SOCIOLOGIE L1 :
EXERCICE 2 : ODYSSÉE DE L’ESPACE
DOMESTIQUE, EN PÉRIODE DE CONFINEMENT
Margot BOUDEHEN
Confinement à quatre dans une maison avec jardin.
Nous considérons cela comme une chance. Bien sûr la situation nous pèse, comme à tout le monde je suppose, mais nous relativisons et nous nous disons que cela pourrait être pire. En effet, comme ma mère le dit si bien : «Je le vis plu- tôt bien, j’ai mes enfants, j’ai tout le monde.» Nous sommes ensemble, réunis pour un petit moment, tous à la maison, et cela n’ était pas arrivé depuis plusieurs mois. Alors même si nous ne pouvons pas sortir normalement et que nous trou- vons que cela commence à faire long, nous nous sommes habitués, sans ressentir, au final , un sentiment d’enferme- ment trop fort. Le confinement est présent par la frustration de ne pas pouvoir faire les activités du quotidien et de ne pas avoir accès à une liberté «spontanée » mais le fait de bénéficier d’une grande maison avec un jardin facilite gran- dement les choses.
En effet, chacun a son espace où s’adonner à ses activités, « on ne se marche pas dessus ».
Le contact avec l’extérieur est rare, une ou deux fois par se- maine en moyenne, pour récupérer les drive au supermar- ché ou faire des rajouts quand les produits manquent dans la commande ; mais aussi pour réaliser les examens médi- caux de mon père. En effet, celui ci vit une sorte de confi- nement dans le confinement puisqu’il est momentanément handicapé suite à un accident. Mes parents sont les per- sonnes qui sortent le plus souvent. Dans le contexte actuel, où sortir peut devenir source d’anxiété, ma mère décrit une atmosphère irréelle, de gens avec des masques, respectant les distances préconisées, beaucoup plus précautionneux et attentifs que d’habitude, un retour au civisme généré par une situation étrange.
Ce qui nous perturbe le plus c’est de ne pas savoir si on adopte les bons gestes, d’ être dans une incertitude perma- nente renforcée par le flot d’informations contradictoires dispensées par les médias.
Il s’agit alors de prendre certaines dispositions pour s’as- surer de limiter les risques lors des sorties. Ces dispostifs dénotent dans l’environnement habituel de la maison et ce sont eux qui nous ramènent à la réalité. Uniques moyens physiques pour mon frère et moi de savoir que dehors la
situation est exceptionnelle. Place de choix d’un objet sacralisé : le gel
hydroalcoolique sur le contoir de la cuisine Les gants, un accessoire obligatoire pour les sorties Point quotidien sur l’actualité avec les chaînes d’informations Espace de décontamination des courses et des éléments en
contact avec l’extérieur
Analyse sensible du confinement
Relevé habité initial
Rez-de-chaussée de la maison et terrasse attenante
Le logement analysé est un ancien théâtre/cinéma que nous renovons depuis environ vingt ans en utilisant le temps libre pour faire quelques
travaux. Cette spécificité implique que le
volume du logement est très important et que le découpage des espaces est fait par des demis-ni- veaux.
Nous y habitons à quatre : mon père, ma mère, mon frère de seize ans et moi.
Mon frère est la semaine en internat et je ne vis plus à temps complet dans cette
maison depuis le début de l’année scolaire.
Comme nous allons le voir, cette maison se prête parfaitement au besoin d’être ensemble que nous ressentons, surtout depuis que nous n’y vivons plus la semaine, mon frère et moi.
Nous sommes rentrés, mon frère et moi, nous confiner dans cette maison depuis le vendredi 13 mars .
Nous allons étudier, dans cette analyse des ap- propriations, la manière dont nous vivons dans cette maison en temps de confinement à travers deux calques thématiques.
Le premier thème abordera la problématique d’intimité et de dérangement créée par les com- munications en visio-conférence ou au téléphone.
Il s’agira ensuite d’étudier les usages créés ou am- plifiés dans cette période qui garantissent le bien- être de chacun.
Bureau de mon père
Zone de
décontamination
Relevé des étages
Premier niveau : les salles d’eau des enfants
Deuxième niveau : bureau et suite parentale
Troisième niveau : chambres des enfants
Dernier niveau : pièce multiusages « Le
quatrième»
Confinement oblige, le quotidien de chacun est modifié.
On adopte de nouvelles manières de travailler, de prendre ses cours, de s’occuper.
En effet, mon père est contraint de mettre en place un télé- travail, non seulement à cause du confinement mais surtout à cause de son handicap momentané. Nous avons dû réflé- chir à organiser son espace de travail autrement pour que cela soit plus facile pour lui de se déplacer. Mais cela implique que d’autres usages et appropriations apparaissent dans un espace qui n’était jusqu’à lors qu’un espace de circulation.
Il passe beaucoup plus de temps que d’ordinaire sur son ordi- nateur et cela implique qu’il occupe plus le rez-de-chaussée qu’en situation normale.
L’ activité professionnelle de ma mère étant saisonnière, elle aurait dû commencer à la fin du mois de mars. Ma mère es- saye de ne pas trop penser à cette impossibilité pour ne pas vivre la situation avec trop de difficultés . Elle occupe alors de nombreux espaces de la maison et du jardin pour toutes sortes d’occupations qui lui aèrent l’esprit.
Mon frère quant à lui travaille moins que d’ordinaire car cer- tains professeurs ne lui donnent pas de devoirs. Il a alors plus de temps pour investir d’autres espaces que sa chambre, il aide par exemple mon père dans le jardin.
Pour ma part, ayant du travail quotidiennement, j’occupe beau- coup plus ma chambre que d’habitude car les appels vidéos né- cessitent un isolement. Néanmoins, depuis quelques semaines, il m’arrive de ne plus supporter de travailler dans ma chambre.
Je déménage alors mes affaires au « Quatrième » qui devient une sorte d’extension de celle -ci.
Occupation d’autres espaces, variation de l’environnement de travail
Terrasse et jardin, autres types d’activités
Appropriations et usages
Le bureau de mon père, appropriation d’un espace non dédié
Thème 1 : « Chuuuuut ! Je suis au téléphone !»
Télé-travail, télé-enseignement nécessitent des adaptations dans nos habitudes. Mon frère et moi avons tous les deux des cours en visio-conférence dans nos chambres.
Malgré l’isolation de celles-ci, il arrive que nous entendions les communications de l’autre. Il faut alors faire attention à ne pas parler trop fort et baisser le volume sonore.
Pour ne pas se faire surprendre, il faut également prévenir les autres membres de la famille que nous avons le micro ouvert.
En effet, n’ayant pas pris cette habitude au début, j’ai manqué d’être bien embarassée lors d’un rendu de projet lorsque ma mère et mon frère sont passés sur le palier et ne savaient pas que j’étais en communication avec des professeurs. Ils m’ ont dit plus tard qu’ils auraient pu faire bien plus de bruit et qu’il vallait mieux prévenir.
De même, mon père, qui travaille à côté de la cuisine, reçoit et passe de nombreux appels téléphoniques, tous les jours avec des clients.
Bien que nous l’entendions de suffisamment loin pour faire attention à ne pas faire trop de bruit, certaines tâches dans la cuisine qui sont effectuées en même temps, ne peuvent pas être pleinement silencieuses. Nous nous rendons alors compte que cette situation ne peut qu’ être temporaire. En effet, ce n’ est pas très confortable pour tout le monde.
Zone où les communications de mon frère sont entendues
Zone où mes communications sont entendues
Zone où les communications de mon père sont entendues
Thème 2 : « Je prends du temps pour moi. »
Se détendre et penser à autre chose qu’à la situation actuelle est essentiel pour conserver un équilibre et ne pas trop en souffir.
Prendre du temps pour soi est alors très important. Que ce soient des activités in- dividuelles ou faisant intervenir plusieurs membres de la famille, il s’agit surtout de se déconnecter des cours, des devoirs, du travail,... et d’apprécier de faire quelque chose pour soi.
À plusieurs : fabrication d’une mangeoire à oiseaux avec mon frère et mon père, peinture pour mon père et moi, jeux de société à quatre, visionnage de séries à deux, trois, ou quatre, cuisine pour mon frère et ma mère, bricolage dans le jardin pour mon frère et mon père, ...
En solo : jardinage, méditation, sport pour ma mère, musique, jeux vidéos pour mon frère, prendre soin de sa peau , jouer à distance avec des amis pour moi. Mon père est frustré de ne pas pouvoir bénéfi- cier de cette période pour prendre plus de temps pour lui et réaliser des travaux dans la maison. Nous essayons tous également de garder contact avec nos proches.
Au final chacun parvient à conserver sa
«santé mentale», la cohabitation repose sur ces temps où chacun lâche prise.
Appel aux proches
Faire du sport
Laisser parler sa
créativité Prendre soin de sa
peau
Jeux de société
Profiter du beau temps
Bricolage Jardinage
Cuisiner
Regarder des films/ séries
Musique Jeux vidéos