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Former des internistes à l'hôpital, du multitasking
LUTHY, Christophe, CEDRASCHI, Christine
LUTHY, Christophe, CEDRASCHI, Christine. Former des internistes à l'hôpital, du multitasking.
Revue médicale suisse , 2017, vol. 13, no. 559, p. 880
PMID : 28727352
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:99797
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REVUE MÉDICALE SUISSE
WWW.REVMED.CH 19 avril 2017
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Former des internistes à l’hôpital, du multitasking
Objectiver, évaluer, coordonner : de nom breux termes évoquent les opérations qui sont au cœur de nos pratiques de soi
gnants. Brièvement, il s’agit de récolter et d’analyser des informations anamnestiques les plus objectives possibles, de procéder à des examens physiques, d’organiser des tests, de collecter les données obtenues, de gérer l’incertitude, ceci avant de réunir le malade et le(s) thérapeute(s) impli qué(s) afin d’informer les parties, de prendre des décisions, et d’assurer le suivi. Actuellement, il ne fait aucun doute que les sciences bio
médicales et l’exploitation des réseaux de soins nous permettent de donner à la rela
tion thé rapeutique une efficacité jusqu’ici jamais atteinte.
Compte tenu des défis liés à l’efficience attendue du sys
tème de soins, les compétences à transmettre aux médecins en formation ne cessent de croître. Il y a évidemment les savoirs biomédicaux et des aspects liés au raisonnement médical sur lesquels nous ne
nous étendrons pas. De plus, afin de promou
voir une formation postgraduée adaptée, il est également désormais reconnu qu’il importe de développer des enseignements renforçant la capacité des médecins à in
tégrer le contexte socioculturel et éco
nomique, tout comme les perceptions du malade dans le diagnostic et le traitement (la narrative-based medicine en complément à l’evidence-based medicine). Il convient aussi de former les collègues à la coordination des réseaux de soins interdisciplinaires.
Finalement, les hôpitaux universitaires doivent également élargir l’enseignement dans des settings ambulatoires qui consti
tuent le pivot du réseau de soins, à savoir le pont entre la médecine de proximité et les plateaux médicotechniques station
naires.
Très sommairement, il est donc demandé aux enseignants de faire évoluer l’image idéale d’un médecin omnicompétent et de le sensibiliser aux diverses interprétations de la santé et de la maladie tout en mainte
nant les efforts contre l’hospitalocentrisme.
Avec une pointe d’ironie, nous ajoutons que cette démarche doit s’adapter à une durée de formation qui se raccourcit en raison notamment des coûts financiers directs et indirects qui reposent sur les hôpitaux. Avec ces éléments, les médecins en formation comme leurs formateurs peuvent déjà se sentir mis sous pression par la charge à assumer. Et pourtant leurs tâches sont encore plus ardues.
Effectivement, la prise en compte de l’individu souffrant se situe toujours en amont des aspects biomédicaux et organi
sationnels précités, à un carrefour encore mal identifié, à un endroit où chaque soi
gnant peut – par sa volonté de chercher à déchiffrer ce que signifie la maladie et quels en sont les enjeux pour lui comme pour son malade – contribuer à une meilleure compréhension des phénomènes. C’est là qu’il con
vient de souligner l’importance des qualités professionnelles des formateurs directs des jeunes médecins car le savoir
faire des premiers est essen
tiel lorsqu’il s’agit de montrer comment gérer de multiples difficultés dans des domaines où la compréhension de soi est essentielle.
Les cadres cliniques des hôpitaux ont donc là une responsabilité majeure au quo
tidien. Il s’agit de ne pas se contenter de veiller à intégrer les représentations du malade, de parler de physiopathologie, ni de recommander des examens et des trai
tements une fois le(s) diagnostic(s) établi(s).
Non, il s’agit aussi de parler de la com
plexité du vivant et du caractère unique de la souffrance du malade.
Chaque thérapeute peut en effet ima
giner comprendre et saisir complètement ce qui lui est adressé. Cette proximité est cependant toujours en partie fantasma
tique. Les formateurs doivent illustrer le phénomène de l’altérité en montrant par exemple combien la qualité de l’écoute du malade interroge l’expérience du soignant dans sa capacité à accepter ce qui est étranger. De plus, dans la mesure où beau
coup de consultations sont motivées par une plainte, les formateurs doivent mon
trer les effets de la régression du malade et la position de dépendance dans laquelle il se trouve. Notre liste ne s’arrête pas là. Les formateurs doivent évoquer combien les actes diagnostiques ou thérapeutiques sont parfois dictés par ce que les propos et les attitudes du malade soulèvent émotionnel
lement chez le médecin. Ils doivent ensei
gner comment définir et comment faire respecter les limites de la consultation dans l’agir, dans le temps, comme dans les résultats attendus de la médecine. Ils doivent également dévoiler combien le fait de permettre à un malade de se dire peut influencer la plainte, l’acceptation et la tolérance des traitements ou de l’enca
drement proposé, … jusqu’à accroître la capacité d’autonomie et la qualité de vie.
Pourquoi ce malade consulte-t-il (seule
ment) maintenant ? Pour quelles raisons est-il si difficile d’identifier ou d’influencer ce qui lui cause du tort ? Pourquoi ce malade est-il si demandeur ou si réfractaire ? Qu’est-ce que je ressens face à cette personne en tant qu’indi- vidu et en tant que thérapeute ? … Et de quelles façons les réponses à ces précédentes questions influencent-elles mon attitude professionnelle ? Les réponses à ces interrogations banales sont aussi importantes que délicates car elles ouvrent à la capacité d’apprentissage de chacun – malade comme thérapeute – à reconnaître le rôle de ses émotions en lien à la santé et au sujet des difficultés ren
contrées dans une prise en charge de mé
decine interne générale.
il s’agit de parler de la complexité du
vivant et du caractère unique de la
souffrance du malade
drs christophe luthy et christine cedraschi
Service de médecine interne de réhabilitation de Beau-Séjour
Département de médecine interne et réhabilitation HUG, 1211 Genève 19
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