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Accouchement et avortement en Tunisie · BabordNum

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(1)

FACULTÉ DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX

ANNÉE 1901-1902 I*°

42

EN TUNISIE

THÈSE POUR LE DOCTORAT EN MEDECINE

présentée et soutenue puiilinuement

le 2 3 Décembre 1901

PAR

Hussein

BOUHADJEB

Né àTunis (Tunisie), enfévrier

1872

Examinateurs de laThèse

MM. MORACHE professeur /'résident BOURSIER professeur i

SABRAZÈS agrégé ...

j

Juuts

FIEUX agrégé )

Le Candidat répondra aux questions

qui lui seront faites

sur

les

diverses parties de l'Enseignement

médical.

BORDEAUX

IMPRIMERIE DU MIDI PAUL

UASSiUrNOL

(J1 R iJK PORTE-OU EAUX 91

190 l

(2)

Faculté de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux

M. DE NABIAS, doyen M. PITRES, doyen honoraire.

MM. MIGÉ

)

DIJPUY V Professeurs honoraires.

MOUSSOUS

\

Clinique interne...

Clinique externe...

Pathologie et théra¬

peutique générales.

Thérapeutique Médecine opératoire.

Clinique d'accouche¬

ments

Anatomie pathologi¬

que Anatomie

Anatomie générale et histologie

Physiologie Hygiène Médecine légale

MM.

PICOT.

PITRES.

DEMONS.

LANELONGUE VERGELY.

ARNOZAN.

MASSE.

LEFOUR.

COYNE.

CANNIEU

VÏAULT.

JOLYET.

LAYET.

MORACHE.

AGRKGIÏi* «SU SECTION DE MÉDECINE(Patholog

MM. SABRAZÈS. | LE DANTEC.

HOBBS.

Physique médicale...

Chimie

Histoire naturelle ...

Pharmacie

Matière médicale....

Médecine expérimen¬

tale

Clinique ophtalmolo¬

gique

Clinique des maladies chirurgicales des en¬

fants

Clinique gynécologique Clinique médicale des maladiesdesenfants Chimiebiologique...

Physique pharmaceu¬

tique

ISXISRC1CIS : ie interneet Médecine

MM. MONGOUR.

CABANNES.

MM.

BERGON1É.

BLAREZ.

GUILLAUD.

FIGUIER.

DE NABIAS

FERRÉ.

BADAL.

PIECHAUD.

BOURSIER.

A. MOUSSOUS DENIGÈS.

SIGALAS.

légale.)

SECTIONDE CHIUUKGIE ET ACCOUCHEMENTS

Pathologie externe'

MM.YILLAR.

i CHAYANNAZ.

i BRAQUEHAYE BÉGOUIN.

Accouchements.IMM. FIEUX.

ANDERODIAS.

SECTION DES SCIENCES ANATOMIQUES ETPHYSIOLOGIQUES

IMM. GENTES. | Physiologie MM. PACHON.

CAVALIÉ. Histoire naturelle BEILLE.

SECTION DES SCIENCESPHYSIQUES

Chimie MM. BENECH. I Pharmacie... M. DUPOUY.

41 4> «; si s 4; il a°a.ési is \ 11 s r «ss

Clinique des maladies cutanées etsyphilitiques MM. DUBREUILH.

Clinique des maladies des voies urinaires POUSSON.

Maladies dularynx, des oreilles et du nez MOURE.

Maladies mentales REGIS.

Pathologie interne RONDOT.

Pathologie externe DENUC.U.

Accouchements FIEUX.

Physiologie PACHON.

Embryologie PRINCETEAU

Ophtalmologie LAGRANGE.

HydrologieetMinéralogie GARLES.

Pathologie exotique LE DANTEC.

LeSecrétaire de laFaculté: LEMA1RE.

Pardélibération du 5 août1879, la Faculté aarrêté que les opinions émises dansles

Thèsesqui luisontprésentées doivent être considérées comme propres à leurs auteurs, qu'elle n'entendlour donner ni approbation ni improbation.

(3)

âési

A MON

PÈRE

S.

BOUHAGÉB

CHEF DU BUREAU DES FINANCES TUNISIENNES

PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ DE JAMA-EZ-ZAÏTOUNA

IMAM A LA MOSQUÉE DE SOBAHN-ALLAH

A mon

frère aîné OMAR

A mon

frère KHALIL BOUHAGÉB

CHEF AUX BUREAUX A LA SECTION JUDICIAIRE A LOUZARA

A mon

frère AHMED

AVOCAT AU BARREAU DE TUNIS

(4)
(5)

A mon Président de. Thèse

MONSIEUR LE DOCTEUR MORACHE

MÉDECIN-INSPECTEUR D'ARMÉE

PROFESSEUR DE MÉDECINE LÉGALE A LA FACULTÉ DE

MÉDECINE

DE BORDEAUX

COMMANDEUR DE LA LÉGION D'HONNEUR

MEMBRE ASSOCIÉ DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

Hommage de

reconnaissance.

(6)

.

'

(7)

Avant dequitter

définitivement la France pour aller répan¬

dre la science

française

en

Tunisie et soulager, dans la

mesuredenos moyens,nos

semblables, nous tenons à remer¬

cier sincèrement tous ceux

qui

nous

ont porté intérêt, tous

nos maîtres et tous nos

amis.

AParis,où nous avons

débuté,

nos

respectueux homma¬

gesvont

d'abord

au

regretté professeur M. Hanot. Puis ce

sont MM. les Prof.

Fournier et Gaucher, qui nous ont traité

plusen

ami qu'en élève.

ABordeaux, nos

remerciements iront surtout à M. le Prof.

Morache, qui veut

bien aujourd'hui accepter la présidence

de notre modeste travail.

AM. le Prof. Coyne,

qui, dès notre arrivée à Bordeaux,

nous a reçu

plutôt

en

ami qu'en élève.

Nous n'oublierons pas

MM. les Prof. Pitres, Boursier,

Lefour,

Sabrazès

et

Chambrelent, qui ont aussi droit à une

grande part

de notre reconnaissance.

Mais à côté des maîtres dont nous

gardons toujours

un profond

souvenir,

nous ne

pouvons pas oublier MM. les Drs

BastideetDinguizli

(de Tunis),

nos

amis, qui nous ont tou¬

jours montré beaucoup

d'intérêt, et nous les prions de croire

aujourd'hui à toute

notre reconnaissance et à une amitié

profonde et

sincère.

(8)

AVANT-PROPOS

L'immense développement que la puissance arabe estpar¬

venue à atteindre et à conserver pendant si longtemps,

démontre surabondamment que les Arabes ont exercé une

profonde

influence

sur le mouvement scientifique général.

On ne saurait contester que le peuple arabe n'ait fait de

sérieux efforts dans cette direction, et que ses savants se sont beaucoup occupé de sciencesmédicales.

Au point de vue particulièrementobstétrical, nous devons citer les médecins arabes, et en premier lieu Sérapion. Il

nous apprendque les sages-femmes occupaient une grande situation, cor non seulement elles devaient pratiquer les opé¬

rations nécessitées parles accouchements, mais encore elles avaient charge du traitement des diverses maladies des femmes et des enfants en bas ûge. L'étude de l'accouchement chez les Arabes de Tunisie est donc très importante à plu¬

sieurs points de vue. Le médecin exerçant dans ces pays doit la connaître, car il pourra souvent être consultésur l'influence des pratiques populaires à propos des accidents

touchant la mère et l'enfant. Il importe

de'décrire

avecle plusgrand soin toutes les méthodes employées par les

indi¬

gènes pour amenerla délivrance et noter les conditions dans lesquelles se trouvent,

après

l'accouchement, et l'enfant et

la mère.

Tous ces faits nous obligent à nous arrêter quelquepeu

surl'historique de la question.

(9)

CHAPITRE PREMIER

HISTORIQUE

Avant dedécrire l'accouchement

arabe tel qu'il

se passe de nosjours,jetons un

rapide

coup

d'œil

en

arrière et disons

quelques mots sur

les travaux arabes ayant trait à l'obsté¬

trique.

Après

Sérapion, Rhazès,

«

le Galien des Arabes

»,

a fait

connaître le rôle important

des sages-femmes à qui il

enseignait et les

règles et les opérations de l'art obsté¬

trical.

Le Persan Ali-ben-Abbas montre

également la situation

élevée et étendue des sages-femmes;

il

expose

toute l'hy¬

gièneapplicable aux

femmes

en

couches,

aux

nouveau-nés

et auxnourrices ; il nous

donne

une

histoire complète de la

thérapeutique des

maladies des femmes et de Pavortement.

Il nousmontre surtout que les

préjugés voulaient

que

les

hommes nedevaient pas

intervenir

en

maladies des femmes,

que seulement ils

devaient conseiller les matrones, et que

ce n'était

qu'exceptionnellement et

sous

la pression de la

plus absolue nécessité

qu'ils pouvaient intervenir.

Un peu plus tard, vers

le

xe

siècle, Avicenne, dans

son Canon, donne également les

mêmes notions d'hygiène, mais

son traité est mieux écrit.

EnsuiteAbulcasis, dans son

Traité de Chirurgie,

consa¬

cre un chapitre

spécial à l'art des accouchements, et l'on

ne peutque déplorer devoir

inconnus les excellents conseils

qu'il donneen la matière. Il décrit plusieurs

espèces de

pré-

(10)

10

sentations : de la tête, dutronc, de la face, du siège; examine chacune d'ellesen parti culier; trace les règles de la version;

puis, arrivant au fœtus mort dans le sein de sa mère, il détaille avec soin la craniotomie, la ponction dans le cas

d'hydrocéphalie;

enfin, reconnaissant que parfois l'accou¬

chement est impossible, il prescrit l'extraction, soit à l'aide de crochets, soiten s'adressant à la dissection.

Vers la même époque, Arib-ben-Saïd-el-Kateb publie un traité surla génération du fœtus et donne même un traite¬

ment des femmes enceintes ; il s'occupe surtout des présen¬

tations vicieuses et indique la version et les moyens delà pratiquer.

Au xiie siècle, Venzoar étudiaégalement l'obstétricie, ilcite même les cas où il faut parfois empêcher la conception,par la raison qu'elle neconvient pas à toutes les femmes.

A la même époque, la fille et la sœur d'Abou-Beker-ben- Zoher s'occupaient avec succèsd'obstétrique en Espagne : elles accouchaient les femmes d'El-Mansour et de sa famille.

Eben-el-Kateb, de Grenade, au xive siècle, admettait la

nécessité dans certains cas d'administrer des abortifs, la mauvaise conformation du bassin pouvant déterminer la

mort de la femme lors de l'accouchement.

De ce court aperçu historique nous devons

simplement

retenir que les médecins arabes, sans faire de grands efforts

pour faire avancer la science obstétricale par leurs

coreli¬

gionnaires, ont cependant travailléce point delà médecine

et

v

cherché à répondre à toutes les exigences de leur époque et

de leurscoutumes, en donnant des conseils aux matrones et

en

indiquant

les moyens à employer dans les cas d'accou¬

chements anormaux. Ce sont là des efforts qui n'ont

peut-

être pas été couronnés de succès, mais dont cependant nous devons tenir compte.

En effet, si nousjetons un regard sur une époque

voisine

de la nôtre, nous voyons les efforts faits par les musulmans égyptiens au point de vue obstétrical et nous devons citer l'existence d'une Ecole

spéciale, à Abu-Zabel, où

des nègres-

(11)

li¬

ses

apprenaient les accouchements et essayaient de compren¬

dre la

démonstration des opérations sur le mannequin. Une

maternité même leur

permettait d'observer quelques accou¬

chements ; c'est

là où

on

leur enseignait certaines pratiques

telles que

la vaccination et la saignée.

Malheureusement cette

Ecole fut la seule,et seulement uti¬

lisable pour une

partie minime du grand espace occupé par

les musulmans.

Actuellement, nous devons

déplorer la coutume qui veut

que les manoeuvres

obstétricales soient encore pratiquées

par des

femmes étrangères à toute science médicale et

n'appliquant que

des règles déduites de coutumes locales.

Nousallons maintenant décrire

aussi simplement

que pos¬

sible lespratiques

des accouchements chez les Tunisiens.

(12)

.

§'

'

...

(13)

CHAPITRE II

De l'Accouchement,

Les matrones

appelées auprès d'une femme enceinte por¬

tent toujours un

diagnostic d'à peu près : elles se basent sur

l'époque de la

cessation des règles et sur les troubles plus ou

moins divers qui ont pu

être ressentis par la femme (trou¬

bles gastriques,

faiblesses, gonflement des seins, etc.), sur

les sensations desmouvements du fœtus perçus par

la mère

et surlesmouvementsqu'elles

peuvent percevoir elles-mêmes

par le simple palper

abdominal, le toucher vaginal n'étant

pashabituellement

pratiqué

par ces

sages-femmes (les cou¬

tumes arabes ne permettent que

rarement

ce

procédé d'in¬

vestigation).

Le diagnostic des matrones

est fait à des époques très

variables de la gestation,

suivant la classe à laquelle appar¬

tient la femme visitée et suivant les cas. Elles

peuvent,

en effet, être appelées tout

à fait

au

début,mais très rarement

(dans lescas de complications

seulement),

ou

simplement au

moment de l'accouchement, car nos coutumes

arabes

veu¬

lent que les femmes vivent

entre elles, et alors les femmes

âgéesavec leur grande

expérience suppléent

aux

matrones.

Souvent même ces vieilles femmes les remplacent ou les aident, ou même imposent dans

certains

cas aux

sages-fem¬

mes leur savoir-faire.

Cettecoutume de suppléance des

matrones

par

des femmes

expérimentées peut s'expliquerpar

la non-déclaration des

naissances, les musulmans ne reconnaissant pas encore cette nécessité.

L'accouchement et toutes ses suites présente quelques

(14)

- 14

variations suivant qu'il se passe en ville, dans la campagne

ou sous les tentes.

Accouchement en ville.

Dans les villes, lorsque la femme enceinte arrivevers latin de la grossesse, c'est-à-dire aucommencement du neuvième mois, les parents de celle-ci avisent lamatrone qui à sontour

prévient

son aide (aide qui le plus souvent est une parente devant prendre la succession à sa mort). Son premier soin est d'aller rendre visite à la future cliente, de l'examiner

assezsommairement par un simple interrogatoiresuivi d'un palper abdominal au besoin, et rentrée chez elle, elle envoie

un appareil indispensable :

la chaise

obstétricale

(koursi).

Cet appareil estune sorte de chaise-canapé rembourrée, ayant une largeur de 90 centimètres, sans dossier, et pré¬

sentant seulement sur les côtés des bras pleins sur

lesquels

la femme parturiente s'appuie au moment des douleurs.

Elle présente, chose fort importante, sur son bord antérieur et au milieu, une éehancrure ronde qui permettra

pendant

toutle temps de l'accouchement à la vulve et à l'orifice vagi¬

nal de se trouver libres etaccessibles.

Dès que la patiente ressentles premières douleurs del'en¬

fantement, on la place, dans la position assise, sur cette

chaise lesjambes fortement écartées, de sorte quela

région

vulvo-périnéale corresponde à cette éehancrure.

La matrone est assise par terre, à la manière arabe,

les

jambes croisées devant la parturiente. Son aideaucontraire, placée derrière, enlace de ses bras la patiente etavec ses

deux

mains posées l'une sur l'autre détermine une

compression

continue et lente sur le fond de l'utérus,l'empêchant

égale¬

ment de faire des mouvements.

C'est dans cette triste positionque doitsetrouverla femme

tant que les contractions utérines existent.

La matrone, elle, reste accroupie devant lesujet et son

rôle

(15)

15

consiste simplement

à étendre

ses

mains au-dessus d'une

cuvette afin d'empêcher

l'enfant à la sortie de tomber

par

terre. Danscette cuvette, on a placé

six œufs intacts et

une certaine

quantité de graines de cumin (sorte d'ombellifère

odorante),

destinées à conjurer le mauvais œil età attirer sur

l'enfant toute la sympathie

de la société. Elle croit avoir

donné une heureuse issue à

l'accouchement

en

récitant

en outre quelques

versets du Coran

ou en

implorant le secours

du Prophète.

Celaleurréussit lorsqu'il s'agit

d'un accouchement simple,

se faisant

spontanément

sous

les seuls efforts de la nature.

Lorsque le

travail est lent et

que

l'accouchement

se

fait

attendre, la matronealors

emploie des

moyens

détournés tels

par

exemple

que

de placer la Moualta (livre de prières)

au-

dessus de la tête de la patiente et de le

feuilleter

; ou

bien

encore de réciter des prières en

mettant

un

chapelet de Sidi-

ben-Arous

(marabout) autour du

cou

de la femme.

Un autre moyen

quelquefois employé, c'est celui consistant

à attacher à l'aide d'une ficelle sur la cuisse de la femme un sachetd'étoffe contenant un papier sur lequel un marabout

auratracéquelques mots

illisibles.

En outre,

le même

mara¬

bout aura tracé sur le fond d'une assiette neuveet blanche quelquesmots

également illisibles, la

matrone

alors ajoute

quelquepeu d'eau dans cette

assiette afin de diluer l'encre

et

fait b'oire le tout à la patiente en implorant lesecours de

Dieu et de son Prophète.

Si tous ces moyens échouent, la matrone lui fait faire des effortsen lui donnant àsouffler dansune bouteille vide ou en lui introduisant dans la bouche une mèche de cheveux qui provoque des

vomissements. On conçoit

bien les résul¬

tats que l'on peut obtenir par ces procédés déterminant des efforts et aidantainsi à l'expulsion du fœtus.

D'autres foison fait boire la patiente dans un vase en cui¬

vre fabriqué à la Mecque, ou

bien,

comme derniermoyen, la

matrone ordonne de laver le gros orteil droit du mari et de faireboire cette eau à la patiente.

(16)

Dèsque les premières douleurs de l'enfantement se font sentir, tous les hommes quittent la chambre et, par contre,

sont remplacés pardes femmes

(les

jeunes filles seules n'y

assistent point par

pudeur).

Quand l'accouchementva bien toutes les femmes devisent

enIre ellesjusqu'à

l'expulsion.

La matrone se garde biende soutenir le périnée, ce serait à son avis retarder la sortie de l'enfant. Tous ses efforts tendent au contraire à attirer le fœtus le plus vite possible hors dusein de la mère.

Pendant toute cette période de travail on fait brûler dans un brasero des herbes sèches odorantes sur lesquelles on jette de temps à autre une poignée de gros sel, destiné, parait-il, à conjurer le mauvais œil. Cette coutume déter¬

mine une fumée abondante qui rend plutôt inhabitable la chambrequi reste bien close.

Lorsque l'expulsiona lieu, Taide-matrone presse de plus

en plus fort sur le fond de l'utérus,afin, dit-elle,

d'empêcher

le placenta de remonterau cœur,ce qui pourrait déterminer la mort de l'accouchée

(simple

coutume tunisienne).

Après l'expulsion, la matrone s'occupe de la délivrance, qu'elle opère à l'aide de fortes tractions, rarement méthodi¬

ques. Si le cordon se brise, si une hémorragie survient, elle

se trouve désarméeenprésence decesgraves accidents. Dans

ces cas seulement les parents s'adressentaux sages-femmes européennes, et cela plutôt qu'à un médecin.

C'est seulement après la délivrance que l'accouchée est reportée dans son lit. Là, l'aide-matrone et une femmede

l'entourage

emmaillotent dans un drap l'accouchéeenexer¬

çantune compression sur tout le corps depuis la tête jus¬

qu'aux pieds. Ceci a pour but, disent-elles, de remettreen place les différentes parties du corps qui ont pu être

dépla¬

cées par l'effet de l'accouchement. Quant aux organes

géni¬

taux externes, qui ontpu êtreplus

dérangêsque

lesmembres,

ilsserontremis en place plus tard parla matrone elle-même.

Pour cette manœuvre, celle-ci vient se placer entre

les

jambes de la malade, passe ses brassous lesjarretset

appU-

(17)

17

quant le talon droit

sur

la vulve, elle attire fortement vers

elle la patiente :

les

organes

génitaux repoussés ainsi

se réduisent.

La toilette de l'accouchée est des plus sommaires, aucune

précaution antiseptique n'est prise. La vulve est simplement

essuyée

à

l'aide d'un

torchon de laine.

Une compresse

de

laine estappliquéeentre les

grandes lèvres

pour

recevoir le produit de l'hémorragie qui dure parfois plusieurs jours

avant l'apparition de

l'écoulement

des

lochies;

une

bande

enTmaintient cette compresse: une ceinture

faisant plu¬

sieurs fois le tour de la taille de l'accouchée termine la toi¬

lette de celle-ci.

On conçoit que devantde pareilles

conditions

on ne

tarde

pasà constater des phénomènes de complications, de

fièvre

puerpérale, avec toutes ses conséquences. Cette fièvre,

qui

gagnesi fréquemment les accouchéesmusulmanes, est pour les matrones un heureuxprésage, c'estce qu'elles

appellent

la

fièvre

demontée de lait.

Tandisquela mère estsoignée ainsi,ons'est

occupé

de son enfant. Dès que celui-ci est sorti du sein desamèreon sehâte

de couper le cordon à l'aide d'un petit couteau neuf

(tout

autre instrument

employé

étant denature

à

attirer

le

mau¬

vaisœil).

La section du cordon se fait irrégulièrement, parfois

très

loin, quelquefois au contraire trop

près

de

l'ombilic. Il est

lié à l'aide d'un fil ordinaire

(rouge si c'est possible).

La sur¬

faceest saupoudrée d'un mélange d'alun, de hennéet de sel;

cessubstances sontastringentes et hémostatiques.

On fait ensuite la toilette de l'enfant,et à ce propos nous ne saurons mieux faire que de nous

rappeler la conférence si intéressante

que notre ami et confrère, le docteur

Dinguizli,

Ht il y adeuxans environ au groupe tunisien de l'Union

des

Femmesde France:

A peine essuyé, l'enfant est sommairement vêtu,

mais

par contre consciencieusement ficelé depuis la tête

jusqu'aux

pieds.Acemoment-là commence la brutale scènedu redres¬

sementdu gosier de

Venfant.

Voici en quoi

elle consiste

:

B. 9

: ,

y:/-r

(18)

18

Lamatrone prend l'enfant sur ses genoux, puis trempant

l'index de la main droite dans un mélange (en parties

égales)

de beurre saléet demiel,elle l'introduit

jusque

dansl'arrière-

cavité buccale de l'enfant et

l'applique

vigoureusement contre le palais dans le but, paraît-il, de permettreà

Venfant de

pou¬

voir téter et d'avoir

plus

tardune voix sonore!

Cette opération terminée, l'enfant est couché à côté de sa

mère, dans le même lit, qui est entouré d'une triple rangée de rideauxplus ou moins

épais,

et à l'intérieurse trouve une troisième personne en permanence n'ayant pourrôle quede

tenir detempsen temps l'enfant.

Dans lapièce, tout est

hermétiquement

clos. Pas un rayon de soleil, pas un brin d'air ne pénètrent dans cette chambre où sontagglomérées des femmes de tous les âges.

Deux fois parjour seulement, l'enfant est changé de linge et, après chaque séance, le pauvre petitêtre est de nouveau soumis à un

reficelage

en règle.

Commealimentation : le Coran prescrit l'allaitement seul et pendantdeux ans, mais cela ne semble pas suffisant aux femmes, aussi dès les premières heures de la naissance et deux fois par jour, on fait prendre à l'enfant, de force, en le gavant pour ainsi dire, une pâte que ne toléreraient pas les

estomacs les mieux constitués. Cette pâte ou laâck est un

mélangedeplusieurs

épices

finementpulvérisées, auxquelles

on ajoute du sucre en poudre et que l'on

délaye

dans de l'huile d'olive.

Cette pâte est donnée pure du 7ejour au 22e jour de la vie extra-utérine. Du 22e jour au quatrième mois, on ajoute

à

cette pâte des pistaches pulvérisées dans les proportions

de

deux tiers de la pâte pour un tiers de poudre de

pistache.

Mais à partir du quatrième mois, on commence à lui donner de la semoule et de la farine.

L'enfant souffre certainement de son

emmaillotage,

car

il

est ainsi privé des deux agents

indispensables

à la vie : l'air etla lumière.

D'autrepart, la nourriture qu'on lui donne n'estpas

faite

(19)

19

non plus pour son

estomac, et alors interviennent les remè¬

des des femmes qui l'entourent :

Contre les coliques, elles lui donneront une

infusion de

cumin etdefeuilles derue.

Contre les vomissements, une infusion de camomille.

Enoutre, et malheureusement

très fréquemment, l'enfant

est atteintd'ophtalmie purulente.

En effet, chez les indigènes

musulmans, les femmes n'ont aucune idée de propreté intime, et toutesles maladies des organes

génitaux

ne cons¬

tituent pas pour

les Arabes

une

honte.

Le

Tunisien déclare

sansscrupule à sa

femme qu'il

est

atteint de blennorragie

ou de syphilisetne

prend

en outre aucun

soin

pour

éviter

la contamination de celle-ci, ce qui explique donc facilement

legrand nombre de contagion et parsuite le grand nombre d'ophtalmies que nous rencontrons.

Contre cetteophtalmie des

nouveau-nés,

les femmes

indi¬

gènes emploient la médication suivante: un mélange en parties égales de lait maternel et d'eau de rose, auquel elles ajoutent un bout de cordon ombilical desséché et pulvérisé.

Plusieurs fois par jour, elles versent quelques gouttes de

ce mélange dans les yeuxde l'enfant. Loin de le

calmer

et de lui procurer quelques heures de sommeil, nous compre¬

nons facilement que ce remède ne fait qu'exagérer ses souffrances. En désespoir cle cause, pour procurer quelques instants de reposet à la mère et à l'enfant, on a recours alors aux narcotiques: une infusion plus ou moins forte de pavot.

Ce manque d'aération, de lumièreet de propreté, cegavage forcé auquel vient s'ajouter la série deces remèdes inutiles et peuscientifiques durent aussi bien pour l'enfantque pour lamère toute la première semaine qui suit l'accouchement.

Au bout de ce laps de temps, on donne à l'enfant un pre¬

mier bain.

Acetteoccasion, la veille, une grande fête est donnée dans la maison. Si l'enfant est un garçon, le

père

invite ses amis, et tout esten fête. Si, au contraire, l'enfant est une fille, la

(20)

20

mère seule invite toutes les dames qui étaient venuesla féli¬

citer. Un repas est somptueusement servi et suivi d'une fête

avec aouada

(musique arabe), formée

avec des musiciens, d'originejuive, et aveugles, de façon

à laisser

plus de liberté

aux femmes; elle se fait entendre jusqu'à une heure assez avancée de lanuit.

Le lendemain, c'est-à-dire le7ejour, toutes les invitées,et

particulièrement l'accouchée,

qui se

lève,

revêtent leurs plus

beaux costumes et se parent de leurs plus belles parures;

elles viennent former cercle autour du lit de l'accouchée,et c'est au son de la musique et des cris de joie que commence le premier

bain.

Dans une cuvette en bois remplie d'eau tièdeet au fond de laquelle on a placé

huit

œufs et un

objet

en argent, la ma¬

troneintroduit avec une minutieuse précaution ses

pieds,

prend l'enfant

déshabillé,

le place sur ses pieds, puis

le

savonne, le lave etl'éponge.

A la sortie de ce bain, l'enfantest habillé avec unechemise

enbatiste, un gilet en toile plus grosseluicouvre le thorax;

par-dessus,

on

l'entoure

avec une bande en toile ayant

2m50

de long etlarge de0m10, en ayant soin de lui lier ses

petits

bras contre le corps. Les pieds, enveloppésdans un morceau de linge, sont égalementpris dans cette bande. La tête,

seule

libre, est bien frictionnée avec de l'huile d'olive,puis

coiffée

avec une

espèce

de bonnet

(tartour)

en taffetas, ayant

la

forme d'un capuchon, surmonté d'un pompon en soie

(ce

système d'emmaillotage n'est gardé que les six

premiers

mois; au septième mois, on commence à laisser les bras

et

les. jambes libres, et l'enfant n'est emmailloté que sur

le corps).

L'enfant ainsi emmailloté, la matrone lui met un

grand

manteau et lepromène dans les différentes pièces de la

mai¬

son, en tenant à la main et à côté de la tête de l'enfantun sabre auclair, avec lequel elle frappe les portes des cham¬

bres paroùelle passe. Ceci est fait dans le but, disent-elles,

de protéger

l'enfant

contreles esprits et aussi pour que

l'en-

(21)

21

fant deviennecourageux.

Le tour de la maison ainsi fait,

ellele rendà sa

mère et la cérémonie est terminée.

Nous sommes loin de

réaliser ainsi les données saines et

pratiquesavec

lesquelles on élève de nos jours les enfants.

Il faudra lutter longtemps encore pour

arriver à déraciner

tousces

préjugés, vieux de plusieurs siècles.

Pour notre part, nous

essaierons toujours

avec

toute la

convictionquenous

ont donnée

nos

études médicales et nous

lutterons partous

les

moyens

possibles.

Noussuivronsnos devanciers dans

cette voie, et

nous ne pouvons

à

ce propos passersous

silence l'idée exprimée par

notreconfrère le docteur Dinguizli, lorsque

dans

sa

thèse

sur la varioleenTunisieil

s'exprimait

:

«...En notre

qualité de musulman,

nous avons

été particu¬

lièrement chargé depoursuivrenos

opérations dans les

quar¬

tierspeuplés en

majeure partie d'indigènes arabes. Notre

mission fut épineuse au

début. Nous

avons

été à chaque

instantl'objet de la

révolte publique, à tel point

que nous

avons vu se produire plusieurs cas

de divorce,

parce que

le

père voulant bienaccepter la

vaccination

pour son

enfant,

la mère s'y opposait

énergiquement !

»

Cependant, à force de patience, nous ne

désespérons

pas d'arriver à des résultats sérieux et à convaincre bien des musulmans. Par là, nous croyons

faire

œuvre

utile et

nous espérons que nosefforts seront

couronnés de succès.

Accouchement à la campagne.

Dans les campagnes,les choses se

passent d'une façon plus

barbare.

Certaines femmes des gourbis accouchent debout;

d'au¬

tres au contraire accouchent couchées sur des nattes;

d'autres enfin accouchent accroupies comme des

animaux,

en reposant la région fessière sur le bord d'un bût, et

à

ce

(22)

22

propos nous sommes étonnéque cette positionait été recom¬

mandée parcertains auteurs anglais, parait-il.

Pour faciliter la sortie du fœtus, la patiente est suspendue par les bras aux bâtons de la tente pendant que la matrone,

choisie parmi les plus vieilles femmes du douâr, lui com¬

prime l'abdomen en s'attelant à un haïk

passé

autour delà taille de la patiente. Quelquefois une planche est placéesur

le ventre de la malheureuse et sur celle-ci montent des

nègres; ils croient ainsi activer la sortie du fœtus.

Enfin, lorsque l'enfant ne vientpas, comme elles disent,et dans ce cas il s'agit probablement et le plus souvent d'une présentation vicieuse, la malheureuse femme est roulée par terre dans tous les sens. On la pend parles pieds et la ma¬

tronelui malaxe l'utérus et cherche à provoquer des vomis¬

sements, soit enbrûlant des poils de chameau

près de la

tête de la patiente, soit en lui faisant respirer les odeursles plus nauséabondes.

On conçoit

qu'après

des manœuvres pareilles, qui

n'ont

souvent aucun

aboutissant,

la malheureuse mère succombe

épuisée.

Quelquefoisaffreusement mutilée, la femme sevoit condamnéeà une existence pleine de souffrance par

suite

desinfirmités qui peuvent succéder à ces manœuvres.

L'enfant, lorsqu'il estvenu, est traité à la campagnecomme

en ville.

(23)

CHAPITRE III

Réglementation actuelle en Tunisie.

Malgré que

l'Arabe soit fataliste et

ne

voie dans la mort de

safemme ou de son enfant qu'un

accident voulu

par

le des¬

tin etne porte

jamais plainte contre

une

matrone, nos gou¬

vernants se sont émus de l'état de

pareilles choses et de

pareilles coutumes

existant

encore.

Aussi, depuis que la

Tunisie est placée sous

le protectorat français, nos gouver¬

nants ont réglementé

l'exercice des différentes branches de

lamédecine, etprincipalement

de l'art de l'accouchement.

Nous croyons

utile de rapporter dans son entier le docu¬

ment :

Décret sur l'exercice de la médecine, de la

chirurgie et de l'art

des accouchements(15

juin 1888, 6 chctouel 1305 de l'Hé¬

gire).

Article I

A dater du 15 juin et

de l'année 1888, nul

ne

pourra se

livrer, dans toute l'étendue du

territoire de la Régence, à la

pratique de la médecine, delà

chirurgie

ou

de l'art des accou¬

chements,s'il n'est pas possesseur

d'un titre lui donnant

droit à cette pratiquedans

le

pays

où il

a

été concédé.

Article II

Les médecins, chirurgiens et

sages-femmes qui viendront

exercer leur profession sur le

territoire delà Régence seront

(24)

- 24

tenus, dans le délai d'un mois à partir dujour où ilsont fixé leur domicile, d'en faire la déclaration par écrit au contrô¬

leur civil de leur

circonscription

et de déposer entre ses

mains, contre

récépissé,

le titre dont ils sont porteurs.

Ce titre sera ensuite vérifié par le secrétariat général du gouvernement tunisien. S'il a été reconnu valable, il sera

enregistré et retournéau titulaire avec unedéclaration cons¬

tatant le droit à l'exercice. L'omissiondeces formalitéscons¬

titue une contravention passible d'une amende de 16 à 200 francs.

Dans les circonstances il n'existe pas de contrôleur civil, les déclarations seront envoyées directement au secré¬

tariat général du gouvernement tunisien.

Article III

Les personnes auxquelles aura été délivrée la déclaration constatant le droit à l'exercice pourront selivrer à la prati¬

que de leur art dans toute l'étendue du territoire de la Ré¬

gence. Dans les caselles viendraient à changer de rési¬

dence, elles seront tenues, dans le délai d'un mois, de faire enregistrer leur titre par le contrôleurcivil de leur nouvelle

circonscription.

L'omission decette formalité constitueéga¬

lement une contravention passible d'une amende de 5 à

15 francs.

Article IV

Lesnomsdesmédecins, chirurgienset sages-femmes pour¬

vusd'un titre conférant le droit à l'exerciceseront portés, au commencement de

chaque

année, à la connaissance du publicpar la voie du Journal

officiel

tunisien.

Article V

Les personnes munies d'un titre valable ne pourront se livrer à l'exercice deleur profession quedans les limites éta¬

blies par le

diplôme

qu'elles possèdent.

(25)

25 -

Les

sages-femmes

ne

pourront exercer que l'art des accou¬

chements, sans

qu'il leur soit permis, sauf le cas de force

majeure,

de pratiquer une opération ou d'ordonner des médi¬

caments sans

l'assistance d'un médecin

ou

chirurgien pourvu

d'un titrelui

donnant droit d'exercer.

Toute infraction aux

prescriptions du présent article sera

considérée comme un

acte d'exercice illégal.

Article YI

L'exercicesimultané de la

profession de la médecine et de

laprofession

de pharmacien est interdit, môme dans le cas

de possession

des deux diplômes conférant le droit d'exer¬

cercesprofessions.

Tout médecin diplômé pourra

cependant vendre des médi¬

camentss'il réside dans une localité où

il n'existe

aucun pharmacien

autorisé.

Lescontrevenants seront

passibles d'une amende de 50 à

200 francs.

Article VII

Estréputée se livrer

à l'exercice illégal de la médecine

toute personne qui, sans

être munie d'un titre valable, a

l'habitude ou fait

profession, moyennant salaire ou gratui¬

tement,de conseiller un mode de

traitement, l'usage d'un

médicamentoud'une substancequelconque

qu'elle présente

comme capablede guérir, se

livre à des manœuvres ou opé¬

rationsayant le même but, ou

pratique l'art des accouche¬

ments.

Article VIII

Toute personne qui se

livre à l'exercice illégal de la méde¬

cinesera traduite devant les tribunaux compétents et

passi¬

ble d'une amende variant de 50 à 500 francs. Si

le délit

d'exercice illégal est

accompagné d'usurpation de titre,

l'amende sera de 100 à 1.000 francs. L'amende sera

double

(26)

26

en casde récidive, et les

délinquants

pourront, en outre, être condamnés à un emprisonnement qui n'excédera pas trois mois. Les poursuites auront lieu, soit d'office, soit à la requête des personnes pourvues d'un titre leur donnantle droità l'exercice, ou d'une association médicale,

lesquelles

auront le droit, même si la poursuite a lieu d'office, dese

porter parties civiles et de réclamer des dommages et inté¬

rêts pourle préjudice qui leur a étécausé.

Article IX

Le fait de s'être servi, pour obtenir le permis d'exercer, d'un titre faux ou falsifié, ou d'avoir fait usage d'un titre appartenant à une autrepersonne, sera assimilé à un faux etpoursuivi parles tribunauxconformément aux lois.

Article X

Par dérogation aux dispositions qui

précèdent,

la

tolé¬

rance del'exercice pourra être accordée :

1° Aux personnes qui exerçant la médecine depuis

cinq

ans aumoins, à la date du présent décret, dans la Régence de Tunis, seront en mesure de prouver qu'elles ont fait

des

études médicales pendant au moins trois ans dans une Ecole, Faculté, Université ou Hôpital-Ecole. Chaque

année

d'étude en plus tiendra lieu d'une annéed'étudeen Tunisie;

2° Aux indigènes âgés de soixante ans au moins et

prati¬

quant la médecine depuis une période de vingt ans,

ainsi

qu'à ceuxqui sont actuellementpourvusd'unamra

beylical;

Aux indigènes qui exercent dans les localités, villes, villages ou tribus où il n'existe pas de médecin

possédant

un titre qui donne droità l'exercice.

Article XI

Les personnes mentionnées ci-dessus, à l'exception

de

celles qui sont désignéesau paragraphe 3, adresseront

dans

(27)

27

ledélai de

deux mois, à partir delà promulgation du pré¬

sent décret, une

demande avec pièces à l'appui au contrôleur

civil deleur

circonscription, qui les fera parvenir au secréta¬

riat

général chargé d'en assurer la vérification. Le résultat

decettevérification sera

communiqué aux intéressés.

Article XII

Lespersonnes

mentionnées ci-dessus ne pourront prati¬

queraucune

opération, si ce n'est celle de la petite chirur¬

gie,sous

peine de poursuites devant la juridiction compé¬

tente pour

exercice illégal. Elles ne pourront pas être

appeléescomme

experts devant les tribunaux; les certificats

délivrés par

elles seront considérés comme nuls et sans

effetdevant les autorités

judiciaires et administratives. Il

leur est interdit, sous

peine d'une amende de 50 à 500 francs,

deprendre

le titre de docteur ou un titre de nature à faire

croire à la possession

d'un diplôme donnant droit à l'exer¬

cice.

Article XIII

La tolérance dont jouissent

les personnes mentionnées

ci-dessus pourra leur

être retirée pour cause grave, et sera

de droitrévoquée si

elles ont encouru une condamnation

pourexercice illégal.

Article XIV

La pratiquede

l'art des accouchements pourra être tolérée

de la partdes femmes

qui s'y livrent actuellement.

Les femmesqui

voudront obtenir cette tolérance seront

tenues d'en faire la demande par

écrit, dans le délai de deux

mois, à l'autoritéadministrative

du lieu de leur résidence.

Passéce délai, aucune

tolérance du même genre ne pourra

plus être accordéequ'aux

femmes indigènes.

Les femmes

auxquelles cette tolérance sera accordée ne

(28)

- 28

pourront, en aucun cas,pratiquer des manœuvres ou pres¬

crire des médicaments.

Toutes les fois qu'elles auront à pratiquer un accouche¬

mentdifficile ou qui se prolongera au delà de douze heures,

elles seront tenues de faire appeler soit un médecin, soit une sage-femmediplômée. Toute infraction à ces prescrip¬

tions sera considérée comme un acted'exercice illégal de la médecine et poursuivieconformément à la loi.

Nous voyons que parl'article XIV de ce décret, legouverne¬

ment tunisien tout en tolérant les anciennes matrones exer¬

çant actuellement etréellementl'art desaccouchements, leur limite exactement leur rôle. Elles ne pourront plus désor¬

mais agir à leur guise, et nous espérons ainsi voir peu à

peu disparaître de notre pays les coutumes plus ou moins barbaresqui permettaient à ces femmes de provoquerpar tous les moyens l'accouchement de leurs clientes.

Il nous permettra de lutter avec succès, nous

l'espérons,

contre toutes les coutumes vieilles de plusieurs siècles, et de faire pénétrer peu à peuchez les indigènes de la Régence des habitudes plus conformes avec les données actuelles de l'art des accouchements.

(29)

CHAPITRE IV

De

l'Avortement.

Lesmatrones

tunisiennes ont non seulement le monopole

des

accouchements,

comme

nous l'avons indiqué en traitant

cette

question, mais aussi celui des avortements.

L'avortement est

très fréquent chez les indigènes musul¬

mans, etcette

fréquence est d'autant plus vraie que le crime

tombetrès rarement, pourne

pas dire jamais, sous le coup

de la loi.

Même d'après le

Coran et les vieux jurisconsultes musul¬

mans,il est

interdit à la femme de se faire avorter. « L'avor¬

tement est interdit

à toute femme, dût-elle être dans les

quarante

jours de la gestation », dit Sidi Khalil, le grand

légiste arabe, en

étudiant à fond cette question de l'avorte¬

ment; il donne

même un moyen simple et pratique pour

déceler la présence

d'un embryon au milieu des caillots

sanguins Pour

reconnaître l'embryon, dit-il, il suffit de

versersur les caillots à

examiner de l'eau chaude; s'il y a

embryon il nese

dissoudra pas comme le sang. »

Quoique la

religion et les jurisconsultes musulmans aient

interdit toute manœuvre

d'avortement, il est rare que le

crime tombe sous le coup

de la loi, car la femme vit très

enfermée et il est presque

impossible de savoir ce qui se

passe dans les

intérieurs arabes.

Cependant le

Code civil tunisien prévoit bien le crime, et

nous ne pouvons

mieux faire que de mettre sous les yeux

du lecteur les articles

concernant

ces

manœuvres :

(30)

30

Article 374

« Tout individu qui

frappera

volontairement une femme enceinte et occasionnera Pavortementet la mort de la femme

sera condamné à la peine prescrite à l'article 303; mais si le coup a été involontaire et qu'il ait produit la mort de la femme et celle de l'enfant après la naissance, le coupable paiera le prix du sang de la mère et de l'enfant. Si le coup occasionne la mort de la mère et

qu'après

décès elle accouche d'un enfant mort, le coupable ne paiera que le prix du sang de la mère. Si le coup n'a occasionné quePavortement, il ne

paiera que le prix du sang pour l'enfant, de quelque sexe

qu'il soit, forméou non formé. »

Article 375

« Quiconque effraiera une femme enceinteet lui occasion¬

nera Pavortement, même sans lui porter des coups, sera condamné à payer le prix du sangde l'enfant. »

Article 376

«Toute femme enceintequi prendra médecine ouemploiera

un moyen quelconquepour avorter, sera condamnée à payer le prix du sang de l'enfant, duquel elle n'héritera pas,

et à

cinq ans de prison. »

Article 377

« Si la mère se refuse à nourrir son enfant par suite de brouille avec son mari ou pour toute autre cause, etque

le

mari n'ait pas pu trouver une nourrice, ou que Payant trou¬

vée, l'enfant s'est refusé à en prendre le sein, la mèreétant

cause de la mort de son enfant sera condamnée à payer

le

prix du sang. »

Sidi Khalil, notre savant légiste musulman, a évalué le

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