EST PAS CONSIDÉRÉ COMME UN ÉVÉNEMENT HISTORIQUE »

Entretien avec Simon Butticaz, directeur de l’Institut romand des sciences bibliques.

D

ans la Bible, il n’y a qu’un  seul des quatre Évangiles  du Nouveau Testament qui  parle de la visite des mages,  c’est juste ?

Simon Butticaz : Effectivement, le ré- cit de la visite des mages est propre à Matthieu. Il se lit dans ce que l’on nomme communément l’ « Évangile de l’enfance », en son chapitre 2, ver- sets 1 à 12.

Quand un seul Évangile parle de ces  personnages, qu’est-ce que cela  nous dit de la crédibilité historique  de cet épisode ?

D’ordinaire, l’historien juge cré- dible une tradition attestée par diffé- rentes sources indépendantes l’une de l’autre. Pour cette raison, le récit des mages consigné par Matthieu n’est, le plus souvent, pas considéré comme un événement historique, mais comme un épisode symbolique. S’y reflète, pensent les exégètes, la vocation uni- verselle de celui dont le premier évan- géliste relate l’« origine » (Mt 1,1) – Jé- sus de Nazareth.

Que nous dit vraiment Matthieu,  sur le nombre, le nom et l’origine  de ces mages ?

Matthieu est peu disert à ce propos. Ni le nombre ni le nom de ces « mages » ne sont livrés. Qu’ils apportent trois pré-

sents a conduit à en fixer le nombre à trois : mais c’est là l’œuvre de la ré- ception, et non du récit de Matthieu.

Ce dernier se limite à en donner l’ori- gine et la fonction : « des mages prove- nant d’Orient », lit-on en Mt 2,1. Plus tard dans la tradition de l’Église, ils deviendront rois.

Pour vous, ces « mages », ce sont des  astrologues ? Des scientifiques ?  Étymologiquement, on a souvent rapproché les magoi (en grec) de

« prêtres » ou d’« oniromanciens » d’ori- gine perse. Traditionnellement donc, les visiteurs de Bethléem sont consi- dérés par les biblistes comme des conseillers religieux ou des sages ac- tifs à la cour d’un roi étranger. Or, alors que Hérode le Grand, le roi d’Israël en fonction, refuse de reconnaître la vo- cation céleste du nouveau-né de Beth- léem, ces « mages » orientaux se pros- ternent à ses pieds. Un paradoxe qui, selon les exégètes, refléterait la situa- tion socio-historique dans laquelle se trouvait la communauté de Matthieu après la destruction du Temple de Jé- rusalem en l’an 70, soit la nécessité d’élargir la mission de l’Église en di- rection des populations non-juives (cf.

Mt 28,19). JR SIMON BUTTICAZ

Professeur, directeur de l’Institut romand des sciences bibliques.

Nicole Chuard © UNIL

L’institut romand des sciences bibliques unil.ch/irsb

«ON A SOUVENT RAPPROCHÉ

LES MAGOI (EN GREC) DE «PRÊTRES»

OU D’«ONIROMANCIENS»

D’ORIGINE PERSE.»

SIMON BUTTICAZ

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