C.
FREINETLA PART DU MAITR'E
et le secours des Techniques
Parce que nous n·avons pas voulu ahuser d11 mot de « mé- thode 11 et que nous avons intl'Oduit rlnns la pédagogie françaisr Io;: prinripe el la notion de Technique~, on feint de s·émouvoir ii la pP.rspeclive ù'1111e école où il' 111aitrc, dépouillé de ses attrih11lions essentielles, ne sernit plus qur le rnbot qui appuie sur des boulons ou tourne des n1nnellrs pour former des robots.
Remarquez que ceux qui expri111e11t le plus farouchemenL cette crainte s'accommodent fort hi1•n rit' suppléants non expé- rimentés pour qui ou pré1Hire des 11i:11111els dont il suffin1 rie tourner les pages. Cnr, en fciit, c·est l'école traditionnelle qui minimise j11sq11';i l'élirnine1· hi pnrt dti 111ai!rr. C'Psl nous qui redom1ons ù l'éducateur sa noble fnndio11 d'aide, d'éveilleu1·, de
« maitre"·
El ceux-liL mêmes qui nous iu.Tusenl ainsi reconnaissenL i111plicile111ent le fait. qu'ils reprodient e11 mème temps iL nos 1eehniques, rle n'être :,1ppliquobles qu'avec <les maitres d'élite parfaitement. entrainés.
Oui, nous faisons grand fond sur ln part du maitre. Trnp, disent de nombreux camarndes. li g·i.lgit lù d'u11 différend sur lequel ! 'accord est loin encore de se faire.
ùladeleine Porqué ou Hortense Robic nous expliquent coni- menl, mème dans des condiLions difficiles, elles réussissenL dans les Maternelles. Deléam ou Cabanes nous montrent com-
ment, en partant des éléments locaux, ils se haussent à un enseignement presque idéal de l'histoire. Tel a11lre camarade nous dira qu'il axe tout son calcul sui- les cent1·es d'intérêts rentables ; un autre fait de mème pour les sciences. El nous nous essayons tous à l'exploitation pédagogique des complexes.
Ces exemples ainsi donnés sont excellents et enthousiasmants, mais lorsque les lecteurs veulent passer ù leur tour à la réali- sation, ils se helli·tent. à d'insurn1ontablcs difficultés, les unes techniques et. 111atériclles, les autres nées des graves défauts ùe formaLion donL il n'est pas toujours en notre pouvoir de nous défaire.
Nous touchons là au nœud même de la technique pédago- gique.
L'Ecole a été, de Lous temps, et reste dominée par le spécia- liste, et je crains que nous n'ayons nous-mêmes remédié qu';J moitié à ceUe déficience.
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C'est le pmfesscur d'histoire ou lïnstituteur ~pécialisé qui présente ù l'éditeur un livre d'histoire; c·est le scientifique 011 le bricoleur qui prépare le manuel de sciences ; le dessinateur
qui nous donne le livret de dessin et le 111usicieu celui de musique. El l'lnspt>rtour, qui ne fait plus classe, explique aux il".stitutcurs drs tcchuiqucs de trnvail qui 11e répondent pas i.• leurs v1·ais besoins.
11 en E>SI dE> 111èn1f' pour la préparation des 1·ubrique:; spécia-
liséc•s des revues pédagogiques 111i•111e rncore chez nous . . Je snis hien qu'on nous dirn: cc n·esl t<1ut clc 111è111c pas l'iustitutcur débutant qui \":\ rlire co111111ent procéder 1la11s une classe, 11i le rebelle il la 11n1sique prépnrc•r un rou1·s clr drn11t,
011 le nialndroit présenlt•i· u11e 111éthocle sc·ipntifique.
Et pou1·tant, c'est bif'n 1111 peu de ce rt>tu111·11e1111·111 t)llt' 1111tl'>
u\'011s besoin, nous, instituteurs de la bas ...
Si je suis excellent rnusicitHI el dia11tr111· par rlt>ssus le 111n r- rhé, je 11'ai IJesoin ni dC' 1·011seils techniques 11i de disques; si je suis habile en sriences, je n'ai pas ltcsoin cle guicle-ù11r pour faire faire des ex(Jérie1wt:s ; si je 1uc passio11nc pour IE> cakul,
Ï" n'ai que faire de fiches. Pour l'édul'akur qui possèderait
une suffisante maitrise dans l!'s diverses di<.;ciplines, le pl'llhlè111r technique serait résolu, cc problè1nc qui reste le prnhlètne n" 1 pou1· qui, pour des raisons diverses, n'a aucu11 de ces a\•a11tagcs.
Souhaitons cru'un joui· l'élite des hommes daoisis.."e le 111étier d'éducateur el que la formation ne soit pas pour eux une dangereuse déformation.
Alo1·s, au risque rlï11tlisposer certains ca111anides, 11oui, di- rons que le problème péclagogil[Ue ne se prése11tc pas pour nous con11ne pour eux. lis so11t les auto1uohilistes qui trouvent la distance réduite d'un village :\ l'autre et pour qui ni l'hiver ni la pluit: n'o11L la ngueur dont nous souffro11s. Nous so1n111es, nous, les piétons qui mesurons pas ù pas les kilo111èlres el qui craignons les bourrl\sques et les Louillies de doigt. Les problè- 111es qui nous préoccupent sont différents. :-.lous aussi, nous Aspirons it avoir une voilure, persuadés qu'alors, ave1· 111oi11:, dP pei11e, nous ferons aussi hien que ceux que nous e11\·io11s.
En disant cela, je ne considère pas se11le111ent les rudes 1en1ps que nous vivons, :;i\·ec le rnanqul:! rit> fon11atiun des éducateurs et la surcharge des classes: je p1·encls la situation l{Ue 11ous pounious dire normale d'un personnel enseignant dl· benne volonté, mais clo11t un su1· 111ille seuleme11t possède les qualités presqu'idéales d'écl11cale11rs. La grnnde masse dont nous so1111nes 11e sait ni chante1·, ni menuiser, ni cxpéri111enter, ni démêler les é\•éncmenls historiques, ni rédige1· avec aisance eL sentiment. Nous avons noire bonne volonté. Elle ne suffit pas toujours, étant donné qu'on s'est préoccupé rarement de cc clile1nn1e tragique. Ce ne sont pas les a11tnmnhilistes qui vo11t résoud1·e les problè111es posés aux piétons.
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Alors, nous, les piétons, nous nnus appliquons t1 résoudre 11os proprns l~rohlèmes. Le mouvelllent de !'Ecole Moderne est 116 de ce besoin, rie la conscience que nous e11 :1\'ions, et de notre souci d'.v parer l'Oopéralivemenl.
Nos meilleures réussites sont 1·elles qui, sans perdre les rr1alités qui en font l'éminent'C, soul ù la portée de tous les piétons. La 111étllocle naturelle de ledu1·e et d'écriture, comme Ira méthode des 1ua111ans pour la 111arche et le langage, est plus facile que les méthodes lradition11elles - du moins pour qui-
<"011que, n "étant pas déformé, ne l'aborde pas à ! 'envers. Le texte lihn: et" son exploitation en grammaire et en vocabulaire sc;11t plus simples que les 111anuels; l"lnaprimerie iL l'Ecole est
\ï":IÎ1111•nt it la pnrléf' rlr 10111 Il' 111011rlP ; Pt le rlisque suppl.Se lïnslitu1e111· ig11:ue 1:'11 11111sique.
li fnut q11e nous poursuivions da11s cette \'oie, notamment pour te qui l'lllH"Pl"llC les sc-ie11cpg ri l'histoirr.
Pour l'histoi1·r, ll\'l't" nos GO ou 80 BT et nos plans-guide., 11011s ;1vm1s a11101·cé 1111f' eulrcprisc qui nous perrnet enfin cïahorclrr, d"u11c fUÇOll intelligente et laumaine, Cl \'!"aie, l'e11- SC:ig-11e111ent le plus autipédag-ogique de nos programmes. Nous :l\·011s cléj;'1 passahle111ent dé111èlé- l'ldstnire ju. qu'il la Hévolulion f1 ançaise. :\'ous c·o11tinuons d'ailleurs l"édilion tle fiches-guides l'i cle BT, el le lrarnil lie Delé:rna nous est préC"ieux.
:\'ous so1111nes pa1· eontre ia peine ia pied tl'œuvre pou1· la prriorlP qui suit el dont 11otre auai Cabanes a acrepté la respon- sabililr. Pour si paradoxal que cela paraisse - mais il y a S<ans tloute des raisons - nous n"il\'011s auc·une BT pour le XlX' cr le XX•· siècle. ,\lors, en préparant des fiches-guides, nous p1:1çons la charrue an111l les hœufs Pl Cahnnes en est récluil :'a C'.xposer des théories 011 des for111ulrs aux'(uelles nous-rnèmes
lll' ro111pre11ons pas grancr('hose. Cnlrnnes dit qu'a\'ec ses gosses, il fait pourla11l le travail indiqué. :\'ous le croyous. Non pas
•jll.ell l"u1·1·111Ter1ee, Calw11e;, suit 1111 :-.pél"ialisll' dl' l'labloirn. Sanf
Pltf'Ur, son J11spel'leur l'a aceusé d'e11 être très ignorant. i\lais il ~ C"o;l 11~anmoins dans son élé111e11t, du 111oins pour l'histoire vi1•a11ll:', el ee quïl réalhw l'St 111on1e11ta11én1e11t laors de notre f1<1rtél'.
,\lol's, j"ai f'rnposr 1noi-rnl•111e d"essa~·c1· de cou1111encer par ll's l.cP11fs et d'initier 1ws enfants, qui n·~· C'onnaissenl rien, aux élé111e11ls l•ssenlil'ls de la \'ie sociale, éeo11c11uique el politique 1·on1f'1111'oraine, sa11s la co1npl'élaension df'sq11els ils ne pourront.
ja111ais c·ornpl'rlldre la \"ie sorialP, éc·o110111ique el poliliquc de
lî8~J. 181;}, IR:m, IX4X nu 1870 .
. le rle1na11cle à Cahanes dï11te1To111pre ses fidaes-guides que nous 1·cprc11drons après, et de repal"lir sua· l'essentiel. J"ai déjà
J"édig~ un projet clc nT sua·" Com111ent se goll\·ërnenl les sociétés
!"Ol1len1porai11es "· Pour satisfaire aux hesoins de nos élè\'es,
.i<' \·:ais prépal'er d'autres BT sur: La 111onoaie les Banques
- lï111pot - 11' synclicalis111e (il y a une liroclrnre en pl'épara- tin11) la 1·oopënalio11, ln sén1ri1(; soci<ile, les guerres, ell'.
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Après 11ous pounons 1·epl'e11d1·c no:, rid1es-guides.
:\lais il nous faut de nombreuses collaborations. Qui ve.uL 11011s y aider ?
;\lème IJl'Oblè111e pou!' les sdences. A la sujte de mon dernier article dr l'E<l111·atcur Cullurt:I, j'ai reçu un très important cour- J·ier dont je reparlerai dans le prochain BI/. Cullp,rel.
Ul aussi s'uffl'o11tent les instilutcurs qui sP déhrouille11t fort JJien en diirnic, physique, histoire naturelle, ttui trouvent que
<"est si111ple, qu'on n'a pas hesoin d'être spécialiste, qu'il 511ffit. .. et ceux qui, c·omrnc moi, en sont n~duits bien souvent ù la nourritul'e des manuels. Et po11rtnnt, s'il est une disci- pline qui emballerait les enfants, c'est ltieu c·clle-là : cl1c~rcher
de<: insectes, collectionner, 1·épal'er une• installation éledl'ique, inslallel' une lampe, 111011trr un poste, expéri1nentcr dans tous Ir-; don mines, chasser les papil Ions, dist ingucr les fleurs, ton- nait re 11ot re c.:ol'ps et ses réactions, tout le 111onde est accroché pai· ces actidtés ... i1 c.:011clition qu'elle~ soient possibles.
Pour cela, il 11ous manque, parfois, l'installation et. le 111atériel, 1nais, plus souvent, la compétence el le temps aussi.
\lor~, on étudie les ohsel'vatious et les exp{:1·iences d<ins les livres - re qui est la 11égation t1·1111e c·ullul'C sC'ientifiq11e.
Je l'E've d'un ou plusieurs dasSeUl'S, ùam; lesquels je trou- verais, soigneuscn1ent indexées, des fiC'hes-guidcs pour quelque :J it 600 obsel'vations et expériences, pour 1.000 expériences. Il y faudrait, sur ces fit'hes, des indications lcchnologiq1.1es suffi- santes pour que, 111aitres et élèves, nous puissions, 111algré noire cc.1111nu11c ig11on1m·r, ;m1111Te1· rl poursuivre les ohser\'alions el h•s expériences lie hase i11clispcnsahles.
Je sais hie11 : les forts 1•11 scienct•s 11011s clist>nt : màcher la lwsogne.
Nn11, si not1'1' techniqu1> est èonçue de telll' sorte qu'elle
~mballe les e11fants et q11'ellC' soit :\ le111' portéP, 11011s 11'1111rons pas it 111ùd1e1'. \'os c11fa11ls. 11'allende111 pas que \'Ous leur 111â- d1iez le pain qu'ils rnangcnl. Seule111cnl, il nous faut trouver ln formule parfaite, qui fera de ces fichcs-g11icles de véritables outils de tnl\·ail.
:'\/ous lt> po11\•ons. Nous n'y parviendrons que par une labo- ric·usc e~pél'ic111·e tùtonnée que nous allons 1·0111mencer inces- smn11ient, par la puhlicalinn de sérirs de fid1t•s qui st'l'ont 1·01ur11uniquées, poul' eo111111e11cer, ù tous <'eux qui voudront bien eollabol'er a cette \astr 1·11lniprisc·.
Nous en reparlcl'Ons d'ailleurs enl'Ol'e. ;\fais, dès 111ainte11nnt, envoyez-nous vos prnjr·ls dr ficltrs-g11irlrs pn1tl' ln11s tr:ivau,x
•!llP \'Oiis a \'ez csli111és l'é11ssis.
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