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Étude des sels fondus par diffraction des rayons X aux
températures élevées. I. Structure a l’état liquide des
fluorures LiF, NaF et KF
Jerzy Zarzycki
To cite this version:
LE
JOURNAL
DE
PHYSIQUE
ETLE
RADIUM
z
PHYSIQUE
APPLIQUÊE
ÉTUDE
DES SELS FONDUS PAR DIFFRACTION DES RAYONS X AUXTEMPÉRATURES
ÉLEVÉES
I. STRUCTURE A
L’ÉTAT LIQUIDE
DES FLUORURESLiF,
NaF et KF.Par JERZY
ZARZYCKI,
Centre de Recherches des Glaceries de Saint-Gobain, France.
TOME 18 SUPPLÉMENT AU No 7 JUILLET 1957
1. Introduction. - Nos récentes recherches
sur la structure
comparée
à l’état solide et à l’étatliquide
dequelques
formateurs de réseauvitreux
[1], [2]
nous ontpermis
d’entrevoir ledegré
de
complexité
desphénomènes
associés au pro-cessus de fusion de ces corps. Afin de mieuxcom-prendre
le mécanisme de lafusion,
il nous a parunécessaire
d’entreprendre
d’abord une étudesysté-matique
de la structure à l’étatliquide
des selsfondant aux
températures
élevées.Initialement,
notre choix s’est
porté
sur la série defluorures
dontla structure à l’état
fondu
n’a encorejamais
étéétudiée. L’intérêt de cette étude est double si l’on
se souvient des relations d’isostructure
(GOLD-SCHMIDT)
[3] qui
existent entre certains fluorures etoxydes.
Ainsi parexemple
les fluoruresLiF,
NaF etKF étudiés dans ce travail
peuvent
être considérés comme des cc modéles o isostructurauxrespectifs
desoxydes
MgO,
CaO et BaO.L’étude des fluorures
f ondus
nous donnera doncen même
temps
une idée de la structure quepré-senteraient à l’état
liquide
lesoxydes
isostructurauxcorrespondants,
structure dont la détermination directe par diffraction Xparaît
difficilement abor-dable étant donné le caractère éminemment réfrac-taire de cette série de corps.II. Méthode
expérimentale.
ledispositif
expé-rimental utilisé a été
déjà
décrit ailleurs[4],
[5]
avec tous les détailsdésirables.
Nousrappellerons
seulement ici
qu’il s’agit
d’une chambre de dif-fractionspéciale,
detype à vocalisation
associée àun monochromateur Guinier à
quartz
courbe.Toutes les poses sont faites en rayonnement
stric-tement
monochromatique,
la chambre travaillant entransmission,
sous incidence normale. L’échantillonest constitué par une mince
pellicule
du corps àétudier maintenue par les forces de
capillarité
dansune fente
pratiquée
dans un résistor enalliage
Pt-Rh à 20
%
de Rh alimenté en courant bassetension.
(Le
four ainsi constituépermet
detra-vailler à des
températures
pouvant
allerjusqu’à
1 600OC.)
L’épaisseur
des échantillons était de0,3
à
0,5
mm suivant le cas.(Des
dispositifs
annexes rendentpossibles
la correctiond’absorption
dans l’échantillon et la correction de diff usion dueà l’air).
Une feuille d’aluminium de
0,02
mmd’épaisseur
placée
devant le film servait d’écran destiné àarrêter le
rayonnement
de fluorescence excité dans l’échantillon. Deplus,
dans le cas, de certainsfluorures
plus
volatils on a dûadopter
un contrôlepermanent
de l’état de l’échantillon enplace
dans lachambre,
à l’aide d’uncompteur
Geiger
fonc-tionnant enjauge d’épaisseur.
La radiation utilisée était Mo Koc
(45 kV,
6mA),
lestemps
de pose variant de 6 à 12 heures.On a étudié à l’état fondu les fluorures suivants : LiF à 860
OC,
NaF à 1 000 °C et KF à 870 OC.III. Résultats
expérimentaux.
- Les clichésont été
dépouillés
aumicrophotomètre enregistreur
Vassy
et lescourbes
obtenuesaprès
conversion habituelle des densitésoptiques
en intensités derayonnement
à l’aide des marques d’intensité ontsubi les corrections
d’absorption
dansl’échantillon,
de diffusion due àl’air,
depolarisation
par le monochromateur etl’échantillon,
de forme de la chambre et de retrait du film.5
66 A
Les
figures
1 à 3 montrent lesspectres
de dif-fraction des fluoruresLiF,
NaF et KFfondus,
obtenus de cette manière. L’intensité desspectres
a été
exprimée
en unitésélectroniques,
lanorma-lisation à la courbe d’intensité de diffusion totale
FIG. 1. -
Spectre de diffraction de LiF fondu à 860 °C.
1B
FIG. 2. -
Spectre de diffraction de NaF fondu à 1 000 °C.
Fie. 3. -
Spectre de diffraction de KF fondu à 8 î 0 °C.
indépendante
étant faite danschaque
cas sur labase d’une unité
stcechiométrique
ionisée.On remarquera le caractère
plus
accusé desspectres
de LiF et KF contrastant avecl’aspect
particulièrement
étalé et diffus duspectre
de NaF. Ceci est sans doute dû à ce que l’écart entre les facteurs de structure des ions constitutifs est mini-minimum dans le cas de NaF.IV.
Analyse
desspectres.
- Lesspectres
pré-cédents ont été soumis à
l’analyse
radiale de Fouriergénéralisée
auxsystème
hétéroatomiques
(WARREN, KRUTTER, MORNINGSTAR) [6].
On saitque la densité radiale est donnée par la relation :
où l’on
désigne
par :r une distance
interatomique ;
E la sommation étendue à l’unité
stoechio-m
métrique ;
.Km
le nombreélectronique
effectif de l’atome tndéfini
par le
rapport :
fm
étant le facteur de structure de l’atome met 1,
le facteur de structure moyen d’unélectron,
lui-même défini par :pour F unité
stoechiométrique comportant n
atomesde nombres
atomiques respectifs
De
plus :
po]a
densitéélectronique
moyenne parA 3 :
oû : ,~V est le nombre
d’Avogadro, d
la densitémacroscopique
du selfondu,
M la masse de l’unitéstoechiométrique.
Les nombres
atomiques
e~f ectif sKra
étant des fonctions de S dans l’intervalle finid’inté-gration (0, S’o),
on utilisera les nombres moyens :Le calcul de
l’intégrale :
a été effectué au moyen d’un
analyseur
Le tableau 1 rassemble les données
numériques
introduites dans
l’analyse
de Fourier dechaque
casparticulier :
les nombresélectroniques
effectifs moyensKx+
etKF-
du cation et de l’anion ainsi que ladensité dt
du sel fondu à latempérature t
del’expérience.
Cette densité a été calculée
d’après
les données deJaeger [7].
TABLEAU 1
Les
figures
4 à 6 montrent les courbes dedistri-bution radiale des fluorures fondus
correspondant
auxspectres représentés
sur lesfigures
1 à 3.F’IG, 4. - Courbe de distribution radiale de LiF fondu à 860 OC.
V.
Interprétation
structurale. -- Sur lesfigures
4 à 6 nous avonsrepéré,
par des flèches lespremières
distancesinteratomiques
des fluorures cristalliséscorrespondants.
On constate que ces distances seplacent
très sensiblement àl’aplomb
des maximasuccessifs des courbes de distribution radiale rela-tives à l’état fondu.
Ainsi,
parexemple,
dans lecas de LiF
(fin. 4)
où l’oncompte
jusqu’à
3 maxima bienrésolus,
ces maximacorrespondent
très sensiblement aux 3
premières
distancesinter-atomiques
Li-F,
Li-Li(ou F-F)
et(Li-F)n
’ducristal,
le faible écartpouvant
être attribué à la dilatationthermique
du réseau avant lepoint
de fusion. De même les courbes de distribution radiale relatives à NaF et KF( fig.
5 et6) présentent
respectivement
3 et 2 maxima résolus et bien enrapport
avec lespremières
distancesinteratomiques
du solido cristallin
correspondant.
On voit donc que toutes les fois
qu’un
maximumest bien résolu il se trouve être très voisin d’une
distance
interatomique
à l’état solide et que,inver-sement,
iln’apparaît
pas sur les courbes dedistri-FIG. 5. - Courbe de distribution radiale
de NaF fondu à 1 000 OC.
FIG. 6. - Courbe de distribution radiale
de KF fondu à 870 ~C.
bution radiale de maxima
supplémentaires
venant s’intercaler entre lespremières
distancesinter-atomiques
à l’état cristallin.Ceci
indique
que le schéma de coordination du cristalpersiste
à l’étatfondu
du moins en cequi
concerne lespremières
distancesinteratomiques
(ordre
à courtedistance).
68 A
comment concilier la conservation
apparente
àl’état fondu des
premières
distancesinteratomiques
du cristal avec lefort
accroissement de volumeobservé lors de la fusion de ces sels ? L’étude des
nombres de coordination déduits des courbes de distribution radiale fournit la solution du
problème.
Dans le tableauII,
nous avons établi lacompa-raison entre les nombres de coordination à l’état
fondu et à l’état
cristallin,
associés auxpremières
distances
interatomiques
étudiéesprécédemment.
nA désigne
ici le nombre d’atomes B situés autourd’un atome central A à une distance
(A
-B).
Enphase liquide nA
et(A
-B)
n’ont évidemmentqu’une
valeurstatistique
moyenne.D’une manière
générale
on constate que lesnombres de coordination à l’état
fondu
sontsysté-matiquement
trèsinférieurs
aux nombres decoordi-nation
classiques
à l’état cristallin. Cette décroissanceaugmente
d’ailleursprogressivement
dans le sensKF-+ NaF-+ LiF. Dans le cas de fluorure de
sodium fondu par
exemple
un ion n’auraitplus
enmoyenne que 4 voisins immédiats contre 6 dans le cristal. Ceci est
capital
pour lacompréhension
de lastructure de ces sels à l’état
liquide.
En effet lesdeux constatations
jointes :
1. Conservation à l’état fondu de la suite des
premières
distancesinteratomiques
du cristal. 2. Diminutionimportante
des nombres de coordination à l’étatfondu,
ne sont
compatibles qu’avec
l’existence de « trous »dans le milieu sel fondu.
Toute autre
interprétation
pour rendrecompte
/de la décroissance des nombres de
coordination,
basée parexemple
sur une modificationgénérale
du schéma de
coordination,
ne saurait s’accorder avec lapersistance
à l’état fondu de l’ordre à courtedistance du
cristal,
cet ordre étant caractérisé dansle cas de fluorures alcalins par la série de distances
interatomiques qui
sont entre elles commeIl faut donc admettre nécessairement que la
décroissance des nombres de coordination est un
effet de moyenne dû à la formation des lacunes dans
un « réseau »
liquide
où l’ordre à courte distanceest de même
type
que celui rencontré à l’état solide.Les
fluorures
fondus
étudiésprésentent
donc unestructure essentiellement lacunaire. Nous avons
indi-qué
surlafigure
7 un schémabidimensionnelpossible
FIG. 7. - Structure « lacunaire » des fluorures fondus.
d’unetelle structure. On voit maintenantlaraison du
fort accroissement de volume observé lors de la fusion de ces sels : ce
gonflement correspond
préci-sément à la formation des lacunes. Pour chiffrer
avec
précision
lapart
qui
revient à la formation des« trous » il faudrait connaître la dilatation
ther-mique
du réseau du cristal avant la fusion. Dans lecas des
fluorures,
ces données n’existent que pour LiF.Les mesures
dilatométriques [8] corrigées
par les mesures duparamètre
du réseau[9], [10]
permet-tent de déduire la densité
dpF
du cristal LiF auvoisinage
immédiat de sonpoint
de fusion. Le calcul donne :la densité
dp
à l’état fondu est d’autrepart
(JAEGER)[7] :
1La
proportion
(en
volume)
des lacunes dans le sel fondu est alors donnée parl’expression :
Les lacunes
représentent
donc 21%
du volume total du LiF fondu à 860 OC.Conelusion. - Ce travail
renferme,
noussemble-t-il,
lapremière
preuveexpérimentale
directe de l’existence de « trous » dans le milieu sel fondu.En établissant la structure essentiellement lacu-naire des fluorures
liquides
nous avons pu trouveren même
temps
l’explication
(dès
lorsévidente)
de la forteexpansion
observée lors de la fusion deces sels. Nous aurons l’occasion très
prochainement
de
présenter
les résultats relatifs à d’autres milieux fondant auxtempératures
élevées et depréciser
davantage
la structure « lacunaire » décrite som-mairement dans laprésente publication.
Manuscrit reçu le 29 janvier 1957.
RÉFÉRENCES
[1] GARZYCKI (J.), 1956, Étude du réseau vitreux par diffraction des rayons X aux températures élevées. Travaux du IVe Congrès International du Verre,
Paris, 2-7 juillet 1956 [VI-4] 323.
[2] ZARZYCKI (J.), Verres et Réfractaires, 1957, 11, janvier-février 3.
[3] GOLDSCHMIDT, Skr. Norske Vidensk. Akad., 1926,
(8).
[4] ZARZYCKI
(J.),
C. R. Acad. Sc., 1955, 241, 480.[5] ZARZYCKI (J.), J. Physique Rad.,
(Suppl.
Phys. Appl.),1956, 17, 44 A.
[6] WARREN (B. E.), KRUTTER (H.) et MORNINGSTAR
(O.),
J. Amer. Cer. Soc., 1936, 19, 202. [7] JAEGER, Z. anorg. Chem., 1917, 101, 1.
[8] EUCKEN (A.) et DANNÔHL (W.), Z. Elektrochem., 1934, 40, 814.
[9] GOTT
(A.),
Ann. Physik, 1942, 41, 520.[10] THOMPSON
(J.
H. C.), Phil. Mag., 1953, 44,131.REVUE DES LIVRES
PIRAUX (H.), Dictionnaire français-anglais des termes rela-tifs à l’électrotechnique, l’électronique et les applications (1 vol. 16 x 24 cm, 168 pages, Eyrolles, Paris, 1956, 960 F,
Ce dictionnaire complète heureusement le dictionnaire anglais-français déjà publié par le même auteur. Très
com-plet-il contient plus de 9 000 mots ou expressions --et bien
à jour, il rendra les plus grands services.
J. L.
UVAROV (E. B.) et CHAPMANN (D. R.), Dictionnaire des
sciences, (1 vol. 15 x 24 cm, 325 pages. Presses Univer-sitaires de France, Paris, 1956, 1600 F.
Cette traduction, par H. J. d’Hermies, du dictionnaire
paru en anglais, dans la collection Penguin Books, en 1952,
a été si soigneusement et abondamment adaptée, complétée
et remise à jour par Mme M. E. Cohen et 11I. R. Taton qu’il s’agit, pour une bonne part, d’un ouvrage original. Il donne
la définition, souvent par une note explicative assez étendue,
de près de 5 000 termes se rapportant aux mathématiques,
à l’astronomie, à la physique et à la chimies vrai dire, la
physique y est
peut-être
un peu écrasée entre les sciencesmathématiques et la chimie (voir, par exemple, au mot équilibre). Il n’en reste pas moins que ce dictionnaire peut être très utile pour tous, d’autant plus que le terme anglais