Buffon/Linné Éternels rivaux de la biologie ? Thierry Hoquet Dunod, 2007 978-2-10-050718-4
• 19,90 €
Cette année 2007 était le tricentenaire de la naissance de ces deux grands naturalistes
« Génération 1707» : Carl Von Linné, dont la taxinomie fait encore référence aujour- d’hui, et Buffon, qui a, dit-on, ébauché une de théorie évolutionniste dans son Histoire naturelle générale et particulière. Et bien, croyez-le ou non, leurs partisans respectifs se chamaillent encore aujourd’hui.
L’étude comparative de la littérature (y com- pris scientifique) est un genre acrobatique, Thierry Hoquet s’y est risqué. Linné, docteur en médecine, était plutôt botaniste ; sans pour autant dédaigner le règne animal, il optait pour un ensemble de descriptions standar- disées. Buffon était, lui, intendant du Jar- din du Roi, et davantage porté sur les animaux et les minéraux, l’histoire de la terre, les fonc- tions du vivant. Au-delà de l’utilité pratique de la clas- sification, que faire de ces formes emboîtées : ordres, classes, genres, espèces, variétés lorsqu’on en arrive à l’homme. Buffon, plus courageux peut-être, préco- nisait un « moule organique ». On le voit, l’opposition ne pouvait être que frontale.
Avant eux, l’histoire naturelle n’était pas la biologie.
Peut-être, l’arrière-plan théologique de chacun (un luthérien, un catholique) les portait-il vers des enjeux différents et des objets d’étude distincts : Linné tra- vaillant de manière « intentionnelle », réorganisa- tion permanente se traduisant par des éditions successives d’un même ouvrage, Buffon lui reprochait
«d’arraisonner la diversité naturelle, non de manière accidentelle mais nécessaire et quasi métaphysique. » Le fils de Linné s’en expliquera : «Le secret de feu mon père pour déterminer les genres, afin que les espèces ne deviennent pas des genres ? Ce n’était que l’habi- tude de reconnaître les plantes pour leur aspect exté- rieur. Il renonçait souvent à sa propre méthode[…] en sorte que le caractère du genre pouvait malgré tout être conservé».
Faux, répond Buffon : «ce n’est pas nommer une chose que de la définir ; une phrase ne sera jamais un vrai nom», lui préférant une « histoire complète» (mode de vie, mœurs de l’animal) exempte de définition. La querelle sur le genre devenait inévitable : Buffon optait pour la généalogie sérielle, ou « groupe de similitudes dégradées ».
Buffon pensait que l’homme devait être rangé parmi les animaux, Linné n’était pas tout à fait contre. Le trouble potentiel introduit par la similitude de mor- phologie disparaissant, selon le premier, avec les argu- ments moraux de l’éducation, legs des parents et de la
Buffon/Linné
Éternels rivaux de la biologie
société. De plus, l’homme est isolé parmi les autres espèces par son impossibilité de s’accoupler à une autre espèce : il fait à la fois espèce et genre, agent dans la nature, au même titre que les grands principes natu- rels (climat, nourriture).
Enfin, l’histoire naturelle s’effaçait devant la biologie.
Linné, présenté comme un « génie de l’ordre », et Buffon comme précurseur de Lamarck. Le créationnisme fait l’éloge de Linné, le darwinisme celui de Buffon. La Bible impose l’innéité des espèces : créationnisme, lit- téralisme, fixisme. Le « dessein intelligent » séduisait déjà certains de leurs contemporains, quitte à suppo- ser un créationnisme non fixiste où Dieu aurait créé d’un côté des formes primitives de vie et de l’autre les lois naturelles qui les régissent. Ce qui, caricatura- lement, nous laissait avec un Buffon « transformiste » et nominaliste et un Linné « fixiste » et essentialiste.
Buffon eut le courage d’entrouvrir la profondeur des temps géologiques, permettant à la biologie de se doter d’un concept d’espèce qui n’est plus classe d’exem- plaires réunis par une ressemblance, mais qui est défini par une relation d’engendrement.
Sont-ils encore utiles à la biologie ? Incontestablement.
De très éclairants tableaux montés par l’auteur les ren- voient dos à dos :
1) «Dieu a créé, Linné a mis en ordre», il a fondé la nomenclature binominale, il a clarifié la systématique ; 2) Buffon a prôné l’emploi des noms territoriaux : un échec, puisque le nom vulgaire s’avérait peu mémo- risable pour un grand nombre d’espèces, de même qu’il a rejeté à tort la systémique tout en recourant lui-même à des regroupements. Par contre :
1) Linné a valorisé l’essentialisme ;
2) Buffon a défini l’espèce comme lignée d’individus interféconds et ouvert la possibilité d’une transfor- mation des espèces en faisant éclater le cadre de la chronologie sacrée.
Buffon, « pourfendeur de mouches », s’en prend à la pédagogie des merveilles de la nature. Pour Linné,
« la Nature dit et répète», impliquant préservation et conservation. Dès lors, on fait volontiers de Linné le père de l’écologie et de Buffon celui de l’anthropologie : dénaturation n’est pas synonyme de perte. « Tout ce qui peut être est. »
Pourquoi Linné ? Pourquoi Buffon ? Pourquoi cette fixation ? «Linné a légué à la biologie une méthode, Buffon en revanche l’a dotée d’une vision. » Ils ne sont peut-être pas irréconciliables. Mais pourquoi vouloir à tout prix réconcilier ? L’auteur, à la fois historien des sciences scrupuleux et bien qu’exégète de Buffon, se refuse cette facilité. Pour cela, il faut lire ce bel exemple de pragmatisme éclairé. G
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Maël Knoll
Roger Dajoz, agrégé de biologie, est ancien professeur au Muséum national d’histoire naturelle. Ses recherches poursuivies pendant de nombreuses années l’ont fait traverser les forêts de toute l’Europe, l’ont conduit jus- qu’en Afrique du Nord et en Amérique du Nord et lui ont fait croiser la route de nombreux forestiers et ento- mologistes. La première édition de cet ouvrage a été couronnée par l’Académie d’agriculture.
Les forêts renferment de nombreuses espèces d’insectes d’une étonnante diversité du point de vue biologique et qui jouent un rôle primordial dans le fonctionne- ment des écosystèmes. Cette nouvelle édition des Insectes et la forêtreprend l’ensemble des territoires étudiés dans la première édition et étend l’examen du monde des insectes aux forêts d’Amérique du Nord, des régions tropicales et d’Australie.
Une mise à jour complète a été effectuée à partir des nombreux travaux réalisés ces dernières années. Les résultats des recherches relatives aux facteurs abiotiques (incendies, tempêtes), au rôle des espèces nuisibles (y compris les plus récentes d’entre elles) et aux relations insectes/arbres ont été particulièrement pris en compte.
Une grande importance a été attribuée aux insectes saproxyliques, liés au bois mort et à ses annexes. Ces insectes représentent en effet un pourcentage élevé de l’entomofaune forestière. Étant donné les menaces que les pratiques actuelles font peser sur l’avenir de ces espèces, les données sur leur biologie ont été par- ticulièrement développées. Dans un contexte de prise de conscience de l’importance de la biodiversité, les mesures qui sont envisagées ou qui devraient l’être pour assurer leur conservation sont capitales.
Seize planches de photos en couleurs et une biblio- graphie largement augmentée (plus de 1 300 références) viennent compléter cet ouvrage, qui fascinera aussi bien les entomologistes professionnels que les ama- teurs éclairés. G
Les insectes et la forêt
Rôle et diversité des insectes dans le milieu forestier
Les connaissances sur l’écologie des systèmes diges- tifs ont considérablement évolué au cours des deux dernières décennies. L’émergence de nouvelles méthodes moléculaires d’investigation a permis aux microbiologistes non seulement de « revisiter » les écosystèmes intestinaux déjà étudiés mais aussi d’ac- célérer le rythme de description des écosystèmes de nombreuses espèces animales présentant un intérêt pour l’alimentation et la nutrition de l’homme et pour l’environnement.
Cet ouvrage a donc pour objet d’expliquer le fonc- tionnement des principaux phénomènes observés dans les systèmes microbiens digestifs. Très complet, il passe en revue la structure des princi- pales communautés microbiennes chez l’homme et les animaux : ruminants, porcs, volailles, rat, souris, mais aussi insectes, etc. Il tire par ailleurs son originalité d’un contenu qui intègre les deux grandes composantes de l’écosystème, le biotope et la biocénose.
Les écosystèmes digestifs s’adresse aux étudiants en licences et masters de biologie comme en classe préparatoire aux grandes écoles. Il sera également d’un usage précieux pour les agronomes, médecins, vétérinaires, pharmaciens et chercheurs en micro- biologie.
Gérard Fonty est directeur de recherches au CNRS au sein du laboratoire de biologie des protistes, UMR CNRS 6023, université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Frédérique Chaucheyras-Durand est, elle, chargée de recherche au sein de la société Lallemand et travaille en étroite collaboration avec l’unité de microbiologie de l’Inra de Clermont- Ferrand/Theix. Tous deux émettent le vœu que leur ouvrage soit «une source d’inspiration pour la poursuite des recherches en écologie micro- bienne».G
Les écosystèmes digestifs
Les écosystèmes digestifs Gérard Fonty, Frédérique Chaucheyras-Durand Collection Monographies de microbiologie
Tec & Doc 978-2-7430-0989-2
• 75 € Les insectes et la forêt
Rôle et diversité des insectes dans le milieu forestier 2eéd.
Roger Dajoz Tec & Doc 978-2-7430-0982-3
• 90 € 11-livre282 15/10/07 16:23 Page 61
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