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"LES CONFITURES DE COINGS" :/f'FORME ET
SIGNIFICATIGN--, \ ,/ -", '\ .J , , '-! .' - -_._
....
o•
•
,
.
"LJi:B CONFITURES DE COINGS" DE JACQUES
FERRON:
présentée
....f
FORME
ET
SIGNIFICATION
" par Claudette TibblinThJ,se
#
A
la Faculté des
Et'"udeGraduées
de
l'Universit.é MeGl l
pour
l·obte~t.1onde ' a
Mait.rlse
,S
arts
i/
1
Départ.ement de Langue et.
~Llttérature
tranQalsea.
..
.
©
Claudette Tibblin 1976/
•
1/
/•
•
\
, ""LES CONFITURES DE cornGS" DE JAC~UES FERRON:
FORME ET SIGNIFICATION
J
Résumé
En 1972, Jacques Ferron a pUbl"é Lea Confitures de ooings et autres textes, livre qui contient deux romans présentés préc8dem-, \ ment: Papa Boss, écrit en 1966 et L~ Nuit en 1965, texte qu'il a
intitulé Les Confitures de cOingS dans l'édition de 1972. Il
complàte le reouei1 en ajoutant deux textes autoblograph~ques: '"
La Créance et ~ppendice aux Confitures de coings ou Le Congédiement de Frank Archibald Campbell •
.
Le prob1~me de l'identité ést le th~me prinCipal de ces
d!f-rérenta écrits. Cependant, l'intrigue des deux ouvrages fictifs entrains des résultats contraires. L'expérience de la femme ano-nyme dane Fapa Boss la conduit
A
sa perte tandis que dans Les Con-.. fitures de coings, la récupération de son moi intime provoque leo.,
salut de FranQols Ménard, héros auquel" Jacque s Ferron s'identifie
\ ,
retl~te
l'1ntrigue onposée de 098 deux romans.Âpr~s
les avoir~ . . Q \ . . t
,'--soumis ~ la meme ~nqurte, il est permls d aff1rmer que .-Jacques
1
dJi,l19 les deux textes! autobiographiques.
L.
prés~nt---~:.vlll
a pour but de déterm1ner sl la structur~Ferron réussit ~ 'donn~r A ses deux romans
U1f.e
structure originale\ 1
et des plus slgnl(icat\ive car si la oharpente formelle, de Papa .>.
"'i1'! _ \
Boss se retrouve au de1but des Confitures de coings, ce dernier ~~
texte prend toutefo1s une direotion structurale différente
e~ con~~\
traire A mesure que FranQois Ménard, oonscient de son âme llbérée, oriente sa via différemme~t.,
Département de Langue et Littérature franoaises. Université McGill.
Claudette T·1bblin Pour la Maltriee ~s arts.
o
'.
•
'Abatract
JI
a.u
~n 1972 Jacques ·~errbn publishad Les Confitures da colngs et 8 textes, a book oontalning twq of hie pr~vioue novels: Papa
wrltten ln
1966
and La ijuit, in 1965, the latter en~lt1ed> /
/
' U
Le onfitur 8 de coin a in '"his 'naw 1972 edi't',lol1. In addition to
' 1 ,
°theeb novale he inoludad tWQ autoblographical\texts: La Créance
~d
i
ppendlce aUX Conf1tures de cOinoss ou LeCOngédiama~
daFrank
/ i "
Il
ArChlbald Campbell. '"~/
\The theme thatlinks
the different worka of th1B collection ;' le th~ problem of ident1 ty. However, in the two fictlon a, the l?lotIeads Ito contradictory results. While the experience of tha anony-\ "
mous w~man 1n Papa Boss leads ta her
ruin,
in Le 8 Confitures 1e1 cOings,\ the reoovery of hie soul brings about the salvation of
1
;' FranQois Ménard, the hero wlth whom Jacques Ferron identifias
h1,m--1
self in the autoblographical J:~.e~tB.
,
, This theeis intenda to examina whether tha at~cture of t~e
two novels,
Papa
Bose and. L$s Conf1tures de oOings, retleots ~heopposition of thelr respect1ve plota. After aubm1ttlng th~m to the
.
aarne,investigation, we maiptain that Ferron haB sttcceeded in g1vlng h1s two novels an orlginal and most meanlngful structur&; the for-maI framework of Papa Bosa la repeated in the·beglnnlng of· Les Confi-tures de coings, the latter work taklng a dlfferent and opposite struotural dire,otlon ae FranQoie Ménard, consclouB of hie 11berated
~oul, givas hia llfe anothar orientat1on •
Département de Langue et Littérature tranQaleee. Un1vera1té MaG1ll.
'J
Claudette T1bbl1n Pour la maitr1ee ~e arts
/ 'f
•
•
"TABLE DES MATIERES
+.
pages
INTRODUCTION ••.••••..•••..•••••.•.•••••••••.••••••••••• l
,-Prem1àre
partie: Papa Boss,
...
1. LA, PERSPECTIVE NARRATIVE.. • • • • • • • • • ... • • • • • • • • • • • • • •
5
.
.
II. LA 8rRUCTURE DU TEMPS •• "" •• " •• " • "" •••••• ~ • • 1".". ~. • 24
,
III. LA STRU C TURE DE L ' E SP ACE. • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • ., 35
IV.'LA
COMPOSITIONDES PERSONNAGES.:... •.•.••. ..•••
46
V. LA Sl'RUÇTURE DU REC IT ••••••••••••••• ' • • • • • • • • • • • • •.• • 69 VI. PAPA BQ-SS: EDITIONS 196.9' 1972 •••••••
~
•••j ... .
77/
Deuxl~me partie: Leë Confitures de coings /
, /
1.
LA PERSPECTIVE NARRATIVE •• · ••••••••••• ',Ii •• • • • • •• • • •• 792.
3.
LA 8rRUC TURE DE LA BTRU CTURE DU L'ESPACE •••.•••••...••...••••...•.• ". TEr-œ S ••••••••••••• I l ' • • • • • • • • • • • • • • •93
1044. \ LA COMPOSITION DES PERSONNAGES ••••• ' •••••••••••• " • •• 112
5. U
STRUCTURE DU 'RECIT •••••••••••••• '. . . 126, ~y
6. 'LA_NUIT, 1965; LES CONFITURES DE COINGS, 1972~·~ •••• 1321
~
CONCLUSION ••••••••••••••••••••••••••••• '. ,. • • • • • ••• • • • • • 138 \
•
, f·donc vivre l'expérience de tout
unpeuple dont il est le
déposi-taire,_ le témoin et le représentant.
Dans cette perspective, -
1',archi tacture que prend une oeuvre
if
ref1~te
la vision profonde de l'auteur et
crq~tpourquoi, dans
toua les écrits de Jaoques Ferron, nous pouvons constater une
reoherche formelle qui a fait dire
àJean Marcel
~uale
ferro-uieme, ce n'est "ni plus ni moins' qu'un human1sme."
2'.
On
a cependant longtemps, refusé de
r~oonnaltre
le talent de"
1
Ferron et rares sont ceux qu1 l'ont pris tu sérieux au début de
sa
carri~r~d'homme de lettres.
On
saluatt bien ehaoune de ses
nouvelles
~ublicat1onspar
unarticle de
~ournal,. uncompte-rendu
dans
unerevue littéraire, mais oe nlest
~u'en1966,
avec l'étude
de Cptnoir présentée par Réjean Robidoux et
~tlréRenaud,. que l'on
,
a admis la reoherohe de la perfection formelle dans une oeuvre de
Jacques Ferron.
3
"
1
"Roman des Amérique s, " revue Liberté, Actes de la rencontre
québéooise internationale des écrivains, septembre 1973, p.47.
2 ~ean
Marcel,> Jacques Ferron malgré lui (Montréal: Editions
,du Jour, 1970), p.202.
3
.~,
RéJean Robidoux et André Renaud,
LeRoman canadi,n-frarlçais
du vt;s;itme
~~ole(Ottawa: Editions' de
ifUniverslt~d
ottawa,
•
...
•
dans un ouvrage qui est une excellente introduction à
l'oeuv~ede Ferron.
4
Tout récemment, dans une étude exhaustive de
l'Amé-lanchie~,
Jean-Pierre Boucher reconnalt lui aussi
àun
roman
de Ferron
flune structure sigp.ificative d'une remarquable cohérence
~""
et d'une simpliCité exemplaire."
5A.cause de cette
étro1~ecompllcité entre le fond et la
forme dans l'écr1ture de Ferron,
11m'a semblé que le moyen le
plus approprié
d.'
aborder une de ses oeuvres éta1t sans doute de
ohercher
àdécouvrir comment, dans son travail oréateur. l'auteur
.
a
marié Ba vision du monde
à ~estructure pert1nente.
't
.
,Jaoques Ferron ost tellement
con~cientde la torme de son
OeUvre qu'en
1972
il offre au public, sous le titre Lee
Confitu-res de
oo1ns~et autres textes, quatre écrits dont deux Bont dee
romans
déj~publiés qu'il a remaniés: Papa Boss déjà
paru en1966
et
LeeConfitures de coings publié en
1965
soue le titre
LaNuit.
Ce reoueil comprend en outre deux récits
aut9biographlque~iné-~its,
La Créance'et Appendice aux Confitures de coinse ou
LeConsédiement de
FrankArchibald CamPbell.
Le
probl~mede l'ident1té est le
th~mecentral de chaoun de '
Ces textes et c'eet sans doute oe qui a décidé Ferron
Ales réunir
"
sous une meme couverture.
4
Jean Marcel, Jacques Ferron malBré lui (Montréal: Editions
du Jour, 1970), p.205.
"
S
Jean-P1erre BQucher, Jacques Ferron au pays des amélanchiere
(Montréal: Les Presses de l'Université de Montréal,
1973),
p.IOl.
.
•
•
1
La femme anonyme qui est le
personnag~princ1fa.l dans Papa
~
et Franço1s Ménard, le héros des
Confitures-~
coings,
i
v1vent pourtant chacun une expérience qui aboutit
A
un résultat
contra1re; la perte de
~'ldentltéqui entralne la damnation de
l'inconnüe
dans~apaBoss et la découverte de l'1dentité qui
----j
condu1t au salut de François Ménar9..
1
1
,.
Puisque tous les·critiques de 'Ferron s'accordent
A
lui
re-conna!tre une conception originale de la composition littéraire
"'qui Be traduit par une structure
tr~ssignificative, la question
qui se pose devant ces deux textes est la suivante: la
contradic-t10n de ces deux démarches est-elle traduite par une opposition
dans l'architecture de chaoun des romane?
C'est ce
probl~meque
tenterons de résoudre dans c'e travail •
•
Le"
choix de cee textes de Ferron représente toutefois un
A part:de
court~compte-rendue et les quelques lignes que
Jean aroel
yconsacrè danB Bon étude sur l' oeuvnt de Ferron, il
n'ex1s e
gu~re'A
{eur sujet qu'un art;cle de Dan1el
Dérr
ob
siest pen.ché sur les métamorphoses
ho~-an1maldans
Papa
~06.6 ~s réf~~~nces
ooncernant ce recueil sont donc
Apeu
pr~sexistantes et, pour en faire
~étude, je ne voie qui une
.
,..
méthode;
l'~enminutieux du
tex~ede l'auteur afin d'en
péné-, ~
trer le sens rofond et de tenter d'en apercevo1r la charpente.
--~-- ' - - -
-6
Daniel Dé
tlonale,. vol. LIX,
, "Le
Bestiaire dans Papa Bose," L'Action
Na-0.10" juin 1970, pp.998-l006.
1 l ,
•
..
r t 4/~-~our ce faire, je soumettrai successivement chacun des déux
textes romanesques ~ la même investigation; une étu~~ formelle de la perspeotive narrn~ive,
pace,- de la composition des et des changements entre la
de la stru~ure du temps et de l'es-personnages, des ~meB structuraux premiàre .édition de ces romans et .' , . celle de 1972.
Cette étude n'est évidemment possible que pour les deux
~ textes en opposition: Papa Boss et Les Confitures de coings. Quant aux deux"écrits autObiographiques, La'Créance et Appendice aux Oïonfitures de coings , ils ne seront pas étudiés du point
~ 0
de vue formel, mais puisqu'ils apportent un appoint lumineux
au probl~me de l'identité tel que présenté par Ferron, je me
réserve le droit d'y recourir dans l'analyse des romans et ils me seront un atout précieux dans la conclusion o~ lee deux textes fictifs seront mis en parall~le.
En dernier lieu, je re~drai compte des deux textes autobio-graphiques, non pour en d~gager la structura, mais plùtôt pour
so~iigner l'impact de ces deux écrits dans lesquels Ferron
.
entretient son:.'lecteur de ses antécédents, de Ba jeune'sse~ de sa double vocation ~'écrivain et de méd~cin,- dans un recueil tout coneacr~' aü probl~me de l'identité •
/
.
, , 1 l ' • ( -,~~--- - -- -• t1
•
Q
•
"
CHAPITRE
PREMIER
LA' PERSPECTIVE NARRATIVE
(Le "vous" infamant)
PAFA BOSS
Le choix du personnage principal peut être d'un apport tr~s
significatif dans la structure romanesque puisqu'il est le point
; ....
d'appui sur ~equel repOse tou~ le roman. Dans Papa Boss, Ferron
Ci
choisit de mettre le plua souvent en sltuâtlon cette femme ano~
nyme,. ancienne nonne devenue "accotée" lui est ên tête-à-tête continuel avec un narrateur mystérieux qui ln pelègue à un rôle excluslvementlaudltlf.
Le roman comp~e en tout 110 pages et ce n'est qu'à
l'avant-derni~re que le nar~ateur s'identifi. enfin.
-Madame, je suis celui que l' ange vou~ avait annoncé en ces termes; "Un autre après moi viendra qui vous
instruira en tout:" Vous ne m'avez pàa reconnu, pour-tant l'ange vous avait avertie que je viendrais plus tôt, que vo~s ne m'attendiez. ' -Mals qu1 etes-vous, Monsieur?
-Vous le saurez quand la v~rité de Papa Boss aura éclairé votre coeur comme elle tressa1l1e déjà dans votre se1n, ô M~re du F11s de l' Homme ~ Et quand
1 vous le saurez, ri~n ne sera changé en apparenoe;
jë res·terai ce que je sU1s, le représentnI1t de la Malson Asshold Fihance, mais la Malson Asshold
F1nance aura pris les dimensions qu'elle occupe en réalité: elle vous apparaltra comme le temple du
Seigneur.
7
7 Jacques Ferron, et autres textes- (Montréal:
~'
" !
,.
'.
'.
'Le n,a.rrateur B' annonce donc à la femme d'abord oomme un
~
.
~personnage assez" i11fignitiant, 'le représentant de 10. r.faison
_ 0,
As'ahold F1nance. :'}'1aia av,eo la révélation de l'importance de 'e
c~tte maison- dè prêts usuriers dans une' société toute"vouée à la consommation, son evergure persbnnelle augmertte; il d -vient alors un proph~te, , un "inspiré du Selgn~f" le prée
,
seur du
r~gne
de Papa Bbss. , Cette(dignit~ lu~1~ermetO,Sle
con-",trôler tout le récit. oComme SOR divin maltre, il fait preuve d'omniscience et
\
les exemples sont nombreux o~ le narrateuI'- .manifeste des con-naissances qu'il ne pourrait posséder sans quelque attribut
J
surnaturel. '-~
-Tout ea.u long du r~c-i t, il rend comp~e à la feIÏ1me de s pen-sées les J)lus sec~te8 de
que son mari se plaint de
\ "
chacun d~s personnages. Ainsi, alore son mal A
l'éplg~ra,
le narrateurCf
note les sent1ments de la femme, dévoilant les relàtions les plus intimas de l ' "accotée" et de son concubin dans ce qu'elles , ~ manifestent de malaiae et d' i!lc,Ç)mpréhension .. 0
tJ
a
Il ne lui revenait P&B"de se plaindr~, c'était A vou., vous l'aviez toujours fait comme -il, le tallait, ni trop, ni pas assez. aveo mesure"et constanoe, en temps et lieu, et à la bonne pla-ce, A-la" j;,ête quand il s'agissait de vous plain-dre de la tête, au ventre quand 11 importait
d'y
avoir mal, spécialement au lendemain des nuits
O'à, au travers des tén~bres, du" pluma-rd, de vous- a même. 11 aV.1t rejoint le sommier pour lui com-mun1quer f~t.rénésie gr1nQante; o'était lA votre-rôle et meme yotre devo1r; vous vous pl's1gn1ez. A bon asOient et selon un bon tempérament pour le reteni;r; autrement c'est toute la maison '
qu' 11 aura1t ébranlée. 8
o
"-. 8
Jaoques Ferron, "PapaBoss,~··
in 'Les' Confitures de COingBet autres textes (Montréal: Edit10na P~~~Pr1s,
1972)t
p.12 ••
f.'
- -
-Son 'Oeil scrutateur a fouillé l'âme de cette femme et lui a arraché tous ses seClrets-. (il sait qu'étant insatisfaite de
, ,
1
la vie qu'-EÜle m~ne,
aria
veu;t tromper son concu b 1h et;;---.;ar--e,----..c=e---dé sir, ~lle a su sc i té . un Ange-.Il pénêtre aussi ies' conciliabu~~s silencieux de l'âme de la femme anonyme -qu'il traduit par un dialogue fictif entre elle et un ancien directeut de conscience, conn~ alors qu'elle était nonne et qu'elle n'a pas r~vu Chepuls dix ans. Alor'a qu'elle se prélasse dans l' int1mitd 'de sa salle de ba.in,
fI
est,dè plue, en~
mesure de lui détailler son corpe, -de i.a. tête aUX pieds de même .Que sa position dane')'ea-li-de la ba1gnoire. ,Il connljl1t tout
, ;,
de son passé et de Bon p~ésent.
G'get
ce narrateur qu1 régit et organise toute la vie:~~lune femme qui se voit obligEfe d'en éoouter la leoture •., Dana cette perspective, le récit représente une
frustrante et humi11ante pour l" aud1 trice, la peine dl
une
femme,,--qui. Si est perdue et dont l'âme ne lui appartient plus. Personna-,
ge principal 'du roman,. &lle n"a pas le droit d'ordonner
>e1le-J I
'
....
/
même, d'agencer selon sa propre volonté le s détR.l1s d& sa v~~.
~--~·---~~~~n~ar~r:a~t~e:ur~~n:~~l;'U~~i~l~ai:s~ae~~jam~~a11~ë~' 'l"~U~S~a~g~e~d~e~l~a~p~r~e~m~~r~e~p~e~r~-=---~
"
.-.'
sonne du singulier,t' ~e "Jel! par ~~~uel un être prend consoience et responsabilité ,de sa
~ropre
ex1stence.~
.. '/ -/ Gette 1mpossibilité de s'identifier ~ ,la prem~~re "personne
!.t
do~è
des~lUB -Signi~ica.tive
:et correspond à la psychologfeintime de oett.e, femme perdue,'l telle que créée par Ferron~ Ayant
,
.
. ,
ma.1n,. sa vie se solde par un échec complet. Sans passion, SaIlS
conviotion profonde, elle n'a jamais su adhérer de tout son être,. s'engager oomplàtement. EChappée du couvent
ilOy
a dix aIla"o"honne:manquée", elle est depUis "accotée" avec un holime qui n'est' pas devenu son mari et qu'elle 'n'a pas SU rendre heu-reuX. 'Elle est donc aussi une épouse manquée. Dana toutes les entreprises de sa vie" elle n'a. pas voulu aller au-del~ dunovioiat. Elle s'est-irrémédiablement condamnée ~ devenir~Uh personnage anonyme" SallS identité; elle sr est perdue ~ jamais.
L'auteur, 'ne peut donc pas lui laisser la "je", car ca
pro-~, nom personnel exprime la liberté,- il traduit la pensée de l'être qui se pense, et elle ne bénéfioie plus d'aucune individualité, elle n'existe plUS qu'en surface, pour la via matérielle et la communion A la "piastre" de Fapa Boss. Elle s'est elle-même traneformée en jouet, en pantin à qui des forces supérieures imposent le silence. CI est sa vie ~ elle que le narrateur ra-conte
à
sa. faoon,. selon sa fantaisie, et elle nIa. pas le coura-ge de m~'ife8ter , ". 'son approbation ou Bon désaccord. EUe éooute, t1gée comme une madone d'un tableau Ge l'Annonciation dans una sa totale soumission. En na réag;tssf\o,t ,
pas,. en ne rétablissant pas les faitg selon sa perspective A
elle~'~en aooeptdn'b' tout ca récit gans: mot dire, elle consent
~ ce qua quelqu'un d'autre se oharge de sa vie,. elle .~puscr1t l sa p~opr~ défaite.
"
Ferron acoentue enoore oe sentiment de pa.ssiv1té compl~te 0
)
1
~ ,
. par
l'emploi de \.la deUxi~me personne du pluriel, le "vous" que-•
•
-,f
le narrateur utilise constamment pour lui parler de ses actions
et
de se s pen sée s.
Le
"vous" du représentant de la maison Asshold Finance
sou-ligne la d1stance qui ex1ste entre la femme et celu1 qui lui
parle avec cette politesse narquo1se, mais plus'encore, il
dé-montre l'emprise qu'exerce sur elle ce locuteur mystérieux, au
courant de toute sa vie.
Le
personnage prfnclpal, subjugué par
ce pronom
~la deuxiême personne du plur1el perd donc son"rôle
de sujet et devient un objet sans signifioat1on, une présenoe
sans poids.
Ce pronom envoûtant donne au lècteur le
8~ntlment"d'être
devant une personne hypnotisée qui acoepte tout ce qu'on lui
proposei et oe qu'on lui suggêre, c'est l'audition exclusive
de son histoire: "Et vous ml avez entendu vous lire le présent
réci t tel qU'il dure depuis le commencement du livre."
9Le
prooédé est ingénieux; les événements importants de
la vie de la femme ne sont pas "racont.és", terme qui supposerait
"'"
une
~~rtic1pation,une réaotion ,de l'auditrice qui pourrait
in-t "lus" oe qui implique une mono.., ,
tonie qui renforce encore le sentiment d'impuissance, de
dépen-.
dance psychologique d'une personne prise au
pi~ge4• 1.,.:... ...
L'habileté de manoeuvre du lieutenant de Papa
B08Best
éga-"lement man1feste
dan~la faQon dont 11 agence le réc1t,
nO~8
-J>
9 Jacques Ferron, "Papa Boss,"
1nLes Confitures de c01n6s
et autr" textes (Montréal: Editions
Part!Pris, 1972),' p.
110.•
..
tabl1ssant les faite selon sa vis10n omnisciente.
Il est en
etfet~ètoute-premi&re tmportancé, e'il veut
que la femme se tienne coite.- de lui présenter son
h1~s:t~o~i=r=e---_1de faQon
àce qu'elle s'y reconnaisse et qu'elle accepte ce
/ '
'qu'on lui racoqte. c'est donc A travers les-yeux de la femme
qu'on voit d'abord les divers personnages du roman.
Dans chacun des
cas.~·~lleremarque d'abord les gestes ou
.
la position des personnages, leur évidence dans son champ de
vision; que ce soit son mari qui ee plaint de son
mai à Irépi-gastre, monsieur Pelletier qui ramasse
les~euilleB,madame
Pel-let1er qui s'avance dans la cour, l'ange qui se
lals~tomber
sur le toit, le pàre
Barn~chequi entre un violon
BOUSle bras
gaUChe ou le tlls du Jardinier,- la tête appuyée au
fÛtde
'l'arbre.
nIe -4istlngue ensuite les carac-téristiques phys1ques
~prédominantes; la barbe sale de son mari,. la maigreur de
mon-sieur Pelletier et l'embonpoint de madame Pelletier, les alles
•
r-~
________
~d:e=--l=-'~àn::g~e=-:,~.~l=abouche joufflue du pàre
Barn~-che,.les yeux
en-.,
Jôleurs du
fl1Ss~U-rar;t1~~~r.~~~j.B-~~~n~e~v~a~a~u:-d~e~1~'~d~U~ _____ __
superficiel, et elle ne s'interroge pas
~rla signlfic at10n
,
.
des déta1ls aouvent
troublant~qu'aIle aperQoitj sur le
Jaunisse-ment prématuré de son mari, par exemple,> ou l'1ncompatibilité
en-tre la beauté du costume de l'ange et la laideur de ses !raits.
. En
plua de cette myopie visuelle qui correapond Al'
ét~~l-~tesse et
A
la platitude de son personnage, la femme
rév~le,par
---~-.'
Î - I l
';1
1
sa faible perception visuelle, son attitude n8gatlve devant Bon
tIentourage, un part1 pris de méchanoeté et d'égo!sme.
Tout au
long du roman, -8elonson optique-;-
0 'est
le cô té offensant
~t.---.antipathique du mari qui est retenu:
"C'était
unhomme dur, amer
et 1ncrédule, et méchant, oui, d'une certaine façon, comme tous
les 1norédules, oomme tous les maris qui ne savent gémir que
par la bouohe de leur femme."
10\ \
Aux
yeux des autres personnages, la mari n'apparalt
pour-tant pas
BOUScet aspect entièrement négatif et
mëpr1~able.Si
monsiéur Pelletier, le propriétaire, ne peut supporter son
gas-pillage, son alooolisme, il admire néanmoins en lui l'habileté
du maohiniste commandant
un bon salaire, son exactitude
àpayer
le loyer.
Il est vrai que Felletier, petit bourgeo1s
proprié-taire, profite de la dilapidation de son locataire qui devient
ainsi très vulnérable aux pièges lnsidleux de Papa Boss et de
S9S acolytes. L'intérêt pourrait expliquer la
dlffé~enceentre
l'opinion nuanoée de Pelletier ét le jugement négatif de la
femme.
Le
parti pris de celle-cl devient toutefois évident
" 1 ,
.. quand,
"h,la
tindu roman, Bon mari
qu~èlle a oru laid, méchF.:'t
t:---.---~-=---.--n~-....Â.eiid les
tratt-s
dusédu1sant
fl1s--du----.tard1.n1a~ Jeune•
homme qu'elle a aperçu autrefois dans le Cerisier du jardin du
couvent, et qu'elle oonvoite en si19n09 depuis d1x ans, solt
tou~
le temps qu'elle a oohabité avec son conoubin.
10
Jaoques Ferron, "Papa Boss,"
inLes Confitures de ooinBs
et autres texte! (Montréal: Editions Parti PrisJ 1972), p. 21 •
1 1
1
•
•
,) " ' " 1 f'.
.-,"
Grâce ~'ses dons de clairvoyanoe,. le lieuten~t de Papa Basé
, r · ..J.,
peut expliquer cette métamorphose. Il fait ainsi oomprendre à
,
Bon
auditrice que son mari était oe bel adolesoent dont el~~'rê-.'
"
valt seor~temen~ Les souc~s affe~~lfs et matériels dont elle
ét~lt
la caUse avaient cependant gravé sur les traits du quadra-génaire un masque de méchanoeté et de dureté qui le Vieillissait et que, dans son égoc;ntrisme, elle n'a jamais voulu pénétrer.La f~mme est donc considérée comme une des causes de la ruine
pécuni·a.l&"e,physique et morale de son mari. Le narrateur arrange le récit pour le faire comprendre.
En introduisant le mari dàs les premierstmots de l'histoire, il souligne ~ la femme l'tmportance de cet homme dans sa vie, la
•
solidarité des deui partenaires du couple. Après l'avoir vu
appara!~re un moment dans la cuisine,. la femme,. par Bes paroleé,
repousse son concubin vera laI chambre , ~ coucher,. au bout du long
'
oorridor. Dans le premier paragraphe, d'~ ton qui dénote déj~ un oertain agacement,' elle lui dit: "Mais va donc te coucher, '
mo~ vieux
!
Il Au deu~J~me,. le ton devient plus dur, la phraseplus s~che: "Va te coucher." Ce sont les seules_phrases' qu'elle lui adresse de tout le roman; paroles d'impatience" gestes de - -- ---...r ... e'"'fU...s..
-•
Le. précurseur de Papa Boss, en ,1 conséquence~ présente aussi le mari comme un personnage lointain,
n~g~igé
.
et négligeable, en , ., ; ,
dehors de l'intimité de la femme. Son mari congédié,. ce n'est
qu'~u dix-septi~me chapitre qu'elle le rejoint. L~ encore, -c'est
l'égoïsme.qui la fait agir; elle se préCipite dans la chambre o o~
12
-~
•
•
11 repose parce qu'elle a besoin de quelqui.un ~ qui raconter le su1cide du propr1étaire. C'est A ce moment qu'elle aperQoit
les trai~8:q}.le son partenaire tenait cè.chés sous un masque.
Cette métaciorp~ose, qui la laisse d'abord perplexe, n'est-o~~~----~
quée qu' à- ,la visite du représentant de la maison Asshold Finance.
l 't'
~
En changeant la perspective bornée de la femme, celui-ci Joue sur deux plans. I~ sôullgne d'abord que-la vérité est bien
,
plus complexe que ne--le laisse devine'r 1 rapacité de la vis10n de
la ~~mme; mais à cause de la dispos1tion même du récit, il
acca-# ble la locataire anonyme, la pondamne, afin qu'elle ne puisse
{ trouver aucune excuse, aucune raison qui vienne la disculper de ce divorce volontaire d'aveo son , soi-dlB~t mari.
Cette séparation dans sa vie matrimoniale n'est qU'un des signes de l'aliénat1on de la femme devant la vie, de son refus de la vérité. La seule façon'dont elle peuto conjurer son sort,
\
c'est par le rêv-e, car ne~'l>ouvant s'élever au dessus d'elle-même, ne'se chprchant ~amais, indifférente A tous les êtres qui l'en-tourent, elle doit substituer un monde 1maginaire qui v1ent rem-pllr la vacuité de sa vie.
tv
La place qu'elle ocoupe ~ la fenêtre de la cuisine, pendant presque tout le temps du roman, eet tràs significative. Jean Rousset explique ainsi cette position dans son ~alyse de Madame Bovarr de Flaubert:
la fenêtre est un poste pr1vilég1é pour oes personnages flaubertlens à la fo1s immobiles et portés
à
la dér1ve. Dans le lieu fermése diffuser dans l'espace sans avoir
àquit-ter 80n point de fixation.
La fenêtre unit
la fermeture et
l'ouve~ture.Il
- - _ _ _ _ _ 8 ---.,Lr:e=--=m;-::ê~m=e~t1;;hc1l~=m=e---'td~u-vâ.-gu-e---tr-I'
âma-,
symbol-1-aant
le videlntér-1.eur- __
~_•
et la médioorité se retrouve dans Papa Boss; les exp110ations de
Rousset au sujet d'Emma Bovary rêvant devant la fenêtre sont
d'autant plus pert1nentes qu'on
r~trouvel'héro!ne de Ferron
dans la même position
pend~tau moins onze des dix-neuf
chapi-~
tres du roman.
La rêveuèe va'même
~usqu'àbouoher la fenêtre
.,t. , '
-d'en avant qui fait voir l'école de l'autre côté de la rue, en
laia-sant la etora continuellement b&issé.
Lespeotacle de la vie, de
la fertilité, des enrants, elle ne veut pae en être témoin, elle
le rejette
oompl~tement.De sa fenêtre d'en arrlàre, en plein milieu de la perspective
étagée, dono entre ciel et
~erre,la femme peut promener son
re-1
gard sans le fixer, prendre son vol,
\
le monde extérieur sans le reJ,oindre" elle n'a pas beso4.ri de par-
s'évader. Elle peut voir
ticiper.
C'est ainsi qu'elle/assiste
àtoute la soêne du suicide
/ '
du propriétaire, sana auoun E;este pour l' empêoher; Elle aooepte-,
d'être témoin mais refUse
r
rôle de protagoniste; elle dev1ent
ains1 une présence absente qu1 propulse sa rêverie vers un monde
~
1maginaire, éloignée de t
indifférente
~ce qui n'est pas
elle-même.
La traJeoto1re de Bon
re~ard,A partir de oe poste
d'obser-vation est tràs éloquente.
Quand elle
S8place pour la
preml~rètois
~sa fenêtre, la femme remarque d'abord ce qui se passe en
.
Il Jean Rousset, Forme et slsnification (Paris: Librairie
José Cont1,
1964)~p.
123.
\ i ! , 1 1 1.
'bas, dana la cour; mons1eur Pellet 1er ramasse"lea feu11les.
Klle su1t
~:iorsle rega.rd de son
propr~étalrejusqu'au sole11
" \ .
, ,
jaune-de-pouletre. Dans son imag1nation, le soleil se
transfor-\
_ _ _ --LI ---me-~~ùt',B tUl m 1 roi r, ~ t----'1.""_==---=c=..::=---==---==~==_. _ _ _______I
'"
•
"
de manger.
Son regard
d~cr1tdonc un cercle complet qui part
de
l'endr01~qu'elle pccupe, descend jusqu'A Pelletier pour
re-monter jusqu'au soleil et f1nalement revenir vers elle, au po1nt
...
De la meme facon, mais en sens contraire, sa vis10n décrit
un mouvemént circula1re, quand au chapitre dix, elle apercoit
d'abord le haut de la perspective étagée, la cime des arbres qui
,.la
rem~nenten pensée dix ans en
arri~e,dans le Jardin des soeurs
Jésus-Marie de Longueuil alors qu'elle était nov1ce, au moment de
sa rencontre aveo le f1ls du jàrd1nier que depuis ce temps elle
désire secràtement.
,~
D~s
chacun des cas, son regard se pose sur quelque ohose
de vrai, de réel, mais la réa11té se transforme eb rêve
dégra-dant, avilissant, paroe qu'au lieu de la1sser A son âme la
11-berté de prendre
spn~.essor·vers l' absolu, elle
ra.m~netout A
sa
p~emesure,
àson p»opre niveau. Elle va même Jusqu'A
matérialiser le 01el, désirant D1eu ,pour' tromper son mari,
BUS-o1tant l'Ange pour qu'1l ass1ste
A
son bain et qu'elle pu1sse
le sédui!-e.
Immob1le
lsa fenêtre, inoapa.ble d'aot1on ou de réaotiop,
oette femme vit entre 01el et terre dans la stagnation d'une
•
les choses, mais ils restent
àla surface, ne
débo~chant·.passur une vision complàte de leur réalité; aU contraire, Ils
ram~nent tout vers elle, danB un motlvement circulaire et refermé
qu'elle est la seule
~habiter.
Sastérilité physique eBt un
signe de cet ego!sme moral;
rn
voulant s'accaparer de tout, elle
se retrouve devant le néant qu'elle vient de créer.
A
la suite de la premiàre édition de Papa Boss, André
Re-naud note que le réc i t de Ferron "se Bl tue en général au delA
de la réalité
o~il redeBcend toutefois de temps
àautre pour
s'en éloigner aussitôt." 12
Il est en effet
tr~8difficile,
àune
premi~relecture, de
~ ~ .~ ... ~~ ... ~
déterminer
l~8~llmitesdu rêve de celles de la réalité dans
~ ,'.!I.
Papa Boss.
Ce brouillage correspond BanB doute
~une intention
.
tl~s
marquée de 'l'auteur
q~~peut ainsi nous présenter un
per-sonnage'qui se laisse
alle~urythme de son imagination et perd
toute- notion du réel.,
En-étudiant cette notion de la vision
féminine, on s'aperQoit cependant que le rêve de la femme
s'insorit toujours dans une ligne circulaire comme les deux
exemples que nous venons de mentionner, alorB que la réalité est
transposée sur un plan linéaire.
Tous les déplacements de la femme ce
~amedlmatin, par
ex-emple, se situent dans l'appartement; de la cuis1ne à la salle
de bain,
à lécuisine,
àla chambre
àcoucher, au balcon,
àla
cuisine •. Tout se
pa~sesur le même plan, au niveau d'une vie
ru ,
1'2 André Renaud, " 't>apa Bosa' de Jacques Ferron," Livres
et Auteurs Canêdiens, 1970, p.37.
•
. p2ate et srnB intérêt, traduite pnr lÀ ligne droite hor1zontale\
Pal'cou'rue d'un bout à l'autre, vera ln E)Eluche ou vera III drc i te,
o
vers la lumière ou ~ rebours de la lumi~re; cette ligne ne
e'a1-"longe n-i d'un côté ni de J' autre. Comme un cul-de- sac, elle ne
mène_, ver s rien.
En opposit1on et comme pour répondre
à
la platitude de la .vie de la femme, l'auteur nous 8résente le point de vue riche-~
~t varié des "Barnèche-du-temps-de-Kamoura.ska". Ces deux vieux nous sont d'abord présentés selon l'opthuè de la :f!3mmej ce sont
ses voisins de palier, les beaux parents du propriétaire, un couple qui passe son temps à se bercer, deux vieilles gens qui ont trimé dur autrefois mais qui maintenant profitent d'un repos bien mérité. Jusqu'ici, 11 auteur ne nous présente que le portrait bien vague d'un &ouple anonyme ••
Dès que Barnèche se présente à la porte de Ba voisine, on sent cependant chez ce v1eux une originalité, une richesse de personnalité pas encore·reneontrées dans ce roman; "J'avions pensé, ma vie11le aussi qu'un p'tit brin de musique vous
~au-.
serait de l'agrément."
Vo11à le premier personnage du roman t{ui sr identifie
.
à la première personne; là syntaxe dQ verbe ne manque pas auasid'é-, 1 1
tOnner; quand il parle de lui, le,beau-p~ra de monsieur
Pella-1
tier,inclut auss1 sa femme Dél1ma, ce qui donne un sujet à la
.~,
première personne du singulier et un verbe à la première
per-.'
sorme du pluriel, un "j r av10ns pensé" à la fo1s vieillot et s.ympathique qui symbolise bian l'un1on 1naltérable de ce v1eux
11
•
•
couple dont ltanachronisme du pa~ler reflàte l'âge avancé • (Leurs âges mis bout à bout montaient dans le siàcle et demi). Les relations passées du couple Louis-Déllma Barn~che sont oonstamment traduites en termes de musique ou en une féerie de sons et de lumiàres!
c
(
Elle a gin~é, elle: Elle a gingué à en perdre la tête, elle s'en souvient, c'était . hier; elle ginguerait encore, le coeur lui
en dirait, mais il est écrit, qu'~ son âge
on ne gingue plus. 13
rofagicien du verbe, Barn~che di spoBai t alors d'une propulsion au merveilleux qui, malgré Ba mis~re et peut-être 'même ~ cause d'elle a su lui faire trouver le bon côté de la vie et le trans-poser en harmonie de sons. Chez lui, la parole est mise au ser-vice de l~~xpér~ence pOUP en faire de la beauté. Suivant la tradition des personnages originaux de Ferron. tel le Mithri-date des Grands Soleils ou le robineux de "Sulte à Martine", le vieux voisin de palier est aussi conteur.
Il tente deux fois de faire partager à la femme sa vision
de la vie. Elle refuse une premi~re fois de l'entendre, prétextant le sommeil de son mari. Quand le vieux revient, apràs la mort
de son voisin, 11 choisit pour la "veuve" le conte de la "grand' Jupe", parabole de la vie gâChée de la femme et de Bon mari.
,
Chaque fois, les paroles du vieil homme tombent dans le vide; il ne peut y av'oir de communloat 10n vérl table entre lui et la femme •. Il lu1 parle, 'maia elle nfentend pas ce langagefantai-*
13 Jacques Ferron, "Papa Boas," ln Les Confitures de co1np:s et autres textes (Montréal: Editions Parti Pris,
1972),
p.69.
slste et poétique.
1
Barn~che est aussi le seul personnage du roman qui fasse
preuve de lue idi té. Voyant sa voisine menac~e de perdition, 11:
.---, >
tente de lui communtquer son inquiétude en lui trouv3nt le conte
!' 1
a.ppropr ié ; "on pourrait aussi cro~re qu'avec ses pet1 ts 'yeux malins, il Cl deviné les intentions du requin de la f',tnance et qu'en ét irnrit son histoire, 11 donne à la femme éplorée l~
Ché'!ll-ce de, reprendre ses sens avant que le ,représentant de la mRiso~ --Aeahold Finance ne la convertisse au régim~ d'emprunt à
perp~-,
tuité. Celui-ci doit donc accepter d'attendre la fin du conte du vieux "payan" avant de pouvo1r commencer son propre rclei t car
, -'
"11 eet dans la coutume de Kamouraska de mener lee contes à bon terme. Il
C'eat justement cet ~ntêtement et cet acharnement à finir le travail commencé qui a
été
cause'du salut,des deux vieux:\ . ,
'.
Ils.avaient
été
cà~tifa et pourtant ils s'étaient sauvés par entêtement. De pei-ne etQe
misêre lIa avaient réussiquel-qu~ f"hose de beau. Le pàre Barnèche ne vous aval t ~pas trompée; en vérité il a-,14 valt vu la' ,lum1êre de Kamouraska •
.,
1 '~
\
::
La vision des S~àche ~talt donc contraire à c~le de ln
femme anonyme.
t~i~B'
que lelle-cl voit la vie dans ce Qu'e116 (•
.
~-J
offre de plus fade, de plus superficiel,' qu'elle ramàne tout
à soi ~ans un geste égocentrique, les époux Barnèche transfor-maient leur vie en une continuelle fête, haute en couleurs et
! en musique.
'" Une rencontre avea Ba~~che
'1
qui se rappe~le sa vie14
Jaoqués Ferron, autres textes (Montr~al:ç.
À
"Papa
Boss," Le s Confiture s de cOingsEditions
Parti
Prie,1972),
p.84
,/
---
--....
•
~ , ',
-
'-'. :
•
d'autrefois, c'est un vrai feu d'artifice, un éclatement de ln o
vie dans ,une dimension nouvelle qu 1 il est fier de crSer et de
\ ~
pouvoir contempler. CJ (
-
.
déterminer si les époux Barnèche le sont encore à l'heure du
" ---~,
rà[91.e de ~apa Bo'ss. Comme tous le s autre s personnage~, ils sont
1
aliénés ùans c~ 'duprex ~derne o~ ils sont encore plus étrangers
qu~ oçeux de l' autre g~nération car ils doivent s'asseoir durnnt
c-~ toute la journée dans une berceus~ qui, comme leur Inngue, vient de "l'ancien te'stament."
(.
Il semble toutefois qu'ils aient gardé au 'm'oins une ~t
iÎ1-l "
~ '~
celle de l'illumination d'autrefois. Ferron nous en donne cer~
o ,f ,.
~-tains indioes; parmi les habitants dUobloc, les Barnèche sont les
" "
seuls à employer l~ première pcrsonrte du verbe, le "je" qui les rend consciants de leur identité. Ce sont ~ussi les 8eul~ que
~.
Ferron identifie clairement. De
plu~e
vieux "payen II est" 0
'1
conteur. Qui ~opnalt Ferron peut sDisir_iou~~_l'1mportance de ce détail. Pom4 lui,' le conteur e st un personnage' de 'très
,grJl.TI-~ ' J " _ ~
de envergure. Pour nous en rendre compte, écoutons ln définlt~on
.
de cette vocation tell,e "'qu'a perçue par le robineux durls "Suite ?t -',
Martine. "
.
j
,
"
Le soir venu', Je m'arrêtais dA.l1 S quelque maison, o~ l la veillée, je suscitais de-vant le s yeux deD me s hôte s un monde qui n' a.vai
t
pas de réalité, mais par le,Ciuel on pouvait entendre celui que l'ombre a-va1t absorbé~ Le lendemain, reprenant la routé, J'avais l'impression de ne pas être pé
en vain et de lalsger-âerrl~re-molUs de eohérenoe que devant, un jour plus
•
,
1 • l '•
1 ...cl,air, des fermes aux lighes mieux dessi-nées, des visagss plus humains. Non, je ' n'étaiB pas un mendiant, je ne quémandais rien et ce que je receVa~ nSAPouvRit être comparé à ce que j'ava,is'donrm. J-'étHis un gueux, mais j 1 étais auss1 une, sorte de srr;nd
seign~ur errant par le monde afin de lui
redonner un peu d'allure. un peu de style.
15
En faisant de Barnàche un conteur, Ferron lui confêre une ,grande dipl1 té, 'il le pl~ce dans la, lisné~ de c'eux qui ont comme
m1ssion de remettre un peu d ',:ordre dans ~ ~'étatJ chaot1que de la eociété; c'est aUBsi la voie que suit ,Ferron, lui qui excelle part1cu11àrement dans ce genre Îlttéralre.
"
l'
La création de ces 'deux "anciens" de Kamouraslta contribue
à souligner la qualité de l'homme qui a vécu dans une atmos-phère moins déshumanisante que
1a
société de Papa Boss et qui,a
s'y trouvant, devient désorienté dans un monde auquel il ne
/~
-compr~nd rieh car il n'a pas contribué à-le bâtir.
'iJ
En
présentant ces deu~ vieux qu1 ont su s'orlenter autrefois('
à travers- des d1fficultés presque insurmontables,. qui se sont sauvés dans un autre temps et dans un ~utre espace, Ferron
a.
su' releve:t;-J<,rillammoent le "défi quela
forme même de Bon roman,lulo
imposait.
Ne
d'un syst~me matériel et lieutenant de Papa Boss,_ ce dieu du , ,
progr~s inhumain et âe la haute finance, Ferron frustre
constan-ment l'attente du lecteur qui esp~re
du
personnage entête-A-15 Jacques Ferron, "&lite à Martine," CCbbtee, éd1 tion inté-grale (Montré-al: Ed1tion,B H.M.R., UL'arbre"
1968),
p.125•
..
, " " • \•
tête ,avec cette voix, une manl~e8tation d'indignationt de co-lêre ou de ré~olte. La léthargie de la femme romp, donc le
sentiment de sympathie qui existe h'abituellement
eJ~re
1 'hé-ro1ne d'un roman etle
Iecteuro}
.La clairvoyance ext~~~rdinaire du
..
idéale pUisqu'elle lui laisse toute liberté et ui permet d& profiter d'une vue panoramique et globale sur la ie de tous les personn~es, pl?-ce troutefols Ferron devru1t un l>aradox~, tr~s
délicat. Se devant de respecter la persRective de son narra-teur, l'auteur doit évacuer son roman et faire prêcher par le représentant de la maison Asshold l"inance une "reli3ion" à ,
.
'"laquelle il ne 'veut pas que son 'lecteur adhère •
..
,----,
Ferron a ~ecours à divers ~en8 pour ~olutionner ce
f'
problàme. Grâce
A
,8es pouvoirs extraordinaires, le narrateur est obligé de rendre compte de la richesse et du relief de la vision desBarn~che
"du temps~
l'Ancien Testament". Enin-•
troduisant' ces témoins d'un monde passé, Ferron (lCQUSS le
pro-gr~B actuel qui conduit à la mollesse de caractà:-§J,
qui"dé-spi-> ritualise!' en même temps qU'il invite son lecteur àareoharcher
.. '
(f-,les valeurs aures qui, autrefois, arrivaient à faire échec n.u malheùr. Le pronom "vous" produit le même' effet.
+te
,t.!V~USfl du narrateur s'il est infamant pour l ' 1nconnue, \
agit différemment toutefois sur le leoteur. Pronom pluriel, "vous" s'emploie aussi pour s'adresser à plusieurs personnes.
A foroe de le lire, nous avone I l impression que c'est
A
nous que le représentant de Papa Boss s'adresse, d'autant plus que•
•
•
ce n'est qu'~ la fip, du roman que ~ou8-<connai$sOn8-1.·ldentltcl de ce locuteur secret. Nous devenons alora [lU ?sl 1mpliqu8 s
qu'un personnage du récit, devant cpmparer notre' propre 11is-toire ~ celle de la femme anonyme et en tirer toutes les con-clusions qui s'imposent. Ferron provoque et.d8range, 11 nous oblige à. réagir, à nous a.ffirmer i cr eet SallS doute le but qu r 11
•
poursuit en écrrivant un conte qui décrit le manque de personnali-té
de
toutun
groupe.La
réaction du lecteur, c'estdéjà
un
premier geste identificateur.
La. perspective que /erron nous pré sente dans Papa Boss rclU8sit donc à. faire converger toua ses traits vers le
même
effet: la médiocrité de son personnage prlnc ipal et du Ilonde qui 1 r entoure. Que ce aol t l'anonymat, la soumission ~ un nar-rateur omniscient ét habile, l'insignifiance de la vision du monde, la position pr~s de 1:) fenêtre, le "vous" ignominieux qui entraIne l'interdiction du "je" libérateur, tous ces élé-ments font deviner·
(S~8 to~teiois
la préciser puisqu'il ne peut y avoir d'identifica.tion) la silhouette 1ncertaine d'une perRonne qui court vere sa perte parce qu'elle n'est jama.is présente à elle-même et qu'elle refuse d 'habi ter son temps et•
\ \\
\
\
•
CHAPITRE IIboli4ue autant que fonotionnel.
Le temps physique du roman est relativement c.ourt; pres'iue 'tous les événements du récit, soit du premier' au dix-neuvi~me
ohapitre se passent en un avnnt-midi. On peut ~8alement supposer que le ç~pitre dix-neuf, qui pourrait être qualifié d'ép.iloGue, suit de pr~s dans le temps, puisque
le
représentruat de la maison Asahold Finance aVoue à la femme qu' 11 a vu partir le fourgon de la morDue emportant son mari. La vitesse en a.ffalres étant une,
nécessité, "Tlme is money," la rapidité avec laquelle 11 a
ap-porté la cré,,;,ce de la dette du Üér+t mari' a beaucoup ·surpris la "veuve".
/
..
.
- \En situant le conte un samedi lumine~\de novembre, Ferron souligne la liberté de chaque inù vidu. Ce jour-lA, ses per-sonnages ne sont pas obligés de des occupations rou-tinières et ennuyeuses, de subir l'Ordre immuabl.e des jours de
l
la semaine. Dans le vocrtbulaire ferronlen, I I L l fin de ... ·~emA.ine
appartient à un temp s spéc laI ont leur place; le samedi, tout peut arriver." 16
1
"
la fro1taisie et le mervellleux tous les jours, e9~ ce jour o~
16 j 6sn-P ierre
lanchierp (Montréal:
T973',
p.43.
-BOUCher) Jllcy,ues
F~rron
au pays desam~
Lee Presses de l'universitJ de MontrJa'l,1
1
,
•
q
•
gatoire: fIC 1 est samedi, l'hep.re n' li pas d,' iml'ol·t~l.llCO, V,lC:lllces, azur, .bonheur." 17 Temps
o~ l'1mag1nat'1on et
Ir,fantai.fs~e
ont enfin carte-blanche, o~ tous les sens peuvent se d~velopper,disponibles aux, expériences nouvelles et en contact direct avec la nature. Le succàs d'un samedi dépend de chaque individu.
En
plaçant Bon protagoniste devant un beau samedi libre et intact, l'auteur lui donne la liberté de choisir la façon de passer sn
journé's, d'en meubl'er la durée,. d'en faire ce qu'elle veut. La. femme dans Papa Boss laisse pourtant le tel}lps s'écouler sana songer à s'en servir. C'est tout un rUljuisitolre c.lue les parole s du narrateur:
Assise à sa place pràs de la fenêtre, vous ne
1 pensez à rien pour ne pas penser à la v1e, aUX
dern1ers beaux joure de la sa1son, aux fruits montés en graines,. aux gra1nes tombées en ter-re, aux ruses de l'amour, au printemps déjà con-çu avant que ne tombe la neige; vous ne pensez
à
r1en, vous attendez un ange ••• Votre mari a ou-b11é sa montre sur la table; vous l'avez aperçue, vous l'av1ez dans les ma1ns; elle IDflrque neuf heures mo1ns ,d1x et vous dites: "Il est neuf heu-re s mo1ns d1x, If oomme s' 11 1mportait que vousvous en souveniez.
-Neuf heures mo1ns dix.
Pourtant cela vous est bien égal, il faut que le temps passe; apràs moins dix, 11 sera moins
c1nq, moins une, il sera neuf heures et cela n'aura rien d'imprévu.
Le
prinCipal est de disposer de quelque répit, de pouvo1r souffler et de ne penser18
~ ridn pour po~o1r penser
A
tout.17
Jaoques Ferron, "J;>apa BOBS," in Lès Conf1 tures de coingset autres textes ( Montréal: Editions Parti Pris, 1972),
p.12.
r
•
•
Be
plaQant consoiemment dans l'expectative, attendàntva-guement qu'un événement spJcial, un \1racle lui arrive, elle
.
refuse toute activité créatrice et se laisse voguer à la dé-rive. Amorphe,.eJle vide le temps de tout sens; les minutes qui passent avec rapidité pour une personne fertile et
produc-) 1,
trics ne semblent plus avancer pour elle durant cet avant-midi de novembre.
Non, la montre semblalt fonctionner normale-ment. C'était sans doute le beau samedi, m1ne de rien dans sa transparence qui trichait sur la m1nute" ajoutant des seconde-a L à la
soixan-taine convenue,. qui trichait sur l'heure, la ralentissant de minutes superfétatoires. 19
Ce beau samedi devient un jour stérile parce qu,' elle rape-tisse tout à
éa
mesure. Elle refuse la responsabilité du pré-sent et se réfugie dans le rêve futile et Chimérique, dans la~ &
reoréation du passé. Eale est in~fférente à l'heure du jour
J
oar pour elle, le temps n'a qU'w{e importance 11néaire, donc
•
préVisible. Elle l'occupe cont1nuellement p~r le passé et se laisse envah1r par la regret, la mélanè-J.è>lie au lieu de miser sur l'espoir et l'énergie.
Sa
rêverie la ram~ne dix ans en arriêre, dans le jardin du oouvent ob elle étart' novice, aspirant à un id~al de grandeur,1 " mais d'ob elle s'est enfuie Car elle a dû cap1tuler devant les ,
:
tumul te s de son c,oeur, trQublée qu'elle était par la renoontre , < du fils du jardinier, catalyseur qui a chan&é tout le coura de
~
son existen'cG •
19 Jacqueu Ferron, "Papa Bose,"
•
•
..
Dix ans ont passé depulà~ ~~dix ans ott elle a insensiblement glissé, otl elle s'est inexorablement enlisée dnns
-,-
un présent' qui ne la satisfait pas et qu'elle essaie de remplacer par tin passé1
de rêve.
En bouleversant ainsi le temps, en le disloquant et an
immo-.'
bilisant prOVisoirement le présent,comme elle arrête toute ac-tivité pour mieux rêver, la femme du bloc donne au temps l'al-lure du conte. Dàa qu'eJle vit à rebours, elle s'impose RU
temps 'et l'investit de se,s--px'QP.res aspirations au merveilleux: "Ce qui vous étonnait surtout, c'était de vous trouver dans une ambiance merveilleuse à laquelle vous aviez trop rêvé pour es-pérer qu "elle fut réalisable. 11 20
Elle revêt aussi ce beau jour de ses propres caractéris-tiqueb, de ses tendances à la neurasthénie et au narcissisme:
~
'''Votre mélancolie prenait une infinie douceur dans la mar5e d'un , 0
samedi amoureux de lui-même qui s'était.juré une fidélité
éter-nelle. Il' 21 Elle se sert du passé, mals celui-ci ne la sert pas car elle le ressuscite pour s'y complaire et non pour le Bonder. La rêverie engourdissante de la locataire permet donc la résurgence du passé et orée une simultanéité existentielle otl le passé, favorisé au détriment du présent, en Oauae l'anni-hilation.
20
Jacques Ferron, "Papa Boss in ~s Confitures de coings et autres 'textes (Montréal: Editions Parti Pris,
1972),
P.
49 •
•
.r-•
olle, 10 pr~sent n'ent valide qu'en oe qu'il' lui
ner
-met d 'J~:>'<Y a dix ans, celui ùe SEl d":couver ...
-c-te s le jnrdin du couvent~ Jplsoùe qu'elle se scubeau 8ur~lequel le propriétaire est monté et ù'o~ il tente ement ù'apercevoir son ombre, Jvoque ainsi llour ~lle l'échelle du jardin des soeurs où, cach~e }Jar
108 br~ches du cerisier, elle Qv'it autrefois rencontr~ le~
yeux troublants du fils du jardlnle~o !l<.,
La même situation se présenta à ~Çi.ix ans d r intervalle. 1·101s quelle diff~rence et quelle dcigradaiion! Pelletier est un bien
pl~tre substl tut au bel adolescent dl autrefois et la cour d~nudée
du bloc, un bien pauvre décor comparé aU magnifique jardin des nonnes de LongueUil! Ce décalage teffiporel qui accuse la fecme
souligne, on ne peut mieux, que le temps ne se perd pas lmp~
nément.
En
ce sens, l'esc~beau ne peut plus servir à la femme pour monter; au con~raire, il souligne sa déerinsolade. Sur les barreaux, elle eBt rendue à l'échelon le plus bas.Ce voyage dans le temps ne va pas au delà da la vingtaine, donc de non âge adulte; ce n'est donc pas son enfance qui l'ins-pire, Glle ne semble uttachée
à
aucune tradition qui puisse 13 guider dans ~il vie. Il en est de même des autres personnages; Ferron ne dit rien de leur enfance. Leur mémoire, à ce sujet, semble 80uffrir d'une amnésie totale. L'absence du monde de l'enfance est donc une autre façon de marquer la nullité des personnages, la stérilité phys1que et morale de la société du bloc de briques rouges, car pour Fer~Dn, la mémoire del'en-•
•
, /
:fance et l'individualité vont de pair.
Dàs le premier chapitre de l'Amêlanchlor, rJcit-qul ropon8 sur l'importance de l'enfance, Ferron fait ùire ~ sa Tin~ùer adulte:
~,1on enfflllce fut fnnta9: iue m:tis fJ8ùent,'..ire
de ;lorte '.u' elle subsiste autllnt 1)' r mll
mémoire que p!lr la topogl'élphie de~q lieux op je l'ai pa~sée, en moi et horA ùe moi. Je ne saurais me dissocier de ces ~leux
Bans perdre une part de moi-même.
\
Jean-Pierre Boucher qui a étudié 10 3,tructure de ce rom,.~
nùte, à ce sujet: "On comprend facl1cr:1Gnt 'iU''lill adulte qui a saisi l'importance du point de d~part '-lU' e st l'enfélnce dan s le processus da l'orientation s'intéresse aux enf~J11t·S." 23 La femme rUlOllyme, pour sa part, n'a st ni intére ssûe par l'enfpJlce des nutI'es, ni pnr'~la sienne. Parce qu'elle n'a rien ~ quoi se cramponner, elle flotte à la djrive et Jchoue mi sérabler.1en:t sur les rives du maléfique Papa. Bos9 et de son syst~me de consom-matlon.
/ '
Les Barnàohe sont les seuls qui aient un p,'l ssé qui soit valori8t:! et lIe en pnrlartt avec Jole et Dttachement puisqu'ils
s'en sont servi pour bâtir leur présent. Pourt~l.r..t ce pnssd n'utn.it pas toujours réjouissal1t; ils ont "trimé dur", ont
souffert, ont C;relotté, ont eu peur ••• Toutes ces ûpreuves ont
.
contribuJ à los grandir, à enrichir leur vision du monde.
22 Jacques Ferron, L' AIp~la;nchler (MontrÇ!al: Editions du Jour, 1970 ), p.
9 •
<:'l
;?) Jean-Pierre Boucher, J'acques Ferron au pays des runé-lanchiers (~fontréal: Les Presses de l'UnivereltJ de ?fontrJal,
1973), p.74.
•
•
Lo temr~o den, narnàcho, tout on ~tlUl'L flrcllu'f.que ot :\innl
Im-posfJ1L1') ?l reproùuire pour ceux cl 'uno G~lh~rntion po~t,-'l'lO\lro,
n'e3t pourtant pas un temps prtvllécié, un "âe;o d'or" vuisque Ferron on note toutes les tribuln.tions. Ces deux vieux ont cependD11t vécu un comm~cfment des temps Clui aurait dû, à cause de leur
trav~il aChnr~ ,~t>
des tradl tions qu 'lIs ont maintenues, déboucher sur des temps modernen basé's sur des valeurs sûres."<Jo
Pourt"nt CfGf~t cette e;rosse fille qui thésaurise les conserves
.
et son mari dont le chef d'oeuvre e st ce bloc en brique s hideux,
.
une génération matérialiste, qu'ils laisseront derrière eux. Les anciens de Kamouraska peuvent bien attendre la mort en se berçant sere inement à l'automne de 1:1 vie; il s sont prêts pour les béatitudes éternelles.
c'est chez lCB couples ù'une génération plus jeune mais sans doute plus vulnérabl'es à causa d'une vie trop facile que la mort 5uette pourtant sa proie.
Sl Ferron situe son
pap~u
mois de novembre,c'est que
ce OllOix ost tràs sign1ficatif dans
t'
éconf.:'rnie du roman. Ce ools correspond au temp 8 liturgique de l'Avetl.t, et lu1 permet donc de bâtir toute l'intriGue sur le canevas de l'Annonciation, p~ riodo d'attente qui prépare III venue d'un Mensie, d'une àre nouvelle.La société a néanmoins changé le sens de cette promesse, et le merveilleux re11gieux devient, dans la vi$ion que Ferron noue présente d'L~ monde moderne, un merve11leux profane; le
Tout-Puie-sant n'est plus le Dieu bienfaiTout-Puie-sant, maie