LES SUBSTANCES ACTIVES SUR
LECOMPORTEMENT
AL’INTÉRIEUR
DE LARUCHE
Rémy CHAUVIN
Station de Recherches
Apicoles,
Bures sur Yvette.La
conception
de la ruche commesuperorganisme, qui s’impose
sou-vent à l’observateur presque
malgré lui,
ne s’estguère
révéléejusqu’à présent
comme « utilisable » c’est-à-direqu’elle
n’a passuggéré
beau-coup
d’expériences.
Apeine
aurait-on osé penserjadis
que ce « superor-ganisme
»possédait
une circulation trèsintense, qui évoque
enplus
d’unendroit celle dont est le
siège
notresystème
artériel ou veineux. Mais NixoN et RIBBANDS
( 1951 )
ont montréqu’il
suffisait de distribuer à six abeilles d’un groupe de io ooo à 15 ooo un peu dephosphore
radioactifpour que 70 p. 100 des membres de la colonie en contiennent 24 heures
après.
Onjuge
àquel point l’échange
de nourriture(activité quasi
essen-tielle des abeilles dans la
ruche)
doit être actif pour que larépartition
duradioisotope
se fasse aussirapidement.
Les choses en étaient làlorsque
PAIN découvrit que les cadavres de reine
inhibaient,
aussi bienque la
reine
vivante,
ledévelo!!ement
des ovaires desouvrières ;
BUTLIER prouva à peuprès
en mêmetemps
que ledéveloppement
des cellulesroyales
étaitsous la
dépendance
d’une substancetégumentaire
de la reine léchée par les ouvrières.C’est là
l’expérience
crucialequi
amarqué
ledépart
des recherchesd’hormonologie
chez les abeilles.Hormonologie
assezparticulière, puisque
les substances en causequittent
le corps et sont véhiculées d’indi- vidu à individu par le canal deséchanges
nutritifs. C’estpourquoi
ilvaut mieux les
désigner
par un nomspécial
« ectohormones » ou mieux«phérormones
«, comme leproposent
BuT!w:!rrnT et KAR!,sorr.En
effet, l’expérience
des reines mortesoblige
à admettre que le sti!ulusqui provoque
lesmodifications précitées
est de naturechimique.
On savait
déjà,
à vraidire, depuis
les recherches de HESS( 1942 )
que siles abeilles
peuvent
entrer en contactcorporel
avec lareine,
ellesgardent
de
petits ovaires ;
mais si deuxgrilles espacées
d’un centimètre les enséparent,
alors les ovairesgrossissent :
une seulegrille
par contrepermet
les contacts et on ne voit pas alors de
signe d’orphelinage
dans la ruche.Donc
quelque
chose passe de la reine aux ouvrièresqui
n’est pas seule- ment l’odeur(elle
traverserait les deuxgrilles) ;
etdepuis
lesexpériences
de PAIN et BUTLER nous savons que ce «
quelque
chose », cettephéror-
mone, se
transmet
parléchage
ouéchange
de nourriture etqu’elle
esttrès stable
(elle
existe encore sur des reines conservées en collectiondepuis
trois ans,d’après PAIN).
Ce terme de
phérormone,
nouveau enbiologie
del’insecte,
vient d’êtreparfaitement
défini par KaRr,sorr dans une revue récente(ig6o).
Il
s’applique
à toutes les substancesqui
sont émises à l’extérieur d’un individu et reçues par un autre individu de la mêmeespèce,
chezlequel
elles
produisent
une réactionspécifique ;
ellesagissent
enquantité
minime. Nous sommes
parfaitement
d’accord avec le termequi
doitremplacer
celuid’ectohormone,
d’abordemployé
par BETHE(r 93 2)
etassez mal chosi. Mais à propos des abeilles tout au
moins,
il nousparaît déjà
nécessaire defragmenter
lesphérormones
en deux groupes, où se classent des substances dont l’action estopposée,
etqu’il
ne serait sansdoute pas raisonnable de laisser sous la même
dénomination ;
nousappelle-
rons
donc, parmi
lesphérormones épag l ’nes (voir plus loin)
les substances de reconnaissance ou defamiliarisation,
etré!utsines
cellesqui
induisentl’alarme, la fuite ou le combat. Comme KARUONle
f ait j ustement
remarquerce serait à tort que l’on
classerait,
àl’exemple
de BETHE, même les sub-stances attractives
d’origine végétale parmi
lesphérormones ;
c’estpourquoi je proposerais
que lepollen,
lapropolis
ou les nectars,qui
attirent vive- ment les abeilles soientdésignés
sous le nom d’allectines(voir plus loin) ; je
ne traiterai d’ailleurs pas ici de ce dernier groupe de substances.Effets de la
phérormone.
La
phérormone
des reines mortes a les mêmes effets que laphéror-
mone des reines vivantes. Dans
beaucoup
de cas, un extrait de reinepeut remplacer
un cadavre de reine.Action sur les cellules royales.
Test de Butler. - Il consiste à introduire au milieu de 200 ou 300 abeilles conservées à l’étude et
orphelines depuis quelques
heures unfragment
de cadre de couvainfrais ;
dans ce cas, elles commencent à ébaucher des cellulesroyales ;
si onp;que
alors sur le cadre un cadavred’ouvrière enduit de miel et sur
lequel
on adéposé
de laphérormone,
les abeilles viennent le
lécher ;
alors les cellulesroyales
ne sedéveloppent
pas
(B UTLER
etGIBBONS, 195 8).
Test de Vuillaume. - Il
porte
sur l’inhibition immédiate des cellulesroyales,
alorsqu’on pourrait
dire que le test de BUTLER a pourobjet
l’inhibition médiate : VUILLAU!IE
greffe
desjeunes
larves dans descupules
de verre, que les abeilles d’une ruche
orpheline
transforment très facile- ment en cellulesroyales
en lesprolongeant
d’un tube de cire. S’il badi- geonne aupréalable
lescupules
d’une solution très étendue dephérormone,
les abeilles abandonnent les
cupules,
alors que lescupules
témoins sontacceptées
sans difficulté(V’LWt,!u!z!, 1957).
Degré
despécificité
de la yéactiou d’izahibitiou des cellulesroyales.
-Dans une note très récente
( 1959 )
BUTLER, CALLOW etJoHrrsTOrr
disent avoir isolé à l’état pur laphérormone
de la reine. Pourcela,
ils ont extrait desglandes
mandibulaires de la reine(nous
verrons que c’est là en effetque s’amasse la
phérormone)
une substancequi
s’est révéléeaprès chromatographie
comme voisine de l’acidedécénoïque
isolé par BUTE-rrawDr dans la
gelée royale ;
elle n’en différerait que par un groupe car-bonyle
nonconjugué.
Ce corpsprésenté
aux abeilles suivant le test de BUTLER
,
inhibe
la construction des cellulesroyales.
S’ensuit-il pour celaqu’il s’agisse
de toute laPhérormone?
Certainement pas, mais toutau
plus
d’une de ses composantes. En effet :a)
Nous verrons dans un moment que laphérormone
de la reine n’est passimple,
mais que c’est unmélange
deplusieurs
corps : au moins deux(si
ce n’esttrois),
l’un inhibiteur des cellulesroyales
mais nonattractif pour les
abeilles ;
l’autre certainement différent dupremier,
fortement
attractif, qui
inhibeprobablement
lesovaires ;
mais nous nesavons pas s’il inhibe la construction des cellules
royales (et
ce deuxièmecorps est lui-même
complexe).
Il est vrai que le test de BUTLER le met dansl’impossibilité
de rechercher une attractivitééventuelle, puisque
detoute
façon
les abeilles iront lécher le cadavre enduit de miel de leurcongénère.
b)
La réaction d’inhibition des cellulesroyales
tout au moinsdans le test de VUIILAUME, n’est pas
spécifique ;
on nepeut
la déclencheravec des résines banales comme la
colophane,
mais on y arrive très bienavec la
propolis,
ou même avec l’extraitalcoolique
debourgeons
depeuplier (qui présente
avec lapropolis
toutes sortes derapports).
Action attractive.
Test de Pain. - Les abeilles du même
âge,
écloses à l’étuvedepuis 4
8
heures sont élevées dans unecagette type
I,iebefeld. On leurprésente
sur le
plancher
de lacagette
des solutions aux concentrations connuesde
phérormone.I,es
abeilles s’abattent sur lepapier
et y restent en cher-chant à le
lécher,
et en ventilantparfois.
Oncompte
toutes les 30 secondespendant
5 minutes le nombre d’abeilles sur lepapier
et on en fait lamoyenne.
Action sur le développement ovarien.
Test de Pain. - 55 à 60
jeunes
abeilles écloses à l’étuve sont intro-duites dans une
cagette
duI,iebefeld,
nourries avec du candi et dupollen,
les deux substances étant
présentées séparément.
Lepollen
estmélangé
d’un peu de miel. On fournit de l’eau comme boisson. Les substances à essayer
(du type
de laphérormone)
sontdéposées
sur des bandes depapier auprès
descupules
àpollen
dans lacagette.
Les abeilles sont dissé-quées
au bout de 10jours
et leurdegré
dedéveloppement
ovarien évalué suivant latechnique
de HESS modifiée par PAIN(z 959 ).
Il suit de là que seules les substances attractivespeuvent
provoquer une inhibitionovarienne,
car il faut que les abeilles s’intéressent aux bandes depapier ;
or, rien ne les y
attire,
saufprécisément
laphérormone.
Action sur la construction.
Test de Davchen. - 50
(ou
mieux100 ) jeunes
abeilles sont intro-duites dans une cage d’un volume double de celles du
I,iebefeld,
sansque l’on y
place
comme d’habitude un morceau de cire ou de rayon.On les nourrit abondamment au miel et on mesure par
pesée
laquantité
de cire
produite
par les abeilles etfaçonnée
en rayons(ne
pas confondreavec les écailles de cire non
façonnées qui peuvent
tomber del’abdomen,
ni avecl’étirage
de la ciregaufrée ;
ils’agit
ici de constructionvéritable,
avec réalisation d’un rayon
plus
ou moinsdéveloppé).
La surface bâtie est nulle dans ces conditions tantqu’une
reine ne se trouve pas dans la cage ; elle est assezgrande
enprésence
d’une reine morteposée
sur leplancher
de la cage ; ou encore si l’on a
placé
dans lacagette
200 ouvrières pon- deuses(orphelines depuis longtemps).
J’ajouterai
que cette liste de tests n’est nullement exhaustive. Il est sûr que la reine ou saphérormone
exercent sur l’ensemble des ou-vrières bien d’autres influences que nous ne savons pas encore mesurer.
Localisation de la
phérormone.
Depuis
très peu detemps
etgrâce
aux recherches de BuT!,ER nous savons que laphérormone
estproduite
ouentreposée
dans laglande
mandibulaire des reines. Elle est
répandue
de là sur letégument,
soit dufait que la reine se lèche
elle-même,
soit du faitqu’elle
distribue de l’ecto-hormone aux abeilles et que celles-ci en léchant la reine en
régurgitent
quelque
peu et en enduisent sontégument.
De toutefaçon
cette localisa-tion nous
explique pourquoi
la tête des reines avait été trouvéeplus
active par BUTLER et par PAIN. PAIN a montré d’autre
part
que laglande
mandibulaire des reines attirait très vivement les ouvrières. C’est le seul organe isolé de la reine( à part
letégument) qui soit attractive ;
la
glande
mandibulaire d’ouvrière ne l’est pas.Vature
chimique
de laphérormone.
La
phérormone
est une substancecomplexe ;
sespropriétés
sontcertainement dues à un
mélange.
Pourl’extraire,
PAIN et BARBIER(ig6o)
écrasent des reines au
mixer, puis
extraient lapâte jusqu’à épuisement
par le butanol
tertiaire,
à unetempérature
de40 0 .
Les extraits filtrés et concentrés sous vide sontrepris plusieurs
fois par l’acétone chaude.La
partie
soluble dans l’acétone est ensuiteséparée
en acides et en neutrespar le carbonate de soude. La fraction acide contient le maximum de
principes
actifs. On soumet cette fraction à la distillation moléculaire et l’onsépare
lapartie qui
passe vers9° 0
sous o,oi mm. Mais cette dernière fractionchromatographiée
donne toute une série de zonesdont ch.acune
pvise
isolément est inactive(au
test d’attraction dePAIN).
Seul le
mélange
de deux etpeut-être
trois fractions se révèle attractif.L’attractivité résulte donc du
mélange
deplusieurs
fractions déterminées.Le cas est d’ailleurs assez banal en
physiologie ;
et enparticulier
lesspécialistes
ducomportement n’ignorent
pas que sibeaucoup
de substances pures attirent lesinsectes,
il faut très souvent unmélange
pour obtenir le maximum d’effet : ainsi lesMoustiques
sont attirés vers les Vertébrés à sang chaud par la vapeur d’eauprovenant
de latranspiration,
par le gazcarbonique expiré
et aussi par certaines substances odorantes du sang(R AHM
, 195 6).
La cortico-surrénale ne sécrète pasqu’un
seul cétosté-roïde,
mais unetrentaine,
et leurs fonctionsapparaissent
dans certainscas comme
synergiques,
etc.Pour isoler ce
qu’ils appellent
« la» phérormone
desglandes
mandibu-laires de la reine
(mais
nous avons vu que c’est seulement un de ses consti-tuants)
BUTLER,CALLowetJ OHNSTON(1959) épuisentlesglandesparl’alcool
bouillant
pendant quatre heures ;
le résidu del’évaporation
de l’alcoolest
repris
par l’éther et l’eau et la couche aqueuse extraite parl’éther ;
l’extrait éthéré est soumis au
partage après évaporation,
entre l’éthanolaqueux à 50 p. 100 et l’éther de
pétrole.
Leproduit
actif reste dansl’éthanol
qu’on
lave bien avec l’éther depétrole ;
on sèche le résidu del’éthanol aqueux, on met en solution dans l’éther
qu’on
lave à l’aide de soude normale. L’extrait alcalin est saturé de gazcarbonique,
extraitpar l’éther à nouveau,
acidulé, repris
encore par l’éther. La fraction laplus
acide estséparée
en deux parchromatographie
surpapier (phase
stationnaire méthanol aqueux
3 ; r, phase
mobiletoluène).
La fraction deR, #
o,5 estséparée
et éluée par le méthanol. La fraction éthéro soluble de l’extrait est extraite par untampon phosphatique
àpH 8, 3 ;
on acidifieensuite le
tampon
et onl’épuise
par l’éther. On obtient dans ces condi- tions un corps cristallisé fondant à 45-50°,qui
se trouve être un acide«;3-
insaturé avec un groupecarbonyle
nonconjugué
d’unpoids
molécu-laire de 190, avec trois bandes
caractéristiques
dansl’infra-rouge (dans KCI)
à 1709,1 68 9 , i6 43 .
L’acidedécénoïque
de lagelée royale
d’abordisolé par BuT!rre!DT et REMBOEDT
( 1957 ) puis
par BARKEP, POSTER I,aM
n et HODGSON
( 1959 )
n’a pas de groupecarbonyle
nonconjugué
etprésente
des bandes dansl’infra-rouge
à 1710 etr66 7
cm-1 notamment.Mais l’acide
décénoïque
lui-même ou la fractionqui
contient son dérivéavec un groupe
carbonyle
nonconjugué
ont tous deux étéessayés
par le test de PAIN et sontdépourvus
depouvoir
attractif.Rapports
de laphérormonc
avec d’antres substances.D’après
leparagraphe précédent,
on a vu que laparenté
d’unedes
fractions
constitutives de laphérormone
avec l’acideIO-OXY-!2 décénoïque
de lagelée royale
a été démontrée par BrTt,rR et ses colla- borateurs. Cet acide a ététrouvé,
pour lapremière
fois dans la nature, par BUTENANDT et REMBOEDT dans lagelée royale.
Il ne se rencontre que dans lagelée
mais ni dans le nectar ni dans lepollen (dans lequel
existesans doute un de ses
précurseurs).
Il n’estproduit d’après
BARKERF OS TE
R LAMB et HoDGSOV
( 1959 )
que dans lesglandes
mandibulaires de l’ouvrière et ne se trouve pas dans les extraits des autresglandes.
Isolement de l’acide à partir des glandes mandibulaires. - Les
glandes
reçues dans l’alcool sont
épuisées
par l’éther. Les extraitsalcooliques
etéthérés sont concentrés
puis chromatographiés
surpapier
enprésence
d’alcool
amylique
et d’acideformique 5 M.
:! l’aide du rouge de chloro-phénol,
on met en évidence sur les bandes une composante acide deF
F o,88 identique
à l’acidedécénoïque.
Laprésence
de cet acide estconfirmée par
ionophorétogramme (suivant F OSTER , I g 52 )
et par iono-phorèse.
Double origine de la gelée royale. - On
croyait jusqu’ici
que la nourritureroyale provenait uniquement
desglandes pharyngiennes
del’ouvrière,
et que parconséquent
l’acided.écénoïque
devait en veniraussi. Il est vrai
qu’HAYDAK
avaitremarqué
que le contenu desglandes pharyngiennes,
assezlimpide,
neprenait l’aspect
crémeux caractéris-tique
de lagelée royale
que si on le traitait avec la sécrétion desglandes mandibulaires ;
on sait donc maintenantaprès
les travaux desAnglais
que la
gelée
est leproduit
de deuxtypes de glandes
et non d’un seul.De
plus
lesglandes
mandibulaires de Lareine, qui
sont,rappelons-le,
les seules
glandes
de la reine attractivesPour
les ouvrières(les glandes homologues
des ouvrières ne sont pas attractivespour
lesouvrières)
modifieraient la molécule d’acide
d.écénoïque
et la transformeraient en un des constituants de laphérormone.
I,aglande
mandibulaire de la reine contient d’ailleurs un autre de ces constituants(la
substance attrac-tive)
etprobablement
d’autres encore s’il en existe.L’origine
de lapliérormone (partie attractive).
Nous arrivons maintenant à une zone encore fort mal
explorée.
Si la
phérormone
I(appelons
ainsi la substance de BUTLER, inhibitrice des cellulesroyales)
se trouve dans lesgland.es mandibulaires,
celan’implique
pas du tout que ce soit la reinequi
lafabrique.
Ellepeut
secontenter de la
transformer,
àpartir
d’unprécurseur
fourni par les ouvrièresqui
la nourrissent. PAIN a montré d’ailleurs due laphérormone
II(partie
attractive de laphérormone totale) peut
sedévelopper
au boutd’un certain
laps
detemps
chez les reinesvierges,
mais elleapparaît plus
vite et,semble-t-il,
à concentrationplus
élevéelorsque
la reine esten contact avec les ouvrières. Pour la
phérormone
I leprécurseur
seraitévidemment l’acide
décénoïque
desglandes
mandibulaires des ouvrières.Mais BUTLER a montré que la
phérormone
I elle-même se trouvait dans l’intestin des ouvrièresqui
ont été en contact, avec la reine et l’ont léchée.Puis PAIN a
prouvé
avec BARBIER que laphérormone
IIpouvait
êtreretirée du corps des ouvrières
qui
ont été en contact avec la reine. Parla même
technique qui
a servi à extraire laphérormone
II de lareine,
ces auteurs mettent en évidence dans le corps des ouvrières une
quantité
de
phérormone
telle que un peuplus
de 70 g d’abeilles est nécessaire pour en fournir autantqu’une
seule reine. Dans cesconditions,
unkilog d’abeilles, qui correspond
à 10.000 ouvrièreséquivaut
à y reines.cz)
Or, d’unepart
lesglandes
mandibulaires desouvrières,
nous lerépétons,
ne sont pas attractives.b)
D’autrepart
les extraitsalcooliques
bv2cts d’ouvrières ne le sont pasdavantage,
mais le deviennentlorsqu’ils
sontpurifiés ;
les extraitsalcooliques
bruts de reine sont attractifs d’emblée.c) Enfin,
les extraits d’ouvrièresorphelines
nedonnent,
ni avantni
après purification,
la moindre trace dephérormone
II.Les
hypothèses qu’on peut
tirer de ces faits sont assezsimples : a)
laphérormone
II estprésente
chez l’ouvrière à l’état inactif. La reinese borne
peut
être à l’activer enl’entreposant
dans sesglandes
mandi-bulaires ;
en mêmetemps
et par saprésence
elle l’activepeut-être
aussz’chez les ouvyièyes
puisque
les ouvrières des ruchesorphelines
sedispersent
plus
aisément et ne formentplus
la grappe que difficilement : cela pro-vient
peut-être
entre autres causes de ce que leurphérormone
ou unepartie
tout au moins de cette substance n’estplus
activée par la reineb)
rien ne prouvejusqu’ici
que laphérormone
des ouvrièresvienne;
de la reine et une raison
peut
en faire douter : il existe chez lesorphelines
un corps
qui
a des variations trèsparallèles
à celles de laphérormone,
bien
qu’il
ne soit pas attractif. C’estl’antibiotique
de LAVIE( 1959 ).
L’antibiotique
de Lavie et ses rapports avec la phérormone. — LAWEa montré dans une série de travaux la
présence
d’un corps à action anti-biotique
ou antibactérienne sur letégument
des ouvrières. I,AVI!( 1959 ) puis
PAIN et LAVIE( 1959 )
ont étudié ses variations dans différentes conditions. Il est très abondant chez l’ouvrièred’âge
moyen, mais l’est peu au début et à la fin de la vie des ouvrières. Il existe aussi chez lareine,
d’autant mieuxqu’elle
est restéeplus longtemps
en contact avecles
ouvrières ;
il est très abondant chez les abeillesorphelines. Or,
cesont les
glandes
mandibulaires de lareine, qui
sontantibiotiques
et lesautres
glandes
ne le sont pas. Lesglandes
mandibulaiyes des ouvrièresne sont
pas antibiotiques,
mais lesglandes pharyngiennes
le sont nette- ment. Deplus, l’antibiotique
extrait par l’alcoolpeut
êtrerepris
parl’éther ;
si on lave l’éther avec une solution de carbonate desoude,
ilpasse dans le
carbonate ;
ils’agit
donc de corps à fonction acide.Or la
phérormone
II se trouve aussi dans la fraction desacides ;
les
glandes
mandibulaires des reines ne deviennentf ortement
attractives que si les ouvrières sont élevéesprès
d’elles etpeuvent
les nourrir. En unmot les
rapports
lesplus
troublants se font voir entre laphérormone
etl’antibiotique
de I,avm, avec une seule différence toutefois :l’antibiotique
est
particulièrement
abondant chez les abeilles élevées en l’absence dereine,
alorsqu’on
n’en peut extraire dephérormone
II. Nous n’avons pujusqu’ici expliquer
cettedifférence ;
il y a évidemment deuxhypothèses :
ou bien la
phérormone
est réellement absente chez lesorphelines
ou bienelle se trouve
masquée
et à l’état deprécurseur.
Nouspenchons
vers cettedernière
hypothèse.
En tout cas, les vieilles abeillesorphelines
à trèsgros
ovaires,
provenant d’une rucheprivée
de reinedepuis longtemps
necontiennent presque pas
d’antibiotique.
Autres substances de la ruche actives sur le
comportement.
Substances d’interattraction ou de familiarisation.
Elles contribuent toutes à assurer la cohésion du corps social ou
à marquer les
objets qui
«appartiennent
» à la colonie. Il en existe ungrand
nombre queje
propose dedésigner
sous le nomd’épagines (d’s 7 riyr,),
je place dessus,
car ils’agit
souvent d’undépôt
desubstance).
Epagine
ce. - LECOMTE dans sesexpériences
sur l’interattraction entre abeilles ouvrières a montré que des abeillesdispersées
dans unegrande
cage seregroupent
autour d’unecagette
contenantdéjà
uncertain nombre de leurs
congénères.
Dans cette attraction interviennentune
composante
vibratoire et unecomposante
olfactivequi
continue àagir
même avec des cadavres d’abeillestoujours
attirants pour leurscongénères.
Epagine p.
- En étudiantl’agressivité,
I,!co:v!T! remarque que les abeillesplacées
dans unecagette
neuve à l’étuven’attaquent
unleurre
agité
au milieu d’ellesqu’au
bout dequelques jours.
Mais si avantl’expérience
lacagette
a étéplacée
vide dans uneruche,
de telle manière que les abeillespuissent
avoir libre accès àl’intérieur,
alors le processus estaccéléré ;
les ouvrières introduites par la suite dans lacagette qui
apassé
dans une ruche un certain «temps
de familiarisation »attaquent
dès le
premier jour
le leurrequ’on
leurprésente.
C’est comme si lesattaques
ne seproduisaient
quelorsque
les ouvrières se « sentent chez elles »,lorsque
leurcagette
« sent la ruche ». Dans des recherches ulté-rieures,
LECOMTEa montré quel’épagine p paraît
se confondre au moinsen
partie
avec lapropolis.
Epagine
y. - Si lescagettes
contenant deux groupes d’abeillescommuniquent
par une toilemétallique
ou une tôleperforée
dont lesorifices
permettent
leséchanges
denourriture,
alors les abeilles ne sebattent
plus quand
on enlève la tôleperforée.
S’ensuit-il delà,commele
veut RrssANDS, que l’odeur
spéciale
du miel contenu dans lejabot (odeur qui
nepeut
être la même à peuprès
en aucun cas pour deuxcolonies, puisqu’elle dépend
de lacomposition
florale de l’aire debutinage, qui
est excessivement variable pour une même colonie suivant lesjours,
et à
plus
forte raison pour deux coloniesdifférentes)
soit à la base de la reconnaissance entre les abeilles? Il semble que non : car si l’on distribue dans une descagettes
un miel fortementparfumé
avec une essenceflorale,
lesbagarres
sontvigoureuses lorsqu’on
établit la communicationavec l’autre
cagette, qui
a reçu le même miel sans essence ; mais ellesne sont pas
plus
fortes que si les deuxcagettes
ont reçu le même miel.Comme les
échanges
de nourriture le prouvent, la reconnaissance doit reposer sur leséchanges
entre abeilles. Mais nous ne savooas cequi s’échange :
certainement pas le seul contenu du
jabot, puisque l’expérience
desnourritures très
différentes,
prouve, contrairement à RIBBANDS,qu’il
ne
peut
être seul en cause. I,!coMT!songerait plutôt
à uncomplexe
issu des
glandes
salivairesqui
aurait un caractèrespécial,
propre au groupe ; c’est cet ensemblequi
constitueraitl’épagine
y.Quant
àcomprendre
comment deuxpopulations qui
viennent de la même ruche etqui
ont reçu la même nourriturepeuvent
en arriver àdifférer à ce
point
en peu dejours,
ce n’est pas ici le lieu del’exposer ;
on trouvera une discussion
plus approfondie
dans I,!COMTE(à paraître).
EPagine
8. - VUILLAUMEprésente
aux abeillesorphelines
descupules
de verre où se trouvedéposée
unejeune
larve avec un peu degelée royale.
Les abeillesl’acceptent
très bien. Mais siauprès
de cescupules
on leurprésente
en mêmetemps
d’autrescupules
que l’on a introduites dans une ruchepeuplée vingt-quatre
heures avantd’y greffer
une
jeune
larve(il
n’est pas nécessaire que les abeilles aient accès auxcupules,
il suffitqu’elles
se trouvent àproximité),
alors lescupules
ainsi « familiarisées » sont
préférées
auxcupules
neuves : les nourricesles
prolongent
d’unlong
tube de cire et ydégorgent
de lagelée royale.
I,’épagine
8 estinstable,
insoluble dans le benzène, soluble dansl’alcool ;
les
cupules
rincées à l’alcoolaprès
la familiarisation ne sont pas mieuxacceptées
que descupules
neuves.Epagine
s. -I,orsque
les abeilles ont l’habitude de butiner dansune
cupule
de verre, ons’aperçoit
au bout d’un certaintemps
que la surface du verre seternit ;
enmême temps,
lenourrisseur usagé
estpréféré
à un nourrisseur neuf par les abeilles de la
ruche ;
par contre le nourrisseur neuf estpréféré
au nourrisseurusagé
par une rucheétrangère.
Si bien quel’épagine
ejoue
le rôle de «répulsine
»(voir plus loin)
pour lesétrangères (c’est
la « substance attractive etrépulsive particulière
» suivant la nomen-clature de
1, E comTE). L’épagine
e s’extrait par l’alcool des nourrisseursusagés
ou du corps même desbutineuses ;
enajoutant
de l’eau àl’alcool,
on la fait facilement passer en
phase
éthérée.EPagine
!. - C’est la substance de laglande
de Nasanovqui
attirevivement les abeilles de
n’importe quelle
ruche(substance
attractivegénérale
suivant la nomenclature deL ECOMTE ) lorsqu’on
laprélève
avecun
petit tampon
d’ouate à l’orifice même de laglande (technique
deRENNER).! ._
Epag l
’ne
7]. - LECŒBITE( 195 6)
a observé que les butineuses d’une ruche ayant subi une rotation de i8oo continuent dans une certainemesure à atterrir à l’ancien
emplacement
etgagnent
le trou de vol à lamarche ;
elles suivent lelong
de la ruche unepiste
trèsétroite, qui
estenduite d’une certaine substance entraînable par
l’eau,
l’alcool ou l’éther :un
lavage
de lapiste
à l’aide d’un de ces solvants arrête laprocession
desabeilles en 10-I5
minutes,
et elles sedirigent
alors sans coup férirvers la nouvelle
position
du trou de vol.Rapports possibles de ces substances entre elles. - Par l’essai au
test de VUILLAUME, on
peut déjà
prouver que lessubstances !
et e sont différentes de 8 : elles nepeuvent
« familiariser » descupules
de verreneuves ;
mais
diffère aussi d’c.Quant
à lasubstance p (propolis
oucontenue dans la
propolis)
elleinhibe
comme nous le verrons la cons-truction des cellules
royales
et diffère parconséquent
radicalement de 8.Les substances inhibantes ou répulsives.
Comme il semble en exister un
grand nombre,
il vaut mieux lesdésigner
sous le nomgénéral
de «répulsines
»(de ye!elleye). -
Répulsine
oc. - Onpourrait
ranger sous ce nom laphérormone 1 qui
bloque
la construction des cellulesroyales
au test deButler,
mais aussiau test de VLTILLAUME. Mais elle n’arrête pas
l’étirage
des cellules d’ou- vrières.Réfiulsine p.
Elle ne serait autre que lapropolis qui bloque
àla fois et les cellules
royales
etl’étirage
des cellules d’ouvrières(V UILLAU - w!).
Dans lapropolis
se trouve aussi nous l’avons vu,l’épagine p.
Nousignorons
ledegré
deparenté
de ces deuxsubstances, n’ayant
encoreprocédé
à aucun fractionnementapprofondi.
Nous savons seulementque la
répulsine p est
entraînée par la vapeur d’eauquand
on chauffela
propolis
dans l’eau alcalinisée par 10 p. 100 desoude ;
mais elle ne setrouve pas dans l’essence de
propolis qui
distille sans alcalinisationpréalable.
Une substance similaire se rencontre enfin dans lesbourgeons
dupeuplier,
cequi
laisse supposer pour cetterépulsine
uneorigine exogène.
Répulstite
y. - Elle est contenue dans levenin, qui
excitebeaucoup
les
attaques
entre ouvrières de deuxcagettes lorsqu’on
fait circuler de l’air ayant barboté dans une dissolution de venin.Répulsine
8. - Elle n’est autre quel’épagine
Eagissant
sur uneruche
étrangère.
RéPulsine
c. - Al’épagine
Ese trouve normalementmélangée
uneautre substance
répulsive
pour les abeilles de la mêmeruche,
mais dont l’effet est normalementsurpassé
de loin parl’épagine
associée. Toutefoislorsqu’on
fait unpartage
entrephase hydro-alcoolique
etphase éthérée,
l’éther enlève la substance de familiarisation et il ne reste dans l’alcool
qu’un
corpsrépulsif
pour les abeilles de la propre ruche d’où on l’a extrait(substance répulsive particulière
deL, ECOMTE ).
Répulsiite
!. - C’est une substancerépulsive générale, qui provient
de
l’épuisement
par l’alcool du corps des abeilles nonplus entières,
maiscoupées
en morceaux oubroyées.
La dilacération des tissusproduit
chezl’abeille comme
peut-être
chez les Vairons étudiés par vonF’ R isc H ,
une substance
qui éloigne
tous lescongénères,
àquelque
ruchequ’elles
appartiennent.
Les substances de butinage.
(Allectines
du latinallicio).
Je
ne veux que les mentionner trèsbrièvement,
d’abord parcequ’on
ne sait rien de leur nature, ensuite parce que leur action s’exerceen dehors de la ruche. Notons tout de même que les abeilles sont attirées très vivement par le
miel,
par lepollen (ici
LouvEAux a commencé desfractionnements
qui
tendraient à prouver que la substance attractivese trouve dans la fraction
stérolique)
vers lapropolis, qu’on peut parfai-
tement leur faire butiner dans une
assiette,
et même vers l’eau sale(on
sait ici que les traces d’indol et de scatol que contiennent les eaux
polluées
sont les
agents attractifs).
Conclusion.
Il est bien évident que la liste de substances actives que
je
viensd’énumérer n’est nullement limitative. Il nous
paraît probable,
à lalueur de ce que nous savons
déjà qu’une
trèsgrande partie
des activités de la ruche doit êtreréglée
par deséchanges
de substances(la
nourriturene constitue
qu’une partie
deséchanges).
Mais dans un domaine sansdoute
immense,
nous venons àpeine
depénétrer.
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