230 Séries de nombres réels ou complexes. Com- portement des restes ou des sommes partielles des séries numériques. Exemples.
Nous noterons K = R ou C. Sauf précision (un)n∈N, (vn)n∈N, (wn)n∈N. . .désigneront des suites à valeurs dansK.
1 Convergence
Le mouvement est impossible, car avant d’arriver à destina- tion, ce qui se meut doit d’abord arriver au milieu, et ainsi de suite ad infinitum. (paradoxe deZénon) Définition 1. La série de terme général un, notée Σun, est le couple ((un)n∈N,(Sn)n∈N) où pour tout n ∈ N, Sn := u0+· · ·+un (suite des sommes partiellesde la série). L’ensemble des séries surKest muni d’une structure naturelle deK-ev.
Définition 2. On dit que la sérieΣun est :
convergente(CV) si(Sn)converge (dansK),divergente(DV) sinon, grossièrement divergente(DVG) si un6→0lorsquen→+∞, absolument convergente(CVA) siΣ|un|CV,
Cesàro-convergente(CVC) si(n+11 (S0+· · ·+Sn))n∈N converge, commutativement convergente(σCV) si (∀σ∈S(N), Σuσ(n) CV).
LorsqueΣun CV, la limite de(Sn)est appeléesommede la série, et on la noteP+∞
n=0un. Dans ce cas la quantitéRn:=P+∞
k=n+1uk, n∈N,est bien définie et est appeléereste d’indice nde la série.
Résumé 3. σCV⇐⇒CVA, CVA=⇒CV=⇒CVC et DVG=⇒DV.
Toutes les autres implications sont fausses en général (voir les exemples 5,7 et12et laremarque 13). [Com,Gou]
Théorème 4 (Critère de Cauchy). Σun CV si et seulement si
∀ε >0, ∃N ∈N, ∀m > n>N,
m
X
k=n+1
uk
6ε.
Exemple 5. Σ(−1)n est CVC (de C-somme 12) et DVG.
Exemple 6 (Série géométrique). Pour touta∈C,Σan CV si et seule- ment si|a|<1, et dans ce casP+∞
n=0an= 1−1a.
Exemple 7 (Série harmonique). Σn+11 est DV et non DVG.
Proposition 8 (Série télescopique). Si(vn)n∈N est telle que pour tout n∈N,un=vn+1−vn, alorsΣun CV si et seulement si(vn)converge.
Exemple 9. Σ(n+1)(n+2)1 est CV (de somme1).
Remarque 10. Cette observation est fort utile pour les développe- ments asymptotiques (voir lethéorème 27et lesexemples 28et29).
Théorème 11 (Règle de Leibniz, critère spécial des séries alternées).
On suppose que ((−1)nun)n∈N est réelle de signe constant et que (|un|)n∈N décroît vers 0. Alors Σun CV. Pour toutn∈N, le resteRn
est du signe (au sens large) deun+1, et|Rn|6|un+1|. [Gou, p. 206]
Exemple 12 (Série harmonique alternée). Σ(−1)n+1n est CV et non CVA.
Une telle série est ditesemi-convergente(SCV).
Remarque 13 ([Com, p. 55], [Hau, p. 123]). Si(un)∈RN et Σun est SCV, alors ∀a∈R, ∃σ∈S(N), Pn
k=0
uσ(k)−−−−−→n
→+∞ a.
Utilisation des séries à termes positifs
Quelle que soit(un)n∈N,Σ|un|est une série à termes positifs (SATP) ! Lemme 14 ([Gou, p. 201]). Toute SATP est CV si et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée.
Proposition 15. L’ensemble des séries à termes positifs convergentes (SATP CV) est une partie génératrice duK-ev des séries CVA.
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Proposition 16. On suppose que Σvn est CVA. Siun =O(vn), alors Σun est aussi CVA.
Exemple 17 (Séries de Riemann). ∀α∈R, Σ(n+1)1 α CV ⇐⇒ α >1.
Si un =O(n1α)avecα > 1 alorsΣun CV(A). Si n1 =O(un) alorsΣun
est non CVA (comme c’est le cas de la série CVΣ(−1)
n
n+1 ).
Exemple 18 (Exponentielle). Σzn!n CV(A) pour toutz∈C.
Exemple 19 (Fonction zêta). ζ(z) :=P+∞ n=1 1
nz existe pour ℜ(z)>1.
Exemple 20 ([Hau, p. 114]). vn := (−1)
n
√n ∼ (−1)
n
√n +n1 =:un lorsque n→+∞, maisΣvn est CV alors queΣun est DV.
2 Asymptotique
Proposition 21 (Comparaison série-intégrale, [Gou, p. 204]).
Soit f ∈ C(R+,R+) décroissante. Alors Σf(n) et R+∞
0 f(t)dt sont de même nature, et
1. s’il y a divergence,P
k6nf(k)−Rn
0 f(t)dt converge dansR+, 2. sinon,R+∞
n+1f(t)dt6P
k>nf(k)6R+∞
n f(t)dtpour toutn∈N.
Exemple 22 (Série harmonique). SoitHn :=Pn k=1 1
k, n>1. Il existe γ∈R+ tel queHn= log(n) +γ+o(1)lorsquen→+∞.
Exemple 23. Pour tout 0 < α < 1, Pn
k=1k−α ∼ 1−1αn1−α lorsque n→+∞. Pour toutα >1,P
k>n 1
kα ∼ α1−1n1−αlorsque n→+∞. Exemple 24. ∀s >1, 1 +(s−1)21 s−1 6ζ(s)61 + s−11 doncζ(s)∼ s−11
lorsques→1+ etζ(s)→1lorsque s→+∞.
Proposition 25 (Règle de Raabe-Duhamel, [Gou, p. 205]). Si un >0 pour tout n∈ N et s’il existe α∈ Rtel que un+1un = 1−αn +O(n−2) lorsquen→+∞, alors il existeλ >0tel que un ∼λn−α.
Exemple 26. Il existeλ >0tel quen!∼λnn+12e−n lorsquen→+∞. Théorème 27 (Sommation des relations de comparaison, [Gou, p. 202]).
On suppose queΣvn est une SATP CV.
1. Siun=o(vn), alorsΣun CV(A) etP
k>nun=o(P
k>nvn).
2. Siun=O(vn), alorsΣun CV(A) et P
k>nun=O(P
k>nvn).
3. Siun∼λvn (λ∈K∗), alorsΣun CV(A) etP
k>nun∼λP
k>nvn. On suppose queΣvn est une SATP DV.
4. Siun=o(vn), alorsP
k6nun=o P
k6nvn . 5. Siun=O(vn), alorsP
k6nun =O P
k6nvn . 6. Siun∼λvn (λ∈K∗), alorsP
k6nun∼λP
k6nvn. Exemple 28. Soit pour tout n>1,εn:=Hn−log(n)−γ.
Alorsεn−εn+1=−n+11 +log(1+1n) =2n12+o(n12), doncεn= 2n1 +o(1n).
D’où Hn= log(n) +γ+2n1 +o(n1)lorsquen→+∞.
Exemple 29 (Sinus itéré, [Gou, p. 219]). Soient u0 ∈ ]0,π2] et pour n>1,un = sin(un−1). Alorsun=»
3
n −310√3logn√nn +o(logn√nn).
Théorème 30 (Formule d’Euler-Maclaurin, [Gou, p. 301]). Soient m < ndansZ,r∈N∗ etf ∈ Cr([m, n],C). Alors
n
X
k=m
f(k) = Z n
m
f(t)dt+1
2[f(m) +f(n)] +
r
X
k=2
bk
k![f(k−1)(n)−f(k−1)(m)]
+(−1)r+1 r!
Z n
m
B˜r(t)f(r)(t)dt,
où – (Bk)k∈N est la suite des polynômes de Bernoulli définie parB0= 1 et Bk′ =kBk−1, R1
0 Bk(x)dx= 0pour toutk>1,
– pour toutk∈N,bk=Bk(0)et B˜k est la fonction1-périodique sur Rqui coïncide avecBk sur]0,1[et vaut 12(Bk(0) +Bk(1))en0.
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Exemple 31. Hn = log(n) +γ+ 2n1 +Pr−1 k=2
(−1)k−1bk
k n−k+O(n−r) lorsquen→+∞, quel que soitr∈N∗. [Gou, p. 302]
Formule 32 (de Stirling). n! = (ne)n√
2πn(1 +12n1 +288n1 2+ O
n→+∞(n13)).
3 Compléments
Proposition 33 (Règle d’Abel, [Gou, p. 207]). On suppose que pour tout n ∈ N, un = wnvn, où 1) (wn) est réelle et décroît vers 0, 2) la suite (Sn)n∈N des sommes partielles de Σvn est bornée. Alors
∀n∈N∗, Pn
k=0uk=Pn−1
k=0(wk−wk+1)Sk+wnSn, doncΣun est CV.
Exemple 34. Pour tousθ∈R\2πZ etα >0, la sérieΣenniθα est CV.
Théorème 35 (de Müntz, [Gou, p. 291]). Si(un)n∈Nest réelle stricte- ment croissante avecu0 = 0et limun>1, alorsVecthx7→xunin∈N est dense dans(C([0,1],R),k · k∞)si et seulement siΣun+11 DV. Dév. 1
Séries entières
Définition 36. Il existe un uniqueR∈[0,+∞]tel que pour toutz∈C, la sérieΣunzn CV si|z|< Ret DV si|z|> R. On dit alors queΣunzn est unesérie entièrederayon de convergenceR.
Exemple 37. Σzn!n est une série entière de rayon de convergence infini.
On suppose dans la suite que Σunzn est de rayon de convergence au moins1 et on note f:x∈]−1,1[7→P+∞
n=0unxn.
Proposition 38. SiΣunest CVC, de C-sommeℓ∈C, alorsf(x)−−−→x→1− ℓ. On dit queΣun converge au sens d’Abel(CVAb) versℓ. [X82]
Théorème 39 (taubérien fort, [Gou, p. 289], [X82]). Si∀n, un ∈R, si Σun CVAb vers ℓ∈Ret s’il existe A∈Rtel quenun 6Apour tout
n∈N, alorsΣun est CV, de somme ℓ. Dév. 2
Remarque 40. CV⇐⇒CVC⇐⇒CVAb lorsque(un)∈(R+)N.
Séries de Fourier
Si f ∈ L1, soit fˆ:ξ 7→ R
Re−2iπξtf(t)dt sa transformée de Fourier. Si f ∈L12π, soientcn(f) := 2π1 R2π
0 f(t)e−intdt, n∈Z,ses coeff. de Fourier.
Formule 41 (de Parseval). Si f ∈L22π, alors 1
2π Z 2π
0 |f(t)|2dt=X
n∈Z
|cn(f)|2. Application 42. P+∞
n=1 1
n2 = π62 etP+∞ n=1 1
n4 =π904.
Formule 43 (sommatoire de Poisson). Si f ∈L1∩ C0(R)est telle que (i) ∃M >0, ∃α >1, ∀x∈R, |f(x)|6M(1 +|x|)−α,
(ii) P
n∈Z|fˆ(n)|<+∞. Alors
+∞
X
n=−∞
f(n) =
+∞
X
n=−∞
fˆ(n). [QZ, p. 96]
Irrationalité et transcendance [Duv]
Exemple 44 (p. 1). Le nombreeest irrationnel.
Exemple 45 (p. 7). ∀q∈Z,|q|>2,
+∞
P
n=0
q−n2 est irrationnel.
Exemple 46 (p. 8). ∀q∈Z,|q|>2, +P∞
n=0
q−2n est transcendant.
Proposition 47 (p. 115). On dit que α ∈ R\Q est un nombre de Liouville si ∀n ∈ N∗, ∃pq ∈ Q, q > 1, |α− pq| < q1n. Par exemple P+∞
n=010−n! est un nombre de Liouville. Tous les nombres de Liouville sont transcendants.
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Références
[Com] JeanCombes: Suites et séries.
[Duv] DanielDuverney: Théorie des nombres. 2ème édition.
[Gou] XavierGourdon : Analyse. 2ème édition.
[Hau] Bertrand Hauchecorne : Les contre-exemples en mathéma- tiques. 2ème édition.
[QZ] HervéQueffélec et ClaudeZuily: Analyse pour l’agrégation.
4ème édition.
[X82] 1ère épreuve du concours d’entrée à l’école Polytechnique, 1982.
Développements proposés
1. Théorème de Müntz (théorème 35). Je supposerai pour simplifier queun →+∞et je ne démontrerai pas les résultats suivants : Lemme A.SoitEun espace préhilbertien. Pourx1, . . . , xn ∈Eon note G(x1, . . . , xn) := det(hxi, xji)16i,j6n. Si (x1, . . . , xn) est libre etV := Vecthx1, . . . , xni, alorsG(x1, . . . , xn)>0et
∀x∈E, d(x, V)2= G(x1, . . . , xn, x) G(x1, . . . , xn) .
Lemme B. Soient a1, . . . , an, b1, . . . , bn ∈ C tels que ai+bj 6= 0 pour tous16i, j6n. Alors
det Å 1
ai+bj
ã
16i,j6n
=
Q
16i<j6n
(aj−ai)(bj−bi)
Q
16i,j6n
(ai+bj) .
2. Théorème taubérien fort (théorème 39). Je raisonnerai sur le dessin ci-contre.
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