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Article pp.60-61 du Vol.26 n°278 (2007)

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Texte intégral

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Quelques pages

Les modèles du futur Changement climatique et scénarios

économiques : enjeux scientifiques et politiques

Amy Dahan Dalmedico (coord.)

Éditions La Découverte, 2007

978-7071-5013-4 29

Àl’heure où pointe un certain « anarchisme épistémologique », comme le dit la coordi- natrice de cet ouvrage, Amy Dahan Delme- dico, évoquant C. Allègre, cette dernière a convoqué autour d’elle plusieurs éminents spé- cialistes des sciences économiques, de l’envi- ronnement et des mathématiques pour cerner ces fameux modèles du futur qu’on nous livre généralement en pointillé.

Dans le domaine de la « prédiction », chacun aura remarqué la position hégémonique des modèles. Mais les scénarios rentrent en inputs dans ceux-ci : «Le scénario intervient dans les modèles et le modèle permet de produire des scénarios», le scénario étant cette quantifi- cation diffusable rattachée dans le style des modèles intégrés.

Le Club de Rome disposait de moins d’outils : cinq variables et deux modèles dynamiques, The Chasm ahead*1et Limite to Growth, inacceptables tels pour les économistes, puisque aboutissant au dénouement

« Overshoot and collapse »*2.

L’économiste W. D. Nordhaus (1973), greffait le chan- gement climatique sur un modèle de croissance opti- male, ce qui lui permettait de dominer la polarité nature/économie. Limits to Growth laissa des disciples, dont le Sustainable Institutedans le Vermont.

Après ce relatif échec méthodologique, naquirent pour- tant des communautés épistémiques travaillant sur deux modèles : celui de Nordhaus, DICE (Dynamic Integrated Model of Climate and Economy) et MAR- KAL (Market Allocation System), pour une construc- tion historique du paradigme de la modélisation intégrée. Les économistes, confrontés au long terme, entrèrent enfin dans la ronde et le GIEC hérita de la redoutable dualité prévisions/objectifs, avecstory lines, de préférence !

Maintes autres formes de scénarios ont vu le jour dont celui de la DATAR*3(le Plan), avec des travaux de prospective dévolus à chaque ministère, curieu- sement mâtiné de futurologie américaine (SESAME).

Ceux du SRES*4et du GIEC (2000) sont l’héritage du modèle IMAGE : Facteurs économiques et éco- logiques de pression sur l’environnement ; État de l’atmosphère, de la biosphère et des ressources ; Retentissement économiques et écologiques résul- tant des perturbations climatiques ; Réaction du sys- tème : quatre scénarios types basés sur deux dimensions : la durabilité et l’intégration plus ou moins forte.

La césure scénario et modèle était claire : le modèle, considéré comme une projection rigide des mathé- matiques n’aurait pas connu une grande faveur en prospective. Il fallut y intégrer les dimensions stra- tégiques et volontaires d’une vision prospective.

Le rôle du modèle est d’explorer des variantes ana- lytiques du scénario de référence. Pour exemple,

Les modèles du futur

STF*5s’est posé trois questions principales : quelles étaient :

1) les driving forces, Équilibre (E), Coordination (C) règne de l’État tout-puissant, free-market(M) ; 2) la situation géopolitique des différentes régions ; 3) les tendances à long terme. Chaque scénario résul-

tant de l’assemblage des trois démarches, devint objet d’un récit : Global Shift, audaces techno- logiques, European Renaissance, Global crisis et Balance Growth, sorte de success story.

«La modélisation éliminée dans un premier temps par le scénario comme trop rigide a fait un retour en force, non pas comme substitut, mais comme com- plément du scénario», conclut M. Armatte.

Sur quoi, diverses instances amalgamées contribuent à ce qu’il faut bien appeler une déconstruction de l’évidence scientifique, là où elles décèlent qu’il y aura séparation radicale entre science et politique (contingences, confiance et crédibilité, questions d’ordre moral).

Le Protocole de Kyoto est considéré presque partout comme un «unfinished business». À la base de ce demi-échec, la tension entre les règles de la syntaxe des modèles de croissance économique simple normalisé sur le PIB, qui sont pourtant des artefacts utiles et des scénarios de références simplifiés : énergie/croissance (BU, bottom up, scénario doux) et TD (topdown, défaillance des structures d’incitation pour raisons exo- gènes).

Pour parler net, « Les émissions optimales de CO2

le sont-elles vraiment ?» S’interpose ici le choix du taux d’actualisation utilisé pour déprécier des flux futurs et déterminer leur valeur actuelle, toujours posi- tif puisque la valeur donnée au temps en est le fon- dement. La présentation sous forme d’un PIB est seulement indicatrice de flux, soit d’enjeux à court terme. On est en droit d’émettre une réserve dans la diffusion des travaux qui proposent une unique pro- jection de référence.

Que faudrait-il donc faire pour une « morale de la modélisation» ? (O. Godard). Les modèles économé- triques font appel à des séries temporelles très longues.

Aucune équipe n’est parvenue à une modélisation à ce jour à cause de la spatialisation de l’énergie.

Les travaux coordonnés par Amy Dahan Delmedico paraissent gigantesques. On se sent un peu comme une balle qui circule et rebondit d’obstacles en écueils, mais cette magnifique entreprise nous fait prendre conscience de l’infiniment petit d’une perception journalistique des événements.G

*1Gouffre devant

*2Dépassement et écroulement

*3Délégation à l’aménagement du territoire

*4Special Report on Emissions scenarios

*5Scanning The Future, initiative du Central Planning Bureaupour articuler modèle et scénario.

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Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur biofutur.revuesonline.com

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Maël Knoll

[email protected]

Ma vérité sur la planète

Claude Allègre Éditions Plon, 2007 978-2-259-20675-4 18

«N’ayons pas la mémoire trop courte» : taxé de

« scepticisme climatique », Claude Allègre a parlé d’éco- logie avant les écologistes. Auprès d’A. Wegener (le père de la dérive des continents), il a appris que la clé des variations climatiques se situait dans les pôles et que les méthodes de modélisation d’un climat numé- rique, ne suffisent pas à elles seules à expliquer un phé- nomène naturel. Pour cet ancien président du Bureau de recherches géologiques et minières, les estimations informatiques du MIT utilisent des fonctions expo- nentielles positives (accélération et absence de boucle contre-réactive régulatrice) inexistantes dans les phé- nomènes naturels.

Nullement barricadé contre les assertions de Nicolas Hulot, l’auteur déplore seulement que son programme zappe sur l’océan, le futur de l’eau ou les déchets urbains, et tienne si peu compte de la mondialisation.

Le Parlement européen avait bien stipulé en 2000 que le principe de précaution se déclencherait sur une

« évaluation scientifique ». Or, voici qu’elle dispa- raît mystérieusement, pour en arriver à la formulation d’Hubert Curien où elle devient « …choses ( ?) émo- tionnellement évoquées. »

Dénier ses constats paraît spécieux. La cause du réchauffement climatique ne saurait être uniquement anthropique, vu la complexité des systèmes en jeu :

«les raisonnements (climatologiques)… ne sont pas différents de ceux utilisés en géophysique et en géo- chimie. » De fait, les premiers climatologues étaient des géographes.

L’effet de serre reste complexe : l’échelle des temps de réponse du système combiné atmosphère/océan n’est pas la même. «Quant à la co-variation tem- pérature/CO2dans les glaces, une étude américano- française montre que les variations de la température précédaient de 800 ans celles de CO2. Ce n’est donc pas le CO2 qui fait varier la température, c’est l’inverse! »

Il est des réalités incontestables : l’intensité des phé- nomènes extrêmes, la variabilité géographique, insai- sissables par les seuls modèles numériques : les glaciers de montagne sont en régression dans les Alpes et les Andes, les glaciers scandinaves ne reculent pas ; l’Arc- tique et le Groenland voient leur volume de glace dimi- nuer, l’Antarctique, non ; le niveau de la mer augmente (le satellite Topex-Poséïdon l’évalue à 3,2 mm par an, soit 32 cm par siècle).

Le GIEC, soit, mais pris dans un mécanisme onusien, la démarche trébuche, si le résultat recherché est un consensus.

Ayant pragmatiquement recensé les énergies actuelles (réserves de charbon, gaz, pétrole), force est d’en déduire que ce dernier reste pour l’instant l’énergie de transition. Claude Allègre fait le pari d’un stockage intelligent : 1) injecter le gaz à l’état de CO2liquide (dit fluide hypercritique) ; 2) sous forme de carbonate (calcaire, puisque «c’est ainsi que la Terre s’est débar-

rassée de son gaz carbonique, qui représentait…

80 % de l’atmosphère terrestre»)

Sur 25 milliards de tonnes de CO2, 60 % seraient séquestrables et lucratives*1. L’enfouissement des déchets en sub-surface présente moins de risques qu’en grande profondeur (c’est le géologue qui nous parle).

Son principal souci écologique reste le stress imposé au cycle de l’eau. L’homme ne peut accéder actuel- lement qu’à 13 500 km3d’eau douce de ruisselle- ment par an, car une partie inquiétante en est évacuée pendant les crues. Le recyclage s’avère nécessaire pour un usage agricole. En face des catas- trophes « naturelles », il faudra reconsidérer le transport d’eau et appliquer les techniques de des- salement, puisque les savoirs technologiques exis- tent pour fournir de l’eau potable. Une fois encore, il faudra affronter l’hétérogénéité géographique et y mettre le prix. Un bon aménagement du territoire ou du moins « l’encadrement des fleuves » peuvent atté- nuer certains désastres.

Si l’on procède à l’examen rationnel de la biodiversité, on s’aperçoit vite que l’on ne sait pas grand chose : l’in- ventaire exhaustif des espèces n’existant pas, comment définir une stratégie dans un contexte incertain ? Des animaux, végétaux et bactéries, l’homme serait le vivant le plus manipulateur et le plus dangereux des agents géologiques, ce qui nous vaut le qualificatif peu flat- teur de créateurs d’anthroposphère.

Nous perdons 50 à 90 % de grands poissons : les quo- tas de pêche sont certes à réviser, mais il y a des régions où les cycles biologiques n’ont rien à voir avec la sur- pêche (cf. El Niño). Il faut reconsidérer les biodiversi- tés locales et une stratégie d’ensemble des élevages et de l’aquaculture.

En résumé, comment faire de l’écologie le moteur de la croissance ? Revisiter la vision erronée d’une contra- diction entre développement et environnement, en se tournant vers «une écologie réparatrice et évolutive».

Pour donner vie à ces grands axes de développement, Claude Allègre ne voit qu’une incitation musclée de la part de l’Europe (réglementation et financement) : mise en place dans chaque pays d’un puissant ministère

« rassemblant les corps des Ponts et Chaussées, des Eaux et Forêts et de l’Équipement, et chargé d’assurer le contrôle des transports, de l’aménagement du ter- ritoire, de la régionalisation » ; création d’un consor- tium de constructeurs automobiles ; organisation de grands travaux d’aménagement de l’eau ; relance de la géothermie.

Choquant ? Excessif ? Et pourquoi pas « négation- niste» ? Un peu de mesure ne ferait pas de mal à ses détracteurs. Ce qui gêne les adversaires de Claude Allègre, n’est-ce pas ce polymorphisme, jugé arrogant, parce que capable de brasser écologie, biophysique, géologie, climatologie ? Attention que les batailles de chiffres ne débouchent pas sur des offensives bien plus outrées que les siennes. G

Ma vérité sur la planète

*1Ce qu’a très bien compris le DOE, Departement of Energy des États-Unis, encourageant un projet associant industriels, charbonniers et pétroliers, pour développer des usines pilotes.

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