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Texte intégral

(1)

FACULTÉ DE

MÉDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX

AMNISTIÉE 1896-97 N° 83

LA

VARIOLE EN TUNISIE

THESE POUR LE DOCTORAT EN MEDECINE

présentée et soutenue

publiquement le 12 Mai 1897

PAR

Béchir DINGUIZLI

Médecin municipal de la Ville de Tunis,

ChargédeServicemédicalprèslaDirection de l'Enseignement public

Médecin-Adjoint des Établissements pénitentiaires

Né àTunis, le17février1869.

Examinateurs de laThèse

MM. MORACHE, professeur.... Président.

PIÉCHAUD, professeur.... i AUCHÉ, agrégé

j

Juges.

BRAQUEHAYE agrégé

\

.e Candidat répondra aux questions quilui serontfaites sur

les diverses

parties de l'Enseignement médical.

BORDEAUX

IMPRIMERIE Y. CADORET

17 rue montméjan 17

1897

(2)

IÀIU1TÉ DE MÉDECllXE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX

M.

MM.

PITRES Doyen.

PROFESSEURS :

Professeurshonoraires.

MICE.

AZAM

Cliniqueinterne.

MM.

PICOT.

PITRES.

1 DEMONS.

Cliniqueexterne

j

LANELONGUE.

Pathologie interne... . DUPUY.

Pathologieetthérapeu¬

tique générales VERGELY.

Thérapeutique ARNOZAN.

Médecineopératoire... MASSE.

Clinique d'accouchements MoUSSOUS Anatomiepathologique COYNE.

Anatomie BOUCHARD.

Anatomie générale et

histologie VIAULT.

MM,

Physiologie JOLYET.

Hygiène LAYET.

Médecinelégale MORACHE.

Physique BERGONIE.

Chimie BLAREZ.

Histoire naturelle GUILLAUD.

Pharmacie FIGUIER.

Matière médicale deNABIAS.

Médecineexpérimentale... FERRE.

Clinique ophtalmologique.. BADAL.

Clinique des maladies chirurgicales

des enfants PIÉCHAUD.

Clinique gynécologique... BOURSIER.

AGREGES EN EXERCICE :

section de médecine (Pathologie interneetMédecÀne légale).

MM. MESNARD.

CASSAET.

AUCHÉ.

MM. SABRAZES.

Le DANTEC.

section de chirurgie et accouchements ( MM.VILLAR.

Pathologieexterne j BINAUD.

{ BRAQUEHAYE

Accouchements MM. RIVIERE.

CHAMBRELENT.

Anatomie.

section des sciences anatomlques et physiologiques

J MM. PRINCETEAU. 1 Hhysiologie MM. PACHON.

' ' '

( CANNIEU. Histoire naturelle BEILLE.

section des sciences physiques

Physique MM. SIGALAS. I Pharmacie M. BARTHE.

ChimieetToxicologie.. DEN1GÈS.' |

COURS COMPLÉMENTAIRES :

Clinique interne desenfants MM. MOUSSOUS.

Cliniquedes maladiescutanéesetsyphilitiques DUBREUILH.

Cliniquedes maladiesdes voies urinaires POUSSON.

Maladies dularynx, des oreilleset dunez MOURE.

Maladies mentales REGIS. ,

Pathologie externe DENUCE.

Accouchements RIVIERE.

Chimie DENIGÈS.

LeSecrétaire de laFaculté: LEMAIRE.

Pardélibérationdu 5 août1819, la Facultéaarrêté queles opinions émisesdans les 1 hèsesqui lui sont présentées doivent être considéréescomme

propres à leurs auteurs, et qu'elle n'entend

leurdonnerni approbationni improbation.

(3)

A notre Auguste

Souverain

S. A. Ali PAGIIA

- Bey deTunis.

Profond hommage de respect

et d'éternelle reconnaissance de son

humble sujet.

A Son Excellence

Monsieur René

MILLET

Ministre Plénipotentiaire,

Résidentgénéralde la République

Française à Tunis.

Hommage de respectueux

dévouement.

A Son Excellence

Monsieur Paul

RÉVOIL

MinistrePlénipotentiaire,

RésidentgénéralAdjoint dela

République Française à Tunis.

Respectueuxhommages.

(4)

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(5)

A mon Père

Le Colonel Mohamed DINGUIZLI

Commandeur del'ordredu Nichan Iflikar.

A mon Frère Moûstapha DINGUIZLI

AncienElève del'EcoleNormalesupérieuredeSaint-Cloud, t rétaireInterprètedelaSectiond'EtatduGouvernementTunisien,

Officier del'ordre duNichanIflikar.

Puissecemodeste travail répondreaux espérancesquevousavezfondéessurmoi.

A mon Oncle

Le Colonel Sadok GU1LEB

GouverneurdeNaheul,

Chevalier de la Légion d'honneur,

Grand Officier de l'ordre du Nieha 11 I ft i

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A mes Chefs de Service

Monsieur L. MACIIUEL

Directeur de l'Enseignement public en Tunisie,

Inspecteurgénéral del'Université,

Chevalier de la Légion d'honneur,

GrandOfficier del'ordreduNichanIflikar.

Monsieur BOY

Consul deFrancede /''eClasse,

Secrétaire général du Gouvernement Tunisien,

Chevalierde laLégion d'honneur,

Grandcroix del'ordredu NichanIflikar.

Vousm'avez toujourstraitéenfils.

Envousinscrivant surlapageréservée

à ma famille, j'ai voulu faire connaître publiquementtous lestitres quevous avez

acquis àmareconnaissance.

(6)
(7)
(8)
(9)

A Monsieur le Docteur P. COYNE

Professeurcl Anatorniepathologique àlaFaculté de Médecine deBordeaux,

Officier del'Instructionpublique.

A mon Excellent Ami

Le Docteur A. LOIR

Directeur de l'Institut Pasteur de Tunis.

A MES AMIS

(10)

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(11)

A mon Président de thèse

Monsieur le Professeur

MORACHE

MédecinInspecteur,DirecteurduService desantédu18e

Corps d'armée,

Professeurde Médecine légale,

Commandeur de la Légion d'honneur, Officier de

l'Instruction publique,

Membrecorrespondant del'Académie demédecine.

(12)

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(13)

LA

VARIOLE EN TUNISIE

I

INTRODUCTION

En présentant cette thèse dont je ne me

dissimule

pas

les

imperfections," je voudrais montrer quelles sont

les raisons qui

m'ont fait choisir mon sujet.

J'ai l'honneur d'être le premier musulman

tunisien qui

se présente pour obtenir le grade de docteur en

médecine depuis

l'occupation française, c'est-à-dire

depuis

que

la Tunisie bénéfi¬

cie des bienfaits du Protectorat.

Si, par mes études antérieures et

le grade

que

je brigue

au¬

jourd'hui, j'appartiens au corps

médical français, je désire

em¬

ployer mon énergie pour tâcher de

faire profiter

mes

coréli-

gionnaires de la science que

l'éducation française m'a permis

d'acquérir. Ce sera comme un

devoir de reconnaissance

que j'accomplirai envers la France, que

d'essayer de répandre dans

ma sphère soninfluence en

cherchant

à

améliorer les conditions

sanitaires du pays oùj'exerce la

médecine.

En établissant en Tunisie tout un système d'éducation secon¬

daire, le gouvernement du Protectorat

m'a facilité l'accès des

(14)

- 16

études médicales; qu'il me soit permis de

remercier ici celui

que la France a

chargé d'organiser cet enseignement

en

Tuni¬

sie, M. le directeurMachuel, quin'a jamais cessé

de

me

témoi¬

gner sa bienveillance.

Tunis a été de tout temps un centre d'études supérieures.

Notre grande mosquée a toujours été un des

grands foyers

littéraires et scientifiques de notre civilisation arabe; il appar¬

tient à la France de maintenir Tunis à la tête de la civilisation

du monde musulman.

J'ai essayé, pour remplir dans la mesure de mes forces

le

programme que je viens

d'indiquer rapidement, de faire

une

étude complète d'une des maladies les plus

meurtrières

en Tunisie, la variole.

Il semble encore à l'heure actuelle, malgré les progrès que laprophylaxie de cette affectionafaits depuisun

siècle,

que

c'est

une maladie pour ainsi dire obligatoire pourle Tunisienet qu'il

cherche le plus vite possible à avoir, la croyantinévitable.

J'ai essayé de montrer quelles sont les pertes que fait subir

cette maladie à la population tunisienne.

Jecroispouvoir lui attribuer le chiffreconstantdespopulations

des tribus du Sud, qui, depuis la plus haute antiquité, occupent

le même espace de terrain sur lequel elles arrivent àvivre sans

jamais avoir eu besoin de s'étendre et d'entrer en lutte avec leurs voisins. Pourtant, chaqueannée, chaquetente a un enfant;

à ce taux, la population devrait augmenter rapidement si une épidémie nerevenait périodiquement enlever le trop plein de la population enfantine. Aussi est-il permis desedemander ce que deviendraient les conditions politiques et la richesse de la Tuni¬

sie sices épidémies disparaissaient.

Pour Tunis, grâce à la statistique officielle, j'ai pu indiquer

le chiffre de la mortalité parvariole dans la capitale delàrégence.

Ces chiffres sont effrayants et montrent d'une façon indiscu¬

table l'efficacité de lagrande découverte de Jenner. Tandisqu'à Paris, sur une ville deplus de 2 millions d'habitants, ilnemeurt

en moyenne par mois que 9 personnes de variole, à Tunis, sur

une population de 160,000 habitants, il est mort en une année

(15)

- 4 7

1,645 personnes

de petite vérole sur lesquelles on rencontre

1,384 Arabes,

101 Israélites et 160 Européens.

La

population arabe est de 100,000 habitants non vaccinés;

la

population européenne est d'environ 30,000 (Français, Ita¬

liens, Siciliens,

Maltais)

sur

lesquels les Siciliens sont rarement

vaccinés; et enfin la

population Israélite d'environ 30,000 per¬

sonnestoutes vaccinées.

J'aidécrit lesdifférents

modes employés par nos Toubibes (1)

et nos inoculatrices

israélites

pour

procéder à la variolisation.

J'ai essayé de

démontrer les bienfaits qu'une partie de la

population retire de la vaccination selon le procédé de .lenner,

introduit en 1812 et

qui

se

répand de plus en plus, grâce à

l'installation, par le

gouvernement du Protectorat, du service

de la vaccine et d'un centre

vaccinogène que l'on vient de créer

comme annexe de

l'Institut Pasteur de Tunis.

C'est dans ce centre

vaccinogène

que

j'ai pu suivre de près

l'évolution du Cowpox surnos

animaux indigènes tunisiens : le

jeune chameau,

le mouton barbarin, la gazelle, tous animaux

que nous

trouvons facilement en Tunisie et qu'un vaccinateur

désireux d'augmenter sa

provision insuffisante de vaccin se

procurera

plus aisément qu'une génisse.

Monbut seratoujours

de faire pénétrer chez mes coréligion-

naires les données

scientifiques

que

j'ai apprises grâce aux

bienfaits de l'instruction

qui m'a été donnée par le Protectorat

français et un de mes

soins les plus constants sera de répandre

dans mapratique

les mesures prophylactiques indiquées par la

science moderne, en

particulier

au

sujet de la variole.

J'ai cru, en ma

qualité de musulman, avant d'achever ce tra¬

vail, faire œuvre

utile

en me

livrant à une discussion au point de

vue canonique, pour

démontrer que l application du vaccin

animal que nous avons

le devoir de préconiser actuellement à

l'exclusion detoutautre, ne

rencontre aucune objection au point

devue religieux.

(1)Médecinsarabes.

Dinguizl.1

2

(16)

Avant d'aborder le sujet qui fait partie de mon travail, qu'il

me soit permisde remercier ici M. le docteurA. Loir, directeur

de l'Institut Pasteur et du centre vaccinogène de Tunis, des excellents conseils qu'il n'ajamais cessé de me donner jusqu'à

la fin de ce travail.

C'estgrâce à sonbienveillantaccueil dans son laboratoire que

j'ai pu conduire à bienla partie expérimentale de ma thèse.

Que Monsieur le professeur Morache veuille bien agréer mes

remerclments pour l'insigne honneur qu'il me fait en acceptant

la présidence de ma thèse.

(17)

II

OPINION DES MUSULMANS TUNISIENS SUR LA

VARIOLE.

FRÉQUENCE DE CETTE MALADIE

Pour l'Arabe tunisien, la

variole parait être une maladie

obligatoire que

toute

personne

doit avoir une fois dans sa vie.

L'Arabe n'admet pas la

récidive de cette affection contagieuse.

« Un individu qui aura eula

variole

ou

qui aura été variolisé pen¬

dantsajeunessejouirade

l'immunité pendant toute sa vie ».

Chacun doit payer son

tribut à la maladie ; voilà pourquoi

noustrouvons différents

modes de contagion qui permettent à

l'êtrehumainde

s'affranchir de cette nécessité le plus rapide¬

ment possible,

c'est-à-dire dans le cours de la première année.

Pourtantil existe chez bon

nombre d'indigènes ce que nous

appelons la

tradition de la famille.

Telle famille ne fait pas

varioliser

ou

vacciner ses enfants

parce que

cette pratique n'existait pas chez les ancêtres. Dans

cesfamilles, il est presque

impossible de faire pénétrer la vac¬

cination; l'Arabe est

avant tout fataliste; pour lui, ce qui devait

arriver arrivera : «

Mectoub

»

(c'était écrit).

Commenous l'avonsdéjà

dit, les ravages causés par la variole

sont énormes.

Malheureusement, sauf pour Tunis, où la morta¬

litéa été,en 1888,de

1,645

pour

160,000 habitants, nous n'avons

pas de

statistique

;

mais nous avons une idée des ravages faits

parla

maladie

en

voyant le nombre de personnes aveugles à la

suite de la petite

vérole,

en

voyant combien sont nombreux les

indigènes qui

portent les marques de variole et nous compre¬

nons combiendoitse

répandre cette affection en voyant souvent

(18)

20

se promener dans les rues, dans les voitures publiques, dans

les trains du chemin de fer, des enfants en pleine période de desquamation variolique.

STATISTIQUE GÉNÉRALE

La déclaration des décèsestobligatoiredepuisle 1er avril 1885, époque où ont été réorganisées les municipalités. Ce service fonctionne d'une manière satisfaisante parce qu'il faut déclarer préalablementle décès, si l'onveut obtenir un permis d'inhuma¬

tion dans les cimetières municipaux.

Pour chaque décès, on exige un certificat médical, constatai!

la mort et sa cause.

(19)

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Indigènes

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(20)

22

Tous ceux quiont écritsur la Tunisie parlent de la variole.

Le docteur Félix Kaddour, dans sa récente brochure sur.

Nabeul et son climat, écrit (p. 12) :

« La variole fait des ravageseffrayants parmi la population infan¬

tile; on peut affirmer que c'est une des principales causes de la dé¬

population.

» Je me souviens avoir traversé des villages arabes dont lesrues et places étaient pleines d'enfants; une épidémie de variole arrive etenlève en quelquesjours les trois quarts de tout ce petitmonde naguère si gai, si frais, si content devivre sans souci ».

C'est qu'en effet, comme nous le disions plus haut, hormis les centres importants où il existe desmédecins civils ou militaires, l'indigène ne peut goûter les bienfaits de la vaccine; même,

ilne

songe pas à en profiter, car son éducation sur ce point est

à faire; il en est resté à la méthode de ses pères, à la variolisa- tion.

« La variole, disent MM. Guérard et Boutineau, auteurs de la Khroumirieet sacolonisation, sevoitquelquefois dans la population arabe, principalementdans la tribu des Meknà.

» Lesindigènes pratiquent euxaussi, depuis un certain temps, la vaccine de la manière suivante : ils se font une scarification sur la partie dorsale de la main entre le premier et le deuxième métacar¬

pien etmettent du pus varioleux, de préférence d'enfant; c'est là doncplutôt une inoculation qu'unevaccination de lavariole ».

Nousverrons pourtant, dans le coursdecetravail, quelavac¬

cination de bras à bras se pratique surtout à Tunis, mais sans

aucune garantie, par des inoculatricesjuives, et elle est une

exception rendue très rare par le prix énorme que font payer

ces femmes; ellesdemandent àTunis, dans lesquartiers lesplus

pauvres, six francs pour inoculer, puis elles reviennent huit

jours après; si le vaccin a amené de belles pustules, on doit

(21)

- 23

encore donner deux francs pour

cette femme et deux francs

pour

l'enfant qui

a

servi de vaccinifère.

Il estinutile de faire

ressortir les dangers que présente cette

vaccination ainsifaiteau

point de

vue

de la syphilis entre autres;

mais pourtant,

il est bon de faire remarquer que cette maladie

esttrès répandue

dans notre population ; et, avant le Protectorat

français, on

n'avait jamais songé à la possibilité d'une visite

médicale des femmes,

c'est-à-dire

que

la prophylaxie de la

syphilis

n'existait

en

aucune façon.

(22)

III

LA VARIOLE D'APRÈS LES AUTEURS ARABES

Avant de voir en détail les procédés employés pour lavario-

lisation et les progrès que faiten ce momentla vaccinationdans le sein de notre population indigène, nous pensons qu'il serait intéressant d'aborder ici, le plus strictement possible, la partie

de nos livres médicaux arabes où nos toubibes (1) puisent les

éléments de la science qu'ils appliquent ensuite.

Avicenne (2), Rhasès (3), Averroès (4), parlent de cette mala¬

die à peu près dans les mêmes termes. Voici un résumé de ce

qu'ils disent dans leurs traités :

« Celte maladie résulteraitd'une fermentation dans la circulation sanguine;fermentation qui serait due à la présence dans le sang du

résidu de la menstruation. Cettefermentation donne naissanceà une

humeur virulente qui, par sa force propre, chasse au dehors, à la surface de la peau, le sang des règles qui servait à la nutrition de l'être pendant la vie intra-utérine.

» Cette fermentation qui se produit dans le torrent circulatoire,

estcomparée par Avicenne àla fermentation naturelle quise produit

dans le jus du raisin fraîchement exprimé pour le transformer en vin.

» A côté de cette cause d'ordre interne, Avicenne signale d'autres

causes d'ordre externe : telles qu'une humeur maligne, pénétrant

(1)Nomarabequi signifiemédecin.

(2)Avicenne, 1037, èrechrétienne,370 hégire (Ibn-Sina).

(3) Rhasès, 850èrechrétienne,267 hégire (Ei-Razi).

(1) Averroès, 1126,èrechrétienne,520, hégire (Ibn-Rochd).

(23)

dans l'économie par les voies

ordinaires,

se

mélangeant au sang,

l'infectant etle mettanten ébullition,

ébullition analogue à celle qui

seproduit dansla

circulation

aux

changements des saisons et engen¬

drant lavariole.

» De même que la rougeole,

la variole est une maladie saison¬

nière ; les vents du Sud ontune

grande influence sur son éclosion.

» Les corps humains

particulièrement prédisposés à cette maladie,

sont ceux à tempérament sanguin, peu

habitués à la saignée et

abusant comme boissondulait

de chamelle ou de jument.

» Sansépargner totalement

les vieillards, la variole est particuliè¬

rementplusfréquente chez

les enfants et chez les adultes. Les sai¬

sonsont une influence certaine surson

développement ; c'est ainsi

qu'elle estplus fréquente au

printemps et à l'automne, surtout si ces

deux saisons ontété précédées

d'un hiver

ou

d'un été rigoureux.

» L'éruption variolique

n'envahit

pas

seulement la surface cuta¬

née, mais attaque avecune

intensité égale les viscères abdominaux.

' » L'apparition de la

variole

se

traduit par de fortes démangeaisons

à la peau; à celles-ci,

succèdent une pullulation de petites taches

rougeâtres de lagrosseur

d'une tête d'épingle. Ces taches augmen¬

tentpeu àpeude volume,

viennent faire saillie au dehors, s'emplis¬

sent d'humeur purulente, se

vident, puis se transforment en croûtes

de nuances diverses qui,

d'adhérentes qu'elles étaient à la peau,

finissent pars'en détacher et

tombent.

» Lavariolepeut donner

quelquefois lieu à la formation de phleg¬

mons, ainsiqu'àla

suppuration ganglionnaire.

» L'éruptionvarioliquese

présente sous différentes couleurs : blan¬

che,jaune, rouge, verte,

violette et noire; ces trois dernières cou¬

leurssontd'un mauvais augure.

» Lorsque les pustules

sont blanches, volumineuses, à incubation

courte, que leur éclosion

donne

peu

de malaise et une faible éléva¬

tion de latempérature,quela

chute de celle-ci a lieu en même temps

queleurapparition,

c'est-à-dire vers le troisième jour de la maladie,

onpeuten conclure que

la variole est bénigne.

» Il est àremarquer, ditl'auteur, que

la nature de la malignité de

cette maladiedépend bien plus

de la virulence de l'humeur prove¬

nant du sangdes règles que

du nombre des pustules, car il y a des

(24)

26

varioles qui tuent rapidementavecuntrès petit nombrede pustules,

parcequel'éruptionavorte partiellementetnesefait pastoutentière.

Dans ce cas, les pustules sontd'une coloration verte ou noirâtre.

» Chez un malade atteint de variole maligne, la mort estsouvent inévitable. L'affaiblissement des forces, une soif ardente, des diar¬

rhées profuses, des pissements sanguins, des alternativesde suffo¬

cation, enfin le refroidissement des extrémités sont les symptômes habituels du moment fatal.

» Lavariole récidive quelquefois, lorsqu'à la première atteinte de la maladie toute l'humeur virulente n'a pas été expulsée au dehors.

» L'apparition de lavariole est toujours précédée de symptômes qui méritent d'être signalés :

» Douleurs lombaires; picotementsaunez; réveilensursaut ; élan¬

cements violents; courbature générale; rougeur de la face et des yeux; bâillementfréquent; enrouement; céphalalgie; soif ardente;

gêne et douleurdans la déglutition; tremblement des membres infé¬

rieursaumomentdel'extension; le cortège symptomatique s'accom¬

pagne de fièvre continue ».

Il nous a semblé intéressant, dans les écrits d'Avicenne, de

trouver que dès 1307 de l'ère chrétienne, cet auteur comparait

la maladie àla fermentation.

(25)

IV

traitement de la variole chez les arabes

Quel est le

traitement assigné à la variole par les Indigènes ?

Nous allons l'indiquertel

qu'il est préconisé par les toubibes,

soit que

l'individu ait

une

variole spontanée, soit qu'il ait une

variole provoquée par

la variolisation.

Dès la période

d'incubation, le malade, généralement un

enfant, ne doit avoir comme

boisson que de l'eau bouillie,

commealimentationniœufs,

ni viande, ni fruits d'aucune nature

etse contente exclusivement

de bouillon de chèvre. Si le malade

estun enfantà la mamelle,

la mère

se

nourrit exclusivement

de viande de chèvre et donne à

l'enfant

un

mélange de beurre

salé et de miel.

Pendanttoute la durée de la

maladie, le linge que porte l'en¬

fant, les couvertures,

les rideaux du lit sont d'une couleur

exclusivement rouge.

Cette dernière

prescription, rapprochée des différentes com¬

municationsfaites ces dernières

années

en

Europe, nous a paru

fortintéressante.

Nostoubibes arabes ont

l'air de craindre les effets de la radia¬

tion solaire. Est-cela même

idée qui les

a

guidés dans une der¬

nière prescription

qui

nous

reste encore à signaler? c'est que

pendant toute

la durée de la maladie, l'introduction de la chaux

estinterdite chez les indigènes, on ne

blanchit jamais les mai¬

sons pendantla

durée de la maladie ; or, il faut savoir que le

blanchiment à la chaux de sa

maison est pour l'indigène une

nécessitéqu'il s'impose au

minimum deux fois par an.

(26)

28

Les lésions oculaires, cataracte, irido-choroïdite, opacité cor- néenne qui sont quelquefois la conséquence de la variole sont traitées par l'application d'un mélange de lait et d'une poudre

fine provenant de la carbonisation desproduits de la desquama¬

tion variolique.

(27)

V

VARIOLISATION ET VACCINATION CHEZ LES MUSULMANS

TUNISIENS

La vaccination de bras à bras se

fait quelquefois, mais rare¬

ment chez les Arabes

tunisiens. Elle est faite, comme nous

l'avons déjà dit, par

des inoculatrices israélites.

Les toubibes arabes qui

pratiquent,

eux

aussi, l'inoculation,

lafont par

scarification à la main dans le premier espace inter¬

digital (entre le pouce

et l'index sur le dos de la main).

Dans la majeure partie des

familles,

on

refuse la vaccination et

l'on a recours à la variolisation.

Celle-ci

se

fait en prenant le pus

d'une pustule de variole

chez

un

individu sur lequel la maladie est

bénigne et on obtient

chez l'inoculé quelquefois de simples boutons,

mais souvent aussiune variole

généralisée et grave; cette inocula¬

tion se faitordinairement àla

main.

Chez d'autres indigènes, on

emploie

encore

un autre mode de

variolisation;c'est plus

exactement la recherche de la contagion

qu'une

variolisation. On fait manger, en les mettant dans une

tassede lait,descroûtes

de pustules varioleuses à l'individu que

l'onveutimmuniser. D'autres

enfin emploient un procédé dont

voici la technique ; on

conduit l'enfant bien portant au chevet

d'un enfant malade en pleine

période d'éruption varioleuse, on

le laisse là environtrois quarts

d'heure. Les deux enfants s'em¬

brassent àplusieurs

reprises et le malade donne au visiteur des

fruits secs (noix,

noisettes, amandes, pistaches, etc.).

Aprèsce

séjour,

on

considère que l'enfant est en puissance de

variole. On le ramène chez

lui et, parait-il, dans l'immense ma-

orité des cas, lafièvre se

déclare trois ou quatre jours après (?)

\

(28)

30 -

Au bout de ce laps de temps, des taches rosées couvrent le corps. Le troisièmejour de cette période, la totalité des taches rosées est apparue et la suppuration commence le lendemain,

c'est-à-dire le septième jour de la maladie. Cette suppuration

dure aussi trois jours au bout desquels la famille se presse

auprès du petit maladepourserendre compte de lanature dela maladie. C'est en effet à ce moment que l'on peut savoir si elle

est bénigne ou maligne. Dans le premier cas, on se trouve en

présence de belles pustules bien gonflées et remplies de pus

jaunâtre. Dans le second cas, les pustules sont d'une couleur rouge foncé, d'un volume moindre et très déprimées. Ces deux distinctions sont pour les indigènes : la première (pustules jau¬

nes etbiens gonflées) d'unheureux présage; laseconde(pustules foncées) leur offre un pronostic inévitablement fatal.

A ces différentes périodes de la maladie succède la période de dessiccation qui dure vingt-sept jours, au bout desquels les parents conduisentleur enfant, pour le débarrasser des croûtes

au bain maure, où très souvent il y a une agglomération de jeunes bébés. Notons encore ici une importante source de con¬

tagion.

D'après ce que nousvenons de relater, cette contagion voulue

n'est pas sans danger, puisque, si l'on signale descas de variole

bénigne, on prévoit aussi des cas de variole grave.

Dans la plupart des tribus de la Régence, lorsqu'on veut varioler un enfant, on le conduit auprès d'un malade dont les

pustules sont enpleine période de suppuration, et l'on procède

à sa variolisation en se servant de l'étrange procédé qui suit : l'une des pustules estpercée d'un instrument tranchant; avec un

instrument de même nature (mais pas le même) onfaituneinci¬

sion sur la face dorsale de lamain, puis l'on prend deux raisins

secs que l'on enduit du pus provenant de la pustule préalable¬

ment incisée. L'un de ces grains de raisin est ingéré par le patient; l'autre est appliqué au niveau de l'incision déjà faite

sur la face dorsale de la main.

Nous avons parlé tout à l'heure de l'inoculation qui se faisait

au niveau dupremier espace interdigital, sur la face dorsale de

(29)

- 31

la main. Il semble que ce lieu

d'élection ait été le seul

en

hon¬

neur depuis la

plus haute antiquité jusqu'en 1829, époque à

laquelle

Morel, médecin français, attaché au consulat de France •

et souvent appelé par

Houssaïn Bev, alors possesseur des Etats

deTunis, conseilla un nouveau

lieu d'élection qui fut générale¬

ment admis. Ce lieu d'élection est la

face externe du deltoïde.

(30)

VI

HISTORIQUE DE L'iNTRODUCTION DE LA VACCINATION DANS LES MOEURS TUNISIENNES

La vaccinationne pénétra véritablement dans le payset ne fit

une concurrence véritable àla variolisationetauxpratiques que

nous avons décrites que vers 1854.

Un peu avant 1848, le Bey Ahmed se rendit en France pour

nouer des relations amicales avecle roi Louis-Philippe. Il revint

avec une mission militaire française à la tête de laquelle était

le lieutenant-colonel Campenon, qui devait réorganiser l'armée

tunisienne. Cette mission s'occupa du service médical qu'elle

confiaàdes médecins civils, italiens pour la plupart, et quiexer¬

çaientdéjà dans le pays. Cependant le service sanitaire de la

caserne occupée aujourd'hui par le 4e régiment de zouaves était

confié à un Français, le docteur Cotton.

C'est lui qui fut le propagateur de la vaccine dans notrepays, d'abord dans la population militaire, puis dans la population

civile.

La vaccination, telle que le docteur Cotton l'introduisit, sefai¬

sait au moyen de tubes et de lamelles qui, probablement,

venaient de France. Elle eut une période de vogue, puis les indigènes revinrent en masse àla variolisation,justifiant l'aban¬

don du vaccin par le tube, par des cas de variole suivis de mort

assez fréquents, se produisant chez des vaccinés, malgré cette opération.

11 nous a semblé étrange de voir presquetoujours nos inocu¬

lations préservatrices en Tunisie, se faire à la main dans le premier espace interdigital; il nous a été impossible de savoirà quelle époque remonte cette pratique. Nous nous sommes

(31)

33 -

demandé si elle ne

serait

pas

relativement récente et si elle ne

nous viendraitpas de

Jenner? Là à celte place où il a dû voir

les premières

pustules du cowpox chez l'homme. Puis, peu à

peu, cette

pratique aurait été abandonnée à mesure que l'on vit

les accidents que doit

entraîner cette mesure par suite des diffi¬

cultés qu'il y a à

maintenir la main dans un état de propreté

suffisante pour

éloigner tout danger de contamination.

Ce lieu d'élection

aurait été,

au

contraire, conservé par nos

populations arabes éminemment conservatrices.

Malgré toutes nos

recherches dans la littérature spéciale, il

nous aété impossible

de savoir exactement où Jenner faisait ses

premières

vaccinations. C'est là un point d'histoire qu'il nous

semblerait intéressant

d'élucider.

Si celieu d'élection à

la main n'a jamais été en honneur en

Europe, son

choix serait-il dû, au contraire, à l'esprit d'observa¬

tion desArabes?

Connaissaient-ils depuis longtemps et sans le

savoir le cowpox

qu'ils prenaient pour de la variole atténuée,

atténuation qu'ils

supposaient peut-être due à la place du l'ino¬

culation?

Quelque chose

de semblable à ce que l'on retrouve dans la

suite, dans

l'histoire de la médecine, pour l'inoculation préven¬

tive desbêtes àcornes

contre la péripneumonie et des moutons

contre la clavelée.

Voyant que

les pustules de vaccin viennent aux mains des

femmes qui

traient les vaches et comme ces pustules élaient

confondues, pour eux, avec

la variole, il est naturel que les

premiers

observateurs plus ou moins nomades aient remarqué

la limitation aux mains

et la bénignité de l'éruption vaccinale

qu'ils

prenaient

pour

la variole. Ils en ont conclu que l'inocula¬

tion de la variole

pratiquée dans cette région devait être béni¬

gne; d'où cette

pratique née de la confusion de deux maladies

distinctes.

DlNGU17.II

3

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