R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
F. B OUQUEREL
Simples propos sur l’étude des marchés
Revue de statistique appliquée, tome 1, n
o2 (1953), p. 95-109
<http://www.numdam.org/item?id=RSA_1953__1_2_95_0>
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95
SIMPLES PROPOS SUR L’ÉTUDE DES MARCHÉS
F. BOUQUEREL
Professeur
au Centre dePerfectionnement
dansl’Administration
des affaires de laChambre
de Commerce de Paris(C.
P.A.)
Dans un
premier article, après
avoiraffirmé
laprédominance
de lavente sur la
production,
la vente elle-même étant dominéepar
l’étude desmarchés, facteur
essentiel de laproductivité,
MonsieurBouquerel
avaitanalysé
lesprincipaux concepts
de base de l’étude des marchés et montrél’importance
de la méthode des
sondages
dans l’étude ducomportement
de lapopulation.
Dans ce second
article,
il montrel’importance
de cette même méthode dansl’analyse
de laqualité
des circuits de vente et la nécessité decompléter
l’étude de marché
par
l’étude de laconjoncture
sous sesdifférents aspects.
Troisième groupe. - Troisième
exemple. - Quelles
sont lesconséquences
d’une augmen- tation deprix
due à unchangement
depolitique
d’affaire sur le nombre depièces
vendues à laclientèle ?
Le 15 Décembre 1949, le chef
d’entreprise
d’une maisonfabriquant
despostes radio-récep-
teurs convoqua son directeur commercial pour
analyser
les résultats de la campagne en cours et pourenvisager
une modification depolitique
de vente pour la saison suivante.Le directeur commercial estima que, pour
augmenter
lesquantités
vendues, il était nécessaire de baisser leprix.
Ils’agissait
d’un modèle vendu aupublic
à 11.000 francs. Il conclutqu’en
vendantce
poste
9.000 francs, par unesimplification
demontage,
uneprésentation
un peu moinsriche,
onpouvait augmenter
le chiffre d’affaires de 50%
environ. La marge bénéficiaire se trouverait sansdoute
diminuée,
mais le bénéficeglobal
réalisé par la vente de cetype
deposte
serait sensiblementaccru du fait de
l’augmentation
du nombre depostes
vendus.Le directeur
général
soutint uneposition
différente et décida uneaugmentation
deprix,
ilestima sans doute que cette hausse entraînerait une diminution des
quantités
vendues mais que la marge bénéficiaire unitaire serait suffisammentimportante
pourqu’en
définitive la maison y trouveson
compte.
Bien entendu, dans
l’esprit
du directeurgénéral,
leposte
serait mieuxprésenté,
l’ébénisterieserait
plus
belle et l’ensembleplus soigné.
Si ces deux interlocuteurs avaient eu à leur
disposition
les conclusions d’unsondage qui
venait d’être effectué, ils aurcient pu constater que tous deux commettaient une erreur
(2).
(1) Suite et fin de l’étude dont la première partie a paru dans le n° 1 du vol. 1 (1953).
(2) E. T. M. A. R.
96
Au cours de ce
sondage,
unepremière question
futposée :
« A
quel prix
estimez-vousqu’un poste
de radio esttrop
cher ? » On obtint les résultats suivants(fin 1949) :
Pourcentage
des consom-mateurs
qui
estimentPrix
qu’à
ceprix
ils ont les moyens d’acheter un
poste
5.000 97
%
6.000
96 %
7.000 95
%
8.000 91
%
9.000 90
%
10.000 87
%
Il.000
84 %
12.000 80
%
13.000 75
%
14.000 68
%
15.000 60
%
.16.000 50
%
17.000 40
%
18.000 35
%
19.000 30
%
20.000 25
%
25.000 . 14
%
30.000 7
%
Ce
premier
résultat dusondage
donne raison à la fois au directeur commercial et au direc- teurgénéral.
A Il.000
francs,
84%
des personnespeuvent
acheter unposte,
à 9.000
francs,
90%,
soit ungain
de 60/0,
à 13.000 francs, 75
%,
soit uneperte
de 9%.
Mais la deuxième
question posée
renversecomplètement
ce raisonnement.« Au-dessous de
quel prix
estimez-vous quel’appareil
que vous désirez acheter nepeut
pasvous donner satisfaction ? »
Pourcentage
de consom-mateurs
qui
estimentPrix
qu’à
ceprix,
leposte
ne
peut
pas donnersatisfaction :
5.000 90
%
6.000 86
%
7.000 80
%
8.000 68
%
9.000 . 55
%
10.000 40
%
Il . 000
25 %
12. 000 20
%
13.000 14
%
14.000 12
%
15.000 10
%
16.000 8
%
17.000 6
%
18.000 4
%
19.000 2
%
20. 000 1
%
25.000 0
%
30.000 0
%
97
D’où on en conclut que : à 5.000 francs il y a 97
%
des consommateursqui
estimentqu’à
ceprix
Ils ont le moyen d’acheter unposte.
Mais il y en a 90
% qui
estiment que pour ce mêmeprix
leposte
nepeut
leur donner satis- faction.il ne reste, en
définitive,
que 7% d’acheteurs,
cequi
nous conduit à dresser le tableau suivant(1) :
Pourcentage
de consom-mateurs
qui
estimentPrix
qu’à
ceprix,
Ils ont les moyens d’acheterun
poste qui
leur donnerasatisfaction :
5.000 7
%
6.000 10
%
7.000 15
%
8.000 23
%
9.000 35
%
10.000 47
%
’ Il .000 59
%
12.000 61
%
14.000 56
%
15.000 50
%
16.000 42
%
17.000 34
%
18.000 31
%
19.000 28
%
20.000 24
%
25.000 14
%
30.000 7
%
La lecture du tableau
ci-dessus, qui
découle dusondage, permet
de conclure que si nous passons d’unprix
de 11.000 francs à unprix
de 9.000francs,
la couche d’acheteursqui
était de 59%
vatomber à
35,
autrementdit,
contrairement àl’opinion
du directeurcommercial,
le marché tend à se rétrécir et non às’élargir.
Précisons d’ailleurs que cette baisse de
prix
a bien étéappliquée
dans une maison de notreconnaissance et
qu’elle
a amené une chute du chiffred’affaires.
Convenons aussi que le raisonnement du directeur
général
était erronépuisque,
s’il avaitaugmenté
leprix
duposte
de 2.000francs,
le marché se seraitélargi
de 59%
à 61% et
que, loin de voir laquantité
venduediminuer,
celle-ci aurait eu tendance àaugmenter.
Quatrième
groupe. -Quatrième exemple. - Quel
est lepourcentage
de personnesqui
connaissent véritablement votre marque sans confusion
possible ?
A la suite d’une campagne de
publicité importante,
le directeurgénéral
d’uneentreprise
estimait
qu’il
nepouvait
y avoir de doutequant
à laparfaite
connaissance de sa marque par la clientèle. Le directeur commercial et sesreprésentants
nepartageaient
pas cetteopinion.
Une en-quête
parsondage
fut faite dans lapopulation
féminine àlaquelle
leproduit
était destiné.Connaissance de la marque X
(2).
Une assez faible
proportion
de femmes(5 %)
sontcapables d’indiquer quelle
est la naturedes
produits
vendus par la marque X.Une sur cent n’en a
qu’une
idée très vague et donne desréponses
dans ce genre : « sous- vêtementsféminins, lingerie
féminine ».Les réponses
exactes sont du même ordre degrandeur
que lesréponses
erronées(5 %)·
(1) On admettra qu’au cours de l’enquête, toutes les précautions ont été prises pour que dans une même
zone de prix, on puisse faire la différence des personnes, sans erreurs appréciables.
(2) E. T. M. A. R.
98
Parmi les
réponses
erronées, on relève notamment : «Parfum,
rouge àlèvres, produit
debeauté, meubles, layette,
etc... ».Il
apparaît
donc que la marque X est encore peu connue, d’unepart, et,
d’autrepart, qu’elle
porte
un nom ou une dénomination de fantaisie de nature à favoriser les confusions de la clientèle à son détriment.Le tableau suivant
permet
de constater que la marque X est surtout connue desjeunes
cita-dines.
Sur 100 femmes :
Les
quatre
groupesd’exemples
que nous venons de donner sont suffisammentprobants
pourqu’il
soit admis comme évident que : seule la méthode dessondages peut
fournir des indications valables sur lapopulation.
CINQUIÈME PROPOS
Seule la méthode des sondages peut fournir des indications valables
sur
la qualité des circuits de
vente.Une
enquête
parsondage
chez les détaillants et lesgrossistes peut
nous procurer des rensei-gnements
extrêmement intéressants non seulement sur la « cote » que nous avons chez cesclients,
mais encore sur la
façon
de travailler de ceux-ci.En
particulier,
unsondage peut
être faitlorsque
l’on constate que soit l’ensemble de laclientèle,
soit une
région
«décroche »,
c’est-à-dire ne resteplus
attachée à notre maison.Il est bien évident que cette
enquête
nepeut
êtrefaite,
ni par le directeurcommercial,
ni parles représentants, puisque
ce sont les résultats de leur propre activitéqui
sontcontrôlés, Jugés,
etqu’on
nepeut
valablementespérer
d’eux desréponses
suffisammentobjectives
pourqu’elles
soientprises
en considération,quelle
que soit laqualité
des collaborateursqui
concourent à la vente.Nous donnerons brièvement un aperçu de ce
qu’une
telleenquête peut apporter,
en repro- duisant un bref résumé d’un travail réalisé par « l’institut pour l’Etude des Marchés en France et àl’étranger » (
E. T. M. A.R.).
En 1949, une
enquête
fut faite chez les détaillants vendant des confitures. 300commerçants,
géographiquement répartis
de la manière suivante, furentinterrogés :
99
Paris 228 Bordeaux 14
Lille 13
Nancy
IlLyon
Il Toulouse 9Marseille 5 Nice 5
Reims 5
L’enquête portait
sur lespoints
suivants :a)
L’achat en gros de la confiture ;b)
Les stocks chez les détaillants ;c)
La vente audétail ;
d)
Laclientèle ;
.e) Etalages
et vitrines desmagasins
de détail.Afin d’éviter de nous étendre
trop longuement,
nous ne donnerons les résultats que sur lespoints a)
etb).
a)
Achat en gros.QUESTION. - Commandez-vous la confiture directement aux fabricants ou à un
grossiste ? RÉPONSES. -
Au fabricant 56%
Au
grossiste
31%
Aux deux 13
%
Les
commerçants qui
achètent auxgrossistes
ont, laplupart
dutemps, plusieurs
marques enmagasin ;
ceuxqui
achètent directement aux fabricants ont, engénéral, plusieurs
fournisseurs ;en
effet, plus
de la moitié vendentplusieurs
marques de confitures.QUESTION. -
Quand vous commandez de la confiture, est-ce que vousprécisez
le nombrede
pots
pourchaque fruit,
ou bien est-ce que vous demandez un assortiment ?RÉPONSES. -
Précisent pourchaque
fruit ... 56%
Demandent un assortiment.... 37
%
Autre
réponses
... 7%
Les habitudes des clients
agissent
sur les méthodes d’achat descommerçants ;
eneffet, quand
le
commerçant précise
laquantité
pourchaque fruit,
c’estqu’il
a une clientèlequi,
en forteproportion,
a fixé son choix pour le fruit
qu’elle
désire acheter.QUESTION. -
Préférez-vouspersonnellement,
pour la vente, que la confiture soitprésentée
en
pots
de verre, en boîtes de fer ou en boîtes de carton ?RÉPONSES. -
Pots de verre .... 87%
Boîtes
métalliques..
14%
Boîtes de carton... 4 % 105
%
I00
(Certains commerçants
ont déclaréqu’ils
aimaient autant les boîtesmétalliques
que les boîtes decarton.)
b)
Stocks chez les détaillants.QUESTION. -
Vendez-vous des confitures d’une seule marque ou deplusieurs marques ?
Les
trois-quarts
descommerçants
vendentplusieurs
marques deconfiture,
cetteproportion
est
cependant
moindre dans lesmagasins
de vente à succursalesmultiples
que chez lescommerçants indépendants.
QUESTION. -
Avez-voustoujours
les mêmes marques enmagasin
ou bien vous arrive-t-il d’enchanger ?
RÉPONSES. -
Mêmes marquesChangent
TotalRéponses
d’ensemble 77%
23% 100 %
Il est à noter,
cependant,
que lescommerçants
pourqui
le chiffre de ventes de confitures est très intéressantchangent plus
souvent de fournisseurs que les autres.QUESTION (posée
auxcommerçants qui
onttoujours
les mêmesmarques). -
Pourquelle
raison avez-vous
toujours
les mêmes marques enmagasin ? RÉPONSES. -
Elles satisfont le
commerçant qui
en a l’habitude et fait con-fiance à ses fournisseurs ... 32
%
Elles satisfont la
clientèle,
elles se vendent bien ... 28%
Elles sont les meilleures ... 15
%
Ces marques sont
imposées par la
maison mère... 7%
Le commerçant les fabrique lui-même...
4%
Autres raisons ... 2
%
Sans
réponse
... 12%
100
% QUESTION (posée
auxcommerçants qui changent
demarque). -
Pourquelles
raisonschangez-vous
demarque ? RÉPONSES. -
Cherchent une meilleure marque ... 27%
Cherchent un assortiment de marques pour satisfaire tous les
goûts des clients ...
23%
Changent
de marque suivant les offres que leur font différents fournisseurs ... 19%
Prennent les marques
imposées
par legrossiste...
16%
Ne trouvent pas
toujours
les marquesqu’ils
désirent .... !! I%
Sansréponse
... 4%
100
%
I0I Importance
des stocks.Le
sondage
a montré que 68%
descommerçants
avaient en stockplus
de 25pots.
QUESTION. - Actuellement,
combien depots
de confitures avez-vous enmagasin,
à peuprès ?
RÉPONSES. -
Moins de I0pots...
5%
de 10 à 25
pots
... 20%
d e 25 à 50
pots
... 25%
de 50 à 100
pots
... t9%
Plus de 100
pots...
24%
Sans
réponse
... 7%
100
%
SIXIÈME PROPOS
Une étude de marché qui
se contented’une connaissance de la population
etdes circuits de
vente estincomplète, elle doit
aussi tenir compte de la conjoncture
sous sesdifférents aspects.
«
Conjoncture » :
Rencontre de certains événements dans le mêmepoint,
ainsis’exprime
Littré.
Quels
sont les événements, les tendancesqui peuvent
modifier un marché et dont il faut tenircompte ?
C’est ce que nous allons examiner brièvement.Pour fixer les idées, nous examinerons l’influence de la
conjoncture
sur deuxentreprises produisant
des biens totalement différents.A. - Biens de
production : charpente
enfer,
grosse chaudronnerie ;B. -
Entreprises
de biens de consommation. - Produitsalimentaires,
parexemple.
A. - Biens de
production. -
D’unefaçon générale,
si l’on comparel’aspect
de lademande,
on
peut
convenir que lesentreprises qui
sontsusceptibles
d’utiliser de tels biens sontgénéralement
d’une taille aussi
importante
que cellesqui
lesfabriquent.
La demande d’un bien de ce genre est dominée par un ensemble d’événements que nous
quali-
fierons de
conjoncture partielle qui
détermine laconjoncture.
Citons entre autres :a)
Laconjoncture économique
due aux mouvements defonds ;
b)
Laconjoncture
ducycle économique ;
,c)
Laconjoncture politique ;
d)
Laconjoncture
financièred’investissements ; e)
Laconjoncture
sociale ;f)
Laconjoncture technique.
a)
CONJONCTUREÉCONOMIQUE
DUE AUX MOUVEMENTS DE FONDS.Indépendamment
de la tendancegénérale
caractérisée par un univers en voied’expansion économique,
il existe uneconjoncture économique
de fond dont la durée oscille entre 19 et 25 ansqui
modifie l’alluregénérale
del’expansion
avec une tendancepériodique
aufreinage
ou à l’accé-lération.
b)
LA CONJONCTURE DU CYCLEÉCONOMIQUE.
Sa durée oscille aux environs d’une dizaine d’années ; elle
comporte quatre phases : i’essor,
le
fléchissement,
ladépression
et lareprise.
Elle a donc, en gros, la forme d’une sinusoïde. Ses effetsse
superposent
à ceux de laconjoncture précédente.
Il en résulte uneaugmentation
des mouvementsde fond dans les deux
premières périodes -
essor et fléchissement - unfreinage
de ces mêmesmouvements de fond dans les deux dernières
périodes - dépression
etreprise.
I02
En outre, on ne saurait
trop signaler
que,pendant
lapériode
d’essor etpendant
lapériode
de
reprise,
la vente du matériel deremplacement
se fait sansgrandes
difficultés, alorsqu’au
contraire,dans les
périodes
de fléchissement et dedépression,
on a tendance à différer,jusqu’à
uneépoque favorable,
tous nouveaux investissements.c)
LA CONJONCTUREPOLITIQUE.
Elle
peut présenter
desaspects
fort différents. Le nationalismeéconomique,
parexemple,
conduit
généralement
aux situations suivantes : création d’industries desynthèses,
d’industries detransformation,
deremplacement,
de substitution ; il se manifeste souvent par unepolitique
deprotection
douanière concomitantequi peut présenter
demultiples aspects,
élévation des droits dedouane,
restriction desimportations
et desexportations,
l’ensemble de ces mesuresayant
pourconséquence
directe la réduction du marché mondial.Le second
aspect
de laconjoncture politique peut
être déterminé par les circonstances exté- rieures. Les blocspolitiques
conditionnent leséchanges
entre les paysqui
se trouvent ainsi associés.Il en résulte que les économies
peuvent
être dominantes à l’intérieur de chacun de ces blocs.Enfin,
lapolitique
extérieure, économie depaix
ou de guerre, conditionne le marché des entre-prises qui fabriquent
de tels biens deproduction.
d)
LA CONJONCTUREFINANCIÈRE
D’INVESTISSEMENT.Dans une économie
libérale, lorsque
les investissements sontimportants,
lesentreprises qui
sont conduites à acheter ces biens par la
pratique
de l’auto-financement sontgénéralement
nom-breuses. Il s’ensuit
qu’elles
doivent avoir recours àl’épargne
ou à des concours bancaires à l’échelonnational ou international, mais on
conçoit
que toutplan
d’investissement de cetteimportance
doittenir
compte,
àplus
ou moinslong
terme, de lapropension
desparticuliers
àépargner
et à investir.Lorsqu’on
se trouve en face d’une économieplanifiée,
et parconséquent
d’un marché de même caractère, on sait que,chaque
année, le montant des investissements et larépartition
de ceux-cisont déterminés par l’autorité
chargée
de mener à bien leplan
arrêté.e)
LA CONJONCTURE SOCIALE.Une
politique
deplein emploi peut,
dans certains cas,impliquer
la mise en 0153uvre degrands
travaux
qui n’apparaîtraient
pas rentables dans une économiecapitaliste
libérale pure.Une
politique
d’habitations à bonmarché, d’urbanisme, peut
modifier considérablement lesquotas
de vente d’uneentreprise
livrant des machines utilisées par l’industrie dubâtiment,
parexemple.
Enfin,
onpeut
classer sous cetterubrique,
laconjoncture
de la main d’oeuvre et des cadres.Les
capitaux, l’équipement technique
ne sont pas les seuls facteurs déterminants de laproduction.
f)
LA CONJONCTURETECHNIQUE.
Les investissements et les
perfectionnements techniques obligent
très souvent les industries àchanger
leur matériel deproduction
alors même que celui-ci n’est ni usé ni amorti. La nécessité des’adapter
pour ne pasdisparaître
a souvent conduit le chefd’entreprise
àremplacer
le matériel existant « démodé » avant mêmequ’il
ne soit horsd’usage.
La
conjoncture technique l’emporte parfois
de très loin sur laconjoncture économique,
c’estainsi que nous avons vu, dans certaines
industries,
leremplacement
des chaudières à bassepression
par des
générateurs
à vapeur à très hautepression ;
leremplacement
de la machine à vapeur par laturbine,
etc...Tous ces
changements
se font alors même que laconjoncture qui
découle ducycle économique
n’est pas
favorable, lorsque
le chefd’entreprise espère
diminuer sonprix
de revient.Il est évident que toutes ces
conjonctures
sont intimement mêlées. Ellesréagissent
les unes surles autres, chacune d’entre elles étant
plus
ou moins déterminante à uneépoque
donnée. C’est dire l’intérêtqu’il
y a à les surveiller deprès,
defaçon
àpouvoir
tenircompte
de leurs variations dans l’établissement desprévisions
de vente.B. -
Entreprises
de biens de consommation. - Précisons d’abord les variables fonda- mentalesqui
entrent dans lesprévisions.
Ces variables sont autant « d’événements »
qui
concourent à la formation de laconjoncture.
103
On
peut
dire que, pour unproduit donné,
le volume total des ventespossibles dépend
desévénements suivants :
io Le besoin actuel ; 2o Les habitudes
actuelles ;
30 La richesse vive ; .
40 Le vouloir d’achat ;
50 Les
conjonctures : économiques, politiques,
monétaires,sociales, techniques.
Mais si nous voulons établir des
prévisions
de vente pour uneentreprise,
et c’estgénéralement
le but que se propose une étude de marché, nous devons tenir
compte
encore :60 De l’efficience de notre service de vente ;
70 De la
position
de nos concurrents et de leur activité.IoLE BESOIN ACTUEL.
Le besoin
dépend
directement del’importance
de lapopulation, laquelle
pourra être subdi- visée en fonction du sexe, del’age,
del’habitat,
du niveau et du genre de vie desrégions.
La méthodedes
sondages
sera ici d’unprécieux
concours.2o LES HABITUDES ACTUELLES.
Celles-ci ne
peuvent
être établies avec une certaine exactitudequ’en partant d’enquêtes
ou de
sondages,
mais pour que lesrenseignements
soientvalables,
ilimporte qu’ils
soient récents.Ces
enquêtes permettent
dedéterminer,
d’unepart,
le nombre de non-consommateurs relatifs parville,
pardépartement
et parrégion,
d’autrepart,
la consommationprobable
par consommateur.Lorsque
ces deux chiffres sont connus, onpeut
déterminer avec uneapproximation relative,
Il fautl’admettre,
le marché actuel total de laprofession.
30 LA RICHESSE VIVE.
Cette
expression,
dont nous sommes redevables à Monsieur PaulNicolas, peut
être définiecomme une tendance à consommer et non à
épargner.
Un lecteurspirituel
du « MarchéFrançais »,
dit Monsieur
Nicolas,
en a donné une définition savoureuse : «C’est, dit-il,
un indice de richesse diminué d’un coefficient variable depingrerie ».
Le « Marché
Français », publié
par la revue « Vendre », et «L’Espace économique Français
»,publié
par i’L N. S. E. E., donnent des indications fortprécises
sur la richesse vive pardépartement.
40 LE VOULOIR D’ACHAT.
Cette
quatrième
variable, le vouloir d’achat, a pour but de déterminer la hiérarchie des besoins. Elle reflète, enquelque
sorte,l’opinion
que les consommateurs ont des conditions futures de leur genre de vie.Le vouloir d’achat tend à fixer ou à établir une échelle des valeurs dans la conclusion des
prochains
achats. C’est dire sonimportance capitale
dans l’établissement desprévisions
de vente.Là encore, l’étude des marchés par la méthode des
sondages
donnedes
résultats fort satisfaisants.Après
la Libération, Monsieur J. Dourdin avait fait uneenquête
sur lesprojets spontanés
des Parisiens, il y aurait sans aucun doute intérêt à renouveler
périodiquement
ce genred’enquête.
Si l’on veut avoir un aperçu
plus
net de cette notion - le vouloir d’achat - il faut ia considérersous son deuxième
aspect :
son évolution àlong
terme.A
long
terme, il y a lieu deprévoir
une tendance à la stabilitéprochaine
du vouloir d’achat pour les biens du secteurprimaire proposés
par lesentreprises agricoles
et industrielles de biens alimentaires de consommation.Quant
aux biens du secteur secondaire - habillement, ameuble- ment, etc... - ils sont, enquelque
sorte, délaissés auprofit
de ceux du secteur tertiaire. Monsieur J. Fourastié nous montre, dans uneimage
saisissante,qu’il
existe : « Une faim individuelle de tertiaire ».En
effet,
« Nous ne sommes pas saturés de secondaire, chacun d’entre nous achèterait bien des automobiles ou d’autresproduits
manufacturés, maisl’expérience
prouve que nouspréférons
cependant,
à lapetite
semaine, aller au cinéma. Nous avons le choix entrebeaucoup
d’autres choses,I04
mais le total de notre consommation reste limité, nous choisissons ; et, en fait, il est constaté
expéri- mentalement, statistiquement,
et même par lesimple regard porté
sur la vieéconomique quotidienne,
ou bien que nous sommes
obligés
de consommer du tertiaire, ou bien que nous avons leplaisir
dele faire bien avant d’être comblés de secondaire et
quelquefois
deprimaire» (1).
Cette évolution de ta
répartition
du revenu du consommateur est unphénomène qui
a étéconstaté, il y a
plus
de trente ans, aux Etats-Unis.« En
analysant l’emploi
de ce revenu, nous découvrons que laproportion
consacrée à l’achat de marchandises diminue lentement mais d’une manière certaine : il faut doncenregistrer
uneperte
pour lecommerçant ;
et, en ce cas, un autre a dû gagner à saplace. Qui ?
C’est ce que nous allons voir.
La manière de vivre en
Amérique
achangé
et, avecelle,
les habitudes du consommateur américain. L’Américain s’est mis àdépenser
deplus
enplus
enblanchissage, téléphone,
gaz, élec- tricité, coiffeur, etc...Lorsque
laménagère
délaisse la buanderie pour l’Institut de Beauté, lebudget
familial se transforme du même coup. On
dépense
uneplus grande partie
de ses revenus pour des traitementsmédicaux,
des frais d’éducation, des amusements, desassurances » (2).
Il est évident que cette évolution n’est pas propre aux
Etats-Unis,
ellepeut s’appliquer,
« mutatismutandis », au marché
français
intérieur.5o LES CONJONCTURES DIVERSES.
Nous nous contenterons de les énumérer sans commentaires :
- La
conjoncture démographique ;
-
L’augmentation
ou la diminution de la consommation chez les consommateurs du marché actuel pour des raisons demode,
degoût,
etc... ;-
L’augmentation
ou la diminution du nombre de consommateurs pour les mêmes motifs que ceuxindiqués précédemment ;
- La
conjoncture
dupouvoir d’achat ;
- La
conjoncture
monétaire ;- La
conjoncture sociale ;
- La
conjoncture
desprix.
60
L’EFFICACITÉ
DE NOTRE SERVICE DE VENTE.Si nous vendons directement au consommateur ou à l’utilisateur, on
conçoit
que le volume des ventes parville, région,
secteur ou marché, est en liaison étroite avec l’activité même, le « mor-dant» de notre service commercial, toutes
proportions gardées,
c’est-à-direcompte
tenu de laqualité,
des
prix,
des délais delivraison,
des facilités depaiement,
des « services » divers que nous offrons à notre clientèle.Si, au contraire, le bien que nous vendons est distribué par l’intermédiaire de
grossistes,
dedépositaires,
de transformateurs, autrement dit, s’il y a un écran, ou une suite d’intermédiaires entre l’utilisateur final et nous, il nous faut bien concevoir que la vente et lesquotas
de ventequi
en découlentdépendent,
enpartie;
de l’activité ou de l’indolence de ces intermédiaires. Et ces inter- médiaires nepeuvent
êtrechangés
dujour
au lendemain ; il n’est pastoujours facile,
ni mêmepossible,
de les
remplacer,
car les meilleursagents,
ceuxqui
vendent leplus,
ceux dont nous aimerions nousassurer la
collaboration,
sont souvent liés par un contrat d’exclusivité avec les concurrents de notreentreprise,
nous ne pouvonsespérer
les amener à nous que si nous leur offrons des conditionsplus avantageuses
ou s’il y arupture
d’affaires ou de contrat avec nos concurrents.70 POSITION DE NOS CONCURRENTS ET DE LEUR
ACTIVITÉ.
Le marché total de la
profession
serépartit
en deux marchés : le marché de notreentreprise
et le marché de la concurrence. Le
rapport
entre les deux nous donne lequota
concurrentiel.Ce
quota
est, sansdoute,
desplus
intéressants, mais il mérite d’êtreventilé,
notamment en fonction desvilles, régions,
secteurs ou marchés.Que
ce soit pour les biens deproduction
ou les biens(1) FOURASTIE Jean - Le grand espoir du XXe siècle. P. 48. P. U. F. 1949.
(2) FILENE A. - Vers l’organisation rationnelle du service de détail, p. 9 et 10 - Dunod, 1939.
I05
de consommation, comment ne pas noter que
l’esprit
d’imitationjoue toujours
un rôle desplus importants,
Il suffitqu’on
installe une machine dans unerégion
ouqu’un
groupe de consommateurs soit satisfait, pour que l’on voit la demande d’autres machines etl’augmentation
des ventes du biende consommation se faire presque d’elle-même. Inversement, toute
critique,
réclamation, serépand,
lepouvoir
d’attraction de la marquediminue,
les ventes baissent. C’est dire quel’analyse
de la concurrence doit être faite avec minutie
lorsqu’il s’agit
d’établir desprévisions. Mais,
là encore,la méthode des
sondages peut
être d’unprécieux
concours, elle nousprécisera
les véritables mobiles et motifs d’achatqui
décident les consommateurs à acheter les biens de la concurrenceplutôt
que lesnôtres. Nous saurons vraiment
pourquoi
nous sommespréférés
ou délaissés.Il faut non seulement
analyser
lesproduits
de la concurrence, leursqualités,
leurs défauts,leur
présentation,
leur notoriété, mais il faut encore s’efforcer de connaître les résultats des campagnes de vente et, enfin et surtout,lorsqu’on
ne vend pas directement auxutilisateurs, lorsqu’on
passe par lesintermédiaires,
laplace,
la cote dont on bénéficie chez lesdépositaires,
lesgrossistes
et les détaillants.On voit par ce
qui précède
que l’estimation de cessept variables, qui
secomposent géomé- triquement
comme unpolygone
de forces dont la résultante est laconjoncture,
est une chose fort délicate. Nous n’en disconvenons pas, mais une étude de marchéqui
se refuserait à entrer dans cesconsidérations serait
incomplète
et, à notre avis, ne mériterait pas ce nom ; c’est direqu’une
étudede marché ne
peut
se limiter à unsondage
de lapopulation
et des circuits de vente.Convenons,
par contre, et par soucid’honnêteté,
que même en étudiantsoigneusement
les événements, lescomposantes
de laconjoncture,
on arrive rarement à des résultats indiscutables.Ici l’erreur est difficile à
déceler,
la cause de celle-ci est connue, elle réside dans le fait que par delà lesstatistiques
et les indices de tous ordres, élémentsquantitatifs,
on doit tenircompte
dansl’étude de la
conjoncture,
des facteurspsychologiques,
élémentsqualitatifs.
On ne saurait mieux dire sur ce
point qu’en
citant Monsieur Detoeuf : «Cependant, quand
on se
penche
sur lesgrands problèmes économiques,
ons’aperçoit
que laplupart
desgrands
mouve-ments :
prospérité,
crise, modification des relations entre lecapital
et le travail, relationséconomiques
entre les
peuples,
sontgénéralement
commandés par des étatsd’esprit,
tout autant que par des conditions matérielles. S’il estimpossible
deprévoir
lesphénomènes économiques,
c’estprécisément
parce
qu’ils
ne sont pas définis par des donnéespurement
matérielles, mais que, sur les données matérielles travaille lapsychologie
humaine dont les réactions nepeuvent
êtreprévues.
Quand
la Bourse monte, cela nesignifie
nullement que l’état du monde vient de s’améliorer dans des conditionsqu’on peut
définirmathématiquement ;
celasignifie
que certainschangements
dans cet état viennent d’être
interprétés psychologiquement
par la masse dans un sensfavorable,
et que cette masse reste indifférente aux autres
changements » (1).
SEPTIÈME PROPOS
Des renseignements inexacts
sonttoujours d’un prix trop élevé.
A supposer que ies neuf
propositions précédentes
soient devenues pour vous des chosesévidentes,
encore faudrait-il que vous en usiez.Expliquons-nous :
Deux attitudesmajeures
fontgénéralement
obstacle à cetteapplication
dans la vie même desentreprises.
Lapremière
est dueà un état
d’esprit typiquement français,
la seconde est d’ordre matériel.L’esprit français
est ainsi faitqu’il
saisitrapidement
cequ’on
luiexplique ;
cette facilité decompréhension qui présente
desavantages
incontestables par certains côtés, enpermettant
de travaillerrapidement,
aboutit souvent, pour ne pas diretoujours,
à une attitude desplus
fâcheuses.Dès que nous avons
compris
une chose, nous la considérons comme faite, nous ne la faisons pas,nous traduisons
trop
rarement dans la vie de nosentreprises
nos idées en actes.Le
goût
des idées et leplaisir
que nouséprouvons
à en faire commerce nous faitperdre
legoût
de l’actionproprement
dite.La deuxième attitude réside dans le fait que nous voulons rarement ce que nous voulons.
Sommes-nous intimement convaincus de la nécessité de faire des études de marchés parce que nous vivons dans une économie de marché, parce que seule la vente au consommateur réalise la vente
(I) DETOEUF M. - L’interdépendance économique et la solidarité industrielle. C. N. 0. F., p. 206, Juillet 1932.