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EXPOSITION NATIONALE SUISSE

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La Chaux-de-Fonds, Jeudi ô Juillet 1939.

f

Bureau: Rue de la Serre, 58. Cinquante-quatrième Année. — No 27.

IÂ ÏMMÏÏON

• S U I S S E -

ORGANE de la CHAMBRE SUISSE DE L'HORLOGERIE, des CHAMBRES DE COMMERCE, des BUREAUX DE CONTRÔLE, des ASSOCIATIONS PATRONALES de l'INFORMATION HORLOGÈRE SUISSE et de la FIDUCIAIRE HORLOGÈRE SUISSE |Fidhor|

EXPOSITION NATIONALE SUISSE

STAND EBAUCHES S.A.

M o u v e m e n t a g r a n d i t r a n s p a r e n t d e l'Exposition N a t i o n a l e à Z u r i c h Pour le profane, il est toujours difficile de comprendre le

fonctionnement d'une montre, ce petit chef d'œuvre de méca- nique de très haute précision. C'est la raison pour laquelle on a eu l'idée de faire des mouvements agrandis pour permettre de suivre avec plus de facilité les fonctions de la montre. Pour assurer une compréhension plus complète encore, on a eu l'idée de faire la platine et les ponts en matière transparente.

C'est ce que tout le monde peut admirer dans le stand d'Ebau- ches S. A., pavillon d'horlogerie de l'Exposition Nationale de Zurich.

Ce mouvement de très grande dimension a comme

longueur: 33 cm. largeur: 22 cm. hauteur: 7 cm.

C'est la reproduction fidèle d'un calibre Eterna 5

x

k hg- longueur: 1,95 cm. largeur: 1,28 cm. hauteur: 0,35 cm.

La grandeur linéaire est 17 fois plus grande que la montre originale.

Sur la surface de la platine on pourrait loger 290 montres.

En volume on pourrait en loger 5,821.

Cette montre marche à l'heure juste et est actionnée comme dans les montres habituelles par un ressort énorme puisqu'il mesure

épaisseur: 1,3 % hauteur: 1,9 cm. longueur: 5 mètres.

Pour maintenir en équilibre la force de ce ressort, il fau- drait, si l'on attachait un fil à une distance de 1 % du centre, un poids de 7,700 kg.

Dans une montre habituelle de grandeur 5 V* lignes, le ressort a comme dimensions:

épaisseur: 0,07 % hauteur: 0,115 cm. longueur: 0,24 mètre et il faudrait un poids de 0,11 kg.

On voit par là la différence de force qu'il faut lorsqu'on agrandit une montre.

En comparant ces deux chiffres, on constate que le ressort de la montre agrandie est 70,000 fois plus fort que le normal.

Le mouvement se remonte à la main par la couronne comme une montre habituelle, mais il faut une grande force pour vaincre ce ressort puissant.

La montre est calculée pour une durée de marche de 15 heures.

Le balancier qui bat dans une montre habituelle 18,000 oscillations à l'heure en fait 5,214 dans ce grand mouvement.

Voyons maintenant avec quoi et de quelle matière les différents organes sont faits:

La platine, les ponts, la raquette et le coqueret sont en verre plastique, que l'on nomme « Plexiglas ».

Les pignons et le mécanisme sont en acier trempé.

Les roues sont en laiton.

L'assortiment et le balancier sont en couleur bronze béryllium.

Le spiral est en acier nickel genre métélinvar.

Les pierres, les levées et l'ellipse sont en rubis scientifique, donc de même matière que dans les montres habituelles.

Le travail que représente l'exécution d'un mouvement agrandi est très considérable et les problèmes soulevés pour sa mise en œuvre sont quelquefois difficiles à résoudre.

H n'a pas fallu moins d'une année pour venir à chef de cette œuvre, surtout quand on pense qu'il y a 150 pièces reunies dans cette montre.

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238 F É D É R A T I O N H O R L O G È R E S U I S S E N°27. — 6 Juillet 1939

A L'ORIGINE D'UNE BONNE MONTRE

ÉBAUCHES I.A.

NEUCHÂTEL

SA P R O D U C T I O N : 15 M I L L I O N S DE P I È C E S PAR A N SES MARQUES D'ORIGINES

G A R A N T E S D'UNE EXÉCUTION PARFAITE

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N° 27. - 6 Juillet 1939 F É D É R A T I O N H O 11 L O G È R E S U I S S E 239

INAUGURATION DU PAVILLON DE L'HORLOGERIE À L'EXPOSITION NATIONALE SUISSE

Le 12 m a i 1 9 3 9

Discours de M. Albert Rais, Conseiller national, Président de la Chambre Suisse de l'Horlogerie Monsieur le représentant du Département de l'Econo-

mie publique,

Monsieur le Directeur de l'Exposition, Mesdames et Messieurs,

Nous n'avons pas voulu laisser passer le début de notre Exposition Nationale Suisse sans réunir tous ceux qui ont contribué à l'édification du Pavillon de l'Horlogerie et souligner ainsi, dans le cadre général de l'Exposition, l'inauguration de notre Pavillon.

Mes paroles seront toutes de reconnaissance.

Reconnaissance tout d'abord à l'égard de M. le Conseiller Fédéral Obrecht, Chef du Département de l'Ecomonie publique, Président de la Grande Commis- sion de l'Exposition, qui n'aurait pas manqué d'être ici aujourd'hui si sa présence n'était pas indispensable à une séance de Commission du Conseil National qui siège en ce moment. Nos industriels savent bien tout ce qu'ils doivent au Chef du Département de l'Economie publique, aussi bien pour son activité antérieure à son entrée au Conseil Fédéral que pour l'intérêt qu'il continue de porter à notre industrie horlogère depuis qu'il assume la tâche énorme, presque surhumaine, de conduire le Département duquel dépendent l'industrie, le travail, les arts et métiers, le commerce et l'agricul- ture de notre pays.

Notre reconnaissance s'en va plus particulièrement ù lui, en cet instant, pour l'attention qu'il a eue en nous déléguant celui qui est son bras droit, M. Eugène Péquignot, que nous saluons ici avec un plaisir d'au- tant plus grand que nous le considérons comme un collaborateur dans cette grande œuvre d'organisation et de protection de l'horlogerie suisse. Pour ceux qui l'ignoreraient encore, nous soulignons que M. Péqui- gnot est chargé a u Département de ce qui concerne l'horlogerie depuis le départ récent de M. le Dr. Paul Renggli, le dévoué Président de la Société générale de l'Horlogerie Suisse, que nous aurions eu du plaisir à saluer aujourd'hui ici, mais qui s'est fait excuser en raison d'exigences professionnelles. Je signale aussi la présence de M. le Dr. Bovay, juriste au Département et de M. Girard, expert horloger à l'Office du Tra- vail et de l'industrie, que je remercie pour leur colla-

)>oration habituelle.

Après l'Autorité politique, notre reconnaissance s'en va à la Direction de l'Exposition. Je veux nommer M. le Directeur Armin Meilli. Malgré la crainte que j'ai d'offenser sa modestie, M. Meili nous permettra bien de lui dire toute notre admiration pour l'oeuvre merveilleuse qu'il vient d'accomplir. C'est de lui que dépendaient avant tout la réussite et le succès de l'Exposition. II est le Chef qui a su organiser, concevoir, répondre aux objections et surtout animer et trans- imettre à tous ses collaborateurs son enthousiasme et sa volonté d'aboutir à une œuvre qui fasse honneur à notre Pays. Dès le premier contact, M. Meili a su capter notre confiance. Et lorsque telle ou telle diffi- culté se présentait, nous avons toujours rencontré en

Chronique de l'Exposition

Un visiteur de marque

L'Exposition nationale a reçu mardi la visite de M. Gentin, Ministre français du commerce, qui était accompagné par son chef de cabinet, M. Y allât, et par M. Eug. Bordier, consul gé- néral de France à Zurich. Le ministre a été accueilli à son arrivée à l'Exposition nationale par M. Meili, directeur, qu'accompagnaient MM.

Streuli, conseiller d'Etat, Wagner, secrétaire et Lienert, directeur de l'Office suisse d'expansion commerciale. M. Gentin fut vivement impres- sionné par la section « Patrie et Peuple ». A 13 heures, un déjeûner fut offert au Grotto Ticinese. L'après-midi fut ensuite consacré à la visite de la rive droite. Le soir, la direction of- frit un dîner à l'Hôtel moderne.

Des journalistes italiens à l'Exposition nationale

Sous la conduite de M. Colica, régent de l'Association italienne de la presse technique, une dizaine de journalistes, tous membres de cette association et représentant les journaux techniques et professionnels les plus importants de la péninsule, ont séjourné la semaine der- nière à Zurich, où ils ont été les hôtes de l'Ex- position nationale, de l'Office Suisse d'Expan- sion Commerciale et des C. F. F.

lui un Directeur qui fit preuve de compréhension et de lions conseils. C'est avec talent et circonspection qu'il sut choisir ses collaborateurs auxquels je fais allu- sion. Et tout d'abord vous, cher Monsieur Guyonnet, architecte de notre Pavillon de l'Horlogerie, qui avez dû faire au cours de cette période bien souvent des constatations amères. Peut-être avez-vous eu l'inten- tion secrète de jeter le manche après la cognée, en présence de cette troupe d'indisciplinés que nous som- mes. Et vous devez vous être souvenu de ces paroles de Boileau, qui cependant doivent vous avoir consolé:

« Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage, polis- sez-le sans cesse et le repolissez ». Mais rassurez-vous.

Si nos horlogers ont la tête près du bonnet et s'ils savent ce qu'ils veulent, ils possèdent un fonds excel- lent. Ils savent aussi reconnaître ce qui est et je me fais aujourd'hui leur interprète pour vous adresser leurs remerciements et leurs félicitations pour le travail que vous avez accompli. Avec la meilleure grâce et votre grande courtoisie, vous vous êtes efforcé de nous donner satisfaction et vous y avez réussi. C'est grâce à vous et au décorateur de talent que fut M. Tell Jacot, que nous avons le plaisir de saluer ici, que chacune des vitrines du 1er étage représente par elle-même un tableau d'une merveilleuse beauté.

Animer le rez-de-chaussée du Pavillon et rendre inté- ressante au public la fabrication des pièces détachées de la montre n'était certes pas chose facile. Vous y avez merveilleusement réussi, M. Waeffler, et nous vous en remercions.

Merci également au dévoué Secrétaire (nie fut M.

Heubi, qui s'est toujours mis obligeamment à notre disposition et fut un excellent agent de liaison entre notre industrie et la Direction de l'Exposition.

Quant à la Chambre suisse de l'Horlogerie, aux Organisations horlogères et à ceux qui sont à leur tête, ce serait manquer de modestie que de parler d'eux, car nous sommes en effet parties intéressées et nous sommes là pour servir notre industrie. Je m'en voudrais cependant de ne pas signaler le travail con- sidérable et consciencieux qui a été accompli par notre Secrétaire Général, M. Albert Amcz-Droz, que je remercie tout particulièrement.

Et maintenant, permettez-moi de m'adresser à vous, mes chers exposants. Comme vous le constatez, je vous ai réservé pour la fin, c'est-à-dire pour la « bonne bouche ». Vous êtes les artisans du succès que connaît le Pavillon de l'horlogerie. Ce n'est pas pour vous, ni dans votre intérêt personnel, que ce bâtiment a été construit, ni vos produits exposés, mais pour le Pays et l'édification de nos concitoyens. Nous savons bien que ce fut un sacrifice demandé à chacun d'entre vous, car notre industrie, qui est toute d'exportation, n'a rien à attendre en retour des sacrifices ici consentis.

Mais vous avez compris, en citoyens et industriels conscients de leur devoir et empreints d'un patriotisme élevé, que celle qui fut ces dernières années la pre-

Le lundi 12 juin au soir, un banquet officiel a eu lieu à l'hôtel de l'Exposition, où l'on notait la présence de M. Ernst, vice-directeur de l'Ex- position nationale, du vice-consul d'Italie à Zu- rich, des secrétaires généraux des Chambres de commerce italiennes en Suisse et suisses en Italie, d'un représentant de la presse technique suisse et d'un directeur de l'O. S. E. C.

Au cours des journées suivantes, les journa- listes italiens purent étudier les différentes sec- tions de l'Exposition nationale. Ils se rendirent également à Berne, où on leur montra le nou- veau pont des C. F. F. en construction sur l'Aar, puis à Bienne, où ils visitèrent une grande fabrique d'horlogerie.

A Zurich même ou dans les environs, ils visitèrent également les laboratoires de l'Ecole polytechnique fédérale ainsi qu'une grande usine métallurgique.

Samedi matin, ils reprirent le train pour l'Italie.

En marge de l'Exposition de Zurich

L'Exposition nationale comptera-t-elle, au nombre de ses visiteurs, un chef d'Etat étranger, comme ce fut le cas en 1914? L'exposition de Berne avait eu, on s'en souvient, la visitp du Roi des Belges, — visite qui fut précédée d'une réception officielle au Palais fédéral.

Un matin de juillet, le roi Albert 1er, en séjour à Ter- ritet, partit en auto pour prendre, à Puidoux, l'express Lausanne-Berne. Une seconde auto, vide celle-là, pré- cédait la voiture royale, en cas de panne. Précaution qui n'était pas superflue à l'époque!

mière industrie d'exportation du pays, l'horlogerie, ne pouvait pas être absente de cette grande manifes- tation nationale.

Si vous n'attendez pas en retour de satisfaction ma- térielle, quelle ne doit pas être en revanche votre satisfaction morale en entendant répéter par chacun, et par la presse en particulier, qu'il ne faut pas man- quer de visiter le Pavillon de l'Horlogerie à l'Exposition Nationale Suisse. Et quelle fierté pour votre Président de la Chambre d'avoir pu, le 4 mai 1939, s'annoncer prêt à la Direction de l'Exposition grâce à l'exactitude de chacun de vous.

M. le Directeur Meili nous avait dit: « Je réserve

« à l'horlogerie la meilleure place, mais je désire et

« vous me promettez qu'elle sera le joyau de l'Exposi- tion. » Il a tenu parole et notre Pavillon est très bien situé. Mais nous avons aussi tenu la nôtre, grâce à vous, mes chers exposants et je ne saurais assez vous féliciter et vous remercier pour les efforts désintéres- sés que vous avez accomplis.

L'Exposition vient donc de s'ouvrir et des milliers de nos concitoyens vont défiler devant nos produits, qui seront les témoins de ce que peut une industrie ayant à sa tête des hommes à la volonté opiniâtre, que les crises successives n'ont pas abattus, mais qui se sont au contraire toujours ressaisis. M. le Conseiller Fédéral Obrecht nous écrivait, le 26 avril 1939, à destination de la première page de notre organe « La Fédération Horlogère » : « L'Exposition Nationale à Zu-

« rich rappellera a u monde entier non seulement que

« notre industrie horlogère ne cesse d'être digne' de son

« ancien renom, mais aussi qu'elle continue à innover

« et qu'elle est toujours à la tête du progrès techni-

« que ». Il avait raison. Et il avait aussi raison d'ajouter que: «cette industrie, qui occupe une place si impor-

« tante dans notre vie économique, contribue au bon

« renom de notre pays ».

Dans le cadre merveilleux de cette contrée, au cours de cette période troublée pour ne pas dire cette période de guerre que nous vivons, le peuple suisse accomplit aujourd'hui un acte de paix et de confiance et four- nit au monâc le témoignage du haut degré de déve- loppement atteint par sa vie économique, morale, in- tellectuelle et artistique. L'étranger se rendra compte de la volonté de notre petit peuple qui est un, indi- visible sous l'égide de notre démocratie séculaire.

Et c'est dans un sentiment de bonne amitié à l'égard des autres industries et à r e g a r d de notre agriculture et avec une légitime fierté que l'horlogerie suisse souhaite dans son Pavillon une cordiale bien- venue à tous ses hôtes, à ceux du pays cotnmie à ceux du dehors.

C'est dans ces sentiments, et avec l'espoir que notre Exposition connaîtra une ère de paix et qu'elle rappro- chera les divers éléments dont se compose notre pays, que je vous remercie d'être venus aujourd'hui célébrer l'ouverture de notre Pavillon de l'Horlogerie.

A. RAIS.

On sait que le roi des Belges aimait notre pays, où il faisait d'ailleurs de fréquents séjours, qu'il con- naissait et appréciait nos institutions nationales, et cela nous le rendait éminemment sympathique. Mais il ne jouissait pas encore de l'immense popularité que lui valut son attitude héroïque pendant la grande guerre, et l'on n'avait pas souvent eu l'occasion de voir son portrait. Aussi la plupart des gens qui se pressaient sur le parcours du cortège, de la gare au Palais, ne surent-ils pas distinguer notre hôte au milieu de tous ces messieurs en haut de forme, et ils s'en retournèrent un peu déçus.

Après un déjeuner offert par le Conseil fédéral, Albert 1er se rendit à l'exposition « dans une superbe Pic-Pic sortie pour l'occasion du stand de l'exposition ». Il commença sa visite par le pavillon de l'horlogerie, où il s'attarda assez longuement, puis il s'arrêta au pa- villon des machines, qui parut l'intéresser plus vive- ment encore. Le roi visita aussi les pavillons de l'armée ot des transports, la sylviculture et la section de l'in- dustrie laitière. La chronique raconte que l'on avait préparé, à la crémerie, de savoureuses fondues aux- quelles notre hôte ne put pas faire honneur, l'heure étant venue de reprendre le chemin de la gare.

Dans le toast qu'il prononça au déjeuner du Belle- vuc-Palace, le roi des Belges avait loué le peuple suisse d'avoir montré, au prix de luttes héroïques, com- ment on conserve le bien le plus précieux pour un peu- ple: l'indépendance. On ne se doutait pas, en l'écoutant, qu'un mois plus tard, Albert 1er, à la tète de son ar- mée, défendrait pied à pied, avec un courage qui lui valut l'admiration du inonde entier, le sol de son pays.

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240 I Ê D É R A T I O N H O R L O G È II E S L I S S E N°27. - 6 Juillet 1939

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N° 27. - 6 Juillet 1939 F É D É R A T I O N H O R L O G E R E S U I S S E 241

L'horlogerie suisse en Asie

LAsie n'a point attendu l'importation des horloges et des montres d'Occident pour se préoccuper de l'heure. Nous ne parlons pas des moyens primitifs: seuls moyens horaires dont disposent encore certaines peuplades de l'inté- rieur, comme le chant du coq, le gloussement des poules qui réclament leur pitance ou encore les modifications que subit le voyant de l'œil des chats de midi à minuit ou inversement. Très tôt cependant on a dû utiliser, jusqu'au centre de ce continent, des montres solaires avec boussole rudimentaire comme les premiers explorateurs européens en signalent.

Tous les pays civilisés d'Asie ont connu les clepsydres (horloges à eau) et les cadrans so- laires plus ou moins perfectionnés. En Orient, la Rome antique avait créé jusque dans ses provinces les plus reculées un service horomé- trique qui subsista chez les Byzantins, puis chez les Arabes. C'est des Grecs et, en particulier d'Héron d'Alexandrie, que s'inspirèrent les hor- logers arabes qui créèrent ces curieuses horloges à automates dont on a retrouvé des traces en Perse et dans tous les pays du Levant. Un certain nombre parvinrent en Europe comme la fameuse clepsydre envoyée de Bagdad à Charlemagne, qui passa pour une merveille.

A partir du Xlle siècle, l'Islam cessa d'être à la tête du mouvement scientifique mondial et c'est en Occident que se développa l'horlo- gerie mécanique proprement dite qui devait abou- tir à la montre. Peu à peu ses produits furent importés d'abord en Turquie et en Asie mineure, puis dans tout le Levant et l'Extrême-Orient.

Sur les premiers envois d'horloges et de mon- tres en Asie, il est très difficile de se rensei- gner. A part une ou deux indications assez va- gues, ce n'est qu'à partir du XVIe siècle que l'on possède des indications précises. Vers 1560, un empereur d'Allemagne envoya des riches horloges au Sultan de Constantinople. D'autre part, des religieux apportèrent en 1599 des mon- tres, des pendules et une grande horloge à

l'empereur de Chine qui en fut ravi, car il n'avait jamais vu chose pareille. C'est pour veil- ler à leur entretien que les pères jésuites purent s'installer à Pékin, et on peut affirmer que l'hor- logerie apporta un appui efficace à la diffusion du christianisme dans l'immense empire. Au XVIIe siècle, sous la direction des religieux, parmi lesquels un Zougois, le Père Stadlin, le grand empereur Kang'hi fit organiser dans l'en- ceinte de ses palais, plusieurs ateliers d'horlo- gerie. Ils exécutèrent nombre de pendules et même des montres, mais en quantité sans doute très minime, car quelques rares spécimens seuls en ont été retrouvés.

En Inde, les produits de l'horlogerie euro- péenne entrèrent avec les conquérants portugais.

Au XVIIe siècle, les montres semblent avoir été déjà assez répandues parmi les princes et les grands dignitaires de ce pays.

Les premiers voyageurs européens ont noté que les Nippons «ont très grand soin de mar- quer dans leur histoire, non seulement quel jour un fait est arrivé, mais encore à quelle heure et à quelle partie de l'heure». Comme ils sont très curieux aussi de toute chose, on con- çoit qu'ils se mirent très tôt à imiter les horloges européennes apportées par les Portugais, dont nous avons une mention en 1550 déjà. Ce sont aussi des missionnaires catholiques qui organi- sèrent les premiers ateliers. Mais après que, en 1614, les Européens eurent été complètement proscrits de ce pays, la fabrication des horloges continua, et de façon originale. On construisit au Japon des pièces qui, bien que procédant de l'horlogerie européenne, ont un caractère artis- tique et mécanique très particulier. Cela cessa lorsqu'on adopta la division occidentale du jour et des heures en 1872, après que cet empire eût été largement ouvert aux importations horlo- gères européennes.

Dès que le commerce de l'horlogerie s'organisa définitivement en Asie, Genève d'abord, puis le Jura suisse jouèrent un des principaux et souvent le premier rôle.

Par l'intermédiaire de Marseille et de la Pro- vence, une colonie d'horlogers genevois s'établit à Constantinople en 1592 déjà et l'on a connais- sance d'un envoi de montres en 1602 (l'année de l'Escalade). Les Genevois profitèrent des

{ »rivilèges que possédaient les Français dans 'Empire ottoman depuis le règne de François 1er, grâce aux Capitulations. Les Suisses furent admis aux mêmes droits, jouissant de la protec- tion des consuls. En 1652, cette colonie genevoise de Constantinople était devenue assez nombreuse pour qu'on lui envoyât un pasteur dans le but de «réfréner les écarts de cette jeunesse». Elle posséda plus tard un temple et une école. En 1735. la colonie ne comptait pas moins de 160 personnes (y compris les femmes et les enfants);

Isaac Rousseau, le père de Jean-Jacques, en fit partie et s'intitula à son retour à Genève

« horloger du Sérail ».

Ces horlogers genevois firent naturellement des commandes importantes à la mère patrie.

Aux montres produites par la ville de Calvin, se joignirent bientôt celles confectionnées à meilleur marché dans les Montagnes neuchâteloises.

Celles-ci, au XVIIIe siècle, exportèrent direc- tement en Turquie des montres et des pendules, comme nous en avons retrouvé diverses men- tions dans les comptes de la maison Josué Ro- bert et fils; les Jaquet-Droz envoyèrent de même, à Constantinople, une grande pendule astro- nomique surmontée d'un globe.

M o n t r e d e luxe à plusieurs boîtiers pour la Turquie

Vers 1780, les grands concurrents des horlo- gers suisses dans tout le proche Orient étaient les Anglais et l'on y retrouve une multitude de pièces signées d'établisseurs de cette nationalité, mais il ne faut point oublier, comme il en existe mainte preuve, que Londres était alors large- ment tributaire de Genève, en particulier pour les boîtiers riches de montres ou pour des méca- nismes compliqués tels ceux des oiseaux chan- tants.

Les pendules pour la Turquie ne différaient pas de celles qui étaient destinées à l'Occident, sauf par un décor en général très chargé et des cadrans où les heures étaient indiquées en chif- fres turcs. Les montres très épaisses, en général, présentaient un aspect spécial; les mouvements étaient placés dans un double et même un triple boîtier «ahn — raconte un voyageur — que le pistolet à la ceinture ne les écrasât pas ».

Plus tard cette coutume s'appliqua de même aux montres riches à ornements festonnés ou en guirlandes: autre particularité.

Au XLXe siècle, on adopta d'autres formes encore pour les montres simples qui furent con- fectionnées surtout dans le Jura neuchâtelois:

aux Brenets, au Locle, à La Chaux-de-Fonds et à Buttes ou, dans le Jura bernois, à St-Imier et Reconvilier. C'est encore le cas aujourd'hui et la Turquie représente un important débouché pour l'horlogerie suisse.

Pendant longtemps ces montres étaient en forme de lentille, dans les genres savonnettes souvent et montres «contour» c'est-à-dire à double face donnant l'heure occidentale et l'heure mahométane. Le mouvement était le plus souvent à ponts détachés; le cadran turc s'embellissait de guirlandes peintes.

Aujourd'hui, les montres « turques » ne diffè- rent guère des montres que l'on fait pour ie monde entier.

Jadis les montres pour la Perse étaient trans- portées par les caravanes, de véritables armées en marche parfois, qui partaient des échelles du Levant.

Au XVIIe siècle, un Genevois, Pierre-Didier Lagis, fit sa fortune à Ispahan où il était l'hor- loger en même temps que le conseiller du shah.

Un autre Suisse, Rodolphe Stadler*), né en 1611, d'origine zurichoise, fut emmené par le fameux voyageur Tavernier dans la capitale persane et y exerça avec grand succès le métier d'horloger de la cour, confectionnant pour le souverain une petite montre sonnante de la grandeur d'un écu.

Mais ayant eu le malheur de tuer un musulman, il fut mis à mort à l'âge de vingt-huit ans;

son tombeau devint dans la suite un lieu de pèlerinage.

Le roi de Perse Cha-Abbas employait sur- tout des Arméniens pour son commerce. Es exportaient principalement de la soie et au retour de l'Occident rapportaient des draps, des bro- cards, des glaces de Venise et des montres.

Le commerce d'horlogerie ne s'organisa que très lentement car, selon un autre voyageur cé- lèbre, Chardin, «il n'y a (au début du XVïïIe siècle), pas un homme du pays qui sache bien raccommoder une montre ». C'est pour cette rai- son que selon l'expression d'un autre Européen

« les montres n'étant pas d'un débit assez prompt, il en vient assez peu».

En 1858, deux sociétés neuchâteloises s'or- ganisèrent pour faire du commerce avec la Perse;

c'étaient la Compagnie neuchâteloise d'expor- tation et l'Union horlogère. Chose curieuse, les actionnaires de la première étaient surtout des royalistes et ceux de la seconde, des républicains.

Toutes deux y laissèrent de gros capitaux. Nous possédons la correspondance et les livres de commerce d'un des horlogers qui furent envoyés sur place; ces documents montrent bien les dif- ficultés de vente en un tel pays qui, écrit notre horloger, « n'est point un pays neuf, mais un vieux pays ».

Aujourd'hui l'Iran (le pays a changé de nom) fait peau neuve et, grâce à ses chemins de fer, paraît s'ouvrir tout grand à la civilisation occi- dantale. Le commerce d'horlogerie ne peut qu'y gagner.

Au temps des grandes caravanes, beaucoup de montres suisses pénétrèrent dans les Indes par l'intermédiaire de la Perse. Les commerçants de ce dernier pays se rendaient régulièrement à Bombay et à Surate tandis qu'ils importaient à Ispahan les diamants de Golconde ou du Pégou.

Au XVIIIe siècle, les produits de la fabrique genevoise étaient très répandus aux Indes. Il en était de même dans la région voisine de la Bir- manie où un voyageur signalait dans un palais de Mandalay «le nombre insensé de montres de Genève » qui s'y trouvaient. Aux belles époques Louis XV, Louis XVI et Empire, la Suisse a envoyé aux Indes autant, si ce n'est plus, de montres richement décorées d'émaux, de perles ou de pierres précieuses qu'en Chine, mais peu d'entre elles sont connues parce que les rajahs ne s'en sont pas défait comme de nombreux mandarins.

Beaucoup de ces montres étaient expédiées aux Indes par l'intermédiaire de l'Angleterre. Pour- tant, quelques Neuchâtelois se rendirent sur pla- ce, par exemple Victor Maillardet, le fils du plus connu des fabricants d'automates.

Nous avons eu l'occasion de retrouver quan- tité de documents concernant les montres à mou- vement compliqué ou très riches par leur boî- tier qui furent confectionnées à Genève, au Sentier, à La Chaux-de-Fonds, au Locle pour les riches Hindous. O n a fait, par exemple, des montres à répétition, grande sonnerie, carillon Westminster, huit jours et parfois avec calendrier perpétuel, phases de lune et chronographe-comp- teur. le tout placé dans un boîtier orné d'émail et de diamants.

Certaines montres dites « de rajah » étaient de 19 à 24 lignes: savonnettes portant d'un côté le portrait peint sur émail et de l'autre une armoi- rie du prince ou un monogramme. La carrure était ciselée ou émaillée garnie de pierres pré- cieuses ou de perles. Des peintres genevois de grand talent comme John Graff s'étaient spé- cialisés dans ce genre de portraits. Les scènes

(suite page 243).

*) Nous donnons à la page 253 un récit détaillé de

la vie et de la mort tragique de Fhorloger Stadler.

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242 F É D É R A T I O N H O R L O G È R E S U I S S E N° 27. — 6 Juillet 1939

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N°27. — 6 Juillet 1939 F É D É R A T I O N H O R L O G È R E S U I S S E 243

de chasse, dont P.-Amédée Champod se char- geait surtout, ornaient aussi très souvent ces piè- ces somptueuses.

Il est de ces montres qui sont, de même que leur chaîne, littéralement couvertes de joyaux.

C'est le cas de l'une d'elles qui fut établie pour le maradjah de Baroda et qui représen- tait une valeur de plus de fr. 100,000.—.

Type d e montre d e rajah

La Suisse et Genève exportèrent en même temps de riches bijoux en Inde et nous rappel- lerons ces aigrettes ou ces pendentifs à rosaces ou étoiles de pierreries tournantes, sur un fond émail comme nous en avons vu partir pour ce pays il y a quelque vingt ans encore.

La montre courante obéit pendant longtemps au goût anglais, c'est-à-dire qu'elle fut et qu'elle est encore parfois à clef. L'Inde est un excellent débouché pour l'horlogerie suisse et le restera vraisemblablement, malgré tout, longtemps en- core.

En 1782, le fameux bailli de Suffren, corsaire français, offrit au prince hindou Hydar Ali, parmi d'autres objets, « une pendule merveil- leuse », saisie à bord d'un vaisseau britannique, et qui était destinée à la Chine.

Ceci nous conduit au Céleste Empire dont nous dirons peu de choses, car nous supposons que l'histoire de la montre dite « chinoise » que nous avons eu le plaisir d'écrire, est passa- blement connue.

Au XVIIIe siècle, les Grandes Compagnies étaient entrées en relations régulières avec la Chine, mais le commerce resta borné exclusive-

Type d e montre chinoise - Boîtier de G e n è v e , mouvement d e Fleurier

ment aux villes du Sud: Macao et Canton où les négociants étrangers auxquels il était interdit de pénétrer à l'intérieur du pays, étaient par- qués, pour ainsi dire, dans les factories. Cela n'avait point empêché une quantité de pièces d'horlogerie d'entrer en Chine: pendules à auto- mates (extraordinairement goûtées par les empe- reurs et les riches Chinois) et montres de luxe:

celles-ci pendant longtemps (contrairement à ce que l'on croit) tout à fait semblables à celles que goûtaient les Occidentaux.

Un Neuchâtelois, Edouard Bovet de Fleurier, travaillant pour le compte d'une maison étran- gère à Canton, réussit à vendre si bien un type de montre anglais, que celui-ci, quelque peu transformé, devint la célèbre « montre chinoise » dont le Val-de-Travers (parfois avec la colla- boration de Genève), puis d'autres localités, exportèrent des centaines de mille. (Les Bovet frères eurent bientôt de nombreux émules). Il s'agit d'une montre en argent, le plus souvent, forme bassine, à boîtier pou, à clef et dont l'ori- ginalité consiste surtout dans la gravure à filets ou en taille-douce qui décore le mouvement.

Plus tard, d'autres genres furent adoptés, sur- tout lorsque de nouveaux ports de Chine furent ouverts au commerce étranger.

La Chine est devenue un des meilleurs débou- chés pour l'horlogerie suisse. Il faut espérer que les événements actuels qui bouleversent tout l'Extrême-Orient ne le lui enlèveront point a l'avantage de ses concurrents.

Et nous voici de nouveau au Japon après avoir éludé quelques autres pays asiatiques que nous n'avons pas spécialement étudiés jusqu'ici.

Après la révolution de 1868 qui ouvrit soudain toutes les portes de l'Empire du Soleil-Levant, et qui coïncidait avec le récent percement du canal de Suez, la Suisse envoya dans ce pays Aimé Humbert, comme ministre plénipotentiaire, qui fut le principal artisan des relations commer- ciales avec ce pays. Deux maisons d'horlogerie suisses s'établirent bientôt dans la concession de Yokohama: les Favre-Brandt du Locle et J.

Colomb & Cie, pionniers de mérite qui eurent naturellement, au début, à surmonter de grosses difficultés. Les Japonais demandèrent aussi quel- ques genres spéciaux mais moins caractéristi- ques que la montre « chinoise » : lépines et sa- vonnettes à mouvements nickelés et cadrans blancs à heures romaines.

Ce pays joue toujours un rôle important pour l'horlogerie suisse, mais chacun sait comment d'acheteur exclusivement, il est devenu un ha- bile concurrent, avec l'ambition non dissimulée, de se passer autant que possible de toute impor- tation, tandis qu'il inonderait le monde de ses produits.

L'exportation est un besoin vital pour le Japon, mais il en est de même pour nous. L'horlogerie suisse, qui vit surtout du commerce extérieur est d'autre part résolue à ne céder du terrain que pouce après pouce, et à en conquérir, si possible, d'autre sans relâche. Elle y parviendra par sa bonne organisation, la qualité de son tra- vail et un courageux optimisme qui ne sera ja- mais fondé que sur le sentiment de sa réelle valeur.

(Reproduction interdite). Alfred CHAPUIS.

L'émail genevois renaît

(De « La Suisse »)

Lorsqu'au mois de mai 1938 M. Ch. Dunant, émailleur, exposait à la Société mutuelle de grands panneaux émaillés, nous avions dit qu'ils étaient uniques dans l'art de l'émail artistique et tout à l'honneur de Genève et de ses traditions si heureusement renouvelées. M. Ch. Dunant ne s'en est pas tenu là: il vient de se dépasser lui- même et de réaliser pour la décoration extérieure du pavillon de l'Horlogerie à l'Exposition na- tionale 13 panneaux qui, formés chacun d'une seule plaque de métal, atteignent jusqu'à 1 m. 75 de long sur 1 m. 25 de haut.

J'ai dit que l'architecte du pavillon de l'Hor- logerie, à l'Exposition de Zurich, était M. Ad.

Guyonnet. C'est à lui que revient l'honneur d'une initiative qui ne peut manquer d'avoir sur Pémaillerie genevoise la plus profitable réper- cussion. Il avait été frappé, comme nous, en visi- tant l'exposition organisée au printemps par M.

Ch. Dunant, de l'intérêt artistique et technique qu'offraient aux architectes les magnifiques tra- vaux de l'émailleur genevois, et il vit, dans une collaboration entre les horlogers et les émail- leurs, la possibilité d'une renaissance de l'in- dustrie qui fut jadis, chez nous, une des plus florissantes.

Au cours de réunions techniques avec les grands patrons et les directeurs de fabriques d'horlogerie, il proposa un effort général en faveur de l'émail et eut la satisfaction d'être entendu, au moins en partie, par des horlogers qui feront place, dans leurs vitrines, à de beaux émaux genevois, en attendant une renaissance plus effective de la montre et de bijou émaillés.

Mais M. Ad. Guyonnet voulait davantage:

une manifestation importante, publique et cons- tante en faveur de l'émail, un témoignage gran- diose et irréfutable de ses nouvelles possibilités.

Il fallait donc que M. Ch. Dunant renouvelât,

« multipliés par dix », les efforts qui nous avaient valu les grands émaux de Paris et de la So- ciété mutuelle: la façade du pavillon de l'Horlo- gerie serait décorée de 13 pièces monumentales, représentant les 12 signes du zodiaque disposés en ellipse autour d'un soleil central ayant 3 m. 30 de diamètre.

Et M. Ch. Dunant se mit au travail.

Rendons ici hommage aux directeurs de l'usine

«Le Rêve», qui avaient déjà permis à M. Ch.

Dunant et à Mme Schmidt-Àllard de cuire dans leurs fours des pièces trop grandes pour les fours dont disposent normalement les émailleurs. Tout ce qui put aider M. Ch. Dunant fut mis en œuvre; il ne trouva au «Rêve» que des amis, que des collaborateurs diligents qu'intéressait une réussite à la fois artistique et technique.

M. G. Haberjahn, professeur de composition décorative à l'Ecole des arts et métiers, avait été chargé des maquettes que M. Ch. Dunant transposa en émail sur d'épaisses plaques de tôle découpées. Les émaux employés sont en partie industriels; les dessous sont faits au pochoir et les retouches au pinceau. O n a employé, par exemple, pour « Le Sagittaire », jusqu'à 50 tons différents. La cuisson, à 850 degrés, nécessita six ou sept feux. Les précautions furent si minu- tieuses que la cuisson des 13 plaques se fit sans aucun accident.

L'ensemble est achevé. Je l'ai vu. Il dépasse en importance et en réussite tout ce qu'on peut imaginer. Si je dis que « La Vierge », qui corres- pond au mois d'août, est grandeur nature, on imaginera peut-être ce que signifie pratiquement une telle réussite.

Les couleurs employées sont nombreuses.. Peut- être le sont-elles trop et l'ensemble aurait-il ga- gné à être plus synthétique. Mais, à la hauteur où ces émaux sont placés, les nuances dispa- raissent dans l'ensemble. M. G. Haberjahn a choisi, pour les mois d'hiver, des tons froids qui se réchauffent successivement jusqu'à devenir éclatants pour les mois d'été. La matière même de l'émail leur donne une exceptionnelle ri- chesse et, pour accentuer leur éclat, ils sont pla- cés sur la façade du pavillon, de manière à provoquer une ombre qui tourne avec le soleil et, le soir, ils brillent sous les feux d'un projecteur.

Si les industries suisses peuvent se développer dans la paix, on devine l'importance que peut prendre celle de l'émail mis au service de la décoration des bâtiments publics et des maisons privées. Le prix modeste de ces émaux aidera leur diffusion.

C'est donc la tradition de l'émail genevois qui renaît sous une autre forme. Il faut en féliciter M. Ad. Guyonnet, M. Ch. Dunant, les directeurs du « Rêve » et les horlogers suisses et attendre

— espérer! — de beaux jours. L. Florentin.

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N° 27. - 6 Juillet 1939 F É D É R A T I O N H O R L O G È R E S U I S S E 245

MIROIR DE LA PRESSE ÉTRANGÈRE

France de l'Est

L'industrie horlogère, particulièrement représentative des qualités helvétiques de conscience professionnelle et de précision, occupe une place d'honneur à l'Expo- sition de Zurich. Dans le beau pavillon qui lui est réservé, les organisateurs ont, d'une part, présenté ses produits et, d'autre part, retracé l'évolution de sa technique depuis les appareils primitifs jusqu'aux chefs- d'œuvre modernes de précision et d'élégance.

Au rez-de-chaussée, on trouve une remarquable col- lection de montres de tous les temps. Pour chaque pièce détachée, une petite exposition spéciale évoque les inventions qui ont permis d'améliorer sa fabrica- tion. Dans la même halle, on a réuni plusieurs ma- chines munies des derniers perfectionnements: à l'avan- tage d'une production accrue, elles joignent celui de fournir des pièces détachées interchangeables. On y a également installé u n véritable atelier d'horlogerie où l'on peut voir des spécialistes travailler suivant les procédés les plus modernes. Enfin, sur l'une des parois, un grand tableau donne, sous une forme numérique ou graphique, des renseignements sur l'importance de Phorlogerie pour l'économie suisse.

Gazette de Lausanne

On se répète, en visitant l'exposition de Zurich, qu'il est difficile de bien comprendre le degré de sa perfection si on ne la compare à d'autres manifes- tations similaires. Pour nous, qui avons visité déjà un nombre imposant d'expositions nationales et interna- tionales, il est évident que le résultat obtenu à Zurich bat, — et de fort loin, — tout ce que nous avons vu jusqu'ici. Cette constatation n'étonnera personne lors- que nous aurons dit que c'est surtout par sa qualité, par l'extrême achèvement de l'ensemble et du moindre détail, par une étonnante poursuite de 1'« impeccable » dans son exécution, que cette exposition surpasse à nos yeux les efforts et les résultats obtenus ailleurs.

Ajoutez à cette qualité générale, un autre trait signi- ficatif et qui caractérise surtout cette manifestation admirable. Ce trait est d'une essentielle importance.

II frappe le visiteur sitôt qu*on a franchi le seuil de ce jardin de pierre aux mille aspects: et c'est celui qui place ÜExposition toute entière sous le signe de l'enseignement. Pas une seconde vous ne rencontrerez ces divinités du Commerce, armées de leurs buccins et par lesquelles une foire, fût-elle de luxe, est si faci- lement évoquée. Ici, dans ce sens, nulle concession n'a été tolérée, nulle insistante publicité ne vient trou- bler le seul intérêt technique, scientifique ou artistique que réveillent successivement tant d'étonnantes réussites et de belles conquêtes.

** *

C'est, tout d'abord, la double conquête du Temps et de Peau qui nous semble des plus significatives.

Voici une victoire suisse, celle qui a su capturer, de la plus précise manière, le Temps lui-même, Chronos en personne, sur les mille et un cadrans du Pavillon de l'Horlogerie. Ici encore, la leçon est parfaitement exposée et la réussite magistrale. Ce Pavillon mérite d'être considéré comme le clou de l'Exposition. De la clepsydre au sablier, du sablier à l'horloge à l'huile, de cette dernière a u système de l'ancre, nous voyons le temps cerné de plus en plus près, comme un voleur de grands chemins, traqué, captif, prisonnier, avouant son incessant larcin: ses moindres secondes et leurs foudroyantes fractions. Bien plus, un horloger-oiseleur a enfermé le Dieu Volant dans la plus petite cage du monde, dans une montre de la dimension de l'iris hu- main, œil de lynx auquel - nulle seconde n'échappe.

Ajoutez à ces miracles d'une insurpassablc technique, les inventions ornementales d'un art décoratif dont la mesure et le goût, sont le plus souvent, impeccables.

Chronique sociale

Nous apprenons que la maison Gruen Watch Co. à Bienne vient de créer en faveur de son personnel, une caisse de prévoyance sociale sous forme d'assurances mixtes garantissant le paiement d'un capital a u décès ou à un âge déterminé. Cette œuvre sociale mérite une mention spéciale et constitue la meilleure preuve 1 de l'excellent esprit et de la belle entente qui règne r

entre employeurs et employés. r

Ayant ainsi remonté les marches d u progrès dans l'industrie horlogère, le visiteur est invité à admirer,

e a u premier étage, une magnifique exposition de mon-

e très suisses. Les plus beaux modèles et les réalisations

™ les plus brillantes des horlogers suisses sont groupés

* là; et les profanes, comme les professionnels, trou-

e vent plaisir à contempler leurs lignes élégantes et

a leur mouvement précis.

A côté du pavillon lui-même, on a érigé une tour métallique légère, surmontée d'une horloge et qui porte - trente-deux cloches pour l'exécution du carillon ho- e raire. Nombreux sont ceux qui répondent à son appel:

e aussi, l'affluence est-elle grande a u pavillon de l'horlo- - gerie. Cet appel mérite d'être largement entendu en - France.

, L'Express du Haut-Rhin

y Arrêtons-nous un moment au pavillon de l'horlogerie.

e Quel chemin parcouru depuis le sablier de nos aïeux, s placé sous vitrine avec tout le respect que l'on doit i, à son âge! Les horlogers travaillent, la loupe fixée î sur l'œil et patiemment, montent une à une les vis e microscopiques et les rouages fragiles qui feront ces

réputées montres suisses.

A nos lecteurs

Le manque de place nous oblige à renvoyer à notre prochain numéro du 13 juillet la publica- tion de l'Arrêté fédéral du 30 juin 1939 com- plétant l'Arrêté du 29 décembre 1937 qui tend à protéger l'industrie horlogère suisse, et celle de l'Ordonnance du Département Fédéral de l'Eco- nomie Publique du 30 juin 1939 tendant à assai- nir les prix de vente dans la fabrication Roskopf.

s Bulletin des Halles et des Marchés

' Devant les chronomètres de ^marine d'une perfec-

" tion absolue, devant les montres de précision, on

s médite sur les débuts modestes de cette industrie.

5 Nouvelles Littéraires

. Toute l'exposition, qui s'étend sur les deux rives du lac qu'unissent un téléphérique, est l'illustration la plus claire de ce que cette galerie surélevée offre en résumé.

En la quittant, le visiteur traverse le pavillon de l'horlogerie, qui est des plus séduisants. Des vitrines sont réservées aux principaux fabricants qui y ont exposé leurs chefs-d'œuvre. Le rez-de-chaussée est consacré à l'histoire et à la technique de cette industrie où la Suisse a su acquérir la première place. Aujour- d'hui, elle exporte 95 °/o de sa production, soit, en 1937, 260 millions de francs suisses.

Le Sémaphore

, L'horlogerie expose des chefs-d'œuvre d'art et de t précision, le tourisme et l'hôtellerie ont fait un effort Î digne de cette branche importante de l'activité natio- 5 nale et le Grand Hôtel-Restaurant de l'Exposition est s un modèle d u genre où tout a été prévu pour l'en-

chantement et le confort du client.

Trafic des paiements avec l'étranger

Albanie

Importation de produits suisses

L'importation de produits suisses en Albanie est sou- mise à des permis spéciaux et suppose l'octroi de devises. Nous recommandons donc aux exportateurs suisses de s'assurer, avant toute expédition de marchan- dises vers l'Albanie, si rien ne s'oppose à l'importation de ces produits ainsi qu'à leur paiement.

MIROIR DE LA PRESSE SUISSE

Ce même goût préside à la présentation de tous ces cœurs de métal qui battent à l'unisson dans une série de vitrines qui commandent un arrêt prolongé en même temps que Padmiration.

Bulletin officiel de la Chambre de Commerce suisse pour la Belgique

Par plaisir du contraste, passons de la grosse indus- trie à celle qu'il est convenu d'appeler, trop exclusi- vement semble-t-il, l'industrie de précision. Le plus noble représentant en est l'horlogerie. Sa présentation doit être louée, car elle facilite grandement le travail de découverte qu'est celui de tout visiteur. Dans une première partie de documentation pure, elle donne, par le graphique, le chiffre et l'illustration, tous détails sur son compte. Elle nous apprend, par exemple, qu'un Suisse sur dix gagne sa vie dans l'horlogerie; elle tient à ce que nous sachions que l'ensemble des fabriques suisses de montres avaient atteint en 1937 une cadence de production de 166 pièces finies par seconde, ce qui représente, nous dit-elle, une production totale de 24 millions de pièces pour l'année. Si, pour une raison quelconque, toute cette production devait être écoulée dans le pays, chacun d'entre nous se verrait contraint d'acheter 10 montres par an. Enfin, saviez-vous que les 70 °/o des montres se vendant dans le monde sont fabriquées en Suisse? Quel ma- gnifique monopole!

Journal du Jura

L'industrie horlogère — cette belle industrie si spéci- fiquement romande — le 98 °/o des exposants du pavil- lon de l'horlogerie, conçu et construit par un architecte et des ouvriers de chez nous, sont romands — est super- bement représentée à Zurich. Elle témoigne éloquem- ment que la probité professionnelle de nos ouvriers, la maîtrise de nos techniciens et le bon goût de nos ar- tistes-décorateurs sont toujours capables de nous ouvrir les portes des marchés internationaux.

L'Eveil, de Moudon

Vous irez voir les petites merveilles du Pavillon de Phorlogerie, présentées si galamment et avec tant de goût sur des fonds de nuances exquis, et vous convoi- terez peut-être quelqu'une de ces délicieuses montres- bijoux, tandis que résonne le gai carillon de la tour de M. Guyonnet.

La Cooperazione

L'orologeria, che è un complemento dell'abbgliamento, ha il suo tempio nel Padiglione degli orologi, dove si |

possono ammirare, in coppe sfolgoranti, tutti i mecca- nismi di precisione d'una fra le più celebri industrie svizzere, ivi compresa un'officina in esereizio.

Ausstellungs-Zeitung SCUSI, CHE ORA È ?

Nei tempi primitivi non esistevano ne ore ne orologi;

la gente si regolava, per le proprie faccende, secondo il corso del sole e délia luna, quando c'era: tempi beati in cui nessuno aveva fretta, in cui nessuno sen- tiva il bisogno di consultare l'orologio e per ogni faccenda si prendeva quanto tempo occorreva senza furia, senza ballar di nervi. Poi venne il bisogno di misurare il tempo, di razionarlo: nacquero cosi i primi orologi a subbia e le prime meridiane; orologi pa- triarcali, placidi, senza ne premure ne furia, finchè si arrivô ai veri orologi meccanici, quelli che non si accontentavano di misurare « grosso modo » il tempo, ma arrivavano a spaccare il minuto secondo. Da quel giorno nacque la domanda: Che ora è? E con la do- manda nacquero, per la risposta, gli orologi di preci- sione. Pareva logico che tali orologi devessero nascere in pacsi di intensa attività, di febbrile premura, di fretta logorante, in paesi dove il tempo razionava a minuti secondi. Macchè, l'orologio di precisione è nato proprio nel paese più placido, più calmo, nel paese dove furia o premura di tempo erano completamente ignoti:

nella Svizzera, dove le ore si contavano e si godevano con patriarcale larghezza. Chi visita il padiglione dell' Orologeria svizzera all'Esposizione nazionale puô farsi nua idea dei passi giganteschi compiuti dalla meccanica nazionale nel campo délia orologeria; la parola « mera- viglioso » sgorga ad ogni passo, davanti ad ognuna délie splendide bacheche dove si trovano osposti i gioielli di precisione délia nostra orologeriia, e la parola traduce istintivamente la sorpresa e l'ammirazione per i prodigi che ha saputo compiere la nostra arte orolo- giaia — arte e scienza nello stesso tempo — la quale documenta e giustifica in questa mostra la fuma gran- diosa che l'orologeria svizzera ha saputo conquistarsi in tutto il mondo.

Che ora è? La risposta, esatta fino al centesimo di minuto secondo, ve la sa dare Porologio di marca svizzera il quale con la perfezione teenica raggiunta puô anche dirvi che è Pora del trionfo délia meccanica fine nazionale, Pora in cui nel campo délia Orologeria la Svizzera tiene indiscusso, il primissimo posto.

Gavroche.

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246 F E D E R A T I O N H O R L O G È R E S U I S S E N° 27. — 6 Juillet 1939

Sxfi&sùUato haUauale Suisse 1939

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C'est en 1867 que la fabrique de meubles Perrenoud fut créée à Cernier sur des bases modestes. Peu à peu la petite maison des débuts est «la plus grande fabrique suisse de meubles livrant directement aux particuliers» selon une formule utilisée avec une juste fierté dans la réclame.

Mais la ligne de conduite adoptée [par |Ies fondateurs à toujours été suivie avec application, en3 perfectionnant

sans cesse la qualité de la production et en s'efforçant de donner entière satisfaction à la clientèle.

Il est connu que la qualité d'un mobilier ne se révèle pas entièrement au premier examen: elle doit ressortir de l'épreuve du temps. Depuis plusieurs générations, des meubles Perrenoud sont en usage dans des familles, des administrations, des hôtels, des pensions, où ils continuent

à donner entière satisfaction. Les styles se sont succédés depuis 1867 — Second Empire — jusqu'à nos jours; la mode a souvent changé, les formes au cours des années se sont élevées ou abaissées, adoucies ou géométrisées, il ne s'agissait là que de l'apparence; le fond, lui, demeurait le même, constitué par la réputation, la qualité, la bien- facture unanimement reconnue et appréciée des meubles

Perrenoud.

Albert Held & Cie S. A., Menuiserie-Ebénisterie Modèle. Montreux. Cette maison fondée cri 1863, qui, à certaines époques, occupait plus de 250 ouvriers, a exécuté à l'Exposition Nationale Suisse les travaux suivants: à l'Auberge de Campagne (Landgasthof):

l'aménagement des boiseries et d u mobilier en mélèze

naturel; à la Halle des Fêtes (Festhalle): agencement des cuisines et offices; a u Restaurant de la Bière (Bier- haus): aménagement du camotzet (Schwemme) et offi- ce; a u Restaurant-Terrasse: le mobilier et office; au Pa- villon de l'Horlogerie: les vitrines des exposants, salon de réception en palissandre et sycomore. En dehors

de ces travaux, la Maison Albert Held & Cie S. A.

expose à la Section « Habitation et Logement », groupe romand de l'Industrie du meuble, un studio de dame pour collection d'estampes, en noyer verni, décoré par Mademoiselle Phyllis Laverrière, et u n mobilier en sapin du pays, cerusé, l'ensemble exécuté selon les plans de Monsieur Alexandre Held, décorateur.

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