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œ ix^ co Corriveau, J. Eugène Le secret des Plaines Abraham d ' ---"-^ -^ C\J

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(1)

œ

iX^

co ---"-^C\J-^

^

o

Corriveau,

J.

Eugène

Le secret des Plaines

d

'

Abraham

(2)
(3)

i=

*=7vC

PRO

PATRIA S/EPE,

PRO DEO SEMPER

Le Secret des

Plaines d'Abraham

Grand Drame Héroïque Canadien En quatre

(4)

actes

I

PAR

J.

EUGENE CORRIVEAU

MBMBR0 HONORAIRE DB

L'UNIOW

DRAMATIQDB DB QUBBBO

i

QUÉBEC

Impkîmbrie

DB "La Libre Parole"

1909

(4)
(5)

fioaool-

-

M^

IDEVISE

••P

RO

PATRIAS>EPE,

PRO

DEOSEMPER!..'

Le Secret des

Plaines d'Abraham

Grand Di'ûïi^e Héi'oîQ^^ G^padicp ep quatre (4) actes

PAR

J. EUGENE CORRIVEAU

MEMBRE HONORAIRE} DE LUNIOIÎX

DRAMATIQUE DE QUÉBEC

)

QUÉBEC y/ ^

Imprimerie de

"

La Libre Parole

" ^.^

1909

(6)

Enregistré conformément à l'acte du Parlement du Canada, par J. Euoène CoRRiVEAU, enl'annéemil neuf centneuf,au Bureau du Ministère de l'Airriculture à Ottawa.

L'Auteur de cethumble ouvrage entendréserver ses droits de représentation traductionoureproduction quelconque, bien conformément à l'actedu Parlement du

Canada,ainsi quepourtouslespays,ycomprislaSuèdeetlaNorvège.

PS

0.776/1

Ledroitdereprésenter cette piècedethéâtre sera accordé,avecplaisir,àquiconque voudrabienenfaire lademandeà l'Auteur, dontl'adresse setrouve endernière page.

(7)

M.

J.

EUGÈNE OORRIVEAU

(8)

^VAhlT-PTiOPOS

On

est

prié de prendre note que

ce

drame

n'est

" brodé " que sur des légendes à peu près méconnues jusqu à

ce

jour, mais

qu'il

n'en

est

peut-être

pas,

pour

cela, le

moins historique des autres

écrits

sur

ce sujet

Cependant, en considération de ma jeune expérience, je

n'ose le

présenter comme

tel,

préférant mieux

le

lancer simplement à

titre

d'œuvre patriotique,

tout

en

laissant,

naturellement, à nos vaillants

Historiens, le soin

de me

dire si

ma version

est

bonne ou mauvaise. Toute appréciation relativement sera reçue avec

plaisir et

obligera beaucoup.

L'AUTEU(R

(9)

PERSONNA G ES

MARQUIS

L. J. de

MONTCALM

: Général de l'Armée Française dans la Nouvelle-France. (48 ans.)

BARON

de

ST-LUC

: Capitaine-commandant sous "de

Montealm."

(même

âge.)

EUGÈNE CUVILLIERS

: Lieutenant dans la Milice Canadienne.

(21 ans etimberbe, portantses cheveux en bondes sur les épavles.)

CHEVALIER FRANÇOIS BIGOT

: Intendant de la Nouvelle- France, {âge

moyen

; typed'uneélégance audacieuse.) L.

VARIN

: Assistantde Bigot, {maigre etpâle.)

DE RAMESAY

:

Gouverneur

de Québec. {Têtede vieux notable.)

MONSEIGNEl^R

de

PONTHRIAND

:

Evêque-

de la Nouvelle- France. {Noblefigure surledéclin de Vâge.)

DOCTEUR. ARNOUX

-.Médecinde " Montealm. " {Agemoyen.)

HENRI VERGOR

: Officierdan^^ l'Année. (28 ans.)

CHARLES ROUMGNY

: Sergent,

ami

de Vergor. (25 ans)

CŒUR-PERCE

;

Grand

Chef Abénakis. {Age moyen.)

JAMES ^^'OLFE

: Général onchefdes troupes anglaises sur le St- Laurent. (28 ans.)

JOHN JARMS

: Colonel et intime

ami

de Wolfe. (35 ans.)

MONCKTON

: Général adjoint.

{Plm

vieux.)

TOWNSHEND

: Mênif» grade (juc Monckton. {Vieux.)

HOLMES

: Amiral enchef de la FlotteAnglaiseen Canada, {vieux.)

ROUS

: Capitaine

du

vaisseau de guerre : "

Royal

William.

"

{Vieux.)

HATFIELl)

: Lieutenant d'ordonnance. (25 ans.)

LEA

: Jeune Canadienne, épouse (hi lieutenant Cuvilliers. (20 ans.)

CLAIRE RING U ET

: Française, fiancéede Vergor. (25 ans.)

YVONNE MIRE.\U

:

Compagne

de Claire et fiancée de Rouvigny.

124 ans.)

Officiers des Etats-Majors, Françaiset Anglais, Soldats, Marins,

Ma-

telots,

Un

Iroquois,

D(ux

Porte-Drapeaux,

Un

Valet, Religieuses Urselines, Gentilshommeset

Dames.

Bourgeois et Bourgeoises.

(10)

SVNORSIS

Acte

I

— Une

odyssée

d'amour

surles

murs

de Québec.

Acte

ii

— A

bord

du

navire amiralanglais,

"Royal

William."

Acte m —

Près

du

poste de l'Anse-du-Foulon.

M

-^

Acte

iv

— Dans

Québec, chez le docteur Arnoux.

Tableau

de

Wolfe danslavisionde Montcalm, et la

mort

des

deux

vaillants généraux.

PCVIS

Les indications sont prises dedroite et gauche de l'Acteur, et les personnages sontinscrits, en têtedes scènes, d'aprèsl'ordre qu'ils occupent au théâtre ! Si

on

le désire, plusieurs rôles peuvent être

" doublés, "

même

facilement.

(11)

DEVISE

;

'PROPATRIASiCPE,

PRO

DEOSEMPER!.."

Le Secret

des

Plaines d'Abraham

Grand Drame héroïque canadien en quatre

(4)

actes.

PAR

J. Eugène Corrîveau

ACTE PREHIER

{Lascène représente lesommet d'un rempart.

Au

fond en guise de parapet, muraille crénelée de trois ou quatre pieds d'élévation, se bornant dansle lointain, par Vhorizon

du

ciel étoile.

A

droite, pre- mier plan, entréeset sorties régulières.

A

gauche, second plan, nou-

vellemuraille crénelée, mais

un

peu plus élevée que la précédente et

partant

du

fond pour venir se perdre dans la coulisse

du

premier plan dece

même

côté, cequi naturellement procure une autre entrée^

Une

capote et un mousquet y sont déposés

au

fond, près

du

parapet gaiiche, second plan.

Au

lever du rideau, crépuscule, puis durant Vacte la nuit vient, mais la lune se lève aussitôt, donnant à la scène

un

gai demi-jour: Vergor, Claire, Rouvigny et

Yvonne

sont jrrès

du

parapet

du

fond, causantensemble en regardant au dehors.)

(12)

8

-

SCENE PREMIERE.

"

Vergor,

Claire,

Rouvigny

et

Yvonne.

*

Claire. {Prenant de la scène, suivie des autres personnages.)

Le panorama

qui

émane

de ce point de vue est magnifique, Messieurs, et jevousavoue franchement

que

je ne regrette pas

du

tout

ma promenade

sur ceslégendaires remparts de Québec.

Yvonne.

Ni moi non

plus, Messieurs; aussi veuillez agréer nos plus sincè- res remerciements.

Vergor.

Ce

quinous récompense

au

centuple, Mademoiselle

Yvonne,

car, Je vous prie dele croire,tous les charmes de l'après-midi sont pour

vos

humbles

serviteurs.

Claire. (Souriante.)

Pourquoi nous complimenter de la sorte, Monsieur Vergor?...

Vous

êtes trop flatteur,

mon ami Rouvigny.

, Nullement, Melle Claire;

mon camarade

a mille fois raison, car,

qu'y a-t-ilde plusagréable pour nous

que

de se retrouver de nou- veau

après une si longue séparation

en compagnie de nos fidèleS

fiancées?. . Pris sur

ma

concience, il n'y a absolument rien pour nous causer

une

joie aussi immense!. . C'est tout naturel, d'ailleurs, et ça se résume en peu de mots;

mon ami

Vergor vous aime, Melle Claire, etmoi. .. .j'adore

Yvonne!

Claire. (Vivement.) Oui, oui, nous savons cela.

Vergor.

Méchante!. .. .vous n'aimez pasqu'on vous dise combien vous m'êtes précieuse?. .

Claire. (Rieuse.)

Si! Si!.. mais pastrop à l'air. ... ça pourrait s'éventer. . . .

Tous.] (Riant aussi.) Ah!.. Ah!..Ah!., quelle idée!.

.

Vergor.

Et

vous, Melle Yvonne, vousne dites rien sur ce i^jet?.

.

(13)

— D'-

Yvonne.

{Ingénue.)

Non

. . carje craindraistropd'avouer

que

ça

me

fait plaisir.

.

Claire. [Incrédule.) H0Î...H0!...

Vergor.

{A Claire.) Trèsbien, cette réponse!

RouviGNY.

{Joyeuxà Yvonne.)

Voilà qui est parlé ouvertement, par exemple!. .Tenez. . pour ça.. il faut que je vous embrasse....

Yvonne.

{Confuse. )

M,

Rouvigny

. .

.

RouviGNY.

{Rectifiant.)

La main

!.. (// la lui baise très respectueusement.) {A ce

moment

on entend le son d'un clairon éloigné.)

Claire. {Surprise.) Qu'est-ce donc?. . . .

Vergor.

(Tristement.)

Le

fatal signal!

Claire.

Que

voulez-vous dire,

M.

Vergor?

Vergor.

Hélas, Melle Claire, que c'(st là le terme de notre

bonluur

d'au- jounl'liui.

Yvonne.

Ah, je comprends, moi!. .. . vous voulez nous faire savoir

que

nous

sommes

renc.ues à l'instant

les visiteurs doiventf^(î retirer?. .

Rouvigny.

Précisénunt, Mille

Yvonne,

c'est liicn malheureux ]K,ur nors, croyez-le?. .

Claire. {A Vergor.)

En

ce cas,

mon

ami.... descendons!. . . . v(Aru'z-vous?

Vergor.

Il le faut bien. . . . {Tendant son 6ras

à

C/aiVe.)

Me

pennettez- V0U8?

(14)

10

Claire. {Prenantgracieusement lebras de Vergor.)

Avec

plaisir

(Ilsfont quelques pas vers lepremierplan à droite.)

RouviGNY. {Même

jeu avec Yvonne.)

Savez-vous, Mademoiselle,

que

la journée a été

beaucoup

trop courte pour

moi?

Yvonne.

Plaise àDieu!. . ellen'est pas encore finie,

M.

le sergent!.

.

Claire.

{S'arrêtantet s^adressant autantà Rouvigny qii'h Vergor.)

En

effet. . vous allez nous faire le plaisir de venir passer la soiréeen notre compagnie, Messieurs, car, voussavez, notre excellent maître

ce

bon

docteur

Arnoux

nous a autorisées à vous recevoir

chez lui.

Vergor.

Vraiment?.. Il est fort gentil!. . et, en retour, veuillez croire

que

si celanous est possible, ce sera avec grand empressement, Mes- demoiselles,

que

nous nous rendrons à votre aimable invi- tation.

Rouvigny

Sansdoute. . mais je crains bien,

moi

aussi,

que

la permission desortie soit

beaucoup

difficile àobtenir, car vous n'êtes pas sans savoirque depuis

que

la flotte

du

général Wolfe se ballade en face de laville, lesmilitaires ne peuvent presque plus avoirde congé.

.

Yvonne.

{Avec

humeur^

Ah! bien!. . il faut absolument que vous veniez. Je le veux, moi!.

.

Vergor.

{Souriant.)

Si nous n'avions

que

cela à dire au marquis de

Montcalm

pour obtenir notre permis de ce soir, vous pourriez

compter

sur nous..

.

Rouvigny.

Oui, maisici, c'est la discipline, et, avec ça,hum!, .on ne badine pasi

(15)

11

{A

ce moment, venant de gauche, bruitde voixet

murmure

de plusieurs rires.)

Vergor.

(Regardant dececôtéetsurpris:)

Tonnerre, voici le général et sonétat-major. .. filons vite!

(A

C^iVe.) Je vous enprie, Mademoiselle, venez!..

Cl.\^ire. (Lentemententraînée par Vergor.)

Pourquoi? ... je suppose qu'il ne

mange

pas les gens, votre général?.

.

RouviGNY.

(Voulant

emmener

Yvonne.)

Non!

maisil nous flanquerait

un

savon!.

.

Yvonne.

(Souriante.) Bah! çane salitpas, lesavon!.

.

RouviGNY.

Peut-être, maisje ne tiens pasà enuserpourle

moment.

Yvonne.

(Sortant avec Rouvigny à la suitede Claireetde Vergor.)

Vous

vous trouvez assez net?

RouviGNY.

(Mystérieusement.) Chut! Chut!Chut!. . (Ils sortenttous à droite.)

(Dès quelascèneest vide, unevoixcrie dans la coulisse gauche.) Gloireau marquis!. . Vive legénéral de Montcalm!.

.

SCENE

II

"

De montcalm, de

st-luc, cuvilliers,

de ramesay,

monsei-

gneur DE

PONTBRIAND,

DOCTEUR ARNOUX, ET

DES OFFICIERS

DE

l'etat-major.

Tous. (Entrant de gauche en entourant ,

Montcalm

joyeusement.)

Gloireau marquis!. . Vive le généralde Montcalm!.

.

De Montcalm.

(Emu.)

Merci, Messieu'*s, merci,

mes

braves. .. . oui,

du

plusprofond de

mon

cœur!. . Votre admiration

me

touchebeaucoup, et sans doute

elle

me

fait apprécierdavantage

ma

visite quotidienne sur les

murs

de notre cher Québec!. . Cependant,

mes

bons amis, il o.-^t de

mon

devoir de vous dire

que

je ne mérite guère la démonstration enthou-

(16)

-12 —

siaste

que

vousvoulez bien

me

faire ce soir, carla nouvelle victoire

que

nous venonsencore de remporterce matin par la petite escar-

mouche

(lu Cul-(le-Sac, n'est pas

du

tout

mon

œuvre.

Nous

la de- vons

uniquement

à la sagacité et à la vaillance

du

capitaine baron de St-Luc, aidé de notre jeune et

dévoué

lieutenantcanadien:

Eugène

Cuvilliers!.

.Evidemment,

j'enprofite pour lesciter tous

deux

à l'or- dre

du

jour!

Tous. (Gaiement.)

Vive de St-Lucet Cuvilliers!. . Gloire

aux

braves!. .. .

De

St-Luc.

Mon

cher marquis, vous êtes vraiment trop indulgent pour moi.

La

part

que

j'ai prise dans cette petite escarmouche est trop

minime

pour

que

vousdaigniez proclamer

mon nom

avec celui

du

lieutenant Cuvilliers. Je vous le dis en toute franchise, général, notre jeune officiercanadien estle seul auquel revient le mérite de cette victoire.

Tous.

{Même

jeu.)

Bravo! Cuvilliers. .. . bravo!.. .

.

Cuvilliers.

Décidément, Messieurs, le capitaine de St-

Luc

est en train de

me

poétiser.Je vous en prie,

mon

général, veuillez croire

que

je n'ai fait que toutnaturellement

mon

devoir.

De Montcalm.

Nous

savons

que

la modestie

du

lieutenant Cuvilliers estsans bornes

mais

elle n'empêchera pas legénéral de

Montcalm

de croireà l'exactitude des paroles élogieuses de

M.

de St-Luc à votre égard,

mon

jeune ami!. . Aussi, jevous offre, avec

un

vif plaisir,

mes

meil- leurs compliments!. .

Vous

vous êtes comporté en héros, c'est bien, et je n'ai qu'un regret, c'est de n'avoir, en ce

moment, aucune

médailleà vous décer- nerenfaible récompense.

Cuvilliers. {Confus.)

Mon

général., vous

me

comblez., et., je l'avoue, je ne sais trop

comment

vousexprimer

ma

reconnaissance....

(17)

13

Monseigneur de Pontbriand,

Vous

méritez ces flatteuses paroles, lieutenant, et ne cherchez

aucun

i)rétexte pour les repousser.

Le

général ne vous fait cet

honneur que comme

chose due, soyez-enpersuadé !. . N'est-ce pas aussi la colonie canadienne qu'il honoreen

même temps

en vous?. .

.

Songez,

mon

fils,

que

lesuccès

que

vous venez de remportersurl'en-

nemi

est réellement pour nous une belle petite victoire!.. Pensez donc, pas

même un

blessé dans nos rangs, cependant

que

la

mort

en afauché des centaines sur lesnavires et dans le

camp

anglais.

Le

général Wolfe doit être furieux,

un

teléchec, aprèsses

deux

malheu- reuses retraites de

Montmorency

et de Beauport. Savez-vouslieute- nant,

que

c'est

un

des plus

beaux

corps de ses troupeslégères

que

vous

lui avez fait sauter,

CUVILLIERS.

En

effet!..

Et

chose singuHère, c'est que,

mes compagnons

et moi, nous avons été assez heureux de nous en retirersains et saufs.

Docteur Arnoux.

Tellement tous sains et saufs, que moi, Messieurs, je n'ai absolument rienà faire en ce

moment.

C'est pourtanttout àfaitrare

en temps

de guerre, d'apercevoir

un

chirurgien

pouvant

se donner

les loisirsde se croiserpaisiblement lesbras.

De Montcalm.

C'est ce qui vous prouve,

mon bon

docteur Arnoux, que nos vaillants soldatsne se laissent pas fusiller facilement!.. Voilà juste ceque

me

faisait remarquer hier

M.

de

Ramesay.

De Ramesay.

Précisément, général!.. Je l'avouerai

même.

Messieurs, je suis surpris, presque, de constater, tous les jours, les prodiges de valeur qui s'exécutent, àchaque instant, par nos loyaux régiments, pour- tant si affamés et si dénués de tout le nécessaire possible, que les intrigants

du

pays, hélas, accaparent si odieusement!. . Il faut vraiment à nos

hommes, un

patriotisme qui n'est pas de cette épo- que.

(18)

14

De Montcalm.

Vous

l'avez dit,

M.

de

Ramesay,

laNouvelle-France,àcetteheure, est, parles

mœurs,

au-dessusde sa

mère

qui, hélas, selaisse gouver- nerpar la

Pompadour:

cettemisérable courtisanne qui n'est

bonne

qu'àporterla corruption partout

elle ose jeter les yeux. Voyez, Messieurs, ici

même,

l'intrigante a trouvé

moyen

de nous imposer

comme

intendant

du

Roi, ce Bigot,son favori, qui vient de je ne sais où, ce débauché qui, de concert avec ses complices, a ouvert, dans son château de Charlesbourg, la porte à tous les vices qui n'a- vaientencore, par bonheur, jamais

pu

entrer danslacolonie!. .Après

cela, n'est-cepas prodigieux, Messieurs, que, malgré tout, le peuple et l'armée se conservent ainsi, loyauxet religieux, n'osent pas

même

proférer

une

parole de reproche contre leur Souverain, lorsque cesministresinfâmes viennent, presqu'àchaquejour,lesdépouiller

du

bléqui leur reste, pourensuite le confisquer dansla " Friponne ", ce

magasin

des spoliateurs!

De Ramesay.

Bientapé, marquis;. . mais,

que

voulez- vous, cesgens sont très puissantset ontl'œil de la Cour,nous n'avonsdonc qu'à nous incli- ner!. . Moi,

comme

simple gouverneur de Québec, je ne puis naturel- lement rien faire contre eux, et, entre nous, on serait porté à croire

que mon

supérieur,

M.

de Vaudreuil, qui estrevêtu

du

titre de gou- verneur-général de la Nouvelle-France, pourrait d'un seul mot, s'il le voulait, arrêter les odieuses

manœuvres

de Bigot etcompagnie!. . Cependant, il n'enest rien, la néfaste influence de ces misérables s'étend

même

jusqu'àlui, etje vois chaque jour, malheureusemeat, cet excellent dignitaire, se renfermerdans

une

alarmante neutralité.

De Montcalm.

Hélas, je le sais, et

M.

de Vaudreuil, selon moi, devraitagiravec plus d'énergie envers ces pseudo-messieurs. Je comprends, évidem- ment, que c'est assezdifficile, maintenant qu'il s'est laissé tranquille-

ment

enlacerdans leur filet; nonobstant, il devraitbien se souvenir qu'il vaut

mieux

tard que jamais!. . . . {Changeant de ton.) Allons, Messieurs, laissons cela etdescendons, je vous prie, carle crépuscule

(19)

16

esttombé, et voici déjàlanuit qui vient nous envelopper de son voilemystérieux.

(A

deSt-Luc.) Veuillez donc, capitaine, faire placer lessentinelles!. . (Il va poursortiràdroite,imité parsa suite.)

CuviLLiERS. (Qui n'a pas bougé.)

Un

instant, s'il vous plaît,

mon

général. .J'ai une faveur à vous demander.

De Montcalm.

(Reprenantlascène imitéde sa suite.) Oui?. . et laquelle,

mon

ami?.

.

CuVILLIERS.

Je voudrais obtenirla permission d'être de garde sur cette tou-

relle!

(Mouvement

de surprise chez tous les personnages.)

De Montcalm.

Ah

bah!. . le lieutenant Cuvilliers veut se fairesentinelle. . mais, par

mon

épée!. . nous

sommes

donc

menacés

d'un grandpéril? .

.

Cuvilliers.

Oh

non, plaise à Dieu!

mon

général, ce n'est paspour cetterai- son, croyez-le, carje n'ai point la prétention de veiller, au poste,

mieux

que nos vaillants troupiers.

Ce

serait d'ailleurs une injustice àleur faire, à cesbraves, et personne ne laregretterait plusque moi.

De Montcalm.

Y

aurait-il alors indiscrétion àvous

demander

pourquoi prenez- vousainsi décision depasserlanuit ici?

Cuvilliers. (Embarrassé.) Oui.. et. .

non

.. général. . ça.

.

De

St-Luc.

En

vérité,vous posez làau philosophe,

mon

cher!. . Allons, ne prolongezpas notre martyre et laissez-nous connaître le motif devo- tre

demande,

car, sans doute, vous devez euavoir un, sice n'est plu- sieurs!. . Craignez-vous donc une nouvelle attaque, lieutenant?

Docteur Arnoux.

Est-ce l'inactivité de la flottede

Wolfe

qui vous inquiète?.

.

Monseigneur de Pontbriand.

Il est vrai

que

je ne m'explique pas

moi-même

pourquoi le gé- néral anglais persiste ainsi à resteren face des plaines

d'Abraham,

(20)

-16 —

sans

aucun

espoirde pouvoir enescaladerla falaise. Il

me semble

qu'ai)rès toutes les nombreuses pertes cju'il a subies depuis quelque temps, ilpourrait bien maintenant songer à lever l'ancre pour des

mondes

plus favorables à son armée.

De Montcalm.

Permettez-moi de vous dire

que

vous connaissez

mal

le général Wolfe, Monseigneur. Il est jeune dans le métier, c'est vrai, mais

c'est

un

vieux militaire enthéorie, et,

comme

tel, ila droit à toute notre considération. Non, croyez-moi,

M.

de Pontbriand, cet adver- sairene retournera jamaisenAngleterreavec sa défaite,car ila promis àson Roi de vaincreou de mourir. . et c

jmm

', naturellement, c'est

un

parfait gentilhomme, vous verrez,

Québec

sera à lui ou il

mourra

àla peine!.

.

Monseigneur de Pontbriand.

Bravo,

mon

fils, voilà quiest parlé en

homme

généreux. Je vois avec plaisir, qu'aussitôt après le combat, le

mot "ennemi"

n'existe plus pour vous.

Vous

avez le

cœur

d'un grandguerrier, général.

De Montcalm.

Je vous en prie, trêve de compliments. Monseigneur, je n'ai

exprimé que l'exactevérité envers le général Wolfe,

comme,

d'ail- leurs, tout soldat doit traiterson adversaire. . Je ne suis pas de ceuxqui ne voient pas lemérite

se trouve le vaincu.

De

St-Luc.

Et

vous avez cent fois raison, manjuis; il s'en trouve toujours trop qui sont aveugléspar l'espiitde parti!. . {Changeant de ton et

un

peuironique.) Mais, permettez, Messieurs, ceci nous fait oublier la

fameuse

demande du

lieutenant Cuvilliers. Il doit cependant brûler d'impatience de recevoir sanomination relativement.

CuviLLiERS. (Souriant.) Je l'avoue.

Tous. (Riant.) Trèsbien!. . trèsbien!.

.

(21)

17

De Montcalm.

Oh!. . pardon,

mon

ami, nous allions nousécarter

un

peu trop

du

sujet, mais, en retour,

comme

nous vous

sommes

redevablesd'un

manque

d'attention, nous vous accordonsvotreréquisition à l'instant sans

même

insistersurle motif quivous pousse à vouloirabsolument devenirdegarde ici cette nuit.

CuviLLiERS. (Avecjoie.)

Ah!. . veuillez croire,

mon

général, que je vous en suis recon- naissant.

De Montcalm.

{Irmnuard.)

Eh!. . fleurde lys!. . lieutenant, je présume, dans votre secret,

que

vous avezledésirtl'offrirbientôtà votrejeune

femme,

ladouceur d'embrasser

un

capitaine?. . Voyons. . là! avoaez-le!. . avouez-le!.

.

CuVlLLIERS.

Oh!. . Je n'oseraisjamais espérer

un

tel honneur,

mon

général. . etje vous le dis encore entoutefranchise, d'ailleurs, ce n'estpaspour gagner les épaulettes que j'ai voulu servirde sentinelle pour cette nuit.

*"""

De Montcalm.

Et quand

cela serait, votre raisonn'en pourrait être que plus louable.

Sou

venez-vous qu'il n'y a

que

quelques mois que vous êtesmarié,

mon

ami, et

que

vous n'étiez alors qu'un simple lieute-

nant

"ad

référendum"; c'est

donc

vous direque votre

avancement a

été rapide depuis votre début

comme

tel, à notre

mémorable

vie"

toire de Carillon!. .Pourquoivotreétoile ne secontinuerait-ellepas?.

.

CuVILLIERS.

Je laisse

humblement

la divine Providence exécuter son destin,

mon

général.. . Sans doute, jesuis certain qu'un grade de plus ne déplairait pas

du

tout à

ma

vaillante petite épouse,. . (Souriant.) mais, enattendant, je la

dédommage un

peu.. enlui prodiguant

mon

amour!

Tous. (Rian*.)

Ah! Ah!

Ah!. . le fat delieutenant! ....

(22)

18

De

St-Luc.

Sab

retache!.. vous êtes donc bienamoureux, jeune

homme?

CuviLLiERS. {Avecorgueil.)

J'aime

ma femme comme

elle le mérite,

commandant.

De

St-Luc. (Vivement.)

Diable!. . sij'avais

aimé

la

mienne

de cette manière-là, je crois qu'elle ne l'aurait pas été beaucoup.

CuviLLiERS. (Lentement.)

C'estque, voyez-vous,

commandant,

vousn'avez pasépousé

une

Canadienne!.

.

Tous. (Applaudissant.) Bravo, lieutenant.. . bravo!.. .

De Montcalm.

C'est ça,Cuvilliers, défendez votre

Dame,

car, je le sais, vous avez ledroit d'en être fier!. .Vous l'aimez beaucoup, c'est bien, et votre bravoure émane, sans doute, de ce chaste amour... . D'ailleurs, j'aitoujours eu lafermeconviction que lavaillance

cette vaillance qui, nous porte à effronter

un

péril si grandqu'il soit

prend sa

source, presqu'invariablement, dansle sincère amour, c'est ce qui la fortifie en l'élevant davantage vers lesactions nobles, phalanges

du

Bon,

du Beau

et

du

Vrai.

Docteur Arnoux.

Mes

féhcitations, général.... Il

me

fait plaisir de constater, encore

une

fois, que le

cœur

de

l'homme

n'a pas plus de secret pour vous

que

le défautd'une cuirasse.

De Montcalm.

Comme

Monseigneur de Pontbriaud, vous

me

flattez

beaucoup

trop pource

que

je lemérite, docteur

Arnoux;

je suis

un

peu obser- vateur, riende plus!.

.

Cuvilliers.

Je vous dois toutde

même

des remerciements,

mon

général, pour m'avoirsibien compris.

.

De

St-Luc.

Eh!

Ventre-de-Biche!. .

moi

aussi, je vous ai compris, lieute- nant.. ..Maisje ne voulais

m'empêcher

de

me

le faire croire à moi-

(23)

19

même.

Voyez-vous, souslesballes et la mitraille, nousvieillissons vite!

De Montcalm.

Allons, allons. Messieurs, jereviens à la charge. . encore

une

fois descendons!. . Il se fait déjà tardet nous avons plusieurs autres ins- pections àfaire. . ainsi, à votre poste, lieutenant Cuvilliers!

CuviLLiERS. (Saluant.)

A

vosordres,

mon

général!. .

De Montcalm.

Vous

ne craignez pasla froide température de cette nuit, Cuvil- liers?

Cuvilliers.

J'ai tout prévu,

mon

général. . (Montrant la capote et le motis- quet quisont

au

fond.) J'ai làune capote et

un

mousquet, pour le

cas

cela

me

serait nécessaire.. .

De Montcam.

Pour

sûr, vous êtes de précaution et vous n'avez pas oublié votre

temps

de service, lieutenant....(Tendant la

main

à Cuvilliers que celui-cipresse cordialement.) Donc,

bonne

nuit,

mon

ami!. . {Il sort àdroite suividesa suite.)

Tous. (Sortant joyeusement.) Oui, oui .... etbeau rêve. . disciple dela lune! ....

CUVILLLIERS.

Riez, riez, Messieurs, je nedonnerais pas

ma

nuit pour toutes vosrations de pain.

Monseigneur de Pontbriand.

(Sortantle dernier.)

Que

Dieu vousbénisse,

mon

fils... .

Cuvilliers. (S'inclinant.)

Mille remerciements pourvotre

bon

souhait , Monseigneur..

.

,

SCENE

III.

\

' Cuvillïer. (seuL)

Enfin,

me

voiciseul, je l'ai obtenu ce poste, mais, diable!. . ça

n'apas]été sanspeine. (Se frottant les

mains

de satisfaction.) Allons, maintenant, tout

va

à merveille, et jepourrai, certes! tout àl'heure

(24)

20

amplement me dédommager du temps

perdu. (Allant examiner de droiteàgauche.) Bon,....

comme

je le présumais, les camarades sont trop éloignés d'icipourvoir ce quipourrait. . s'y produire . . J'ai bien choisi

ma

place!.. {S'avançant surla scène, d'une manièreconfi- dentielle.)Cen'est paspeubanal...

un

rendez-vous

d'amour

surles

rem-

parts d'unecitadelle!. .(Riant.) Pouf!. . ça ferait tressaillir d'émotion tousceuxquise targuent de labossede laPoésie. (Changeantde ton etfrissonnant.) Brr!. . brr!. . brr!. . décidément, le Général avait rai- son, lanuit serafroide. (Il va prendre lacapotequi est

au

fondet se la passe.) Ah! voilà quiest bien, parexemple!. .(Prenant le mousquet.) Maintenant, faisonsles "cent pas"!. . (Il se promèneen suivant les murailles.) Oh!

comme

ceci

me

rappelle des souvenirs chers!.

.

Voix dans le

lointain:

(Ton

chantant.) Sentinelles!.. prenez garde à vous!.

.

D'autres

voix: (Se rapprochant.) Sentinelles!. . prenez garde àvous!.

.

CuviLLiERS.

(A

sontour, se tournantvers lagauehe.) Sentinelles!. . prenez garde àvous!. .

(Plusieurs voix serépondantdans la coulisseense perdantpeu à peu.)

CuviLLiERS. (Pensif.)

Que

peut donc fairecette chère Léa?. .voicidéjàlepremierappel passéetelle n'apas encore paru!..

Pourvu

qu'aucun malheur ne lui soitarrivé?.. (Changeantde ton.) Allons, pourquoi cette inquié- tude?. . Je suis fou, en vérité!. . (S'asseyant

au

fond, sur lebord

du

parapet.) Contemplonsplutôt cette belle lune. . qui a fortement l'air

de rirede

moi

. . et attendons paisiblement.

SCENE

IV.

" CuviLLiERS,

VeRGOR

ET

ROU

VIGNY."

Vergor.

(Entrant

au

premierplan, de droite, à pas de loup, suivi de Rouvigny,et, appelant CuvUliers quiregarde

du

côtéopposé.)

Pst!. . pst!. . Camarade!. . Camarade!.

.

(25)

îl

CuviLLiERS. (Contrarié.)

Quelqu'un !....

La

pestesoit"des importuns ! . .{Seretournanten laissantsa place, surpris:) Tiens. .maisc'est vous, sous-lieutenant Vergor ?..et voas. .sergent

Rouvigny

?. . ..Palsembleu !que venez- vous faire icien ce

moment

?.

.

Vergor.

(Très troublé.)

En

effet. .. .cher ami. .. .c'est. . . .c'est nous !. . ..Nous venions juste. . . .mille pardons de vous avoir dérangé.. . .c'est que, voyez- vous, nous ne pensions pas

du

tout

vous

rencontrer àce poste !. . .

.

CuVILLIERS.

Eh

! Fleur-de-lys !.. . .riende plus simple !. . . .Histoire de res- pirer

un

peu le

parfum

quise dégage de cette belle nuit, je

me

suis fait

nommer

sentinelle, voilà tout!....

A

propos, ditesdonc,

mes

gaillards, mais puisque ce n'est pas

moi que

vous désiriez rencontrer

ici. .. .il

y

a donc anguille sous roche ?. . . .{Souriant.)

Ha

!

Ha

!

Ha

!. .. .mesvieux!.. .je crois

que

vousaviez rintention,d'allerfaire l'école buissonnière, hein ?.. . .mais paf !....au

beau moment

....

pinces !. .. .

Rouvigny.

{Gracieux.)

Ah

! mais vous n'y êtes pas tout à fait,

mon

lieutenant !. . .

.

CuVILLIERS.

Comment

?. . . .c'est donc autre chose?.. . .

Rouvigny.

(A part.) Bigre !....j'ai tropparlé !. . ..

Vergor.

{Donnant, à ladérobée,

un

coupde pieddans

le "bas-fond" de Rouvigny.)

Benêt !. .. .

Animal

!....(A Ctimlliers.) C'est-à-tUre, lieutenant ce n'est pas cela, sansl'être, tout enl'étant. . . .{Redevenant troublé."^

car, si (,'a l'était. . . .sans l'être. . .

.dame

?. . . .

Rouvigny.

{Passant devant Vergor.)

Insensé !. .tu bafouilles \. . . .{A Cuvilliers.)

Pardon

d'interrom- preainsi, mais

mon

sous-lieutenant veut vousdire. .. .que. .{Cher- chant.) que. . . .que. . .

.

(26)

22

CuviLLiERS. (Souriant.)

Que

vous ne savez pas trop quoidire, ni l'un ni l'autre,n'est-ce pas ?. . .

.

RouviGNY

ET

Vergor.

(Vivementetensemble.) Précisément !.. .

.

Cuvilliers. (Riantàgorge déployée.) . <

Ah

!.. .

.Ah

!.. .

.Ah

! c'est très fort !. . . .

Vergor,

(A Rouvigny, désolé.) Quelle gaffe !. ..

.

Rouvigny. (Même

jeu, et vice versa.) Quelle bouillie !. .. .patatras !. ..

.

Vergor.

Ouf

!. . ..

comme

j'ai

chaud

!. . . .

Rouvigny.

.

Et moi

donc ?. .. .

Cuvilliers. (Continuantàrire.)

Voilàd'excellentes raisons et je suis

charmé

devotre visite, Mes-

sieurs.Cependant,veuillez croire qu'ellea suffisammentduré. . ..pour vous ?. .Par conséquent, je vous en prie, retournez à vos casernes respectives, si, naturellement, vousêtesconsignésà couchercette nuit dansles

mure

!. .Jecrois que c'est ceque vous avez de

mieux

à faire.

Vergor.

(Saluant.) Bien, lieutenant!. ..

.

Rouvigny. (Même

jeu.)

Oui,

mon

lieutenant !. .. .

(Court silencedurant lequel personne nebouge.) Cuvilliers. ( S'apercevant qu'ilssont toujours là.)

Dites donc,

mes

vieux,

m

'avez-vous entendu ?.... Etes-vous sourds ?. . .

.

Vergor.

(Embarrassé.)

Ah

! non,

mon

heutenant, mais c'est que. . . .je voudrais bien rester encore quelquesinstants, .ici. . . .afin de vous expliquer. .. .si Claire,

ma

(27)

23

CuviLLiERS. {L'interrompant.)

Vous

ne pourrez rien

me

direde plus clair !.. .

.

Vehigor. (Rigolant.)

!.. .

.Hé

!. ..

!.. . très bien ... .Je vois avec plaisir

que

vousm'êtes pasennemi de la plaisanterie, lieutenant, et ôeci m'en- courage.. . .carje crois que nous pourrionsnous entendre. . .

.

CuviLLiERS. (Surpris.) Qu'est-ce

donc

?. . .

.

RouviGNY,

(Avec importance.)

Oh

! pas grand'chose....

Vergor.

(Pa-ssant devant Rouvigny.)

Mais,tais-toi donc,toi !... .(ACuviUiers.) Voicicedontil s'agit,

mon

lieutenant, ayant pleine confiance envotre discrétion. (Amicale- ment.)

Vous

savez, je prends respectueusementlaliberté de vouspar- ler

comme

à

un camarade

?.. .

.

CuviLLiERS.

Vous

avez pu voir,Vergor, que jevous ai toujours laissébannir

ladiscipline entre nous. Ainsi parlez sans crainte !.. . .

Vergor.

Eh

bien, figurez-vous donc, lieutenant,qu'il

y

adéjà prèsdetrois ansque

mon ami Rouvigny

et

moi

nous avons quittéVersailles,

Or

là, très malheureusement, nous y laissions alors les

deux

plus belles demoiselles que nous avions encore rencontréesdansnotrevie si

mou- vementée

à ses débuts. Naturellement, avantnotre départ, nous nous fiançâmes, et ceschères idoles nous pleurèrent, sans doute, fort long- temps, juis finirent/ évidenmient, par prendre

une

grave décision, parce qu'avant-hier,.sans

tambour

ni trompette, nous avions l'agréa- ble surprisede lesrencontrerencette ville.

Vous

vous imaginez très facilement,

mon

ami, notrejoie àtous !.. . .Charleset moi, apprîmes alors

que

ces

dames

étaient au pays depuis

un

mois déjà, et qu'elles

y

vivaient fort

conv

enablement enqualitéd.ç servantes chez le doc- teur

Amoux

de !. .. .proposition de "rendez-vous", etc. etc.

Pour

piquerau pluscourt, ces charmantesfiancéessontvenues visiter

(28)

les remparts,cet après-midi, et, en retour, elles nous ont fait Vhoti- neur d'une invitation pource soir.

RouviGNY.

{Passant devantVergor.)

Mais

comme

depuis

que

les Anglais forcent leur attaqueslesper- mis de sorties sont, àprésent, très raresdansnotre

armée

et,n'ayant

pu

en obtenirun, aujourd'hui encore, le sous-lieutenant et moi, nous avons alors décidé de risquer

un

grand

moyen.

. . .enfin.. ..quelque chose d'épatant.

CuviLLiERS. (Surpris.) Ah!. ,. .et cequelque chose?. . .

.

Vergor.

{Repassant devant Rouvigny.)

Ce

quelque chose, je vousl'avoue enfin, liejtenant, espérant

que

vous nevous interposerez pasentre nous et notre projet.

Comme

naturellement cette tourelle, où nous

sommes

actuellement, est la plus écartée dela garnison, nous avons penséque nouspourrionsfaci- lem(^nt endescendre

au

moyen

d'une corde

afin d'aller passer la

soiréeen compagnie de nosbelles .... voilà!.. .

.

RouviGNY. {même

jeu.)

Par

conséquent,

mon

lieutenant, laissez-nous [)asser, voulez- vous?. . .

.

CuVILLIERS.

Jele regrette beaucoup,

mes

amis, mais je suis obligéde vous refuser, car, vous ne seriez pasaussitôt partis que, dans votre

cham-

brée, votre absence serait vite remarquée. Alors votre

honneur

serait soupçonnéet le

mien

avec, puisqu'on vous aidant,joserais aussi cou- pable que vous. Non, croyez-moi, Messieurs, il vaut

mieux

pourvous ne pas sortir ce soir, puisque vousêtesconsignésdansles murs. Allez, vous

me

remercierezdemain, et vosfiancésne vous en aimeront

que

davantage, vous verrez!. ..

.

Vergor.

. Puisse leCiel vousentendre!. ..

.

CuVILLIERS. {Présentant lamain.)

Donc, c'est sans rancune !.. .Vous savez,

mes

amis, je suis à vous pourtoute autre chose, mais pas pource

que

vous venez de

me

(29)

-è5-

demander

c'estimpossible ! .

Vergor.

(Pressantla

main

quelui tendCuvilliers.)

Au

faitvous avez raison, Cavilliers, notre intention étaitfolle.

RouviGNY. (Même

jeu.)

C'est vrai,lieutenant,nous allions

mal

agir, et nous vous

sommes

redevables pour nous rappeler àl'ordre si àpropos !

Vergor,

(Saluantet tournantà droite.) Ainsi, bonsoir,

ami

Cuvilliers !.. .

.

RouviGNY. (Même

jeu.) Oui, et

bonne

nuit,

mon

lieutenant !

Cuvilliers. (Rendant lessaints.) Merci,

mes

amis. .. .au revoir !.. .

.

SCENE V

Cuvilliers. (Seul, pensif.)

Franchement, là, ça

me

peine de ne pouvoir les obliger, mais en leurrendant ce service, ça pouvait certainement compromettre le

succèsde

mon

propre projet, et

comme,

naturellement, charitébien ordonnée est de

commencer

par soi-même, paraît-il !. .. .alors !. ..

.

(Changeant de ton.)

Avec

tout ça

ma Léa

n'arrive toujourspas !.. . .

{Regardant au-dessus du parapetgauche.) Je ne vois riensurla plaine {Regardant

du

côtéopposé.) et pas plusd'ombre

du

côté de laville..

.

(Inquiet.) Mille tonnerres ! lui serait-il arrivé malheur, à cette chère petite

femme

?....(//retourneregarderàgauche.)

Ah

! Léa. ..

.

si tu savais toute l'inquiétude que tu

me

causesen ce

moment

(Onentend

un

légercoupde siffletau-dehors.) Cuvilliers. (Joyeux : seprécipitant vers lefond.)

Enfin, c'est elle!. . . .(Sepenchantau parapetet appelant.) Est-ce toi,

mignonne

?. . .

.

Lea. (Voixsourde : toujours au-dehors.) .

Oui, oui chéri ;accroche vite l'échelle !. . ..

Cuvilliers.

Ça me

va !... .(Vivement,ilsortuneéchellede corde desbasques de sa tunique, et en agrippe alors,

au

parapet, Vexlrémité où setrouve les

crampons ; après quoi,il la lance au-dehors.

Sur

ce, ildit :) Voilà qui

(30)

26

estfait !.. . .{Se penchant

au

parapet, etsurveillant les crampons de

l'échelle.) Maintenant, tu

peux

monter, toute belle, c'estsolide ..;.

.

{Instantde silence.)

Bon

!.

.comme

ça. . . .{Joyeux.)

Ca

vabien !. .. .

dans

une

seconde, tu es au port !. .. .(Embrassant

Léa

qui arriveàce

moment,

au sommet du

parapet.) Chèrepetite

femme

!.. . .

SCÈNE VI

"CUVILLIERS

ET LeA,"

Lea. {Toujoursenlacée par Cuvillierset sautant prestement enscène, mais visiblementsurexcitée.)

Ah

!

mon

Eugène, jesuisbien heureuse,

moi

aussi,de te revoir.

.

{Elle porte le costume des bourgeoises de Vépoque.) Cuvilliers.

Tu

esbiengentille d'être venue,

ma

Léa. Sais-tu

que

je

commen-

çais à désespérer ?. .. .{S'apercevant de son trouble.) Mais qu'as-tu donc, chérie,

comme

tu trembles, serais-tu indisposée ?. .quelqu'un t'aurait-ilpoursuivie ?. . . .

Lea. iyivement.)

Heureusement, non,

mon

ami, mais c'est que je suis indignéeau paroxisme, contre l'odieuxcomplot

que

jeviensdesurprendre !. ..

.

Cuvilliers. {Inquiet.)

Comment

?. . . .qu'est-ce àdire?.. ..C'est doncbiengrave ?. .. .

Lea. {Lentement.) Sigrave,

que

lesortdela colonie en dépend.

Cuvilliers. {Anxieux.)

Hum

?. .quedis-tu ?. . . .Viens vite

me

racontercela,mignonne.

{Ilva s'appuyer

au

parapet gauche, et Léa, qu'il a entraînée avec lui, reste dans ses bras, dans une posetendre.)

Lea.

{Même

jeu.)

Eh

bien, Eugène, ce que j'ai àt'apprendre est

un

terriblesecret que j'ai eula

bonne

fortune de découvrir, sans doute, parune per- missionde Dieu !. ..

.

{Après

un

temps.)

Apprends

donc que

comme

à

la

tombée

de la nuit, je

me

disposais à venir te rejoindre ici, chéri, j'ai fait larencontre,danslacôte delà basse-ville,de

deux

individus enveloppés de largescapotes, etayant la figure presqu'entièrement

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