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SUR LA PISTE D UNE MOBILITÉ DIFFÉRENTE

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Academic year: 2022

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ISSN 1660-3192 CHF : 15.– : 9.–

La Revue Durable

LaRevueDurable

DOSSIER

PERSPECTIVE

GEORGE MONBIOT

Pour une organisation mondiale du commerce équitable

RENCONTRE MATHIS WACKERNAGEL

Le monde vit au-dessus de ses moyens écologiques

Des entreprises aident leurs employés à laisser leur voiture à la maison

NUMÉRO 18 • DÉCEMBRE 2005 - JANVIER 2006 • BIMESTRIEL

savoirs • sociétés • écologie • politiques publiques

LAREVUEDURABLE PRÉSENTE : CYCLE DE CONFÉRENCES

Quelles réponses au « Cauchemar de Darwin » ?

Test : Les différents moyens de se déplacer en ville Vers des quartiers sans voiture

SUR LA PISTE D’UNE MOBILITÉ

DIFFÉRENTE

COUP DE PROJECTEUR

Appel à soutenir l’EcoZAC

du XIII

e

arrondissement de Paris

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ÉDITORIAL par Susana Jourdan et Jacques Mirenowicz

Agir

1973-2005 : cela fait trente-deux ans que l’on sait ce qu’il en coûte aux so- ciétés industrielles de manquer de pétrole. Et pourtant, que constate-t-on au moment où son prix s’envole à nouveau ? Jamais leur dépendance à l’or noir n’a été aussi grande. Aucune leçon n’a été tirée durant toutes ces années alors que la menace du changement climatique est venue s’ajouter au compteur des problèmes planétaires.

En quelque sorte, le cyclone Katrina qui met à mal les plates-formes pétroliè- res et les raffineries du golfe du Mexique est une bonne synthèse entre ces deux formes de fragilité : à l’égard d’un climat de plus en plus agressif d’une part, d’infrastructures et de circuits d’approvisionnements toujours plus vulnérables de l’autre. Ne reste à ajouter à ce tableau que le symbole de cette flotte entière de bus restée noyée à La Nouvelle-Orléans, parce que rien n’a été prévu pour l’utiliser pour évacuer les populations déshéritées vers des lieux épargnés.

Il n’est pas rare de croiser des individus radicaux qui se frottent les mains à l’idée de la fin prochaine du pétrole bon marché. C’est une manifestation très claire du manque de conscience du degré de dépendance au pétrole auquel les sociétés industrialisées sont arrivées. Heureusement, il y a toujours des person- nalités pour sortir du lot. C’est le cas de Peter Newman, étudiant à l’époque du premier choc pétrolier, en 1973, qui plaide depuis pour que l’on réduise la dépendance des villes à l’égard de l’automobile (voir le dossier, page 13).

C’est aussi celui de Mathis Wackernagel, dont le père, fonctionnaire à la Con- fédération suisse, lui explique en 1972, alors qu’il n’a encore que dix ans, que le rapport Halte à la croissance ?, qui vient de paraître, annonce la finitude des ma- tières premières. On est à la veille de la pénurie de pétrole. Aujourd’hui, Mathis Wackernagel ne ménage pas ses efforts pour faire connaître l’outil de diagnostic plus fin qu’il a mis au point avec Walter Rees – l’empreinte écologique – et son principal message : la limite des capacités de renouvellement des écosystèmes est dépassée (voir son interview, page 8).

Comme ces deux chercheurs, LaRevueDurable ne peut pas rester les bras croisés devant les défis du jour. C’est pourquoi elle lance, conjointement avec l’association les Amis de l’EcoZAC, un Appel pour soutenir un projet de quartier durable en plein Paris (voir le coup de projecteur, page 7).

C’est aussi pourquoi elle organise un cycle de neuf conférences inspirées du documentaire choc Le cauchemar de Darwin. Le but, ici, est d’essayer de tirer les fils qui relient les sociétés « riches », monétairement et militairement, aux socié- tés « pauvres », pourtant très riches en ressources naturelles, mais dont elles ne peuvent ou ne savent pas profiter (voir le minidossier, page 58).

Dans la même veine, le dernier article de la série de George Monbiot porte sur la création d’une organisation mondiale du commerce équitable, de façon à ce que cette avancée sociale ne se cantonne pas à une niche trop confidentielle.

LRD Ce numéro a reçu le soutien financier de la Loterie romande, que nous remercions très vivement.

Une publication de CERIN Sàrl

Rue de Lausanne 91, 1700 Fribourg, Suisse Tél : + 41 26 321 37 10, Fax : + 41 26 321 37 12 www.larevuedurable.com

Rédacteurs responsables : Susana Jourdan et Jacques Mirenowicz Mise en page, iconographie et maquette de couverture : Jean-Christophe Froidevaux Illustrations : Tom Tirabosco

Correction : Anne Perrenoud A également participé à ce numéro : Céline Martin

Abonnements, marketing et publicité : Hélène Gaillard

Tirage : 11 000 exemplaires

Maquette : Nicolas Peter et Marc Dubois Impression : Atar Roto Presse SA, Genève Papier : 50 % recyclé, blanchi sans chlore Avec le soutien de la Banque Franck, Galland & Cie SA et de l’association Les amis de LaRevueDurable

ÉDITORIAL

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4

infos | www.salonbois.ch | 026 912 63 55 VE 10 | Journée des professionnels 10h-17h

Ouverture grand public 17h-21h

SA 11 & DI 12 | Ouverture grand public 10h-18h

BU LLE | vr ier 20 06 10 -1 1-1

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SOMMAIRE

19 Seule une action publique cohérente et courageuse peut freiner l’essor de la voiture

VINCENT KAUFMANN

31 Se passer de la voiture demande beaucoup de savoir-faire

MICHAEL FLAMM

36 Pas à pas, le marcheur peut reconquérir l’espace urbain

SONIA LAVADINHO ET YVES WINKIN

41 Des entreprises

aident leurs employés à laisser leur voiture à la maison

STÉPHANIE MANONI

46 Le tram-train, mode de transport hybride venu d’Allemagne

FRANCIS BEAUCIRE

53 Quelles réponses

au « Cauchemar de Darwin » ?

Agriculture locale et commerce équitable Cycle de 3 x 3 conférences publiques

LRD

63 Plaidoyer pour

une organisation mondiale du commerce équitable

GEORGES MONBIOT 26 Des milliers de ménages allemands

préfèrent un petit jardin à une place de stationnement

LRD 6 BRÈVES

7 COUP DE PROJECTEUR

Appel à soutien des Amis de l’EcoZAC du XIIIe arrondissement de Paris 8 RENCONTRE

MATHIS WACKERNAGEL : Le monde vit au-dessus de ses moyens écologiques DOSSIER

SUR LA PISTE

D’UNE MOBILITÉ DIFFÉRENTE 13 Sommaire du dossier

14 Indicateurs

17 Brûler les voitures ou réussir à s’en affranchir ? 19 Seule une action publique cohérente

et courageuse peut freiner l’essor de la voiture 24 Brider l’essor des grandes surfaces,

sources de trafi c

26 Des milliers de ménages allemands préfèrent un petit jardin à une place de stationnement 29 Histoires d’autopartage

30 Histoires d’injustice écologique 31 Se passer de la voiture demande

beaucoup de savoir-faire 35 Histoires de petites reines

36 Pas à pas, le marcheur peut reconquérir l’espace urbain

38 Splendeurs et misères des différents moyens de déplacement en ville

40 Histoires de familles

41 Des entreprises aident leurs employés à laisser leur voiture à la maison 45 Les petites gares nagent à contre-courant 46 Le tram-train, mode de transport hybride

venu d’Allemagne

49 La banlieue parisienne en panne de transports collectifs performants

50 Le transport à la demande fait son chemin à la campagne

53 Guide

57 La résistible progression de l’automobile 58 MINIDOSSIER

Quelles réponses au « Cauchemar de Darwin » ? LRD

63 PERSPECTIVE

Plaidoyer pour une organisation mondiale du commerce équitable

GEORGE MONBIOT 71 AGENDA 73 PARUTIONS 74 BRÈVES

sur la consommation

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Brèves

DISPARITIONS

Joseph Rotblat (1908-2005)

Joseph Rotblat s’est éteint pendant son sommeil, le 31 août 2005, à son domicile londonien, à 96 ans.

Il était sans doute le plus courageux et éminent oppo- sant au péril nucléaire. A 34 ans, ce physicien nucléaire né à Varsovie et séjournant en 1939 à Liverpool, en Angleterre, rejoint le projet Manhattan, aux Etats-Unis, pour participer à la construction de la première bombe atomique. Il est à Los Alamos lorsqu’il apprend, en 1944, que l’Allemagne ne fabriquera pas sa bombe. Il quitte alors le projet – il est le seul à le faire – désormais injusti- fié à ses yeux. Il consacrera ensuite le reste de sa vie à défendre la paix, le désarmement, le pacifisme. Voir l’un de ses derniers entretiens, publié dans LaRevueDurable n° 16 : « La bombe atomique, Einstein et moi », pages 55-56.

David Pearce (1941-2005)

David Pearce, l’un des pionniers de l’économie écologique, n’est plus. Disparu le 8 septembre, à la retraite depuis un an, David Pearce, 63 ans, a passé les dernières vingt années de sa carrière à l’University College de Londres. En économiste standard, il était un tenant de la durabilité dite « faible », qui considère que protection de l’environnement et croissance éco- nomique sont compatibles. Ses travaux les plus remar- quables portent sur les méthodes d’évaluation moné- taire des dommages écologiques tels que les déchets, le bruit ou le réchauffement climatique. Ses recherches ont servi à développer la fiscalité écologique.

RECHERCHE

Les mangroves bel et bien utiles

Une étude publiée le 27 octobre dans l’hebdoma- daire Science révèle que les régions protégées par des forêts côtières de mangroves ont remarquablement moins souffert du tsunami, en 2004, que les régions sans végétation arborée. Il s’agit probablement de la première étude contrôlée par des pairs et fondée sur des travaux de terrain qui démontre l’existence d’un lien clair entre végétation côtière et protection contre les tsunamis. Issue de sept nations, l’équipe de recher- che inclut des écologistes, un botaniste, des géogra- phes, un forestier et un ingénieur spécialiste des vagues de tsunamis.

Ces chercheurs ont utilisé des photos satellites du district de Cuddalore, au sud-est de l’Inde, avant et après le tsunami, ainsi que des relevés sur terre.

Leur résultat confirme les travaux de laboratoire qui montrent que 30 arbres pour 100 m2 peuvent

réduire le flux maximal d’un tsunami de plus de 90 %.

« La végétation côtière n’aurait probablement pas pu empêcher la destruction catastrophique dans les zones d’intensité maximale du tsunami. Dans les régions moins durement touchées, en revanche, cette étude prouve que celles avec arbres ont mieux résisté que celles sans arbres », déclare Finn Danielsen, directeur de l’Agence nordique de développement et d’écologie, au Danemark, et principal auteur de l’étude.

Voir aussi : « Les mangroves offrent la meilleure pro- tection contre les tsunamis », LaRevueDurable n° 16, juillet-août 2005, pages 20-22.

EMPLOI

L’environnement victime de son succès

Les métiers de l’environnement séduisent un nom- bre croissant de jeunes, constate la note 107 de l’Institut français de l’environnement. Le nombre d’élèves dans les filières techniques de gestion des déchets et de pro- tection de l’environnement augmente de 4,4 % par an en moyenne de 1997 à 2002. Cet engouement explique que le nombre de demandeurs d’emploi dans ce secteur est nettement supérieur à la moyenne nationale, malgré le dynamisme de la branche qui crée 10 000 emplois par an. Des chômeurs plus jeunes que les autres : fin 2004, près du quart des demandeurs d’emploi dans ce domaine ont moins de 25 ans, contre 8,5 % en moyenne pour les autres secteurs de l’économie.

www.ifen.fr/publications/4pages/de107.htm

CHANGEMENT CLIMATIQUE

Blair change son fusil d’épaule

Après avoir suivi George Bush dans le bourbier ira- quien, Tony Blair compte-t-il également l’accompagner vers un enfer climatique ? C’est du moins ce que laisse entrevoir sa proposition de premier ministre britannique de remplacer le protocole de Kyoto par un accord sans objectif de réduction des gaz à effet de serre. S’adressant à un parterre de vingt ministres de l’Energie et de l’en- vironnement des pays du G8 réunis à Londres début novembre, Tony Blair a déclaré que les objectifs contrai- gnants rendent les gens « très nerveux et très inquiets ».

Pour l’après-Kyoto, qui expire en 2012, il défend un accord « plus raisonnable », qui miserait sur le secteur privé et les technologies pour réduire les émissions. Du coup, ce sont les défenseurs du climat qui sont « très nerveux et très inquiets » de voir ainsi partir à la poubelle quinze années de négociations internationales.

COMMUNICATIONS

Une fondation pour des projets à taille humaine

Les lecteurs attentifs de LaRevueDurable auront remarqué qu’à deux reprises, elle a bénéficié du sou- tien de la Fondation pour une Terre humaine (FTH).

D’origine française, mais basée en Suisse, la FTH cher- che d’autres projets sympathiques à soutenir en Europe.

Le portrait-robot du projet-candidat idéal émane d’une petite association très motivée et indépendante.

Il œuvre à promouvoir des modes de vie compatibles avec les équilibres écologiques et sociaux par la régle- mentation, la pédagogie, des campagnes de sensibilisa- tion ou la création d’une alternative. Montant moyen des dons : 8500 euros.

Pour présenter un projet, il est recommandé de commencer par envoyer un court courriel de motiva- tion. S’il correspond bien aux critères de la fondation et que la réponse est positive, il faut alors adresser un dos- sier complet indiquant précisément les buts poursuivis, les résultats attendus et les moyens nécessaires. Le con- seil de fondation, qui prend les décisions, se réunit en principe trois fois par an, en novembre, mars et juillet.

www.terrehumaine.org

Aux enthousiastes de la revue

Vous êtes nombreux à manifester votre souhait d’aider LaRevueDurable à se faire connaître et nous vous en sommes très reconnaissants. Toute idée ou coup de pouce pour la promouvoir sont plus que bien- venus. Vous connaissez des adresses de manifestations auxquelles nous devrions participer, des lieux où la revue devrait être vendue ? Nous serions ravis de les connaître nous aussi.

Vous seriez d’accord de diffuser des prospectus de présentation de LaRevueDurable lors des manifesta- tions que vous organisez ou auxquelles vous participez ? Nous vous en enverrons très volontiers. Vous seriez dis- posés à inscrire l’adresse de notre site internet dans vos liens avec ou sans le logo de la revue ? Cela nous serait d’une grande aide.

Enfin, ajouter la phrase suivante à vos courriels est un moyen efficace et peu coûteux de nous soutenir :

« Visitez le site de LaRevueDurable www.larevuedu- rable.com et prenez connaissance d’informations clefs pour préparer l’avenir. »

Contact : [email protected]

Consultez notre site www.larevuedurable.com ou appelez le + 41 (0)26 321 37 10 pour connaître le point de vente

de LaRevueDurable le plus proche de votre domicile

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Une soirée, le jeudi 2 février

LRD

Appel à soutien des Amis de l’EcoZAC du XIII e arrondissement de Paris

On ne compte plus les témoignages de person- nes revenues enchantées de leur visite au quartier Vauban, à Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne3. Comme bien d’autres quartiers durables qui fleu- rissent dans les pays scandinaves et en Allemagne, auxquels il faut ajouter le site proche de Londres dit Bedzed4, Vauban a une vertu pédagogique ex- traordinaire : toute personne intéressée – a priori convaincue ou non – peut y faire un tour pour y toucher de ses mains propres une utopie devenue réalité. La France, en revanche, est encore vierge de tout quartier exemplaire en matière d’urba- nisme durable.

Alors bien sûr, il est toujours possible – et il est même hautement recommandé – de traver- ser le Rhin, la Manche ou d’autres fleuves et mers pour visiter de tels sites et en profiter pour prati- quer son anglais, son allemand, voire son suédois.

Mais pour les Parisiens et la plupart des Français, il serait plus facile d’avoir une vitrine équivalente dans la capitale. Or justement, au printemps 2006, la Mairie du XIIIe arrondissement de Paris lan- cera les appels d’offre en vue d’aménager une ZAC près de la place de Rungis. « Une occasion unique, soutient l’association des Amis de l’EcoZAC, de réaliser un aménagement exemplaire en matière d’environnement, de transports et d’énergie. »

Dans le contexte de la hausse du prix du pé- trole et du changement climatique, donner vie à un tel projet serait frappé au coin du bon sens.

La plate-forme de l’association prévoit que le

chantier pour construire 40 000 m2 de logements et bureaux respecte l’environnement, que les bâ- timents consomment peu d’énergie, que l’eau soit gérée de façon harmonieuse et les déchets de façon locale, de réduire la place de la voiture, d’ouvrir un chantier de réinsertion et un centre de formation d’installateurs en chauffe-eau solai- res et panneaux photovoltaïques, de faire un lieu de sensibilisation à l’environnement, de créer des jardins partagés, des lieux de rencontre pour le quartier et de réappropriation de sa mémoire.

Franchir l’obstacle politique Des trois obstacles majeurs qui se dressent sur le chemin de tout projet de ce type – rareté des sites disponibles en centre-ville bien desservis par les transports publics, longueur des délais de réa- lisation qui détourne les intéressés, frilosité des élus –, le troisième apparaît déterminant dans le XIIIe. Le site est en effet tout trouvé et le délai bien planifié. De plus, avec 55 % des ménages parisiens sans voiture et l’enthousiasme que ces quartiers génèrent chez une partie importante de la popu- lation, il ne devrait pas être très difficile de trouver des candidats prêts à s’établir dans un tel lieu.

Là où il est probable que les pouvoirs publics auront le plus de mal à suivre les Amis de l’Eco- ZAC, c’est sur les transports. Leur idée de créer des parkings et d’ouvrir trois voies automobiles traversières pour « désenclaver » la place de Run- gis est pourtant en complète contradiction avec

la politique de la Mairie de Paris (d’ailleurs du même bord : coalition rose-verte), qui cherche à contenir le trafic automobile au profit de la mo- bilité douce et des transports publics. En refusant toute traversée routière, le projet d’EcoZAC est en revanche cohérent avec les efforts de la capitale sur le plan des transports publics. Non sans argu- ments solides à faire valoir : à quelques minutes à pied ou à vélo de lignes de bus et de RER et à 200 mètres du futur tramway des Maréchaux, le site jouit d’un emplacement idéal.

Accomplir un tel projet serait une grande avancée en phase avec une autre idée de la qua- lité de vie et de la mobilité. Et comme l’expliquent Sonia Lavadinho et Yves Winkin à propos de Pa- ris-plage5, l’EcoZAC donnerait aussi du rêve : oui, signalerait-elle à tous les Parisiens, les banlieu- sards et les Français qui désespèrent d’une politi- que en opposition systématique avec les discours officiels sur le développement durable, un autre urbanisme reste possible en France, et même à Paris. C’est bien pourquoi toutes les associations et tous les élus de toute l’agglomération parisien- ne et de la France entière favorables à sa concréti- sation devraient manifester leur soutien. g

1 www.ecozacderungis.org

2 A signer sur les sites : www.larevuedurable.com ; www.ecozacderungis.org 3 www.solarregion.freiburg.de ; voir aussi page 26 et le témoignage de Markus Rebmann, page 28.

4 www.bedzed.org.uk 5 Voir page 36.

Sur les trois hectares d’une ancienne friche ferroviaire au sud du XIII

e

arron- dissement de Paris, un projet immobilier estampillé « développement durable » devrait voir le jour d’ici quelques années. Par chance, un collectif, les Amis de l’EcoZAC, voudrait donner du contenu à ce slogan

1

. Il défend l’idée d’une EcoZAC – Zone d’aménagement concerté écologique – qui réunirait ce qui se fait de mieux en matière d’urbanisme durable. Située en plein Paris, une telle réalisation aurait un formidable potentiel pédagogique et symbolique en France.

Mais pour qu’elle puisse se concrétiser, il lui faut lutter contre l’ignorance et le désintérêt politique. C’est pourquoi

LaRevueDurable

s’associe à l’Appel à soutien des Amis de l’EcoZAC

2

. Une soirée sera organisée dans le XIII

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, le jeudi 2 février, pour faire connaître ce projet et cet appel.

Pour faire connaître l’Appel à soutien des Amis de l’EcoZAC, LaRevueDurable coorganise avec cette association une soirée publique à Paris avec Cyria Emelianoff et Jean-Claude Pierre. Spécialiste des quartiers durables, Cyria Emelianoff est chercheuse et enseigne à l’Université du Maine, au Mans1. Jean-Claude Pierre préside le réseau Cohérence, coalition de 110 associations de Bre- tagne, et a fondé l’association Nature et Culture qui organise souvent des voyages vers des quar- tiers durables en Europe, en particulier celui de Fribourg-en-Brisgau2.

Pour connaître le lieu exact de la soirée et les autres détails, allez sur www.larevuedurable.com ou www.ecozacderungis.org 1 L’urbanisme est en gestation en Europe, LaRevueDurable n° 17, septembre-octobre 2005.

2 Le site de Nature et Culture est en construction : [email protected]

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RENCONTRE

MATHIS WACKERNAGEL * : Le monde vit au-dessus de ses moyens écologiques

* Mathis Wackernagel est directeur exécutif du Global Footprint Network, à Oakland, près de San Francisco, aux Etats-Unis.

L’empreinte écologique révèle que l’humanité est en train d’ex- ploiter les ressources naturelles renouvelables à un rythme qui dépasse leurs capacités de renouvellement. Cet indicateur estime que chaque être humain dispose pour vivre et s’épanouir d’une surface bioproductive de 1,8 hectare. Mais en moyenne, chaque être humain utilise aujourd’hui 2,2 hectares. Au total, l’humanité utilise ainsi environ 122 % de la surface bioproductive du globe, soit 22 % des ressources renouvelables de plus que ce que la planète régénère en un an.

Mathis Wackernagel, l’un des deux concepteurs de l’empreinte éco- logique, a fondé voilà deux ans le Global Footprint Network

1

. Ce réseau, auquel toute institution intéressée peut se joindre, a pour vocation de consolider la mesure de l’empreinte écologique sur le plan scientifique, d’en faire reconnaître la pertinence par les ins- tances gouvernementales à toutes les échelles et d’en faire connaî- tre au grand public son résultat clef : l’humanité vit au-dessus de ses moyens écologiques. Rencontre avec un chercheur-militant ori- ginaire de Bâle, en Suisse, désormais installé près de San Francisco, aux Etats-Unis, et qui aime toujours beaucoup le chocolat.

LaRevueDurable : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’élabo- rer un tel indicateur ? Et comment en avez-vous eu l’idée ? Mathis Wackernagel : A l’âge de dix ans, mon père m’a parlé du rapport Halte à la croissance ?2, qui venait de paraître. J’étais très impressionné. Ouah, les ressources pourraient se tarir, pensais-je.

Puis il y a eu la crise du pétrole. Ces circonstances m’ont amené à m’interroger sur mon avenir. Je me disais : le pétrole sera de plus en plus cher et pour pouvoir s’en passer, il faudra transformer la société avec des technologies appropriées. J’avais le sentiment qu’étudier le droit ne serait pas d’une grande aide, parce qu’en cas d’effondrement de la société, les lois en place seraient dépassées et ne serviraient plus à rien. Celles de la nature, en revanche, sont là pour durer. J’en concluais que pour aider à reconstruire la société, je devais devenir ingénieur. Je suis donc allé étudier à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich.

LRD : Et ensuite ?

MW : Mon premier travail, pendant un an, a consisté à installer des panneaux solaires, surtout sur des maisons de vacances. J’ai alors très vite réalisé que nous n’étions pas en train de remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables, mais d’ajouter des panneaux solaires à une société déjà vorace en énergies fos- siles. Cela m’a permis de comprendre qu’il ne suffit pas de faire avancer l’efficacité énergétique et les possibilités technologiques : il faut revoir le contrat social. Or, il y a beaucoup de théories sociales en Europe, mais elles sont très difficiles à suivre. J’avais besoin de quelque chose de beaucoup plus pratique pour com- prendre comment fonder ce nouveau contrat.

Rompre avec un discours trop vague

LRD : C’est alors que vous êtes parti au Canada.

MW : Oui, pour y suivre une formation en aménagement du territoire, qui est une manière très pragmatique de résoudre des problèmes. C’était juste après la parution du rapport de la com- mission Brundtland3, en 1987. L’excitation battait son plein autour de la durabilité, partout de la documentation circulait sur le sujet.

Pour la première fois et de façon soudaine, l’enjeu occupait le de- vant de la scène mondiale. Le développement durable est toutefois ambigu. Il met en avant l’accès pour tous au développement, la possibilité de bien vivre et le plus vieux possible, de réduire la mor- talité infantile, d’améliorer l’éducation, etc. Mais sur la question de savoir comment chacun peut bien vivre compte tenu des limites de la seule et unique planète disponible, il reste vague : il ne dit pas précisément en quoi il consiste. Ce qui permet de continuer avec la croissance économique traditionnelle, qui est fortement liée à une consommation toujours croissante de ressources.

LRD : Vous avez donc cherché à rompre avec ce discours trop vague.

MW : J’ai commencé à travailler avec William Rees, qui a su- pervisé ma thèse à l’Université British Columbia, à Vancouver.

Nous cherchions à mesurer les limites écologiques d’une façon accessible à tous. La notion de « capacité de charge » ou « capacité limite »4 d’un écosystème ne nous satisfaisait pas. Les gens pen- sent qu’elle s’applique aux animaux, mais pas aux humains, dont le statut est trop spécial. De plus, il n’est pas vraiment possible d’estimer le nombre de personnes qui peuvent vivre sur Terre.

LRD : L’idée au départ de votre thèse, c’était donc approfondir la notion de capacité limite ?

MW : Oui, et nous voulions l’appliquer au développement du- rable. Notre premier résultat a été de comprendre qu’il fallait inverser la question. Au lieu de demander combien de personnes peuvent vivre en Suisse ou sur la planète, puis de spéculer sur les réponses, mieux vaut demander combien chaque Suisse (ou chaque Français, etc.) utilise de nature, puis comparer la réponse

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uuu

Standardiser la méthode

« Nous sommes dans une situation simi- laire à celle du Produit national brut (PNB) il y a cinquante ans, souligne Mathis Wackernagel : il faut standardiser les approches. Il fut un temps où il y avait cinq PNB différents en Suisse, rappelle-t-il.

Puis le calcul a été standardisé. La question à laquelle l’empreinte écologique répond

– dans quelle mesure utilise-t-on la capa- cité régénérative de la planète ? – n’est pas vraiment contestée. Et la méthode actuelle pour la calculer est la plus exhaustive pos- sible. L’améliorer consiste – à ce jour, envi- ron 200 articles scientifi ques produits par diverses institutions dans le monde sont parus sur l’empreinte écologique – à stan- dardiser les mesures. »

« Chaque année, la méthode est affi née et

les calculs sont actualisés jusqu’en 1961, pour suit le fondateur et directeur du Global Footprint Network. Par exemple, les statistiques sur l’énergie grise con- tenue dans le commerce international sont de plus en plus détaillées. Parfois, dans la masse de données traitées, nous trouvons des erreurs. A mesure que le temps passe, la méthode est donc de plus en plus robuste et plus détaillée. » LRD portait comme un Suisse ou un Français ? Réponse : trois. Et

combien en faudrait-il pour maintenir le comportement actuel moyen des êtres humains ? Réponse : une un quart.

LRD : Autrement dit, nous demandons déjà à la Terre plus qu’elle n’est capable de donner.

MW : Cela signifi e qu’il faut un an et trois mois pour régénérer ce que l’humanité utilise en un an.

LRD : En termes très simples, comment calcule-t-on l’em- preinte écologique ?

MW : Pour toute action, il faut des ressources. L’idée est d’estimer ces ressources avec une mesure standard, la quantité d’hectares globaux nécessaires pour, par exemple, produire une pomme de terre, fabriquer une voiture, absorber le dioxyde de carbone (CO2) qu’un individu relâche ou les déchets qu’il produit. Pour les activités d’une personne, cela revient à estimer la taille de sa ferme. Une ferme qui ne correspond pas à une parcelle de terre bien délimitée, mais qui se répartit sur l’ensemble de la planète.

Cela complique un peu les choses, mais se justifi e très bien. Par exemple, la Suisse ne « produit » pas du chocolat. Son industrie transforme le cacao importé d’Afrique ou d’Amérique latine.

Il s’agit donc de connaître la quantité de ressources mondiales sous forme d’hectares globaux nécessaires pour produire un carré de chocolat, par exemple.

LRD : Pouvez-vous donner un exemple de calcul qui a été réalisé ? MW : Produire une feuille de papier non recyclé de format A4 nécessite une surface plus grande que la sienne pendant une année. Pour une feuille de journal en papier recyclé, il faut mo- biliser à peu près la moitié de sa surface pendant un an5. LRD : Comment procède-t-on, pour faire ce calcul ?

MW : Nous nous désignons comme le Wall Street Journal des

saires pour produire et/ou absorber les pollutions engendrées par environ 200 produits primaires : pommes de terre, bois, co- ton, foin, etc. Cela nous permet de calculer, pour chaque pays, sa production nationale en hectares globaux. Et nous pouvons appliquer ce calcul à la période 1961-2002.

LRD : Qu’est-ce qui garantit que le résultat du calcul n’est pas exagéré ?

MW : Les estimations du Global Footprint Network sont tou- jours très prudentes : pour ne pas nuire à notre réputation, nous préférons sous-estimer le dépassement par l’humanité des capa- cités régénératives de la planète. Nous montrons toutefois que ce dépassement existe. Or, tant que cela sera le cas, il est impossible d’aller vers la durabilité.

Améliorer le calcul de l’empreinte

LRD : Pourquoi avez-vous fondé le Global Footprint Network, il y a deux ans ?

MW : Pour sortir l’empreinte écologique de l’adolescence. L’in- térêt est clair : environ 200 000 pages internet traitent du sujet.

Global Footprint Network a pour vocation de rassembler et de conforter tout cet intérêt pour le rendre plus effi cace. Nous avons déjà une quarantaine d’organisations partenaires. C’est un effort similaire à celui du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) ou au travail des 1300 scientifi ques réunis par les Nations unies dans le cadre du programme du Millénaire pour évaluer l’état des écosystèmes sur toute la sur- face de la Terre6 : il consiste à rassembler des gens pour évaluer le consensus et synthétiser l’information disponible pour aller au-delà des opinions individuelles. Nous profi tons d’ailleurs de tous ces travaux. Par exemple, une large partie de l’empreinte écologique porte sur le cycle du carbone sur lequel des milliers de scientifi ques du Giec travaillent.

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Empreinte écologique et métabolisme industriel

Comprendre et accepter les limites

LRD : Dès lors, comment communiquez-vous sur l’empreinte ? MW : Nous avons commencé avec une très mauvaise campagne.

Je distribuais partout des badges « Réduisez votre empreinte écologique ». Un soir, au Chili, après une présentation, une étudiante m’a demandé : « Pourquoi devrais-je réduire mon empreinte écologique ? Pour que vous puissiez manger plus de chocolat ? » C’est ce que tout le monde pense, mais sans oser le dire. Pourquoi devrais-je, moi, réduire mon empreinte ? C’est vous qui devriez commencer. En fait, la question est moins de réduire l’empreinte écologique que de maintenir une qualité de vie. L’objectif des gens en surpoids est de recouvrer santé et vigueur, pas d’avoir faim. Choisir de réduire son empreinte écologique peut être une bonne stratégie pour atteindre ses buts, mais chacun doit pouvoir décider pour lui-même.

LRD : Pourquoi la Suisse et la France seraient-elles plus avan- cées si elles connaissaient leur empreinte écologique ? MW : J’aimerais bien répondre à cette question, mais je ne le peux pas encore (rires). Je dirais tout de même que dans un monde de plus en plus globalisé, dans lequel nous dépassons déjà les capa- LRD : Les organisations partenaires du Global Footprint

Network viennent-elles toutes du monde académique ? MW : Elles sont de tous types. Il y a des agences gouverne- mentales, par exemple le Ministère de l’environnement de Finlande, l’Autorité de protection de l’environnement de la région administrative Victoria, en Australie, bientôt j’espère le Gouvernement de Catalogne, en Espagne. Il y a aussi des institutions académiques et des organisations non gouverne- mentales (ONG).

LRD : Comment faites-vous pour amélio rer la qualité du tra- vail sur l’empreinte écologique ?

MW : Nous avons établi trois comités aux rôles bien défi nis, qui travaillent depuis quelques mois. Le premier s’occupe des comptes nationaux. Le second des applications locales ou subnationales, pour savoir comment utiliser les données na- tionales pour calculer l’empreinte écologique d’une ville, par exemple. Le troisième planche sur la communication. Il y a des méprises du type : « A cause de l’empreinte écologique, il faut – ou pire, vous devez – cesser de rouler en voiture. » Ce comité sépare l’analyse de l’interprétation et clarifi e le message sur ce que l’empreinte écologique mesure réellement.

LRD : L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) cherche à comptabiliser les fl ux de matières qui nourrissent l’économie de chaque pays. Il est aussi possible de calculer le métabolisme industriel d’une ville. Genève s’est soumis à cet exercice.

Quel est le rapport entre l’empreinte écologique et ces initiatives ?

MW : Il est difficile d’interpréter de simples fl ux de matières exprimés en kilo- grammes, parce que chaque kilogramme de matière n’a pas le même impact sur les écosystèmes. Dans les économies natio- nales, les gravats constituent environ la moitié des fl ux de matières. Or, un kilo- gramme de gravats a moins d’impact sur la nature que la même quantité de pétrole.

L’empreinte écologique traduit ces fl ux de masses en impacts sur la nature en cal- culant l’équivalent de surface nécessaire pour maintenir ces niveaux de fl ux. Il est ensuite possible de comparer ce résultat avec les limites de la nature.

LRD : Si le métabolisme industriel d’une ville existe déjà, une partie du travail pour calculer l’empreinte écologique est donc déjà réalisée ?

MW : C’est exact. De plus, l’empreinte écologique est plus détaillée et porte en principe sur la consommation fi nale. Par exemple, pour Genève, on inclurait la sur- face nécessaire d’un Genevois qui serait allé au Mexique, y aurait sali les plages et bu de la tequila. Certaines applications du métabolisme industriel, en revanche, confondent ce qui est produit sur place avec ce que ses résidents consomment.

LRD : Cela veut dire que l’empreinte éco- logique de Genève inclurait ses impor- tations ?

MW : Oui. Et s’il y a à Genève des usines dont les produits partent tous vers les Etats-Unis, leur activité compterait pour l’empreinte écologique des Etats-Unis. Il est cependant aussi possible de deman- der : que faut-il pour maintenir l’écono-

mie genevoise ? Au niveau mondial, les empreintes écologiques de la production et de la consommation sont les mêmes.

Au niveau local, il est nécessaire de les différencier. L’empreinte écologique, en quelque sorte, c’est la cerise sur le gâteau de l’analyse du cycle de vie des produits et des études de métabolisme industriel.

LRD : Ces études du métabolisme indus- triel sont-elles tout de même une bonne chose ?

MW : Elles sont très importantes.

L’Institut Wuppertal et d’autres de nos amis chercheurs ont infl uencé le Bureau européen des statistiques Eurostat pour qu’il adopte des standards de mesure des fl ux de matières par pays. C’est une étape importante aussi tactiquement, car les gouvernements ont souvent moins peur des fl ux de matières que des limites écolo- giques. Et la peur peut être une barrière.

LRD

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uuu

cités régénératives des écosystèmes, il serait utile que vous sachiez à quel point vous dépendez des services d’autres écosystèmes qui se raréfi ent. Car tant que vous ne le saurez pas, vous n’allez pas vous préparer. Nous ne pouvons pas connaître l’avenir, mais nous connaissons certaines conditions physiques,

qui permettent d’identifi er d’éventuelles menaces.

Si vous voulez sécuriser le bien-être des Suisses ou des Français, il est sûrement important de les connaître. La Suisse a bien compris cela durant la Seconde Guerre mondiale avec le plan Wahlen pour l’autosuffi sance alimentaire. Je ne dis pas qu’il faut devenir autosuffi sant, mais il faut bien obtenir ses

ressources de quelque part. C’est un peu comme un relevé de compte bancaire. Vous pouvez décider de ne pas trop y prêter attention parce qu’il vous fait peur. Ou vous pouvez le regarder de près pour mieux gérer vos fi nances. C’est votre affaire.

LRD : Si nous continuons à ne pas regarder notre compte éco- logique, cela va fi nir par ne plus fonctionner ?

MW : Le dernier rapport Planète vivante7 introduit la notion de dette écologique, la façon dont elle s’accumule et ses implications.

LRD : L’empreinte écologique est de plus en plus citée, mais la très vaste majorité de la population semble ne pas avoir pris conscience de la dette qu’elle révèle.

MW : Nous avons échoué à communiquer sur la notion de dépassement des limites écologiques. Ces limites ne sont pas comme un mur. Elles fonctionnent plutôt comme l’argent : on peut dépenser plus que ce qu’on gagne, mais pas éternellement.

Et sans comptabilité, il est possible d’ignorer les limites écologi- ques à l’instar d’un défi cit fi nancier.

LRD : Le problème, c’est que la dette est invisible.

MW : Oui, pour de nombreuses personnes, et surtout dans le monde riche. Elles en entendent parler. Mais les scientifi ques ont mal communiqué. Toute une section de l’évaluation du programme du Millénaire porte sur l’empreinte écologique.

L’expression y apparaît une centaine de fois. Le mot dépasse- ment, lui, ne survient que deux fois. Depuis le Sommet de la Terre, à Rio, l’empreinte écologique moyenne par personne dans les pays riches, soit environ un milliard de personnes, a augmenté d’environ 8 %. Et pour les 2,5 milliards les plus pauvres, elle a décliné d’environ 11 %.8 Au bilan, les gens pensent que nous sommes plus durables, que l’on peut donc manger plus de viande, chauffer plus nos maisons, voyager via des compagnies aériennes toujours moins chères, séjourner dans des hôtels plus beaux, etc. En réalité, le monde dans son ensemble s’éloigne du développement durable.

LRD : Pensez-vous que les gens ne sont pas au courant de leur empreinte écologique, ou qu’ils prennent les mauvaises

décisions pour y répondre ? MW : D’une manière générale, les gens semblent très mal à l’aise avec

la situation. Ils savent que quelque chose de terriblement mau- vais est en cours. Or, cela remonte le moral de parler du développement durable. Mais il est trop dur de prendre des mesures. Lors des conférences sur la durabilité dans les pays riches, les propos sont très complexes, tout à fait nébuleux. Et il ne s’agit pas de devenir plus précis, parce que nous aimons trop les bonnes choses. Je ne dis pas que nous devrions souffrir, mais peut-être est-il trop douloureux d’être honnête. C’est la même chose avec le relevé de compte bancaire. On hésite à le regarder de trop près.

LRD : Pourquoi, à votre avis ?

MW : Wolfgang Sachs9 pense – et je crois qu’il a raison – que le futur sera divisé non pas entre les idéologies de gauche et de droite, mais entre ceux qui acceptent les limites et ceux qui ne les acceptent pas. Les implications sont très simples : s’il n’y a qu’un seul gâteau au chocolat, il n’est pas possible de résou- dre tous les problèmes avec l’expansion économique. Et jusqu’à présent, l’expansion économique a été l’outil miracle pour tout, absolument tout. Parce que cela marche à court terme, tous les confl its sociaux sont résolus de cette façon : plus il y a d’argent, plus il est possible de créer des emplois, de construire des éco- les, etc., mais il est diffi cile de voir les coûts aussi clairement.

Les objectifs du Millénaire des Nations unies sont un excellent exemple d’espoir dans les miracles de l’expansion économique.

Leur style rappelle celui de la Banque mondiale. Pourtant, pour ne prendre que cet exemple, des études d’institutions bien éta- blies montrent que pour chaque dollar généré par la croissance qui va aux pauvres, douze vont aux riches10. Bien sûr, ce dollar est très bien pour les pauvres, mais son coût est très important, et si le but est de vivre comme aux Etats-Unis, alors il faut sept planètes, ce qui est impossible.

Poser les bonnes questions

LRD : De nombreuses organisations élaborent des indicateurs alternatifs au PIB. Les voyez-vous comme complémentaires de l’empreinte écologique ?

MW : Absolument. Tout dépend de la question posée. Pour mesurer la valeur ajoutée d’une économie nationale, il n’y a pas de meilleur indicateur que le PIB. Ce qui ne va pas, c’est de l’utiliser pour savoir si les gens sont heureux ou non. Ou pour savoir si, en termes nets, nous sommes mieux lotis.

LRD : Quels indicateurs ont vos préférences ?

MW : Deux questions me semblent essentielles pour la du- rabilité. D’abord : quel est le degré de satisfaction des gens ?

Peut-être est-il trop douloureux d’être honnête

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uu Il existe plusieurs mesures de satisfaction, qui sont de plus en plus cohérentes, ce qui est très intéressant. Mais la durabilité reconnaissant aussi qu’il n’y a qu’une seule planète, la seconde question est : tenons-nous tous sur la seule planète dont nous disposons ? En première approximation, l’empreinte écologi- que est un bon indicateur pour le savoir. Elle nous dit qu’en moyenne, le modèle à répliquer doit permettre de vivre sur 1,8 hectare par personne. Probablement moins pour laisser de la place à d’autres espèces. Nous ne pouvons pas définir ce qu’est le développement durable, mais il doit respecter ce critère. Or, Aurélien Boutaud11 montre qu’aucun pays ne le respecte. Un seul y parvient presque : Cuba. Cela ne veut pas dire qu’il est durable, seulement qu’il a le potentiel pour l’être, contrairement aux autres qui, pour le moment, ne le sont certainement pas.

LRD : Vous êtes extrêmement engagé. Pensez-vous que les cho- ses finiront par changer ?

MW : C’est tout à fait possible. Nous avons les outils pour.

Notre campagne « Dix sur dix » vise à institutionnaliser l’em- preinte écologique dans dix pays d’ici dix ans. Ce qui est fai- sable. Et si cela se concrétise, cela montrera que les gens sont prêts à parler des limites écologiques, ce qu’ils refusent de faire depuis plus de trente ans. Halte à la croissance ? a été ridiculisé.

On n’est pourtant plus très loin de la reconnaissance qu’il y a des limites aux processus politiques. Y parvenir serait un grand pas en avant.

LRD : Des pays sont-ils sur les rangs ?

MW : Il y a vingt candidats sérieux, mais ils ne le savent pas encore (rires). Une façon de s’engager avec un pays est de dire : faisons une étude de cas pour savoir si les chiffres que nous uti- lisons et nos méthodes de calcul sont corrects. Et si vous n’avez pas confiance, louez les services d’une institution locale neutre et travaillons avec elle. Le gouvernement est alors libre d’accré- diter le résultat. Certains ministres pensent que ce que l’on fait est vraiment important. Mais ils n’ont pas le soutien pour aller de l’avant. L’article 73 de la Constitution helvétique indique :

« La Confédération et les cantons œuvrent à l’établissement d’un équilibre durable entre la nature, en particulier sa capa- cité de renouvellement, et son utilisation par l’être humain. » C’est exactement ce que l’empreinte écologique cherche à con- naître.

LRD : La Suisse est donc un bon candidat.

MW : Oui, le gouvernement est en train de regarder quelles institutions pourraient vérifier les calculs pour la Suisse.

LRD : Et la France ?

MW : Je ne sais pas où elle en est. Nous recevons des signaux contradictoires de ce pays. Jacques Chirac qualifie l’empreinte écologique de « très bonne idée ». Puis passe à tout autre chose.

LRD : Où voyez-vous d’autres candidats sortir du lot ?

MW : Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui n’est pas connu pour ses positions écologiques, a écrit la préface du dernier rapport européen Planète vivante12. Il y parle de limites. Bien que la nouvelle commission préfère la compétition à l’environnement, cela révèle une ouverture. Le responsable de la Délégation générale sur l’environnement de la commission nous a écrit pour nous dire : c’est une campagne magnifique, nous vous soutenons (même si nous n’avons pas d’argent), car elle entre dans la stratégie de développement durable de l’Union. L’Agence européenne de l’environnement, qui a sponsorisé les derniers calculs, lancera les données ob- tenues. Ce sont de petites étapes, mais significatives. Les cho- ses changeront-elles assez vite ? Peut-être. Il se peut aussi que d’ici quinze ans, la production de pétrole diminue de 10 %.

La demande en pétrole pourrait alors conduire à de sérieux conflits. Les gens ne penseront plus à l’empreinte écologique, ils chercheront plutôt à acheter des armes. Il est important de reconnaître le plus vite possible l’importance des services écologiques. Nous avons pour cela besoin d’une comptabilité écologique qui change les craintes et les priorités politiques.

LRD : Où ailleurs voyez-vous des signes de changement ? MW : L’empreinte écologique est un indicateur potentiel de la Convention sur la biodiversité. Des pays se manifestent en sa faveur dans ce contexte. C’est le cas du Brésil et de la Colom- bie. Beaucoup d’ONG, notamment en Asie, frappent à la porte de leurs gouvernements pour qu’ils s’intéressent à l’empreinte écologique. Le WWF est l’ONG la plus visible, mais il y en a beaucoup d’autres qui s’engagent pour la prise en compte de l’empreinte écologique. g

1 www.footprintnetwork.org

2 Donella Meadows, Denis Meadows, Jorgen Randers and William Behrens III, Club de Rome. Halte à la croissance, Fayard, 1972.

3 Notre avenir à tous. Rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le déve- loppement, Oxford University Press, 1987 et Editions du Fleuve, Québec, 1988.

4 Nombre d’individus d’une espèce qui peuvent vivre sur une superficie donnée sans épuiser l’écosystème.

5 Nicky Chambers, Craig Simmons and Mathis Wackernagel. Sharing Nature’s Interest:

Ecological Footprints as an Indicator for Sustainability, EarthScan, London, 2000.

6 Rapport de synthèse de l’évaluation des écosystèmes pour le millénaire, 30 mars 2005, Tokyo, Pékin, New Delhi, Le Caire, Nairobi, Paris, Washington et Brasilia. www.millenniumassessment.org 7 Téléchargeable sur www.wwf.be/eco-footprint/docs/LPR2004_fr.pdf

8 Idem.

9 Wolfgang Sachs dirige le projet « Globalisation et durabilité » à l’Institut Wuppertal, en Allemagne.

10 Selon l’économiste David Woodward, qui a travaillé au Fonds monétaire international et à l’Organisation mondiale de la santé, pour qu’un dollar de croissance atteigne un habitant de la moitié de la population mondiale la plus pauvre, il faut environ 12 dollars de croissance au total, avec son empreinte écologique associée. Voir Branko Milanovic, True World Income Distribution, Policy Research Working Paper 2244, The World Bank, 1999.

11 Développement durable : quelques vérités embarrassantes. Economie et humanisme (363), décembre 2002.

12 www.footprintnetwork.org/gfn_sub.php?content=europe2005

12

(13)

DOSSIER

Sur la piste d’une mobilité différente

Pour accroître la part des utilisateurs des transports publics et doux en ville, il ne suffi t pas d’augmenter l’offre et d’améliorer les infrastructures. Il faut aussi rendre la vie plus dure aux automobilistes. Ce qui, de prime abord, ne paraît pas politiquement correct. Pour changer cet état de fait et rendre les espaces urbains plus vivables et plus vivants, plus respirables et plus accueillants, un véritable

chantier s’ouvre à l’innovation sociale et culturelle.

Ce dix-huitième dossier de LaRevueDurable s’attache à montrer la diversité des approches que des sociologues, des géographes, des ré-

seaux associatifs et des élus mettent en œuvre pour favoriser l’usage de trains, de tramways, de métros, de bus, de pistes cyclables et d’espaces disponibles aux piétons plutôt qu’à la voiture individuelle. Plus les gens qui comprennent la pertinence d’utiliser toutes ces formes de mobilité seront nombreux, plus ceux qui les utilisent augmenteront, plus une politique apte à modérer l’essor de la voiture individuelle, a fortiori l’« autosolisme », deviendra politiquement acceptable et réaliste.

Ce dossier apporte ainsi sa contribution au nécessaire affranchis- sement des esprits à l’égard de la voiture.

LRD 13 ÉDITORIAL DU DOSSIER

14 INDICATEURS 17 Brûler les voitures

ou réussir à s’en affranchir ? LRD

18 Illustration TOM TIRABOSCO 19 Seule une action publique

cohérente et courageuse peut freiner l’essor de la voiture

VINCENT KAUFMANN

24 Brider l’essor des grandes surfaces, sources de trafi c

LRD

26 Des milliers de ménages allemands préfèrent un petit jardin à une place de stationnement

LRD

29 Histoires d’autopartage LRD

30 Histoires d’injustice écologique LRD

31 Se passer de la voiture demande beaucoup de savoir-faire MICHAEL FLAMM

35 Histoires de petites reines LRD

36 Pas à pas, le marcheur peut reconquérir l’espace urbain

SONIA LAVADINHO ET YVES WINKIN 38 Splendeurs et misères des différents

moyens de déplacement en ville LRD

40 Histoires de familles LRD

41 Des entreprises aident leurs employés à laisser leur voiture à la maison STÉPHANIE MANONI

45 Les petites gares nagent à contre-courant LRD

46 Le tram-train, mode de transport hybride venu d’Allemagne

FRANCIS BEAUCIRE

49 La banlieue parisienne en panne de transports collectifs performants LRD

50 Le transport à la demande fait son chemin à la campagne LRD

53 Guide

57 La résistible progression de l’automobile LRD

La rédaction est responsable des titres, des intertitres et des introductions aux articles.

Vifs remerciements à Vincent Kaufmann

13

(14)

0 5 10 15 20 25 30 35 40

UE France

Suisse

km par jour 94 minutes

84 minutes 55 minutes 54 minutes

1994 2000 1982 1994 1991 1999 La mobilité est au premier rang des causes de l’accroissement de la consommation d’énergie. Dans l’Union européenne (UE) à 15, le transport – mesuré en nombre de personnes-kilomètre dé- placées par an – augmente de 22 % de 1990 à 2001. Et aucun frein ne semble ralentir cette tendance. Les déplacements occasionnels de longue distance se banalisent, mais la mobilité quotidienne pour aller au travail, faire ses courses ou déposer les enfants à l’école continue de représenter la majorité des déplacements de l’Européen moyen. Et les distances parcourues pour accomplir toutes ces tâches de la vie quotidienne s’allongent.

Distance moyenne parcourue par habitant en kilomètres/jour

Toujours plus de kilomètres

Dans les années 1970, Yacov Zahavi, chercheur à la Banque mondiale, constate que le temps moyen consacré aux déplace- ments affiche une remarquable stabilité dans différentes zones urbaines du monde et au fil des ans. Et cela malgré le surcroît constant d’infrastructures : autoroutes, routes de contourne- ment, transports publics. Connue sous le nom de « conjecture de Zahavi », cette stabilité signifie que les gains de temps que ces nouvelles infrastructures permettent n’écourtent pas la durée des déplacements, car les distances parcourues s’allongent et/ou le trafic augmente (Les transports publics à l’épreuve des muta- tions de la pendularité, Schuller et Kaufmann, Disp 2, 2005).

En France, de 1982 à 1994, la vitesse moyenne de circulation progresse de 34 %, de 25 à 34 km/h, ce qui permet d’effectuer un parcours 30 % plus long tout en économisant une minute (Mignot et coll., 2004). Même constat en Suisse, où les habitants parcourent une distance 30 % plus longue en 2000 qu’en 1984.

Mais en contradiction avec la conjecture de Zahavi, le budget- temps augmente lui aussi – + 34 % –, car la vitesse moyenne du trafic individuel motorisé diminue : voiture – 8,5 % ; moto – 11,5 % (OFS et ARE, 2001).

Les raisons de l’allongement des distances sont multiples.

Les lieux de résidence et de travail se dissocient peu à peu. En Suisse, la part des personnes actives qui travaillent en dehors de leur commune de résidence passe de 52 % en 1990 à 58 % en 2000 (OFS, Recensement 2000). Le domicile s’éloigne ainsi du lieu de travail : 8,7 km en moyenne en 1984 contre 10,9 km en 2000 (OFS et ARE, 2001). De 1982 à 1999, la distance moyenne domicile-travail en France passe de 13 à 15 km (Mi- gnot et coll., 2004).

Autre facteur d’allongement des distances : l’étalement ur- bain. Sous l’effet de l’élévation du niveau de vie, la surface habi- table par ménage augmente bien que la taille des ménages baisse.

Dans l’UE, le nombre de ménages croît de 19 % de 1980 à 1995 alors que la population progresse de 5 % (LaRevueDurable nº9).

Or, le prix du foncier dans les centres urbains rend l’habitat inaccessible aux familles en recherche d’appartement ou d’une maison suffisamment grands pour elles.

L’essor des grandes surfaces commerciales, conçues pour la voiture, est une autre cause de l’accroissement des distances.

Une étude danoise met en évidence de façon éclatante le rap- port entre l’organisation des activités commerciales et le vo- lume de transport. De 1960 à 1993, le nombre d’épiceries et magasins alimentaires diminue de 60 %. En parallèle, le volume de kilomètres parcourus pour motif d’achats est multiplié par 3,8 et les distances parcourues en automobile par sept (Agence européenne de l’environnement (AEE), Urban Spatial Charac- teristics, Term, 2003).

LRD

Situation de la mobilité quotidienne en Europe

Motifs de déplacement

en pourcentage des distances journalières

0 10 20 30 40 50

Ile-de-France Suisse

Autres Loisirs

Achats Travail

formation

%

Source : OFS et ARE, 2001. Les déplacements des Franciliens en 1997-1998, Direction régionale de l’équipement d’Ile-de-France, Paris.

14

Source : La mobilité en Suisse, Office fédéral de la statistique (OFS) et Office fédéral du développement territorial (ARE), 2001. Permanence des formes de la métropolisation et de l’étalement urbain, Dominique Mignot et coll., Ademe, 2004. A noter : en France, seule la mobilité locale est prise en compte, c’est-à-dire les déplacements internes aux agglomérations ; en Suisse, l’ensemble des déplace- ments sont comptabilisés.

(15)

Les commerces se concentrent de plus en plus sur quelques très grands points de vente qui desservent de grands bassins de population, ce qui intensifie fortement le trafic automobile. En Suisse, de 1970 à 1999, 42 % des commerces alimentaires dispa- raissent alors que les surfaces de vente font plus que doubler, pas- sant de 1,3 million à 2,7 millions de m2 (Centres commerciaux et centres-villes, Association Transports et environnement, 1999).

Enfin, la mobilité pour les loisirs explose. En Suisse, elle aug- mente de 40 % de 1985 à 2000. En France, c’est aussi la cause de mobilité qui augmente le plus : + 27 % des années 1980 aux années 1990 (La mobilité urbaine en France : les années 1990, Certu, 2002). La réduction du temps de travail et la baisse du coût des transports dopent les sorties au restaurant, au sport et chez des proches. Des activités qui ne sont plus réservées au week-end et ont lieu tout le long de la semaine (Le sacre du temps libre. La société des 35 heures, Jean Viard, 2002).

En voiture

Pour accomplir tous ces déplacements, la voiture individuel- le occupe une place de plus en plus centrale. Partout, elle gagne des parts de marché au détriment des transports publics, du vélo et de la marche.

Les raisons sociologiques du triomphe de l’automobile sont légion. La voiture est perçue comme un symbole de liberté, de puissance et d’indépendance. Signe de la tendance à l’indivi-

10 30 50 70 90

2000 1980

Belgique France

Suisse

%

part de la voiture individuelle

Source : Partage modal du trafic de voyageurs, Ministère des transports et de l’équipement, 2004. OFS et ARE, 2001. Modal Shares in Passenger Transport, AEE, Term, 2003. Vehicle Ownership, AEE, Term 2003. Taux de motorisation en Suisse, OFS, 2004.

dualisation, les gens préfèrent le chez-soi douillet de la voiture à la promiscuité des transports publics. Déjà très bas, le taux d’occupation des véhicules continue de chuter en Europe. En France, Toulouse détient le record avec moins de 1,3 occupant/

voiture en moyenne (Certu, 2002).

L’accès en masse des femmes au volant est un autre facteur d’augmentation du trafic motorisé. Seules 33 % des Françaises ont le permis de conduire en 1974. Elles sont 84 % à le déte- nir aujourd’hui (La mobilité quotidienne des femmes, Certu, 2005). Toutes ces raisons sociologiques majeures s’accompa- gnent d’une évolution qui renforce plus encore la place des voitures dans les sociétés : l’aménagement des villes et des ter- ritoires en fonction de l’automobile.

Evolution du nombre de commerces alimentaires et des déplacements au Danemark

0 1 2 3 4 5 6

Millions de passagers-km que génèrent les commerces alimentaires…

… dont ceux qui se déplacent en voiture Milliers de commerces alimentaires

1990 1980

1960

millions passagers-km

44 000 20 000 16 000

Source : AEE, 2003.

0 200 400 600 800 1000

1998 1980 Belgique

France Suisse

nombre de voitures pour 1000 habitants Part des distances parcourues

en voiture individuelle

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