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Le volcanisme (suite)
BRUN, Albert
BRUN, Albert. Le volcanisme (suite). Le Globe, 1908, vol. 47, no. 1, p. 39-42
DOI : 10.3406/globe.1908.5063
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:150229
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( Suite V
PAR
Albert BRUN Licencié ès sciences
Il a paru en octobre 1907 dans le Globe (Mémoires) un article tendant à démontrer que l'explosion volca¬
nique dans sa phase chaude, est due à des réactions anhydres.
MM. Albert Brun et H. -F. Montagnier ont orga¬
nisé une expédition aux Canaries dans le but de vérifier autant que possible, une fois de plus, ces démonstrations, sur le terrain. Ils se sont rendus au Pic de Teyde et ont étudié la solfatare du cratère, en y dosant l'eau contenue dans les gaz volcaniques.
Les gaz de la solfatare sont principalement de l'acide carbonique mêlé d'azote et d'air atmosphé¬
rique plus ou moins mélangé de vapeur de soufre.
Les dosages ont établi que la proportion d'eau varie parallèlement avec les précipitations atmosphé¬
riques. Après une pluie, la proportion d'eau augmente toujours dans les fumerolles. Celles-ci ne sont en général pas saturées de vapeur d'eau lorsqu'il ne pleut pas.
1 Voir pour la première partie Globe XL VI, Mémoires, p. 1.
40 LE VOLCANISME.
Le volcan de Timanfaya a aussi été étudié. Ce volcan se trouve dans l'île de Lanzarote.
Le climat y est très sec, il ne pleut qu'une fois par an, quelques heures seulement ; en sorte que si ce volcan émettait de l'eau, il y aurait des chances
pour que ce fût de l'eau volcanique.
La dernière éruption a eu lieu en 1730-36. Malgré cette date reculée, le volcan et le cône sont encore très chauds ; à 60 centimètres de profondeur seulement, les rapillis au Lomo de Azufre ont la température
de 360°.
Les auteurs sont d'avis que la température du volcan règle seule l'activité de la cheminée éruptive et qu'un volcan n'ayant pas fait explosion depuis 170 ans et possédant encore à la surface cette tempé¬
rature de 360° est dans une phase plus active qu'un autre ayant fait explosion depuis moins longtemps, mais ayant une température plus basse.
Les expériences au Timanfaya ont montré que les exhalaisons étaient anhydres, or tout le cône est chaud et cette grande région chaude se montre privée de fumerolles. Il est bien certain qu'avec cette tempé¬
rature-là du cratère et dans un climat humide, nous aurions tous les phénomènes de solfatares, geysers, sources chaudes, comme ailleurs.
Le Timanfaya donne donc la meilleure démons¬
tration possible de l'inanité de l'argument qui veut que la preuve que l'eau soit volcanique est précisé¬
ment l'état de solfatare 1 .
1 Yoir G. Mercalli, I vulcani attivi délia terra. — Milan 1907.
L'état solfatarien dépend de deux causes : de la température du volcan et des eaux telluriques ; lorsque la seconde manque, la température reste seule — et comme la roche lavi que est alors quasi épuisée de ses générateurs en gaz, il ne sort plus que des traces de gaz volcanique, chlorure d'ammonium, acide carbo¬
nique, ammoniaque, comme c'est précisément le cas au Timanfaya — sans aucune trace d'eau.
Un examen minutieux du cône et du cratère montre que pendant toute la période du refroidissement du Timanfaya, c'est-à-dire pendant 170 ans, en aucun instant il n'a apparu de l'eau, aucune trace de fume¬
rolle aqueuse, aucune trace d'altération chimique de la roche ne montre qu'il a pu exister un pareil phéno¬
mène. Du reste, les habitants savent très bien que lors de l'unique pluie annuelle d'hiver, alors seule¬
ment à ce moment là, le volcan émet un peu de
« vapor ».
Notons encore que pendant ce long espace de temps, le Timanfaya a conservé sans altération sensible, son chlorure de magnésium superficiel et que si, à un moment donné, il y avait eu une phase solfatarienne avec eau d'origine volcanique, ce sel aurait disparu. En terminant, faisons ressortir la manière dont nous devons étudier la question de l'eau volcanique :
La question se ramène à ceci : lorsqu'un volcan dans une certaine phase présente des fumerolles aqueuses, il s'agit de savoir d'où vient cette eau et comment elle a pu se former.
Si dans la phase paroxysmale on rencontre de l'eau, il faut faire la même recherche.
42 LE VOLCANISME.
Jusqu'à présent il n'a été présenté aucun argument ni preuve irréfutable en faveur de la présence de l'eau dans les gaz du paroxysme, tandis que beaucoup de preuves sont contre elle. (Voir publications précé¬
dentes).
La seule argumentation en faveur de l'eau au paroxysme, qui semble avoir quelque valeur serait celle des pluies concomittantes de la chute des cendres.
A ceci il est facile de répondre que jamais il n'a été fait d'observations de thermométrie et d'hygrométrie atmosphérique au moment de cette pluie. Il aurait été facile de voir que l'abaissement de température seul provoqué par la masse opaque de cendres tombantes suffit pour expliquer le phénomène. Les auteurs en ont eu la preuve dans l'île de Lanzarote.
Il furent pris dans un nuage de sable désertique chassé par le vent, provenant de la côte de la baie de Peneda. Le ciel fut obscurci, devint très sombre ; la température fut brusquement abaissée : le point de saturation atmosphérique qui était de 16° à 17° fut brusquement atteint et de larges gouttes de pluie se mirent à tomber. Le phénomène ne dura que quelques minutes.
Inutile de dire qu'aucun volcan n'était en cause.
Jusqu'à preuve scientifique du contraire, les auteurs soutiennent que c'est à ce phénomène-là que sont dues les pluies prétendues volcaniques.
Ces recherches se poursuivent et nous espérons que de nouvelles démonstrations seront encore apportées par ces messieurs, lors d'une exploration qu'ils ont en
projet.