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co ---"-^C\J-^
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o
Corriveau,
J.Eugène
Le secret des Plaines
d
'Abraham
i=
*=7vC
PRO
PATRIA S/EPE,PRO DEO SEMPER
Le Secret des
Plaines d'Abraham
Grand Drame Héroïque Canadien En quatre
(4)actes
I
PAR
J.
EUGENE CORRIVEAU
MBMBR0 HONORAIRE DB
L'UNIOWDRAMATIQDB DB QUBBBO
i
QUÉBEC
Impkîmbrie
DB "La Libre Parole"
1909
fioaool-
-M^
IDEVISE
••P
RO
PATRIAS>EPE,PRO
DEOSEMPER!..'Le Secret des
Plaines d'Abraham
Grand Di'ûïi^e Héi'oîQ^^ G^padicp ep quatre (4) actes
PAR
J. EUGENE CORRIVEAU
MEMBRE HONORAIRE} DE LUNIOIÎX
DRAMATIQUE DE QUÉBEC
)QUÉBEC y/ ^
Imprimerie de
"La Libre Parole
" ^.^1909
Enregistré conformément à l'acte du Parlement du Canada, par J. Euoène CoRRiVEAU, enl'annéemil neuf centneuf,au Bureau du Ministère de l'Airriculture à Ottawa.
L'Auteur de cethumble ouvrage entendréserver ses droits de représentation traductionoureproduction quelconque, bien conformément à l'actedu Parlement du
Canada,ainsi quepourtouslespays,ycomprislaSuèdeetlaNorvège.
PS
0.776/1
Ledroitdereprésenter cette piècedethéâtre sera accordé,avecplaisir,àquiconque voudrabienenfaire lademandeà l'Auteur, dontl'adresse setrouve endernière page.
M.
J.EUGÈNE OORRIVEAU
^VAhlT-PTiOPOS
On
estprié de prendre note que
cedrame
n'est" brodé " que sur des légendes à peu près méconnues jusqu à
cejour, mais
qu'iln'en
estpeut-être
pas,pour
cela, le
moins historique des autres
écritssur
ce sujetCependant, en considération de ma jeune expérience, je
n'ose leprésenter comme
tel,préférant mieux
lelancer simplement à
titred'œuvre patriotique,
touten
laissant,naturellement, à nos vaillants
Historiens, le soinde me
dire si
ma version
estbonne ou mauvaise. Toute appréciation relativement sera reçue avec
plaisir etobligera beaucoup.
L'AUTEU(R
PERSONNA G ES
MARQUIS
L. J. deMONTCALM
: Général de l'Armée Française dans la Nouvelle-France. (48 ans.)BARON
deST-LUC
: Capitaine-commandant sous "deMontealm."
(même
âge.)EUGÈNE CUVILLIERS
: Lieutenant dans la Milice Canadienne.(21 ans etimberbe, portantses cheveux en bondes sur les épavles.)
CHEVALIER FRANÇOIS BIGOT
: Intendant de la Nouvelle- France, {âgemoyen
; typed'uneélégance audacieuse.) L.VARIN
: Assistantde Bigot, {maigre etpâle.)DE RAMESAY
:Gouverneur
de Québec. {Têtede vieux notable.)MONSEIGNEl^R
dePONTHRIAND
:Evêque-
de la Nouvelle- France. {Noblefigure surledéclin de Vâge.)DOCTEUR. ARNOUX
-.Médecinde " Montealm. " {Agemoyen.)HENRI VERGOR
: Officierdan^^ l'Année. (28 ans.)CHARLES ROUMGNY
: Sergent,ami
de Vergor. (25 ans)CŒUR-PERCE
;Grand
Chef Abénakis. {Age moyen.)JAMES ^^'OLFE
: Général onchefdes troupes anglaises sur le St- Laurent. (28 ans.)JOHN JARMS
: Colonel et intimeami
de Wolfe. (35 ans.)MONCKTON
: Général adjoint.{Plm
vieux.)TOWNSHEND
: Mênif» grade (juc Monckton. {Vieux.)HOLMES
: Amiral enchef de la FlotteAnglaiseen Canada, {vieux.)ROUS
: Capitainedu
vaisseau de guerre : "Royal
William."
{Vieux.)
HATFIELl)
: Lieutenant d'ordonnance. (25 ans.)LEA
: Jeune Canadienne, épouse (hi lieutenant Cuvilliers. (20 ans.)CLAIRE RING U ET
: Française, fiancéede Vergor. (25 ans.)YVONNE MIRE.\U
:Compagne
de Claire et fiancée de Rouvigny.124 ans.)
Officiers des Etats-Majors, Françaiset Anglais, Soldats, Marins,
Ma-
telots,
Un
Iroquois,D(ux
Porte-Drapeaux,Un
Valet, Religieuses Urselines, GentilshommesetDames.
Bourgeois et Bourgeoises.SVNORSIS
Acte
I— Une
odysséed'amour
surlesmurs
de Québec.Acte
ii— A
borddu
navire amiralanglais,"Royal
William."Acte m —
Prèsdu
poste de l'Anse-du-Foulon.M
-^Acte
iv— Dans
Québec, chez le docteur Arnoux.—
Tableaude
Wolfe danslavisionde Montcalm, et lamort
desdeux
vaillants généraux.PCVIS
Les indications sont prises dedroite et gauche de l'Acteur, et les personnages sontinscrits, en têtedes scènes, d'aprèsl'ordre qu'ils occupent au théâtre ! Si
on
le désire, plusieurs rôles peuvent être" doublés, "
même
facilement.DEVISE
;'PROPATRIASiCPE,
PRO
DEOSEMPER!.."Le Secret
des
Plaines d'Abraham
Grand Drame héroïque canadien en quatre
(4)actes.
PAR
J. Eugène Corrîveau
ACTE PREHIER
{Lascène représente lesommet d'un rempart.
Au
fond en guise de parapet, muraille crénelée de trois ou quatre pieds d'élévation, se bornant dansle lointain, par Vhorizondu
ciel étoile.A
droite, pre- mier plan, entréeset sorties régulières.A
gauche, second plan, nou-vellemuraille crénelée, mais
un
peu plus élevée que la précédente etpartant
du
fond pour venir se perdre dans la coulissedu
premier plan decemême
côté, cequi naturellement procure une autre entrée^Une
capote et un mousquet y sont déposésau
fond, prèsdu
parapet gaiiche, second plan.Au
lever du rideau, crépuscule, puis durant Vacte la nuit vient, mais la lune se lève aussitôt, donnant à la scèneun
gai demi-jour: Vergor, Claire, Rouvigny etYvonne
sont jrrèsdu
parapetdu
fond, causantensemble en regardant au dehors.)—
8-
SCENE PREMIERE.
"
Vergor,
Claire,Rouvigny
etYvonne.
*Claire. {Prenant de la scène, suivie des autres personnages.)
Le panorama
quiémane
de ce point de vue est magnifique, Messieurs, et jevousavoue franchementque
je ne regrette pasdu
toutma promenade
sur ceslégendaires remparts de Québec.Yvonne.
Ni moi non
plus, Messieurs; aussi veuillez agréer nos plus sincè- res remerciements.Vergor.
Ce
quinous récompenseau
centuple, MademoiselleYvonne,
car, Je vous prie dele croire,tous les charmes de l'après-midi sont pourvos
humbles
serviteurs.Claire. (Souriante.)
Pourquoi nous complimenter de la sorte, Monsieur Vergor?...
Vous
êtes trop flatteur,mon ami Rouvigny.
, Nullement, Melle Claire;
mon camarade
a mille fois raison, car,qu'y a-t-ilde plusagréable pour nous
que
de se retrouver de nou- veau—
après une si longue séparation—
en compagnie de nos fidèleSfiancées?. . Pris sur
ma
concience, il n'y a absolument rien pour nous causerune
joie aussi immense!. . C'est tout naturel, d'ailleurs, et ça se résume en peu de mots;mon ami
Vergor vous aime, Melle Claire, etmoi. .. .j'adoreYvonne!
Claire. (Vivement.) Oui, oui, nous savons cela.
Vergor.
Méchante!. .. .vous n'aimez pasqu'on vous dise combien vous m'êtes précieuse?. .
Claire. (Rieuse.)
Si! Si!.. mais pastrop à l'air. ... ça pourrait s'éventer. . . .
Tous.] (Riant aussi.) Ah!.. Ah!..Ah!., quelle idée!.
.
Vergor.
Et
vous, Melle Yvonne, vousne dites rien sur ce i^jet?..
— D'-
Yvonne.
{Ingénue.)Non
. . carje craindraistropd'avouerque
çame
fait plaisir..
Claire. [Incrédule.) H0Î...H0!...
Vergor.
{A Claire.) Trèsbien, cette réponse!RouviGNY.
{Joyeuxà Yvonne.)Voilà qui est parlé ouvertement, par exemple!. .Tenez. . pour ça.. il faut que je vous embrasse....
Yvonne.
{Confuse. )M,
Rouvigny
. ..
RouviGNY.
{Rectifiant.)La main
!.. (// la lui baise très respectueusement.) {A cemoment
on entend le son d'un clairon éloigné.)Claire. {Surprise.) Qu'est-ce donc?. . . .
Vergor.
(Tristement.)Le
fatal signal!Claire.
Que
voulez-vous dire,M.
Vergor?Vergor.
Hélas, Melle Claire, que c'(st là le terme de notre
bonluur
d'au- jounl'liui.Yvonne.
Ah, je comprends, moi!. .. . vous voulez nous faire savoir
que
noussommes
renc.ues à l'instantoù
les visiteurs doiventf^(î retirer?. .Rouvigny.
Précisénunt, Mille
Yvonne,
c'est liicn malheureux ]K,ur nors, croyez-le?. .Claire. {A Vergor.)
En
ce cas,mon
ami.... descendons!. . . . v(Aru'z-vous?Vergor.
Il le faut bien. . . . {Tendant son 6ras
à
C/aiVe.)Me
pennettez- V0U8?—
10—
Claire. {Prenantgracieusement lebras de Vergor.)
Avec
plaisir(Ilsfont quelques pas vers lepremierplan à droite.)
RouviGNY. {Même
jeu avec Yvonne.)Savez-vous, Mademoiselle,
que
la journée a étébeaucoup
trop courte pourmoi?
Yvonne.
Plaise àDieu!. . ellen'est pas encore finie,
M.
le sergent!..
Claire.
{S'arrêtantet s^adressant autantà Rouvigny qii'h Vergor.)
En
effet. . vous allez nous faire le plaisir de venir passer la soiréeen notre compagnie, Messieurs, car, voussavez, notre excellent maître—
cebon
docteurArnoux —
nous a autorisées à vous recevoirchez lui.
Vergor.
Vraiment?.. Il est fort gentil!. . et, en retour, veuillez croire
que
si celanous est possible, ce sera avec grand empressement, Mes- demoiselles,que
nous nous rendrons à votre aimable invi- tation.Rouvigny
Sansdoute. . mais je crains bien,
moi
aussi,que
la permission desortie soitbeaucoup
difficile àobtenir, car vous n'êtes pas sans savoirque depuisque
la flottedu
général Wolfe se ballade en face de laville, lesmilitaires ne peuvent presque plus avoirde congé..
Yvonne.
{Avechumeur^
Ah! bien!. . il faut absolument que vous veniez. Je le veux, moi!.
.
Vergor.
{Souriant.)Si nous n'avions
que
cela à dire au marquis deMontcalm
pour obtenir notre permis de ce soir, vous pourriezcompter
sur nous...
Rouvigny.
Oui, maisici, c'est la discipline, et, avec ça,hum!, .on ne badine pasi
—
11—
{A
ce moment, venant de gauche, bruitde voixetmurmure
de plusieurs rires.)Vergor.
(Regardant dececôtéetsurpris:)Tonnerre, voici le général et sonétat-major. .. filons vite!
(A
C^iVe.) Je vous enprie, Mademoiselle, venez!..Cl.\^ire. (Lentemententraînée par Vergor.)
Pourquoi? ... je suppose qu'il ne
mange
pas les gens, votre général?..
RouviGNY.
(Voulantemmener
Yvonne.)Non!
maisil nous flanqueraitun
savon!..
Yvonne.
(Souriante.) Bah! çane salitpas, lesavon!..
RouviGNY.
Peut-être, maisje ne tiens pasà enuserpourle
moment.
Yvonne.
(Sortant avec Rouvigny à la suitede Claireetde Vergor.)Vous
vous trouvez assez net?RouviGNY.
(Mystérieusement.) Chut! Chut!Chut!. . (Ils sortenttous à droite.)(Dès quelascèneest vide, unevoixcrie dans la coulisse gauche.) Gloireau marquis!. . Vive legénéral de Montcalm!.
.
SCENE
II"
De montcalm, de
st-luc, cuvilliers,de ramesay,
monsei-gneur DE
PONTBRIAND,DOCTEUR ARNOUX, ET
DES OFFICIERSDE
l'etat-major.Tous. (Entrant de gauche en entourant ,
Montcalm
joyeusement.)Gloireau marquis!. . Vive le généralde Montcalm!.
.
De Montcalm.
(Emu.)Merci, Messieu'*s, merci,
mes
braves. .. . oui,du
plusprofond demon
cœur!. . Votre admirationme
touchebeaucoup, et sans douteelle
me
fait apprécierdavantagema
visite quotidienne sur lesmurs
de notre cher Québec!. . Cependant,mes
bons amis, il o.-^t demon
devoir de vous dire
que
je ne mérite guère la démonstration enthou--12 —
siaste
que
vousvoulez bienme
faire ce soir, carla nouvelle victoireque
nous venonsencore de remporterce matin par la petite escar-mouche
(lu Cul-(le-Sac, n'est pasdu
toutmon
œuvre.Nous
la de- vonsuniquement
à la sagacité et à la vaillancedu
capitaine baron de St-Luc, aidé de notre jeune etdévoué
lieutenantcanadien:Eugène
Cuvilliers!.
.Evidemment,
j'enprofite pour lesciter tousdeux
à l'or- dredu
jour!Tous. (Gaiement.)
Vive de St-Lucet Cuvilliers!. . Gloire
aux
braves!. .. .De
St-Luc.Mon
cher marquis, vous êtes vraiment trop indulgent pour moi.La
partque
j'ai prise dans cette petite escarmouche est tropminime
pourque
vousdaigniez proclamermon nom
avec celuidu
lieutenant Cuvilliers. Je vous le dis en toute franchise, général, notre jeune officiercanadien estle seul auquel revient le mérite de cette victoire.Tous.
{Même
jeu.)Bravo! Cuvilliers. .. . bravo!.. .
.
Cuvilliers.
Décidément, Messieurs, le capitaine de St-
Luc
est en train deme
poétiser.Je vous en prie,mon
général, veuillez croireque
je n'ai fait làque toutnaturellementmon
devoir.De Montcalm.
Nous
savonsque
la modestiedu
lieutenant Cuvilliers estsans bornesmais
elle n'empêchera pas legénéral deMontcalm
de croireà l'exactitude des paroles élogieuses deM.
de St-Luc à votre égard,mon
jeune ami!. . Aussi, jevous offre, avecun
vif plaisir,mes
meil- leurs compliments!. .Vous
vous êtes comporté en héros, c'est bien, et je n'ai qu'un regret, c'est de n'avoir, en cemoment, aucune
médailleà vous décer- nerenfaible récompense.Cuvilliers. {Confus.)
Mon
général., vousme
comblez., et., je l'avoue, je ne sais tropcomment
vousexprimerma
reconnaissance....—
13—
Monseigneur de Pontbriand,
Vous
méritez ces flatteuses paroles, lieutenant, et ne cherchezaucun
i)rétexte pour les repousser.Le
général ne vous fait cethonneur que comme
chose due, soyez-enpersuadé !. . N'est-ce pas aussi la colonie canadienne qu'il honoreenmême temps
en vous?. ..
Songez,
mon
fils,que
lesuccèsque
vous venez de remportersurl'en-nemi
est réellement pour nous une belle petite victoire!.. Pensez donc, pasmême un
blessé dans nos rangs, cependantque
lamort
en afauché des centaines sur lesnavires et dans lecamp
anglais.Le
général Wolfe doit être furieux,un
teléchec, aprèssesdeux
malheu- reuses retraites deMontmorency
et de Beauport. Savez-vouslieute- nant,que
c'estun
des plusbeaux
corps de ses troupeslégèresque
vous
lui avez fait sauter,CUVILLIERS.
En
effet!..Et
chose singuHère, c'est que,mes compagnons
et moi, nous avons été assez heureux de nous en retirersains et saufs.Docteur Arnoux.
Tellement tous sains et saufs, que moi, Messieurs, je n'ai absolument rienà faire en ce
moment.
C'est pourtanttout àfaitrareen temps
de guerre, d'apercevoirun
chirurgienpouvant
se donnerles loisirsde se croiserpaisiblement lesbras.
De Montcalm.
C'est ce qui vous prouve,
mon bon
docteur Arnoux, que nos vaillants soldatsne se laissent pas fusiller facilement!.. Voilà juste cequeme
faisait remarquer hierM.
deRamesay.
De Ramesay.
Précisément, général!.. Je l'avouerai
même.
Messieurs, je suis surpris, presque, de constater, tous les jours, les prodiges de valeur qui s'exécutent, àchaque instant, par nos loyaux régiments, pour- tant si affamés et si dénués de tout le nécessaire possible, que les intrigantsdu
pays, hélas, accaparent si odieusement!. . Il faut vraiment à noshommes, un
patriotisme qui n'est pas de cette épo- que.—
14—
De Montcalm.
Vous
l'avez dit,M.
deRamesay,
laNouvelle-France,àcetteheure, est, parlesmœurs,
au-dessusde samère
qui, hélas, selaisse gouver- nerpar laPompadour:
cettemisérable courtisanne qui n'estbonne
qu'àporterla corruption partoutoù
elle ose jeter les yeux. Voyez, Messieurs, icimême,
l'intrigante a trouvémoyen
de nous imposercomme
intendantdu
Roi, ce Bigot,son favori, qui vient de je ne sais où, ce débauché qui, de concert avec ses complices, a ouvert, dans son château de Charlesbourg, la porte à tous les vices qui n'a- vaientencore, par bonheur, jamaispu
entrer danslacolonie!. .Aprèscela, n'est-cepas prodigieux, Messieurs, que, malgré tout, le peuple et l'armée se conservent ainsi, loyauxet religieux, n'osent pas
même
proférer
une
parole de reproche contre leur Souverain, lorsque cesministresinfâmes viennent, presqu'àchaquejour,lesdépouillerdu
bléqui leur reste, pourensuite le confisquer dansla " Friponne ", ce
magasin
des spoliateurs!De Ramesay.
Bientapé, marquis;. . mais,
que
voulez- vous, cesgens sont très puissantset ontl'œil de la Cour,nous n'avonsdonc qu'à nous incli- ner!. . Moi,comme
simple gouverneur de Québec, je ne puis naturel- lement rien faire contre eux, et, entre nous, on serait porté à croireque mon
supérieur,M.
de Vaudreuil, qui estrevêtudu
titre de gou- verneur-général de la Nouvelle-France, pourrait d'un seul mot, s'il le voulait, arrêter les odieusesmanœuvres
de Bigot etcompagnie!. . Cependant, il n'enest rien, la néfaste influence de ces misérables s'étendmême
jusqu'àlui, etje vois chaque jour, malheureusemeat, cet excellent dignitaire, se renfermerdansune
alarmante neutralité.De Montcalm.
Hélas, je le sais, et
M.
de Vaudreuil, selon moi, devraitagiravec plus d'énergie envers ces pseudo-messieurs. Je comprends, évidem- ment, que c'est assezdifficile, maintenant qu'il s'est laissé tranquille-ment
enlacerdans leur filet; nonobstant, il devraitbien se souvenir qu'il vautmieux
tard que jamais!. . . . {Changeant de ton.) Allons, Messieurs, laissons cela etdescendons, je vous prie, carle crépuscule—
16—
esttombé, et voici déjàlanuit qui vient nous envelopper de son voilemystérieux.
(A
deSt-Luc.) Veuillez donc, capitaine, faire placer lessentinelles!. . (Il va poursortiràdroite,imité parsa suite.)CuviLLiERS. (Qui n'a pas bougé.)
Un
instant, s'il vous plaît,mon
général. .J'ai une faveur à vous demander.De Montcalm.
(Reprenantlascène imitéde sa suite.) Oui?. . et laquelle,mon
ami?..
CuVILLIERS.
Je voudrais obtenirla permission d'être de garde sur cette tou-
relle!
(Mouvement
de surprise chez tous les personnages.)De Montcalm.
Ah
bah!. . le lieutenant Cuvilliers veut se fairesentinelle. . mais, parmon
épée!. . noussommes
doncmenacés
d'un grandpéril? ..
Cuvilliers.
Oh
non, plaise à Dieu!mon
général, ce n'est paspour cetterai- son, croyez-le, carje n'ai point la prétention de veiller, au poste,mieux
que nos vaillants troupiers.Ce
serait d'ailleurs une injustice àleur faire, à cesbraves, et personne ne laregretterait plusque moi.De Montcalm.
Y
aurait-il alors indiscrétion àvousdemander
pourquoi prenez- vousainsi décision depasserlanuit ici?Cuvilliers. (Embarrassé.) Oui.. et. .
non
.. général. . ça..
De
St-Luc.En
vérité,vous posez làau philosophe,mon
cher!. . Allons, ne prolongezpas notre martyre et laissez-nous connaître le motif devo- tredemande,
car, sans doute, vous devez euavoir un, sice n'est plu- sieurs!. . Craignez-vous donc une nouvelle attaque, lieutenant?Docteur Arnoux.
Est-ce l'inactivité de la flottede
Wolfe
qui vous inquiète?..
Monseigneur de Pontbriand.
Il est vrai
que
je ne m'explique pasmoi-même
pourquoi le gé- néral anglais persiste ainsi à resteren face des plainesd'Abraham,
-16 —
sans
aucun
espoirde pouvoir enescaladerla falaise. Ilme semble
qu'ai)rès toutes les nombreuses pertes cju'il a subies depuis quelque temps, ilpourrait bien maintenant songer à lever l'ancre pour des
mondes
plus favorables à son armée.De Montcalm.
Permettez-moi de vous dire
que
vous connaissezmal
le général Wolfe, Monseigneur. Il est jeune dans le métier, c'est vrai, maisc'est
un
vieux militaire enthéorie, et,comme
tel, ila droit à toute notre considération. Non, croyez-moi,M.
de Pontbriand, cet adver- sairene retournera jamaisenAngleterreavec sa défaite,car ila promis àson Roi de vaincreou de mourir. . et cjmm
', naturellement, c'estun
parfait gentilhomme, vous verrez,Québec
sera à lui ou ilmourra
àla peine!..
Monseigneur de Pontbriand.
Bravo,
mon
fils, voilà quiest parlé enhomme
généreux. Je vois avec plaisir, qu'aussitôt après le combat, lemot "ennemi"
n'existe plus pour vous.
Vous
avez lecœur
d'un grandguerrier, général.De Montcalm.
Je vous en prie, trêve de compliments. Monseigneur, je n'ai
exprimé làque l'exactevérité envers le général Wolfe,
comme,
d'ail- leurs, tout soldat doit traiterson adversaire. . Je ne suis pas de ceuxqui ne voient pas lemérite làoù
se trouve le vaincu.De
St-Luc.Et
vous avez cent fois raison, manjuis; il s'en trouve toujours trop qui sont aveugléspar l'espiitde parti!. . {Changeant de ton etun
peuironique.) Mais, permettez, Messieurs, ceci nous fait oublier lafameuse
demande du
lieutenant Cuvilliers. Il doit cependant brûler d'impatience de recevoir sanomination relativement.CuviLLiERS. (Souriant.) Je l'avoue.
Tous. (Riant.) Trèsbien!. . trèsbien!.
.
—
17—
De Montcalm.
Oh!. . pardon,
mon
ami, nous allions nousécarterun
peu tropdu
sujet, mais, en retour,comme
nous voussommes
redevablesd'unmanque
d'attention, nous vous accordonsvotreréquisition à l'instant sansmême
insistersurle motif quivous pousse à vouloirabsolument devenirdegarde ici cette nuit.CuviLLiERS. (Avecjoie.)
Ah!. . veuillez croire,
mon
général, que je vous en suis recon- naissant.De Montcalm.
{Irmnuard.)Eh!. . fleurde lys!. . lieutenant, je présume, dans votre secret,
que
vous avezledésirtl'offrirbientôtà votrejeunefemme,
ladouceur d'embrasserun
capitaine?. . Voyons. . là! avoaez-le!. . avouez-le!..
CuVlLLIERS.
Oh!. . Je n'oseraisjamais espérer
un
tel honneur,mon
général. . etje vous le dis encore entoutefranchise, d'ailleurs, ce n'estpaspour gagner les épaulettes que j'ai voulu servirde sentinelle pour cette nuit.*"""
De Montcalm.
Et quand
cela serait, votre raisonn'en pourrait être que plus louable.Sou
venez-vous qu'il n'y aque
quelques mois que vous êtesmarié,mon
ami, etque
vous n'étiez alors qu'un simple lieute-nant
"ad
référendum"; c'estdonc
vous direque votreavancement a
été rapide depuis votre débutcomme
tel, à notremémorable
vie"toire de Carillon!. .Pourquoivotreétoile ne secontinuerait-ellepas?.
.
CuVILLIERS.
Je laisse
humblement
la divine Providence exécuter son destin,mon
général.. . Sans doute, jesuis certain qu'un grade de plus ne déplairait pasdu
tout àma
vaillante petite épouse,. . (Souriant.) mais, enattendant, je ladédommage un
peu.. enlui prodiguantmon
amour!
Tous. (Rian*.)
Ah! Ah!
Ah!. . le fat delieutenant! ....—
18—
De
St-Luc.Sab
retache!.. vous êtes donc bienamoureux, jeunehomme?
CuviLLiERS. {Avecorgueil.)
J'aime
ma femme comme
elle le mérite,commandant.
De
St-Luc. (Vivement.)Diable!. . sij'avais
aimé
lamienne
de cette manière-là, je crois qu'elle ne l'aurait pas été beaucoup.CuviLLiERS. (Lentement.)
C'estque, voyez-vous,
commandant,
vousn'avez pasépouséune
Canadienne!..
Tous. (Applaudissant.) Bravo, lieutenant.. . bravo!.. .
De Montcalm.
C'est ça,Cuvilliers, défendez votre
Dame,
car, je le sais, vous avez ledroit d'en être fier!. .Vous l'aimez beaucoup, c'est bien, et votre bravoure émane, sans doute, de ce chaste amour... . D'ailleurs, j'aitoujours eu lafermeconviction que lavaillance—
cette vaillance qui, nous porte à effronterun
péril si grandqu'il soit—
prend sasource, presqu'invariablement, dansle sincère amour, c'est ce qui la fortifie en l'élevant davantage vers lesactions nobles, phalanges
du
Bon,du Beau
etdu
Vrai.Docteur Arnoux.
Mes
féhcitations, général.... Ilme
fait plaisir de constater, encoreune
fois, que lecœur
del'homme
n'a pas plus de secret pour vousque
le défautd'une cuirasse.De Montcalm.
Comme
Monseigneur de Pontbriaud, vousme
flattezbeaucoup
trop pourceque
je lemérite, docteurArnoux;
je suisun
peu obser- vateur, riende plus!..
Cuvilliers.
Je vous dois toutde
même
des remerciements,mon
général, pour m'avoirsibien compris..
De
St-Luc.Eh!
Ventre-de-Biche!. .moi
aussi, je vous ai compris, lieute- nant.. ..Maisje ne voulaism'empêcher
deme
le faire croire à moi-—
19—
même.
Voyez-vous, souslesballes et la mitraille, nousvieillissons vite!De Montcalm.
Allons, allons. Messieurs, jereviens à la charge. . encore
une
fois descendons!. . Il se fait déjà tardet nous avons plusieurs autres ins- pections àfaire. . ainsi, à votre poste, lieutenant Cuvilliers!CuviLLiERS. (Saluant.)
A
vosordres,mon
général!. .De Montcalm.
Vous
ne craignez pasla froide température de cette nuit, Cuvil- liers?Cuvilliers.
J'ai tout prévu,
mon
général. . (Montrant la capote et le motis- quet quisontau
fond.) J'ai làune capote etun
mousquet, pour lecas
où
celame
serait nécessaire.. .De Montcam.
Pour
sûr, vous êtes de précaution et vous n'avez pas oublié votretemps
de service, lieutenant....(Tendant lamain
à Cuvilliers que celui-cipresse cordialement.) Donc,bonne
nuit,mon
ami!. . {Il sort àdroite suividesa suite.)Tous. (Sortant joyeusement.) Oui, oui .... etbeau rêve. . disciple dela lune! ....
CUVILLLIERS.
Riez, riez, Messieurs, je nedonnerais pas
ma
nuit pour toutes vosrations de pain.Monseigneur de Pontbriand.
(Sortantle dernier.)Que
Dieu vousbénisse,mon
fils... .Cuvilliers. (S'inclinant.)
Mille remerciements pourvotre
bon
souhait , Monseigneur...
,
SCENE
III.\
' Cuvillïer. (seuL)
Enfin,
me
voiciseul, je l'ai obtenu ce poste, mais, diable!. . çan'apas]été sanspeine. (Se frottant les
mains
de satisfaction.) Allons, maintenant, toutva
à merveille, et jepourrai, certes! tout àl'heure—
20—
amplement me dédommager du temps
perdu. (Allant examiner de droiteàgauche.) Bon,....comme
je le présumais, les camarades sont trop éloignés d'icipourvoir ce quipourrait. . s'y produire . . J'ai bien choisima
place!.. {S'avançant surla scène, d'une manièreconfi- dentielle.)Cen'est paspeubanal...un
rendez-vousd'amour
surlesrem-
parts d'unecitadelle!. .(Riant.) Pouf!. . ça ferait tressaillir d'émotion tousceuxquise targuent de labossede laPoésie. (Changeantde ton etfrissonnant.) Brr!. . brr!. . brr!. . décidément, le Général avait rai- son, lanuit serafroide. (Il va prendre lacapotequi estau
fondet se la passe.) Ah! voilà quiest bien, parexemple!. .(Prenant le mousquet.) Maintenant, faisonsles "cent pas"!. . (Il se promèneen suivant les murailles.) Oh!comme
cecime
rappelle des souvenirs chers!..
Voix dans le
lointain:(Ton
chantant.) Sentinelles!.. prenez garde à vous!..
D'autres
voix: (Se rapprochant.) Sentinelles!. . prenez garde àvous!..
CuviLLiERS.
(A
sontour, se tournantvers lagauehe.) Sentinelles!. . prenez garde àvous!. .(Plusieurs voix serépondantdans la coulisseense perdantpeu à peu.)
CuviLLiERS. (Pensif.)
Que
peut donc fairecette chère Léa?. .voicidéjàlepremierappel passéetelle n'apas encore paru!..Pourvu
qu'aucun malheur ne lui soitarrivé?.. (Changeantde ton.) Allons, pourquoi cette inquié- tude?. . Je suis fou, en vérité!. . (S'asseyantau
fond, sur leborddu
parapet.) Contemplonsplutôt cette belle lune. . qui a fortement l'air
de rirede
moi
. . et attendons paisiblement.SCENE
IV." CuviLLiERS,
VeRGOR
ETROU
VIGNY."Vergor.
(Entrantau
premierplan, de droite, à pas de loup, suivi de Rouvigny,et, appelant CuvUliers quiregardedu
côtéopposé.)Pst!. . pst!. . Camarade!. . Camarade!.
.
—
îl—
CuviLLiERS. (Contrarié.)
Quelqu'un !....
La
pestesoit"des importuns ! . .{Seretournanten laissantsa place, surpris:) Tiens. .maisc'est vous, sous-lieutenant Vergor ?..et voas. .sergentRouvigny
?. . ..Palsembleu !que venez- vous faire icien cemoment
?..
Vergor.
(Très troublé.)En
effet. .. .cher ami. .. .c'est. . . .c'est nous !. . ..Nous venions juste. . . .mille pardons de vous avoir dérangé.. . .c'est que, voyez- vous, nous ne pensions pasdu
toutvous
rencontrer àce poste !. . ..
CuVILLIERS.
Eh
! Fleur-de-lys !.. . .riende plus simple !. . . .Histoire de res- pirerun
peu leparfum
quise dégage de cette belle nuit, jeme
suis faitnommer
sentinelle, voilà tout!....A
propos, ditesdonc,mes
gaillards, mais puisque ce n'est pas
moi que
vous désiriez rencontrerici. .. .il
y
a donc anguille sous roche ?. . . .{Souriant.)Ha
!Ha
!Ha
!. .. .mesvieux!.. .je croisque
vousaviez rintention,d'allerfaire l'école buissonnière, hein ?.. . .mais paf !....aubeau moment
....pinces !. .. .
Rouvigny.
{Gracieux.)Ah
! mais vous n'y êtes pas tout à fait,mon
lieutenant !. . ..
CuVILLIERS.
Comment
?. . . .c'est donc autre chose?.. . .Rouvigny.
(A part.) Bigre !....j'ai tropparlé !. . ..Vergor.
{Donnant, à ladérobée,un
coupde pieddansle "bas-fond" de Rouvigny.)
Benêt !. .. .
Animal
!....(A Ctimlliers.) C'est-à-tUre, lieutenant ce n'est pas cela, sansl'être, tout enl'étant. . . .{Redevenant troublé."^car, si (,'a l'était. . . .sans l'être. . .
.dame
?. . . .Rouvigny.
{Passant devant Vergor.)Insensé !. .tu bafouilles \. . . .{A Cuvilliers.)
Pardon
d'interrom- preainsi, maismon
sous-lieutenant veut vousdire. .. .que. .{Cher- chant.) que. . . .que. . ..
—
22—
CuviLLiERS. (Souriant.)
Que
vous ne savez pas trop quoidire, ni l'un ni l'autre,n'est-ce pas ?. . ..
RouviGNY
ETVergor.
(Vivementetensemble.) Précisément !.. ..
Cuvilliers. (Riantàgorge déployée.) . <
Ah
!.. ..Ah
!.. ..Ah
! c'est très fort !. . . .Vergor,
(A Rouvigny, désolé.) Quelle gaffe !. ...
Rouvigny. (Même
jeu, et vice versa.) Quelle bouillie !. .. .patatras !. ...
Vergor.
Ouf
!. . ..comme
j'aichaud
!. . . .Rouvigny.
.Et moi
donc ?. .. .Cuvilliers. (Continuantàrire.)
Voilàd'excellentes raisons et je suis
charmé
devotre visite, Mes-sieurs.Cependant,veuillez croire qu'ellea suffisammentduré. . ..pour vous ?. .Par conséquent, je vous en prie, retournez à vos casernes respectives, si, naturellement, vousêtesconsignésà couchercette nuit dansles
mure
!. .Jecrois que c'est ceque vous avez demieux
à faire.Vergor.
(Saluant.) Bien, lieutenant!. ...
Rouvigny. (Même
jeu.)Oui,
mon
lieutenant !. .. .(Court silencedurant lequel personne nebouge.) Cuvilliers. ( S'apercevant qu'ilssont toujours là.)
Dites donc,
mes
vieux,m
'avez-vous entendu ?.... Etes-vous sourds ?. . ..
Vergor.
(Embarrassé.)Ah
! non,mon
heutenant, mais c'est que. . . .je voudrais bien rester encore quelquesinstants, .ici. . . .afin de vous expliquer. .. .si Claire,ma
—
23—
CuviLLiERS. {L'interrompant.)
Vous
ne pourrez rienme
direde plus clair !.. ..
Vehigor. (Rigolant.)
Hé
!.. ..Hé
!. ..Hé
!.. . très bien ... .Je vois avec plaisirque
vousm'êtes pasennemi de la plaisanterie, lieutenant, et ôeci m'en- courage.. . .carje crois que nous pourrionsnous entendre. . ..
CuviLLiERS. (Surpris.) Qu'est-ce
donc
?. . ..
RouviGNY,
(Avec importance.)Oh
! pas grand'chose....Vergor.
(Pa-ssant devant Rouvigny.)Mais,tais-toi donc,toi !... .(ACuviUiers.) Voicicedontil s'agit,
mon
lieutenant, ayant pleine confiance envotre discrétion. (Amicale- ment.)Vous
savez, je prends respectueusementlaliberté de vouspar- lercomme
àun camarade
?.. ..
CuviLLiERS.
Vous
avez pu voir,Vergor, que jevous ai toujours laissébannirladiscipline entre nous. Ainsi parlez sans crainte !.. . .
Vergor.
Eh
bien, figurez-vous donc, lieutenant,qu'ily
adéjà prèsdetrois ansquemon ami Rouvigny
etmoi
nous avons quittéVersailles,Or
là, très malheureusement, nous y laissions alors les
deux
plus belles demoiselles que nous avions encore rencontréesdansnotrevie simou- vementée
à ses débuts. Naturellement, avantnotre départ, nous nous fiançâmes, et ceschères idoles nous pleurèrent, sans doute, fort long- temps, juis finirent/ évidenmient, par prendreune
grave décision, parce qu'avant-hier,.sanstambour
ni trompette, nous avions l'agréa- ble surprisede lesrencontrerencette ville.Vous
vous imaginez très facilement,mon
ami, notrejoie àtous !.. . .Charleset moi, apprîmes alorsque
cesdames
étaient au pays depuisun
mois déjà, et qu'ellesy
vivaient fortconv
enablement enqualitéd.ç servantes chez le doc- teurAmoux
de là !. .. .proposition de "rendez-vous", etc. etc.Pour
piquerau pluscourt, ces charmantesfiancéessontvenues visiterles remparts,cet après-midi, et, en retour, elles nous ont fait Vhoti- neur d'une invitation pource soir.
RouviGNY.
{Passant devantVergor.)Mais
comme
depuisque
les Anglais forcent leur attaqueslesper- mis de sorties sont, àprésent, très raresdansnotrearmée
et,n'ayantpu
en obtenirun, aujourd'hui encore, le sous-lieutenant et moi, nous avons alors décidé de risquerun
grandmoyen.
. . .enfin.. ..quelque chose d'épatant.CuviLLiERS. (Surpris.) Ah!. ,. .et cequelque chose?. . .
.
Vergor.
{Repassant devant Rouvigny.)Ce
quelque chose, je vousl'avoue enfin, liejtenant, espérantque
vous nevous interposerez pasentre nous et notre projet.Comme
naturellement cette tourelle, où nous
sommes
actuellement, est la plus écartée dela garnison, nous avons penséque nouspourrionsfaci- lem(^nt endescendre—
aumoyen
d'une corde—
afin d'aller passer lasoiréeen compagnie de nosbelles .... voilà!.. .
.
RouviGNY. {même
jeu.)Par
conséquent,mon
lieutenant, laissez-nous [)asser, voulez- vous?. . ..
CuVILLIERS.
Jele regrette beaucoup,
mes
amis, mais je suis obligéde vous refuser, car, vous ne seriez pasaussitôt partis que, dans votrecham-
brée, votre absence serait vite remarquée. Alors votre
honneur
serait soupçonnéet lemien
avec, puisqu'on vous aidant,joserais aussi cou- pable que vous. Non, croyez-moi, Messieurs, il vautmieux
pourvous ne pas sortir ce soir, puisque vousêtesconsignésdansles murs. Allez, vousme
remercierezdemain, et vosfiancésne vous en aimerontque
davantage, vous verrez!. ...
Vergor.
. Puisse leCiel vousentendre!. ..
.
CuVILLIERS. {Présentant lamain.)
Donc, c'est sans rancune !.. .Vous savez,
mes
amis, je suis à vous pourtoute autre chose, mais pas pourceque
vous venez deme
-è5-
demander
là c'estimpossible ! .Vergor.
(Pressantlamain
quelui tendCuvilliers.)Au
faitvous avez raison, Cavilliers, notre intention étaitfolle.RouviGNY. (Même
jeu.)C'est vrai,lieutenant,nous allions
mal
agir, et nous voussommes
redevables pour nous rappeler àl'ordre si àpropos !
Vergor,
(Saluantet tournantà droite.) Ainsi, bonsoir,ami
Cuvilliers !.. ..
RouviGNY. (Même
jeu.) Oui, etbonne
nuit,mon
lieutenant !Cuvilliers. (Rendant lessaints.) Merci,
mes
amis. .. .au revoir !.. ..
SCENE V
Cuvilliers. (Seul, pensif.)
Franchement, là, ça
me
peine de ne pouvoir les obliger, mais en leurrendant ce service, ça pouvait certainement compromettre lesuccèsde
mon
propre projet, etcomme,
naturellement, charitébien ordonnée est decommencer
par soi-même, paraît-il !. .. .alors !. ...
(Changeant de ton.)
Avec
tout çama Léa
n'arrive toujourspas !.. . .{Regardant au-dessus du parapetgauche.) Je ne vois riensurla plaine {Regardant
du
côtéopposé.) et pas plusd'ombredu
côté de laville...
(Inquiet.) Mille tonnerres ! lui serait-il arrivé malheur, à cette chère petite
femme
?....(//retourneregarderàgauche.)Ah
! Léa. ...
si tu savais toute l'inquiétude que tu
me
causesen cemoment
(Onentendun
légercoupde siffletau-dehors.) Cuvilliers. (Joyeux : seprécipitant vers lefond.)Enfin, c'est elle!. . . .(Sepenchantau parapetet appelant.) Est-ce toi,
mignonne
?. . ..
Lea. (Voixsourde : toujours au-dehors.) .
Oui, oui chéri ;accroche vite l'échelle !. . ..
Cuvilliers.
Ça me
va !... .(Vivement,ilsortuneéchellede corde desbasques de sa tunique, et en agrippe alors,au
parapet, Vexlrémité où setrouve lescrampons ; après quoi,il la lance au-dehors.
Sur
ce, ildit :) Voilà qui—
26—
estfait !.. . .{Se penchant
au
parapet, etsurveillant les crampons del'échelle.) Maintenant, tu
peux
monter, toute belle, c'estsolide ..;..
{Instantde silence.)
Bon
!..comme
ça. . . .{Joyeux.)Ca
vabien !. .. .dans
une
seconde, tu es au port !. .. .(EmbrassantLéa
qui arriveàcemoment,
au sommet du
parapet.) Chèrepetitefemme
!.. . .SCÈNE VI
"CUVILLIERS
ET LeA,"
Lea. {Toujoursenlacée par Cuvillierset sautant prestement enscène, mais visiblementsurexcitée.)
Ah
!mon
Eugène, jesuisbien heureuse,moi
aussi,de te revoir..
{Elle porte le costume des bourgeoises de Vépoque.) Cuvilliers.
Tu
esbiengentille d'être venue,ma
Léa. Sais-tuque
jecommen-
çais à désespérer ?. .. .{S'apercevant de son trouble.) Mais qu'as-tu donc, chérie,
comme
tu trembles, serais-tu indisposée ?. .quelqu'un t'aurait-ilpoursuivie ?. . . .Lea. iyivement.)
Heureusement, non,
mon
ami, mais c'est que je suis indignéeau paroxisme, contre l'odieuxcomplotque
jeviensdesurprendre !. ...
Cuvilliers. {Inquiet.)
Comment
?. . . .qu'est-ce àdire?.. ..C'est doncbiengrave ?. .. .Lea. {Lentement.) Sigrave,
que
lesortdela colonie en dépend.Cuvilliers. {Anxieux.)
Hum
?. .quedis-tu ?. . . .Viens viteme
racontercela,mignonne.{Ilva s'appuyer
au
parapet gauche, et Léa, qu'il a entraînée avec lui, reste dans ses bras, dans une posetendre.)Lea.
{Même
jeu.)Eh
bien, Eugène, ce que j'ai àt'apprendre estun
terriblesecret que j'ai eulabonne
fortune de découvrir, sans doute, parune per- missionde Dieu !. ...
{Après
un
temps.)Apprends
donc quecomme
àla