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Le volcanisme (suite)

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Le volcanisme (suite)

BRUN, Albert

BRUN, Albert. Le volcanisme (suite). Le Globe, 1909, vol. 48, no. 1, p. 63-68

DOI : 10.3406/globe.1909.5103

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:150053

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(Suite) PAR

Albert BRUM Docteur ès sciences 1

A deux reprises déjà il a été publié dans ce recueil quelques notes sur le volcanisme2.

En 1908, je me suis rendu à Java pour faire un contrôle sur le terrain, et dans un climat tropical, des différentes lois que "j'avais établies précédemment.

Java ayant un climat excessivement humide, il va sans dire que les conditions des fumerolles aqueuses doivent être très spéciales et tout à fait différentes de celles que l'on observe aux volcans méditerra¬

néens et aux Canaries.

Le volcan qui a donné à Java les meilleurs résul¬

tats concernant cette étude a été le PapaistdaYAN : Ce foyer éruptif existe depuis 1772, époque à laquelle il a fait une formidable explosion, tuant 3000 personnes et détruisant une vaste étendue de

1 L'Université de Genève ayant conféré, à l'occasion de son jubilé, en juillet 1909, le grade de docteur ès sciences honoris causa à M. Albert Brun, nous sommes aise de donner ici, pour la première fois, à notre savant collègue le titre qu'il a si bien mérité.

2 Globe, XLVI, Mémoires , p. 1, et XLVII, Mémoires,]). 39.

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64 LE VOLCANISME.

forêts. Depuis cette époque, il n'a pas cessé d'être chaud, et actuellement, il se trouve dans une phase solfatarienne chaude excessivement intéressante.

En étudiant de près ce cratère et en suivant au thermomètre la marche de la température au fur et

à mesure que l'on se rapproche du centre, et étu¬

diant parallèlement les quantités de vapeurs d'eau émises par chaque fumerolle à une température donnée, on arrive à une constatation qui est tout à fait remarquable. En effet, à la périphérie, la tempé¬

rature des ruisseaux et sources ne dépasse pas 92° ; au fur et à mesure que l'on se rapproche du centre, on rencontre des fumerolles soufflantes dont les pre¬

mières ont une température de 110°, les suivantes de 125°, puis on rencontre 190°, 210°, et enfin la fumerolle la plus chaude qu'il a été possible d'abor¬

der, au milieu des vapeurs d'oxyde sulfureux et de soufre, était de 270°.

Si parallèlement à cette température, on mesure la pression de vapeur d'eau et les quantités de vapeur d'eau émises, on observe que les maxima sont situés aux fumerolles de 125° ; immédiatement après, la pression de la vapeur d'eau et sa quantité diminuent considérablement, pour être à peu près nulles dans les fumerolles à 270°. Cette constatation physique amène immédiatement à la conclusion que forcément la vapeur d'eau est due à un apport externe avan¬

çant sur le foyer chaud, se réchauffant brusquement pour être enfin surchauffé vers 125°, et présenter à

ce point-là son maximum de tension de vapeur.

Les fumerolles de 270° sont fort peu distantes des

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précédentes, elles n'en sont séparées que par des lapillis meubles et poreux et, étant donné la pression considérable des fumerolles de 125°, de la vapeur d'eau s'infiltre et s'échappe par les orifices voisins. Il ne faut pas oublier que la distance qui sépare la zone la plus chaude de la zone des fumerolles soufflantes est à peine de quelques mètres, parfois deux ou trois tout au plus; ceci montre une fois de plus avec quelles précautions il s'agit de faire les observations, si l'on veut être certain du rôle de l'eau dans un cra¬

tère de volcan.

Les zones séparatives de température maximum et de température plus basse donnant certains phé¬

nomènes volcaniques, sont sinueuses et semblent au premier abord enchevêtrées. Il faut un examen très attentif et répété pour démêler les lois d'apport des eaux externes et du rôle qu'elles jouent. Ceci nous amène aussi à considérer la manière d'être du tube fumerollien.

Nous avons vu précédemment que l'émanation vol¬

canique était anhydre et qu'elle contenait du chlor¬

hydrate d'ammoniaque, de F acide chlorhydrique libre, des gaz carbonique, sulfureux, etc. Si ce tube fumerollien est, dans sa partie supérieure un peu re¬

froidie, envahi par les eaux errantes, il va sans dire que toutes les émanations solubles dans l'eau devront se retrouver dans l'eau de la fumerolle, et les gaz insolubles se retrouver en nature ; c'est précisément ce que l'on observe au Papandayan et dans toutes les régions volcaniques.

LE GLOBE, T. XLVIII, 1909. 5

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Malheureusement, les observateurs se sont, en gé¬

néral, contentés d'analyser les gaz et ont oublié d'analyser les eaux de la fumerolle, erreur répétée par différents auteurs, encore ces derniers temps (Armand Gautier), ce qui naturellement a conduit à des conclusions parfaitement fausses.

Le Papandayan, de même que le Mérapi, de même que le Bromo, conduisent exactement aux mêmes résultats.

Un autre volcan a été étudié : le Smeroe. Celui-ci le géant des volcans javanais, s'élève à 3670 mètres

d'altitude et est actuellement en phase d'activité assez intense ; les explosions se répètent toutes les cinq à huit minutes. Il a été possible de vérifier là, une fois de plus, ce que j'avais annoncé pour le Stromboli et pour le Vésuve en 1904, pour le Vésuve en 1906, à savoir que les cendres d'explosion retom¬

bantes sont constamment sèches.

Un examen comparatif a pu être fait au Bromo, où ce volcan se trouvant dans une phase solfata- rienne très chaude, projette par son cratère le mé¬

lange de ses fumerolles aqueuses avec son émana¬

tion sèche : or, la cendre qui retombe du Bromo est constamment humide.

Cette différence caractéristique entre la phase paroxysmale et la phase solfatarienne indique donc bien que la première est totalement anhydre. Mais nous pouvons pousser l'examen du magma encore plus loin, et c'est le Krakatau qui va nous en donner l'occasion.

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Chacun connaît les phases de l'explosion de ce célèbre volcan et les perturbations marines et atmo¬

sphériques qui ont eu lieu à la suite de l'éruption;

je dirai seulement, en deux mots, que Yerbeek esti¬

mait que la ponce rejetée avait un volume de 18 ki¬

lomètres cubes. Or la critique scientifique la plus sévère amène à la conclusion que, seule, l'expansion de l'obsidienne, en libérant ses gaz, a provoqué l'ex¬

plosion du volcan.

En étudiant donc cette obsidienne, on pourra sa¬

voir quels sont les gaz qui ont engendré ce phéno¬

mène gigantesque.

Dans mon exploration de l'île, je me suis attaché à récolter le plus possible de cette roche particu¬

lière, qui représente pour le vulcanologue le magma primitif et actif du volcan. Cette obsidienne est

éparse dans la grande couverture de ponces de l'île et avec quelque attention, on en récolte une certaine

quantité.

Les analyses effectuées, en provoquant l'explosion de cette obsidienne dans le vide, ont conduit au résultat absolument nouveau et inattendu, que le gaz principal de l'explosion était du chlore pur, accompagné comme toujours de chlorhydrate d'am¬

moniaque, d'oxyde de carbone, azote et anhydride sulfureux.

Cette composition ne diffère pas essentiellement de celle des gaz du magma des autres volcans du monde entier, mais elle est caractérisée, et ceci en fait la singularité, par une richesse en chlore libre, tout à fait extraordinaire.

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68 LE VOLCANISME.

Un chimiste verra immédiatement les conséquences de ces analyses : elles sont absolument positives et démontrent que l'émanation volcanique a été fatale¬

ment anhydre, et qu'aucune trace d'eau n'a pu agir pour provoquer l'explosion de la roche. Nous pou¬

vons soumettre cette conclusion à un contrôle qui est le suivant :

Déterminer sur les ponces récoltées sur l'île quelle a été la quantité de gaz nécessaire pour les former, ceci par les méthodes déjà publiées {. Archives des Sciences physiques et naturelles). L'on verra que la quantité de gaz que l'on peut extraire par le vide est identique à celle qui a provoqué la formation de la ponce naturelle, d'où il faut conclure qu'aucun autre gaz que ceux énoncés n'a pu agir comme force élas¬

tique dans l'explosion du volcan.

Cette brève notice indique donc par deux conclu¬

sions très puissantes que la thèse soutenue de l'anhy- dricité complète de l'explosion volcanique est bien la thèse vraie, et, qu'elle seule, peut permettre une explication rationnelle et scientifique du phénomène.

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